此次名为“共同故事”(Histoires communes)的展映活动,让观众能够(重新)发现阿兰·戈米斯(Alain Gomis)的短片以及六部“长片”,其中最新的一部是极具震撼力的《Dao》,该片于今年2月入围柏林电影节主竞赛单元,此次将呈现一个时长 3 h 24 (contre 3 h 05 lors de...
Lycées : l'exécutif face à la crise qu'il n'a pas vu venir
\- Des dizaines de milliers de lycéens devaient manifester, mardi, dans toute la France, rejoints par des syndicats, des enseignants et des étudiants
\- Leurs revendications, diverses, racontent des préoccupations communes sur leurs conditions d'études, leur avenir et un besoin d'être écoutés
▶ Chez les lycéens mobilisés dans les banlieues, des mouvements politiques sont apparus pour accompagner l'élan. Mais sa genèse a été spontanée - Alors que la tension n'a cessé de croître depuis trois semaines, le gouvernement a, dans un premier temps, donné la priorité à la réponse policière
\- Des jeunes et des policiers ont été blessés. A ce jour, dix enquêtes ont été ouvertes par l'inspection générale de la police
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7-OCTOBRE
« Je suis devenu l'esclave du Hamas »
Omer Shem Tov
a été détenu pendant
505 jours à Gaza.
Depuis sa libération
en 2025, il raconte,
en Israël et dans le
monde, ce qu'il a vécu
dans les tunnels de
l'organisation islamiste
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M ÉDITORIAL
ISRAËL ET LE TRAUMATISME DU 7-OCTOBRE
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Espace
L'Europe manque
toujours de fusées
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Pollution
Cadmium : vers
une réduction
des taux dans
les engrais
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Campus
L'appel de
l'étranger pour
les chercheurs
sans poste
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Cinéma
Le charme étrange de « Butterfly Jam », du cinéaste russe Kantemir Balagov
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Etats-Unis
Une affaire
de viol révolte
le campus
de Cornell
Présidentielle
La campagne
percutée par le
poids de la dette
Matignon prévient qu'une hausse du déficit budgétaire entraverait l'action du prochain chef de l'Etat, alors que les candidats s'opposent sur les mesures à prendre
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经济 “与中国的失衡日益加剧”
前世界贸易组织总干事帕斯卡尔·拉米提出了一种新工具,旨在减少与北京的贸易失衡
乔尔·科恩与伊森·科恩
马滕·沃尔特林克(荷兰)视角
为和平而创作漫画
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Economie « Avec la Chine les déséquilibres s'accentuent »
Pascal Lamy, ex-directeur de l'Organisation mondiale du commerce, propose un nouvel outil pour réduire les déséquilibres commerciaux avec Pékin
Une jeune femme, qui avait affirmé avoir été droguée et violée en 2024 par sept membres d'une fraternité de la prestigieuse école, a saisi la Cour suprême de l'Etat de New York
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Assassinée en 2006, la célèbre reporter russe n'a cessé d'alerter avec une incroyable lucidité sur la nature profonde de Vladimir Poutine
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Festival Lumière – 10/18 octobre, Lyon
Le rendez-vous mondial du cinéma classique
Des étudiants défilent sur le campus de l'université de Cornell, à Ithaca, dans l'Etat de New York, le 5 octobre.
“每个人都感到愤怒,这是目前唯一讨论的话题。人们想要具体的改变,而且显然他们准备采取大量行动来实现这一目标,”康奈尔大学历史学博士生、助教兼研究生会成员 Kaori Quan 讲述道,“想到我的课堂里可能存在犯下此类罪行的人,我感到深切的不安全感。”在她身边,她的朋友佩戴着一枚写有“开除科特利科夫”的徽章。
口号和歌声见证了学生的愤怒。康奈尔大学这座坐落在伊萨卡高地、俯瞰卡斯卡迪拉河(Cascadilla)峡谷的绝美校园,原本氛围静谧,但自9月16日 CBS News 披露相关消息以来,气氛发生了剧变。据受访学生称,该事件发生在2024年,此前在校园内仅有模糊的传闻。但随着大学及当地司法部门处理该案细节的公布,引发了普遍的愤怒。
根据美国媒体披露的司法文件,一名化名为“Jane Doe”的二年级学生指控 Chi Phi 兄弟会的七名成员对其实施了强奸。她的证词以及七名涉嫌袭击者的证词,在接受询问后——
Le campus de Cornell choqué par la gestion d'une affaire de viol
Une jeune femme affirme avoir été droguée et violée en 2024 par sept membres d'une fraternité de la prestigieuse école américaine
ITHACA (ÉTAT DE NEW YORK) - envoyé spécial
Un impressionnant cortège de plusieurs milliers d'étudiants débouche, lundi 5 octobre, sur l'allée principale de l'université de Cornell, à Ithaca, dans le nord de l'Etat de New York. Les manifestants se massent sous les fenêtres du bureau de Michael Kotlikoff, le président de l'établissement, des enceintes sont installées et les orateurs se succèdent au micro pour demander sa démission.
L'homme est accusé par la foule d'avoir étouffé des accusations de viol en réunion dans les locaux d'une fraternité étudiante, une affaire qui secoue la prestigieuse université depuis deux semaines. Les répercussions se font ressentir sur tous les campus américains et elles prennent désormais une tournure politique, autour du traitement judiciaire des affaires de violences sexuelles aux Etats-Unis.
« Tout le monde est révolté, c'est le seul sujet dont on parle, les gens veulent des changements concrets, et ils sont visiblement prêts à faire énormément de choses pour les obtenir, raconte Kaori Quan, étudiante en doctorat d'histoire à Cornell, chargée de travaux dirigés et membre de l'Union des étudiants de second cycle. Je me sens profondément en insécurité à l'idée d'avoir potentiellement dans mes cours des personnes qui ont commis ce genre de crime. » A ses côtés, son amie arbore un badge « Virez Kotlikoff ».
Les slogans et les chants témoignent de la colère étudiante. L'ambiance feutrée du superbe campus de Cornell, suspendu au-dessus des gorges de la rivière Cascadilla, sur les hauteurs d'Ithaca, a radicalement changé depuis les révélations de CBS News, le 16 septembre. L'affaire remonte à 2024 et était vaguement connue dans les allées de l'université, selon les étudiants interrogés. Mais la publication des détails de sa gestion par l'université et la justice locale a provoqué la fureur générale.
Selon les documents judiciaires parus dans les médias américains, une étudiante de deuxième année, désignée sous le pseudonyme «Jane Doe», accuse sept membres de la fraternité Chi Phi de l'avoir violée. Son témoignage, ainsi que celui des sept agresseurs présumés, interrogés
Côté judiciaire, le procureur adjoint du comté de Tompkins n'a pas déclenché d'enquête et a classé l'affaire en 2024 par les autorités universitaires, permettent de reconstituer en partie les faits survenus pendant une soirée arrosée.
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破碎的人生
在其姐妹会(一个仅限女性的学生组织)建筑内以及伊萨卡市的酒吧里喝了几杯酒后,Jane Doe 同意前往一名男学生的兄弟会宿舍与其进行第一次合意的性行为。后者建议她再次饮酒并服用氯胺酮(kétamine),这是一种在学生派对中广泛传播的药物。他还建议一名同学加入他们,她表示同意。
在药物作用下,Jane Doe 逐渐失去了意识。随后,两名男生中的一人在兄弟会学生的群聊中发送消息,怂恿其他人上来与她发生性关系。他向朋友们写道:“楼上提供自助阴道。”另外五名学生轮流进入房间。深夜,其中一人询问:“店还开着吗?”另一人回答他:“是的。”Jane Doe 声称她当时已无法做出反应,且并未同意所有这些行为。
Après avoir bu quelques verres dans le bâtiment de sa sororité (une organisation étudiante réservée aux femmes) et dans des bars de la ville d'Ithaca, Jane Doe accepte de retrouver un étudiant dans le dortoir de sa fraternité pour un premier acte sexuel consenti. Ce dernier lui propose de boire à nouveau et de prendre de la kétamine, une drogue répandue dans les soirées estudiantines. Il propose également qu'un de ses condisciples se joigne à eux, ce qu'elle accepte.
Sous l'effet des stupéfiants, Jane Doe perd peu à peu ses moyens. L'un des deux garçons envoie alors un message sur une boucle des étudiants de la fraternité pour les inciter à monter et à avoir une relation sexuelle avec elle. « Chatte en libre-service à l'étage », écrit-il à ses amis. Cinq autres étudiants se relaient dans la chambre. « Le magasin est toujours ouvert ? », s'enquiert l'un d'entre eux dans la nuit. « Ouais », lui répond un autre. Jane Doe affirme qu'elle n'était plus en état de réagir et qu'elle n'a pas consenti à tous ces actes.
Ses différents messages dans les jours qui suivent montrent qu'elle a mis du temps à réaliser ce qui lui était arrivé. Trois semaines après la soirée, elle signale les faits à la police du campus. L'université s'empare alors de l'affaire dans le cadre du « titre IX », une démarche spécifique aux Etats-Unis, qui délègue aux établissements la responsabilité de traiter les violences sexuelles, d'un point de vue disciplinaire, afin que les victimes se sentent en confiance et puissent s'exprimer. L'inverse semble s'être produit.
Après avoir entendu toutes les parties – cinq des sept mis en cause ont reconnu avoir eu un rapport sexuel mais ils ont assuré qu'il avait été consenti –, l'université a distribué les réprimandes à la rentrée 2025: les deux premiers étudiants ont été expulsés; un autre était déjà diplômé et a été interdit de remettre les pieds sur le campus pendant trois ans; les quatre derniers ont reçu des sanctions allant d'une suspension de plusieurs semestres à la rédaction d'un essai ou à l'étude des violences sexuelles.
Côté judiciaire, le procureur adjoint du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, n'a pas déclenché d'enquête et a classé l'affaire. Il affirme n'avoir jamais reçu le document de la police du campus mentionnant l'accusation explicite de «viol» et les captures d'écran des messages. La police assure pourtant avoir transmis les éléments. Contacté, Matthew Van Houten n'a pas répondu.
Jane Doe, dont la vie a été fracassée, a abandonné ses études, selon son avocat, Thomas Giuffra, qui n'a pas répondu aux sollicitations du Monde. En septembre, elle a décidé de porter sa plainte au niveau de la Cour suprême de l'Etat. Celle-ci vise tout à la fois les sept étudiants, l'université de Cornell et la fraternité Chi Phi.
Devant l'ampleur prise par l'affaire, les responsables politiques s'en sont mêlés. Le 1 $^{er}$ octobre, la gouverneure démocrate de l'Etat de New York, Kathy Hochul, a désigné la procureure générale de New York, Letitia James, pour reprendre en main les investigations. Une décision qui n'a pas échappé à Donald Trump, qui voue à la gouverneure une haine féroce depuis qu'elle a obtenu sa condamnation au civil dans l'affaire de la surévaluation de son
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这起案件的背后,在一定程度上是 #MeToo 后的辩论在重演,而此次出现了一个新的口号:“我是 Jane Doe”
这场丑闻还波及到了兄弟会,它们是校园中过度派对文化的象征,被称为“希腊生活”(Greek life)。这些以希腊字母命名的组织与美国大学的运作密不可分。涉案的 Chi Phi 兄弟会自 1868 年起就在康奈尔大学设立,比这座常春藤联盟中最年轻的学府早创建三年。该兄弟会已在案件后被开除。在周一的抗议活动中,许多标牌要求禁止所有兄弟会。
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Derrière cette affaire, c'est le débat post-#MeToo qui se rejoue en partie, avec un nouveau mot d'ordre: « Je suis Jane Doe »
patrimoine immobilier. « Letitia James est une personne corrompue. Elle est totalement corrompue. Et je me sens désolé pour quiconque se retrouve dans son viseur, parce qu'ils n'auront pas un procès équitable », a réagi le président américain.
Derrière cette affaire, c'est le débat post-#MeToo qui se rejoue en partie, avec un nouveau mot d'ordre qui a envahi les réseaux sociaux : « Je suis Jane Doe ». D'un côté, il y a ceux qui dénoncent une justice qui protège les agresseurs et des universités qui font tout pour éviter les scandales. De nombreux manifestants de Cornell arboraient, lundi, des pancartes faisant référence aux 1200 signalements pour violences sexuelles reçus par l'université entre 2018 et 2024... pour seulement sept expulsions. De l'autre, nombreux sont ceux qui dénoncent un procès médiatique, dans lequel les accusés sont condamnés par avance, sans avoir pu se défendre. Le nom des sept mis en cause a été publié dans la presse américaine, et plusieurs personnes ont tenté de révéler l'identité de Jane Doe sur les réseaux.
Andrew Miltenberg, avocat de l'un des étudiants qui ont pénétré dans la chambre après avoir vu le message de leur camarade – cet étudiant reconnaît un acte sexuel mais nie tout viol –, s'inquiète auprès du Monde de cette dissymétrie: « Une accusation, lorsqu'elle est répétée à l'envi dans les titres de presse, sur les réseaux sociaux et dans les déclarations de responsables publics, peut se figer en un verdict avant même que les preuves n'aient été pleinement examinées. » Les autres avocats n'ont pas répondu ou n'ont pas pu être identifiés par Le Monde.
Le scandale éclabousse également les fraternités, symboles de la culture de la fête à outrance, qu'on appelle la Greek life sur les campus. Ces organisations, baptisées avec des lettres de l'alphabet grec, sont indissociables du fonctionnement des universités américaines. La fraternité Chi Phi mise en cause est présente à Cornell depuis 1868, trois ans après la création de cet établissement, le plus récent de l'Ivy League. Elle a été expulsée à la suite de l'affaire. Lors de la manifestation, lundi, de nombreuses pancartes demandaient que toutes les fraternités soient bannies.
«La Greek life est un pilier du campus, mais c'est aussi une source majeure de violences sexuelles, explique Jack Huber, 19 ans, membre de l'Association des étudiants pour un Cornell démocratique, à l'origine du rassemblement. L'université ne veut pas s'attaquer aux fraternités parce qu'elles et leurs anciens élèves comptent parmi ses plus grands donateurs. C'est un système où les fraternités dépendent de l'administration pour être protégées, et l'université dépend d'elles pour leurs dons. »
Interrogée par Le Monde sur toutes les mises en cause, l'université de Cornell a renvoyé à une vidéo de son président, Michael Kotlikoff, promettant une inspection indépendante sur la gestion de l'affaire, et un communiqué du vice-président aux relations publiques, Kyle Kimball: «Toute affirmation selon laquelle l'université n'aurait pas infligé de sanctions significatives aux personnes impliquées est fausse. Alimenter ce faux récit selon lequel il n'y aurait eu que des conséquences minimes dans cette affaire est irresponsable: cela renforcera le sentiment d'insécurité des victimes, freinera leur sentiment d'être soutenues et perpétuera le sous-signalement des agressions sexuelles. »
Un message qui ne passe pas sur le campus. Les étudiants ont déjà appelé à une nouvelle mobilisation mercredi, avec un sit-in de sept heures. Soit le temps qu'a duré le calvaire de Jane Doe dans la chambre de la fraternité.
“我成了他们的奴隶,”奥默·谢姆·托夫作证道。10 月 7 日早晨,当他在距离巴勒斯坦飞地几公里外的 Nova 音乐节参加活动时被绑架。“我在地道内部为他们挖掘。我将炸弹从一个地方搬到另一个地方。我搬运了海量的食物:我亲手搬运了至少 500 箱人道主义援助物资,仅仅是在地道中进行分发。我习惯为他们做饭、为他们打扫、为他们挖掘,他们对我吐口水,对我咒骂。”
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Pris en otage par l'organisation islamiste, Omer Shem Tov a été retenu 505 jours à Gaza
RENCONTRE
HERZLIYA (ISRAËL) - envoyé spécial
Omer Shem Tov était en vacances en Grèce en septembre. L'ancien otage de 23 ans, retenu
en captivité pendant 505 jours par le Hamas, raconte comment, trois ans après, un flash-back l'a brutalement renvoyé au 7 octobre 2023, puis à sa très longue détention dans les tunnels de l'enclave palestinienne. «J'étais assis dans un restaurant quand le serveur est arrivé derrière moi. Il avait la voix de l'un des terroristes, exactement la même voix. Pendant une seconde, j'ai eu peur, j'ai paniqué, se souvient-il. Je l'ai regardé et j'ai vu que ce n'était pas lui. Mais vous avez l'impression d'y être à nouveau. Vous avez l'impression de voir les terroristes. Tout votre environnement change en une seconde. Vous êtes pétrifié. Vous ne pouvez plus bouger. Votre cœur bat à tout rompre.»
Depuis le 22 février 2025, Omer Shem Tov est physiquement libre. Prisonnier de l'organisation islamiste palestinienne avec cinq autres personnes, il avait fait partie d'une des vagues de libération après un cessez-le-feu provisoire, entré en vigueur en janvier 2025. Mais le traumatisme de sa détention revient régulièrement: «Je dois y faire face presque tous les jours. Certains jours, c'est difficile. D'autres jours, c'est plus facile. Pendant une seconde, on y pense et puis ça disparaît. Mais parfois, on peut vraiment le ressentir, comme si on y retournait, c'est difficile. »
Le destin des 1200 morts et 251 otages a profondément blessé Israël. Même si les derniers détenus à Gaza ont été libérés en octobre 2025, après l'annonce d'un plan de paix par le président américain Donald Trump, la plaie ouverte par le Hamas demeure béante. Plusieurs d'entre eux ont raconté les violences subies, y compris sexuelles. La torture a aussi été psychologique.
« Je suis devenu leur esclave, témoigne Omer Shem Tov, pris en otage alors qu'il participait au festival de musique Nova, à quelques kilomètres de l'enclave palestinienne, le matin du 7-Octobre. Je creusais pour eux à l'intérieur du tunnel. Je transportais des bombes d'un endroit à un autre. Je transportais des quantités folles de nourriture : j'ai porté de mes propres mains au moins, je dirais, 500 cartons d'aide humanitaire, en les répartissant simplement à travers le tunnel. J'avais l'habitude de cuisiner pour eux, de nettoyer pour eux, de creuser pour eux, ils me crachaient dessus, ils me maudissaient. »
在他自己的经历中,宗教救了他的命,其作用超过了自获释以来偶尔陪伴他的心理学家。“在那里的第一周(被囚禁期间),我快疯了。我觉得自己在窒息,无法呼吸。我处于完全的黑暗之中,不知道该怎么办。我的脑海中充斥着震耳欲聋的喧嚣。一周后,我告诉自己有两个选择:要么在抑郁、愤怒和不解中越陷越深,要么接受现状并信任上帝——或者任何其他力量——指引我走上正确的道路。”他在8月底出版的一本书中描述了这些内容(《在地狱,与自我相遇》,Meeting Myself in Hell, Sela Meir Publishers,尚未翻译)。
L'ancien otage raconte avoir été privé de nourriture par ses geôliers dans les tunnels : « J'étais affamé de la manière la plus extrême. On me donnait un morceau de pain par jour, parfois un demi-morceau, et il arrivait même qu'on ne me donne qu'un petit verre, de la taille d'un shot, avec des épices, des herbes sèches, de l'eau salée. » Omer Shem Tov, qui se rêve un destin d'acteur depuis l'âge de 5 ans, indique avoir appris l'arabe au contact de ses ravisseurs, combattants du Hamas.
Il n'exprime pas de désir de vengeance, même s'il n'a aucune pitié pour les «terroristes». « Bien sûr, c'est difficile pour moi de voir la destruction, de voir des enfants et des femmes blessés ou morts. Je ne le souhaite à personne. Vraiment pas, explique le jeune homme. On leur lave le cerveau. Je pense qu'ils sont forcés d'agir contre nous et de soutenir le Hamas. A Gaza, soit vous êtes avec le Hamas, soit vous ne l'êtes pas, et vous êtes mort. »
Omer Shem Tov,
chez lui, à
Herzliya (Israël),
le 9 septembre.
LUCIEN LUNG/RIVA PRESS
POUR «LE MONDE»
Dans son propre itinéraire, la religion l'a sauvé. Plus que la psychologue qui l'accompagne ponctuellement depuis sa libération. «La première semaine là-bas [en captivité], je suis devenu fou. J'avais l'impression d'étouffer. Je ne pouvais pas respirer. J'étais
dans l'obscurité totale. Je ne savais pas quoi faire. Dans ma tête, c'était tellement assourdissant. Au bout d'une semaine, je me suis dit que j'avais deux options. Soit m'enfoncer de plus en plus profondément dans la dépression, la colère et l'incompréhension, soit accepter la situation et faire confiance à Dieu - ou à qui que ce soit d'autre - pour me mettre sur le bon chemin. » Ce qu'il a décrit dans un livre publié fin août (Meeting Myself in Hell, « En enfer, à la rencontre de moimême», Sela Meir Publishers, non traduit).
L'ancien otage a aussi choisi de témoigner en Israël et dans le monde. Même si, parfois, les échanges sont douloureux. Sur les réseaux sociaux, pas un jour ne passe sans que des commentaires viennent raconter qu'il ment ou qu'il est lui-même responsable des morts de Palestiniens à Gaza – près de 74 000 en trois ans.
Lors d'une visite dans une université aux Etats-Unis, une altercation avec un étudiant juif l'a marqué. « Il criait : “Vous commettez un génocide !” » Omer Shem Tov rejette l'accusation: « J'ai vu comment les terroristes du Hamas utilisent la population comme bouclier. J'étais sous une école, par exemple : il y avait tellement de bombes et tellement d'explosifs à côté de moi. » Face à l'adversité, il veut, plus que jamais, continuer à parler: « Avec les gens qui sont avec nous, comme avec ceux qui sont contre nous. » ■ LUC BRONNER
Le Danemark victime d'une fuite historique de données
Copenhagen a révélé, lundi, qu'un piratage avait ciblé les données personnelles de 8,8 millions de personnes, en vie ou mortes
MALMÖ (SUÈDE) - correspondante régionale
Pour comprendre l'ampleur de l'incident, révélé lundi 5 octobre par le ministère de la recherche, de l'éducation et de la numérisation à Copenhague, il faut se rappeler que le Danemark compte 6 millions d'habitants. Or le piratage du Registre central des personnes (CPR), où sont enregistrées les données personnelles de 11 millions de Danois depuis 1968, aurait permis à un acteur non autorisé de mettre la main sur les informations de 8,8 millions de personnes, incluant les résidents du pays, les Danois vivant à l'étranger, ainsi que des personnes décédées.
Selon Jens Myrup Pedersen, professeur à l'université d'Aarhus, spécialiste de la sécurité, il s'agit de «la plus grosse fuite de l'histoire», non seulement en raison du nombre de victimes présumées mais aussi de la quantité d'informations qui auraient été siphonnées. Si les responsables de l'intrusion n'ont pas encore été identifiés, la ministre chargée du numérique, Christina Egelund, a reconnu, lundi, qu'il s'agissait d'un incident de sécurité grave et demandé aux Danois de faire preuve de « vigilance ».
En plus de recenser le numéro d'identification de chaque habitant du royaume, le registre contient de nombreuses informations les concernant: nom, prénom, adresse, profession, date et lieu de naissance, mais aussi leurs liens de parenté, une éventuelle appartenance à l'Eglise luthérienne évangélique d'Etat – dont 70 % des Danois sont officiellement membres – ou une mise sous tutelle.
D'après Mme Egelund, l'alerte a été donnée le 2 octobre, après que l'administration du CPR a constaté que «des anomalies avaient été détectées dans le système au cours du mois de septembre ». Selon le ministère, le pira-
Les experts de la cybersécurité critiquent la vulnérabilité du fichier national, créé en 1968, qui centralise de nombreuses informations
tage a eu lieu pendant dix jours, via une société danoise, qui, elle, disposait d'un accès légal pour rechercher des informations dans le fichier national.
Si l'auteur de l'intrusion n'a pas encore été identifié, l'incident a été signalé à l'Autorité de protection des données. Il a aussi donné lieu à une plainte auprès de l'Unité nationale de police chargée de la criminalité grave. Lundi, la ministre chargée du numérique a réuni au Parlement les membres de la commission de l'économie et de la numérisation, et ceux de la commission des affaires étrangères et de la défense.
Mme Egelund a mis en garde les Danois contre les risques de «fraude numérique», et en particulier « l'usurpation d'identité » et le «hameçonnage » (« phishing »), incitant à faire preuve de méfiance : « Si l'on rencontre une personne qui connaît notre nom, notre adresse et notre numéro CPR, et qu'elle s'adresse à nous d'une manière qui peut sembler crédible, [il faut se souvenir] qu'elle peut se faire passer pour quelqu'un qu'elle n'est pas. »
Au Danemark, les experts de la cybersécurité critiquent la vulnérabilité du système, qui centralise de nombreuses informations, auxquelles ont accès toutes les administrations publiques, ainsi que de nombreuses sociétés privées, qui se servent de ces données pour identifier leurs clients. « C'est très pratique, mais c'est aussi très dangereux. Historiquement, le pour surpassait le contre. Mais nous ne vivons plus dans le même monde que pendant les années 1970», explique Ola Tange, conseiller auprès de Prosa, syndicat des employés du numérique.
Depuis 1968 et la création du fichier national, l'organisation s'est inquiétée des risques, réclamant que la sécurité du système soit renforcée, en imposant, par exemple, des garde-fous, avec une double identification pour accéder aux dossiers individuels. Mais sans succès. « Ça coûte trop cher », raille M. Tange, qui espère que l'ampleur de la fuite va enfin provoquer une réaction. « Il y a une facture à payer pour une meilleure sécurité et une meilleure protection de la vie privée, et nous n'avons même pas encore commencé à la payer », dit-il.
A l'université d'Aarhus, Jens Myrup Pedersen approuve: «Cet incident montre clairement, tant au Danemark qu'à tous les pays européens, qu'il ne suffit pas de parler de cybersécurité et de sécurité numérique. C'est en réalité un domaine dans lequel nous devons agir, et cela prouve que les pirates ont à la fois les moyens et la volonté de passer à l'acte. » Avec une conséquence : « Chaque fois que des données stockées par les autorités et le secteur public tombent entre de mauvaises mains, notre confiance s'en trouve ébranlée », remarque le chercheur.
En mars, le tribunal de grande instance de Copenhague a condamné un homme de 27 ans à une peine de prison de trois ans et six mois pour avoir facilité des infractions mettant en danger la vie d'autrui, en utilisant le registre CPR. Embauché au bureau des mariages à la mairie de Copenhague en juin 2023, il avait mis en vente des informations personnelles tirées du fichier, faisant la promotion de ses services sur Telegram. Selon la justice da-noise, les données qu'il a trans-mises ont contribué à 34 actes de violence graves.
A Kiev, une ambiance de guerre permanente Avec l'intensification des frappes russes, la capitale ukrainienne vit au rythme des alertes quotidiennes
KIEV - correspondant, envoyé spécial
Une mère et sa fille se promènent dans la rue Khrechtchatyk, à Kiev, le 3 octobre. PHOTOS VIRGINIE NGUYEN HOANG/HL/HUMA POUR « LE MONDE »
Maksym, 54 ans, et ses jumelles de 13 ans, Marta et Vika, sous le pont Pivdenny, à Kiev, le 3 octobre.
Une capitale presque coupée en deux. Ce qu'avaient craint les Kiéviens pendant la
bataille de Kiev, en 2022, est arrivé en quelques jours, à la suite de frappes répétées de drones russes, depuis le 1er octobre, contre deux des principaux ponts enjambant le Dniepr. Les images des engins volants s'abattant dans une explosion sur les haubans des piliers ou sur les voies, en plein trafic, ont fait le tour des médias du pays. Les ouvrages sont certes loin d'avoir été détruits, mais les assauts, suivis de fermetures temporaires de la circulation, ont provoqué d'immenses embouteillages, ainsi que, chez certains habitants, un sentiment de profonde angoisse.
Il en faut beaucoup, cela dit, pour que les Kiéviens cèdent à la peur. Depuis l'intensification des attaques contre la ville en 2025, suivie des bombardements en plein jour sur le centre-ville depuis la fin août, nulle trace de panique ou de nouvel exode, pour le moment. Si la crainte se lit parfois dans le regard des passants, si certains se ruent vers l'abri le plus proche à chaque alerte, désormais innombrables de jour comme de nuit, beaucoup continuent de vaquer comme si de rien n'était. En Ukraine, le calme est aussi un terreau de la résistance.
Et si les annonces des frappes contre les ponts du Dniepr ont choqué, elles n'ont pas pour autant surpris les habitants. Peut-être parce qu'elles ne sont que la nouvelle étape d'une intensification majeure des bombardements russes contre les infrastructures civiles de la capitale, et plus largement du pays. Depuis des semaines, les missiles et les drones de l'armée de Moscou frappent des entrepôts, des centres commerciaux, des services postaux, des installations ferroviaires, énergétiques et même plus récemment les centres de données et fournisseurs d'accès à Internet.
La Russie a annoncé, dimanche 4 octobre, qu'elle allait encore «intensifier» ses attaques contre les infrastructures, en réponse à des déclarations du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui a promis d'accroître les offensives de Kiev contre les raffineries russes, et alors que son armée venait de frapper de nouveau un pont pendant la visite du chancelier allemand, Friedrich Merz. La veille, samedi, fidèle à sa stratégie de pressions accrues contre les alliés de Kiev, Moscou avait appelé une nouvelle fois, comme au mois de mai, les diplomates étrangers à quitter la ville. «La capitale est dans une situation très difficile, avait reconnu vendredi son maire, Vitali Klitschko. L'ennemi est en train de détruire Kiev. »
Pour Volodymyr Zelensky, le président russe, Vladimir Poutine, a décidé d'agir « sans plus aucune règle » contre des cibles civiles, afin de « pousser la population à fuir les villes », a-t-il déclaré au Financial Times. Aux yeux des analystes ukrainiens, l'objectif russe est de créer de nouveaux défis logistiques pour le pays et de paralyser son économie, tout en tentant de casser le moral de la population. En difficulté sur le front, où son armée n'avance pas et a même récemment subi une contre-offensive ukrainienne dans la région de Lyman, la Russie concentre désormais une majeure partie de ses efforts sur l'arrière ukrainien.
«La capitale est dans une situation très difficile. L'ennemi est en train de détruire Kiev», a déclaré son maire, Vitali Klitschko
L'arrivée dans le ciel d'Ukraine d'une nouvelle génération de drones russes à réaction met Kiev, qui ne dispose pour le moment pas de moyens pour les intercepter, dans une situation délicate. Les vagues d'assauts, de jour comme de nuit, désorganisent la capitale en impo-
Les retards de transports en commun sont de plus en plus longs. Plusieurs festivals ont été obligés d'annuler leurs événements en raison de la menace. Même la Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien, ne sait plus comment siéger, alors que les députés sont obligés de rejoindre les abris à chaque menace aérienne. Même chose pour les entreprises, qui hésitent à rester ouvertes ou fermées lors des alertes, ou pour les super-marchés, dont certains ont été frappés ces dernières semaines.
sant des alertes aériennes incessantes. « Un nombre relativement restreint [de drones] peut désormais maintenir une ville de plusieurs millions d'habitants, comme Kiev, prisonnière pendant des heures d'un cycle d'alertes aériennes », constate le média ukrainien Texty.
que de descendre aux abris dix fois par jour, autant faire suivre aux enfants des cours à distance. Ainsi vont les réflexions, même parmi ceux qui n'envisagent à aucun moment de fuir le pays. L'Ukraine ne risque donc a priori pas, à ce stade de la guerre, de connaître un nouvel exode. Les Kiéviens parlent plutôt d'«exil temporaire» à la campagne, y compris avec un membre de la famille passant quelques jours par semaine à Kiev pour travailler et veiller sur l'appartement.
Si la ville continue, pour le moment, de maintenir autant que possible une apparence de capitale fonctionnelle, cette nouvelle réalité vient porter un rude coup au moral de la population, alors que cette dernière se prépare à un hiver annoncé comme extrêmement dur. Les habitants restent
Les sites de location annoncent de fortes hausses des prix dans les régions épargnées par les bombardements
« Quand je vais dans un super-marché, je me renseigne toujours à l'avance pour savoir s'il y a bien tout ce dont j'ai besoin pour ne pas perdre de temps à l'intérieur », explique par exemple Arina Vlodikina, 21 ans, étudiante en cinéma. « Le simple fait de se rendre de la rive gauche à la rive droite » du Dniepr devient dangereux, déplore Oksana Sbytnieva, 33 ans, responsable marketing. « Attaquer les ponts et couper une ville en deux est tellement cruel. Ça revient à compliquer le trafic des services scotchés à leurs téléphones pour suivre les mouvements de missiles et de drones.
de secours, l'approvisionnement en médicament, en nourriture... » Au lendemain d'une frappe en plein centre-ville, dans le quartier de la Porte dorée, sur l'Académie nationale des sciences, le 28 septembre, l'université Taras-Chevtchenko, parmi les plus prestigieuse du pays, a annoncé la fin de ses cours en présentiel « en raison de la détérioration de la situation sécuritaire à Kiev ».
Le souvenir de l'hiver 2025 reste gravé dans les mémoires, lorsque les frappes russes sur les infrastructures énergétiques avaient imposé de longues coupures de courant et de chauffage, combinées à des températures extrêmement basses, jusqu'à - 27 °C. Or le Kremlin a déjà affirmé son intention d'augmenter les attaques dans la perspective de l'hiver. La masse de missiles russes face à un manque criant d'intercepteurs fait planer le risque de conséquences dramatiques.
L'enseignement est aussi affecté, sachant que les enfants sont obligés de descendre dans les abris à chaque alerte aérienne. L'un de ces établissements a d'ailleurs été touché par un drone, le 1 $^{er}$ octobre, sans faire de victimes, augmentant encore la crainte des parents. Une évolution que la directrice adjointe de l'école privée Athènes, Svitlana Biryukova, peut constater jour après jour. Désormais, chaque matin, les parents l'appellent pour lui demander si tout le personnel enseignant est là, s'ils peuvent déposer les enfants.
«Pour tout le monde, la sécurité est devenue la priorité, dit-elle. Et pour beaucoup de parents, savoir que leurs enfants sont à l'école est presque devenu un gage de protection. » La professeure de musique fait référence au bunker construit sous l'établissement après le déclenchement de l'invasion russe, et dans lequel, ce jour-là, les enfants présents participent à des activités. La veille encore, raconte l'enseignante, une jeune mère est venue déposer son enfant en larmes, exténué, après que son quartier a été touché par un bombardement dans la nuit. Elle lui a annoncé qu'elle quitterait la capitale dans les prochains jours.
Car la question, qui ne se posait plus guère depuis l'exode initial de février 2022, est en effet sur toutes les lèvres. Rester ? Partir ? Et surtout, où aller ? Les sites de location annoncent déjà de fortes hausses des prix dans les régions de l'ouest de l'Ukraine, plus épargnées par les bombardements. Ceux qui possèdent des résidences secondaires songent à s'y installer, d'autres à rejoindre leurs familles dans les villages.
Tant qu'à manquer d'électricité et de chauffage, autant aller à la campagne et utiliser un généra- teur et une cheminée. Et plutôt
Confronté à cette perspective, l'expert en communication de crise et ancien conseiller du gouvernement Yuriy Sak ne sait plus quoi penser. Car s'il considère que la population s'est endurcie par cinq années de guerre, au point que « plus personne aujourd'hui, après une nuit de bombardements, ne se demande comment ça va, parce que c'est notre normalité », cela ne l'empêche pas de s'interroger sur les limites de la population avant qu'elle ne se décide à partir. « Qu'est-ce que les gens sont-ils prêts à encore endurer? Le froid, sans chauffage ni électricité, on a connu. Mais si les Russes détruisent par exemple le système d'approvisionnement en eau, que les canalisations sont explosées, est-ce que les gens vont tenir? »
Du côté des étrangers, appelés par Moscou à quitter l'Ukraine, la volonté est aussi plutôt de tenir, après la débandade des ambassades et de l'ONU en 2022, qui a beaucoup marqué les esprits. « Kiev est devenue une ville en première ligne, avec des attaques de jour comme de nuit », a déploré Katarina Mathernova, l'ambassadrice de l'Union européenne en Ukraine, sans évoquer de réduction du personnel. Si certaines ambassades prennent des mesures de sécurité, elles restent pour le moment discrètes. Face au Kremlin, l'ambition politique est de ne pas céder.
Au quartier général de l'ONU, le représentant des Nations unies en Ukraine, Matthias Schmale, un vétéran allemand de la diplomatie humanitaire, se veut philosophe : « Espérer le meilleur, se préparer au pire. » Alors que « 40 entrepôts » utilisés par l'ONU ont été visés par des frappes russes, ce responsable de 2000 employés se refuse à « un départ précipité, comme en 2022 ». Alors Matthias Schmale va gérer la crise comme les Ukrainiens, en autorisant son personnel local, qui représente 70 % des effectifs, à travailler à distance, si possible depuis la campagne. Pour les autres, il adopte le calme des vieilles troupes : « C'est la guerre, et nous devons accepter une part de risque. »
Lassée de la surveillance permanente, Kang Gyu-ri, 25 ans, a réussi à s'enfuir en bateau à l'automne 2023
SÉOUL - envoyé spécial
Kang Gyu-ri n'est pas de Séoul, et ça se voit. Est-ce le look, un peu maladroit dans cette capitale obsédée par l'apparence? Ou son sourire, qui peine à masquer une tension à fleur de peau? A 25 ans, la jeune femme aux cheveux teints auburn a vécu mille vies qui lui ont appris la prudence. Son regard, souligné de mascara à paillettes, frôle la du-reté. Son nom est un faux. « Je ne vous dirai pas le vrai. J'ai choisi ce pseudonyme au hasard. Il n'y a aucune référence», explique-t-elle. Inutile d'insister.
Rencontrée dans un restaurant de sashimis à deux pas de la gare de Yeongdeungpo, au cœur de Séoul, après les cours de relations internationales qu'elle suit à l'université pour femmes Ewha, Kang Gyu-ri accepte de lever le voile sur sa vie de part et d'autre de la zone démilitarisée (DMZ) qui coupe la péninsule coréenne en deux. Ses explications sont concises, précises. «J'ai fui la Corée du Nord en octobre 2023.» Comment? «Par bateau, avec ma mère, ma tante et un marin.» De quelle région? «La région du Kangwon. Je ne vous dirai pas précisément où.» Son anonymat est la condition pour raconter son histoire. Kang Gyu-ri tient à protéger ses proches restés au Nord.
Le Kangwon se trouve dans le sud-est de la Corée du Nord, le long de la DMZ. Côté sud, à quelques encablures, la province s'appelle le Gangwon. «Il nous a fallu quarante-quatre heures pour y parvenir. Il fallait brouiller les pistes. Nous sommes allés le plus loin possible au large avant de revenir. Des marins du Nord nous ont vus. Mais ils n'ont rien fait. » Le bateau est arrivé à Sokcho, à une cinquantaine de kilomètres de la DMZ. «Des gens nous ont trouvés. La police est venue. Et voilà, nous étions au Sud. »
平壤对乌克兰战争的支持,以及俄罗斯和中国援助的恢复,改善了石油和食品的供应。经济开始复苏。韩国中央银行(Bank of Korea)估计,朝鲜在2024年增长3.7%后,2025年的增长率为3.5%。“那些逃离的人更多是因为贫困而非意识形态。如果他们能吃饱饭,有电有暖气,逃离的人就会减少,”崔时宇指出。
Comme tout nouvel arrivant du Nord, le petit groupe séjourne trois mois à Hanawon, le centre de soutien à l'installation des réfugiés nord-coréens, ouvert en 1999 par le gouvernement. Là, après un passage entre les mains du Service national de renseignement (NIS), les réfugiés apprennent la vie quotidienne dans une démocratie libérale: comment retirer de l'argent, gérer un budget, prendre les transports en commun, mais aussi le fonctionnement d'une élection. Ils suivent des formations en cuisine, en esthétique voire en mécanique. A la sortie, ils sont devenus Coréens du Sud, disposent d'un pécule de 8 millions de wons sud-coréens (5200 euros) et d'un logement public. Les centres de la Fondation Hana, répartis dans tout le pays, assurent un suivi pour les aider à trouver un emploi et faciliter leur intégration.
Mais les pensionnaires sont de plus en plus rares, tant la fuite du Nord est devenue difficile. Aujourd'hui, la plupart des réfugiés arrivent par bateau. D'autres, des soldats surtout, s'échappent des baraquements et franchissent la DMZ. Et puis, certains qui travaillent ou vivent en Chine ou en Russie choisissent de se soustraire à leurs surveillants pour s'offrir une nouvelle vie.
Rares sont ceux à tenter leur chance via la frontière chinoise, autrefois passage privilégié, hermétiquement fermée par Pyongyang, en 2020, à la suite de la pandémie de Covid-19. « Des caméras et des projecteurs ont été installés, surtout aux endroits où la frontière est facile à franchir, comme dans les montagnes du nord, où près du fleuve Yalu, peu profond, dont la largeur ne dépasse pas quelques mètres », explique Choi Shi-woo, président de l'ONG Action et unité maintenant pour les droits humains (NAUH), lui-même arrivé en Corée du Sud en 2006. Jugées trop molles, les troupes déployées le long de la frontière ont été remplacées par les forces spéciales. « Elles tirent à vue, sans sommation », avertit Choi Shi-woo.
Seulement 63 Coréens du Nord sont passés au Sud au premier semestre, selon le ministère de l'unification sud-coréen, un chiffre en baisse de 34 % par rapport à la même période en 2025. En 2023, année de la défection de Kang Gyu-ri, à peine 196 personnes ont réussi à fuir le Nord. En 2019, avant l'épidémie due au Covid-19, 1047 y étaient parvenues.
Outre la répression, la baisse s'explique par une relative amélioration de l'économie. «Dans les années 2010, la situation s'est améliorée, mais le Covid a été terrible. La fermeture des frontières a affecté l'approvisionnement. Les prix ont été multipliés par dix. Des gens sont morts de faim», raconte Kang Gyu-ri.
Le soutien de Pyongyang à la guerre en Ukraine, assorti d'une reprise des aides russes et chinoises, a amélioré la distribution de pétrole et de produits alimentaires. L'économie est repartie. La Banque de Corée, établissement central du Sud, estime la croissance nord-coréenne à 3,5 % en 2025, après 3,7 % en 2024. « Ceux qui fuient le font plus à cause de la pauvreté qu'à cause de l'idéologie. S'ils mangent à leur faim, ont de l'électricité et du chauffage, ils fuient moins », fait remarquer Choi Shi-woo.
Kang Gyu-ri est née en 2001 à Pyongyang. Elle étudie le violon et le tennis de table, mais la mort de son père, militaire, chamboule son quotidien. Sa famille doit s'exiler en 2020 dans le Hamgyong du Sud (sur la côte est), « parce que ma grand-mère était bouddhiste », une religion incompatible avec le culte voué à la dynastie des Kim au pouvoir. La famille vit alors grâce au savoir de sa mère en médecine traditionnelle et au talent de la jeune femme pour le tennis de table. « Je donnais des cours. Pendant la pandémie, c'était interdit. Je faisais payer cher, entre 80 000 et 130 000 wons nord-coréens [soit entre 8 et 13 euros] la journée. »
L'argent accumulé lui permet d'acheter un bateau en bois de 8 mètres, pour 4000 dollars (3560 euros). Elle recrute cinq marins et se lance dans la pêche à la palourde. Les prises sont expédiées vers la Chine. « C'est très capitaliste et tout à fait illégal, mais en Corée du Nord, si vous payez la personne adéquate et partagez avec l'Etat, tout est possible. Le gouvernement me prenait 60 % des ventes. Là où je vivais, il y avait 17 bateaux », raconte-t-elle.
Ce parcours de débrouille illustre l'évolution de l'économie nord-coréenne depuis la grande famine du cœur des années 1990. L'Etat en faillite n'assurait plus la distribution des rations quotidiennes. Les Coréens du Nord se sont lancés dans des activités commerciales illégales sur des marchés appelés jangmadang. Tour à tour réprimée et tolérée, la pratique a perduré. Selon une enquête menée en 2024 par le gouvernement sud-coréen auprès de 6351 transfuges nord-coréens, le
Seulement
63 Nord-Coréens
sont passés au
Sud au premier
semestre, selon
le ministère
de l’unification
sud-coréen
principal revenu du foyer de 70,5 % d'entre eux émanait d'activités commerciales informelles.
Les femmes sont en première ligne de ce qui a été baptisé la «révolution jangmadang», au point qu'un dicton nord-coréen dit aujourd'hui: « On ne peut survivre que si les maris servent le socialisme et les épouses le capitalisme. »
«Je voulais profiter de la vie» Pour Seol Song-ah, ancienne femme d'affaires qui a fait défection au Sud, «de manière ironique, la culture profondément patriarcale du Nord nous a ouvert ces perspectives. Nous étions traitées comme des citoyennes de seconde zone, indignes du pouvoir et de tout statut social, mais aussi du contrôle et de la surveillance de l'Etat qui vont avec. Les femmes étaient donc mieux placées pour explorer de nouvelles voies de survie lorsque l'ancien système s'est effondré. »
Kang Gyu-ri en est un parfait exemple: «Je gagnais jusqu'à
1 million de wons [nord-coréens] par jour grâce à la pêche. Je menais une vie confortable. J'avais des smartphones achetés entre 1,5 et 3 millions de wons [nord-coréens]. Nous avions aussi une maison. »
La vie quotidienne a ses bons moments. «Mes amis et moi, nous faisions très souvent des soirées. Cinq filles et cinq garçons. Il n'y avait pas de karaoké mais on venait avec un micro et un haut-parleur et on chantait», raconte-t-elle. En cachette, comme une
«Si vous étiez prises à regarder des K-dramas, vous pouviez être arrêtées et tuées», explique Kang Gyu-ri majorité de Nord-Coréens, elle consomme de la K-pop. «Avec une antenne, on pouvait écouter la radio du Sud et regarder KBS et EBS [deux chaînes publiques du Sud]. J'étais accro. » En marge de ces respirations, la vie, encadrée et surveillée, reste pesante. « Si vous portiez une tenue qui a l'air trop du Sud, vous pouviez subir un contrôle par la police dans la rue. Si vous utilisiez le terme "oppa" [terme affectif utilisé par les Sud-Coréennes pour s'adresser à leur amoureux] dans un message ou si vous étiez pris à regarder des K-dramas, vous pouviez être arrêtées et tuées », explique Kang Gyu-ri.
Inquiet de l'influence de la culture sud-coréenne sur la population, le régime a durci la répression de la consommation de K-pop ou de K-drama avec la loi de 2020 « contre la pensée réactionnaire ». Ce texte interdit la création, la distribution et la consommation de tout contenu « visant à briser [son] système », sous peine de dix ans de travaux forcés. Deux adolescents ont été envoyés dans des camps de travail car ils avaient regardé des vidéos de K-pop. Des lycéens ont été exécutés pour avoir regardé la série Squid Game.
Pour Kang Gyu-ri, l'idée de partir au Sud finit par s'imposer. «Je voulais profiter de la vie. La K-pop rendait le Sud très attirant, bien différent de la propagande qui le présente comme pauvre, sous-développé et sous la domination d'Américains violents», précise-telle. Sa décision est prise en octobre 2023. «Cela a été très rapide. Je me suis décidée le 14 octobre. Le 16, nous avons fait une première tentative, mais le temps était mauvais. Nous sommes partis le 22. »
Désormais étudiante installée à Séoul, elle vit sa nouvelle vie grâce aux aides de la Corée du Sud. « C'est parfois dur et mes amis me manquent. Mais tout est possible ici. Il suffit de faire des efforts. »
PHILIPPE MESMER
Pedro Sanchez annonce des élections anticipées, au palais de la Moncloa, à Madrid, le 5 octobre. HANDOUT/AFP
En Espagne, Pedro Sanchez fait une nouvelle fois le pari des urnes
En avançant le scrutin prévu à la mi-2027, le premier ministre socialiste mise sur la contestation sociale pour obtenir une véritable majorité
MADRID - correspondante
Pedro Sanchez a une nouvelle fois choisi de bousculer le calendrier politique et de parier sur les urnes. Lundi 5 octobre, le premier ministre espagnol a mis un terme à une législature devenue de plus en plus difficile et a demandé aux électeurs de lui donner « une majorité progressiste beaucoup plus large » pour gouverner. Dans une allocution depuis sa résidence du palais de la Moncloa, le dirigeant socialiste a annoncé la dissolution du Parlement et la convocation d'élections législatives anticipées le 29 novembre.
La déclaration intervient trois jours seulement après le rejet par le Congrès des députés de deux décrets-lois présentés en urgence par le gouvernement pour répondre à la crise du logement. Les voix du Parti populaire (PP, droite), de Vox (extrême droite), mais aussi de ses anciens alliés, les indépendantistes catalans d'Ensemble pour la Catalogne (Junts), ont mis en échec le vote des textes, exposant une nouvelle fois l'étroitesse de la marge de manœuvre du gouvernement au Parlement.
En quelques jours, le paysage politique a basculé. Le 23 septembre, alors que le chef du gouvernement se trouvait à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies, à Madrid, une retraitée de 87 ans était expulsée de son appartement après le rachat de celui-ci par un fonds d'investissement. Son cas a ému, alors que l'accès au logement est devenu l'une des principales préoccupations de la population espagnole. Un campement s'est installé sur la Puerta del Sol et les manifestations se sont multipliées dans le pays.
C'est cette colère que Pedro Sanchez espère transformer en mobilisation électorale. «Je sais qu'une partie de cette majorité sociale est aujourd'hui insatisfaite», a-t-il reconnu lundi. Il a dit comprendre ceux qui voient leurs « intérêts piétinés au Parlement au bénéfice de quelques-uns » et admis que son gouvernement avait commis « des erreurs ». Il reste, a-t-il insisté, « beaucoup d'injustices à corriger », notamment en matière d'inégalités.
Le premier ministre a également défendu son bilan économique et social, soulignant que l'Espagne est l'un des Etats les plus dynamiques de l'Union européenne – le FMI prévoit une croissance de 2,1 % en 2026 – et que le pouvoir d'achat y a « progressé trois fois plus qu'en France ou en Allemagne ». Pedro Sanchez s'en est aussi pris à « la pire opposition qu'ait connue notre démocratie », accusée d'avoir systématiquement entravé l'action gouvernementale.
A droite, où l'on réclame depuis longtemps son départ, l'annonce a été accueillie avec satisfaction. Alberto Nuñez Feijoo, président du PP, principale formation d'opposition, s'est félicité que les Espagnols puissent «enfin» se prononcer. «Si huit années n'ont pas suffi, pourquoi vouloir quatre ans de plus ?», a-t-il lancé, promettant une «reconstruction nationale».
A la tête du Parti populaire depuis 2022, Alberto Nuñez Feijoo dirige le premier parti au Parlement, avec 137 députés sur 350. Arrivé en tête en 2023, il n'avait pourtant pas réussi à réunir une majorité, permettant à Pedro Sanchez de se maintenir au pouvoir grâce au soutien d'une coalition hétéroclite, de la gauche radicale de Sumar aux nationalistes basques et catalans. Parmi eux, Junts, dont les sept députés ont contribué vendredi au rejet des décrets sur le logement et précipité la fin de la législature.
Santiago Abascal, le chef de Vox, a lui aussi salué une « bonne nouvelle ». Avec ses 32 députés, l'extrême droite est la force qui progresse le plus dans les enquêtes d'opinion et elle pourrait jouer un rôle déterminant dans la formation d'une majorité de droite.
A gauche, en revanche, l'annonce prend de court les partenaires du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). L'alliance de
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领导人必须重新动员被接连丑闻打击的社会党选民
在 Sumar 内部,几个左翼团体(该组织在政府中拥有五名部长)数月来一直试图在新的旗帜下进行重组,但目前既没有指定的候选人,也没有最终成立的联盟。组成该团体的各政党现在必须紧急进行谈判,因为联盟登记的截止日期将于 16 octobre 到期。佩德罗·桑切斯可能会试图利用这种混乱局面,以挽回部分选民。
Le dirigeant doit remobiliser un électorat socialiste éprouvé par une succession d'affaires
plusieurs formations de gauche, au sein de Sumar, qui compte cinq ministres au gouvernement, tente depuis des mois de se réorganiser sous une nouvelle bannière, mais elle ne dispose encore ni d'un candidat désigné ni d'une alliance définitivement constituée. Les partis qui la composent doivent désormais négocier dans l'urgence, le délai d'enregistrement des coalitions expirant le 16 octobre. Une désorganisation dont Pedro Sanchez pourrait tenter de profiter afin de récupérer une partie de cet électorat.
Le premier ministre doit surtout remobiliser un électorat socialiste éprouvé par une succession d'affaires. Plusieurs enquêtes judiciaires ont touché des personnalités proches du PSOE et de Pedro Sanchez, notamment son épouse. Deux anciens secrétaires à l'organisation du parti ont connu la prison, et pour l'un d'entre eux, cela s'est fait après une condamnation définitive. Une partie de son camp lui a aussi reproché la loi d'amnistie accordée aux indépendantistes catalans, adoptée en mai 2024, qui devait assurer à Pedro Sanchez leur soutien au Parlement.
L'ancien premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, longtemps précieux dans les campagnes électorales du PSOE, est lui-même devenu encombrant. En septembre, il a expliqué à un juge que les bijoux saisis dans le coffre-fort de son bureau, lors d'une enquête pour trafic d'influence lancée en mai et d'une valeur estimée à plus de 1,2 million d'euros, lui avaient été offerts en 2007 par le roi Abdallah d'Arabie saoudite, quand il était au pouvoir. L'affaire a nourri un très fort malaise au sein du parti. S'y est ajoutée la crise de la ville autonome de Ceuta, qui a monopolisé le débat politique pendant deux mois après l'arrivée massive de migrants marocains à la fin du mois de juillet et a renforcé le sentiment d'usure du gouvernement.
Pedro Sanchez n'en est pas à son premier pari électoral risqué. Son parcours est jalonné de décisions prises à contre-courant des pronostics. Arrivé au pouvoir en 2018 grâce à une improbable motion de censure contre le conservateur Mariano Rajoy, il avait dû organiser deux élections générales en 2019, avant de former, en janvier 2020, le premier gouvernement de coalition de gauche depuis le retour de la démocratie.
«Coalition d'extrême droite»
Surtout, en 2023, au lendemain d'une lourde défaite du PSOE aux élections municipales et régionales, il avait surpris jusqu'à son propre camp en convoquant immédiatement des législatives anticipées, en plein mois de juillet. Alors que les sondages étaient défavorables à la gauche, le scrutin avait permis aux socialistes de limiter leurs pertes puis, après plusieurs mois de négociations, à Pedro Sanchez de conserver la Moncloa, la résidence du premier ministre.
Aujourd'hui, son pari est du même ordre: reprendre l'initiative dans un contexte politique dégradé et remobiliser la gauche face au risque d'une majorité PP-Vox, cette «coalition d'extrême droite» contre laquelle Pedro Sanchez a de nouveau mis en garde lundi. Les sondages restent cependant défavorables au PSOE. Le baromètre de l'institut 40dB, publié lundi par le quotidien El Pais, crédite le PP de 31,6 % des voix, soit 1,5 point de plus qu'aux élections de 2023, contre 27,4 % pour le PSOE, en recul de 4,3 points. Mais c'est surtout Vox qui progresse : l'extrême droite recueillerait 18,4 % des suffrages, 6 points de plus qu'il y a trois ans.
A New Delhi, la moitié des électeurs menacés d'être radiés des listes
Les musulmans et les plus pauvres sont visés par un nettoyage des registres électoraux
NEW DELHI - correspondence
Le bureau électoral de Nai Basti, à Okhla, dans le sud- est de New Delhi, est le théâtre d'un angoissant ballet, ce jeudi 1er octobre. Une centaine d'hommes et de femmes vont et viennent ici chaque jour dans l'ultime espoir de conserver leurs droits civiques, menacés par un exercice kafkaïen de révision des listes électorales. Dans une pochette cartonnée ou dans un simple sac en plastique, ils ont glissé tous les documents officiels qu'ils possèdent. Sabana Khatoon, 46 ans, s'accroche à sa carte d'électeur, vraisemblable- ment devenue caduque. «Je n'ai jamais manqué un scrutin de ma vie, mais on m'a dit que j'avais été radiée des listes», explique cette mère de famille.
Les autorités se sont lancées au mois de juin 2025 dans une « révision intensive spéciale » des listes électorales dans plus d'une trentaine d'Etats. Contrairement à l'exercice de routine visant à supprimer les personnes décédées et les doublons, ce nettoyage des listes a pour objectif affiché de s'assurer qu'aucun immigré clandestin, notamment des musulmans du Bangladesh, ne puisse voter. Une thématique largement instrumentalisée par les nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party (BJP), la formation du premier ministre, Narendra Modi. Quelque 130 millions d'électeurs ont déjà été radiés.
Dans la capitale indienne, où l'opération suit actuellement son cours, la moitié de l'électorat est menacée. Plus de 4,7 millions de personnes ont été supprimées des listes provisoires publiées à la fin du mois d'août, soit près d'un tiers des votants. A cela, s'ajou- tent 3,3 millions d'électeurs faisant l'objet d'une mise en demeure de la part de la commission électorale leur intimant de prouver, avant le 30 octobre, qu'ils ont bien le droit de voter.
Le processus est d'une telle complexité qu'il en devient inintelligible. A New Delhi, les électeurs peuvent être signalés comme «douteux» en raison d'incohérences dans leur nom. Mais aussi s'ils ont cinq frères et sœurs ou plus, posant des problèmes à toutes les familles nombreuses, ou encore si l'écart d'âge entre frères et sœurs est inférieur à neuf mois, entraînant de fait une mise en demeure de tous les jumeaux...
L'exercice, dont une partie a été confiée à un logiciel, semble même avoir échappé à ses propres architectes. Le ministre des affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, la cheffe de l'exécutif de la capitale, Rekha Gupta, ont reçu des mises en demeure.
Les musulmans et les populations les plus pauvres ont néanmoins été touchés de manière disproportionnée, selon les militants de la société civile. Ce sont les cibles traditionnelles de cet exercice, car réputées défavorables au parti au pouvoir. A l'instar de Sabana Khatoon, ils sont des milliers à courir par monts et par vaux pour espérer figurer sur la liste finale, dont la publication est prévue le 4 novembre.
Là où une simple pièce d'identité et un justificatif de domicile suffisaient auparavant à valider son inscription, les électeurs doivent désormais prouver qu'ils figuraient eux-mêmes ou que l'un de leur parent ou de leur grandparent était inscrit sur les listes électorales de 2002, date de la dernière révision.
Pour le commun des mortels, c'est un parcours du combattant. «Ne sachant ni lire ni écrire, je ne sais même pas quel est le problème avec mon dossier, ni comment y remédier», s'inquiète Sabana Khatoon, désemparée. Un homme sort à son tour du bureau électoral. Ram Devi vient d'apprendre qu'il risquait d'être radié, car le nom de son père a vraisemblablement été mal écrit dans le registre de 2002. En Inde, l'orthographe d'un même nom peut sensiblement varier d'un document à l'autre, notamment en raison des translitéra-tions de l'alphabet devanagari à l'alphabet latin.
La commission électorale, dont l'indépendance a maintes fois été remise en cause ces dernières années, se trouve à nouveau sous le feu des critiques. Plusieurs manifestations ont été organisées ces derniers jours pour exiger la démission du président de l'institution, accusé d'agir sur les ordres du BJP.
L'enjeu de cette révision des listes électorales va même bien au-delà du droit de vote des citoyens. Dans de nombreux Etats, les autorités menacent de priver les électeurs radiés de prestations sociales dans un pays où quelque 800 millions de pauvres dépendent de l'aide alimentaire.
Dans les quartiers à majorité musulmane, comme à Okhla, « un sentiment de panique s'est emparé des habitants », fait valoir un travailleur social qui a souhaité rester anonyme. Car une fois les listes définitives publiées, la commission électorale enverra les noms des personnes radiées et suspectées d'être des étrangers à l'autorité compétente auprès du ministère de l'intérieur.
«Le sentiment d'anxiété des citoyens est lié au contexte dans lequel se déroule la révision des listes», rappelle Nizamuddin Pasha, avocat, qui a initialement contesté le nettoyage des listes devant la Cour suprême. En 2019, un exercice visant à identifier les migrants clandestins dans l'Etat de l'Assam, frontalier avec le Bangladesh, avait déchu 1,9 million de personnes de leur nationalité. La même année, le gouvernement nationaliste hindou avait fait adopter une réforme de la loi sur la citoyenneté discriminant les musulmans.
Dans de nombreux Etats, les autorités menacent de priver les électeurs radiés de prestations sociales
Pour s'assurer que personne ne soit injustement radié des listes, Nizamuddin Pasha, aux côtés d'Asaduddin Owaisi, député d'un parti musulman au Parlement indien, a ouvert une permanence légale à Zakir Nagar, une enclave située dans le quartier d'Okhla. Dans ces locaux, les agents électoraux peuvent recevoir les électeurs venus compléter leur dossier et des avocats dispensent des conseils juridiques.
Arunima Faraz, une femme de 32 ans, vient y déposer ses documents sur la table. Elle résume la peur de toute une communauté : « Si je ne suis plus sur les listes électorales, le gouvernement pourra alors prétendre que je suis une immigrée du Pakistan ou du Bangladesh et m'envoyer dans un camp de détention. »
Le gouvernement va suivre les préconisations des autorités sanitaires, quinze ans après les premières alertes
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uinze ans après les premières alertes de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur la
« surexposition » des Français au cadmium, en 2011, le gouvernement s'engage à réduire les taux de ce métal lourd cancérogène dans les engrais phosphatés. Quatre textes réglementaires (un décret et trois arrêtés) ont été publiés entre vendredi 2 octobre et lundi 5 octobre. Ils fixent une trajectoire progressive de réduction des teneurs en cadmium dans les fertilisants et les apports dans les sols agricoles.
Aujourd'hui autorisés jusqu'à 90 milligrammes par kilo (mg/kg), un record en Europe, les taux de cadmium dans les engrais phosphatés devront être abais- sés à 60 mg/kg (la norme en vigueur dans l'Union euro- péenne depuis 2022) à partir du 1er janvier 2027, puis à 40 mg/kg en 2028, pour atteindre enfin un plafond de 20 mg/kg en 2030, un seuil déjà appliqué dans plusieurs pays, comme la Finlande, la Hongrie ou la Slovaquie.
Dans un rapport publié en mars, l'Anses, qui recommande depuis 2021 d'appliquer ce seuil de 20 mg/kg, exhortait le gouvernement à agir «dès que possible » sous peine «d'effets néfastes pour une part croissante de la population ». Près de la moitié de la population française et 100 % des enfants de 2 à 3 ans présentent déjà des taux de cadmium dans les urines qui dépassent le seuil de concentration considéré comme critique. Une singularité française : les enfants français sont jusqu'à six fois plus imprégnés que les jeunes Allemands ou Italiens.
Santé publique France alerte depuis 2021 sur le lien avec l'explosion des cancers du pancréas en France : « Le cadmium est suspecté de jouer un rôle dans l'accroissement majeur et extrêmement préoccupant de [leur] incidence. » Le nombre de cas a plus que quadruplé en trente ans. Le cadmium, qui contamine de nombreux aliments de grande consommation (pommes de terre, céréales, pâtes, pain...), s'accumule dans les reins et le foie. Il est également associé à un risque accru de cancers du rein, du poumon, de la prostate ou encore du sein. Il a des effets rénaux, cardio-vasculaires, neurodéveloppementaux. Et, en se fixant sur les os, il favorise également l'ostéoporose.
Dans une lettre ouverte adressée au premier ministre en juin 2025, les médecins libéraux avaient dénoncé une « bombe sanitaire ». A l'initiative de cette mobilisation, Pascal Meyvaert accueille avec « grande satisfaction » un texte qui « répond à [leur] demande de mieux prévenir la contamination des cultures agricoles au cadmium ».
Le texte qui avait été mis en consultation publique au printemps, porté par la ministre de l'agriculture, Annie Genevard, prévoyait à l'origine une trajectoire de réduction bien plus lente qui devait aboutir au seuil préconisé par l'Anses en 2038. Mais entre-temps, une proposition de loi
Les enfants français sont jusqu'à six fois plus imprégnés que les jeunes Allemands ou Italiens
des députés Benoît Biteau (Les Ecologistes, Charente-Maritime) et Clémentine Autain (L'Après, Seine-Saint-Denis), soutenue par la communauté médicale et plusieurs pétitions citoyennes, a été adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale, le 4 juin, contre l'avis du gouvernement: le texte fixe l'abaissement à 40 mg/kg dès 2027 puis à 20 mg/kg en 2030.
Pour justifier sa décision de revenir sur sa démission, la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, avait précisé en juillet avoir obtenu du président de la République, Emmanuel Macron, des « garanties » sur plusieurs dossiers environnementaux, dont l'abaissement du taux de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 mg/kg dès 2030.
Selon nos informations, la ministre de l'agriculture a accepté de se ranger derrière la proposition de sa collègue à condition d'inclure une clause de revoyure. Le gouvernement prévient ainsi qu'il pourra « adapter le calendrier » de la baisse des teneurs en cadmium en fonction des « données technologiques et facteurs socio-économiques disponibles, y compris la sécurité d'approvisionnement en matières fertilisantes », comprendre retarder le passage au seuil recommandé par les autorités sanitaires.
Ce sera aux inspections générales des ministères concernés de trancher. Or, dans un rapport publié en mai, l'inspection générale de l'environnement et du développement durable et le conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux avertissaient que, si s'aligner immédiatement sur la norme européenne était une mesure « peu contraignante », il n'en allait pas de même de l'abaissement à 20 mg/kg. Alors que la France importe ses engrais phosphatés très majoritairement du Maroc, la réduction des teneurs en cadmium aura un « impact significatif sur l'approvisionnement national et probablement sur les prix des engrais », avertissent les auteurs.
Un risque qui s'explique par la « situation d'oligopole » du Maroc, qui possède les plus grands gisements miniers de phosphates du monde et qui assure avoir développé un processus de décadmiation qui lui permet de proposer des engrais « bas cadmium » (inférieurs à 20 mg/kg). La FNSEA, le premier syndicat agricole, a déjà prévenu qu'il était favorable à l'abaissement des seuils, mais « à des prix abordables ».
C'est pourquoi Benoît Biteau entend pousser sa proposition de loi jusqu'au bout. « Un décret, c'est fragile, dit le député, celui-là va dans le bon sens, mais le gouvernement peut décider unilatéralement de l'écraser par un autre. Une loi, c'est plus robuste. » Il attend de connaître la date de la future niche parlementaire des élus écologistes au Sénat pour y inscrire son texte.
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土壤全面评估
政府方面则保证,此举是“为了更好地保护法国民众而迈出的新一步”。但事实是,将阈值降低至 20 mg / kg 并不足以期待短期内产生健康效益。法国国家食品环境与职业健康安全局(Anses)明确指出,土壤污染水平开始下降将需要“数十年”时间。“这将耗费极长时间,”土壤生命专家、生物学家马克-安德烈·塞洛斯(Marc-André Selosse)证实,“因此,有必要减少谷物种植并开发新的植物品种。”
Le gouvernement assure de son côté qu'il «franchit une nouvelle étape pour mieux protéger les Français». Reste qu'abaisser le seuil à 20 mg/kg ne sera pas suffisant pour espérer des effets sanitaires à court terme. L'Anses précise qu'il faudra des « dizaines d'années » pour que les niveaux de contamination des sols commencent à baisser. « Ça va prendre un temps fou, confirme le biologiste Marc-André Selosse, spécialiste de la vie des sols. D'où la nécessité de faire moins de céréales et de développer de nouvelles variétés végétales. »
Fondateur de l'Association Santé Environnement France, le cardiologue Pierre Souvet est l'un des premiers à avoir alerté sur les dangers du cadmium. « On va stabiliser les concentrations dans les sols, mais celles dans les aliments ne vont pas baisser tout de suite, donc les recommandations de consommer des aliments moins exposés au cadmium, comme les légumineuses et le bio, restent de rigueur », explique-t-il.
Le médecin voit un autre levier à activer: obtenir un bilan complet de l'acidité des sols français, favorisée selon lui par les engrais azotés, et susceptible de faciliter le transfert du cadmium vers la plante. Il a ainsi demandé à rencontrer le président de Chambres d'agriculture France afin de mettre en place des « mesures correctives », en particulier pour les cultures qui accumulent le plus le cadmium.
俄罗斯媒体已确认死者身份:达里亚·奇皮洛娃(Daria Chipilova),28岁,该机构的实验室技术员。这名年轻女性在被送往伊尔库茨克卫星城切列霍夫(Chelekhov)的医院就诊两天后不幸去世。独立地方媒体《贝加尔人民》(Peuples du Baïkal)提出了两种解释(该媒体编辑部虽被迫流亡,但在当地仍保留大量联系)。根据第一种假设,达里亚·奇皮洛娃在从泰国旅行返回后患上了肺鼠疫;根据另一种假设,她在实验室中意外打破了一支含有鼠疫病原体的试管,从而感染了该疾病。
Soupçon de peste en Sibérie : le Kremlin rassure, l’inquiétude grandit
Les autorités assurent que la mort, le 2 octobre, d'une employée d'un laboratoire d'Irkoutsk n'a pas été provoquée par le bacille
En Sibérie, le gouverneur de la région d'Irkoutsk, Igor Kobzev, garantit que « tout est sous contrôle ». A Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, appelle la population à écouter « les déclarations officielles des professionnels plutôt que les rumeurs et les spéculations ». Et l'agence nationale de santé publique Rospotrebnadzor répète que « la situation est stable ». Résultat : plus les autorités rassurent, plus l'inquiétude grandit en Russie, après qu'une employée de l'Institut antipeste d'Irkoutsk est morte, vendredi 2 octobre. Les causes de ce décès sont d'autant plus incertaines que des récits contradictoires ont nourri les interrogations sur une possible épidémie.
Les médias russes ont identifié la victime : Daria Chipilova, 28 ans, technicienne de laboratoire de cet établissement. C'est à l'hôpital de Chelekhov, cité satellite d'Irkoutsk, que la jeune femme a succombé deux jours après son hospitalisation. Le site Peuples du Baïkal, un média local indépendant dont la rédaction a été contrainte à l'exil mais qui garde de nombreux contacts sur place, a avancé deux explications. Selon une première hypothèse, Daria Chipilova souffrait d'une peste pulmonaire à son retour d'un séjour en Thaïlande; selon une autre, elle a contracté cette maladie après avoir accidentellement cassé dans son laboratoire un tube à essai contenant l'agent pathogène de la peste.
L'agence Rospotrebnadzor affirme pour sa part qu'aucun cas d'urgence impliquant des microorganismes pathogènes n'a été recensé à l'institut d'Irkoutsk. Les analyses par une commission d'experts montrent que la cause du décès est «une pneumonie» à l'origine «indéterminée», a affirmé, lundi 5 octobre, Igor Kobzev. Le gouverneur a précisé que toutes les personnes en contact avec la défunte ont été identifiées et placées sous surveillance médicale.
Les premières déclarations et mesures officielles étaient bien moins rassurantes. Le 2 octobre, Alexeï Tsydenov, gouverneur de Bouriatie, la région voisine, a expliqué par sa messagerie que la femme de la région d'Irkoutsk « morte de la peste » ne venait pas du territoire dont il est chargé. Il a ensuite modifié son message en ajoutant le mot « peut-être ». Le lendemain, 3 octobre, les autorités de Baïkalsk, ville proche d'Irkoutsk, ont publié un message demandant aux habitants de ne pas se rendre à Chelekhov en raison de « renseignements non officiels faisant état d'une personne ayant contracté la peste ». Le message a été supprimé deux heures après.
Comme l'a rapporté Peuples du Baïkal, les habitants de Chelekhov ont remarqué des personnes portant des combinaisons de protection, des masques et des gants dans les rues. Et les ambulances qui transportaient, pour dépistage, les personnes ayant été en contact avec Daria Chipilova, ont été escortées par des patrouilles du FSB, héritier du KGB, service fédéral chargé à la fois de la sécurité et... du contrôle de l'information. Les médias censurent les articles évoquant un risque d'épidémie. La chaîne de télévision REN TV a retiré de ses réseaux sociaux cinq publications mentionnant la possible peste à Chelekhov.
La directrice de Rospotrebnadzor, Anna Popova, s'est rendue en Sibérie pour une réunion d'urgence durant le week-end des 3 et 4 octobre. Certains secteurs de l'hôpital de Chelekhov, où Daria Chipilova est morte, ont été bouclés. Près de 200 personnes ayant été en contact avec elle ont été identifiées, 189 ont été hospitalisées pour observation. Plusieurs établissements de santé ont été placés en quarantaine. Dans d'autres, les services fonctionnent normalement, sans fermeture massive.
Mais une usine d'aluminium locale a demandé à ses employés de porter des masques. Quant aux pays voisins d'Asie centrale (Ouzbékistan, Kirghizistan, Kazakhstan), ils ont, par précaution, renforcé les contrôles sanitaires à leurs frontières.
La peste pulmonaire est la forme la plus dangereuse de la maladie. Contrairement aux deux autres formes (bubonique et septicémique), elle touche les poumons et se transmet d'une personne à l'autre par des gouttelettes infectieuses dans l'air. Sans traitement antibiotique rapide, elle s'avère mortelle, en un à six jours. Cela a pu être le cas de Daria Chipilova. L'inquiétude est d'autant plus grande que la peste est endémique en Sibérie, où a été identifié le premier foyer humain préhistorique connu. La bactérie responsable de la maladie, Yersinia pestis, est présente chez les petits mammifères sauvages des étendues sibériennes. Les cas de peste chez l'être humain restent toutefois rares.
Etonnamment, la situation médicale en Sibérie n'a pas tardé à devenir un sujet à Washington.
Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, s'est d'abord montré mi-rassurant mi-inquiet: «Je ne pense pas qu'il y ait lieu de s'alarmer, mais il y a lieu de garder un œil dessus. » Puis Donald Trump a lui-même commenté cette situation pourtant lointaine: «On regarde ça de très près, on vient juste d'en entendre parler. On va les aider. »
Ces déclarations américaines devraient peu rassurer en Sibérie, où la prudence, voire la méfiance, est de mise. Au printemps, un précédent y avait déjà semé doute et colère. Officiellement, le gouvernement avait alors évoqué une épidémie de pasteurellose chez les bovins pour justifier des mesures radicales. Il avait ordonné la mise en quarantaine et l'abattage massif des animaux, mesures pourtant non nécessaires pour cette infection relativement bénigne. En réalité, les autorités sont soupçonnées d'avoir dissimulé une épidémie de fièvre aphteuse. Et d'en avoir caché l'ampleur.
A Saint-Denis, un mouvement politisé mais pas manipulé
Besoins matériels, violences policières, discriminations et montée du RN...
dans les banlieues, là où la contestation
a démarré, les revendications sont multiples
S
aint-Denis, capitale d'un jour des lycéens de banlieue. L'après-midi du dimanche 4 octobre, quelque 350 personnes – dont une moitié de lycéens – étaient réunies pour une grande assemblée générale
sur le parvis de la mairie de la ville de Seine-Saint-Denis, au nord de Paris, à l'appel de l'association Rassemblement pour l'égalité et la démocratie Jeunes, active dans les quartiers populaires contre les discriminations et les violences policières. L'ordre du jour? Partager revendications et témoignages, décider des suites à donner au mouvement qui enflamme la France depuis une semaine.
« C'est notre mouvement, notre colère. Personne ne pourra nous la voler », s'écrie dans le micro Soumaya Sarré, 18 ans, ex-lycéenne à Bondy (Seine-Saint-Denis), aujourd'hui étudiante en première année de licence à la Sorbonne. « Aujourd'hui, c'est vous qui allez parler. Nous sommes un mouvement démocratique », promet Walid Mansouri, son coanimateur, qui a lui aussi tout juste quitté le lycée pour l'université.
Des lycéens venus d'un peu partout dans la banlieue parisienne se succèdent au micro, égrenant les mêmes revendications : plus de matériel, des chaises, des tables, des ordinateurs, des toilettes et des locaux décents, moins d'élèves par classe, plus de professeurs remplacés, moins d'heures de cours, plus d'infirmières, plus de chauffage l'hiver, moins de passoires thermiques, etc. Zakarya (nous avons choisi de ne pas donner les noms de famille des mineurs), 16 ans, qui se présente comme « neuroatypique », déclenche un tonnerre d'applaudissements quand il explique que son accompagnante des élèves en situation de handicap s'occupe de quatre élèves au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis.
Un fort sentiment d'injustice domine toutes les interventions: «Pourquoi on aurait moins de chances que ceux qui viennent de Paris?», interroge Nour, du lycée Rosa-Parks, dans le quartier de la Plaine Saint-Denis. Livia, venue du 19 $^{e}$ arrondissement de la capitale, confirme: «Il y a une ségrégation entre Paris et la banlieue due à Parcoursup, qui est totalement arbitraire. » Trois élèves du lycée catholique privé Jean-Baptiste-de-La-Salle, à Saint-Denis, sont venus témoigner par solidarité. « Ce n'est pas normal qu'il y ait de telles inégalités », déplore une jeune fille à lunettes, très applaudie.
Pour ceux qui prennent la parole, injustice et discriminations vont de pair, qu'elles soient scolaires, sociétales ou policières. « Dans les médias, il y a ceux qui militent et ceux qui cassent, s'insurge Thimotée, de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Le résultat, c'est les Blancs d'un côté, et les Noirs et les Arabes de l'autre. C'est pas nous, ça. » Ce sera la seule allusion aux violences et dégradations commises par des jeunes. Le sujet des violences policières, en revanche, revient dans toutes les interventions. « Quand on est un élève non-blanc, la violence [des forces de l'ordre] est décuplée», souligne Soumaya Sarré.
Parfois, les orateurs s'éloignent de la problématique scolaire, dessinant un mouvement très politisé. Ayoub est là pour montrer que c'est eux « la nouvelle France », reprenant la formule de Jean-Luc Mélenchon. La cause palestinienne, absente des discours, est omniprésente à travers les nombreux keffiehs arborés par les jeunes. Ce qui n'est pas étonnant pour une génération qui a assisté à la destruction de la bande de Gaza à travers les réseaux sociaux et dont une bonne part déclare être entrée en politique en réaction au « génocide ».
« On nous divise avec les religions, déplore Moustapha, de La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Aujourd'hui, les musulmans sont traités comme des ennemis. Il y aura même une loi interdisant le voile si le RN passe aux élections de 2027. » Sur quasiment tous les sites de lycées bloqués, on trouve des banderoles anti-Rassemblement national. La possibilité très proche et réelle d'une arrivée au pouvoir de l'extrême droite attise, à n'en pas douter, ce mouvement lycéen.
Pour ce rassemblement, la mairie de Saint-Denis a prêté quelques barrières pour canaliser la foule, une sono et un petit dais décoré d'un drapeau palestinien. Walid Mansouri connaît bien le nouveau maire issu de La
AYOUB EST LÀ
POUR MONTRER
QUE C'EST EUX
« LA NOUVELLE
FRANCE »,
REPRENANT
LA FORMULE
DE JEAN-LUC
MÉLENCHON
France insoumise (LFI), Bally Bagayoko: il était en dernière position sur sa liste aux municipales de mars. Contrairement à Soumaya Sarré, qui dit ne pas avoir d'affiliation partisane, mais qui aimerait voir émerger « un syndicat des lycéens des quartiers populaires, parce qu' [ils] en [ont] marre que ce soient des bourgeois privilégiés qui [les] représentent ».
Au milieu de la réunion, Bally Bagayoko débarque entouré d'une dizaine d'autres élus. La foule en délire se resserre autour du maire, qui a été particulièrement présent et actif sur les blocages lycéens, éteignant ici un feu de poubelles, s'interposant là entre les forces de l'ordre et les élèves. « Vous faites honneur à la République, vous faites honneur à ses valeurs, lance-t-il. Vos revendications sont légitimes. Il faut que la mobilisation s'accentue, parce que les inégalités, elles sont toujours là. » Tonnerre d'applaudissements.
Un peu plus tard, devant les médias, le maire LFI met le gouvernement en garde contre « l'escalade » policière: « Il n'y aura aucune solution politique si jamais la situation dérape. » Il balaie les accusations d'« incitation à la violence » du gouvernement et qualifie d'« indigne » le signalement à la justice effectué par le préfet de région.
Cette réunion organisée, encadrée et animée par des militants ou des sympathisants «insoumis» est-elle la preuve de la «manipulation» du mouvement lycéen par «LFI et
布列塔尼地区朗巴勒:农村高中的疲惫节奏
在位于朗巴勒(科特阿尔莫尔省)的亨利-艾夫里高中(lycée Henri-Avril)门前的行人道上,高三学生艾莉诺在昏暗的光线中与她的好友们汇合。此时是10月5日周一早上7 h 45,。这所拥有1300名学生的学校刚刚开门。女高中生们在交流关于“运动”的最新消息。17岁的艾莉诺没有参加周四和周五的第一波示威,因为她担心会发生暴力冲突。艾玛、塞莱斯特和卡米尔安慰她道:“我们的动员并不像在电视或社交网络上看到的那样。”
A Lamballe, en Bretagne, le rythme harassant des lycées ruraux
SUR LE TROTTOIR devant le lycée Henri-Avril à Lamballe (Côtes-d'Armor), Aliénor, élève de terminale, retrouve son groupe d'amies dans la pénombre. Il est 7 h 45, ce lundi 5 octobre. L'établissement de 1300 élèves vient d'ouvrir. Les lycéennes s'échangent les dernières nouvelles du « mouvement ». Aliénor, 17 ans, n'a pas participé aux premières manifestations, jeudi et vendredi. Elle appréhendait les violences. Emma, Céleste et Camille la rassurent : « Notre mobilisation ne ressemble pas à celles que l'on voit à la télévision ou sur les réseaux sociaux. »
A Lamballe, les blocages se sont déroulés dans le calme. Quelque 600 élèves se sont massés devant les portes avant de marcher dans les rues de la cité plus habituée à voir défiler des éleveurs en colère que des lycéens remontés. Après avoir tourné autour du Leclerc puis de l'Intermarché, et encouragé les lycéens de l'établissement privé à les rejoindre, les manifestants ont scandé quelques slogans et entonné La Marseillaise devant la mairie.
Les forces de l'ordre sont restées à distance. Il y a bien eu quelques pétards, un extincteur vidé et des rétroviseurs abîmés. Des débordements mineurs, dénoncés par tous les jeunes rencontrés. Emma, scolarisée en terminale, peste : «Il ne faut pas décrédibiliser le mouvement. Pour faire entendre nos revendications, on doit les exprimer calmement. D'autant qu'ici, nous sommes plutôt bien lotis. »
Autour d'elle, beaucoup tempèrent. Le bâtiment principal du lycée Henri-Avril a, certes, été rénové après un chantier de deux ans à 15 millions d'euros, mais des préfabriqués et des bâtiments vieillissants seraient toujours en service. Difficile d'y travailler lors des canicules, selon ces garçons de terminale. Des élèves en bac professionnel critiquent, eux, ces salles dans lesquelles la pluie s'infiltre régulièrement. D'autres racontent leur quotidien dans des classes à 35.
Vapoteuse en main, quatre adolescents inscrits en CAP mécanique déplorent le non-remplacement de leurs professeurs de français et d'histoire-géographie, absents depuis la rentrée. Et puis, les emplois du temps font débat : surchargés, mal ficelés... «Le mercredi, les professeurs n'acceptent pas de nous laisser partir dix minutes avant la fin des cours pour aller au self. Si je veux prendre mon car, je dois sauter le repas», souffle Emma qui espère intégrer, en septembre, une licence de droit. Encore faut-il passer l'«obstacle» Parcoursup. Une autre source d'agacement.
Aliénor tient à faire grève pour faire entendre les réalités scolaires en milieu rural. Comme nombre de lycéens d'Henri-Avril, elle habite dans une commune alentour. Le car scolaire sillonne la campagne pendant une heure dix avant de rallier l'école.
Réveil à 5 h 30, bus à 6 h 45, début des cours à 8 heures. « On vit des journées à rallonge. Je termine parfois mes devoirs à 22 h 30. Je dors six heures par nuit maximum. Je voulais continuer l'équitation, mais n'ai pas trouvé le temps d'aller à une seule séance depuis la rentrée... Ma vie scolaire laisse peu de place à une vie sociale », grimace-t-elle. Ses amies opinent.
«Pas de leader ni de représentant»
Assis sur un banc, Simon, Ewen, Samson et Axel révisent en urgence. Dans quelques minutes, ils seront évalués en histoire pour les uns, en mathématiques pour les autres. Ces lycéens de terminale reviennent à Henri-Avril après deux jours séchés. Tous retourneront en manifestation mardi, par «conviction».
«Les blocages ne sont pas instrumentalisés par des syndicats ou des partis politiques, comme le pensent certains. Ici, il n'y a pas de leader ni de représentant. On est simplement des lycéens soucieux de nos conditions de travail, plaide Samson, 17 ans Qu'on soit de gauche ou de droite, chacun reconnaît les problématiques. Le gouvernement doit investir davantage sur sa jeunesse. » « On ne nous prend pas au sérieux. Interdire les téléphones portables, était-ce la priorité ? On nous parle comme à des enfants obnubilés par les écrans », s'agace Axel. Le groupe montre les lycéens autour d'eux. La majorité d'entre eux discutent. Très peu ont le nez sur leur smartphone. Dans un coin, le proviseur de l'établissement surveille l'entrée. Il refuse de s'exprimer. Consigne de l'administration.
Skateboard sous le bras, Jules passe de groupe en groupe pour saluer les têtes connues. Curieux, cet élève de 2 $^{de}$ écoute les discussions : «Je n'y connais rien, à la politique. Je me fais influencer par mes parents, les infos, mes amis... Cette mobilisation m'aide à construire mes propres opinions. » Le mouvement est vécu comme une initiation politique et sociale. Certains en discutent avec leurs parents. C'est le cas d'Arnaud, 16 ans, qui a l'aval de sa mère, mais pas celui de son père pour manifester. Cet élève, qui se destine à travailler dans les travaux publics, clame : «J'assume de faire de la propagande autour de moi. Pour se faire entendre, le mouvement doit durer. Sinon, tout cela n'aura été que du folklore sans lendemain. »
BENJAMIN KELTZ
(ENVOYÉ SPÉCIAL À LAMBALLE,
CÔTES D'ARMOR)
Une porte-parole des lycéens, lors d'une assemblée générale, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 4 octobre.
KENZO TRIBOUILLARD/AFP
ses proxys de l'ultragauche», comme l'a affirmé l'entourage du premier ministre, Sébastien Lecornu, à l'issue d'une cellule de crise interministérielle, tenue jeudi 1er octobre? Matignon disait s'appuyer sur un « constat partagé par les services de renseignement ». En fait, il s'agit essentiellement d'une note de la direction du renseignement de la Préfecture de police de Paris (DRPP) du 28 septembre sur le mouvement lycéen en Seine-Saint-Denis.
«Les origines du mouvement résident de toute évidence dans une instrumentalisation de structures syndicales étudiantes et de mouvements politiques proches de l'extrême gauche», y écrivent les policiers de la Préfecture de police, qui soulignent le rôle des élus LFI, ayant, à la suite de Louis Boyard (député du Val-de-Marne), premier à s'être rendu au lycée Saint-Exupéry de Créteil à la mi-septembre, rejoint massivement les blocages à partir du 28 septembre. Chacun à sa manière et avec sa sensibilité : certains pour galvaniser les élèves, d'autres, comme Antoine Léaument (député de l'Essonne), pour les appeler au calme et encadrer un mouvement un peu anarchique.
Le constat de la DRPP n'est pas partagé, cependant, par tous les services de renseignement. Selon une autre source bien informée, le mouvement lycéen s'est déroulé en trois temps : « Un premier temps assez agité et spontané, sans profil politique. Puis un deuxième temps, en début de semaine dernière [à partir du lundi 28 septembre] lorsque des groupes de jeunes des quartiers, certains lycéens mais pas tous, ont entrepris des actions violentes : destructions de biens, menaces et agressions visant les personnels éducatifs. Enfin, les [responsables] politiques et les militants syndicaux de la gauche radicale ne sont arrivés que dans un troisième temps. »
La preuve de l'entrée en scène de militants aguerris, selon cette source: les tracts donnant des consignes aux lycéens interpellés et placés en garde à vue. « Mais il est très difficile de contrôler un mouvement de lycéens, par nature très volatil, poursuit la source. C'est plus un effet d'aubaine pour les partis politiques intéressés par l'agitation sociale. » En clair, les réseaux sociaux et l'effet d'imitation, voire d'émulation entre quartiers, ont été plus forts que la capacité d'entraînement de LFI. Enfin, la présence de black blocs n'a pas été objectivée par les services de renseignement, même si la journée du mardi 6 octobre s'annonçait à haut risque. Parmi les jeunes interpellés à la suite de l'agression d'un haut gradé de la police à Belfort, aucun ne figurait au fichier des antécédents judiciaires, selon une source policière.
Pour Ryad Rani, 19 ans, président de l'Union syndicale lycéenne, majoritaire dans le secondaire, « dire que LFI manipule et organise cette mobilisation est faux et infantilisant. Nous sommes représentés dans 3500 lycées [sur un total de 5000] ». Le jeune homme, qui a été présenté comme un « in soumis », se défend de cette étiquette: « Je suis de gauche, ça oui. Et je me suis présenté aux municipales sur une liste d'union de la gauche en tant que syndicaliste. » Depuis sa médiatisation, il dit avoir reçu des menaces de mort et des insultes racistes.
Il serait, en tout cas, étrange de reprocher à Ryad Rani sa proximité avec les « insoumis », alors que nul n'a relevé – jusqu'à ce que Manuel Bompard, coordinateur de LFI, le dévoile en direct lors d'une émission télévisée – que Nathanaël Combary, président du conseil d'administration de Renouveau lycéen, invité à rencontrer le ministre de l'éducation, Edouard Geffray, vendredi 2 octobre à Paris avec les autres syndicats, était engagé dans la campagne de Gabriel Attal.
Ariane Anemoyannis, 27 ans, coordinatrice du Poing levé, une organisation étudiante de gauche radicale issue de Révolution permanente, réfute, elle aussi, toute manipulation ou entrisme : « Nous sommes aux côtés des lycéens parce que nous comprenons et partageons leur colère. Nombre d'assistants d'éducation en collège et lycée sont des étudiants et militent chez nous. Ils vivent ces problèmes au jour le jour. Pour nous, les lycéens sont des sujets, pas des objets manipulables. Ils nous montrent l'exemple. »
Dans ses places fortes, notamment à Saint-Denis, Toulouse et Bordeaux, Le Poing levé dispose de militants très actifs et organisés, qui travaillent depuis le début du mouvement lycéen à une jonction avec le monde étudiant. Plutôt qu'un «proxy» de LFI, c'est un aiguillon aux positions souvent plus radicales. «L'utilisation du terme de “proxys”, qui désigne les alliés militaires de l'Iran dans la guerre avec Israël et les Etats-Unis, en dit long sur l'imaginaire du gouvernement», fait remarquer Ariane Anemoyannis.
« Nous, on ne veut rien casser, on veut se faire écouter »
A Pantin, Marseille, Toulouse ou encore Lyon, les lycéens partagent les mêmes inquiétudes et dénoncent leurs conditions d'études
LYON, MARSEILLE, TOULOUSE - correspondants
La jeunesse emmerde Par-coursup», «Nous sommes plus que des données dans un logiciel», «8 h-19 h, on est au lycée ou en garde à vue?», «L'avenir de la nation passe par l'éducation», «Moins de flics, plus de fric»... Les slogans ont fleuri par centaines ces dernières semaines sur les pancartes placardées aux grilles des établissements, au fur et à mesure que la mobilisation des lycéens gagnait de l'ampleur. Près de 590 lycées (sur 3700) ont encore été perturbés lundi dans toute la France, à la veille de la journée de mobilisation du mardi 6 octobre pour laquelle les plus engagés espèrent « une convergence des luttes » avec les étudiants et les salariés.
Du manque de papier toilette à l'angoisse de l'orientation, les revendications des lycéens peuvent sembler confuses, éparses et difficiles à cerner. Pourtant, de la banlieue parisienne à Marseille en passant par Toulouse, les lycéens et lycéennes croisés par Le Monde lors des blocages des dix derniers jours se répondent et se répètent, parfois mot pour mot. Leurs témoignages racontent des préoccupations partagées au sujet de leurs conditions d'études, leurs craintes profondes et un besoin viscéral d'être écoutés.
Dans les quartiers populaires de la banlieue parisienne, d'où est parti le mouvement, le manque d'enseignants et de personnels de santé ou la dégradation des locaux affectent lourdement le quotidien. En terminale au lycée professionnel Simone-Weil de Pantin (Seine-Saint-Denis), Kennan (les élèves cités par leur prénom souhaitent rester anonymes) attend devant son établissement pour participer au blocage lundi matin. «Je me mobilise depuis mercredi pour qu'on nous donne plus de moyens. Dans notre lycée, les toilettes sont souvent fermées, on n'a pas d'infirmière, les profs ne sont pas toujours remplacés», développe l'adolescent de 17 ans. Il se dit «inquiet» pour son avenir car il «ne peut pas bien travailler dans ces conditions»: «Je suis inquiet pour moi et pour tous les lycéens de France. Ce seront mes collègues plus tard, et si personne n'a l'éducation nécessaire ou si personne n'a les moyens, la France ne va pas tenir».
Parmi les élèves de ces établissements défavorisés, un sentiment lancinant de relégation surgit rapidement dans les discours, particulièrement devant les lycées professionnels, dont les élèves sont les plus précaires et les plus fragiles sur le plan scolaire. Croisé à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) devant le lycée professionnel Jules-Michelet, Kylian n'a pas choisi son orientation. « On est plein dans la classe dans cette situation », assure-t-il. Lui est en 1 $^{re}$ maintenance des systèmes de production
« C'EST PAS POSSIBLE, ON N'A PAS LES MOYENS DE RÉUSSIR ICI », DÉNONCE KYLIAN, DEVANT UN LYCÉE PROFESSIONNEL DU VAL-DE-MARNE connectés et vient tous les jours de Torcy (Seine-et-Marne), à 20 kilomètres. « J'ai été refoulé des lycées que j'avais demandés, à Torcy et à Montreuil », précise-t-il. Il aurait voulu « faire un truc genre commerce », un BTS, peut-être même une licence. Pourquoi ne pas conjuguer ce vœu au futur? « C'est pas possible, on n'a pas les moyens de réussir ici, j'ai même pas de prof d'éco-gestion », se désole-t-il, convaincu, à 17 ans, qu'il « n'aura pas [sa] chance » et que ce n'« est pas normal ».
A l'orée de l'élection présidentielle, le contexte politique s'invite aussi au milieu des slogans sur la vie lycéenne. Particulièrement en Ile-de-France, où la peur et le rejet du Rassemblement national s'expriment à longueur de tags et de pancartes. A Sevran (Seine-Saint-Denis), devant le lycée Blaise-Cendrars, les drapeaux palestiniens ont côtoyé les drapeaux français, jeudi 1er octobre. Mohamed s'est drapé dans un étendard tricolore pour aller bloquer son lycée. «Hier, on m'a dit que je n'étais pas français, ça m'a choqué; je suis né en France, j'ai des droits», clame le lycéen, alors que ses camarades hurlent dans le mégaphone le vieux slogan «La jeunesse emmerde le Front national».
Certains se mobilisent par nécessité, d'autres davantage par solidarité. Lycéens des villes, des banlieues, des zones rurales, élèves de lycée général ou de la voie professionnelle, ils n'ont parfois pour seul point commun que d'appartenir à la même génération, mais ils affichent une même préoccupation pour l'égalité des chances et la même volonté de se faire entendre. Devant le lycée Saint-Sernin, dans le centre-ville de Toulouse, des assemblées générales réunissent des élèves de cet établissement et du lycée Pierre-de-Fermat. « On veut être entendus ! Même si ici, les conditions sont assez bonnes, on soutient le mouvement national », précise Léo, en classe de terminale, conscient d'étudier dans un établissement favorisé.
«Pas de blocus pour le plaisir »
Cela n'empêche pas ces élèves de partager plusieurs revendications de leurs camarades partout en France. Chloé, également en terminale, en liste quelques-unes : «Des journées moins chargées, des classes plus fraîches lors des examens et surtout une révision de Parcoursup. » Pour Léo, il s'agirait «d'avoir moins de pression sur le contrôle continu et que cela devienne anonyme, pour éviter, par exemple, des discriminations sur l'origine».
« On ne fait pas de blocus pour le plaisir. On veut montrer qu'on est unis », dit aussi Blessin (prénom d'emprunt), élève en terminale du lycée Ampère, dans le centre-ville de Lyon. L'élève a conscience que son établissement, anciennement fréquenté par Charles Baudelaire, n'est pas le plus mal loti. Les locaux ont du cachet, et les absences y sont moins fréquentes. Les problèmes de l'éducation nationale s'y répercutent néanmoins, d'où un spleen pesant. « Nos journées sont énormes, de 8 heures à 18 heures, j'habite dans une commune de la périphérie, je mets une heure pour venir, on voudrait un rythme différent, comme dans d'autres pays », plaide le lycéen.
Ces expériences communes trouvent un écho si large qu'elles agrègent au mouvement des
« ON ATTEND UN CHANGEMENT TOTAL DE LA FAÇON DONT L'ÉDUCATION EST GÉRÉE DANS CE PAYS », EXPLIQUENT EVA ET LÉNA, À MARSEILLE
établissements peu coutumiers de la contestation. A Marseille, une manifestation spontanée partie du Vieux-Port en milieu d'après-midi, lundi, a réuni des jeunes de toute la ville. Côte à côte, Eva et Léna, 16 ans, élèves du lycée privé Saint-Joseph-de-la-Madeleine vivent leur première mobilisation. « On a fini par réussir à bloquer le lycée aujourd'hui, avec l'aide d'élèves d'autres établissements », expliquent-elles. Leurs revendications ? « Ne plus être 40 par classe, ce qui est incroyable dans un lycée privé. Avoir de la climatisation dans les salles... Ne plus dépendre de l'arbitraire de Parcoursup. On attend un changement total de la façon dont l'éducation est gérée dans ce pays. » Elles assurent que leurs parents les soutiennent, « même s'ils ont peur de ce qui peut arriver pendant les blocages ». « Par contre, ma grand-mère croit que c'est LFI [La France insoumise] qui nous manipule », s'amuse Eva.
Vendredi et lundi, entre 400 et 500 établissements ont été fermés, parfois car ils avaient subi des dégradations, souvent pour éviter les rassemblements aux abords. A Edouard-Herriot, dans le 6 $^{e}$ arrondissement de Lyon, ou au lycée Pierre-Brossolette, à Villeurbanne (métropole de Lyon), des groupes d'élèves passent furtivement malgré la fermeture des établissements. Ils partagent tous la volonté «de continuer jusqu'à être écoutés». «On ne voit pas l'avenir sous un bon jour», confie Ana, élève de 2 $^{de}$ . «Le gouvernement met en avant les débordements. Nous, on ne veut rien casser, on veut se faire entendre», affirme Tom, élève en 1 $^{re}$ .
Les élèves que Le Monde a rencontrés disent leur opposition aux violences et à la casse ayant émaillé plusieurs blocages. Ils expriment aussi la même indignation quant à la réponse policière opposée au mouvement, et aux élèves blessés lors d'interventions des forces de l'ordre à Tours, à Lens (Pas-de-Calais), à Argenteuil et à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise). En tout, dix enquêtes de l'inspection générale de la police nationale ont été ouvertes.
« Quand on voit les images [de violences sur les lycéens], c'est immoral, les policiers qui font ça, ils devraient être suspendus », s'agace Nolhan devant le lycée professionnel Frédéric-Bartholdi à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). La veille, assure-t-il, l'une de ses camarades « s'est fait embarquer à coups de pied parce qu'elle voulait brûler une poubelle ». Plus de 6000 personnes ont été interpellées depuis le début du mouvement. Parmielles, 5000 ont été placées en garde à vue, dont 4400 mineurs.
RÉMI DUCASSE (À PARIS), PHILIPPE GAGNEBET, SYLVIE LECHERBONNIER (À PARIS), ÉLÉA POMMIERS (À PARIS), GILLES ROF ET RICHARD SCHITTLY
在总统大选前6个月出现如此规模的社会动员是前所未有的。这凸显了一个缺乏经验丰富的政治负责人的政府之弱点。一名中间阵营的负责人批评道,像爱德华·热弗雷在10月2日那样在格勒内勒街(Rue de Grenelle)接见代表性较低的高中生组织,“这是在赋予他们合法性”。而高等教育部长菲利普·巴普蒂斯特(Philippe Baptiste)周一在Sud Radio电台上表达对更大规模“失控”的“担忧”,则进一步强调了政府的焦虑。对此,国家元首的随员反驳道:“总有人像卡桑德拉一样预言事情会恶化。”
L'exécutif, fébrile, se trouve à la merci d'un « embrasement »
La mobilisation inquiète au sommet de l'Etat, alors que les gestes du gouvernement ne sont pas parvenus à endiguer la contestation
La forte mobilisation des lycéens attendue, mardi 6 octobre, pour l'« acte III » d'un mouvement qui a essaimé dans tout le pays après être parti de la région parisienne à la mi-septembre, a poussé le gouvernement à annuler le déplacement de la ministre de l'agriculture, Annie Genevard, au Sommet de l'élevage, près de Clermont-Ferrand, où elle était attendue. Priorité a été donnée au déploiement des forces de police et de gendarmerie sur tout le territoire, quitte à suspendre le ballet des voitures officielles.
Les quelques gestes effectués ces derniers jours par le gouvernement en direction d'une contestation qu'il n'a pas vu venir n'auront, en tout cas, pas répondu aux attentes des manifestants. Ni le renoncement à faire payer les frais d'inscription aux élèves non boursiers en BTS ou en classes préparatoires, douze heures après avoir annoncé la mesure, le 1er octobre; ni la « feuille de route » adressée, dimanche, par le premier ministre, Sébastien Lecornu, à plusieurs membres de son gouvernement face à la mobilisation lycéenne – elle fixe un calendrier pour répondre à une partie de leurs revendications; ni le déplacement du ministre de l'éducation nationale, Edouard Geffray, lundi, dans un lycée des Yvelines, pour la première fois depuis le début du mouvement.
« L'appréhension du système a été moyenne », juge le président du groupe Union centriste au Sénat, Hervé Marseille, tandis qu'un chef d'exécutif local raconte avoir « alerté » en vain le gouvernement dès les premiers blocages d'établissements scolaires organisés par les lycéens : « Ils ont pris ça un peu à la légère », regrette-t-il.
L'irruption d'une mobilisation sociale d'ampleur à six mois d'une élection présidentielle est inédite. Et elle met en relief les faiblesses d'un gouvernement sans responsables politiques aguerris. Recevoir Rue de Grenelle des organisations lycéennes à la faible représentativité, comme l'a fait Edouard Geffray, le 2 octobre, « c'est leur donner une légitimité », critique un responsable du bloc central. Confier sa « crainte » d'un embrasement plus large, comme l'a fait le ministre de l'enseignement supérieur, Philippe Baptiste, lundi sur Sud Radio, souligne la fébrilité du gouvernement. « Il y a toujours des Cassandre pour prédire que ça va dégénérer », s'agace-t-on en retour dans l'entourage du chef de l'Etat.
«Aucune consigne de retenue»
Le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, n'a pas plus contribué à calmer les esprits en répondant aux critiques de la droite et de l'extrême droite, vendredi soir sur TF1. «Il n'y a aucune consigne de retenue» à l'intention des forces de l'ordre, insistait-il. Alors qu'un lycéen a eu la main arrachée à Lens (Pas-de-Calais) par une grenade lors d'une intervention policière, lundi, ses déclarations attestent de la primauté donnée à la répression pour désamorcer le mouvement.
S'il a envoyé quelques signes d'ouverture en direction des jeunes, Sébastien Lecornu, qui recevait, lundi soir, ces trois ministres, a lui aussi fait un geste en direction de l'électorat de droite, en décidant de dégager du temps parlementaire pour l'examen au Sénat du projet de loi « casseurs-payeurs », qui avait été présenté à la mi-septembre en conseil des ministres.
Pour l'historien Stéphane Sirot, spécialiste des mouvements sociaux, au-delà des revendications variant d'un lycée à un autre, cette mobilisation est le produit du contexte « anxiogène » auquel les jeunes sont exposés : la canicule, les incendies, la croissance en berne, l'angoisse vis-à-vis de l'intelligence artificielle, les guerres en Ukraine et en Iran, la peur d'une victoire du Rassemblement national à l'élection présidentielle de 2027... Une actualité qui exacerbe la peur du lendemain et les radicalise. « Il y a un aspect "no future" » dans cette mobilisation, appuie la députée écologiste des Deux-Sèvres Delphine Batho, ancienne présidente de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL).
En lien constant avec son premier ministre, Emmanuel Ma-
Mélenchon accuse Lecornu d'avoir « ordonné la répression ». Droite et extrême droite s'insurgent, elles, contre le « chaos »
cron se tient à l'écart d'un mouvement qui fait ressortir les failles de son bilan en matière éducative. Le chef de l'Etat laisse le gouvernement «à la manœuvre», se contentant d'appeler les responsables politiques, depuis l'Espagne, le 30 septembre, à ne pas «légitimer» la violence. «Il s'agit moins d'un mouvement anti-Macron que d'une crise globale de l'écoute du politique», juge le sondeur Frédéric Dabi, le directeur général de l'IFOP.
Absorbé par la préparation de son projet de budget pour 2027, Sébastien Lecornu n'a pas su détecter les signaux faibles de la mobilisation lycéenne. Il jugeait plus probable une contestation liée à la hausse vertigineuse des prix du carburant ou qui aurait été suscitée par un monde agricole meurtri par les canicules cet été.
La première réaction officielle du chef de gouvernement n'a été formulée qu'une dizaine de jours après les premiers blocages. Elle ne s'adressait ni aux lycéens ni à leurs représentants, mais à Jean-Luc Mélenchon. Le 28 septembre, il renonçait à sa communication verrouillée pour interpeller le leader de La France insoumise (LFI) sur X, l'accusant d'« instrumentaliser la colère » de la jeunesse « à des fins partisanes ». « Une faute », ajoutait-il. « Il ne voulait pas être pris en défaut de fermeté », justifie le chef d'un exécutif régional devant cet effet de manche.
Le quadruple candidat à la présidentielle accuse en retour Sébastien Lecornu d'avoir «ordonné la répression» du mouvement lycéen, auquel l'«insoumis» entend donner un écho national. La droite et l'extrême droite s'insurgent, elles, contre le « chaos » signant le laxisme des pouvoirs publics. Au fil d'un débat de plus en plus polarisé, le gouvernement s'est retrouvé pris en étau entre ces deux logiques irréconciliables.
Sur le terrain, les CRS et les gendarmes mobiles sont envoyés au contact des jeunes bloquant leur établissement afin de rétablir l'ordre. Ce face-à-face alimente les troubles aux abords des lycées : jets de projectiles, tirs de mortiers, incendies, biens dégradés et agressions envers les figures d'autorité (forces de l'ordre, membres du corps enseignant)...
随着超过5000起逮捕,以及针对涉嫌警察暴力行为向国家警察总监察局发起的十余起调查,干预措施的比例性已受到质疑。圣日尔曼昂莱政治学院(Sciences Po Saint-Germain-en-Laye)政治学教授克萨维尔·克雷蒂(Xavier Crettiez)认为:“风险在于,政府可能会像对待‘黄马甲’那样,试图提高参与动员的成本。而提高成本的一个有效方法就是加大镇压力度。‘黄马甲’运动之所以停止,是因为随着数千人被捕、数十人失明或手部被炸毁,抗议变得过于危险。”行政部门内部人士认为,如果动荡持续,勒科尔纽将别无选择,只能直接面对法国民众并承担此次危机。
玛丽亚玛·达拉梅(MARIAMA DARAME)
与 IGPN 娜塔莉·塞冈(NATHALIE SEGAUNES)
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Vocable guerrier
La tension n'a cessé de croître en près de trois semaines de mobilisation. Matignon n'hésite plus à qualifier les événements survenus de « violences urbaines » attisées par LFI et « ses proxys de l'ultragauche », notent des services de renseignement à l'appui de ces déclarations. Un vocable guerrier qui prépare l'opinion à un schéma autoritaire du maintien de l'ordre.
Avec plus de 5000 interpellations et une dizaine d'enquêtes lancées auprès de l'inspection générale de la police nationale pour des faits présumés de violences policières, la proportionnalité des interventions est d'ores et déjà questionnée. «Le risque, c'est que le gouvernement soit tenté, exactement comme avec les "gilets jaunes", de faire monter le coût de la participation à la mobilisation. Et une bonne façon de faire monter ce coût, c'est d'accroître le niveau de répression, estime Xavier Crettiez, professeur de science politique à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. Le mouvement des "gilets jaunes" s'est arrêté parce que cela devenait pour beaucoup trop dangereux de manifester avec des milliers d'interpellations, des dizaines de personnes éborgnées ou aux mains explosées. » Si les débordements persistaient, Sébastien Lecornu n'aura pas d'autre choix, estimet-on au sein de l'exécutif, que de s'adresser directement aux Français et d'endosser la crise.
Un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens
Au total, dix enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN sur des violences commises par des policiers lors des rassemblements
Les jours passent et les blessés s'accumulent. Au total, « 215 élèves ont été blessés depuis le début des mobilisations dans les lycées (...), soit du fait d'éléments accidentels (...), soit du fait de blessures liées à des fauteurs de troubles », indiquait le ministre de l'éducation nationale, Edouard Geffray, lundi 5 octobre. Les blessures les plus graves semblent avoir été causées lors d'interventions des forces de l'ordre.
Ainsi, lundi, vers 10 heures, devant le lycée Auguste-Béhal de Lens (Pas-de-Calais), un adolescent de 15 ans, scolarisé en 2 $^{de}$ , a eu la main arrachée par une grenade. Selon le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, les lycéens présents devant l'établissement étaient plus nombreux que lors des précédentes mobilisations. « Ils ont projeté toute une série de choses sur la police », a-t-il déclaré lors d'un point presse. Dans ce contexte, une unité de CRS est intervenue sur les lieux.
« Les CRS nous ont courus après pour nous faire reculer. Ils ont fait ça une première fois, après tout le monde est revenu, et c'est la deuxième fois qu'ils ont lancé la grenade », a raconté au Monde Tybo (les prénoms des mineurs ont été modifiés par mesure de protection), 17 ans, témoin de la scène. Après l'explosion, « [la victime] a continué à courir. [Elle] ne s'est pas rendu compte » de sa blessure immédiatement, selon le jeune homme. D'après sa description et d'autres témoignages, l'engin pourrait être une GM2L, une grenade connue pour avoir déjà causé des mutilations lors de manifestations.
Le procureur de Béthune (Pas-de-Calais), Etienne Thieffry, ne se disait pas, lundi, en mesure de déterminer si l'adolescent avait ramassé la grenade ou si elle avait atterri sur lui. Il a confié une enquête à l'inspection générale de la police nationale (IGPN) pour « violence ayant entraîné une mutilation et une infirmité permanente ».
La première blessure grave de lycéen, depuis le début du mouvement, a eu lieu une semaine plus tôt, le 28 septembre, à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise). Un policier avait alors tiré une grenade lacrymogène avec son lance-grenades Cougar et touché en plein visage Eden, 14 ans, à bout portant. Un usage contraire aux principes d'utilisation de cette arme, avec lequel le tir tendu est interdit car particulièrement dangereux. Contrairement au lanceur de balles de défense (LBD), qui envoie des projectiles en caoutchouc à la rigidité relative, le Cougar projette des grenades lourdes et à l'enveloppe en plastique rigide.
« Eden a une double fracture de la mâchoire, plusieurs de ses dents du bas ont été arrachées et toutes celles du haut sont brisées », a énuméré son avocate, Elsa Marcel, à l'occasion d'une conférence de presse, lundi, en présence des parents. « Sa mâchoire est scellée avec juste un espace pour laisser passer une paille. Il ne peut s'alimenter que de liquides, a ajouté sa mère. Il n'a que 14 ans, il n'a pas fini sa croissance, donc même avec toutes les
据瓦兹河谷省共和国检察官吉雷克·勒·布拉斯(Guirec Le Bras)称,目前已启动两项调查:一项针对伊登的暴力行为,另一项则交给法国警察总监察局(IGPN),调查关于使用Cougar(发射器)的暴力行为。律师埃尔莎·马塞尔(Elsa Marcel)宣布,她准备提起诉讼,特别是针对蓄意谋杀未遂的指控。
L'engin pourrait être une GM2L, une grenade connue pour avoir déjà causé des mutilations
opérations qu'il subit actuellement, sa situation ne pourra pas se stabiliser avant quatre, cinq ans. »
Selon les images de la scène diffusées sur les réseaux sociaux, Eden se trouvait en marge du blocage de son lycée, assis seul sur un muret. Pour une raison inconnue, un trio de policiers a tenté de le chasser – les vidéos ne donnent pas une vision exhaustive de la scène. Repoussé physiquement par les fonctionnaires, il leur a résisté et a mis un coup de pied à l'un d'entre eux. Immédiatement après, un policier fait feu.
Deux enquêtes ont été ouvertes, selon Guirec Le Bras, le procureur de la République du Val-d'Oise, l'une contre Eden pour violences, l'autre confiée à l'IGPN concernant l'utilisation du Cougar, pour violences également. M° Elsa Marcel a annoncé qu'elle s'apprêtait à déposer une plainte, notamment pour tentative d'homicide volontaire.
Deux jours plus tard, à Tours, Maël, un lycéen de 16 ans, a, lui, été éborgné, perdant l'usage de son œil. L'adolescent et plusieurs témoins ont attribué la blessure à un tir de LBD. Une version compatible avec les lésions constatées par les examens médico-légaux, selon la procureure de la République de Tours, Catherine Sorita-Minard. La magistrate a confié une enquête à l'IGPN, tandis que la famille de Maël a porté plainte pour violences volontaires.
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警察遭到殴打
总共有10起司法调查被交给这支“警察之警”。其中一项由博比尼(Bobigny)检察官办公室于9月28日启动,起因是塞夫朗(塞纳-圣但尼省)的三名学生家长提起诉讼。共和国检察官亚历山大·德·博舍尔(Alexandre de Bosschère)解释道:“指控包括一名骑警的击打、辱骂,以及一名原告的大腿被LBD击中。”据法新社报道,后者还就发生在圣但尼(Saint-Denis)但未披露细节的事项交给法国警察总监察局(IGPN)进行调查。另一项于10月1日启动的调查,旨在查明阿让特伊(瓦兹河谷省)一名16岁高中生眼睛受伤的情况,该伤势被怀疑是由LBD射击造成的。
En tout, dix enquêtes judiciaires ont été confiées à la « police des polices ». L'une d'elles a été ouverte le 28 septembre par le parquet de Bobigny, à la suite d'une plainte de trois parents d'élèves à Sevran (Seine-Saint-Denis). « Sont allégués un coup par un fonctionnaire à cheval, une insulte et un tir de LBD reçu sur la cuisse de l'une des plaignantes », explique le procureur de la République, Alexandre de Bosschère. Selon l'Agence France-Presse, ce dernier a également confié une enquête à l'IGPN pour des faits survenus à Saint-Denis, mais non détaillés. Une autre enquête, ouverte le 1 $^{er}$ octobre, vise à éclairer les circonstances de la blessure à l'œil infligée à un lycéen de 16 ans, suspecté d'avoir été causée par un tir de LBD, à Argenteuil (Val-d'Oise).
Du côté des forces de l'ordre, selon le ministère de l'intérieur, le bilan officiel est quantitativement lourd: « 650 blessés au sein des forces de sécurité intérieure » depuis le 28 septembre, indiquet-on Place Beauvau, qui ne donne cependant aucun détail sur la gravité ou les causes des blessures. Des images de violences sur des forces de l'ordre ont également circulé sur les réseaux sociaux.
Le 1er octobre, une vidéo mon-trait une policière esseulée, poursuivie puis frappée par plusieurs personnes dans le 20e arrondissement de Paris. Le lendemain, c'est à Belfort (Territoire-de-Belfort) qu'un autre policier a été passé à tabac. Un lycéen a été placé en détention provisoire pour ces faits, tandis qu'un second, âgé de 15 ans, a été placé sous contrôle judiciaire.
Outre les élèves et les forces de l'ordre, à la date du 4 octobre, le ministre de l'éducation nationale, Edouard Geffray, déplorait 78 personnels blessés.
Les candidats, contraints de mener campagne dans un climat de crise, s'opposent sur les solutions
L'
objectif était de convaincre les parlementaires, mais aussi de rassurer les créanciers de l'Etat. Double échec. La présentation du projet de budget du gouvernement pour 2027, le 1 $^{er}$ octobre, s'est soldée par un rejet du texte par les groupes d'opposition comme par une défiance des marchés très sceptiques sur le fait de le voir adopté par une Assemblée nationale fragmentée.
Signe de l'état de vulnérabilité dans lequel se trouve la France, les taux d'emprunts du pays ont, dès le lendemain, fait un nouveau bond pour atteindre près de 5 %, un record depuis 2002. L'écart de taux avec l'Allemagne (le « spread ») a, lui, dépassé les 150 points de base – du jamais vu en quinze ans. Outre la hausse générale des cours du pétrole et des taux d'intérêt liée à l'instabilité internationale, l'Hexagone connaît une dégradation rapide de sa situation économique et budgétaire: sa dette publique dépasse les 119 % du PIB, sa croissance est atone, le chômage remonte et les préoccupations sur le pouvoir d'achat grimpent en flèche dans toutes les catégories...
Si le climat est anxiogène pour le gouvernement, le terrain est également miné pour les candidats à l'élection présidentielle. Face à la dégradation de la plupart des indicateurs, comment mener campagne et s'engager à tenir ses promesses en l'absence de visibilité et de marges de manœuvre financières?
Tous partagent un relatif consensus sur la gravité de la situation. A droite et dans le bloc central, les prétendants à l'Elysée s'affichent même en lanceurs d'alerte ces derniers jours, à l'instar de Bruno Retailleau. Selon le candidat du parti Les Républicains (LR), « les mécanismes d'une crise sont en train d'être enclenchés ». Gabriel Attal, candidat de Renaissance, affirme, lui, que « la catastrophe n'est plus très loin ». La candidate du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, s'est dit toute aussi inquiète, décrivant un Etat « au bord d'une crise obligataire ». Les socialistes ont également qualifié de « grave » « la situation économique, sociale et budgétaire de la France », dans un courrier adressé, vendredi 2 octobre, au premier ministre, Sébastien Lecornu.
«Il n'y a pas de fatalité. L'enjeu, c'est d'éviter le pire. Nous devons tenir la cible de 5 % de déficit que nous nous sommes fixée», leur a répondu le ministre de l'économie, Roland Lescure, dimanche 4 octobre dans La Tribune Dimanche. Une manière implicite de mettre en garde les candidats. En effet, Matignon n'hésite pas à rappeler qu'un nouveau dérapage pourrait entraver le prochain président de la République dans sa capacité à mettre en œuvre son programme.
«Tout ce climat prouve que même si nous ne sommes pas encore entrés dans une crise de la dette d'un point de vue financier, nous y sommes d'un point de vue politique», observe l'économiste Anne-Laure Delatte, directrice de recherche au CNRS, rattachée à l'université Paris-Dauphine-PSL.
A sept mois du scrutin élyséen, les électeurs se montrent eux aussi très soucieux de la situation financière du pays, comme le souligne l'enquête électorale réalisée début septembre pour Le Monde par Ipsos BVA-CESI Ecole d'ingénieurs, en partenariat avec le Centre de recherches politique de Sciences Po (Cevipof), la Fondation Jean Jaurès et l'Institut Montaigne. Quelle que soit leur affiliation politique, 84 % des sondés s'expriment en faveur de la diminution de la dette publique. Selon
Brice Teinturier, directeur délégué général d'Ipsos BVA, « c'est la première fois depuis la dissolution [de l'Assemblée nationale] qu'il y a tel niveau d'inquiétude de l'opinion sur la question budgétaire ».
Si le consensus est partagé, de profondes divergences existent sur les solutions à apporter. « La ligne de fracture s'opère autour des leviers choisis pour redresser les finances publiques et les priorités fixées. C'est un conflit de répartition : la question qui se pose est de savoir qui doit contribuer et à quelle hauteur », résume Anne-Laure Delatte.
A gauche, où l'on a réussi à faire exister le débat autour de la taxe Zucman sur le patrimoine des ultrariches lors des discussions budgétaires en 2025, les candidats à la présidentielle revendiquent un logiciel politique qui repose à la fois sur une forme de relance keynésienne et sur la redistribution des richesses. Les candidats à la primaire de « l'espace social-démocrate » partagent l'idée d'augmenter sensiblement les impôts - des grandes entreprises, des plus hauts patrimoines, des grands héritages - pour investir dans les services publics ou encore la transition écologique, et même permettre l'abaissement de l'âge de départ à la retraite.
Mais ils se gardent bien de parler de baisse de dépenses, s'enfermant dans un «déni» sur la question, juge un député socialiste. Au sein du Parti socialiste (PS), le tournant de la rigueur pris par François Mitterrand en 1983 reste un traumatisme, tandis que l'héritage du quinquennat de François Hollande (2012-2017) et de sa poli-
Les ministres du gouvernement Lecornu, à l'issue du conseil des ministres, au palais de l'Elysée, le 1er octobre. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »
Matignon n'hésite
pas à rappeler
qu'un nouveau
dérapage
budgétaire
pourrait entraver
le prochain
président
tique en faveur des entreprises est tenu à distance. Sans s'étendre, Raphaël Glucksmann (Place publique) a commencé à distiller l'idée qu'il faudrait «faire des choix». Le député socialiste de l'Essonne Jérôme Guedj a déclaré vouloir «assumer des économies», mais «à condition qu'elles ne pénalisent ni le pouvoir d'achat, ni l'accès aux soins, ni le niveau des prestations».
Malgré la situation, la France insoumise (LFI) ne veut pas du tout amender le programme de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, qui se fonde sur une augmentation massive de la dépense publique. «Au contraire, la situation économique dégradée nous incite à faire notre programme de relance à fond. Au premier budget, il faudra aller chercher beaucoup d'argent : sur les grandes fortunes, ou en diminuant les aides aux entreprises », argumente le député LFI de l'Essonne Antoine Léaument.
Les «insoumis» souhaitent aussi «libérer [le] pays de l'emprise des marchés financiers». A ce titre, la proposition de Jean-Luc Mélenchon de vouloir «brûler» la part de dette obligatoire française détenue par la Banque centrale européenne a été dénoncée, par ses opposants et plusieurs économistes, comme une pirouette comptable dangereuse. Mais la prise de position du candidat de gauche radicale a néanmoins occupé le centre du débat durant plusieurs semaines. Le leader de LFI est parvenu «à convaincre de la relativité de la question», comme si la réduction de la dette était un problème facilement maîtrisable, déplore un député socialiste.
Consciente du discrédit dont souffrent plusieurs de ses mesures auprès des milieux économiques (retraites à 62 ans, baisse de la TVA sur le carburant...), Marine Le Pen a, elle, choisit de mener un exercice d'équilibriste. La candidate d'extrême droite essaye de donner des gages sur son « sérieux » budgétaire auprès des marchés, sans dévier de sa ligne sociale ni renoncer à son discours anti-élites, inscrit dans l'ADN de son parti.
La députée du Pas-de-Calais a ainsi détaillé, jeudi, la « règle d'or »
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“所有执政党在预算问题上的信誉危机都正遭受正面冲击”
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«Les partis de gouvernement subissent tous de plein fouet leur décrédibilisation en matière budgétaire »
BRICE TEINTURIER directeur délégué général d'Ipsos BVA
qu'elle promet de soumettre à un référendum si elle est élue. Un changement de pied du RN assumé, qu'elle justifie face au risque de « la mise sous tutelle de la France ». Marine Le Pen va jusqu'à présenter son parti comme « le seul capable de nettoyer les “écuries d'Augias” du système » et promettre un retour sous la barre des 3 % d'ici à 2032. Le parti devait présenter, mardi, son plan visant à réduire le déficit de 125 milliards d'euros en cinq ans.
Dénonçant l'«inconséquence» et la «démagogie» des propositions de Marine Le Pen comme de Jean-Luc Mélenchon sur la question, les candidats de la droite et du bloc central veulent, quant à eux, s'arroger l'étiquette du sérieux et de la rigueur budgétaire en ces temps troublés. Libéraux autoproclamés, Edouard Philippe (Horizons), Bruno Retailleau et Gabriel Attal promettent ainsi tous de rétablir la trajectoire des finances publiques en repassant sous la barre des 3 % d'ici à 2032, sans tomber dans l'austérité.
Ils mettent la priorité sur une baisse drastique des dépenses de l'Etat, un allongement de la durée du travail et un allègement de la fiscalité des entreprises pour relancer de la croissance. «Au lieu, soit de se contraindre, soit d'augmenter la taxation, essayons d'augmenter un peu, et en fonction de ce que chacun peut faire, la durée du travail de façon à créer de la richesse supplémentaire», a notamment plaidé, jeudi, Edouard
Philippe, pour défendre sa réforme de report de l'âge de départ en retraite à 65 ans.
« Si les Français commencent à prendre conscience du danger de la dette, ils iront chercher des politiques qui ne sont pas des démagos », veut croire le vice-président de LR, Julien Aubert, soutien de Bruno Retailleau. Comme lui, le député (Renaissance) de l'Essonne Paul Midy estime que l'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon accélérerait la plongée du pays dans la crise en faisant dévisser les marchés. « Ceux qui ne se préparent pas à possibilité d'une crise financière ne seront pas en capacité de gouverner », pense le coresponsable du programme de Gabriel At-tal, qui planche sur un plan de 150 milliards d'euros d'économie à réaliser en trois à cinq ans.
Soucieux de se distinguer des héritiers du macronisme, Bruno Retailleau attaque toutefois les deux anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron sur leur statut de « coresponsables des 1400 milliards de dette » contractés durant les deux quinquennats du président de la République sortant. Au même titre que leurs opposants à gauche, qui dénoncent les limites éprouvées par la théorie du « ruissellement » portée par Emmanuel Macron en 2017.
Pour Brice Teinturier, d'Ipsos BVA, l'argument de la responsabilité demeure, quoi qu'il arrive, à double tranchant. Non seulement pour les macronistes, mais « pour tous ceux qui ont gouverné ces vingt dernières années ». « Les partis de gouvernement subissent tous de plein fouet leur décrédibilisation en matière budgétaire. La situation alimente pour le moment surtout le discours antisystème des candidats populistes », observe-t-il.
Le bilan critiqué de la loi « pour le plein-emploi »
Des associations ont documenté les dysfonctionnements de la réforme de 2023 et réclament un moratoire
Une agence France Travail, à Machecoul (Loire-Atlantique), le 13 mai. STÉPHANE MAHÉ/REUTERS
La contestation ne faiblit pas autour de la loi « pour le plein-emploi ». Près de trois ans après la promulgation du texte, qui a notamment rendu l'inscription de tous les demandeurs d'emploi automatique auprès de l'opérateur public et réformé le revenu de solidarité active (RSA), les associations de lutte contre la pauvreté continuent d'en dénoncer les effets.
Dans un rapport, que Le Monde s'est procuré avant sa publication mardi 6 octobre, ATD Quart Monde, Aequitaz et le Secours catholique décrivent un système où l'accompagnement promis se transforme souvent en contrôle, où les obligations administratives noient les allocataires, et dans lequel les nouvelles sanctions peuvent précipiter des familles déjà précaires dans une grande pauvreté. Les trois organisations demandent un moratoire sur la loi et son décret relatif aux sanctions et plaident pour une refondation des politiques de lutte contre la pauvreté.
Le document se fonde sur une enquête collective et participative conduite d'octobre 2025 à mars 2026. Il s'appuie sur 123 réponses à un questionnaire en ligne complétées par des entretiens individuels réalisés auprès d'allocataires du RSA, demandeurs d'emploi ou personne en situation de précarité ainsi que de professionnels de l'insertion et de l'emploi. Ces témoignages, anonymisés, ont été recueillis dans 36 départements.
Le point de départ est clair. Le rapport vise à donner la parole à « celles et ceux qui vivent [cette réforme] des deux côtés du guichet ». Alors que les associations et les syndicats bataillent contre le texte depuis ses origines, les pouvoirs publics rétorquaient jusque-là que leurs critiques n'étaient fondées que sur un parti pris idéologique. Leurs récriminations sont ici illustrées par des exemples concrets.
L'enquête documente les dysfonctionnements d'une réforme dont les ambitions nationales se heurtent à la réalité des freins à l'emploi, aux moyens limités accordés au service public de l'emploi en période de restriction budgétaire et à des situations sociales bien plus complexes qu'on ne l'imagine. Le premier échec du texte législatif s'inscrit dans son nom: depuis que la loi plein-emploi a été promulguée, en décembre 2023, le chômage n'a fait qu'augmenter, passant de 7,3 % de la population active il y a trois ans à 8,4 % aujourd'hui.
Un des angles morts de la réforme réside en son instrument central: le contrat d'engagement, censé formaliser le « diagnostic partagé » entre l'allocataire et son référent (conseiller France Travail, travailleur social). Dans les faits documentés par le rapport, ce lien est parfois construit artificiellement. « J'ai découvert mon contrat d'engagement déjà signé numériquement par moi-même alors que je ne l'avais jamais lu », raconte un allocataire. Un autre explique que sa conseillère a jugé qu'elle n'avait pas besoin de son accord, considérant qu'il acceptait d'emblée les conditions du document pour conserver sa prestation.
Un répondant sur cinq au questionnaire déclare ne pas savoir s'il a signé son contrat. Les associations rapportent également des pratiques de signatures « collectives », parfois à distance, sans échange personnalisé et confidentiel. Or, c'est ce document qui doit servir de référence pour établir s'il y a eu des manquements et ensuite décidé de sanctions si c'est le cas. Il arrive donc que des personnes puissent être sanctionnées pour ne pas avoir respecté des obligations dont elles n'avaient pas réellement pris connaissance.
Et quand les agents de France Travail sont volontaires dans l'accompagnement, ce sont les capacités de l'opérateur qui sont un frein. Selon un allocataire, sa conseillère « dit être parfois limitée faute de moyens ou de formation ». Cette logique provoque un « fourre-tout » dans l'accompagnement, « entre prescriptions subies et heures d'activités inadaptées », selon les auteurs du rapport. Ces heures d'activités hebdomadaires, présentées comme un moyen de rapprocher les personnes de l'emploi, peuvent devenir un simple décompte horaire à justifier. Ateliers, entretiens, formations, immersions professionnelles, démarches administratives... La liste est longue, mais la pertinence de l'activité dépend largement des pratiques locales.
Ainsi, des demandeurs d'emploi signalent leur orientation vers des activités déconnectées de leurs besoins ou attentes
C'est dans le nouveau régime de sanction que le rapport identifie les dérives les plus préoccupantes
professionnelles, mais qui sont obligatoires pour bénéficier de leur allocation. « On vous propose de l'intérim, le recours à l'IA pour votre CV, des ateliers (...) alors que je suis tout à fait autonome sur mes recherches d'emploi », explique un allocataire quand un autre déplore qu'on lui fasse « croire que c'est parce qu'[il] ne sait pas faire de CV qu'[il] ne trouve pas de travail » alors qu'on ne lui « a jamais proposé d'emploi ». La situation peut se révéler encore plus ubuesque pour ceux qui travaillent déjà. Une personne à temps partiel indique qu'on lui a demandé de réaliser des heures d'insertion supplémentaires.
Les associations s'inquiètent par ailleurs de l'utilisation des immersions professionnelles, en grande expansion. Théoriquement utilisées pour faire découvrir un métier, les auteurs du rapport craignent qu'elles se rapprochent parfois d'un travail gratuit.
Ils citent notamment des offres sur des événements nécessitant plusieurs dizaines de personnes pour des tâches précises telles que de la plonge, de la vente ou de l'accueil, durant plusieurs jours. « Quand il s'agit de près de 60 personnes recherchées pour quatre jours, il semble difficile de considérer qu'il ne s'agit pas là de travail dissimulé », dénoncentils. Les personnes à qui on propose ces activités peuvent difficilement refuser sans redouter une perte de droits.
La question des moyens mis en œuvre se pose également depuis la généralisation de la loi, en janvier 2025. Celle-ci n'a pas été accompagnée, selon le rapport, d'un renforcement budgétaire et humain à la hauteur des besoins. Tant les départements que France Travail doivent faire face à des restrictions budgétaires. Dans le budget pour 2027, présenté jeudi 1 $^{er}$ octobre, le gouvernement prévoit de supprimer
400 postes après une première baisse de 515 en 2026.
Ces travaux décrivent le malaise des professionnels chargés d'appliquer la loi. Conseillers de France Travail, travailleurs sociaux et agents départementaux disent manquer de temps, de formations et de moyens pour répondre à la complexité des situations. S'ensuivent des burn-out, des arrêts maladie à répétition et, parfois, des démissions.
C'est toutefois dans le nouveau régime de sanction que le rapport identifie les dérives les plus préoccupantes. Des critiques déjà formulées qui se répètent un an et demi après la mise en œuvre générale de la loi. Un décret paru en mai 2025 soumet les allocataires du RSA, comme les autres inscrits à France Travail, à un dispositif de « suspension-remobilisation ». En cas de manquements à ses obligations, la personne peut voir une partie ou la totalité de son allocation suspendue, avec un rétablissement lorsqu'elle se remet en conformité. Le 21 septembre, le Conseil d'Etat a rejeté la requête en annulation déposée par plusieurs syndicats et associations contre ce décret. Ces organisations estiment que cette nouvelle sanction devient une menace permanente, susceptible de déstabiliser des foyers déjà exsangues en ressources.
Un allocataire indique avoir découvert dans son dossier des justificatifs de candidature déclarés non datés – or il assure qu'ils l'étaient – ainsi qu'un compte rendu d'entretien téléphonique auquel il affirme n'avoir jamais participé. Un autre relate avoir été averti par mail d'une suppression de quatre mois de son RSA, sans avoir reçu auparavant la notification lui permettant de se défendre. Dans un autre cas, une personne explique que son RSA a été suspendu pendant un mois à la suite d'un retard dans le renouvellement de son contrat d'engagement, alors même que celui-ci avait finalement été refait le jour même. Elle affirme ne jamais avoir récupéré la somme suspendue.
Derrière la promesse ratée du plein-emploi, les associations voient ainsi se dessiner une politique qui ne garantit ni l'emploi ni l'autonomie, mais fait peser sur les plus fragiles le coût de ses propres insuffisances. Une « fabrique de l''insupportabilité'', de la misère et de la division ».
THIBAUD MÉTAIS
公共行政部门被呼吁不要盲目冲入人工智能领域
“公共服务之义”(Le Sens du service public)团体指出,目前存在一种“缺乏真正政治方向的技术加速”,并担忧会出现数字鸿沟
这正是“公共服务之义”团体提出的问题。该团体在10月6日(周二)于让·若雷斯基金会(Fondation Jean Jaurès)发布的一份简报中,指出了这种“缺乏真正政治方向的技术加速”。在该智库2025年7月的一份初步报告中,就已呼吁对公共部门部署人工智能进行监管,以确保这场革命“与公共服务原则保持兼容”。在他们看来,鉴于行政部门中人工智能应用的日益增多以及更强大工具的出现,这一警示变得更加紧迫。该团体观察到,从数据挖掘到生成摘要,从重新表述与公民的交流内容到分析监管文本,人工智能如今已成为“行政运作的一个组成部分”。
L'administration publique appelée à ne pas foncer tête baissée dans l'IA
Le collectif Le Sens du service public pointe une « accélération technologique sans véritable cap politique » et redoute une fracture numérique
A peine arrivé au ministère de la fonction publique, en octobre 2025, David Amiel plantait le décor: face à la déferlante de l'intelligence artificielle (IA), l'administration n'a d'autre choix que de s'adapter. «Soit on boit la tasse, soit on surfe sur la vague», disait-il alors. Depuis, l'usage de cette technologie s'est considérablement accéléré au sein des services publics. Mais que veut-on vraiment faire de l'IA dans l'administration et, surtout, vers quel modèle souhaite-t-on mener le service public?
C'est la problématique soulevée par le collectif Le Sens du service public qui, dans une note publiée, mardi 6 octobre, à la Fondation Jean Jaurès, pointe une « accélération technologique sans véritable cap politique ». Dans un premier rapport de juillet 2025, le think tank appelait déjà à encadrer le déploiement de l'IA dans la fonction publique pour que cette révolution « demeure compatible avec les principes du service public ». Une alerte devenue encore plus pressante, à ses yeux, au vu de la multiplication des usages de l'intelligence artificielle dans les administrations et de l'arrivée d'outils toujours plus puissants. De l'exploitation de données à la production de synthèses en passant par la reformulation d'échanges avec les citoyens et l'analyse de textes réglementaires, l'IA est aujourd'hui « une composante du fonctionnement administratif », observe le collectif.
La situation est «paradoxale», selon ses cofondateurs, Johan Theuret et Emilie Agnoux : «L'Etat dispose d'un écosystème scientifique reconnu mais ne possède pas encore de doctrine interministérielle stabilisée sur ce que doit être une administration augmentée par l'IA. » Présenté le 16 juin, le plan gouvernemental « pour une IA utile, humaine et souveraine pour le service public » en serait une illustration. Avec la généralisation de plusieurs assistants pour les agents publics ou le renforcement des capacités de l'Etat en matière d'IA souveraine, ce plan entend « gagner en efficacité avec un usage éthique et maîtrisé », relève le collectif. Mais, poursuit-il, la feuille de route du gouvernement « reste centrée sur les annonces et les cas d'usage sans définir pleinement les finalités ni l'évaluation des effets à long terme ».
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“自动化”逻辑
对于“公共服务之义”(Le Sens du service public)集体而言,目前的主要挑战在于避免重复此前数字化进程中所可能出现过的错误。用该集体的措辞来说,这段历史“提醒人们保持谨慎”。该集体谴责道,引导公共部门数字化转型的效率追求“有时产生了相反的效果”,并举例提到部分用户表达的疏离感、数字鸿沟以及在行使权利方面遇到的困难。因此,该集体继续指出,“必须避免人工智能成为新一层的数字化,用自动化交互取代基于人类关系的互动,而后者正是机构信任的基石”。
Pour Le Sens du service public, l'enjeu principal consiste désormais à ne pas reproduire les erreurs qui ont pu accompagner les précédentes étapes de dématérialisation. Une histoire qui, selon ses termes, « invite à la prudence ». La recherche d'efficacité qui a guidé la transformation numérique du secteur public « a parfois produit des effets inverses », dénonce-t-il, en citant un sentiment d'éloignement exprimé par certains usagers, une fracture numérique ou encore des difficultés d'accès aux droits. Dès lors, poursuit le collectif, « il faut éviter que l'IA devienne une nouvelle couche de dématérialisation substituant les interactions automatisées aux relations humaines, qui fondent la confiance dans les institutions ».
Cela implique, selon lui, de définir une véritable «gouvernance publique» de l'IA fondée sur des principes de transparence, de responsabilité, de souveraineté et de formation. Il s'agit aussi, à ses yeux, de sortir d'une «vision limitée» de l'intelligence artificielle en passant d'une logique d'«automatisation» à une logique d'«augmentation» des capacités humaines au sein de l'administration:
«L'objectif ne devrait pas être de remplacer progressivement les agents par des systèmes automatisés mais de permettre aux agents de se concentrer davantage sur les missions à forte valeur humaine.» A l'image d'un enseignant qui pourrait s'appuyer sur l'IA pour simplifier la préparation de ses cours ou d'un travailleur social qui pourrait disposer d'une synthèse des informations utiles à l'accompagnement d'une personne.
Cette problématique n'est pas pour autant un impensé de l'administration. La Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP) mène depuis plusieurs mois une négociation avec les syndicats pour encadrer l'usage de cette technologie et ses effets sur les métiers des agents publics, leurs conditions de travail et, plus globalement, sur le service rendu aux citoyens. «La démarche marque la reconnaissance que l'introduction de l'IA dans les administrations constitue une transformation organisationnelle et sociale et pas seulement un projet technique», reconnaît Le Sens du service public. Il la critique néanmoins, l'ouverture de ce dialogue social intervenant dans un contexte de multiplication des usages, « ce qui peut donner l'impression d'une stratégie davantage réactive qu'anticipatrice sur les impacts humains et professionnels ».
L'administration vient de soumettre un projet d'accord à la signature des syndicats. Leur réponse est attendue avant le 17 octobre, date du début de la trêve électorale préalable aux élections professionnelles de décembre dans la fonction publique. A défaut d'approbation majoritaire de leur part, dit la DGAFP, les travaux sur le sujet « devraient reprendre à zéro » après la présidentielle.
zéro » après la présidentielle. ■
BASTIEN SCORDIA
无职研究人员的海外呼唤
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L'appel de l'étranger pour les chercheurs sans poste
DOCTORANTS EMPÊCHÉS S'expatrier permet de trouver un emploi mieux rémunéré et de faire avancer sa carrière
CHARLES MONNIER
S alma rêvait d'être enseignante-chercheuse à l'université. Cette trentenaire (son prénom a été modifié pour préserver son anonymat) a soutenu sa thèse de sciences en 2020 avant d'enchaîner cinq années de postdocs (postdoctorats, des CDD dans des laboratoires de recherche), en France et à l'étranger. « On nous dit clairement qu'une expérience internationale est un critère de sélection quand on passe les concours pour avoir un poste de titulaire », rappelle-t-elle. Elle-même a déjà à son compteur deux campagnes de recrutement pour tenter d'obtenir le titre de maîtresse de conférences (MCF) à l'université ou de chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
« Et franchement, j'ai un super dossier: plus de dix publications d'articles en anglais, deux brevets dans les labos où j'ai travaillé, des communications à des colloques, un postdoc à l'international », énumère Salma. Chaque fois pourtant, ce fut un échec. Face à cette « impression que ce n'est jamais assez », la jeune femme a changé de rêve. « Ça m'a pris du temps pour prendre cette décision, avoue-t-elle. Mais après cinq années à me battre, j'ai commencé à réfléchir avec mon cerveau et non plus avec mon cœur, et j'ai décidé que je trouverais ma place ailleurs. »
Sa place, elle l'a trouvée dans une autre université européenne. Pour le moment en tout cas. Un contrat de deux ans dans un laboratoire de recherche : pas la panacée, mais «je vis mieux qu'en France», ajoute-t-elle. Salma gagne 2500 euros net par mois pour un temps partiel (70 %). Elle a commencé à chercher son prochain poste dans ce pays d'accueil, y compris dans le secteur privé. «Ici j'ai trouvé de la reconnaissance et un bon salaire», fait valoir la jeune femme, estimant que «c'est triste pour la France qui perd des chercheurs».
在十五年间(2010-2025),公开招聘的副教授(maître de conférences)岗位数量下降了 35 %。不稳定就业已成为常态,且不再仅限于职业生涯初期。玛丽·索蒂埃继续说道:“在这种背景下,国际流动不仅是一个开放科学世界的乐观体现,它更变成了一种应对岗位短缺或绕过短缺的方式。人们希望借此获得一份定期合同(CDD)——这在法国并不容易——同时积累科学资本以增强简历,从而以便日后能回到法国。”
Officiellement, selon le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, la part de chercheurs français travaillant à l'étranger trois ans après leur thèse est de 16 %. Un chiffre que la chercheuse Marie Sautier, cheffe de projet à l'université de Lausanne et doctorante à Sciences Po, déconseille toutefois de retenir. « Près de 40 % de l'effectif doctoral français est de nationalité étrangère. Or on ne pense pas leur insertion professionnelle de manière différente. Il est donc plus juste de dire que 35 % des personnes ayant reçu un doctorat français travaillent à l'étranger trois ans après leur thèse », précise-t-elle.
Une situation qui n'est pas seulement subie, rappelle Marie Sautier, qui rejette l'expression « fuite des cerveaux » et préfère parler de « circulation des cerveaux ». En effet, le taux de départ à l'étranger des docteurs européens est plutôt stable depuis les années 2010. Les
Etats-Unis étant la destination « académique » la plus attractive, avec 20 % des flux de chercheurs européens, suivis par l'Allemagne et le Royaume-Uni.
«Il y a un encouragement, une injonction à la mobilité internationale des chercheurs au sein des institutions européennes, souligne-t-elle, précisant toutefois que les motivations de départ différent fortement selon les pays. Au Royaume-Uni, les chercheurs en mobilité décrivent un choix professionnel assez libre tandis qu'en Italie ou en France, un peu plus de 20 % des chercheurs parlent d'une mobilité forcée, contrainte par les normes de carrière ou l'absence d'opportunités locales. »
En quinze ans (2010-2025), le nombre de postes de maître de conférences mis au concours a chuté de 35 %. Les emplois précaires sont devenus la norme, et plus seulement en début de carrière. «Dans ce contexte, poursuit Marie Sautier, la mobilité internationale n'est pas seulement l'expression heureuse d'un monde scientifique ouvert. Elle devient une manière de gérer la pénurie de postes ou de la contourner. L'espoir est alors d'avoir un CDD, ce qui n'est pas évident en France, mais aussi d'accumuler un capital scientifique susceptible de renforcer le CV pour pouvoir ensuite revenir en France. »
Derrière l'expatriation, se cache alors un paradoxe: «Il faut à la fois s'internationaliser et rester connecté localement, garder des liens suffisamment forts pour espérer obtenir un poste de MCF», souligne la chercheuse. Car la pénurie de postes s'accompagne de
« Ici, j'ai trouvé de la reconnaissance et un bon salaire », fait valoir Salma, doctorante engagée dans une université européenne
processus de recrutement jugés épuisants, peu transparents, et donnant le sentiment que les jeux sont souvent déjà faits.
Lorsqu'il était jeune chercheur, Romain, 44 ans aujourd'hui, a fait « le tour de France des auditions de MCF » de 2010 à 2015. « J'étais convoqué à trois-quatre entretiens par an, tous à mes frais. Je me suis heurté à un entre-soi, un monde qui n'avait pas envie d'ouverture », dit-il. Il décrit des entretiens à la chaîne, des refus jamais motivés, des postes souvent prévus pour des personnes précises pour lesquels les autres candidats servent de faire-valoir. Romain a fini par jeter l'éponge. Il est resté dans la recherche, mais hors secteur académique.
« Et puis, il y a un an, j'ai eu une opportunité, j'ai été recruté sur un poste de professeur à l'université Laval, au Québec. Je précise qu'elle prenait en charge le déplacement des candidats convoqués à l'entretien! » En un an, il a pu monter sa propre équipe, embaucher six doctorants, et bénéficie d'une liberté académique totale. Les possibilités de financement sont plus nombreuses ; lui-même touche un salaire de 6000 euros net par mois. Même si la décision de partir n'est pas forcément évidente. « Ça m'a beaucoup questionné, reconnaît-il, le côté un peu "mercenaire" de l'expatriation, j'aurais préféré contribuer à la recherche dans mon pays, mais au bout d'un moment, il faut savoir se protéger. »
La réputation des procédures de recrutement est telle que certains ne s'y essaient même pas. Comme Arthur, 32 ans, diplômé en cybersécurité. Bachelier en Bretagne, il a vite pris un tournant international dans ses études – licence au Québec puis en Corée du Sud – avant de décrocher un master en sécurité internationale au King's College de Londres, un autre en droit aux Pays-Bas, puis un doctorat en cybersécurité à Oxford.
作为“我的论文状态良好”(Bien dans ma thèse)公司的创始人以及法国博士学位大使(其使命是推广并提升该学位的价值,包括在私营部门),她非常了解年轻博士出国的驱动因素:“有些人出国是因为这对他们的学术生涯至关重要;有些人是因为找不到工作而不得不离开——从这个角度看,法国过去两年的情况尤其困难——还有一些人是为了获得更高的薪水。”
Il y a un an, il a obtenu un poste de chercheur en Suisse, un contrat de deux ans renouvelable deux fois dans un centre d'études lié à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Il est payé 105600 francs suisses (environ 114000 euros) sur treize mois, soit un montant proche du salaire médian à Zurich. «Il n'y a pas de sécurité de l'emploi en Suisse et les coûts de santé sont élevés. Cela fait partie des éléments à prendre en compte dans la balance "bénéfices-risques" de l'expatriation», tient-il à préciser.
Arthur n'a jamais postulé aux concours universitaires en
France. «Premièrement, explique-t-il, j'ai très peu publié [d'articles scientifiques] en français et puis, après avoir parlé avec des chercheurs, j'ai compris que ce serait très compliqué. »
Il perçoit un système «très centralisé» et «assez fermé si on n'est pas dans le moule très tôt», dans lequel il est difficile d'être compétitif face à des candidats locaux. Lui se sent plus à l'aise dans le monde anglo-saxon de la recherche, où «on met davantage en avant l'initiative individuelle, le potentiel, que la multiplication des publications». S'y ajoute la question des financements: «Les coupes budgétaires dans l'enseignement supérieur et la recherche contribuent au fait que la France ne soit pas très attractive pour des profils comme le mien», juge-t-il.
Autre différence notable entre écosystèmes de recherche qui peut pousser à l'expatriation: le manque de considération en France pour le doctorat. « C'est un problème spécifique à notre pays. Ici, c'est la formation d'ingénieur qui l'emporte sur tout le reste. Or, un diplômé de bac +5 et un docteur ne sont pas formés à la même chose! », rappelle Mathilde Maillard, 32 ans, docteure en sciences des matériaux.
Créatrice de l'entreprise Bien dans ma thèse, et ambassadrice France du doctorat, dont la mission est de faire connaître et valoriser ce diplôme, y compris dans le secteur privé, elle connaît parfaitement les ressorts de l'expatriation chez les jeunes docteurs : «Il y a ceux qui partent à l'étranger parce que c'est nécessaire dans leur carrière académique; ceux qui doivent partir parce qu'ils ne trouvent pas de poste – de ce point de vue la situation est particulièrement difficile en France depuis deux ans – et ceux qui veulent des salaires plus élevés. »
Elle-même vient de s'exiler en Suisse après deux postdocs en France. Un contrat d'un an et demi dans un laboratoire de recherche qui lui permettra d'optimiser ses chances de réussite au concours de chargée de recherches. «Je l'ai fait pour le concours, mais j'avoue que je commence à fatiguer de bouger tout le temps, reconnaît-elle. Et j'ai fait un pacte avec moi-même: si à 35 ans je n'ai rien, je retournerai travailler dans l'industrie. »
Passer de contrat court en contrat court, déménager de pays en pays, pour s'assurer un travail... «A un moment, la mobilité internationale devient tout à la fois un marqueur et un vecteur de précarité dont le coût est d'autant plus élevé quand on est une femme», relève Marie Sautier.
Katia Schörle, 45 ans, franco-allemande, a attendu cinq ans et demi après son doctorat pour décrocher un poste de chercheuse au CNRS. Formée à l'archéologie, à l'histoire de l'art et aux langues anciennes, elle a fait ses études de master aux Etats-Unis et passé son doctorat à Oxford. Rentrée en France en 2012 pour suivre son mari, elle a travaillé comme conservatrice dans un musée. « Mais je voulais vraiment faire de la recherche, alors j'ai commencé à passer les concours. Quatre fois. C'est très dur pour le corps, pour le mental. On se sent dévalorisé, anxieux, on se demande pourquoi on fait tout ça, c'est grâce au soutien de mon mari que j'ai tenu», témoigne-t-elle.
En 2017, elle a une opportunité : partir à l'université Brown, aux Etats-Unis, comme professeure d'archéologie invitée. « Mon mari travaillait en France, à Aix-en-Provence [Bouches-du-Rhône], je suis partie seule avec mon bébé de 7 mois. J'ai tenu bon pendant deux ans, mais c'était épuisant. Et je me suis endettée pour payer la crèche, l'assurance santé, etc. »
De retour en France, elle trouve un poste d'attaché temporaire d'enseignement et de recherche à Nice. Des trajets longs et coûteux depuis Aix-en-Provence. «Je m'étais dit que j'arrêterais le jour de mes 40 ans», se souvient-elle. Et c'est justement cette année-là, en 2020, qu'elle décroche le poste tant désiré de chercheuse au CNRS. «Pourquoi moi et pas les autres ? Ça a un côté roulette russe», souligne-t-elle, pessimiste face à la baisse continue du nombre de postes ouverts dans la recherche en France: «Je suis triste quand je vois tant de collègues brillants rester sans perspective.»
Du Venezuela au détroit d'Ormuz, de l'Arctique à l'Afrique, un nouvel ordre mondial se dessine. La souveraineté énergétique, alimentaire et numérique devient la priorité absolue des États. Les analyses de la presse étrangère.
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“我们在中国问题上犯了一个历史性错误”
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« Nous avons fait une erreur historique avec la Chine »
但为了促使他们行动,我们必须表明我们有决心采取进一步措施。这就是为什么我和雅克·德洛尔研究所的研究员尼古拉斯·科勒-铃木(Nicolas Köhler-Suzuki)以及维克多·路易斯·多·普拉多(Victor Luiz do Prado)建议建立一种新的结构性重新平衡工具,使欧洲能够捍卫自己的市场。该工具与世界贸易组织(OMC)的规则兼容,以免模仿想要摧毁体系的唐纳德·特朗普。
L'ancien directeur de l'OMC Pascal Lamy propose un outil pour réduire les déséquilibres commerciaux
ENTRETIEN
BRUXELLES - bureau européen
Commissaire européen au commerce de 1999 à 2004, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) de 2005 à 2013, Pascal Lamy coordonne les Instituts Jacques Delors, trois centres de réflexion européens de Paris, Berlin et Bruxelles. Devant le poids économique pris par la Chine, il défend la mise en place d'un nouvel instrument commercial qui permettrait de rééquilibrer les échanges avec ce pays, de protéger le tissu industriel et le modèle social de l'Europe.
Le commissaire européen au commerce et à la sécurité économique, Maros Sefcovic, se rend en Chine vendredi pour rencontrer son homologue et dessiner une voie de rééquilibrage du commerce Chine-Europe. Peut-il obtenir des résultats?
La mauvaise nouvelle, c'est que les déséquilibres s'accentuent. Et vite. Mais la bonne nouvelle, c'est qu'il y a désormais une prise de conscience partagée autour de la table du Conseil européen. La discussion politique sur le sujet, qui a été longtemps bloquée par l'Allemagne, a changé au cours de l'été après la déclaration du patron de Volkswagen, Oliver Blume, qui a dit «stop» et réclamé des droits de douane sur les importations de voitures hybrides rechargeables, et pas seulement sur les modèles électriques. Cela se traduit par la lettre de Friedrich Merz et Emmanuel Macron à la présidente de la Commission [publiée lundi 5 octobre, proposant de nouveaux outils de défense commerciale], un signal politique majeur.
On n'est plus dans une situation où certains disaient « Attention, un raz-de-marée arrive », et d'autres « Oh, attendez encore un peu, ce n'est pas si grave ». Aujourd'hui, tout le monde est sur le pont. Il faut, face à la Chine, un plan A : c'est ce que le commissaire
«Nous avons un problème à 360 milliards d'euros, c'est le montant du déficit commercial de l'Europe vis-à-vis de la Chine »
Sefcovic fait. Il essaie de négocier avec les Chinois des mesures qu'ils prendraient eux-mêmes pour modérer leurs exportations ou leur dumping dans certains secteurs. Mais on peut douter que ça suffise. Il faut donc aussi un plan B.
Pourquoi pensez-vous que ce plan A ne suffira pas?
Parce que nous avons un problème à 360 milliards d'euros, c'est le montant du déficit commercial de l'Europe vis-à-vis de la Chine. Et si on prend des mesures de restrictions des exportations à 5 milliards par-ci, 5 milliards par-là, cela ne suffira pas. Le gouvernement chinois fera probablement un effort pour conserver son accès à notre marché intérieur. C'est le seul marché riche et profond qu'il leur reste, après la fermeture du marché américain.
Mais pour les faire bouger, nous devons montrer que nous sommes résolus à aller plus loin. C'est pour cela qu'avec Nicolas Köhler-Suzuki et Victor Luiz do Prado, chercheurs à l'Institut Jacques Delors, nous proposons de mettre en place un nouvel instrument de rééquilibrage structurel, qui permette à l'Europe de défendre son marché. Il est compatible avec les règles de l'OMC, pour ne pas imiter Donald Trump qui veut casser le système.
Vous étiez commissaire européen au commerce et vous avez participé aux négociations qui ont permis à la Chine d'entrer dans l'OMC en 2001. Regrettez-vous cette décision?
Il n'y a pas de regret d'avoir fait entrer la Chine. Elle a accepté de réduire ses droits de douane industriels bien plus que ne le faisaient des pays comme l'Inde ou le Brésil, qui avaient des taxes trois à cinq fois plus élevées. Le regret que je peux avoir, c'est que nous n'ayons pas renforcé les règles sur les subventions et aides d'Etat. Nous, c'était l'Europe, les Etats-Unis et le Japon.
En 1999, on a laissé filer cette disposition et plus tard – je prends ma part de responsabilité –, quand la question s'est reposée, on a écouté nos juristes qui nous disaient: « Attention, si on resserre les mailles du filet pour attraper davantage de subventions, on risque de prendre Airbus, Boeing et Toyota ». Là, nous avons fait une erreur de parallaxe historique. On n'imaginait pas – qui le faisait alors? – que la Chine allait croître de 10 % par an pendant vingt ans, que cela allait remplir les caisses d'un Etat qui resterait gouverné par une forme de léninisme économique et de capitalisme d'Etat et allait utiliser massivement cet instrument.
Vous dites aussi que la théorie des avantages comparatifs, sur laquelle reposent les règles du commerce mondial et de l'OMC, ne fonctionne plus. Pourquoi?
A cause de la montée des subventions chinoises, qui soutiennent les industries trois ou quatre fois plus que nous, à cause du problème du taux de change, et puis, à cause du déséquilibre macroéconomique chinois qui s'est amplifié. Autrefois, les dirigeants chinois disaient: «Il faut que notre système se rééquilibre. Il y a trop d'exportations, trop d'investissements, pas assez de consommation intérieure.»
Pour que les citoyens épargnent moins, il aurait fallu mettre en place un système de protection sociale. Mais Xi Jinping n'a rien fait de sérieux là-dessus pour des raisons géostratégiques et idéologiques. La priorité politique de la
Pascal Lamy, en 2022. JOEL SAGET/AFP
Chine est de se rendre aussi peu dépendante que possible du contexte économique international. La réduction des déséquilibres macroéconomiques, ce n'est plus un problème pour Xi Jinping, qui considère que l'Etat-providence, c'est pour les paresseux.
Pour lutter contre cela, vous proposez cet instrument de rééquilibrage structurel. Comment fonctionnerait-il?
Il fonctionne comme la clause de sauvegarde pour l'acier, que l'Europe a déjà fait jouer et qui est entrée en vigueur le 1er juillet, avec un système de quotas. Vous mettez en place un contingent d'importations qui bénéficient d'un tarif réduit. Si le pays dépasse ce quota, il doit payer un droit de douane beaucoup plus élevé.
Avec ce système, on peut traiter différemment les pays avec lesquels on a des accords de libreéchange, qui échappent à cette contrainte, et ceux avec lesquels on n'a pas d'accords, essentiellement la Chine et les Etats-Unis. C'est un moyen compatible avec les règles de l'OMC. Il se déclenche sur la base de comportements observables dans les données commerciales et financières (pics d'importations, compression des prix, intensité du soutien public, interventions de change). Et il s'efface si la distorsion disparaît.
Lorsque les importations chi-noises risquent d'éliminer la pro-
必须做好承受痛苦的准备。这类斗争没有一场是不痛苦的。而且必须建立一种集体保险机制。我们建议将超出配额产品的关税收入拨入该保险,以便在某个国家的特定产业遭受严重的报复措施时提供支持。这种团结机制必须成为方案 A 和方案 B 的一部分。
采访记录:
苏菲·法伊(SOPHIE FAY)
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« Il faut être préparé à souffrir. Il n'y a pas de bataille de ce type qui soit sans douleur »
duction en Europe, on dit : on veut bien importer tant que c'est le jeu normal de la concurrence – et on détermine unilatéralement, mais avec des critères transparents, ce qu'on considère comme le jeu normal de la concurrence –, mais au-delà d'un seuil critique : stop.
Que fait-on face aux mesures de rétorsion que peut prendre la Chine?
Il faut être préparé à souffrir. Il n'y a pas de bataille de ce type qui soit sans douleur. Et il faut mettre en place une assurance collective. Nous proposons d'affecter à cette assurance les droits de douane supportés par les produits hors quotas, si l'industrie de tel ou tel pays souffre particulièrement de mesures de rétorsion. Ce mécanisme de solidarité doit faire partie du plan A et du plan B.
Berlin et Paris s'attaquent au « commerce utilisé comme une arme »
Sans nommer la Chine, Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont proposé à Bruxelles un nouvel arsenal contre les « distorsions » du marché
BRUXELLES - bureau européen
BERLIN - correspondance
Le commissaire européen au commerce et à la sécurité économique, Maros Sefcovic, n'arrivera pas à Pékin les mains vides pour sa rencontre avec son homologue, le ministre du commerce Wang Wentao, le 9 octobre. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, et le président français, Emmanuel Macron, viennent de lester son argumentaire dans une lettre adressée à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Ils s'inquiètent, dans ce courrier, de l'«instrumentalisation du commerce, utilisé comme une arme», et de «distorsion systématique du marché» pratiquées par la Chine, qui n'est toutefois jamais nommée dans la lettre. Les propositions, précise l'Elysée, sont « agnostiques » et « peuvent s'adresser à tous les pays ». La précaution sémantique ne trompe toutefois personne.
Les deux dirigeants saluent les efforts faits par la Commission pour dialoguer avec la Chine et mobiliser tous les instruments existants pour lutter contre les subventions ou la vente à perte. Mais ils estiment que cela ne suffit plus. « Nous avons besoin d'un cadre global pour compléter notre boîte à outils avec de nouveaux instruments juridiques – et ce de manière agile et non bureaucratique », écrivent-ils, avant de détailler la liste de leurs propositions.
La Commission travaille déjà à mettre au point la première : un règlement pour inciter les entreprises à diversifier leurs approvisionnements et à ne plus être dépendantes d'un seul fournisseur ou d'un seul pays. Cela concernerait notamment les approvisionnements en batteries électriques, les composants nécessaires pour produire de l'énergie propre, les matières premières critiques. L'Allemagne et la France évoquent aussi les puces pour l'intelligence artificielle ou le quantique, les biotechnologies ou les services financiers, où les dépendances sont plutôt américaines.
Dans leur deuxième proposition, les dirigeants allemand et français veulent donner à l'exécutif européen la possibilité d'agir lorsqu'un pays tiers « cherche délibérément à contrecarrer le rétablissement de conditions de concurrence équitables et de marché loyales par des moyens politiques ou économiques, entraînant de graves distorsions systématiques [du] marché intérieur [de l'Union européenne, UE], avec un instrument qui ciblerait tous les types de distorsions et s'appuierait sur la régulation de l'accès au marché unique européen, allant jusqu'à une exclusion immédiate du marché intérieur si nécessaire.
Ils n'entrent pas dans les détails dans leur lettre, mais le font dans un document annexe : ils proposent notamment d'inverser les règles de majorité pour permettre à la Commission de mettre en œuvre sa proposition pour défendre un secteur, sauf si une majorité qualifiée d'Etats membres s'y oppose et non pas si une majorité qualifiée l'approuve au préalable.
Dans leur courrier, les deux dirigeants s'inquiètent également de la sous-évaluation du yuan par rapport à l'euro – là aussi sans nommer la monnaie chinoise: « Le désalignement et la sous-évaluation des taux de change réels soutiennent également un avantage de compétitivité-prix au détriment de nos entreprises, en plus d'autres facteurs, ce qui entraîne des déséquilibres croissants avec l'Union européenne. »
La Commission a d'ores et déjà pris des mesures pour protéger l'acier européen des surcapacités chinoises et a imposé des droits de douane sur les voitures électriques, mais cela ne suffit pas, selon les dirigeants. Dans le document conjoint qui accompagne la lettre d'Emmanuel Macron et de Friedrich Merz, d'autres secteurs sont cités: la pharmacie, l'aéronautique, l'automobile, les machinesoutils, la chimie... Une action de la Commission est attendue si le « dialogue » engagé entre Bruxelles et Pékin ne porte pas ses fruits.
L'inquiétude à Paris comme à Berlin grandit face aux dépendances qui peuvent être instrumentalisées par Pékin pour mettre à l'arrêt un secteur d'activité en Europe. «Ily a un consensus sur le caractère insoutenable de ces déséquilibres», commente-t-on à l'Elysée, où l'on assure que la prise de conscience est générale en Europe. Y compris dans les pays, comme l'Espagne, qui bénéficient d'un afflux d'investissements chinois, notamment dans l'automobile. « Cela signe la fin de la naïveté [et] répond aux demandes répétées de tous les secteurs économiques qui subissent une attaque systématique, explique l'Elysée. Pour les investissements directs étrangers, nous voulons des règles qui correspondent à notre intérêt local: avec de l'emploi local, l'implantation des fournisseurs et des règles de majorité favorables au partenaire français. »
Les hirondelles s'en sont allées. Elles nichaient dans la salle de bains de Catherine Métayer, à Saint-Mayeux (Côtes-d'Armor), petit village du cœur de la Bretagne terrienne. La fenêtre, reconnaît-elle, reste ouverte toute l'année. «Je n'aime pas trop le chauffage», poursuit la jeune retraitée (62 ans) dans sa cuisine garnie d'objets chinés en vide-greniers, dans laquelle le simple vitrage et la faible isolation laissent imaginer les rudes hivers. En plus de cela, sa chaudière au fioul est en panne.
Alors, quand vient le froid, elle gagne quelques degrés en allumant un poêle à pétrole. «Je ne peux pas me payer de travaux de rénovation avec mes 1200 euros de retraite», calcule-t-elle. Pas de quoi se lamenter. Catherine Métayer se réjouit même face à ses invitées de la matinée, le 17 septembre. «Grâce à la réparation du chauffe-eau, ma facture EDF a bien baissé : je suis passée de 184 euros par mois à 130 euros», dit en sou- riant cette ancienne salariée d'une maison de retraite.
Sandrine Le Guével, animatrice habitat chez les Compagnons bâtisseurs des Côtes-d'Armor, et Nina Lou Nickel, volontaire en service civique, applaudissent. Les deux membres de l'association qui lutte contre le mal-logement ont organisé un premier chantier chez Catherine Métayer cet été, après un signalement du maire (sans étiquette) de la commune, Gilles Hellard, sur sa situation énergétique précaire et ses factures très salées.
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支出激增
“就差 40 欧元,凯瑟琳就无法满足其退休金基金社会行动基金关于住房翻新援助的申请标准,”桑德琳·勒古埃尔(Sandrine Le Guével)遗憾地表示。不过,在“建筑同伴”(Compagnons bâtisseurs)组织和志愿者的协助下,她家的电力系统、一道隔墙和热水器已经完成了修缮。这些工程大部分由与地方政府及私营部门的合作伙伴关系出资。她个人仅需支付 200 欧元,并分十个月偿还。对于工程受益者而言,个人承担的费用从未超过总账单的 20 %。
«A 40 euros près, Catherine ne ren- tre pas dans les critères d'aides à la rénovation de son logement auprès du fonds d'action sociale de sa caisse de retraite», regrette Sandrine Le Guével. L'électricité, une cloison et le chauffe-eau ont pour- tant pu être retapés chez elle, avec l'accompagnement des Compagnons bâtisseurs et de bénévoles. Le tout est financé en grande partie par des partenariats avec des collectivités et des acteurs privés. Ne lui reste à payer que 200 euros, qui seront échelonnés sur dix mois. Le reste à charge pour les bénéficiaires des travaux ne dépasse jamais 20 % de la facture totale.
Des situations comme celle-ci, Sandrine Le Guével et ses collègues en voient au quotidien, chez
Un rapport de la Fondation pour le logement comptabilisait 60 000 habitats indignes en Bretagne en 2024
des personnes isolées, des mères célibataires et des familles précaires. « On s'aperçoit que les gens endurent l'inconfort chez eux, parfois pendant plusieurs années », constate l'assistante sociale. Un rapport de la Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé Pierre) comptabilisait 60 000 habitats indignes en Bretagne en 2024, dont 17 850 résidences principales rien que dans les Côtes-d'Armor. « Dans les nombreuses zones rurales de notre département, le prix de l'immobilier est peu élevé. Certains achètent sans réserve financière pour des travaux, ce qui crée des situations de mal-logement durables », explique Guillaume Babin, le responsable territorial de l'antenne des Compagnons bâtisseurs de Saint-Brieuc.
Les dépenses de logement ont par ailleurs explosé dans le budget total des ménages au fil des décennies. Elles représentaient 28 % de leur consommation en 2025, d'après le service des données et études statistiques du ministère du logement, une proportion multipliée par deux depuis les années 1960. A cela s'ajoute la hausse du coût de la vie. « Le prix pour re-faire une toiture a doublé en quatre ans », s'exclame Sandrine Le Guével. Au point que l'association s'interroge sur sa communication, elle qui a accompagné 91 foyers en 2025 dans les Côtes-d'Armor. « Si on fait de grandes campagnes, on risque d'être submergés de demandes et de perdre en efficacité », note Guillaume Babin.
Ce sont dès lors les travailleurs sociaux ou des acteurs du milieu du logement qui informant le plus les Compagnons bâtisseurs de situations d'habitat dégradées. Mais il arrive aussi que des particuliers donnent l'alerte. Rose-Marie Recoursé et son mari ont fait appel à l'association pour leur voine, Nicole, qui n'est autre que la belle-mère de cette dernière.
«D'ordinaire, elle est réfractaire à tout, mais il y a trois ans, elle a demandé à avoir un peu plus de confort chez elle», se souvient la vannière de 48 ans. Nicole Recoursé vit en effet dans une maison plus que rudimentaire, à Gomené. Chez elle, pas de chauffage. Sa retraite de 800 euros ne lui permet pas de financer de travaux, mais la presque octogénaire refuse de s'en plaindre.
Les Compagnons bâtisseurs ont donc effectué un premier chantier de sécurisation de l'électricité pendant l'été. L'équipe des Compagnons bâtisseurs aimerait bien intervenir de nouveau dans sa maison, pour refaire la marche d'entrée et transférer dans la pièce de vie principale sa chambre, actuellement installée dans une bâtisse à part. « Pour cela, il nous faut convaincre nos financeurs », avance Sandrine Le Guével. En attendant, comme la fenêtre de Catherine Métayer, la porte de chez Nicole Recoursé est toujours ouverte pour laisser venir les hirondelles. Elle regarde le plafond: « J'ai l'impression qu'elles sont parties pour l'hiver. »
MANON BOQUEN
Sandrine Le Guével, des Compagnons bâtisseurs, à Saint-Mayeux, le 17 septembre.
尽管经常受到投资者的青睐,他始终拒绝了这些邀约。与此同时,音乐发行市场(面向厂牌或直接面向艺术家)已发生了显著变化,但他始终坚守自己的路线。现在的核心不再仅仅是在 Spotify、Deezer 或 Apple Music 等流媒体平台,在 YouTube 等视频平台或社交网络上将专辑变现,而是要优化创作者的可见度和收入,发挥咨询作用,并提供日益广泛的附加服务——如受众开发、数据分析、出口支持等。
La distribution musicale se bat pour faire émerger des artistes
Believe et IDOL, qui ont franchi la vingtaine, sont confrontés à un environnement saturé et à l'arrivée des majors dans leur secteur
Ils fêtent, en 2026, les 20 ou 21 ans de leur entreprise de distribution musicale, l'une comme l'autre basée à Paris et très implantée à l'international. Mais les patrons d'IDOL et de Believe ont fait des choix diamétralement opposés. « L'indépendance, c'est un choix de vie », affirme Pascal Bittard, fondateur et président d'IDOL.
Régulièrement courtisé par des investisseurs, il a toujours refusé leurs offres. Sans dévier de sa ligne, alors que le marché de la distribution de la musique – des labels ou des artistes en direct – a considérablement évolué. Il ne s'agit plus de monétiser simplement des albums sur les plateformes de streaming comme Spotify, Deezer ou Apple Music, sur les plateformes de vidéo tel YouTube ou sur les réseaux sociaux, mais d'optimiser la visibilité et les revenus des créateurs, de jouer un rôle de conseil et de proposer une panoplie de plus en plus vaste de services additionnels – développement d'audience, data, accompagnement à l'export...
Denis Ladégaillerie, fondateur et PDG de Believe, a, en revanche, parié sur une très forte croissance en s'appuyant sur des fonds d'investissement. L'entrée en Bourse de son entreprise, le 10 juin 2021, lancée en fanfare et qui valorisait le groupe à 1,9 milliard d'euros, s'est pourtant soldée par un cuisant échec. Le cours de l'action n'est quasiment jamais revenu à son niveau d'introduction (19,50 euros). Les batailles d'offres de rachat menées sur Believe par le fonds d'investissement EQT X et les fonds conseillés par Technology Crossover Ventures ont, par effet collatéral, lésé les actionnaires minoritaires; le groupe, dont le chiffre d'af faires a franchi le milliard d'euros en 2025, a quitté Euronext Paris le 5 août de la même année, au prix de 17,20 euros l'action.
Deux destins : Believe se veut un poids lourd mondial, là où IDOL reste d'une taille bien plus modeste avec 47 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025-2026, mais s'autofinance depuis sa création. Tous deux ont vu progressivement les majors s'implanter sur leur terrain. « De plus en plus de créateurs s'autoproduisent, si bien que les contrats de production d'artistes rémunérés à hauteur de 20 % par les majors ont fondu. Elles se sont repliées sur les contrats de distribution, moins avantageux, puisque nous reversons 80 % des revenus à l'artiste ou au label », explique Pascal Bittard.
Le nombre d'acteurs sur le marché de la distribution est devenu florissant – entre les indépendants historiques comme Wa-gram, PIAS, mais aussi The Orchard, AWAL, Ingrooves ou encore Fuga, filiales de Sony Music et d'Universal Music – avec la montée en puissance des plateformes de streaming musical. « Un phénomène mondial » aux yeux d'Elsa Bahamonde, à la tête de la division services aux artistes et solutions pour labels et artistes chez Believe.
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对人工智能截然不同的看法
在帕斯卡尔·比塔德(Pascal Bittard)看来,“这个行业正变得竞争更激烈,盈利能力更低,且风险更高”。他的主要合作艺人包括 La Femme、L'Impératrice、Caribou 以及英国朋克摇滚乐队 Lambrini Girls;合作厂牌则有 No Format!、InFiné、Heavenly Sweetness 或 City Slang。他将赌注押在了技术上:IDOL 开发了 Labelcamp,这是一个用于追踪销量与受众、管理目录以及计算版税的工具……他将其商业化并销售给竞争对手。
相反,Believe 在 9 月 8 日与 AI 音乐生成器 Suno 签署了一项协议,允许 Believe 及其面向独立音乐制作的子公司 Tune Core 的艺人和厂牌,在获得许可的情况下使用新的 AI 音乐工具。埃尔莎·巴哈蒙德保证:“这项协议遵循四个原则:艺人的同意、透明度、对结果的控制,以及适当且成比例的报酬。”这种经过认证的 AI 将提供给各平台,由平台决定是否向听众告知其非人类创作的来源。
尼科尔·武尔塞尔(NICOLE VULSER)
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Visions opposées sur l'IA
Pour Pascal Bittard, « le métier se fait plus concurrentiel, moins rentable et plus risqué ». Il accompagne La Femme, L'Impératrice, Caribou ou le groupe de punk rock anglais Lambrini Girls parmi ses principaux artistes et, pour les labels, No Format!, InFiné, Heavenly Sweetness ou City Slang. Et il a misé sur la technologie : IDOL a mis au point Labelcamp, un outil de suivi des ventes et des audiences, de gestion de catalogue, calcul des royalties... qu'il commercialise auprès de ses concurrents.
«Notre mission est de faire émerger artistes et labels dans un environnement saturé», témoigne Elsa Bahamonde. Rien qu'en juin, Deezer recevait chaque jour 180 000 nouveaux titres, dont la moitié créée par intelligence artificielle (IA)... Believe, qui compte Jul, Yamê, Pomme et Janet Jackson parmi ses artistes, est implanté dans 50 pays – dont l'Inde, la Thaïlande, le Brésil et l'Allemagne – et travaille avec plus d'une centaine de plateformes de streaming. Le groupe propose aussi toujours davantage de services aux artistes et aux labels du monde entier.
IDOL et Believe affichent toutefois deux visions opposées de l'IA générative. Pour Pascal Bittard, « son utilisation risque de mettre en cause les modèles de rémunération mais surtout de poser des problèmes culturels, éthiques et philosophiques de perte de la diversité dans la musique ».
A contrario, Believe a signé, le 8 septembre, un accord avec le générateur de musiques par IA Suno, qui permet aux artistes et aux labels de Believe et de Tune Core, sa filiale destinée à la musique autoproduite, d'accéder à de nouveaux outils d'IA musicale sous licence. «Cet accord obéit à quatre principes : le consentement des artistes, la transparence, le contrôle des résultats et une rémunération adéquate et proportionnelle», assure Elsa Bahamonde. De l'IA labellisée proposée aux plateformes qui répercuteront, ou non, cette origine non humaine à leurs auditeurs.
Les constructeurs automobiles chinois s'implantent en Europe
Face aux droits de douane, SAIC, BYD, Chery, Geely et Leapmotor multiplient les ouvertures d'usines ou les partenariats locaux
A la mi-septembre, des dirigeants du constructeur automobile Dongfeng ont été aperçus sur le site de Stellantis, à Rennes. Les deux groupes accélèrent les négociations d'un partenariat visant à partager l'usine de La Janais pour produire, aux côtés des Citroën, des véhicules de la marque chinoise à partir de 2028. Ce sera la première fois qu'une usine française ouvrira ses portes à un constructeur chinois. Même si, chez nos voisins, les exemples sont déjà nombreux : la vague déferle sur toute l'Europe, à commencer par l'Espagne, l'Italie et le Royaume-Uni. Absents du continent il y a encore trois ans, les constructeurs chinois y ont doublé leurs parts de marché en un an, passant de 5 % à 10 % à la fin juin. Grâce à leurs voitures électriques et hybrides, ils devraient continuer leur progression jusqu'à s'approprier 14 % des ventes en Europe en 2029, selon les prévisions du cabinet d'études indépendant Schmidt Automotive Research.
Un mouvement qui inquiète, alors que les constructeurs européens traversent une crise sans précédent, ébranlant même le pilié de la puissance économique allemande. Ce sera l'enjeu de la visite du commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic, qui se rend à Pékin les 8 et 9 octobre : contenir la poussée des géants chinois. Bruxelles cherche à favoriser le «made in Europe » pour préserver les 13 millions d'emplois de l'industrie automobile. «Il faudra trouver un équilibre, car l'Europe a aussi besoin des véhicules électriques chinois pour remplir ses objectifs d'émissions de carbone en 2035», remarque Jamel Taganza, cofondateur d'Inovev. Le cabinet d'études a calculé que les constructeurs chinois pourraient produire jusqu'à 1,2 million de voitures en Europe d'ici à 2030.
Depuis deux ans, cinq grands groupes sont à l'offensive. SAIC, BYD, Chery, Geely et Leapmotor ont choisi de s'implanter en Europe pour contourner les droits de douane de l'Union européenne sur les importations de véhicules venant de Chine. Les deux premiers, les plus ambitieux, se sont lancés dans des ouvertures d'usines, en Espagne pour la marque MG (groupe SAIC) et en Hongrie pour BYD. De leurs côtés, Geely et Chery commencent par s'inviter dans les usines de concurrents. Le premier va utiliser celles de Volvo, marque qu'il a rachetée en 2010, pour produire des voitures électriques de ses marques Zeekr et Lynk & Co à partir de 2028. Geely va également partager l'usine de Ford à Valence, en Espagne – l'américain souffre en Europe et commercialisera désormais sous sa marque des véhicules conçus par Geely.
Les constructeurs chinois profitent des difficultés de leurs concurrents pour s'implanter chez eux. Même stratégie pour Chery, qui produit déjà dans l'usine de l'Espagnol Ebro à Barcelone et négocie avec Nissan pour utiliser la sienne à Sunderland, au Royaume-Uni, à partir de 2027. Le groupe japonais traverse l'une des plus graves crises de son histoire et réduit la voilure en Europe. Leapmotor et Dongfeng suivent la même stratégie pour les sites de Stellantis en Espagne,
Grâce aux électriques et aux hybrides, ils devraient atteindre 14 % des ventes dans l'UE en 2029
à Saragosse et Madrid, et donc désormais à Rennes.
Pour le moment, seuls les grands constructeurs allemands refusent d'ouvrir les portes de leurs usines, en raison notamment de la résistance de leur puissant syndicat IG Metall. Jusqu'ici, ils ont privilégié les partenariats technologiques: Mercedes sur les moteurs hybrides avec Geely, et Volkswagen avec XPeng, sur le système électronique des véhicules électriques. Les deux constructeurs allemands concentrent ces collaborations en Chine pour enrayer la chute de leurs ventes. Mais « il n'y a pas de raison qu'ils ne nouent pas le même genre de partenariats en Europe. Même s'ils n'en ont pas l'habitude, ils vont devoir s'adapter », prévient Alexandre Marian, associé du cabinet de conseil Alix Partners, pour qui des fermetures d'usines sont inévitables.
Volkswagen, qui vient d'annoncer une seconde vague de 50 000 suppressions de postes, a même été plus loin en signant un partenariat stratégique avec Gotion. Trois usines en Espagne, en Slovaquie et au Maroc seront ouvertes au fabricant chinois de batterie pour développer « une chaîne d'approvisionnement ré- gionale», a expliqué le groupe le 28 septembre.
Au-delà des constructeurs, c'est toute l'industrie automobile chinoise qui s'introduit en Europe. Le plus visible reste le fabricant de batteries CATL qui a ouvert le 1 $^{er}$ octobre une usine en Hongrie, après la première, établie en Allemagne en 2022. Une troisième, construite avec Stellantis pour plus de 4 milliards d'euros, doit ouvrir en fin d'année à Valence, en Espagne. « Derrière les implantations d'usines, les équipementiers chinois s'installent en Europe et vont remonter progressivement toute la chaîne de valeur », explique Lionel Fontagné, directeur de l'Institut des politiques macroéconomiques et internationales.
CATL ou BYD sont parmi les piliers des batteries électriques qui ont pris une longueur d'avance technologique sur l'Europe. Cet écosystème « tient à l'écart les fournisseurs européens qui ne seront pas choisis par les constructeurs chinois et offre la possibilité aux constructeurs européens de choisir un fournisseur chinois plutôt qu'éuropéen pour sa technologie », décrypte Lionel Fontagné.
Le mouvement devrait se poursuivre. Les constructeurs chinois souffrent en effet d'une chute de 20 % de leur marché domestique et n'ont pas d'autres choix que de se développer à l'international. Guangzhou Automobile Group étudie lui aussi des « possibilités d'accroître ses capacités de production en Europe mais à ce stade, rien n'est encore décidé » assure un porte-parole. Tout comme Chang An, l'un des plus anciens constructeurs du pays.
Dépendante de SpaceX, l'Europe de nouveau confrontée à sa pénurie de fusées
La société d'Elon Musk a cessé de commercialiser des tirs de la fusée Falcon-9 après 2028
A lors qu'Emmanuel Macron organisait à Paris, les 9 et 10 septembre, le Sommet international sur l'espace, le véritable pouvoir spatial se trouvait aux Etats-Unis, chez SpaceX. La société d'Elon Musk, qui n'avait pas dépêché de représentant pour ce sommet, tient le secteur dans sa main. SpaceX a cessé de commercialiser les vols à bord de sa fusée Falcon-9 au-delà de 2028, a révélé le Wall Street Journal, le 21 septembre, provoquant un immense stress chez tous les opérateurs de satellites.
L'entreprise d'Elon Musk n'a jamais commenté cette décision qui coïncide avec la montée en puissance de son lanceur superlourd Starship, dont la vie commerciale a débuté le 28 septembre, et qui remplacera progressivement Falcon-9. Mais sans cette dernière, de nombreux acteurs, y compris américains, n'auront plus de solution pour placer leurs satellites en orbite.
Lancée en 2010, Falcon-9 est devenue quasiment monopolistique. La fusée a décollé 165 fois en 2025, soit quasiment un tir tous les deux jours. Sur ce total, 120 vols étaient consacrés intégralement ou partiellement à la mise en orbite des satellites de la constellation Starlink d'Elon Musk, ce qui laissait tout de même énormément de place à des opérateurs tiers. La capacité d'emport et le rythme de décollage de Falcon-9 permettaient d'offrir des prix attractifs et une disponibilité importante, créant une dépendance mondiale.
Les Européens avaient trouvé en SpaceX la solution aux retards d'Ariane-6, mise en service en juillet 2024 après quatre années d'attente. La fusée européenne, fabriquée par ArianeGroup, la filiale d'Airbus et de Safran, n'offre toutefois pas la même disponibilité que Falcon-9. Elle n'a décollé que quatre fois en 2025 et vise neuf à dix lancements annuels en pleine cadence, au mieux en 2027. Sachant qu'elle souffre, comme l'a indiqué La Tribune le 17 septembre, d'un aléa technique qui pourrait compliquer encore son calendrier.
Falcon-9 的退出同样引发了美国的担忧,因为美国的火箭初创公司出现缓慢。亚马逊创始人杰夫·贝佐斯的航天公司 Blue Origin 的 New Glenn 火箭在 5 月 28 日的一次点火测试中发生爆炸,这使情况进一步复杂化。
“到 2030 年,我们有数千颗卫星计划发射,”美国国防部国防创新部门负责空间事务的罗伯特·佩雷斯-阿莱马尼(Robert Perez-Alemany)告诉《华尔街日报》,“如果产能无法跟上需求,将有更多卫星留在地面。”美国军队已采取预防措施。其空间分支机构美国太空军(US Space Force)表示,已预订 50 多次由 Falcon-9 执行的未来国家安全任务。
奥利维尔·皮诺(OLIVIER PINAUD)
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Inquiétude aux Etats-Unis
Vega-C, la fusée de l'italien Avio, a décollé quatre fois en 2025 et vise également une pleine cadence de neuf tirs par an. Sans Falcon-9, l'accès à l'espace sera donc extrêmement étroit pour les opérateurs européens au moment même où les projets de constellations spatiales se multiplient et sachant qu'une grande partie des places à bord d'Ariane-6 sont déjà réservées par Amazon pour lancer sa constellation de télécoms par satellites. Lors du Sommet international sur l'espace, Amazon Leo, déjà principal client commercial de la fusée européenne, a annoncé lui confier six lancements supplémentaires, portant le total à 24 missions.
La décision de SpaceX met crûment en lumière la dépendance spatiale européenne à la société d'Elon Musk. Une situation qui inquiète depuis plusieurs mois. L'Agence spatiale européenne s'attend «à ce que l'Europe connaisse une pénurie de lanceurs vers 2030», avait prévenu son directeur général, Josef Aschbacher, au Financial Times le 9 août.
Ariane-6 ne pourra pas tout faire, et si l'Europe compte une dizaine de projets de nouvelles fusées, en France, en Allemagne ou en Espagne, il est peu probable que tous arrivent dans les temps, voire aboutissent tout court. Le plus avancé est celui de l'allemand Isar Aerospace: son lanceur Spectrum a réussi, dans la nuit du 5 au 6 septembre, son premier vol orbital, depuis un centre spatial norvégien. Les autres n'ont pas encore procédé à leur premier essai.
Pour remplacer Falcon-9, il faudrait des dizaines de Spectrum. Dans sa version actuelle, cette dernière ne peut transporter qu'une tonne de charge utile contre plus de 20 tonnes pour la fusée de SpaceX et Ariane-6, et plus de 100 tonnes pour Starship.
Selon M. Aschbacher, si l'Europe veut répondre «aux besoins en matière de lancement en 2030, nous devons prendre une décision assez rapidement afin de mettre en place les capacités nécessaires, notamment les usines», a-t-il indiqué lors d'une conférence de presse, le 2 septembre. Le sujet devrait être abordé lors de la réunion ministérielle intermédiaire 2026 de l'Agence spatiale européenne, qui se tiendra à Rome le 15 décembre. ArianeGroup dit avoir commencé à étudier le sujet d'une montée en cadence.
Le retrait de Falcon-9 suscite aussi des inquiétudes aux Etats-Unis où les start-up de fusées tardent à émerger. L'explosion lors d'un test de mise à feu, le 28 mai, de New Glenn, la fusée de Blue Origin, la société spatiale de Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, complique aussi la situation.
«Nous avons des milliers de satellites dont le lancement est prévu d'ici 2030», a déclaré au Wall Street Journal Robert Perez-Alemany, qui travaille sur les questions spatiales au sein de l'Unité d'innovation de la défense du ministère de la guerre américain, et « si la capacité ne suit pas le rythme de la demande, davantage de satellites resteront au sol ». L'armée américaine a pris ses précautions. Sa branche spatiale, l'US Space Force, dit avoir réservé plus de 50 futures missions de sécurité nationale avec Falcon-9.
Le blues des acteurs de la filière gaz face au plan d'électrification français
La réglementation sur les dispositifs de chauffage au gaz a été durcie
C'est un sujet de discorde récurrent entre les gaziers et les électriciens, et il concerne un enjeu quotidien pour tous les Français : le mode de chauffage. En vertu des impératifs de décarbonation, faut-il accélérer l'éradication des chaudières au gaz dans les logements ? Sur fond de guerre au Proche-Orient, qui fait flamber le prix des énergies fossiles, le gouvernement semble avoir choisi son camp. Son grand plan d'électrification des usages fait la part belle aux pompes à chaleur – un équipement fonctionnant à l'électricité –, avec un objectif de 1 million d'unités installées d'ici à 2030.
Mercredi 30 septembre, il dévoilait l'un de ses dispositifs phares : une offre clé en main pour aider les ménages modestes à remplacer leur chaudière au gaz ou au fioul. Dans le même temps, le gaz se voit appliquer une réglementation toujours plus restrictive.
Comme prévu dans le plan d'électrification, un décret paru le 13 septembre au Journal officiel acte l'interdiction de toute installation de chauffage au gaz, même en appoint ou en hybridation, dans les logements neufs à partir du 1er janvier 2027.
Il n'en fallait pas plus pour réveiller le mécontentement de la filière gazière. Un ras-le-bol qu'exprime sans complexe l'un des principaux lobbys du secteur, l'organisation Coénove. « A travers cette interdiction, le gouvernement stigmatise toutes les solutions au gaz, y compris des équipements qui sont à 100 % compatibles avec du gaz vert », s'exaspère Jean-Charles Colas-Roy, ancien député La République en marche de l'Isère, président de cette association qui se définit comme une fédération d'acteurs du bâtiment et de l'énergie.
En matière de transition énergétique, le sujet est loin d'être anodin. Le bâtiment (résidentiel et tertiaire) représente environ 15 % des émissions de CO₂ de la France, en grande partie liées aux chauffages fonctionnant au gaz et au fioul. Conscient de l'enjeu, le secteur gazier – notamment GRDF, opérateur des réseaux gaziers, et filiale du groupe Engie – concentre l'essentiel de sa communication sur le biométhane.
Ce biogaz produit à partir de déchets agricoles et ménagers représente environ 4 % de la consommation nationale de gaz. Mais les objectifs de développement sont ambitieux: la programmation pluriannuelle de l'énergie publiée en février par le gouvernement prévoit que la pro-
致力于大规模重启核能,法国需要电力需求增长
新住宅将被禁止安装燃气锅炉,自2027年1月1日起生效
注入网络的生物甲烷产量将在2030年前从16太瓦时增加到44太瓦时。
代表该行业工业家的协会 France Gaz 认为,法国借此机会可以以较低成本实现转型:一份9月初提交的研究报告估算,如果法国在保持能源组合多样性的同时,给予可再生气体越来越多的空间,而不是将所有设备全部转换为电力,那么到2050年,该国在投资方面至少可以节省3300亿欧元。
“电气化是好事,但我们不能忘记其他的脱碳因素,”France Gaz 前主席弗雷德里克·马丁(Frédéric Martin)在9月3日向媒体详细阐述数据时如此要求。他继续说道,由于法国仍有1000万个家庭使用燃气供暖,“必须让客户拥有选择权,而不是强加给他们一种解决方案”。
您想做一锅每人成本低于 15 欧元的炖牛肉(pot-au-feu)。社区里的蔬菜、肉类和香料并不缺乏。但如何在不花费整个下午时间的情况下,以最优价格找到最高质量的食材?这种心理负担,有一天我们或许可以将其转移给一个人工智能(AI)机器人,它的任务是倾听我们的需求、比较报价、执行购买并将商品送到家门口。代理革命(la révolution agentique)在电子商务革命三十年后、移动商业革命十年后已经在美国展开:在过去的几个月里,像 Etsy(设计品销售)和星巴克这样的商家已经允许客户将端到端的购物流程委托给 AI 代理。
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Engagée dans une relance massive du nucléaire, la France a besoin de voir monter la demande d'électricité
L'installation de chaudières à gaz dans les logements neufs sera interdite à partir du 1er janvier 2027
duction de biométhane injecté dans les réseaux passe de 16 à 44 térawattheures d'ici à 2030.
Selon France Gaz, l'association qui représente les industriels du secteur, la France tient là l'occasion de réussir sa transition à moindre coût : une étude présentée début septembre chiffre à 330 milliards d'euros, au minimum, les économies que pourrait réaliser le pays en termes d'investissements, d'ici à 2050, s'il conservait un mix énergétique diversifié tout en accordant de plus en plus de place aux gaz renouvelables, au lieu de convertir tous les équipements à l'électrique.
« C'est bien d'électrifier, mais on ne doit pas oublier les autres facteurs de décarbonation », réclamait l'ex-président de France Gaz Frédéric Martin, en détaillant les chiffres devant la presse, le 3 septembre. Alors que 10 millions de ménages en France sont toujours chauffés au gaz, poursuivait-il, « il faut laisser le choix aux clients et ne pas leur imposer une solution ».
La filière ne manque jamais de rappeler que le gaz reste incontournable lors des épisodes de grand froid qui entraînent un bond de la consommation d'électricité: les centrales thermiques sont alors appelées à la rescousse. « Le tout-électrique forcené, c'est un miroir aux alouettes », s'agace un dirigeant du secteur, comparant le plan d'électrification du gouvernement à « un plan "tout EDF" pour soutenir l'avènement des EPR en essayant d'augmenter la consommation d'électricité ».
Engagée dans une relance massive du nucléaire – avec la construction de six nouveaux EPR2 et une option à l'étude pour huit réacteurs supplémentaires –, la France a effectivement besoin de voir monter la demande d'électricité pour encourager les investissements dans ces nouvelles capacités de production. Ces dernières années, malgré une production abondante et largement décarbonée, la consommation a eu tendance à stagner, voire à baisser. L'électricité ne représente toujours qu'environ 27 % de toute l'énergie consommée.
« L'électricité est là, nous en disposons en quantité. Toutes les raisons – climatique, économique, de sécurité énergétique – justifient de vouloir augmenter la consommation », insiste Ines Bouacida, de l'Institut du développement durable et des relations internationales. Pour réaliser la transition, décarboner le chauffage est impératif, souligne la chercheuse, en rappelant que « même au maximum de la production de biométhane, celui-ci ne pourra pas remplacer tout le gaz fossile que l'on utilise aujourd'hui ».
En attendant, la France continue de moins taxer le gaz que l'électricité. Malgré une volonté affichée d'orienter les ménages vers des énergies décarbonées, l'accise sur l'électricité est fixée à 30,62 euros du mégawattheure contre 16,66 euros du mégawattheure pour le gaz naturel. Ces dernières années, toutes les propositions parlementaires visant à rééquilibrer ce différentiel ont été rejetées.
MARIE DE VERGÈS
Vous souhaitez cuisiner un pot-au-feu pour moins de 15 euros par personne. Les légumes, viandes et
herbes ne manquent pas dans le quartier. Mais comment trouver la meilleure qualité au meilleur prix, sans y passer son après-midi ? Cette charge mentale, nous pourrons un jour la transférer à un robot à intelligence artificielle (IA) dont la mission sera d'écouter nos envies, de comparer les offres, d'exécuter les achats et de livrer la marchandise au pas de notre porte. La révolution agentique, qui intervient une trentaine d'années après celle du commerce en ligne et une grosse décennie après celle du commerce sur mobile, est déjà en marche aux Etats-Unis : au cours des derniers mois, des commerçants comme Etsy (vente d'objets design) et Starbucks ont permis à leurs clients de déléguer leurs achats de bout en bout à des agents IA.
Les Français pourront bientôt déléguer leurs achats en ligne à des robots. L'absence de cadre réglementaire inquiète tous les acteurs, des commerçants aux banques, en passant par les consommateurs
Le réseau de paiement Visa et l'agence de voyages en ligne Last-minute.com nous en ont fait la démonstration récemment : en quelques clics, un client peut demander à un tel agent d'organiser un week-end romantique avec sa conjointe, en se concentrant sur ses seules envies, sans avoir à renseigner les données de son passeport ni ses coordonnées bancaires. Une expérience plus rapide et plus fluide que sur les sites de voyages, où l'enregistrement des données personnelles est souvent fastidieux. L'expérience pilote sera bientôt déployée aux Etats-Unis.
La technologie n'est pas encore accessible en Europe: des enseignes comme Carrefour et Sephora (produits de beauté) ont bien lancé des applications sur ChatGPT et Gemini pour permettre à leurs clients de constituer leur panier de courses. Mais ceux-ci doivent encore basculer sur l'application mobile de l'enseigne pour finaliser leurs achats. « Aujourd'hui, ChatGPT permet surtout de découvrir les produits. C'est un rabatteur de trafic », explique Ludovic Tran, expert du commerce agentique au sein du cabinet Accenture. En Europe, de premiers achats pourraient être finalisés sans intervention humaine durant l'année 2027, anticipent plusieurs acteurs du paiement. A quel moment la pratique deviendra-telle courante? A l'échelle mondiale, le cabinet McKinsey estime que les agents IA pourraient orchestrer entre 3 000 milliards et 5 000 milliards de dollars (jusqu'à 4 440 milliards d'euros) de transactions commerciales à l'horizon 2030 – à comparer aux 35 000 milliards de dollars atteints en 2025 par le commerce mondial.
Des annonces spectaculaires ont eu lieu récemment, laissant penser que le commerce agentique devient une priorité pour les géants de la tech : le 8 septembre, le géant Meta lançait un nouvel agent d'IA, baptisé Muse, capable de monter un séjour à New York pour moins de 2000 euros la semaine (billet d'avion, hôtel, activités) ou d'analyser nos relevés bancaires pour résilier les abonnements que nous n'utilisons jamais. L'intérêt est tel que l'application est aujourd'hui la plus téléchargée d'Amérique du Nord (3,4 millions de fois aux Etats-Unis et au Canada depuis son lancement), rappelant le succès de ChatGPT à ses débuts.
« L'intelligence artificielle a cruellement besoin de modèles rentables. Aujourd'hui, c'est un puits sans fonds : les acteurs de la tech investissent massivement et gagnent peu d'argent. Le commerce agentique est pour eux la promesse de revenus substantiels », explique Geoffrey Laloux, consultant chez Square Management, chaque transaction pouvant donner lieu à des commissions.
由于目前还没有监管这种新商业形式的法律框架,信任的建立就变得更加困难。在世界任何地方,都没有法律规定在发生欺诈或商业错误时的责任链。如果我的代理程序给了我一个荒诞的回答,并给我买了一件红色毛衣而不是绿色袜子,谁来负责?如果一个恶意代理在违背我意愿的情况下以我的名义执行购买,又该如何处理?在现阶段,消费者、卖家、银行、支付网络以及开发 AI 的公司之间不存在任何责任分担机制。
Les investisseurs de la Silicon Valley ne veulent donc pas rater la prochaine poule aux œufs d'or : lundi 28 septembre, la start-up Instinct, basée à San Francisco, a procédé sans aucune difficulté à une levée de fonds qui la valorise 10 milliards de dollars, soit quatre fois plus que lors de sa précédente levée de fonds... il y a un mois! Sa promesse : un service de conciergerie 100 % IA, permettant de gérer tous les pans de notre vie quotidienne.
En Europe, de premiers achats pourraient être finalisés sans intervention humaine durant l'année 2027, anticipent plusieurs acteurs du paiement
Le commerce agentique constitue aussi la nouvelle terre de conquête des acteurs du paiement (Visa, MasterCard, etc.) qui veulent se rendre aussi incontournables dans le commerce agentique qu'ils le sont dans les magasins. « L'IA agentique va faire pour le shopping ce que la machine à laver a fait pour la lessive. Elle prendra en charge une grande partie du travail (...). Nous garderons la main sur les choses qui comptent, de la même manière que nous décidons toujours quels vêtements laver», défend Magnus Lindkvist, futurologue et coauteur d'un rapport publié en septembre réalisé sur le sujet pour le compte de MasterCard.
Le commerce agentique se heurte toutefois à un obstacle majeur: la défiance des consommateurs. Il est plus facile de déléguer le lavage de ses vêtements que la gestion de son portefeuille. ChatGPT, qui avait lancé un outil de paiement aux Etats-Unis le 29 septembre 2025 (Instant Checkout), en a fait l'amère expérience: il a fermé son service six mois après, avec la conviction que les Américains n'étaient pas encore prêts à utiliser l'IA comme un intermédiaire de paiement, mais plutôt comme un assistant de recherche.
La plus grande difficulté sera donc de convaincre les consommateurs qu'ils gardent le contrôle de leurs finances. Les Français sont particulièrement inquiets de ce point de vue là. Seul un tiers d'entre eux dit avoir globalement confiance en l'IA, contre 46 % à l'échelle mondiale, selon une étude réalisée en 2025 par KPMG et l'université de Melbourne, en Australie. La progression du commerce agentique sera donc certainement plus lente dans l'Hexagone qu'ailleurs en Europe : « Il progressera deux fois plus vite au Royaume-Uni qu'en France dans les trois prochaines années », anticipe ainsi Patrick Dixon, expert de l'IA et du commerce mondial.
La confiance est d'autant plus difficile à bâtir qu'il n'existe aucun cadre législatif pour réglementer cette nouvelle forme de commerce. Aucune loi, dans aucune partie du monde, ne détermine la chaîne de responsabilité en cas de fraude ou d'erreur commerciale. Qui sera responsable si mon agent m'apporte une réponse farfelue et m'achète un pull rouge au lieu de chaussettes vertes? Et quid d'un agent malveillant qui exécute des achats en mon nom, contre mon gré ? Aucun partage de responsabilité n'existe, à ce stade, entre le consommateur, le vendeur, la banque, le réseau de paiement et l'entreprise ayant développé l'IA.
La deuxième directive européenne sur les services de paiement (DSP2), visant à les sécuriser en ligne, n'aborde pas le sujet, pas plus que le prochain texte qui sera promulgué en 2027. Il faudra donc attendre la mouture suivante (la DSP4) pour espérer un début de réglementation. Mais elle n'est pas prévue avant cinq ans. « L'Europe a intérêt à légiférer, sinon ce sera le Far West », estime Geoffrey Laloux.
Ce flou juridique inquiète d'autant plus les commerçants et les banques que partout en Europe, les cours de justice donnent raison aux consommateurs victimes de fraude. En France, la Cour de cassation a jugé, le 30 avril 2025,
“银行目前在踩刹车,因为智能体商业(commerce agentique)相关的风险暂时过高。通过 AI 进行的欺诈极其严重,而且我们甚至无法对其进行精确衡量。金融机构不想打开潘多拉之盒,”创业者卢卡斯·法约尔(Lucas Fayolle)认为。他在自己的公司 Praesia 中,试图为所有人提供一套安全的基础设施(包括操作的可追溯性、支付授权的定义等)。
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« L'IA agentique va faire pour le shopping ce que la machine à laver a fait pour la lessive »
MAGNUS LINDKVIST
futurologue et coauteur
d'un rapport sur le sujet
pour MasterCard
que le Crédit agricole ne pouvait pas s'exonérer de sa responsabilité en cas de virements frauduleux, sans apporter une preuve de négligence grave de la part de son client. Un revirement de jurisprudence, jusqu'alors beaucoup plus favorable aux banques.
«Les banques ont le pied sur le frein car les risques associés au commerce agentique sont pour l'instant trop élevés. La fraude via l'IA est ultra-importante. On ne sait d'ailleurs pas la mesurer précisément. Les établissements financiers ne veulent pas ouvrir la boîte de Pandore», estime Lucas Fayolle, un start-upeur qui tente de proposer une infrastructure sécurisante pour tout le monde (traçabilité des opérations, définition des mandats de paiement, etc.) au sein de son entreprise Praesia.
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共同标准
美国人同样担心欺诈风险、不透明度以及数据保护问题。在 22 septembre 发布的一份报告中,美国银行(Bank of America)和第一资本(Capital One)与其他国际金融巨头共同谴责了智能体商业可能增加争议频率和退款请求的风险。所有机构都要求在让 AI 智能体处理我们的购物之前,必须建立共同标准并明确责任归属。
在缺乏智能体商业法律框架的情况下,全球大型支付网络(Visa、万事达卡等)正试图制定游戏规则。“我们在 Visa 的角色是让互不相识的参与者能够充满信心地进行交易。未来的智能体商业也将如此。我们提供一个框架和共同规则,使所有利益相关者都能使用我们的网络,”Visa 法国、比利时和卢森堡区总经理弗洛伦斯·梅利克(Florence Mélique)解释道。
这家美国网络正与 30 多家银行合作(目前尚无法国银行参与),旨在定义一种支付流程,使消费者能够掌控自己的资金,并确定发生争议时的退款条件。它还与五家商家建立了合作伙伴关系以测试该实践:Lastminute、Brick Depot(乐高零件销售)、Frasers Group(体育用品)、eDreams(度假预订)和 Cleverbridge(企业支付管理)。Visa 为他们提供了一个目录,用于识别被认为值得信赖的 AI 智能体。“所有公司都将不得不适应智能体商业。这对于其经济模式的未来至关重要,”弗洛伦斯·梅利克总结道。
Les Américains s'inquiètent, eux aussi, des risques de fraude, d'opacité et de protection des données. Dans un rapport publié le 22 septembre, les banques américaines Bank of America et Capital One se sont jointes à d'autres grands noms de la finance internationale pour dénoncer le risque de voir le commerce agentique augmenter la fréquence des litiges et des demandes de remboursement. Toutes réclament des normes communes et des responsabilités clairement établies avant de laisser les agents IA s'occuper de nos achats.
Des incidents ont déjà été recensés: Meta a dû récemment corriger une faille dans Muse, qui aurait pu permettre à des fraudeurs de détourner les autorisations d'achat accordées par l'utilisateur. La plateforme de commerce Amazon a par ailleurs demandé à Muse de ne plus utiliser son site : elle lui reproche de ne pas s'identifier quand il effectue des achats pour un consommateur, et de conserver ses données personnelles sans aucune autorisation.
A défaut de cadre juridique pour le commerce agentique, ce sont les grands réseaux de paiement mondiaux (Visa, MasterCard, etc.) qui essaient de fixer les règles du jeu. «Notre rôle chez Visa est de permettre à des acteurs qui ne se connais- sent pas de réaliser des transactions en toute confiance. Il en sera de même demain avec le commerce agentique. Nous offrons un cadre et des règles communes qui permettent à toutes les parties prenantes d'utiliser notre réseau», explique Florence Mélique, la directrice générale de Visa pour la France, la Belgique et le Luxembourg.
Le réseau américain travaille avec une grosse trentaine de banques, mais aucune française à ce stade, pour définir un parcours de paiement permettant au consommateur de garder le contrôle de son argent, et de fixer les conditions de remboursement en cas de litige. Il a aussi noué un partenariat avec cinq commerçants pour tester la pratique: Lastminute, Brick Depot (vente de pièces Lego), Frasers Group (articles de sport), eDreams (réservation de vacances) et Cleverbridge (gestion des paiements d'entreprises). Visa leur propose un annuaire permettant d'identifier les agents IA réputés dignes de confiance. « Toutes les entreprises vont devoir s'adapter au commerce agentique. C'est indispensable pour l'avenir de leur modèle économique », résume Florence Mélique.
LUCIE ROBEQUAIN
Le bureau d'Anna Politkovskaïa, conservé intact, à Moscou, le 10 septembre. ELENA CHERNYSHOVA POUR « LE MONDE »
Assassinée, en 2006, dans la cage d'escalier de son immeuble, à Moscou, la célèbre reporter russe n'a cessé d'alerter avec une incroyable lucidité sur la nature profonde de Vladimir Poutine
es yeux rivés sur la caméra de son ordinateur portable, Dmitri Mouratov, 64 ans, brandit un objet, puis un autre et encore un autre. « Voici ses lunettes, voici son enregistreur, son sac... » Joint par messagerie cryptée, le cofondateur du média russe indépendant Novaïa Gazeta, colauréat du prix Nobel de la paix en 2021, s'est assis au bureau qu'occupait Anna Politkovskaïa jusqu'à sa mort. Les affaires personnelles de la journaliste assassinée en 2006, il y a tout juste vingt ans, le 7 octobre – jour de l'anniversaire du président russe, Vladimir Poutine –, ont été conservées à leur place, dans les locaux du journal moscovite. Sur sa table de travail, un ouvrage jauni du code pénal russe commenté est resté ouvert à l'article 63 sur les « circonstances aggravantes ».
Tout autour, sur les murs de la pièce transformée en mémorial, Novaïa Gazeta a affiché l'enquête que ses journalistes ont eux-mêmes menée après la disparition de leur consœur, âgée de 48 ans, tuée par balle dans l'ascenseur de son immeuble. Actes de la procédure, plans, images de vidéosurveillance, schémas de la reconstitution du meurtre, profils des tueurs et de leurs complices, arrêtés et condamnés par la suite, photographie de l'arme, un Makarov 9 mm, utilisée à l'époque par les services de sécurité... Aucun commanditaire n'a cependant jamais été identifié. Mais, pour Dmitri Mouratov, qui s'appuie sur l'implication d'un policier, et sur celle d'hommes affiliés au FSB, les services de sécurité russes, la conclusion est simple : « L'Etat a participé à cet assassinat. »
Il était son rédacteur en chef, celui qui la pressait de faire une pause, qui l'a même exfiltrée quelque temps vers l'Autriche, en 2001, pour la mettre à l'abri, au vu des nombreuses menaces de mort qu'elle recevait pour ses reportages dans une Tchétchénie ravagée par une seconde guerre (1999-2009). Parfois, le ton montait, car son interlocutrice se montrait inflexible. « A l'été 2006, nous avons eu des discussions très sérieuses, admet Dmitri Mouratov. J'étais persuadé qu'elle devait cesser d'aller sur place, parce que cela devenait trop dangereux, elle me répondait que cette petite république avait survécu à deux guerres sanglantes et qu'elle ne pouvait pas laisser tomber. » Intraitable, Anna Politkovskaïa, l'était tout autant dans ses écrits.
Sans relâche, elle y dénonce les exactions de l'armée russe, qu'elle observait au plus près sur le terrain – en moins de sept ans, depuis son entrée à Novaïa Gazeta, en 1998, elle rédige ainsi 751 articles, dont plus de la moitié concerne la Tchétchénie. Et à la relire aujourd'hui, on est saisi d'effroi. Pas seulement à cause des atrocités commises, mais parce que tout, absolument tout, ce qu'elle décrivait alors, s'est reproduit, vingt ans plus tard, en Ukraine : la torture, les camps de filtration (d'où sont « triés » civils et combattants), les pillages, les viols, la destruction totale et méthodique de villes et de villages, les fosses dans lesquels sont jetés « ennemis » ou soldats russes qui n'ont pas l'heur de plaire à leurs supérieurs...
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经历长时间拘禁
“她的写作风格非常独特。她不仅仅是在写文章,而是在推动事情地改变,在帮助人们,”目前处于流亡状态的人权观察组织(Human Rights Watch)欧洲及中亚分部副主任塔蒂亚娜·洛克希娜(Tatiana Lokchina)在回忆这位熟识的人时说道。安娜·波利特科夫斯卡娅曾两次尝试充当调解人,以挽救生命。
2001年2月,安娜·波利特科夫斯卡娅本人曾被逮捕,被没收电话,并在车臣东南部一个山谷地带的韦代诺区被俄罗斯官员拘禁了很长时间。她曾在深夜被拖到一台 Grad 火箭炮下,恰逢该炮发射的一瞬间,并受到强奸威胁——“这是洗手间。脱掉衣服”——她写道:“每增加一小时的审讯,都完全证实了他们(车臣人)的证词。”
« Elle avait un style d'écriture tout à fait unique. Il ne s'agissait pas seulement d'écrire des articles, mais de faire bouger les choses, d'aider les gens », témoigne Tatiana Lokchina, directrice adjointe pour la division Europe et Asie centrale de Human Rights Watch, actuellement en exil, qui l'a bien connue. A deux reprises, Anna Politkovskaïa tentera même de jouer les médiatrices, pour épargner des vies.
La première fois, en octobre 2002, les autorités se résignent à faire appel à elle, lors de la prise d'otages de centaines de spectateurs dans la salle du Théâtre Doubrovka, à Moscou, par un commando tchètchène. Elle est finalement écartée. La seconde fois, en septembre 2004, elle se précipite à Beslan, en Ossétie du Nord, où une école fait l'objet d'une autre prise d'otages. Elle n'y parviendra jamais, victime d'une tentative d'empoisonnement à bord de l'avion qui devait l'en rapprocher.
Peu importent les risques qu'elle prend et fait prendre aux autres. Les précautions l'exaspèrent. Tatiana Lokchina a encore en mémoire un échange tendu, lors d'une conférence en Suède sur la Tchétchénie, peu de temps avant la disparition d'Anna Politkovskaïa. « Dès le premier jour, Anna et moi avons eu une vive altercation : elle accusait les défenseurs des droits humains de manquer de fermeté, d'étouffer certaines affaires sensibles et de ne pas divulguer les noms des victimes. De mon côté, je soutenais que, lorsque nous agissions ainsi, c'était par souci de les protéger. Mais elle persistait à dire que nous étions complices d'une sorte de complot visant à déformer ou à dissimuler la vérité. »
En février 2001, Anna Politkovskaïa avait elle-même été arrêtée, privée de son téléphone, détenue de longues heures par des officiers russes dans le district de Vedeno, une vallée montagneuse dans le sud-est de la Tchétchénie. Traînée la nuit sous un lanceroquettes Grad, au moment précis où celui-ci effectue une salve, menacée de viol – « C'est la salle de bains. Déshabille-toi » –, elle écrit : « Chaque heure supplémentaire d'interrogatoire confirmait entièrement leurs témoignages [des Tchétchènes]. »
En juin 2004, elle publie aussi un long article sur sa rencontre avec Ramzan Kadyrov, le « petit dragon du Kremlin », ainsi qu'elle le nomme, pas encore officiellement à la tête de la Tchétchénie, mais qui se comporte tout comme, dans son fief natal de Tsentoroi, une « véritable forteresse » au luxe tapageur, cernée par pléthore d'hommes en armes. Après six ou sept heures d'attente, elle réalise une interview ubuesque, au cours de laquelle Kadyrov finit par lui hurler dessus : « Tu es une ennemie, tu es pire que [Chamil] Bassaïev! [Un combattant indépendantiste qui basculera dans le terrorisme, tué en 2006.] »
La guerre la change. « Ses reportages lui ont enlevé ce petit côté de journaliste snob moscovite, et elle avait beaucoup maigri », rapporte Svetlana Gannouchkina, 84 ans, défenseure
JOURNALISTE
D'INVESTIGATION,
LANCEUSE D'ALERTE,
MILITANTE
DES DROITS
HUMAINS, ANNA
POLITKOVSKAÏA
ÉTAIT TOUT CELA
À LA FOIS
des droits de l'homme respectée en Russie. Membre de l'ONG Memorial et dirigeante du Comité d'assistance civique, qui venait en aide aux réfugiés et aux migrants, elle se trouvait avec la reporter au palais du gouvernement, à Grozny, en décembre 2002. Les deux femmes quitteront le bâtiment 20 minutes avant l'explosion de deux camions kamikazes bourrés d'explosifs qui fera 83 morts.
Née en 1958, à New York, d'un père diplomate soviétique d'origine ukrainienne, Anna Politkovskaïa, diplômée de la faculté de journalisme de Moscou, a démarré tardivement sa carrière. Mère au foyer, elle a d'abord élevé ses deux enfants, Ilia et Vera, avant de commencer au bas de l'échelle dans plusieurs journaux, la plupart disparus. Formée au temps de la perestroïka, « elle incarnait à la perfection l'esprit de cette époque, et le désir de changement qui l'accompagnait », dira sa fille, Vera, en décrivant, dans Une mère (Fayard, 2023), un « bourreau de travail ».
Elle reste pourtant longtemps dans l'ombre de son mari, Alexandre Politkovski, journaliste vedette du petit écran. Puis, les rôles s'inversent. Lui s'efface au fur et à mesure de la reprise en main des médias par le Kremlin, qui l'exclut. Elle explose dans Novaïa Gazeta, au point que des files d'attente de Russes et de Tchétchènes n'ayant personne à qui parler se formaient devant son bureau quand elle n'était pas sur le terrain. Reporter, journaliste d'investigation, lanceuse d'alerte, militante des droits humains, Anna Politkovskaïa était tout cela à la fois. «Je me vois comme un intermédiaire, un moyen de montrer aux Russes ce qui se passe réellement en Tchétchénie, afin qu'ils ne croient pas, à tort, que l'intervention militaire rétablit l'ordre», confie-t-elle, en 2001, au Comité pour la protection des journalistes.
Sa probité dépasse les frontières. Un matin, en 1999, Alexandre Guinzbourg, un célèbre dissident (1936-2002), débarque au domicile parisien de Galia Ackerman, historienne et traductrice d'origine russe établie en France, avec un sac plastique contenant plusieurs articles de la journaliste. De là naîtra un premier recueil de ses chroniques, publiées pour la première fois dans l'Hexagone (Voyage en enfer. Journal de Tchétchénie, Robert Laffont, 2000). Un flop. Mais qui sera suivi d'autres livres au succès grandissant, édités par Buchet-Chastel, sous la direction du journaliste Jean-François Bouthors (Tchétchénie, le déshonneur russe, 2003, La Russie selon Poutine, 2005), plus deux autres récits posthumes (Douloureuse Russie. Journal d'une femme en colère, 2006, Qu'ai-je fait?, 2008).
«Anna Politkovskaïa ne soutenait pas les combattants tchétchènes, mais elle avait l'obsession de rétablir la justice, souligne Galia Ackerman. Elle était extrêmement minutieuse, car elle avait toujours peur qu'on l'induise sciemment en erreur. Elle menait de véritables interrogatoires : "Ah oui, vous venez de quel village et qui est le chef là-bas" ? » Les cheveux cendrés autour du visage triste de la journaliste deviennent familiers. Mais plus sa notoriété s'accroît à l'étranger, plus elle est isolée en Russie, alors qu'elle mène un combat singulier contre Vladimir Poutine, qu'elle décrivait comme la « copie conforme » d'Akaki Akakievitch, un petit fonctionnaire brimé dépeint par Gogol dans Le Manteau.
De lui, elle disait : « Son étroitesse d'esprit et son chauvinisme sont ceux d'un homme de son grade. Il a la personnalité terme d'un lieutenant-colonel qui n'a jamais réussi à atteindre le rang de colonel, les manières d'un homme des services secrets russes habitué à espionner ses collègues... » Elle reprochait surtout à l'actuel chef du Kremlin d'avoir « encouragé la gangrène morale de la Russie », en exploitant la guerre à des fins de pouvoir dès le début de son règne, en 2000. Des Russes, elle blâmait l'apathie face à l'implacable « verticale du pouvoir », qui se mettait en place et dont elle pressentait le pire avec une incroyable lucidité. « Il est déjà trop tard, affirmait-elle. Aujourd'hui, nous sommes encerclés par les amis et les hommes de Poutine. »
Car elle n'a pas seulement dénoncé la situation en Tchétchénie: elle a aussi rendu compte de la corruption « basée sur le sang » en Russie, de l'« esprit chauvin au sein de l'appareil gouvernemental, qui se fait passer pour du patriotisme », de la « rhétorique effrénée de l'Etat fort », du « racisme antitchétchène, officiel et populaire, avec des métastases qui s'étendent à d'autres peuples »...
Elle a écrit sur des procès à l'issue toujours favorable pour les protégés du régime, sur la misère de citoyens russes ordinaires, sur l'indigence des foyers de migrants, sur les koviorny, un dérivé du mot kovior, « tapis », qui signifie « bouffons », pour décrire les propagandistes des médias d'Etat. Elle en voulait aux dirigeants occidentaux, aux George W. Bush (2001-2009), Silvio Berlusconi (1936-2023), Jacques Chirac (1932-2019) et Gerhard Schröder (1998-2005) d'entretenir des relations cordiales avec un « homme des services ». A l'exception d'une petite édition confidentielle de ses chroniques, parue en 2002, ses livres ne seront jamais publiés en Russie.
Plus de trente journalistes ont été tués, entre 2000 et 2022, dans un pays qui n'était pas officiellement en guerre. Parmi eux, six travaillaient à Novaia Gazeta, comme son amie Natalia Estemirova, enlevée à Grozny, en 2009, et retrouvée morte, criblée de balles. Au sein de la rédaction, qui a perdu sa licence de média en 2022, et dont 100 collaborateurs viennent d'être affiliés à des « agents de l'étranger », Anna Politkovskaïa reste la plus emblématique. Le 14 novembre 2023, Vladimir Poutine a gracié l'un des tueurs de la journaliste. Après que ce dernier a combattu en Ukraine.
ISABELLE MANDRAUD
Image extraite du film « Butterfly Jam », de Kantemir Balagov. LE PACTE
电影导演坎特米尔·巴拉戈夫的新生活
离开俄罗斯四年后,这位导演谈到了在流亡生活中困扰他的种种疑虑
人物访谈
当自己的世界突然崩塌时,该如何重建生活?在公开批评入侵乌克兰并匆忙离开俄罗斯四年后,35岁的导演坎特米尔·巴拉戈夫(Kantemir Balagov)仍在寻找答案。“世界的现状全天候、每周七天地影响着我。我在写作时试图逃避它,但它最终总能找到回来的路,”他在九月的一个下午,坐在巴黎的一家咖啡馆里坦言,头上戴着顶写着“Dogs & Wine Make Everything Fine”(有狗有酒,一切安好)的帽子。他的第三部长片《蝴蝶果酱》(Butterfly Jam)围绕着父子关系展开,捕捉了一个男人世界,在这个世界里,拒绝展现弱点会导致不可挽回的暴力。“也许在今天,脆弱感正严重缺失,”他手里拿着一杯红茶,在谈到这个世界的伟大领导者时补充道。
Quatre ans après avoir quitté la Russie, le réalisateur évoque les doutes qui l'assaillent dans sa vie d'exilé
RENCONTRE
Q
uelle vie reconstruire
quand son monde
s'est effondré subite-
ment? Quatre ans
après avoir critiqué publiquement l'invasion de l'Ukraine et quitté précipitamment la Russie, le réalisateur Kantemir Balagov, 35 ans, cherche encore la réponse. « L'état du monde m'affecte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. J'essaie d'y échapper quand j'écris, mais il finit toujours par retrouver son chemin », confie-t-il un après-midi de septembre, assis dans un café parisien, une casquette Dogs & Wine Make Everything Fine (« des chiens et du vin, tout va bien ») vissée sur la tête. Butterfly Jam, son troisième long-métrage, centré autour d'une relation père-fils, saisit un monde d'hommes où le refus de montrer ses faiblesses mène à une violence irrémédiable. « Peut-être qu'aujourd'hui la vulnérabilité fait cruellement défaut », ajoute-t-il, au sujet notamment des grands leaders de ce monde, une tasse de thé noir à la main.
La fragilité et le doute, Kantemir Balagov baigne en plein dedans. Après un détour par Los Angeles où l'intégration s'est révélée difficile, lui et sa compagne, la cinéaste Kira Kovalenko, se sont installés à Paris. Ils tentent d'y maintenir à flot une vie précaire, hantée par les souvenirs. Il y a moins d'une dizaine d'années, leurs premiers films, âpres et pleins d'énergie, faisaient d'eux les étoiles montantes d'un renouveau du cinéma russe. «J'ai toujours voulu vivre dans le Nord-Caucase et y faire des films, dit-il. J'aimerais pouvoir arrêter la nostalgie. J'ai beau savoir que si je rentrais, tout serait différent, je n'y arrive pas», dit-il.
Pour rester ancré dans le présent, Kantemir Balagov s'arrime comme il peut à son métier. Il lit, écrit. Mais mener au bout un projet de film relève du parcours du combattant. Butterfly Jam devait initialement être tourné au cœur de la communauté tcherkesse de Naltchik, dans le Nord-Caucase, d'où il est originaire. Son exil contraint l'a forcé à réécrire son scénario. « Une fois à Los Angeles, j'ai découvert qu'il existait une petite communauté tcherkesse dans le New Jersey. J'ai travaillé avec celle-ci pour rassembler les gens, recueillir des informations. Ils nous ont beaucoup aidés, jusqu'à ce que quelqu'un d'extérieur les alerte que le script comportait une scène de viol. Toutes les portes se sont fermées d'un coup. On devait tourner une grande séquence de danse, j'ai dû tout réécrire. » Pour
Kantemir Balagov, les obstacles ont été nombreux. «Aux Etats-Unis, la culture du cinéma est très différente de celle de la Russie. Vous avez besoin d'une star pour financer le film», dit-il. Butterfly Jam a été monté avec des acteurs professionnels anglo-saxons (Barry Keoghan, Riley Keough) et d'autres débutants. Bénéficiant de peu de jours de tournage pour les extérieurs dans le New Jersey, le réalisateur s'est heurté aux règles strictes imposées par les syndicats américains: «Il y avait une pression constante sur les horaires et les interdits. A la fin, je pense que cela fait du mal au film. »
« J'essaie d'éviter la stagnation »
Pour cette coproduction majoritairement française, les intérieurs ont, eux, été filmés dans les Hauts-de-France. Avec toute la rigidité qu'impose un tournage réparti sur deux pays si éloignés, malgré « une équipe incroyable ».
En donnant à son film des airs de conte de fées, Kantemir Balagov a cherché à échapper à l'esthé-
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在巴黎,他学习法语并试图维持不稳定的生活,而回忆始终萦绕在心头
坎特米尔·巴拉戈夫试图摆脱其早期电影(如《狭窄的生活》Tesnota, 2017年拍摄,2018年于法国上映,以及《大女孩》Une grande fille, 2019年)中的现实主义风格,转而专注于人物心理的真实性。“我鼓励演员在肢体语言和语调上表现得笨拙,因为我的角色是普通人。我们在影像和场面调度中也追求这一点。遗憾的是,并非所有人都能将其视为一种艺术表达,有些人将其解读为缺乏技巧。”
最后,坎特米尔·巴拉戈夫透明地回顾了过去的失败。例如为HBO频道拍摄的后末日剧集《最后生还者》(The Last of Us)的前几集,他在2021年秋季试播集刚完成时便离开了剧组,原因是与主创尼尔·德鲁克曼(Neil Druckmann)和克雷格·马辛(Craig Mazin)在艺术见解上存在分歧。由于后者进行了补拍,他从未在官方名单中获得署名。“如果你已经知道自己想要什么以及将要做什么,那么把1个俄罗斯人请来又有什么意义呢?”他反问道。
A Paris, il apprend le français et tente de maintenir à flot une vie précaire, hantée par les souvenirs
tique réaliste de ses premiers films, Tesnota. Une vie à l'étroit (2017, sorti en France en 2018) et Une grande fille (2019), pour se concentrer sur l'authenticité psychologique de ses personnages. « J'encourageais mes acteurs à être maladroits dans leur langage corporel, leurs intonations. Parce que mes personnages sont des gens ordinaires. On cherchait ça aussi dans l'image, la mise en scène. Malheureusement, tout le monde ne voit pas cela comme un geste artistique. Certains y lisent un manque de savoir-faire. »
Tout au long de l'entretien, Kantemir Balagov dévoile ses propres vulnérabilités. «Je suis dans la vie quelqu'un de très fermé. Les circonstances actuelles renforcent encore cette solitude. Alors, le cinéma me permet d'embrasser cette part de tendresse inexprimée», déclare-t-il pour justifier les nombreuses embrassades dans le film. Le cinéaste fait volontiers part de ses doutes. Il reconnaît qu'à l'écran tout ne fonctionne pas toujours comme il l'aurait voulu, se demande si le choix de l'annonce de la mort du père en ouverture était le plus opportun, blâme les nombreux changements apportés en cours de route.
Mais, au moins, reconnaît-il à son travail une volonté d'apporter quelque chose de neuf à des sujets beaucoup traités, et une capacité à se renouveler. « A l'avenir, j'aimerais faire un western, un film de science-fiction ou un thriller. J'essaie d'éviter la stagnation. »
Kantemir Balagov revient, en-fin, de manière transparente sur ses échecs passés. Tel le tournage des premiers épisodes de la série postapocalyptique The Last of Us pour la chaîne HBO, qu'il a quitté à l'automne 2021, à peine le pilote terminé, en raison de différends artistiques avec les showrunneurs Neil Druckmann et Craig Mazin. A cause des tournages additionnels effectués par ce dernier, il ne sera jamais officiellement crédité. « A quoi bon faire venir quelqu'un de Russie si tu sais déjà ce que tu veux et ce que tu vas faire ? », s'interroge-t-il.
La maîtrise finale de son œuvre reste, pour lui, un point essentiel et douloureux. Pour Butterfly Jam, il regrette d'avoir cédé aux producteurs qui poussaient pour raccourcir le film : « Je voulais donner de l'espace pour que le public puisse s'immerger dans ce monde, qu'il vive avec ces personnages. L'intrigue est secondaire pour moi. Mais les producteurs voulaient aller droit au but. » Tous ses personnages, nourris de sa culture et de souvenirs personnels, lui tiennent à cœur. Et d'autant plus qu'il se retrouve loin de sa terre d'origine. « Avant la guerre, j'étais davantage lié à la figure du fils. Depuis, je me considère comme le père, cet outsider, qui est parfois faible, parfois perdant. Bien qu'il vive en Amérique depuis longtemps, il ne peut toujours pas s'intégrer dans cet environnement. »
Le réalisateur qui souhaite «faire davantage confiance à [s]es tripes et à [s]a propre vision» sait que s'adapter à sa nouvelle vie ne sera pas facile. Lui qui n'a que peu de contacts avec ses compatriotes cinéastes exilés en Europe continue d'écrire en anglais, pour des environnements américains. A moins qu'un prochain film lui permette de se rapprocher à nouveau de ses racines. «Il existe un livre incroyable sur la guerre de Tchétchénie, mais personne ne veut y toucher pour l'instant, dit-il. Ce n'est pas le meilleur moment pour le cinéma. »
BORIS BASTIDE
Butterfly Jam, film français et américain de Kantemir Balagov. Avec Talha Akdogan, Barry Keoghan, Riley Keough (1 h 37).
新泽西州一家餐厅里的宏大梦想与嫉妒
坎特米尔·巴拉戈夫的第三部长片将背景设定在美国的切尔克斯社区,既令人着迷又令人困惑
《蝴蝶果酱》(BUTTERFLY JAM)
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通过两部极具电击感的女性肖像电影——《狭窄》(Tesnota. Une vie à l'étroit,2017年拍摄,2018年于法国上映)和《大女孩》(Une grande fille,2019年),现年35岁的坎特米尔·巴拉戈夫被证明是俄罗斯电影界冉冉升起的新星。这位在故乡(北高加索地区纳尔奇克)大学师从伟大导演亚历山大·索库罗夫的学生,然而还没来得及利用这份初露头角的名声,权力机构的极端民族主义化以及乌克兰战争的爆发,促使他与伴侣——同样是俄罗斯电影界重大发现的基拉·科瓦连科——前往美国感受自由之风,尽管两年后唐纳德·特朗普在那儿再次当选。这在目前有点成问题,已经没多少地方可以用来逃避人类的宿命了。从2022年起定居在洛杉矶(加利福尼亚州)后,坎特米尔·巴拉戈夫便彻底从公众视野中消失了。
Rêves de grandeur et jalousies dans un restaurant du New Jersey
Le troisième long-métrage de Kantemir Balagov, situé dans la communauté tcherkesse aux Etats-Unis, séduit et déconcerte à la fois
BUTTERFLY JAM
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En deux portraits de femme proprement électrisants, Tesnota. Une vie à l'étroit (2017, sorti en France en 2018) et Une grande fille (2019), Kantemir Balagov, âgé aujourd'hui de 35 ans, s'est révélé comme l'étoile montante du cinéma russe. Cet élève du grand Alexandre Sokourov, à l'université de sa ville natale (Naltchik, Caucase du Nord), n'a toutefois pas eu le temps de mettre à profit cette réputation naissante, le durcissement ultranationaliste du pouvoir et le déclenchement de la guerre en Ukraine l'incitant à goûter – avec sa compagne, Kira Kovalenko, autre grande révélation du cinéma russe – le vent de la liberté aux Etats-Unis, où Donald Trump a été néanmoins réélu deux ans plus tard. C'est un peu le problème en ce moment, il n'y a plus tellement de lieux où fuir la fatalité humaine. Installé, à partir de 2022, à Los Angeles (Californie), Kantemir Balagov a alors disparu corps et biens des radars.
Butterfly Jam, son troisième long-métrage, doit donc être considéré comme une première réponse circonstanciée à l'inquiétude qu'on se faisait de son sort. La mise en œuvre de ce film semble à elle seule le confirmer: ce n'est pas aux Etats-Unis mais bien auprès du producteur et homme d'affaires ukrainien Alexander Rodnyansky et du producteur français Pascal Caucheteux que le cinéaste a trouvé le soutien nécessaire à sa réalisation. Localisé dans le New Jersey pour les extérieurs, le film est, en réalité, tourné dans le nord de la France pour les scènes d'intérieur. Beau travail, on n'y voit que du feu.
Quant à l'œuvre elle-même, elle séduit et déconcerte à la fois. L'action prend place dans la communauté immigrée tcherkesse (minorité caucasienne émigrée en Amérique) du New Jersey. L'intrigue tourne autour d'un restaurant de spécialités qui fait tout juste vivre sa propriétaire, Zalya (Riley Keough), jeune femme enceinte qui doit tenir le lieu à bout de bras, en l'absence d'un mari volatilisé et avec l'aide de son frère Azik (Barry Keoghan), rêveur instable, qui y tient la cuisine. Azik lui-même élève seul son fils Temir (Talha Akdogan), surnommé «Pyteh» («le petit »), un adolescent qui n'a pas hérité de sa fragilité et envisage, les deux pieds sur terre, une carrière de lutteur professionnel. Dans son club, Temir n'en a pas moins été sensible au charme d'Alika (Jaliyah Richards), une jeune lutteuse afro-américaine, elle-même assez paumée.
Joe Bird(饰演 Naim)与 Stacy Clausen(饰演 Ryan),出自《利未记》。
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Violence mélancolique
Autour de cette chaîne de destins sur le fil vit un entourage amical mal soudé par la frime, la virilité, la dérive. L'errance de l'exil, les rêves de grandeur mal récompensés, les jalousies explosives déboucheront, inopinément, sur un assassinat stupide qui ajoute, à cette chronique des déplacés, l'horizon d'un film noir qui n'aura d'ailleurs jamais lieu. Tous les cinéphiles sensibles au choc américain-slave auront reconnu là une petite musique qui informe le seminal Little Odessa (James Gray, 1994) pour se poursuivre avec Give Me Liberty (Kirill Mikhanovsky, 2019) ou Brighton 4th (Levan Koguashvili, 2021).
Tragédie familiale de l'exil, omniprésence mafieuse, dérèglement des rapports père-fils y ordonnent une violence mélancolique et une déraison des enchaînements narratifs qui donnent à ces films un charme étrange. Lequel regarderait à la fois vers la tradition poisseuse du film noir américain et vers la folie mélancolique des grands dissidents du cinéma soviétique et russe.
S'agissant plus particulièrement de Kantemir Balagov, Butterfly Jam témoigne plus spécifiquement, pressent-on, d'un moment de profond bouleversement et de lente reconstruction dans sa vie et sa carrière. Personnages tcherkesses, acteurs américains et irlandais, co-producteurs ukrainien et français, fable comme en suspens : le film ressemble au personnage indéchiffrable du pélican échoué puis recueilli par Azik qui, dans l'attente d'une liberté recouvrée, y impose sa silencieuse énigme.
JACQUES MANDELBAUM
Film français et américain de Kantemir Balagov. Avec Talha Akdogan, Barry Keoghan, Riley Keough, Harry Melling, Jaliyah Richards (1 h 37).
Joe Bird (Naim) et Stacy Clausen (Ryan), dans « Leviticus ».
Quand le désir queer bascule vers le cinéma d'horreur
Adrian Chiarella donne un sous-texte politique à son premier long-métrage
LEVITICUS
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La bonne santé du cinéma d'horreur se confirme, accompagnant l'émergence d'une génération passionnante de réalisateurs et réalisatrices aux horizons variés. Après les films remarqués de Zach Cregger (Resident Evil), Sébastien Vanicek (Evil Dead Burn), Jane Schoenbrun (Teenage Sex and Death at Camp Miasma), Curry Barker (Obsession) ou Kane Parsons (Backrooms), la dernière livraison dans les salles françaises nous vient d'Australie. Avec Leviticus, Adrian Chiarella signe un premier long-métrage prometteur où l'horreur se pare d'un sous-texte politique. L'impulsion lui a d'ailleurs été donnée il y a quelques années, quand la légalisation du mariage entre personnes du même sexe en Australie avait donné lieu à une recrudescence des discours homophobes.
Leviticus prend ainsi pour cadre une petite ville désindustrialisée où fleurit une communauté religieuse soudée. C'est pour rejoindre cette dernière qu'Arlene (Mia Wasikowska) y a emménagé, accompagnée de son fils, Naim (Joe Bird). L'adolescent tente de trouver sa place dans ce nouvel environnement. Il noue une liaison secrète avec l'un de ses camarades de lycée, Ryan (Stacy Clausen), mais le jour où Naim le découvre en train d'embrasser Hunter (Jeremy Blewitt), il les dénonce aux autorités de sa congrégation. Les deux garçons sont alors soumis à un exorcisme qui semble affecter en profondeur leur perception. Les voilà comme possédés par une force étrange qui manipule leur désir pour s'attaquer à leur intégrité physique. Naim, témoin impuissant, est vite pris de remords.
Dès la scène d'ouverture, Leviticus joue sur la question du visible et de l'invisible. Dans une piscine municipale, une jeune employée semble attirée par une personne cachée dans les douches que l'on ne voit pas à l'écran. De très loin, la caméra s'approchant lentement, on croit assister à une scène de sexe avant que la jeune femme ne lance un cri d'horreur. Un peu plus tard, Ryan fait croire à Naim qu'une mygale s'est posée sur son épaule pour lui faire peur puis le toucher pour la première fois.
Adrian Chiarella saisit avec intelligence la porosité et la complexité des liens qui existent entre ce que l'on voit et ce que l'on ne voit pas. La foi qui unit cette communauté religieuse a quelque chose d'impalpable, mais s'épanouit aussi
En recourant à l'horreur, le réalisateur pointe l'homophobie d'une communauté
dans des rituels publics. De même, le désir travaille quelque chose de profondément mystérieux à l'intérieur de soi. Tout en ayant besoin de se cristalliser sur un objet réel ou fantasmé.
亚德里安·基亚雷拉导演的澳大利亚电影。主演:乔·伯德(Joe Bird)、斯泰西·克劳森(Stacy Clausen)、米娅·瓦希科夫斯卡(Mia Wasikowska)(1 h 28)
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Question du regard
Leviticus est construit comme un puzzle sur l'agencement de diverses tonalités, qui peuvent se compléter autant que s'opposer. Le film laisse d'abord s'épanouir sur une note romantique le récit d'initiation qui unit en cachette Naim à Ryan. On assiste à la naissance de leur complicité, en alternance avec des scènes centrées sur des prêches religieux. Puis, une fois les premières thérapies de conversion lancées, le fantastique prend le dessus, basculant de plus en plus vers l'horreur, comme dans un long cauchemar.
La question du regard est au cœur des choix de mise en scène du cinéaste australien. La caméra subjective permet de percevoir de manière réaliste une partie des faits relatés depuis le point de vue de Naim, qui sert de relais d'identification. A côté, Adrian Chiarella déploie, avec de lents mouvements sophistiqués de caméra plus abstraits, une menace omnisciente qui ajoute de la tension. Pour les héros, il s'agit de voir les choses au plus juste. D'où provient la menace, comment elle fonctionne, comment s'en prémunir.
En recourant à l'horreur, Adrian Chiarella donne une forme abstraite puis concrète à l'homophobie d'une communauté. Et montre comment celle-ci est intériorisée dans ce que chacun a de plus intime. Le genre ouvre alors une fenêtre vers le partage d'une expérience queer. Leviticus permet de regarder la peur en face, celle d'un désir, trouble, réprimé. Et, par le biais d'une communauté alternative – personnages et spectateurs –, d'apprendre à vivre avec, sans se cacher cette fois.
Plongée dans les effets toxiques des réseaux sociaux
Le film promet une suite à l'excellent « The Social Network », de David Fincher, sans convaincre
THE SOCIAL RECKONING
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C'est un fait, Aaron Sorkin, 65 ans, auteur de The Social Reckoning, est l'un des grands noms de l'écriture scénaristique américaine de ces dernières années. Les séries A la Maison Blanche (2001-2006), à moindre égard sans doute The Newsroom (2012-2014), ou encore les films The Social Network (David Fincher, 2010) et Le Stratège (Bennett Miller, 2011) sont là pour en témoigner.
Passionné de sujets sociopolitiques, cet homme de sujets et de mots, étincelant dans l'ombre des œuvres mettant en scène ses créations, perd ses moyens lorsqu'il s'agit de passer lui-même à la réalisation. Le Grand Jeu (2018), Les
Sept de Chicago (2020), Being the Ricardos (2021), sans démériter, sont loin d'avoir cassé la baraque. Exemplaire rappel de la légitime distinction qu'il convient de faire entre scénario et mise en scène.
Et quel sujet en or que celui de The Social Reckoning! Rien de moins que l'adaptation d'une série d'articles retentissante du journaliste américain Jeff Horwitz, lequel – nourri par les fichiers de Frances Haugen, jeune lanceuse d'alerte – démontra, en 2021, dans le Wall Street Journal, la parfaite connaissance qu'avaient les dirigeants de Facebook et d'Instagram, par excellence Mark Zuckerberg, des effets toxiques (mentaux, politiques, sociétaux) des algorithmes et des contenus de ces plateformes. C'est cette histoire que conte The Social Reckoning, promettant une suite à l'excellent
The Social Network, de David Fincher, sur la création de Facebook, en même temps que l'inflexion du biopic zuckerbergien vers la tradition du film de dénonciation politique – depuis Les Hommes du président (1976), d'Alan J. Pakula (1928-1998), jusqu'à Pentagon Papers (2018), de Steven Spielberg.
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演员表现乏力
这部电影远未达到预期。演员在被赋予的角色中所表现出的极度乏力,便是最明显的迹象。麦基·麦迪逊(Mikey Madison)在肖恩·贝克(Sean Baker)的《阿诺拉》(Anora, 2024)中如此迷人,但在这里饰演的一名年轻举报者,其信念的坚定程度与勇气仅停留在假设阶段。杰里米·艾伦·怀特(Jeremy Allen White)在塑造记者角色时,试图追随达斯汀·霍夫曼在《总统的男人》(Les Hommes du président, 1976)中那精湛的表演,结果却徒劳无功。杰里米·斯特朗(Jeremy Strong)在阿里·阿巴西(Ali Abbasi)的《学徒》(The Apprentice, 2024)中饰演唐纳德·特朗普的贪婪律师时展现出天才般的巴洛克风格,而在这里却被简化为机械化的演绎,使扎克伯格这个角色变成了一个讽刺的漫画形象。
On est très loin du compte. L'insigne faiblesse des acteurs dans le rôle qui leur est imparti en est le signe le plus patent. Mikey Madison – si captivante dans Anora (2024), de Sean Baker – campe ici une jeune lanceuse d'alerte dont la fermeté de conviction et le courage demeureront des hypothèses de travail. Jeremy Allen White, dans sa recherche du personnage du journaliste, court en pure perte après la prestation affûtée du Dus tin Hoffman des Hommes du président (1976). Jeremy Strong – d'un génial baroquisme dans son rôle d'avocat véreux de Donald Trump dans The Apprentice (Ali Abbasi, 2024) – est réduit à une partition mécanique qui fait du personnage de Zuckerberg une caricature.
C'est que les relations entre les personnages, leur profondeur comme leur évolution, sont ici sacrifiées au signe intangible du caractère et de la fonction qui leur sont une fois pour toutes assignés. La responsabilité incombe à une réalisation qui filme son scénario à la lettre, sans parvenir à le rendre un tant soit peu vivant.
Film américain d'Aaron Sorkin. Avec Mikey Madison, Jeremy Allen White, Wunmi Mosaku, Bill Burr, Jeremy Strong (1 h 52).
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■□□□ 为什么不
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■□□□ POURQUOI PAS
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《Mikusu Modan》
日本电影,藤原敏三(Toshizo Fujiwara)导演(1小时44分)
在《Mikusu Modan》中,日本导演藤原敏三试图效仿肯·洛奇(Ken Loach),讲述一对餐厅老板夫妇雇佣刚出狱人员以帮助其重新融入社会的故事。导演紧贴艰辛的现实,以充满同情的目光审视角色,这与社会的看法截然相反。与此同时,他既没有试图为那些试图找回正常生活、行为有时令人不安的边缘雇员辩解,也没有谴责他们。藤原敏三采用的自然主义风格伴随着时而碎片化的叙事,在不同角色之间切换,这可能会让我们在一定程度上失去主线。但电影以人道主义和温柔的态度正面探讨这些社会问题,赋予了整体一种明亮的一致性。■ BO. B.
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Mikusu Modan
Film japonais de Toshizo Fujiwara (1 h 44)
Avec Mikusu Modan, le réalisateur japonais Toshizo Fujiwara essaie de se glisser dans les pas d'un Ken Loach pour raconter l'histoire d'un couple propriétaire d'un restaurant qui emploie des personnes tout juste sorties de détention afin de les réintégrer. Au plus près d'une réalité difficile, le cinéaste porte un regard plein d'empathie sur ses personnages, à rebours de celui de la société. Ce, sans jamais chercher à excuser les comportements parfois troubles d'employés marginalisés qui tentent de retrouver un semblant de normalité, ni à les condamner. Le style naturaliste adopté par Toshizo Fujiwara s'accompagne d'une narration par moments fragmentée, passant d'un personnage à un autre, au risque de nous faire perdre quelque peu le fil. Mais l'humanisme et la douceur avec lesquels le film aborde de front ces problématiques sociales donnent une lumineuse cohérence à l'ensemble. ■ BO. B.
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《爆炸物种》(L'Espèce explosive)
法国电影,莎拉·阿诺德(Sarah Arnold)导演(1小时35分)
法国电影,莎拉·阿诺德(Sarah Arnold)导演(1小时35分)
在法国东北部,猎人与农民因野猪破坏农作物而发生激烈冲突。在一名谷物种植者神秘失踪后,一名刚调任的宪兵(亚历克西·马嫩蒂 Alexis Manenti 饰)开始展开调查。但正如一名被派往宪兵队的心理学家(埃拉·伦普夫 Ella Rumpf 饰)所观察到的,他自己的状态似乎也不太好。于是,《爆炸物种》脱离了自然主义领域,转向荒诞风格,但这冒了结构不稳的风险。这部在戛纳电影节“导演双周”展出的首部长片,似乎在放纵的叙事与更常规的叙事之间犹豫不决——或许是由五位作者共同编写的剧本在妥协中受损了?由贝尔特兰·贝林(Bertrand Belin)饰演的营长角色仅停留在速写阶段,文森特·德迪恩(Vincent Dedienne)被低估了,等等。CL. F.
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L'Espèce explosive
Film français de Sarah Arnold (1 h 35)
Film français de Sarah Arnold (1 h 35)
Dans le nord-est de la France, chasseurs et agriculteurs s'écharpent autour de la présence de sangliers, lesquels dévastent les cultures. Après la disparition mystérieuse d'un céréalier, un gendarme (Alexis Manenti), fraîchement muté, se met à enquêter. Mais il n'a pas l'air lui-même d'aller très bien, comme l'observe une psychologue parachutée dans la gendarmerie (Ella Rumpf). Dès lors, L'Espèce explosive quitte le terrain naturaliste pour basculer dans le loufoque, au risque de devenir bancal. Ce premier long-métrage, dévoilé à la Quinzaine des cinéastes, à Cannes, semble hésiter entre un récit débridé et un autre plus conventionnel – peut-être le scénario, coécrit par cinq auteurs, a-t-il souffert de compromis? Le personnage de Bertrand Belin, en chef de caserne, reste à l'état de vignette, Vincent Dedienne est sous-utilisé, etc. CL. F.
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Artou
法国虚拟现实电影,导演:阿卜杜拉曼·西萨科(时长 27 分钟)
这部由《廷巴克图》(2014)的毛里塔尼亚导演执导、曾入围戛纳电影节主竞赛单元的作品,通过这部 360 度沉浸式短片尝试了一种全新的美学。该片入选威尼斯电影节(威尼斯沉浸式单元),由奥马尔·西(Omar Sy)配音,讲述了一场哀悼仪式。在父亲于欧洲去世后,三姐妹和三个兄弟实现了族长的遗愿:将其安葬在毛里塔尼亚一个村庄里他父亲的身边。戴上虚拟现实头显,观众会感觉自己成了这次旅程的特权见证者,在壮丽的景观(如纯白无瑕的沙漠……)中穿行。然而,连续的线性镜头以及极其清晰的图像倾向于将情感推远,使整体显得有些过于平滑。《Artou》将在部分合作影院(如卡昂的 Lux 影院、雷恩的 Arvor 影院、维勒吕普的 Arche 影院等)上映,并配有本杰明·纽埃尔(Benjamin Nuel)执导的短片《死者之岛》(L'Ile des morts,时长 8 分钟)。■ CL. F.
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Artou
Film français, en réalité virtuelle, d'Abderrahmane Sissako (o h 27)
Le réalisateur mauritanien de Timbuktu (2014), en compétition à Cannes, expérimente une nouvelle esthétique avec ce court-métrage immersif à 360 degrés. Sélectionné à la Mostra de Venise (section Venice Immersive), ce film conté par Omar Sy suit un rituel de deuil. Après la mort en Europe de leur père, trois sœurs et trois frères exaucent le vœu de leur patriarche : être enterré auprès de son propre père dans un village en Mauritanie. Muni de son casque de réalité virtuelle, le spectateur a le sentiment d'être le témoin privilégié de ce périple, évoluant au milieu de paysages grandioses (blancheur immaculée du désert...). La succession de plans linéaires ainsi que l'image d'une netteté impeccable ont toutefois tendance à mettre à distance l'émotion, conférant à l'ensemble un côté un peu lisse. Artou sort dans quelques salles partenaires (le Lux à Caen, l'Arvor à Rennes, l'Arche à Villerupt, etc.), accompagné du court-métrage L'Ile des morts (huit minutes), de Benjamin Nuel. ■ CL. F.
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Joyeuse jungle
拉脱维亚、波兰和捷克联合制作的动画电影,导演:埃德蒙兹·詹森斯(1 h 10)
暑假迫使 9 岁的伊丽莎白不得不心不甘情不愿地离开学校和城市里的朋友,前往委内瑞拉的原始森林,那里是她的探险家父母和弟弟居住的地方。有一天,弟弟逃脱了姐姐的监视,被卷入了一艘小船中。随后,两个孩子展开了一场寻踪游戏,在途中遇到了偷猎者、原住民部落和幻想生物。这次冒险改变了伊丽莎白,而在此之前,她在吊床里感到极其无聊。尽管这部面向青少年观众、色彩鲜艳的动画长片拥有令人赏心悦目的画面和迷人的氛围,但随着情节的堆砌,结构显得有些松散。关于父母做出的生活选择以及孩子不得不承受的这一主题,如果伊丽莎白的感受不被如此迅速地抹去,本可以挖掘得更深。■ P. CR.
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Joyeuse jungle
Film d'animation letton, polonais et tchèque d'Edmunds Jansons (1 h 10)
Les vacances d'été obligent Elizabeth, 9 ans, à quitter à contrecœur son école et ses amies de la ville pour rejoindre la forêt sauvage vénézuélienne, où ses parents explorateurs vivent avec son petit frère. Ce dernier échappe un jour à la vigilance de l'ainée et se retrouve embarqué sur un esquif. S'ensuit un jeu de piste pour les deux enfants qui vont se retrouver sur le chemin de braconniers, d'ethnies autochtones et de créatures fantastiques. L'aventure va changer Elizabeth, qui, jusque-là, s'ennuyait fort dans son hamac. Malgré ses tableaux plaisants à admirer et une attrayante atmosphère, ce long-métrage d'animation aux couleurs vives destiné à un jeune public se délite un peu au fil de l'empilement des péripéties. Le sujet des choix de vie faits par les parents et subis par les enfants aurait quant à lui gagné en étoffe si le ressenti d'Elizabeth n'était rapidement balayé. ■ P. CR.
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重返初中
安托万·弗罗门塔尔(Antoine Fromental)执导的法国纪录片(1小时25分钟)
2017年,安托万·弗罗门塔尔执导了《轮到我们出场了!》(A nous de jouer!),这是一部以青少年的视角拍摄的纪录片,拍摄于上塞纳省克利希-拉加雷讷(Clichy-la-Garenne)一所初中的戏剧班和橄榄球班。当时,校长科梅斯先生(M. Comès)就已是一个不可或缺的人物。在《重返初中》(Retour au collège)中,他再次出现,此时已在同一省份的另一所学校任职。这一次,导演选择让成年人发声,以展示教师团队、保洁人员等在日常管理中起到的关键作用。虽然这部基调积极且充满善意的电影成功营造了一种紧张感(一名女孩因打架面临被开除的风险),但其形式显得有些慵懒,剪辑在现场捕捉的场景与主角访谈之间交替进行。■ CL. F.
Documentaire français d'Antoine Fromental (1 h 25)
En 2017, Antoine Fromental réalisait A nous de jouer!, documentaire filmé à hauteur d'adolescents, dans les classes théâtre et rugby d'un collège de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Le proviseur, M. Comès, apparaissait déjà comme un personnage incontournable. Le voici à nouveau dans Retour au collège, en poste dans un autre établissement du même département. Cette fois, le réalisateur prend le parti de donner la parole aux adultes, afin de montrer le rôle crucial de l'équipe enseignante, du personnel d'entretien, etc., dans la gestion du quotidien. Si ce film positif et bienveillant parvient à créer une tension (une jeune fille risque l'exclusion à la suite d'une bagarre), sa forme se montre un peu paresseuse, le montage alternant scènes prises sur le vif et interview des protagonistes. ■ CL. F.
LES MEILLEURES ENTRÉES EN FRANCE | Nombre de semaines d'exploitation | Nombre d'entrées (*) | Nombre d'écrans | Evolution par rapport à la semaine précédente | Total depuis la sortie | Heart of the Beast | 2 | 329 835 | 596 ↓ | -22% | 832 700 | Notre salut | 1 | 215 368 | 356 | 215 368 | Verity | 1 | 196 869 | 384 | 196 869 | Resident Evil | 3 | 155 866 | 506 ↓ | -26% | 777 414 | Digger | 1 | 139 256 | 503 | 139 256 | Garance | 2 | 122 926 | 400 ↓ | -29% | 337 928 | Kraken | 1 | 84 329 | 177 | 84 329 | Tombé du ciel | 8 | 73 329 | 555 ↓ | -3% | 2 251 319 | Justin le juste | 2 | 52 344 | 530 ↓ | -33% | 151 259 | Spider-Man... | 10 | 51 077 | 400 ↓ | -23% | 8 457 785 | AP : Avant-première
Source : « Ecran total »
在巴黎,电影制作人阿兰·戈米斯的电影成为焦点
蓬皮杜中心在
MK2 Bibliothèque 电影院
举办一场关于这位
法塞双国籍导演作品的展映
回顾展
一个小女孩凝视着从冰箱里射出的光,然后轻轻关上门,直到内部变暗。这种出现与消失让她感到有趣,但也引导她陷入存在主义的思考。如果光线可以在瞬间消失,那么亲近的人是否也是如此?从游戏般的体验到用手遮住眼睛,法蒂玛(Assy Fall 饰)让屏幕陷入黑暗,重新构建构图,并为自己创造了一个只属于她的世界。
A Paris, les films du cinéaste Alain Gomis au premier plan
Le Centre Pompidou organise,
au MK2 Bibliothèque,
une présentation de l'œuvre
du réalisateur franco-sénégalais
RÉTROSPECTIVE
Une petite fille contemple la lumière qui sort d'un réfrigérateur, et referme doucement la porte, jusqu'à ce que l'intérieur s'assombrisse. Cette apparition disparition l'amuse, mais l'entraîne aussi dans des réflexions existentielles. Si l'éclairage peut disparaître d'un instant à l'autre, est-ce qu'il en va de même des proches ? D'expériences ludiques en mains posées sur les yeux, Fatima (Assy Fall) plonge l'écran dans le noir, retravaille le cadre et s'invente un monde qui n'appartient qu'à elle.
Avec ses éclats de récit, Petite lumière (2003), onirique court-métrage (15 minutes) d'Alain Gomis, concentrait déjà, il y a plus de vingt ans, tout l'univers du cinéaste franco-sénégalais, né en 1972, auquel le Centre Pompidou – actuellement fermé pour travaux – consacre une rétrospective, du 7 au 20 octobre, au MK2 Bibliothèque, à Paris (13 $^{e}$ arrondissement).
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搭建桥梁
此次名为“共同故事”(Histoires communes)的展映活动,让观众能够(重新)发现阿兰·戈米斯(Alain Gomis)的短片以及六部“长片”,其中最新的一部是极具震撼力的《Dao》,该片于今年2月入围柏林电影节主竞赛单元,此次将呈现一个时长 3 h 24 (contre 3 h 05 lors de sa sortie en salle) 的未公开版本。这部如洪水般磅礴的作品是一场令人惊叹的镜头芭蕾,捕捉了一个家庭在两次连续庆典之间的状态:一边是巴黎郊区的一场婚礼,另一边则是几内亚比绍的一场丧礼仪式。
Intitulée « Histoires communes », la programmation permet de (re)découvrir les courts-métrages et les six « longs » d'Alain Gomis, le dernier en date étant le fabuleux Dao, sélectionné en compétition à la Berlinale, en février, ici présenté dans une version inédite de 3 h 24 (contre 3 h 05 lors de sa sortie en salle). Cette œuvre diluvienne est un saisissant ballet de caméras, captant une famille entre deux célébrations successives, d'un côté, un mariage en banlieue parisienne, de l'autre, un rituel de deuil en Guinée-Bissau.
Dao fait tomber tous les murs, géographique, artistique (fiction, documentaire), et porte à son apogée le désir de fabrique collective, idée chère au cinéaste qui laisse improviser ses acteurs et interroge la notion d'auteur – il retrouve régulièrement les mêmes collaborateurs, tels la cheffe opératrice Céline Bozon, les acteurs Djolof Mbengue, Samir Guesmi...
La filmographie d'Alain Gomis créé des ponts de part et d'autre de la Méditerranée. Le réalisateur a d'ailleurs ouvert, en 2018, le Centre Yennenga, dans le quartier du Grand Dakar, consacré à la formation de cinéastes d'Afrique de l'Ouest, ainsi qu'à la postproduction et à la diffusion des films. Une dizaine d'œuvres issues de ce lieu de création sont montrées lors de la rétrospective.
Citons, entre autres, Murmures (2024), co-réalisé par le Rwandais Kivu Ruhorahoza et le Néerlandais d'origine rwandaise Christian Nyampeta, pour la beauté de ses plans colorés dans la ville, tirant vers l'abstraction, et pour son récit qui s'invente dans la foule d'anonymes.
Issu d'un milieu modeste, né d'un père sénégalais et d'une mère française, Alain Gomis a réalisé son premier long-métrage, L'Afrance (2001), après un master d'études cinématographiques à la Sorbonne, à Paris. Ce portrait d'un étudiant sénégalais en France (porté par Djolof Mbengue, informaticien de formation) sera projeté lors de la soirée d'ouverture, mercredi 7 octobre.
Image extraite du film « Dao », d'Alain Gomis. JOUR2FÊTE
En soi, le titre du film est une déflagration : L'Afrance, avec ce «a» privatif, en dit long sur la difficulté de vivre dans l'ancienne puissance coloniale. Le héros à la douceur mélancolique, El Hadj, est confronté à un dilemme : doit-il rester à Paris après ses études, quitte à être vu comme un «black», ou traverser la Méditerranée et rejoindre ses proches, une fois diplômé, pour devenir enseignant? Des événements inattendus vont complexifier l'équation tandis qu'El Hadj se cherche et teste son désir profond.
Ajoutons que cette photographie de la France a quelque chose de vintage: au début des années 2000, le pays avait certes déjà amorcé son virage sécuritaire (Nicolas Sarkozy allait devenir ministre de l'intérieur en 2002), mais l'atmosphère semble à des années-lumière d'aujourd'hui, le film témoignant (a posteriori) du terrible durcissement de la politique à l'égard des étrangers.
这一点在 his 第三部长片《今天》(Aujourd'hui,2013)中尤为令人不安,该片在瓦加杜古的泛非电影电视节(Fespaco)上获得了延加金像奖(Etalon d'or de Yennenga)。主角萨切(Satché,由诗人兼演员索尔·威廉姆斯饰演,表现极佳)正在度过他的最后一天——他被自己的社区选为祭品。倒计时已经开始,而
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Art des portraits
Grand créateur de formes, récompensé au mois de juillet du prestigieux Vigo d'honneur, remis à La Cinémathèque française, à Paris, Alain Gomis a l'art des portraits, qu'il ne cesse de construire et déconstruire, s'autorisant des libertés narratives au gré de scènes courtes venant percuter le récit. Ses films insufflent quelque chose de surréaliste à l'écran, comme si le personnage principal assurait le montage depuis son regard, l'œil plongé dans le kaléidoscope de sa vie.
C'est particulièrement troublant dans Aujourd'hui (2013), son troisième long-métrage, qui a reçu l'Etalon d'or de Yennenga au Fespaco, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. Le héros, Satché (le poète et acteur Saul Williams, splendide), vit son dernier jour-il a été choisi de manière sacrifi- cielle par sa communauté. Le compte à rebours est lancé, qui
Ses films insuffient quelque chose de surréaliste à l'écran, comme si le personnage principal assurait le montage
prend la forme d'une déambulation, dans Dakar. Satché fait entrer, à travers sa pupille, la lumière de la ville, son énergie vitale, se laisse guider par ses désirs, rassemblant au fil des heures les morceaux d'une existence. Dans cette œuvre sensorielle, Alain Gomis filme les derniers instants depuis la peau, jusqu'aux membranes des paupières qui se ferment et obturent l'objectif.
De même, l'héroïne chanteuse de Félicité (2017) semble jouer sa survie dans les rues et les vibrations de Kinshasa, ses déboires se diluant dans la foule. Porté par la
Congolaise Véro Tshanda Beya Mputu, actrice non professionnelle, renversante, le film a remporté l'Ours d'argent (Grand Prix du jury) à la Berlinale, et, encore une fois, l'Etalon d'or au même Fespaco.
Alain Gomis, qui n'envoie pas ses films à Cannes (Alpes-Maritimes), mais plutôt à Berlin, donnera une master class, samedi 10 octobre, dans le grand auditorium de la Bibliothèque nationale de France (13 arrondissement).
D'autres rendez-vous sont attendus, comme cette rencontre, mardi 20 octobre, avec l'historienne et universitaire américaine Nell Irvin Painter, autrice de l'essai Histoire des Blancs (traduit en français aux éditions Max Milo, en 2019), ouvrage explorant la construction sociale, politique et historique de la « race blanche ».
CLARISSE FABRE
« Alain Gomis. Histoires communes », rétrospective consacrée à Alain Gomis par le Centre Pompidou. MK2 Bibliothèque, Paris 13 $^{e}$ . Du 7 au 20 octobre.
Entre admiration, jalousie et servitude, un tableau au vitriol du milieu du 7 $^{e}$ art
Avec sa nouvelle comédie, Marc Fitoussi cherche à brocarder le milieu du cinéma, mais cède à sa fascination pour ses deux actrices fétiches, Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain
NI VUE, NI CONNUE
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Marc Fitoussi aime les actrices. Qui le lui rendent bien. Son nouveau long-métrage, Ni vue, ni connue, se veut un hommage à leur passion pour le jeu, à leur détermination, à leurs contradictions... Quel que soit leur niveau de notoriété. S'il a volontiers tourné avec des stars, rappelons que le cinéaste avait réalisé, en 2008, le documentaire Des figurants qui s'intéressait à ces silhouettes attirées par quelques secondes de lumière.
Ni vue, ni connue réunit ainsi certaines des obsessions de Marc Fitoussi autour du monde du cinéma et des apparences avec ce goût intact pour la fantaisie. La comédie est construite autour de la rencontre de ses deux actrices fétiches, Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain, qu'il a chacune dirigée trois fois, mais encore jamais ensemble.
La première interprète ici Corinne Maclou, comédienne talentueuse qui n'a jamais réussi à percer et qui écume les tournages comme figurante, avec l'espoir de décrocher de vrais rôles. Obstinée, elle distribue à tout-va son curriculum vitae et ne se laisse pas marcher sur les pieds. La seconde joue un décalque d'elle-même, soit Sandrine Kiberlain, actrice de premier plan habituée aux rôles de grandes bourgeoises.
Les deux femmes se croisent sur un tournage. Tentant d'attirer l'attention de Sandrine Kiber-
Le film réunit certaines des obsessions de Marc Fitoussi autour du monde du cinéma et des apparences, avec ce goût intact pour la fantaisie lain, Corinne Maclou lui recommande de visionner en ligne une de ses anciennes performances sur scène. Des mois plus tard, la figurante prend conscience que la vedette a repris la pièce qu'elle lui a fait connaître.
Elle se rend à l'Odéon, déterminée à lui demander des comptes. C'est ainsi que naît une relation complexe entre les deux femmes, faite d'admiration, de jalousie, d'écoute et de servitude, qui permet à Marc Fitoussi de s'amuser à porter un regard mordant sur le petit monde du cinéma.
Ni vue, ni connue brosse un tableau d'une extrême cruauté d'un milieu hiérarchisé perclus de privilèges – c'est le versant le plus étonnant et le plus réjouissant du film. A la fois sur les plateaux de tournage, dans la manière dont les acteurs et les techniciens sont traités, mais aussi dans la vie de tous les jours, avec l'essor d'un écosystème relié à l'industrie de la mode et de la beauté. Sandrine Kiberlain excelle en star esseulée, aveugle à sa propre déconnexion, autour de quelques seconds rôles généreusement cinglants, d'Anne Marivin à Vincent Dedienne.
Si Isabelle Huppert offre une performance marquante dans un rôle plein de clins d'œil amusants à son propre parcours, il reste difficile de sentir le personnage derrière l'actrice.
Outre quelques soucis de rythme, Marc Fitoussi bute sur le paradoxe de faire de la plus célèbre de nos comédiennes la représentante de ceux et celles qui sont injustement relégués dans l'ombre. Le film illustre alors, jusqu'à sa pirouette finale, la limite d'un certain cinéma français, qui vise la juste description d'une réalité sociale, mais continue de buter sur sa fascination pour les tenants les plus brillants d'un star-système.
其他一些系列电影能够坦然地将自己定位为对过去居家时光的怀旧慰藉,就像两部改编自《球球和比尔》(Boule et Bill)的电影,它们刻意营造了 1960-1970年代的复古氛围。在《杜库布》中,确实有这类风格的小摆件和衣服。但同时又出现了数字化产品和刷屏(scrolling)。这种设定让人感到不知身在何处,尤其是这部第六部作品试图在超自然领域寻找动力。故事讲述该教师与妻子买下了一座传闻闹鬼的庄园。庄园确实闹鬼,并上演了一些拙劣的表演,戏仿了《捉鬼敢敢敢》(1984)和《驱魔人》(1973)。
主演:埃利·塞蒙、查理·加尼耶·纳斯林(Charlie Garnier Naslin)、热拉尔·朱诺(Gérard Jugnot)、弗雷德里克·贝尔(Frédérique Bel)(1 h 30)。
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Le retour du cancre sur une note de paranormal
Pour le sixième volet, Elie Semoun entraîne le spectateur dans un manoir hanté
DUCOBU ET LE FANTÔME
DE SAINT-POTACHE
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Les lycées brûlent, mais il y a toujours un Ducobu qui sort. Pour qui ? Pour quoi ? On ne sait pas. Ducobu est une énigme. Pas très intéressante, mais une énigme tout de même. Succès en librairie d'abord, puisque c'est une série de bande dessinée créée dans les années 1990 par les Belges Zidrou (scénario) et Godi (dessin), ancrée autour de la figure du cancre dans une classe. Succès en salle ensuite, puisque la franchise a été déclinée au cinéma à partir de 2011, jusqu'à ce nouveau et sixième volet, Ducobu et le fantôme de Saint-Potache, réalisé pour la troisième fois par Elie Semoun. Les cinq précédents ont oscillé entre 1 million et 1,5 million d'entrées.
L'action est censée se passer à l'époque actuelle (les outils numériques sont de la partie, Ducobu s'en sert pour tricher) alors même que l'imaginaire général est celui de la scolarité des années 1950-
1980, avec une figure d'instituteur autoritaire, Monsieur Latouche, incarné par Elie Semoun.
D'autres films franchisés ont pu honnêtement s'assumer comme des doudous nostalgiques d'un temps passé et domestique à l'instar des deux adaptations de Boule et Bill à l'écran, qui cultivaient un ancrage vintage dans les années 1960-1970. Dans Ducobu, on a bien les bibelots et vêtements de cet ordre. Mais on a aussi le numérique et le scrolling. On n'est nulle part, et d'autant plus que cette sixième variation essaie de trouver du diesel dans le paranormal. Il se trouve que l'instituteur achète avec sa femme un manoir qu'on dit hanté. Il l'est, et justifie de tristes simagrées parodiant Ghostbusters (1984) et L'Exorciste (1973).
Le film parie sur Halloween et atteindra sans doute son petit million d'entrées. Mais ni un adulte ni un enfant ne peuvent sortir heureux de ce genre de pochade.
HERVÉ AUBRON
Film français d'Elie Semoun.
Avec Elie Semoun, Charlie Garnier Naslin, Gérard Jugnot, Frédérique Bel (1 h 30).
Le film est le remake d'un long-métrage populaire de la franchise sortie en 1983
DORAEMON ET LE
CHÂTEAU SOUS-MARIN
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Dans la grande galerie des personnages dessinés venus du Japon, Doraemon est l'un des plus importants. Un emblème culturel national au même titre que Mickey aux Etats-Unis. Point de souris mais un chat dodu de couleur bleu vif, sans oreilles car il est un robot venu du futur pour aider Nobita. Ce sont ses descendants qui, devant à la ruine familiale due à des mauvais choix de vie du jeune garçon, ont décidé de missionner un assistant, espérant ainsi infléchir le destin du clan. Un prétexte qui permet donc à Doraemon d'exister dans le monde contemporain et de puiser dans sa poche ventrale quadridimensionnelle pléthore de gadgets.
Créé à la fin des années 1960 pour amuser les enfants, Doraemon se fait l'écho d'un pays qui a vu naître toutes sortes d'inventions censées faciliter la vie quotidienne et s'est érigé en nation de technologie. Dans les aventures de Doraemon, pas de miracle: les avancées techniques ne sauvent pas les humains si ceux-ci ne s'efforcent pas de mieux faire. Derrière le concept qui a bercé dès les années 1970 des générations de Japonais, le mangaka Fujiko F. Fujio (1933-1996), grand maître du manga de gag et jeunesse. Lequel a
« L'Eclipse », de Michelangelo Antonioni, de retour en salle
longtemps officié avec un ami d'enfance, lui-même œuvrant sous le même pseudonyme à une lettre près : Fujiko A. Fujio.
Après « L'Avventura » et « La Notte », ce film de 1962, qui clôt la trilogie existentielle du réalisateur italien, explore la complexité de l'amour
Doraemon et le château sous-marin est le remake d'un long-métrage populaire de la franchise sortie en 1983 dans lequel le chat bleu emmène Nobita et trois camarades faire du camping dans les profondeurs sous-marines.
Tetsuo Yajima, le réalisateur à qui le studio Shin-Ei Animation a confié le film, n'était pas encore né quand le métrage d'origine est sorti. Mais le quadragénaire, transfuge de la franchise Pokémon, a grandi avec Doraemon. Il a choisi un scénario équilibré entre des aventures fantastiques et des parenthèses éducatives. Sur le plan visuel, le film met en scène des personnages au design classique – respect de l'œuvre originale oblige –, sur des décors précis.
Doraemon est aussi une franchise qui n'a pas cessé de se déployer en dehors de son manga d'origine à travers produits dérivés et adaptations. On recense désormais 45 films. Mais Doraemon et le château sous-marin est le premier à s'offrir une sortie dans les salles françaises.
PAULINE CROQUET
Film d'animation japonais de Tetsuo Yajima pour le studio Shin-Ei Animation (1 h 41).
REPRISE
Dans L'Eclipse (1962), chef-d'œuvre de Michelangelo Antonioni (1912-2007) qui revient en salle dans une nouvelle restauration, il faut d'abord faire attention aux machines. D'emblée, une séparation entre amants déconfits est rythmée par le ronron indifférent d'un ventilateur. Plus tard, une minute de silence à la Bourse sera grevée par le concert insistant des sonneries de téléphone. Dans ce grand film sur la reconfiguration des sentiments à l'ère de la rationalité technique, les objets jouent le rôle de témoins stoïques, commentateurs non verbaux du drame qui se joue sous nos yeux.
Après L'Avventura (1960) et La Notte (1961), L'Eclipse venait boucler la trilogie existentielle de Michelangelo Antonioni, qui fit scandale tout en s'inscrivant comme jalon du cinéma moderne. A la faveur de ce triptyque, le cinéaste inventait un drame psychologique sur le versant atonal, en prise directe sur les mutations du miracle économique italien. L'Eclipse marque une étape décisive de cette démarche: il s'agit de son dernier film en noir et blanc. Michelangelo Antonioni basculera, avec Le Désert rouge,
Ils ne partagent
pas la même
ligne de vitesse:
le tradeur
carnassier foncé
tête baissée,
la blonde errante
traîne et sinue
en 1964, vers la couleur et une plus grande abstraction.
Le film tourne autour de Vittoria, une jeune femme des années 1960, jouée par l'égérie et compagne du cinéaste Monica Vitti (1931-2022). Après une « nuit terrible », Vittoria quitte Riccardo (Francisco Rabal), intellectuel déconfit, et retourne vivre dans son appartement. Partie rejoindre sa mère qui boursicote au Temple d'Hadrien – la borsa romaine –, elle fait la rencontre d'un jeune agent de change aux dents longues, Piero (Alain Delon), qui la reconduit dans son Alfa Romeo décapotable.
Ils se retrouvent, se tournent autour, s'étreignent à la discrétion d'un vieil appartement décati. Mais malgré l'attirance physique, manifeste, jamais ils ne parviendront à s'accorder psychiquement. Ils ne partagent pas la même ligne de vitesse: le tradeur carnassier fonce tête baissée, là où la blonde errante traîne et sinue.
L'Eclipse explore ainsi le nouveau régime de sentimentalité qui s'installe entre les êtres dans l'essor urbanistique des années 1960 : attractions de comètes solitaires, sans attache, qui se croisent et se distancient aussitôt. Outre la photographie d'orfèvre de Gianni Di Venanzo (1920-1966), et le magnétisme brûlant de son couple d'acteurs, la beauté du film tient à son laconisme.
Michelangelo Antonioni donne prise sur ses personnages avant tout par contact avec leur environnement: Vittoria, figure flottante et insatisfaite, semble ainsi se remplir de tout ce sur quoi elle laisse traîner son regard. Déambulant entre les blocs du quartier de l'EUR (Esposizione Universale di Roma), à Rome, avant-poste de l'urbanisme conquérant, elle s'assimile aux arêtes de béton, comme à la rumeur des lignes électriques.
米开朗基罗·安东尼奥尼执导的意法合拍电影 (1962)。主演:莫妮卡·维蒂、阿兰·德龙、弗朗西斯科·拉巴尔、路易·塞格纳 (2 h 06)。
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Symphonie urbaine
Dans l'appartement d'une amie revenue du Kenya, elle s'improvise danseuse africaine – non sans une petite gêne rétrospective face à la saturation d'imaginaire colonial qu'exhibe ici Michelangelo Antonioni. Dans ce monde, êtres, images et marchandises deviennent interchangeables. «Il y a des jours où avoir dans les mains un morceau de tissu, une aiguille, un livre ou un homme, c'est la même chose», énonce Vittoria.
L'autre lieu-clé du film, c'est évidemment la Bourse, « ce temple de la dégradation des valeurs » où « une minute coûte des milliards ». Michelangelo Antonioni y observe, non sans effroi, la bousculade effrénée des spéculateurs, toute une humanité possédée, comme suspendue au cours s'affichant sur le grand tableau – telle la mère de Vittoria ravagée par l'appât du gain. L'Eclipse nous parle ainsi d'un monde qui se dilue dans le codage et l'abstraction. Vittoria circule ainsi entre des hommes de symboles : Riccardo, qui collectionne les peintures abstraites, ou Piero, qui jongle avec des chiffres vertigineux, faiseur de fortunes, fauteur de banqueroutes.
Mais l'abstraction est aussi du côté de Michelangelo Antonioni, qui ne prépare rien de moins que l'évaporation des deux amants. Dans un dernier mouvement stupéfiant, le film oublie ses personnages pour basculer dans une pure symphonie urbaine où l'époque prend tout à coup des airs de menace (« Course à l'atome : la paix est fragile », lit-on en gros titres dans les journaux).
Le cinéma moderne était-il critique ou complice de la modernité qu'il reflétait? Avec Michelangelo Antonioni, on serait tenté de répondre : les deux. Les dédales urbains où s'égarent ses héros fournissent aussi les lignes pures et géométriques qui nourrissent la beauté hautement sophistiquée de ses images. Brillant d'un éclat noir, L'Eclipse accomplit esthétiquement cet enjeu moderne : la destitution du personnage, l'évaporation de l'homme.
MATHIEU MACHERET
Film italien et français de Michelangelo Antonioni (1962). Avec Monica Vitti, Alain Delon, Francisco Rabal, Louis Seigner (2 h 06).
D'où vient la fascination exercée par un tableau ? De sa beauté plastique ? De sa profondeur spirituelle ? De son caractère énigmatique ? De sa simplicité déconcertante ? Derrière cette apparence, quelle histoire est-elle vraiment en train de se jouer ? Qu'a-t-elle changé dans l'histoire de la peinture ?
A partir du 7 octobre, participez à notre nouveau cycle de cours du soir consacré à ces questions passionnantes, autour de cinq chefs-d'œuvre de la peinture et de leur héritage.
Valentina Maurel se penche sur le fardeau des liens familiaux
Dans son deuxième long-métrage, la réalisatrice dépeint une fresque familiale où les tensions se multiplient insidieusement
TON ANIMAL MATERNEL
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P résenté en mai à Cannes dans la sélection parallèle Un certain regard, Ton animal maternel, deuxième film de la cinéaste costaricaine Valentina Maurel, est reparti avec un Prix d'interprétation féminine décerné à trois de ses actrices principales, à l'image de sa trame autobiographique, qui préfère le chœur au portrait individuel.
Après des études en Belgique, Elsa (Daniela Marin Navarro), 28 ans, retourne au Costa Rica, où, au sein de la bouillonnante capitale, San José, elle retrouve les proches qu'elle y avait laissés: un père à l'ouest, obnubilé par sa nouvelle relation amoureuse avec une femme trop jeune pour lui; une mère écrivaine, qui prépare la réédition d'un recueil de poèmes érotiques datant de sa jeunesse. Et puis une sœur, Amalia (Mariangel Villegas), 20 ans, un peu sur le fil: Elsa s'inquiète de la voir se tourner vers des croyances de plus en plus ésotériques. Habitant seule dans la maison familiale, elle a fini par en ouvrir les portes à une bande de marginaux pas nets et bien plus âgés qu'elle.
Entre tous ces thèmes et ces préoccupations, le scénario de Valentina Maurel ne tranche jamais. Il ne cesse d'ajouter des visages, des personnages annexes – des amants, une vieille nourrice –,
Il s'agit de
déployer, à partir
du personnage
d'Elsa, une
épaisse toile
d'araignée
de liens affectifs
contourne et épaissit largement le programme de son titre, issu d'un poème de la propre mère de la réalisatrice, Ana Istaru, poétesse reconnue en Amérique centrale, qui écrivait : « Tu naîtras, mais pour toujours je suis ton animal maternel. »
Il s'agit moins d'établir un récit strictement monotâche que de déployer à partir d'Elsa une épaisse toile d'araignée (on pense à celle de la sculptrice Louise Bourgeois) de liens affectifs où la protagoniste, tout en vaquant à sa propre vie, se sentirait irrésistiblement concernée par celle des autres, prise dans les gluants filets d'autres existences que la sienne – et épuisée de l'être.
Cette inquiétude, qui est comme un poids que l'on se traîne, est gracieusement prise en charge par son interprète principale, Daniela Marin Navarro, actrice qui traverse les plans sans jamais se départir de ce visage concentré, griffé d'un froncement de sourcils, marque du souci qu'elle se fait pour les siens, du fardeau que c'est de penser à sa famille.
Ton animal maternel fonctionne à rebours d'un certain cinéma articulé autour de coups de force : ici, la crise que l'on pressent n'arrive jamais, tout se dit et se filme à bas bruit. Cette sobriété manque parfois de dissoudre le récit dans sa propre délicatesse, mais on sait gré à Valentina Maurel de ne jamais appuyer là où on s'attend à ce qu'elle le fasse : il y a bien la frustration d'une femme qui, après avoir donné ses plus belles années à ses filles, aimerait retrouver un peu d'égoïsme, la marginalité inquiétante de la plus jeune, l'infantilisme du père, mais sans que jamais le scénario ne décide de transformer ces nœuds et ces tensions en abcès qu'il faudrait forcément percer.
C'est sans doute à cet endroit que Ton animal maternel est le plus juste sur ce qu'il dit de la famille, saisie comme une série de comptes à régler et de catastrophes que l'on remettrait sans cesse à plus tard.
MURIELLE JOUDET
Film franco-belgo-costaricien de Valentina Maurel.
Avec Mariangel Villegas, Daniela Marin Navarro, Marina de Tavira (1 h 45).
这种奇特的乐观主义渗透在帕斯卡尔·拉巴特最新出版的专辑《废墟中的童年》(L'Enfance des ruines)中,该书于23 septembre发行(Rue de Sèvres出版社,176页,27欧元)。封面上,年轻人们在欢笑中起舞,完全没有注意到脚下的地面已被深渊撕裂。“我并没有试图将难以忍受的事物变得易于接受,”作者在8月底于巴黎接受采访时解释道,“我首先想让自己进入那个时代人们的思维模式,在他们还不知道将要发生什么的时候。当时的德国女性拥有投票权,同性恋在柏林是完全被接纳的……那是一个与我们现在的社会非常接近的社会。然后,一切都崩塌了。”
Avec « L'Enfance des ruines », le bédéaste publie un récit historique qui résonne comme une mise en garde
Pascal Rabaté, chez lui, à Nantes, le 2 septembre. THÉOPHILE TROSSAT POUR « LE MONDE »
BANDE DESSINÉE
T out va magnifiquement bien dans le Berlin des années 1930. La nuit, les gens font la fête et se livrent, pour certains, à la débauche, tous sexes et sexualités confondus. Le jour, les artistes peignent, les enfants visitent le jardin zoologique, les ouvriers livrent leurs vitres... Quelques mutilés de la Grande Guerre font certes la manche pour compléter leur pension de misère, mais ils sont si discrets. Quant aux nazis, qui veut les ignorer les remarque à peine. Comme le dit le personnage de Folker Kuntz, publicitaire de son état : « La vie est belle, à condition de ne retenir que le positif, et aussi de ne pas regarder en arrière. »
Cette curieuse joie de vivre imprègne L'Enfance des ruines, le dernier album de Pascal Rabaté, sorti le 23 septembre (Rue de Sèvres, 176 pages, 27 euros). Sur la couverture, des jeunes dansent, hilares, sans prêter attention au sol, déchiré par un précipice. «Je n'ai pas essayé de rendre digeste l'indigeste, explique l'auteur, lorsqu'on le rencontre à Paris, fin août. J'ai avant tout voulu me mettre dans la tête des gens qui vivaient cette époque, sans savoir ce qui allait se passer. Les femmes allemandes votaient, l'homosexualité était quelque chose de parfaitement intégré à Berlin... On était sur une société proche de la nôtre. Et puis, tout s'est écroulé. »
Folker, bien décidé à profiter pleinement de ce vent de liberté et de l'argent qui coule à flots, aurait sans doute pu remarquer les croix gammées qui fleurissent alors sur les murs, vite recouvertes d'affiches publicitaires. Mais son attention est accaparée par sa campagne pour un cigarettier, et pas question de se frotter à la politique. « Certains, comme lui, font de la réclame, alors que la société brûle, constate Pascal Rabaté. C'est un mercenaire de la création, il vend du vent et son insouciance est un peu étrange. Comme nous connaissons l'issue, nous avons envie de les secouer, lui et les autres personnages. »
Cette légèreté qui précède et accompagne les fracas de l'histoire imprègne nombre de ses albums.
La description de l'Allemagne nazie repose d'abord sur un savant jeu de perspectives
Ses deux récits sur la débâche de 1940, parus chez Futuropolis (L'Exode, 1989, La Déconfiture, 2016-2018), mélangent allègrement le comique et le tragique. Dans Ibicus (Vents d'ouest, 1998-2001) – adaptation d'un roman d'Alexis Tolstoï –, qui a reçu l'Alph'Art du meilleur album à Angoulême en 2000 pour son tome 2 –, un petit personnage insignifiant cherche à tirer parti de la révolution russe pour s'enrichir. Même Vive la marée! (Futuropolis, 2015), réalisé avec David Prudhomme, met en scène une parenthèse théâtrale avant le mini-cataclysme que représente, pour tout un chacun, la rentrée scolaire.
Ici, Pascal Rabaté a trouvé son fil rouge en lisant Vers l'abîme, d'Erich Kästner, publié en 1931.
« C'est le portrait d'un individu dans une société qui cherche ses marques et qui est coupée en trois, entre les nazis, les communistes et les sociaux-démocrates, explique-t-il. Il y avait ceux qui avaient de l'argent, ceux qui n'en avaient pas, des classes moyennes, des institutions. Et il y en a qui ont fait la fête jusqu'au dernier jour. »
《废墟的童年》(L'Enfance des ruines)有时听起来像是一次警告:无论主角们是否远离政治,最终都会被政治所裹挟。当福尔克与他的朋友对话,并发现对方是纳粹时,福尔克表现得异常沉默,任由对方地道地发表那些荒谬之词,几乎没有任何反驳。帕斯卡尔·拉巴特最初设想过一场激烈的辩论,但随后放弃了,认为这种做法过于啰嗦且徒劳:“我曾经遇到过这种情况,一个朋友转向了极右翼中的极右翼,”他讲述道,“我没有试图去争论,因为太迟了。我选择断绝往来。屎只能擦掉,不能修正。”
帕斯卡尔·拉巴特著,《废墟中的童年》(L'Enfance des ruines),Rue de Sèvres 出版,176 页,27 欧元。
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«Raconter notre époque»
Si le bédéaste se garde bien de tout parallèle trop appuyé, il sera difficile pour le lecteur de ne pas trouver d'écho avec le contexte actuel, à neuf mois d'une élection présidentielle dans laquelle l'extrême droite est en position de force. « Quand j'ai écrit ce récit, je me suis rappelé des réactions quand [Jean-Marie] Le Pen, pour la première fois, s'est qualifié au second tour, retrace-t-il. Personne ne l'avait vu arriver, et, aujourd'hui, l'extrême droite fait partie du paysage. Je pense que mon rôle de narrateur, d'auteur, est de raconter notre époque. » Celle-ci lui évoque d'ailleurs La Déconfiture. « Ce livre aurait pu sortir maintenant, parce qu'on risque de se retrouver les bras ballants dans quelques mois, poursuit-il. Notre vision de la défaite, aujourd'hui, est celle de soldats fuyant la ligne de front. Mais c'est une lecture fausse. En 1940, c'est la hiérarchie qui a été complètement dépassée, comme en parle très bien [l'historien et résistant] Marc Bloch. »
L'Enfance des ruines résonne parfois comme une mise en garde: que les protagonistes se tiennent ou non à l'écart de la politique, tous finissent par être rattrapés par elle. Lorsqu'il dialogue avec son ami, dont il a découvert qu'il était nazi, Folker est d'ailleurs curieusement silencieux et le laisse dérouler ses inepties, n'apportant quasi aucune contradiction. Pascal Rabaté avait d'abord imaginé un débat à bâtons rompus, avant d'y renoncer, trouvant l'exercice bavard et vain: « Je me suis déjà retrouvé dans ce cas de figure, avec un ami qui était passé à la droite de la droite, raconte-t-il. Je n'ai pas cherché à discuter, c'était trop tard. J'ai préféré couper les ponts. La merde, ça s'essuie, ça ne se corrige pas. »
Dans l'album, la description de cette Allemagne des années 1930 repose d'abord sur un savant jeu de perspectives. Lorsque les nazis se livrent à une abominable beuverie, l'œil est attiré derrière la vitrine du bar: les passants regardent, sidérés, leur avenir politique s'écrire dans une orgie de bière et de schnaps. L'auteur, qui a porté à l'écran, en 2010, son album Les Petits Ruisseaux (Futuropolis, 2006), ne cesse d'ailleurs de jouer avec les cadrages et pense ses scènes comme des séquences de cinéma. « Si mon personnage, sur une case, est sur le pied gauche, il s'appuiera sur le pied droit dans la suivante, même si je change d'axe », détaille-t-il. Et quand deux ouvriers transportent une vitre de biais, celle-ci est parfaitement alignée à la case, quitte à faire subir une rotation au reste de la scène, vue par transparence.
« Une civilisation qui disparaît, ce n'est pas un bâtiment qui s'écroule, c'est un bâtiment que l'on vide, des fenêtres et des portes que l'on condamne », écrit un des rares protagonistes lucides du livre. La prise de conscience, pour Folker, a des allures de chute au cours de laquelle on aperçoit, derrière les fenêtres ouvertes, un prêtre, un nazi, une danseuse ou un couple faisant l'amour. Les personnages ressemblent, pour certains, à ceux du peintre George Grosz (1893-1959), une référence assumée par l'auteur, qui se dit également troublé par les œuvres d'Otto Dix (1891-1969) et du peintre allemand Christian Schad (1894-1982). « Les peintres de cette époque-là faisaient de la peinture de dénonciation, un constat d'échec en montrant la rue, la misère, rappelle-t-il. C'est une peinture qui nous met le nez dans la merde. »
Il a construit sa palette graphique en s'inspirant des publications allemandes d'entre-deux-guerres. «La revue Simplicissimus, par exemple, qui était un hebdomadaire satirique avant d'être mis sous la coupe des nazis, choisisait, en plus du noir, deux couleurs pour chaque numéro, puis changeait la semaine suivante», illustre-t-il. Dans L'Enfance des ruines, le récit serpente entre ainsi le vert, l'orange et le bleu. «Là, il y a trois couleurs, semble-t-il regretter en feuilletant l'album. J'ai cédé à la facilité. »
Pascal Rabaté s'offre aussi le luxe de s'amuser, en faisant, par exemple, disparaître, par la magie des alignements, un personnage derrière une tranche de jambon. « Ces cases, un peu stupides, permettent aussi de raconter une certaine insouciance... », glisse-t-il. Chez lui, rien n'est gratuit ou inutile, et même les livreurs de vitres rencontrés au détour d'une page racontent, à leur manière, une histoire. Ainsi, lorsque le héros se contemple dans la devanture brisée d'un magasin juif, son image est en miettes. Mais pour qui choisit de voir dans cet album un miroir de notre société, le reflet est, lui, particulièrement net.
ADRIEN LE GAL
L'Enfance des ruines, de Pascal Rabaté, Rue de Sèvres, 176 p., 27 €.
横向 I. Stupéfaction. II. Palinodie. SA. III. Orme. Sites. IV. Laïcisée. Ecu. V. Semeurs. Rr. VI. Art. Is. Aimai. VII. Tuent. Titans. VIII. Es. Pause. Lit. IX. USA. Inanimée. X. Réinsertions.
纵向 1. Spoliateur. 2. Tara. Russe. 3. Ulmiste. Aï. 4. Pièce. Np. 5. En. Imitais. 6. Fosses. Une. 7. Adieu. Tsar. 8. Citeraient. 9. Tee. Sit. II. 10. Se. Malmö. 11. Os. Crânien. 12. Naturistes.
该谜题已于 21 / 11 / 2015 发布
横向
I. 当它忠实时,它才能欺骗我们。 II. 浸泡以增强耐用性。试图使其显得可笑。 III. 口感不佳。在希腊人之中。 IV. 弄瞎了儿子君士坦丁的眼睛。判处远离。 V. 在讲台上。它的孔洞并不妨碍其保护作用。亚洲表演。 VI. 实验室中的抗药者。占有欲强的。她下台时获得了怎样的收获。 VII. 撇在一边。给喜欢泡沫浴的人。阿尔萨斯庭院。 VIII. 文章。利用。 IX. 最终结案。像鹿一样鸣叫。 X. 原地踏步。
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MOTS CROISÉS
GRILLE N° 26 - 231
PAR PHILIPPE DUPUIS
Retrouvez l'ensemble de nos grilles sur jeux.lemonde.fr | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | I | II | [IMAGE] | III | [IMAGE] | IV | [IMAGE] | V | [IMAGE] | [IMAGE] | [IMAGE] | VI | [IMAGE] | [IMAGE] | VII | [IMAGE] | [IMAGE] | VIII | [IMAGE] | IX | [IMAGE] | X | SOLUTION DE LA GRILLE N° 26 - 230
HORIZONTALEMENT I. Stupéfaction. II. Palinodie. SA. III. Orme. Sites. IV. Laïcisée. Ecu. V. Semeurs. Rr. VI. Art. Is. Aimai. VII. Tuent. Titans. VIII. Es. Pause. Lit. IX. USA. Inanimée. X. Réinsertions.
VERTICALEMENT 1. Spoliateur. 2. Tara. Russe. 3. Ulmiste. Aï. 4. Pièce. Np. 5. En. Imitais. 6. Fosses. Une. 7. Adieu. Tsar. 8. Citeraient. 9. Tee. Sit. II. 10. Se. Malmö. 11. Os. Crânien. 12. Naturistes.
GRILLE DÉJÀ PARUE LE 21/11/2015
HORIZONTALEMENT
I. C'est quand elle est fidèle qu'elle peut nous tromper. II. Trempé pour résister. Tente de ridiculiser. III. Pas bien agréable en bouche. Chez les Grecs. IV. A fait crever les yeux à son fils Constantin. Condamne à s'éloigner. V. Sur l'estrade. Son trou n'empêche pas sa protection. Spectacle asiatique. VI. Réfractaire au labo. Possessif. Quelle pêche elle a eu en sortant de scène. VII. Laisse de côté. Pour les amateurs de bains à bulles. Cour alsacien. VIII. Article. Tirai parti. IX. Classa définitivement l'affaire. Cries comme un cerf. X. Fait du surplace.
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从零的发现到
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特刊
特刊(增强版 144页)
杂志 第16期
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VERTICALEMENT
1. Arranges plus ou moins bien.
2. Bonne distance à respecter. 3. N'arrivera peut-être jamais. Prépara son départ. 4. Jouent parfois de mauvais tours. Fait la liaison. 5. Mises en beauté. Canton suisse. 6. L'ainé est à la retraite, le petit frère au pouvoir.
7. Petit vautour. Infection chronique.
8. Mit en place difficilement. S'oppose à la morale. 9. Personnel. Se rendra. 10. Bout de persil. Retins le bâtiment. 11. A tourné L'Arbre aux sabots. Tarin en pleine face. 12. Ne devrait plus déranger.
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Taux de fibres recyclées : 100 %. Ce journal est imprimé sur un papier issu de forêts gérées durablement et de sources controlées. Eutrophisation : PTot = 0,0083 kg/tonne de papier
La cérémonie religieuse a été célébrée ce mardi 6 octobre, à 10 h 30, en l'église Saint-Pierre-de-Montrouge, 82, avenue du Général Leclerc, Paris 14 $^{e}$ .
Camille, Alex, Rémi, Clara, Esther, Art et William
survenu le 30 septembre 2026, à Anduze, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
La cérémonie s'est déroulée ce 6 octobre, à 14 h 30, en l'église Saint-Étienne d'Anduze, suivie de l'inhumation au cimetière d'Anduze et d'une réception aux Montèzes.
Luc et Michèle Paviot, Catherine et Jérôme Vernier,
Wolfram Mallison,
EHPAD Labahou,
350, chemin du Château,
30140 Anduze.
mallisonwolfram@gmail.com
Françoise Paviot,
Jérôme et Maya Leplus, Stéphanie et Mathieu Dauphin,
son arrière-petite-fille,
Thibaud, Niña, Iwann, Maya et Pauline,
le 29 septembre 2026, en sa quatre-vingt-cinquième année.
ont l'immense tristesse de faire part du rappel à Dieu de leur époux, père, frère, grand-père et beau-père,
Thérèse-Charlotte, Augustin et Sylvie, Nicolas et Rashmi, Elise-Rachel et Luc,
Evy Rivals,
La cérémonie religieuse sera célébrée le jeudi 8 octobre, à 10 h 30, en l'église Saint-Eustache, Paris 1 $^{er}$ , suivie de l'inhumation, au cimetière du Père-Lachaise, Paris 20 $^{e}$ .
太技术化……太复杂。政治负责人通常就是躲在这个借口后面,以避免探讨这个话题。或者,至少他们只使用简单的口号,比如尼古拉·萨科齐在 2007 年提出的“一个房主之国(une France de propriétaires)”。就好像与退休金、债务或社会保障基金缺口相关的计算更容易理解一样。问题难道不在于政治选择吗?正是这些选择让这个表面上达成共识的话题——“让每个人都有房住”——变成了一个比看起来要分歧严重得多的政治问题。
Une cérémonie aura lieu le 9 octobre, à 14 heures, au crématorium d'Evere (Belgique), 35, avenue Jules-Bordet.
Vous pouvez exprimer votre soutien à la recherche médicale en effectuant un don en ligne à la Fondation Charcot (IBAN BE 43 0001 6000 1601 BIC GEBABEBB) avec la mention « Avec le soutien de Paul Ramadier ».
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教皇的访问无法掩盖天主教的衰落
尽管
拥有无可否认的
个人魅力,
利奥十四世
显然首先
是在向信徒
传道
分析
装饰着梵蒂冈色彩的建筑与街道,祈祷之夜时欢腾的法兰西体育场,露天弥撒期间拥挤的协和广场与香榭丽舍大街……利奥十四世于25 au 28 septembre在法国进行的为期四天的使徒之旅,将深深铭刻在前往巴黎、圣但尼(塞纳-圣但尼省)、卢尔德(上比利牛斯省)和梅斯欢呼迎接圣父的一百万名信徒的记忆中。
Un hommage lui sera rendu le mercredi 7 octobre 2026, à 10 h 30, en la salle de La Coupole du crématorium du cimetière du Père-Lachaise, Paris 20°, suivi de l'inhumation dans le caveau familial.
Et ses compagnons de l'art lyrique, sés petits enfants,
Florence Barrillon,
survenu le 3 octobre 2026, à Perpignan.
Fabrice et Sylvie Mace,
Lisadie et Paul Fournier,
Ludovic et Mouna Mace,
Pauline et Yuksel Cengiz,
En union avec Adeline et Catherine, ses enfants,
La crémation aura lieu dans la plus stricte intimité.
Ce pionnier de la Caisse Centrale de la France d'Outre-Mer, des Instituts d'émission et de l'Agence française de développement, militant passionné de la vie associative et ardent défenseur de la forêt méditerranéenne, rejoindra
Président du directoire, directeur de la publication Louis Dreyfus
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Alain Dieckhoff La guerre a permis de donner un nouveau coup de canif dans l'Etat de droit en Israël
Le chercheur tire le bilan, à l'international et en interne, des opérations guerrières lancées par le gouvernement israélien. Pour lui, le pays est face au risque d'une « délibéralisation » accélérée, notamment si Benyamin Nétanyahou reste au pouvoir après les élections législatives du 27 octobre
T rois ans après l'attaque terroriste du 7-Octobre et le déclenchement d'une confrontation armée menée par Israël sur « sept fronts » – Gaza, Cisjordanie, Liban, Syrie, Irak, Iran, Yémen –, comme Benyamin Nétanyahou se plaît à le souligner, il est possible de tirer des bilans sur différents plans.
L'un est géopolitique: avec l'élimination des plus hauts responsables du Hamas, du Hezbollah et de la République islamique d'Iran, Israël a modifié la situation régionale, mais ces succès tactiques n'ont pas procuré de gain stratégique décisif puisque tous ces acteurs demeurent, bien que diminués, bel et bien présents. Un autre bilan, international, porte sur la situation d'Israël dans le monde. Il est cette fois clairement défavorable à Israël: bien qu'aucun pays arabe impliqué dans les accords d'Abraham n'ait rompu ses relations avec l'Etat hébreu – le Maroc et Israël ont même élevé leurs relations au niveau des ambassadeurs en septembre –, celles avec les grands pays d'Europe occidentale se sont nettement tendues, sans même parler de l'évolution de l'opinion publique mondiale en faveur de la cause palestinienne. Israël est fortement isolé sur la scène internationale, et ce n'est pas l'ouverture [en septembre] de l'ambassade de la République de Nauru à Jérusalem qui y change grand-chose. Reste le bilan interne, que l'on pourrait formuler ainsi : qu'a fait la guerre à Israël?
Avant la guerre, il y a eu, bien sûr, le traumatisme originel du 7-Octobre, le massacre de 1221 personnes et la prise en otage de 251 autres, qui ont suscité initialement une unité patriotique forte ainsi que la conviction – fausse – qu'il était légitime de recourir à un usage maximal de la force contre les Gazaouis, tenus pour être tous plus ou moins complices du Hamas.
La violence à grande échelle a été à la fois légitimée et banalisée: d'après les données de l'armée elle-même, 83 % des victimes à Gaza étaient des civils – soit 43900 sur un total de 53000 tués en mai 2025. Le premier ministre n'a pas craint de proclamer qu'Israël devait se transformer en «super Sparte», c'est-à-dire en un Etat à la fois plus autarcique économiquement et militarisé. Comme la cité grecque le fit dans l'Antiquité, Israël devrait donc recourir sans état d'âme à la manière forte et dominer militairement son environnement. Ce modèle guerrier peu séduisant en lui-même n'est pas non plus soutenable sur le long terme.
L'armée israélienne est en effet une armée de conscription qui ne peut fonctionner sans réservistes. Ces derniers ont été sollicités comme jamais, certains ayant passé deux tiers de l'année sous les drapeaux au plus fort de la guerre à Gaza. Un pareil effort ne peut perdurer, et, selon le lieutenant-colonel Effie Defrin, porte-parole de l'armée, il manquait 15 000 soldats au printemps pour permettre à cette dernière de mener toutes ses missions. D'où le retour d'une Arlé-sienne : la conscription des jeunes ultra-orthodoxes, réclamée par beaucoup, mais contre laquelle leurs rabbins sont vent debout. Ironiquement, leur non-conscription rend la guerre plus difficile.
Le climat de violence ne pouvait épargner la Cisjordanie. D'un côté, les opérations militaires de l'armée s'y sont intensifiées, conduisant ainsi à une intervention massive, début 2025, dans trois camps palestiniens du nord de la Cisjor-
LA VIOLENCE À
GRANDE ÉCHELLE A ÉTÉ
À LA FOIS LÉGITIMÉE
ET BANALISÉE:
D'APRÈS LES DONNÉES
DE L'ARMÉE, 83%
DES VICTIMES À GAZA
ÉTAIENT DES CIVILS
danie qui ont été vidés de 90 % de leur population, soit 33 000 personnes. D'un autre côté, les colons, encouragés par les ministres d'extrême droite, Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, se sont sentis de plus en plus libres de s'en prendre frontalement aux Palestiniens. L'Organisation des nations unies [ONU] a relevé plus de 260 attaques pour le simple mois d'octobre 2025. Cette violence exponentielle doit se comprendre comme structurellement liée à l'accélération implacable de la colonisation. En 2025, l'Etat a approuvé la construction de près de 28 000 logements et lancé des appels d'offres pour 9 600 habitations. Il a par ailleurs décidé de créer 54 nouvelles colonies. Il s'agit de records historiques qui témoignent d'un engagement sans faille du gouvernement pour consolider l'annexion de facto d'une Cisjordanie dans laquelle les colons bénéficient d'une très large liberté de manœuvre – y compris pour commettre des actes illégaux – tandis que les Palestiniens sont privés des droits les plus élémentaires.
La guerre aura aussi permis de donner un coup de canif supplémentaire dans l'Etat de droit en Israël. Ce travail de sape n'est pas neuf, une série de lois ayant été adoptées ou discutées, depuis une dizaine d'années, pour restreindre la liberté d'expression, l'égalité des droits entre Juifs et Arabes et l'indépendance de la Cour suprême. Mais en mars, un nouveau palier a été franchi avec l'adoption de la loi sur la peine de mort pour les terroristes. Outre qu'elle constitue une régression dans la politique pénale d'Israël, où la peine capitale avait été abolie en 1954 pour les « crimes ordinaires », cette loi est surtout profondément discriminatoire puisqu'elle ne vise de fait que les seuls Arabes palestiniens.
Comme tout Etat confronté au terrorisme, Israël a le droit de se défendre, mais il est de son devoir de le faire dans un cadre juridique équitable. Or, cette loi, en rupture avec le principe fondamental d'égalité, renforce irrémédiablement le caractère ethnocratique d'Israël. Son adoption accentue l'érosion démocratique du pays, qui n'est désormais plus considéré, dans ses frontières de 1967, comme une démocratie libérale, mais comme une démocratie électorale, procédurale – d'après une enquête menée par l'institut V-Dem en 2024.
Qu'attendre des élections du 27 octobre? Si elles aboutissent à une défaite, même relative, de Nétanyahou, elles permettront un sursaut et un retour à une pratique de la politique plus « normale », moins extrême. A l'inverse, si Nétanyahou reste en selle, la pression de l'extrême droite s'accentuera, et avec elle la « délibéralisation » accélérée du pays. Sortir de l'ère Nétanyahou est donc un impératif, mais cela ne suffira pas. C'est à un retour sur soi qu'il faudra procéder pour déterminer les responsabilités politiques dans l'impréparation d'avant le 7-Octobre; c'est aussi un débat éthique sur les nécessaires limites de la force qu'il faudra ouvrir. Sans cela, un changement de majorité politique ne changera, hélas, pas grand-chose.
Alain Dieckhoff est sociologue, directeur de recherche au CNRS et au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris. Il a signé notamment Israël-Palestine: une guerre sans fin ? (Dunod, 2024).
Eric Bergkraut La journaliste Anna Politkovskaïa considérait qu'une société qui accepte le mensonge finit par accepter la violence
Il y a vingt ans, la journaliste russe était assassinée, à l'instigation des services secrets de son pays. Le documentariste, qui l'a bien connue, rappelle son combat pour la vérité et contre la propagande du Kremlin, un engagement plus nécessaire que jamais alors que Vladimir Poutine continue de tuer
Le 7 octobre, Vladimir Poutine fête son 74 $^{e}$ anniversaire. Ce même jour marque les 20 ans de l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa [1958-2006], exécutée dans l'entrée de son immeuble, à Moscou. Le tueur l'y attendait; ses complices avaient suivi Anna toute la journée et l'avaient tenu informé de ses déplacements...
ELLE A EU RAISON, MÊME LÀ OÙ ELLE AURAIT PRÉFÉRÉ SE TROMPER, ET AVAIT PRÉDIT DÈS 2004 QUE LA RUSSIE MÈNERAIT UNE GUERRE CONTRE L'UKRAINE
Pour Anna Politkovskaïa, une société qui accepte le mensonge finit par accepter aussi la violence. Ses reportages écrits en Tchétchénie pendant et après la guerre dénonçaient les mensonges propagandistes effarants des forces d'occupation russes. Et le recours effréné à la violence physique dans un espace pratiquement dépourvu de droits. Elle savait à quel point elle prenait des risques, mais aussi à quel point c'était inacceptable.
Je me souviens comment, à la rédaction moscovite de la Novaïa Gazeta, elle attendait de savoir si le rédacteur en chef, Dmitri Mouratov, allait valider son dernier article, si elle n'était pas allée trop loin pour un journal qui, dès 2004, vivait dans la crainte permanente d'être fermé par les autorités. Telle était la situation, et pourtant, on avait l'impression que tout n'était pas encore perdu. Qui aurait pu imaginer que, vingt ans plus tard, Vladimir Poutine serait toujours au pouvoir et mènerait une guerre qui coûterait la vie à des millions de personnes?
J'ai fait la connaissance d'Anna après la fin de la seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000), le premier conflit lancé par Poutine. Elle se rendait sans cesse dans le Caucase, parlant de «voyages de service»: cette guerre était à ses yeux une catastrophe pour toute la Russie. Elle estimait qu'elle s'est infiltrée dans les pores de chacun : ceux qui ne se pliaient pas aux règles étaient réduits au silence.
Mon film Coca, la colombe de Tchétchénie (2005) montrait comment des femmes tchétchènes, munies d'un appareil photo et d'un bloc-notes, documentaient les atrocités commises par l'armée russe. Elles ont œuvré, en vain, pour que la Cour internationale de justice de l'ONU condamne les coupables sur la base de leurs recherches minutieuses.
Lorsque je la croisais à cette époque, Anna était souvent accompagnée d'une amie tchètchène, Zainap Gashaeva, protagoniste de mon film, née au Kazakhstan, où Staline avait déporté les Tchètchènes. Elles étaient toutes deux des femmes de terrain. Au cours de ces années-là, des milliers de personnes ont disparu sans laisser de traces, pour ne plus jamais réapparaître. Les femmes que j'ai filmées m'ont montré des classeurs entiers, remplis de photos de ces personnes. Anna essayait de retracer leur parcours et de retrouver les responsables. Elle reconnais-sait que la guerre l'avait changée, qu'elle s'était endurcie, elle était plus déterminée que jamais.
Après l'assassinat d'Anna Politkovskaïa, Vladimir Poutine a déclaré ne pas en être responsable et que sa mort lui faisait plus de tort que tous les articles qu'elle avait écrits contre lui... La vérité, c'est que Poutine ne pense qu'à se maintenir au pouvoir. Pour cela, il a besoin de la guerre. L'individu, homme comme femme, est quantité négligeable. La Tchétchénie a été son premier terrain d'entraînement. Le père et le fils Kadyrov, qui règnent sur la région depuis des décennies, sont ses serviteurs, même si aujourd'hui il dépend du fils, Ramzan, qui dirige toujours cette république, pour contenir les velléités indépendantistes.
Je les ai rencontrés tous les deux. Le père, Akhmad [1951-2004], avait accompagné en 2003 une délégation russe à Genève pour une réunion de la Commission des droits de l'homme des Nations unies, dans l'espoir de gagner en respectabilité. Peu de temps après, il a été tué dans un attentat. Un an plus tard, le fils, Ramzan, m'a accueilli en riant dans une ville sportive fantôme. Son attaché de presse m'a raconté qu'il avait fait visiter la Tchétchénie à Politkovskaïa et qu'elle avait été impressionnée par la reconstruction du pays. Le soir, j'ai appelé Anna depuis la base militaire; elle était abasourdie par ce récit. Rien de tout cela n'était vrai.
Les puissants peuvent tout contrôler, sauf la conscience humaine, croyait Anna. Elle a vécu, puis décrit, comment la dictature ronge une société. Vladimir Poutine commet des crimes de guerre depuis plus d'un quart de siècle. Les films, les livres et les articles sur le sujet n'ont jamais manqué. Toutefois, au début des années 2000, cela n'intéressait pas les dirigeants des démocraties d'Europe occidentale. Le chancelier allemand, Gerhard Schröder, fraternisait avec Poutine, le gazoduc Nord Stream entre la Russie et l'Allemagne a vu le jour, le président Jacques Chirac a décerné à Poutine la Légion d'honneur. Schröder et Chirac invoquaient de prétendus intérêts nationaux, le démantèlement de la démocratie ne les intéressait pas, sans parler des violations des droits humains. Grave erreur: il existe un lien direct entre la complaisance de l'époque envers l'autocrate et les champs de bataille actuels.
Politkovskaïa a eu raison même là où elle aurait préféré se tromper : elle avait prédit dès 2004 que la Russie mènerait une guerre d'agression contre l'Ukraine. C'était l'année où s'échappait pour la première fois de Maïdan, à Kiev, un doux parfum de liberté, odeur toxique pour tout dictateur. Mais que dirait cette humaniste de la nouvelle course aux armements, menée de toutes parts ? Aurait-on pu l'éviter si on l'avait écoutée? Anna Politkovskaïa a toujours été allergique aux discours creux. Vingt ans après son assassinat, le meilleur hommage qu'on pourrait lui rendre serait de venir en aide aux personnes qui souffrent de cette nouvelle guerre. On pourrait aussi amener l'autocrate russe, qui rêve de vivre et de régner éternellement, à se rendre compte que son règne touche à sa fin. Les dirigeants européens actuels ont l'occasion de montrer qu'ils sont plus avisés que leurs prédécesseurs. Célébrer un premier anniversaire de Vladimir Poutine derrière les barreaux, ça serait quand même quelque chose.
«Le Monde», le Festival international de journalisme, le Théâtre de la Ville et Reporters sans frontières organisent une soirée d'hommage à Anna Politkovskaïa le 20 octobre à 20 heures au Théâtre des Abbesses, à Paris.
Eric Bergkraut est l'auteur de documentaires sur la Russie, dont « Coca, la colombe de Tchétchénie » (2005) et « Lettre à Anna » (2009).
“这些方法并非治疗手段,但其目标在于舒适感与预防”
塞德里克·加莱拉(CEDRIC GALLERA)
儿童精神病学教授
及流行病学研究员
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Catherine Sabbah Le logement n'apparaît jamais très haut dans les programmes électoraux
La déléguée générale du laboratoire d'idées Idheal dénonce la quasi-absence dans les débats de la question du logement, alors que ce sujet témoigne « du type de société défendue ou critiquée : plus égalitaire ou excluante »
H abiter quelque part est la condition première d'une vie digne, de la possibilité de se construire, de se soigner, de faire famille, d'éduquer ses enfants, de trouver un emploi... Exister socialement, c'est d'abord avoir un toit. De plus en plus coûteux tant les loyers, mensualités, charges, viennent rogner le pouvoir d'achat des habitants, et surtout des locataires, les forçant à de douloureux arbitrages.
Partout sur le territoire, chez les jeunes mais pas seulement, au sein de classes sociales jusqu'alors épargnées par ces considérations, l'angoisse de l'avenir ou la peur du déclassement attisent un ressentiment qui ne se manifeste pas encore dans la rue mais irrigue toutes les conversations.
Chacun connaît quelqu'un à héberger, un étudiant qui galère, reste ou retourne chez ses parents, des amis qui passent trois à quatre heures par jour dans les transports... Cette colère fut, avec la taxe carbone, l'un des carburants du mouvement des «gilets jaunes». Pris individuellement, le logement rend les vies difficiles. Pris collectivement, il fabrique des inégalités générationnelles, territoriales, genrées, dont il est aussi le reflet.
Quel beau sujet de campagne! Voilà une porte d'entrée qui ouvre sur toutes les autres et un boulevard pour parler aux gens de leur vie quotidienne. Las, il n'apparaît jamais très haut dans les programmes électoraux, et plus rarement encore dans les débats télévisés pour les présidentielles. Il a pourtant fait gagner des villes, comme récemment New York ou Berlin, tant il est essentiel. Parlons niveau de vie : le logement, dont les prix ont plus que doublé en vingt-cinq ans, n'est souvent plus accessible même avec des salaires moyens, les revenus n'ayant, eux, augmenté que de 35 % sur la même période. Parlons climat : la canicule de cet été nous a montré qu'avoir chaud chez soi pouvait tuer. Sans aller jusqu'à ces extrémités, il est désormais démontré que la productivité des entreprises dépend de l'adaptation du parc résidentiel, car personne ne peut bien travailler s'il est fatigué ou en manque de sommeil.
Il faudra à l'avenir tenir compte de phénomènes encore peu anticipés : le recul du trait de côte, les sols argileux, des catastrophes naturelles de plus en plus violentes et fréquentes comme les pluies, le vent, le feu vont rendre des territoires inhabitables et donc inassurables. Parlons patrimoine: cette nouvelle géographie aura pour conséquence une baisse de la valeur des propriétés situées dans ces endroits, voire leur disparition, submergées ou parties en fumée.
Parlons emploi et mobilité: les chefs d'entreprise témoignent de leurs difficultés à recruter, et certains investissent pour loger eux-mêmes leurs salariés. Parlons justice sociale : l'impossibilité d'accéder à la propriété sans transmission familiale crée une société « héritocratique ». La part du patrimoine issu de transferts familiaux est déjà passée de 35 % en 1970 à 60 % en 2025, faisant chuter le taux de propriétaires de moins de 30 ans de 34 % en 1973 à 16 % en 2013, moins encore aujourd'hui. Parlons finances publiques : le logement coûte autour de 40 milliards d'euros par an, mais en rapporte au moins 60 milliards de plus. A condition que l'activité soit soutenue pour que les emplois soient occupés et les taxes perçues.
TROP TECHNIQUE,
TROP COMPLEXE.
C'EST DERRIÈRE
CETTE EXCUSE QUE
LES RESPONSABLES
POLITIQUES
SE RÉFUGIENT POUR NE
PAS ABORDER LE SUJET
Parlons démocratie, enfin : qui peut encore librement élire domicile, c'est-à-dire choisir son lieu et son mode de résidence – maison individuelle, immeuble collectif – en étant propriétaire, locataire, locataire du logement social? Ces choix sont contraints par des prix très élevés et l'organisation du territoire en bassins d'emploi dans les métropoles et sur les littoraux.
Trop technique... trop complexe. C'est généralement derrière cette excuse que les responsables politiques se réfugient pour ne pas aborder le sujet. Autrement, en tout cas, que des slogans simplistes comme celui de Nicolas Sarkozy en 2007 pour « une France de propriétaires ». Comme si les calculs liés aux retraites, à la dette ou au trou de la Sécurité sociale étaient plus facilement compréhensibles. La question n'est-elle pas plutôt celle des choix politiques qui font de ce sujet apparemment consensuel, « loger tout le monde », une question politique bien plus clivante qu'il n'y paraît ?
Comment rééquilibrer les rapports entre locataires et propriétaires, alors que leurs intérêts sont de plus en plus divergents? Faut-il soutenir le logement social? Faut-il opposer les urbains et les ruraux, refuser de consommer de nouvelles terres en risquant de surdensifier les villes? Faut-il encore construire ou concentrer toutes les forces et les aides sur l'entretien et la transformation du bâti déjà là? Contraindre des propriétaires à réaliser des travaux d'adaptation ou tolérer des logements invivables? Taxer l'héritage ou laisser la grande transmission, évaluée à quelque 9000 milliards d'euros d'ici à 2040, augmenter encore la fracture patrimoniale? Limiter la spéculation pour faire baisser les prix? Croire aux bienfaits du marché ou à l'efficacité de la régulation?
Ces choix ne sont pas techniques. Ils témoignent de manière très claire du type de société défendue ou critiquée : accueillante et plus égalitaire ou excluante et gardienne des intérêts bien installés. Proclamer, comme l'a fait Marine Le Pen dans un de ses premiers discours de campagne, que le logement sera « un des grands chantiers » du prochain quinquennat ne signifie rien sans l'examen des propositions qui suivent. Celles du Rassemblement national visent à réduire à néant des politiques publiques efficaces et à laisser libre cours au marché, sur fond de préférence nationale. Non seulement contradictoires, elles ne résistent pas à l'analyse économique.
Certains responsables politiques se sont émus de voir le sujet du logement ainsi préempté. La question est pourtant assez vaste et la crise assez profonde pour laisser toute la place à celles et ceux qui voudront s'en saisir. Il est largement temps d'en faire LE sujet de la campagne.
Catherine Sabbah est déléguée générale de l'Institut des hautes études pour l'action dans le logement (Idheal).
Ce n'est pas le moment d'affaiblir le droit au logement opposable
Manuel Domergue, Bernard Lacharme et Nathalie Latour, tous acteurs du monde associatif, déplorent que, près de vingt ans après l'adoption de la loi DALO, le Parlement fragilise les droits en faveur des mal-logés et des sans-logis
“
L'ÉTAT TENTE
DE SE DÉFAUSSER
DE SON
OBLIGATION
ET DE SES
CONSÉQUENCES
JURIDIQUES
l y a près de vingt ans, la loi DALO du 5 mars 2007 a rendu le droit au logement opposable, ouvrant des voies de recours aux personnes non ou mal logées et donnant à l'Etat une obligation de résultat. Pour pouvoir assurer leur relogement, il lui revient de se doter d'une politique adéquate, d'y affecter les moyens nécessaires et de s'assurer le concours des collectivités chargées des politiques locales de l'habitat. Cette loi, proposée par un gouvernement de droite [celui de Dominique de Villepin], en réponse à une mobilisation associative, a été adoptée sans aucun vote contre, comme une loi d'évidence. L'obligation de résultat, n'est-ce pas ce qui s'impose lorsqu'il s'agit de répondre à un besoin vital et de mettre en œuvre un droit fondamental?
En 2025, 133405 recours DALO ont été déposés pour obtenir un logement, et 39 000 ménages ont été désignés aux préfets pour être relogés en urgence. Or, la même année, seuls 25 000 relogements ont été enregistrés. La liste d'attente des prioritaires est passée de 54000 à 115000 entre 2017 et 2025 soit, au rythme actuel, près de cinq ans de relogement. Ces chiffres, hélas, ne sont que des illustrations très parcellaires de l'explosion du sans-abrisme et du mal-logement. Face à cette défaillance persistante dans la mise en œuvre de droits reconnus par la loi, le collectif des associations pour le logement, qui réunit 40 associations, a engagé, en février 2025, un recours contre l'Etat pour « non-assistance à personnes mal logées ».
L'Etat, fautif, est régulièrement condamné par les tribunaux. La loi DALO permet à la personne reconnue prioritaire de demander au juge d'ordonner au préfet de la reloger. Dès lors que le préfet n'obtempère pas, l'Etat doit verser une astreinte au Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement. Or, la Cour des comptes révèle que l'Etat ne verse qu'une partie des astreintes: 40,8 millions d'euros en 2024, alors que le montant dû annuellement s'élève à au moins 144 millions d'euros. Le gouvernement, qui prône une intransigance absolue à l'égard des « squatteurs » et des locataires ne parvenant plus à payer leur loyer, ne respecte pas ses propres obligations et ne règle pas ses amendes.
Dans sa réponse à la Cour des comptes, le ministre [du logement, Vincent Jeanbrun,] met en cause l'obligation de résultat, et envisage de supprimer l'accès au juge, de remplacer l'astreinte par un simple mécanisme de sanction administrative, et de restreindre la possibilité de faire un recours DALO. Il s'agit là de reculs graves qui, s'ils étaient adoptés, nous ramèneraient à la situation antérieure à la loi DALO, celle d'un droit qui n'oblige personne.
C'est ainsi que le projet de loi de relance du logement, en discussion au Parlement, menace le recours DALO. L'Etat tente de se défausser de son obligation et de ses conséquences juridiques, et cherche à reporter la responsabilité du DALO sur des communes et des intercommunalités qui n'auront ni les moyens ni l'envie de l'assumer seules à sa place. Parallèlement, le ministère du logement vient de retirer la subvention annuelle accordée à l'association DALO pour ses actions d'information et de formation. Ce n'est pas le moment d'affaiblir une structure, dont l'objet est de promouvoir et de défendre le droit au logement.
Ce qui est particulièrement inquiétant, derrière cette réaction, c'est que, pour se dédouaner, le gouvernement plaide l'impuissance: l'Etat ne serait pas en mesure d'honorer son obligation de résultat! Pourtant, les préfets sont loin d'utiliser toutes leurs prérogatives. S'ils faisaient respecter la priorité d'attribution des logements sociaux aux requérants DALO (sur leurs droits de réservation, et sur ceux des collectivités, d'Action Logement et des bailleurs sociaux), s'ils mobilisaient des logements à vocation sociale, s'ils réquisitionnaient au besoin, le DALO serait un droit effectif.
Si la France manque de logements abordables pour répondre à l'ensemble de la demande de logement social, c'est en raison de choix politiques qui ont ignoré le droit au logement. A ceux qui affirment que le pays n'aurait plus les moyens d'assurer un droit fondamental, nous rappelons qu'il est globalement plus riche en 2026 qu'en 2007, quand la loi DALO a été votée.
Par ailleurs le logement est un support de taxation facilement mobilisable et mobilisé. Ainsi, en 2024, il a généré 99 milliards de recettes fiscales pour seulement 43 milliards de dépenses. Cependant, l'argent public ne sera jamais suffisant si l'Etat accepte que la spéculation dicte les prix du logement. La puissance publique doit développer la maîtrise publique des sols, encadrer les prix du foncier et les loyers, protéger la résidence principale des excès de l'économie touristique, et mettre la fiscalité au service des politiques de l'habitat.
Au lieu de cela, l'Etat organise son impuissance du fait qu'il empêche les bailleurs sociaux de produire suffisamment de logements en prélevant sur leurs ressources – près de 10 milliards d'euros depuis 2018. Il met en concurrence les besoins des uns et ceux des autres pour ne jamais répondre à tous : classes moyennes vs ménages pauvres, travailleurs essentiels vs personnes privées d'emploi... et, pour finir, Français vs étrangers!
Ces discours ne servent qu'à masquer le renoncement à agir contre l'insuffisance de logements, contre le logement cher, contre le logement indigne, et contre le logement inadapté aux exigences énergétiques et climatiques, qui, en définitive, nous coûtera beaucoup plus cher que les économies affichées. Ce renoncement affecte la crédibilité de nos institutions et contribue à instiller un climat de doute démocratique. Les droits humains ne sont ni de droite ni de gauche. Ils constituent le socle de la démocratie et le ciment d'une société solidaire. La loi DALO est au service de tous. Nous attendons de l'Etat qu'il la mette en œuvre.
Manuel Domergue, co-porteparole du Collectif des associations pour le logement (CAL) et directeur des études de la Fondation pour le logement, anciennement Fondation Abbé Pierre; Bernard Lacharme, président de l'association Droit au logement opposable; Nathalie Latour, co-porteparole du CAL et directrice générale de la Fédération des acteurs de la solidarité
坐下或行走
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La visite du pape ne peut faire oublier la déprise du catholicisme
EN DÉPIT
DE SON INDÉNIABLE
CHARISME,
LÉON XIV PRÊCHE
D'ÉVIDENCE
AVANT TOUT
LES CONVAINCUS
ANALYSE
Bâtiments et rues pavoisés aux couleurs du Vatican, Stade de France en liesse pour la veillée de prière, place de la Concorde et Champs-Elysées bondés lors de la messe en plein air... Les quatre jours du voyage apostolique de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, resteront ancrés dans les mémoires du million de fidèles venus acclamer le Saint-Père, à Paris, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à Lourdes (Hautes-Pyrénées) et à Metz.
A plusieurs égards, l'événement est historique. D'une part, les visites pontificales à Paris ne sont pas si fréquentes : seuls une dizaine de papes, depuis le Moyen Age, ont fait le déplacement dans la capitale française – la dernière étant celle de Benoît XVI, en 2008. D'autre part, la venue du chef de l'Eglise catholique permet d'évaluer sa capacité mobilisatrice, dans l'un des pays les plus sécularisés du monde. La part des personnes se déclarant catholiques en France est ainsi passée d'environ 87 % dans les années 1970 à 46 % en 2026; quant à la fréquentation régulière de la messe (au moins une fois par mois), elle concernait près de 30 % des Français en 1960, contre environ 5,5 % de la population aujourd'hui (selon une enquête Bayard-La Croix-IFOP publiée en décembre 2025).
La venue de Léon XIV était d'autant plus scrutée que la France connaît, depuis 2022, une hausse inattendue du nombre de baptêmes d'adolescents et d'adultes – plus de
21 000 en 2026 (13 000 adultes et 8 000 adolescents), soit une augmentation de 20 % sur un an. Souvent lus comme le signe d'un retour du religieux en France, de tels chiffres restent toutefois anecdotiques à l'échelle d'une population de 67 millions d'habitants. Et cachent mal une réalité plus contrastée, puisque les baptêmes tardifs sont loin de pallier la chute vertigineuse des baptêmes de bébés et d'enfants (380 000 en 2000, 150 000 en 2024). Même si ce «tressaillement de foi», pour parler comme le pape François, constitue un phénomène notable, la lucidité s'impose : à l'heure actuelle, la déprise du catholicisme en France se poursuit.
Comment, dès lors, analyser la ferveur sincère provoquée par la venue du souverain pontife en France? En dépit de son indéniable charisme, Léon XIV, comme Jean Paul II (1920-2005) avant lui, prêche d'évidence avant tout les convaincus. C'est ce que semblent montrer les audiences de la veillée au Stade de France, qui a rassemblé 2,4 millions de téléspectateurs, loin des 6,8 millions du match de l'équipe de France de foot le même soir. Lors de la venue triomphale du pape François à Marseille, en 2023, l'historien du catholicisme Alain Rauwel avait déclaré dans un entretien au Monde: «La vedettarisation contemporaine de l'évêque de Rome est un fait très récent, et pas autre chose qu'un palliatif pour la perte du pouvoir temporel. »
Si, en 2026, un léger dynamisme se fait sentir, il tient sans doute à une nouvelle manière d'être des catholiques. Habitués à la discrétion depuis l'instauration de la loi de séparation entre les Eglises et l'Etat en 1905, les « cathos », aujourd'hui, n'hésitent plus à afficher leurs convictions dans l'espace public et dans les débats sociétaux – ce qui, contrairement à une idée reçue, n'est pas en contradiction avec le régime de laïcité, lequel permet l'expression des sensibilités religieuses, y compris sur la voie publique.
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在自然之中
在公园里坐坐,在森林中散步,凝视天空、大海或乡村……许多城市和乡村的居民本能地知道这种能让人平静的习惯。芝加哥大学(伊利诺伊州)心理学教授、《自然与心智》(*Nature and the Mind*,Simon & Schuster,2026, 未译)一书的作者,研究员马克·伯曼(Marc Berman)阐述道:“当你身处自然之中,大部分的自然刺激具有一种‘温和的吸引力’,也就是说,它们很有趣,但还没到能完全占据你全部注意力的程度。”
环境神经科学、心理学和流行病学领域的专家们捕捉到了这种轻微的漂浮状态,并对其进行了生理和心理研究。迄今为止规模最大的一项综合研究于今年5月发表在在线期刊《自然-人类行为》(*Nature Human Behaviour*)上,该研究包含30项元分析,涵盖了超过3800项初步研究,涉及1000万名参与者。根据其结论,接触自然在统计学上能显著降低心率,减轻焦虑感和易怒感,同时增加放松感和幸福感。一项针对14项研究的元分析(Meredith et al., 2020)指出,只要在绿地中坐着或行走10到20分钟,就能测量到平静效果。
从美国人弗雷德里克·劳·奥姆斯特德(Frederick Law Olmsted, 1822-1903)的先驱直觉开始——他是1857年纽约中央公园的景观设计师,他认为“自然景观在激活精神的同时能使其平静”——随后发展出了多种理论。由密歇根大学心理学教授斯蒂芬·卡普兰(Stephen Kaplan)和瑞秋·卡普兰(Rachel Kaplan)于1995, 发表的“注意力恢复理论”认为,我们的注意力是一种有限的资源,可以通过自然环境得到恢复。研究员兼建筑师罗杰·S·乌尔里希(Roger S. Ulrich)的“压力减轻理论”则认为,面对自然时,我们拥有一种与交感神经系统抑制相关的先天平静感。
L'Eglise a perdu l'aura dont elle a longtemps bénéficié en France, et les catholiques sont devenus une minorité. Une minorité visible, qui utilise les outils de la modernité pour porter son message : influenceurs sur les réseaux sociaux, comédies musicales ambitieuses (Bernadette de Lourdes, en tournée dans plusieurs Zénith de France et au Dôme de Paris, a été vue par plus de 450 000 personnes), manifestations XXL (tel le Congrès Mission à l'Accor Arena de Bercy, en 2025)...
Toujours plus sensationnels, ces événements sont parfaitement conformes à cette «obsession moderne» que le philosophe Tristan Garcia décrit dans son ouvrage La Vie intense (Autrement, 2025): pour être signifiantes, les expériences doivent être les plus galvanisantes possible. Les grands shows ayant ponctué la visite de Léon XIV à Paris n'ont pas échappé à cette tendance lourde. Organisés par des «officines parfois proches des mouvances réactionnaires» – le directeur artistique de la veillée au Stade de France, Jean-Baptiste Darantière, s'inscrit dans la mouvance traditionaliste –, ces spectacles papaux se sont « transformés en une sorte de “tour” préfabriqué de chanteuse à succès », déplore Alain Rauwel.
L'impressionnante couverture médiatique ayant accompagné la visite de Léon XIV se trouve, de fait, sans commune mesure avec l'imprégnation réelle du catholicisme en France. Sur bien des sujets (questions bioéthiques, morales, sexuelles...), le magistère catholique se trouve aux antipodes des mentalités. Y compris, d'ailleurs, des catholiques: selon un sondage IFOP en janvier, ces derniers soutiennent massive-ment l'aide à mourir (87 %).
Il reste qu'en des temps où le débat politique s'est considérablement appauvri, et où les prises de position s'affirment souvent de façon binaire, le chef de l'Eglise romaine parvient à susciter le débat au-delà des seuls cercles catholiques, en apportant de la profondeur dans la réflexion. Il est indéniable qu'une quête de spiritualité s'exprime, et qu'elle doit être entendue. L'engouement provoqué par le Saint-Père dit sans doute aussi beaucoup de la désespérance de nombre de citoyens, en quête de l'homme providentiel. Par son engagement pour la paix, la défense des faibles, le refus de l'asservissement de l'homme aux machines, Léon XIV peut légitimement être considéré comme une autorité morale, plutôt que comme une icône. Ce qui est déjà beaucoup.
Le pouvoir chinois accentue son droit de regard sur les contacts avec l'étranger
Une réglementation après l'autre, la Chine renforce son contrôle du passage aux frontières de ses propres ressortissants. Le dernier décret date du 15 septembre et prévoit pour les Chinois qui «mettent en danger la sécurité et les intérêts nationaux » à l'étranger une privation de sortie du pays pouvant aller de six mois à trois ans. Elle est décidée par l'administration et non par les juges. Signe des priorités du moment, le texte mentionne les situations «qui porteraient atteinte à la sécurité industrielle ou technologique nationale».
Qu'un pays souhaite éviter la fuite de ses savoir-faire-clés à l'étranger n'a rien d'extraordinaire. Néanmoins, ces ajouts en disent long sur l'évolution de l'état d'esprit de Pékin. Certes, la liberté actuelle de déplacement des Chinois n'a rien à voir avec l'assignation généralisée qu'ils ont connue durant l'ère maoïste ou que subissent leurs voisins nord-coréens. Mais le pouvoir garde et, aujourd'hui, accentue son droit de regard sur les contacts avec l'étranger, vus comme source de risque.
La crainte d'hameçonnage par des services de renseignement étrangers s'est étendue. En attestent les messages de vigilance émanant du ministère de la sécurité d'Etat sur son compte WeChat. S'y ajoute une peur de la contamination idéologique libérale. Les critiques du régime, les dissidents et leurs avocats, sont de longue date la cible d'interdictions de sortie de Chine.
Le système de «conservation centralisée» des passeports des hauts fonctionnaires n'a jamais été abandonné. Il a été étendu au cours de la dernière décennie, selon un calendrier différent d'une province à l'autre, pour concerner aujourd'hui toute la fonction publique. Les infirmiers à l'hôpital public, les enseignants à l'école, les guichetiers aux banques – quasiment toutes étatiques –, jusqu'aux vendeurs des boutiques d'abonnement à la téléphonie mobile – les opérateurs sont tous publics – ont dû remettre leur passeport à leur unité de travail. Ils doivent faire une demande circonstanciée à leurs supérieurs s'ils veulent séjourner à l'étranger, même pour le tourisme sur une plage de Thaïlande ou dans un centre commercial de Séoul.
L'approbation du gouvernement
Le contrôle s'étend encore hors de ce cadre. Selon l'organisation Safeguard Defenders, la Chine compte désormais 18 textes de loi ou réglementations permettant les restrictions de sortie de territoire. Des exit bans (« interdictions de sortie ») sont mentionnés dans 188760 affaires dans la base de données de la Cour suprême.
La bataille économique – et surtout technologique – de la Chine avec l'Occident accentue encore la conviction des autorités qu'il faut contrôler qui,
LES CRITIQUES DU RÉGIME,
LES DISSIDENTS
ET LEURS AVOCATS SONT
LA CIBLE D'INTERDICTIONS
DE SORTIE DE CHINE
et ce qui peut partir. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les restrictions aux livraisons de terres rares annoncées au printemps 2025, avec pour conséquence un choc sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. Dans la même veine, le gouvernement a soumis à autorisation l'utilisation de technologies chinoises dans les usines de batteries, à l'heure où les constructeurs de voitures électriques et leurs fournisseurs sont sommés de s'implanter localement par l'Union européenne.
Les autorités chinoises ont également peu apprécié l'affaire Manus, du nom d'une start-up d'intelligence artificielle (IA) lancée dans un premier temps à Pékin. Ses fondateurs ont déplacé dans le courant de l'année 2025 l'entreprise et ses équipes à Singapour, pour annoncer en fin d'année sa cession au géant américain Meta (Facebook, WhatsApp et Instagram). Ce départ en deux temps d'une des pépites d'un secteur stratégique, sans que le gouvernement puisse exercer un droit de regard, est apparu absolument inacceptable au pouvoir chinois. Les fondateurs ont été convoqués en Chine et soumis à une interdiction de sortie. Depuis, Meta n'a eu d'autre choix que de défaire le « deal ».
Selon l'agence Bloomberg, les employés importants du secteur de l'IA, mais aussi leurs familles, doivent désormais obtenir l'approbation du gouvernement pour leurs voyages à l'étranger. En ces temps où les affaires internationales sont de plus en plus tendues, les allées et venues des citoyens ne doivent pas être laissées au hasard.
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FAIRE MENTIR LES IDÉES REÇUES SUR LA DETTE
LA DETTE PUBLIQUE.
C'EST ROBIN
DES BOIS
QU'ON ASSASSINE!
de Jean-Marc Daniel
Odile Jacob,
224 pages,
22,90 euros
LIVRE
E ncore un livre sur la dette?
Oui, mais presque une
friandise. Il est signé Jean-
Marc Daniel, libéral matois, Ra-
minagrobis de la vulgarisation
économique, amoureux des dé-
tours historiques, des bonnes
formules et des paradoxes.
Même si l'on ne partage pas les
remèdes attendus qu'il propose à
la crise de l'endettement public
(réduire les dépenses publiques,
repousser l'âge de la retraite...),
on prend plaisir à le suivre quand
il en décortique les rouages.
Dans La Dette publique. C'est Robin des Bois qu'on assassine! (Odile Jacob, 224 pages, 22,90 euros), Jean-Marc Daniel bat en brèche les idées reçues, montrant avec précision en quoi l'Etat n'est pas un débiteur comme les autres : il ne paie que les intérêts, sa banque centrale peut créer de la monnaie, et il n'a pas de problèmes de fonds propres ou de rentabilité.
Le livre prend la gauche à revers : la dette serait une machine à enrichir les épargnants fortunés au détriment des citoyens lambda. Elle n'est pas une charge qu'une génération lègue à la suivante, comme on le croit souvent (car la créance est, elle aussi, léguée), mais quelque chose de bien pire : une dette d'un groupe social (les détenteurs de titres) sur un autre (les contribuables). Jean-Marc Daniel ne pousse pas la malice jusqu'à utiliser le mot « classe ». Toutefois, il rappelle avec gourmandise que les partis de gauche, au début du XIXe siècle, « réclamaient l'équilibre budgétaire au nom de la nécessité de protéger les pauvres des générations futures ».
Le pire, selon Jean-Marc Daniel, c'est que cette dette a creusé des inégalités pour rien. Elle n'a aidé à remplir aucune des fonctions de l'Etat que l'économiste Richard Musgrave (1910-2007) a identifiées dans les années 1960: une fonction d'allocation des ressources, pour atteindre des objectifs qui n'intéressent pas les marchés; une fonction de redistribution, pour réduire les inégalités; une fonction de stabilisation, pour lisser le cycle économique.
D'après l'auteur, seule la troisième fonction mérite d'ailleurs qu'on s'écarte temporairement de l'équilibre budgétaire. Il rejette l'idée qu'il y aurait une « bonne dette » (celle qui finance l'investissement) et une « mauvaise dette » (celle qui finance le fonctionnement). Le salaire d'un chercheur qui prépare l'avenir est une dépense de fonctionnement, alors que « la construction d'un pont sur une route ne menant nulle part » – il y a eu des exemples au Japon – est une dépense d'investissement.
Comment se débarrasser du problème de la dette? Jean-Marc Daniel rejette les impôts, mais a en tête deux modèles, la Suède et le Canada, qui ont réussi à réduire la taille de leur Etat, sans casser la croissance. Cependant, pour deux réussites, combien d'échecs? Selon un calcul effectué en 2023 par les experts du Fonds monétaire international, portant sur vingt ans et sur de nombreux pays, seul un plan d'économies sur deux est parvenu à réduire le taux d'endettement.
2023年,著名的索尼世界摄影奖(Sony World Photography Award)获奖者亲自透露,其获奖照片是由人工智能(AI)创作的,这引发了关于AI时代图像地位的激烈讨论。每年举办显微成像大赛的尼康(Nikon)公司现在陷入了类似的情况:9月15日获得奖项的一段展示肺细胞表面纤毛摆动的视频,据称经过了AI增强。该比赛的获胜者、来自新加坡国立大学的宁旭(Ning Xu)承认,他将最初获得的灰度视频的上色工作交给了人工智能。但他直到生物学家公开对其中出现的异常细胞结构表示惊讶后才透露此事。这些结构是AI“幻觉”的结果吗?一些研究人员认为,宁旭应当公布原始数据,以确保该文件的科学完整性。(照片:宁旭 / NIKON SMALL WORLD)
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LA CAPTIVANTE HISTOIRE DES MATHÉMATIQUES
CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX ET SUR LEMONDE.FR/BOUTIQUE - 116 PAGES - 11,99 €
FRANCE | CHRONIQUE
PAR FRANÇOISE FRESSOZ
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Le talon d'Achille des extrêmes
En moins d'une semaine, le climat politique s'est considérablement durci sous la pression des extrêmes qui, à sept mois de l'élection présidentielle, continuent de dicter l'agenda politique. La façon dont Jordan Bardella, accusé par le site d'information Mediapart d'avoir tenu des propos antisémites, lorsque, âgé de 17 ou 18 ans, il commençait à militer au Front national dans la fédération de Seine-Saint-Denis, a réagi est symptomatique. Le président du Rassemblement national (RN) aurait pu plaider l'erreur de jeunesse, ce qui lui aurait valu un blâme sévère, mais sans doute passager. Il a préféré nier et contre-attaquer tandis que Mediapart produisait des documents étayant les indignes propos, inspirés de l'extrême droite des années 1930, qu'il aurait prononcés, tels que «les banques sont toutes détenues par des juifs» ou «le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler». Mardi 29 septembre, devant les députés de son parti, il s'est dit persuadé que «l'objectif était de tuer» sa «carrière politique».
Plus étonnant, Marine Le Pen, qui aurait pu facilement dresser un cordon sanitaire autour d'elle en prenant ses distances avec son second, a préféré prendre fait et cause pour lui. «Là, c'est du lourd qui tombe. J'avoue que la manipulation est légère comme un congrès de charcuterie», a lancé la candidate à la présidentielle devant les mêmes députés. D'un coup, toute la fantasmagorie de l'extrême droite a resurgi, mettant en scène une forteresse assiégée, confrontée à ses vieux démons, en guerre contre le «système», sur fond de paranoïa interne, car très vite s'est posée la question de savoir d'où venaient les fuites. Foin de la dédiabolisation et de la patte de velours. En quelques jours, le RN a régressé de plusieurs dizaines d'années, furieux d'avoir vu anéanti le plan commando qu'il avait imaginé à l'ouverture de la saison budgétaire: un partage des rôles bien rodé entre la candidate et le président du parti, sur fond de réajustement des positions. Jordan Bardella, qui s'était vu en haut de l'affiche, ne venait-il pas, dans une sorte de mea culpa, d'assurer au journal L'Opinion, le 27 septembre, qu'il était redescendu sur terre?
Pendant ce temps, les lycées brûlent sous le regard de La France insoumise (LFI) qui se demande jusqu'où alimenter le feu sans trop affoler le bourgeois. « Les “insoumis ” appellent à la non-violence des méthodes de lutte » écrivait Jean-Luc Mélenchon sur X, mercredi 30 septembre, tandis que Bally Bagayoko, le maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), s'enferrait dans des propos plus alambiqués en estimant que « la violence peut être légitime, même s'il vaut mieux l'éviter ». Les débordements commis par certains policiers sont de nouveau montrés du doigt parce qu'ils servent de terreau à l'extrême gauche et rappellent, de façon subliminale, la phrase prononcée en juin 2022 par Jean-Luc Mélenchon : « La police tue. »
Cette polarisation du paysage politique intervient alors que le gouvernement présentait son projet de loi de finances pour 2027, destiné à éviter une crise financière dont plus personne ne nie
EN QUELQUES
JOURS, LE RN
A RÉGRESSÉ
DE PLUSIEURS
DIZAINES D'ANNÉES
RN ET LFI RESTENT
TRÈS FRAGILES
CAR ILS SONT
CONFRONTÉS À DES
CONTRADICTIONS
DIFFICLEMENT
SURMONTABLES
qu'elle puisse intervenir à tout moment. Elle accroît la vulnérabilité du pouvoir, qui reste à la merci d'une censure, entretient l'atmosphère de fin de règne, qui imprègne le pays, mais ne laisse pas indemnes les extrêmes qui jouent in vivo leur crédibilité.
Marine Le Pen, à l'évidence, cherche à resserrer sa base en jouant la carte de l'agressée. Elle refuse de remettre en cause sa stratégie, qui a consisté à faire un duo avec Jordan Bardella dans l'optique de ratisser le plus largement possible. Or, loin de la renforcer, son numéro deux ne cesse de la fragiliser en faisant notamment sauter le vernis de la normalisation. Que certains candidats aux élections législatives ou locales soient très vite débusqués passe encore, mais que le chef du parti soit pris la main dans le pot de confiture est une tout autre affaire.
Du côté de Jean-Luc Mélenchon, le mouvement des lycées, qui s'est étendu à certaines facultés, lui permet de creuser son sillon au sein de la jeunesse, alors que plus de 40 % des 18-24 ans se disent prêts à voter pour lui à la présidentielle de 2027, selon l'enquête Ipsos BVA-CESI Ecole d'ingénieurs, réalisée pour Le Monde mi-septembre. La rhétorique autour des déviances policières lui permet aussi de draguer les jeunes des banlieues, qui se sentent souvent, à juste titre, pris pour cible et ont la caractéristique de bouder les urnes.
Cependant, les scènes réitérées de violence, la destruction du mobilier urbain et parfois même d'établissements scolaires, qui venaient tout juste d'être rénovés, choquent l'opinion et accentuent le handicap dont LFI et son mentor souffrent: Jean-Luc Mélenchon fait peur et, ce faisant, il sert de repoussoir non seulement à l'extrême droite et à la droite, mais aussi à une partie de la gauche, qui refuse de se retrouver complice. A défaut de dicter l'agenda, tous ceux qui se situent entre les deux extrêmes ont vivement réagi à la rhétorique des deux partis. A l'instar d'Emmanuel Macron, la totalité du bloc central a rejoint la gauche pour s'indigner de la vraie nature du RN. Et dans la foulée de la droite, la gauche réformiste a condamné sans ambiguïté les violences nées du mouvement lycéen, en se démarquant de LFI.
Le durcissement du climat politique laisse augurer de ce que serait un second tour marqué par un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon: surpuissance et déni de réalité d'un côté, appel à l'insurrection de l'autre. Rien, cependant n'est joué, car l'épisode montre qu'à partir de l'instant où on leur demande des comptes les extrêmes restent très fragiles, car ils sont confrontés à des contradictions difficilement surmontables: incarner la rupture mais ne pas effrayer ceux qui aspirent seulement au changement. On peut regretter que le travail fait par Mediapart à propos du parti de la favorite à la présidentielle ne l'ait pas été par ses adversaires politiques, plus enclins à se chercher querelle qu'à faire barrage à l'essentiel: éviter que la France bascule dans une autre dimension.
ISRAËL ET LE
TRAUMATISME
DU 7-OCTOBRE
ÉDITORIAL M
Trois ans après les massacres du 7 octobre 2023, l'attaque la plus meurtrière contre des civils jamais subie par Israël, une société tout entière reste murée dans un traumatisme profond. La barbarie à laquelle ces massacres, conduits par le Hamas, ont donné libre cours, dans les localités installées sur le pourtour de la bande de Gaza, explique pour l'essentiel l'état dans lequel sont enfermés les Israéliens, longtemps suspendus ensuite au sort de proches retenus en otage à Gaza pendant des mois, dans des conditions dramatiques.
Le sentiment d'impasse créé par cette opération terroriste sans précédent par son ampleur est profond parce qu'il a réveillé des peurs existentielles, ancrées dans une longue histoire. Il a convaincu la majorité des Israéliens de l'impossibilité d'une cohabitation pacifiée avec l'autre peuple présent sur la terre de l'ancienne Palestine mandataire, au moment de la création de l'Etat hébreu. Les massacres des civils israéliens ont achevé de délégitimer le discours porté naguère par le « camp de la paix ».
Le traumatisme a été instrumentalisé en revanche par l'extrême droite suprémaciste israélienne, qui milite ouvertement pour un nettoyage ethnique visant l'ensemble des Palestiniens. Il a également nourri un réflexe d'occultation envers eux, déjà invisibilisés depuis la seconde Intifada (2000-2004) et la construction d'un «mur de sécurité» en Cisjordanie, paradoxalement accompagnée de l'accroissement de la colonisation de l'autre côté.
Ce réflexe a empêché tout examen critique de la riposte militaire qui s'est traduite par l'anéantissement de Gaza. Il a aussi bloqué tout débat sur les conséquences destructrices de la colonisation et de l'enfernement de Gaza en place avant le 7-Octobre, ainsi que toute réflexion sérieuse sur les modalités d'un règlement réel du plus ancien conflit du Moyen-Orient. Cette occultation explique l'incompréhension d'Israël face à un isolement international historique, illustré par l'évolution du Parti démocrate aux Etats-Unis, que le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, explique uniquement par le ressort de l'antisémitisme.
Le sentiment d'impasse a été renforcé par la conduite de ce dernier. Les démissions individuelles de hauts gradés de l'armée et des services de renseignement mises à part, aucun responsable politique n'a eu à rendre des comptes pour le 7-Octobre. Déjà auteur de coups portés contre la nature démocratique de l'Etat hébreu par son offensive contre l'Etat de droit, le premier ministre israélien a tout mis en œuvre, avec succès, pour empêcher la constitution d'une commission d'enquête.
Les révélations de la presse sur les mises en garde dont il aurait été l'objet de la part d'alliés arabes avant les massacres, niées en bloc, montrent pourtant combien un examen en toute transparence des décisions qui ont permis cette débâcle sécuritaire aurait été nécessaire. Les Israéliens sont certes appelés aux urnes le 27 octobre. Mais ils s'y rendront sans disposer des informations permettant de comprendre comment cette tragédie a pu se produire.
Les guerres qui se sont succédé depuis trois ans contre l'axe régional mis en place par l'Iran, et surtout celle toujours en cours contre le régime iranien, font aussi que ces élections législatives ne pourront être l'occasion d'un éventuel vote-sanction sur les failles du 7-Octobre. Un tel vote serait pourtant indispensable pour espérer remettre en cause une politique qui conduit vers l'abîme.
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e suis stressé » est devenue une expression banale. Et pour cause. Près de quatre adultes sur dix dans le monde déclarent avoir ressenti « beaucoup de stress pendant une grande partie de la journée précédente », selon l'édition
2025 d'une enquête menée depuis vingt ans par l'Institut Gallup dans 144 pays. Ils étaient moins de trois sur dix en 2006, lors du premier sondage. En tête des populations les plus touchées, celles du Rwanda et de la Sierra Leone, avec plus de six adultes sur dix concernés. La France est, selon cet indicateur, juste au-dessous de la moyenne mondiale.
Le stress, défini par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme « un état d'inquiétude ou de tension mentale causé par une situation difficile », peut entraîner, s'il est trop important, précise l'organisation, des problèmes de santé physique et mentale : trouble du sommeil, difficulté à se concentrer, modification des habitudes alimentaires, maux de tête ou de ventre, anxiété, etc.
Alors que, sur les réseaux sociaux, pléthore de « coaches santé et bien-être » abreuvent de conseils – peu fiables pour la plupart – pour réduire son stress en quelques minutes, que dit la recherche scientifique? Des microgestes ou actions rapides peuvent-ils nous aider au quotidien? Que connaissons-nous du dialogue entre nos sensations corporelles et l'activité cérébrale?
Grâce aux neurosciences, nous savons désormais qu'il n'existe pas une région unique du cerveau qui «ressentirait» le corps. Les informations corporelles circulent au sein de systèmes interconnectés, dessinant ce que l'on peut appeler un «cerveau affectif», qui comprend l'insula, une région stratégique profondément enfouie dans le cortex. En situation de stress, ces réseaux modulent le système nerveux autonome, notamment sa branche sympathique.
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Sonder
des réserves
d'eau douce
sous la mer
Des chercheurs en géologie emploient l'électromagnétisme pour une campagne d'études dans la plaine du Roussillon
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Le Nobel de
médecine salue
les pionniers de
l'optogénétique
Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel ont mis au point cette technique qui utilise la lumière pour «allumer» ou «éteindre» les neurones ciblés
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Entretien
Patrick Michel
surfe sur
la science
des astéroïdes
Selon l'astrophysicien, la multiplication des missions d'étude de ces corps célestes est une opportunité sans égale
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艾莉诺与菲莱蒙
菲莱蒙的问题在于,他总是把所有东西搞混!因此,如果您想约他在 14 h 30 见面,您永远不知道他会在 13 h 40、3 h 41、14 h 03 还是由数字 1, 4, 3 和 0 这四个数字排列组合而成的其他时间到达。因此,最稳妥的方法是始终约他在一个无法混淆的时间,比如 14 h 44。尽管他行为古怪,但菲莱蒙不会想到在 41 h 44 到达,因为这个时间并不存在。而艾莉诺的问题在于,她无法忍受重复。您不可能约她在 14 h 44 见面,因为这个时间有一个无法忍受的缺陷,即数字 4 重复了三次(多了两次)。如果您不想被她放鸽子,就必须约在一个没有重复数字的时间。例如,13 h 40 就很完美。另外请注意,艾莉诺的手表以四个数字显示时间,如果您约她在 7 h 30,您很有可能见不到她,因为 07 h 30 中有两个 0。然而,您的问题是,您坚信如果能为菲莱蒙和艾莉诺安排一个共同的约会时间,他们一定会相处得非常愉快。
▶ 在一天(或一晚)中的哪个(些)时刻,让他们见面才有可能?
提示
.00 h 02 tnava ecnadnoder snas te elbaegnalém non ertê elle-tuep erueh'L
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L'eau douce sous la mer sondée par électromagnétisme
GÉOPHYSIQUE - Une mission espère caractériser la transition entre les nappes d'eau douce et d'eau salée dans la plaine du Roussillon
Installation du dispositif d'injection pour la méthode géophysique CSEM, à Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), le 14 septembre. ÉMELINE LAMBRETH
SAINT-CYPRIEN (PYRÉNÉES-ORIENTALES)
ET À BORD DU « FOSELEV-AGATE » - envoyé spécial
L a nuit est tombée sur le parking du golf de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales). En ce mercredi 16 septembre, François Bretau deau s'avance, traînant derrière lui des rouleaux de câbles électriques
qu'il connecte à la sortie de l'émetteur placé dans un camion. Puis, après avoir démarré le groupe électrogène et branché l'alimentation, il lance le début de la séquence d'injection. Chercheur au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) à Orléans, il est l'un des spécialistes mondiaux d'une des méthodes de géophysique développées pour les besoins de l'industrie pétrolière offshore: l'électromagnétisme à source contrôlée, ou controlled source electromagnetic (CSEM). Ce procédé consiste à observer la manière dont un champ électromagnétique, produit artificiellement, diffuse dans le sous-sol.
«La façon dont ce signal s'atténue dépend de la résistivité électrique des milieux rencontrés, explique l'expert. En l'analysant, on peut en déduire des informations sur la nature et l'emplacement de roches et de fluides. Ce qui peut être utile pour la géothermie et la prospection de certains minéraux ou lorsqu'il s'agit, comme ici, de différencier, dans une nappe souterraine, l'eau salée, très conductrice, de l'eau douce, qui l'est moins. »
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第 113 号谜题解答
第一个解在对称意义上是唯一的。可以通过试错法,或者通过我们将在下一题中详细介绍的方法来找到。第二幅图共有 17 个正方形:12 个小正方形(1 × 1)和 5 个大正方形(2 × 2)。在对称或旋转意义上,每根火柴都处于位置 A、B、C、D 或 E(见图)。例如,有 8 根火柴处于位置 D,它们构成了中央大正方形的轮廓。可以观察到,移除位置 A 的一根火柴会使 2 个正方形(一个小正方形和一个大正方形)消失。移除位置 B 或 C 的一根火柴同样会使 2 个正方形消失,而移除位置 D 或 E 的一根火柴则会使 4 个正方形消失。既然需要使
8 个正方形消失,那么移除的两根火柴必须处于位置 D 或 E。然而,它们不能有共同的正方形:如果移除两根 D,它们都参与构成了中央大正方形,因此实际上只有 7 个正方形会消失。同样,可以验证两根 E 必然有一个共同的正方形。因此,必须恰好移除一根 D 和一根 E。在移除一根 D 火柴后,可以发现四个 E 中只有其中一个与它没有共同正方形,从而得出下面的解(在旋转或对称意义上是唯一的)。
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« Plus l'on descend, plus l'eau est douce »
La campagne scientifique à laquelle ce géophysicien participe avec une quinzaine de ses collègues, épaulés par des techniciens du bureau d'études Attis Environnement, dans le cadre du projet Aquimer coordonné par le BRGM, fait appel à des moyens hors norme : un catamaran de transport de 20 mètres, des véhicules, du matériel électrique et électronique, etc. Des capteurs de champ magnétique seront alignés perpendiculairement à la côte sur un tronçon s'enfonçant sur 3 kilomètres à l'intérieur des terres et s'en écartant de plus de 30 kilomètres vers le large. Avec un objectif: confirmer le prolongement en mer d'un aquifère, une formation géologique riche en eau douce contribuant à l'approvisionnement de la plaine du Roussillon, confrontée à de grandes difficultés.
Aux sécheresses à répétition s'ajoute une surexploitation des réserves souterraines pour les besoins de la population et de l'agriculture. En période de déficit, la situation s'aggrave sur le littoral, où les remontées d'eau salée se multiplient et s'accentuent, polluant les nappes. « Or, ce phénomène s'avère difficile à anticiper », raconte Yvan Caballero, hydrogéologue au BRGM, sur le site de l'Observatoire DEM'Mer, en bordure de la promenade de Saint-Cyprien. Consacré à la surveillance des intrusions salines, ce laboratoire automatisé comprend cinq forages dissimulés sous des plaques métalliques au pied d'une résidence.
L'aquifère du Roussillon est constitué d'un empilement de 350 mètres de sable et d'argiles datant de l'ère pliocène, surmontés d'alluvions déposées au quaternaire. Son fonctionnement est complexe. Le chercheur, piézomètre électrique à la main, contrôle le niveau de remplissage de chaque installation. « On aurait pu penser que, avec la proximité du littoral, le fond du plus profond de nos puits serait occupé par de l'eau de mer, plus dense. Mais, c'est le contraire : plus l'on descend, plus l'eau est douce! », souligne-t-il.
Quelque part dans le sous-sol, les nappes d'eau douce souterraine cèdent forcément la place à l'eau de mer. Mais les chercheurs ignorent où se situe la zone de transition. Est-ce à l'intérieur des terres ? Ou au large, peut-être comme sur les marges du New Jersey (Etats-Unis) où des systèmes hydrauliques de ce type furent découverts en 2009, à plus de 40 kilomètres du rivage ? « C'est ce que cette campagne va essayer de déterminer en combinant pour la première fois des mesures géophysiques réalisées à terre et en mer », raconte l'hydrogéophysicienne Angélie Portal, du BRGM.
A 22 heures, François Bretaudeau envoie depuis les émetteurs installés dans le camion de forts courants sur deux amas de piquets métalliques plantés dans ce pré, créant un dipôle qui génère un champ électromagnétique. Puis, après avoir déplacé son véhicule, il recommence la manipulation. Il répétera les mêmes gestes pas moins de 14 fois sur autant de paires d'électrodes. Les résultats sont enregistrés par des stations de mesures déployées sur le sol et dans l'eau. L'expérience prend fin à 4 h 30 du matin. Elle avait démarré près de vingt-quatre heures plus tôt, dans le port voisin de Barcarès (Pyrénées-Orientales), avec l'embarquement de l'équipe de la société spécialisée Mappem Geophysics, basée à Saint-Renan (Finistère), à bord du navire Foselev-Agate.
现在,又跨出了一步。拥有巨额资金的 AI 巨头们,在没有直接商业利益的问题上部署了数以千计的人工智能代理。他们对数学结果感兴趣,仅仅是为了展示自己的实力。这些问题成了他们炫耀权力的试验场。长期以来相对免受金钱权力影响的数学,现在正被金钱入侵。这个词或许过于激进,但我确实感受到了一种形式的污染。
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« Meilleure gestion des ressources »
Ce matin-là, l'ingénieur Quentin Daverdisse et ses collègues Paul Dubegny et Corentin Régné avaient gagné la zone de test, face à la plage nord de Saint-Cyprien, et mis à l'eau un câble de 100 mètres soutenu par des bouées et portant deux « poissons » jouant le rôle d'électrodes. Ils avaient injecté du courant dans cette ligne traînée par le bateau et passé l'après-midi à effectuer de lents allers-retours au-dessus des cinq stations réceptrices d'un premier segment de 4 kilomètres. « Elles seront déplacées et immergées plus au large dans les jours à venir, de façon à couvrir une distance totale de 30 kilomètres », avait précisé Quentin Daverdisse, qui modifie la fréquence du signal avant chaque passage. Celle-ci détermine le niveau de profondeur sondé.
La nappe d'eau douce, si elle existe, pourrait se trouver à 300 ou à 500 mètres en dessous du fond de la mer. Où exactement ? C'est ce que l'équipe va essayer d'établir en confrontant les données obtenues à d'autres études. « Nous ne partons pas de rien, observe Simon Védrine, du BRGM, à Orléans. Deux précédentes campagnes océanographiques d'études sismiques en 2000 et en 2025 ont déjà livré beaucoup d'informations sur la cartographie des couches géologiques. Et il est prévu que Mappem Geophysics revienne en avril 2027 réaliser d'autres types de mesures. » Ces données iront alimenter des modèles géologiques développés avec l'aide du laboratoire Geo-Océan (CNRS, Ifremer) et des universités de Montpellier et de Perpignan. Ou seront utilisées par l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles afin de simuler l'histoire du territoire sur 10 millions d'années.
Dans quel but? «Si nous cherchons à caractériser l'aquifère du Roussillon sur sa partie marine, c'est pour mieux comprendre son fonctionnement général en vue de contribuer à une meilleure gestion des ressources en eau de la région», précise Eric Lasseur, coordinateur d'Aquimer. Le projet ne prévoit pas d'établir si ces éventuelles réserves méditerranéennes d'eau douce sont exploitables. Pour le savoir, il faudrait réaliser des forages océaniques et récupérer des échantillons. Mais cela nécessiterait d'énormes moyens financiers.
VAHÉ TER MINASSIAN
重新定义其工作
然而,我并不想将其简单地漫画化。最近,关于六维球体几何问题的一个非常冗长且技术性极强的证明(由 Claude 生成),被一位同事(人类!)用 25 页更易读的内容重新表述了一遍。他在利用 ChatGPT 的同时,从中提取出了核心思想。机器生成了文本,而数学家将证明过程“人性化”了。这究竟是翻译还是新的进展?界限正变得模糊。
Incertitudes sur le futur accélérateur de particules du CERN
PHYSIQUE - Les discussions autour du projet de collisionneur circulaire n'ont pas balayé les inquiétudes. La décision est prévue en 2028
THOIRY (AIN) – envoyée spéciale
Une bonne centaine de personnes ont participé, mercredi 30 septembre, à la salle des fêtes du Creux, à Thoiry (Ain), à la réunion de clôture du débat public sur le projet d'accélérateur de particules du CERN, le Laboratoire européen pour la physique des particules. L'enthousiasme n'était pas au rendez-vous, quatre mois après le lancement, par la Commission nationale du débat public (CNDP), des consultations au sujet du futur collisionneur circulaire (FCC).
«Je ne suis pas si sûre que le projet va voir le jour», a expliqué à cette assistance Ursula Bassler, directrice des relations extérieures du CERN. Dans une salle organisée en «bocal à poissons» (en cercles concentriques), elle s'est retrouvée, avec les autres intervenants, entourée de citoyens habitant le territoire concerné, entre la France et la Suisse. Ces derniers semblent toujours peu favorables à la concrétisation du projet.
«Je n'en suis pas sûre parce que je vois toutes les inquiétudes [suscitées par le projet], dans tous les Etats membres » qui devront se prononcer, a précisé la physicienne des particules franco-allemande, évoquant, entre autres, le financement de cet accélérateur. Mais, « sincèrement », a-t-elle ajouté, « si l'on veut faire quelque chose dans un temps raisonnable et sans perdre le savoir-faire d'un grand projet », le FCC est la « meilleure solution dans un débat international ». Il reste « raisonnable au niveau du potentiel scientifique [des collisionneurs] (...) et est de loin la machine préférée de toute la communauté européenne et, au-delà, de la communauté internationale ».
En face, pourtant, des citoyens s'interrogent toujours. « Que vat-on gagner avec ce projet?, a ainsi interpellé l'astrophysicien David Ehrenreich. Je suis inquiet de voir que l'enthousiasme est complètement absent de toutes les interventions. J'ai moi-même du mal à comprendre ce que cela nous apporterait. Quid des avantages, je ne sais pas, en matière d'aménagement du territoire? »
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盆腔器官脱垂不应再成为一个令人难堪或禁忌的话题
评论 - 四十名议员及 POP France 协会主席呼吁打破相关女性的孤立状态,并重新思考诊疗流程
“盆腔器官脱垂”一词是指一个或多个盆腔(即小骨盆)器官下移至阴道。最常见的情况影响到膀胱、子宫和直肠。根据 2023 年 11 月发表在《加拿大医学会杂志》(Canadian Medical Association Journal)上的一篇文章,大约每两名女性中就有一名患有 POP,但未必能感受到不适。然而,在较晚阶段,器官可能会在处女膜水平形成凸起或突出。
除了这些症状,患病女性被留在孤独之中的现状也增加了巨大的心理痛苦。根据哈恩大学(西班牙)在 2024 年进行的一项国际综合研究,25,8 % 的患病女性表现出抑郁综合征,28 % 表现出焦虑症状。从 POP France 协会成员那里收集的证词显示,这种痛苦程度可能更为严重。
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Le « sujet central » de l'eau
L'ancienne ministre et actuelle députée (Renaissance) de l'Ain Olga Givernet, favorable au projet au point d'en parler d'abord au futur de l'indicatif (elle a été reprise par une femme du public à ce propos, la décision de sa réalisation, ou non, n'étant à ce stade officiellement pas prise) a, quant à elle, jugé que ce projet pouvait être l'«occasion de se projeter sur des infrastructures nouvelles » pouvant améliorer le quotidien des habitants. Elle a ainsi proposé de remettre en activité une voie ferroviaire locale aujourd'hui désaffectée, en vue de permettre le transport des camions sur rail, en particulier ceux chargés de l'excavation des déchets de ce chantier.
Autre ancienne ministre présente, Dominique Voynet, députée (Les Ecologistes) du Doubs, a admis que le projet porté par le CERN et par Réseau de transport d'électricité (RTE) était « sans doute » intéressant d'un point de vue scientifique. « Dans le contexte budgétaire, diplomatique, scientifique, actuel, est-ce ma priorité des priorités ? Eh bien peut-être pas. »
« On ne voit pas ce projet comme un projet scientifique seulement. On le voit comme un chantier » que le territoire « ne peut pas absorber », a pour sa part avancé Jérémie Courlet, maire (sans étiquette) de la petite commune de Minzier (Haute-Savoie). « Dès qu'ils ont assez d'informations sur ce projet, les gens s'inquiètent», dit-il. «Cela veut dire que, plus il y a d'informations, plus il y a d'opposants?», lui a demandé Claire Bouteloup, membre de l'équipe de la CNDP. «Je pense, oui», a répondu l'élu, évoquant par ailleurs la problématique de l'eau. «Des communes se font ravitailler en eau en ce moment par des camions-citernes. C'est un sujet central. » De fait, le FCC en consommerait environ 1,9 million de mètres cubes par an pour son exploitation, soit l'équivalent d'un an de consommation d'une ville de 35 000 habitants.
Le maire (LR) de Gex (Ain), Patrice Dunand, a, quant à lui, vanté la « vraie culture CERN » de son département: « Nous avons peut-être beaucoup moins de craintes et d'a priori que d'autres sur ces projets. » Mais « cela n'empêche pas d'avoir la même vigilance sur des considérations qui ne sont pas accessoires », a-t-il ajouté, citant la question du logement et, lui aussi, celle de l'eau qui «inquiète beaucoup» la population.
Lors des différents événements organisés dans le cadre de ce débat public, environ 2500 participants ont été comptabilisés (dont certains se sont déplacés à plusieurs reprises). David Chevallier, membre de la CNDP, président du débat, admet « un peu de déception » face à l'affluence lors de cette ultime réunion. Mais, reconnaît-il aussi, « c'est difficile de se projeter aujourd'hui sur un projet pareil », alors que les interrogations sur l'état de la France, de l'Europe et du monde, sont nombreuses. La décision de réaliser, ou non, ce projet sera prise par le conseil du CERN rassemblant 25 Etats membres, dont la France et la Suisse. Elle est attendue en 2028, au plus tôt, pour un lancement éventuel au milieu des années 2040.
Un trio récompensé pour sa technique d'activation des neurones par la lumière
NEUROSCIENCES - Les trois lauréats, Georg Nagel, Peter Hegemann et Karl Deisseroth, sont parvenus à manipuler des catégories de cellules nerveuses grâce à leurs travaux sur l'optogénétique
Georg Nagel, à Wurtzbourg (Allemagne). HO/RUDI MERKL/VIA REUTERS
Peter Hegemann, à Berlin, en 2021. UNI. ZU BERLIN VIA REUTERS
Percer les secrets du cerveau en manipulant les neurones. C'est pour la mise au point de l'optogénétique, une technique très ingénieuse permettant de réaliser cet exploit, que sont récompensés, lundi 5 octobre, les trois lauréats du prix Nobel de physiologie ou médecine 2026 : l'Américain Karl Deisseroth et les Allemands Peter Hegemann et Georg Nagel. Une stratégie brillante et audacieuse qui tire ses superpouvoirs d'un pacte inattendu entre deux elfes, le génie génétique et l'optique, créant cette « fée lumineuse » aussi précise que puissante.
Karl Deisseroth, à Stanford (Californie), en 2021. JIM GENSHEIMER/AFP
L'enjeu est double: comprendre comment le cerveau forme les souvenirs, les émotions, les comportements; mais aussi développer des traitements contre des troubles de la vision ou diverses maladies neurologiques ou psychiatriques. En 2021, un tout premier patient aveugle, atteint de rétinite pigmentaire, une maladie qui touche près de deux millions de personnes dans le monde, a pu recouvrer une partie de la vision grâce à un traitement optogénétique.
« C'est une récompense très méritée que tous les spécialistes attendaient », se réjouit l'ophtalmologue José-Alain Sahel, fondateur et ancien directeur de l'Institut de la vision, à Paris, aujourd'hui à l'université de Pittsburgh (Etats-Unis), qui a codirigé l'essai clinique mené sur ce patient aveugle.
反物质首次在卡车中运行了近两个小时。这是一项极其精细的操作,因为反粒子虽然与对应的粒子质量相同,但电荷相反,一旦接触到物质就会立即消失。负责 BASE 实验(Baryon Antibaryon Symmetry Experiment,重子-反重子对称实验)的团队开发了一种电磁陷阱,在极高真空环境下将 92 个反质子维持在远离仪器壁的状态。
此次合作的目标是在 CERN 之外,在受电磁干扰较小的实验室中进行精密测量。
DAVID LAROUSSERIE
Patrick Michel,于尼斯,5月29日。SYSPEO / SIPA
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Une aventure fascinante
C'est, en réalité, une aventure fascinante que met à l'honneur le comité Nobel. Mais avant de la relater, il faut rendre hommage à un visionnaire: le Prix Nobel 1962 Francis Crick, codécouvreur de la structure de l'ADN. Dès 1979, il prédit que, pour progresser dans l'étude du cerveau, il faudrait pouvoir « allumer » et « éteindre » des neurones à la demande. Et pour le faire, « le signal idéal serait la lumière », ajoutait-il.
En 2002, trois biophysiciens de l'Institut Max-Planck, en Allemagne – Peter Hegemann et Georg Nagel et Ernst Bamberg, un des grands oubliés de ce prix – annoncent avoir percé un secret: comment une algue unicellulaire (Chlamydomonas reinhardtii) parvenait-elle à se diriger vers la lumière? Sa membrane, découvrent-ils, est dotée d'une molécule sensible à la lumière, une opsine. Celle-ci forme un canal qui s'ouvre en présence de lumière verte, laissant alors entrer des ions positifs dans la cellule de l'algue... ce qui la propulse vers les zones éclairées.
Puis, en 2003, le trio décrit une opsine particulière, la channelrhodopsine-2 (CR2), qui ne s'ouvre que sous l'effet d'une lumière bleue. Soulignons que notre œil est lui aussi doté d'opsines. « Mais elles fonctionnent très différemment de celles utilisées en optogénétique », précise Claire Wyart, biophysicienne et neurobiologiste à l'Institut du cerveau, à Paris.
C'est alors qu'entre en scène un psychiatre américain, Karl Deisseroth, de l'université Stanford (Californie), et son postdoctorant Edward Boyden – autre oublié de ce prix Nobel. « Découvrant le travail de l'équipe allemande, il la contacte pour obtenir leur gène de l'opsine », raconte Claire Wyart. Et se lance un défi: appliquer cet outil à l'étude des circuits cérébraux. Grâce à un virus, l'équipe de Stanford réussit à introduire le gène de la CR2 dans des neurones de souris en culture. Ces cellules répondent alors à la lumière! Ce travail sera publié en 2005 dans Nature Neuroscience. Cité plus de 2100 fois, il propulsera le duo américain sur le devant de la scène.
Mais comment cibler les seuls neurones dont on veut contrôler l'activité? C'est là qu'intervient le génie génétique. Les chercheurs vont placer le gène de l'opsine CR2 sous le contrôle d'une « adresse génétique », afin d'atteindre les neurones visés. Puis ils vont introduire cette construction génétique dans un « vecteur », un virus rendu inoffensif. Une fois injecté dans l'œil ou le cerveau d'un animal, le virus infectera les neurones. Seuls ceux qui auront été ciblés de la sorte produiront la fameuse opsine.
En suivant cette approche, les chercheurs de Stanford parviennent, en 2007, à activer des neurones dans le cerveau de souris vivantes. Mieux encore, ils introduisent ce gène dans un type de neurones qui contrôle les mouvements. En les illuminant à l'aide d'une fibre optique introduite dans le cerveau, ils réussissent à contrôler les mouvements des vibrisses de ces rongeurs. Karl Deisseroth nomme cette technique « optogénétique ». Restait à trouver le moyen d'inhiber les neurones. Entre en scène une archéobactérie, dotée d'une protéine qui, une fois activée par une lumière jaune, laisse pénétrer des ions négatifs dans le neurone – qu'elle éteint alors.
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“小行星科学正处于黄金时代”
访谈 —— 法国天体物理学家 Patrick Michel 回顾了旨在分析某些天体可能坠落地球所带来风险的各项任务
Patrick Michel 是法国国家科学研究中心(CNRS)蔚蓝海岸天文台的研究主任,同时也是 Hera 任务(欧洲空间局,ESA)和 Ramses 任务(ESA 与日本宇宙航空研究开发机构,JAXA)的科学负责人,这些任务旨在为地球防御来自天空的威胁做准备。他是《行星防御对抗小行星》(Odile Jacob 出版,208 页,23,90 欧元)一书的作者。
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Querelles de paternité
«La technique s'est rapidement démocratisée dans les laboratoires, car tout est arrivé en même temps : les virus pour délivrer les gènes des molécules photosensibles dans des cellules spécifiques, mais aussi les LED pour conduire la lumière dans les tissus cérébraux par fibre optique», se souvient Alexandre Mourot, chercheur Inserm à l'Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris, un des premiers à importer, en 2012, l'optogénétique en France. «Karl Deisseroth a eu l'intelligence de partager gratuitement ses outils. Il proposait aussi des ateliers à Stanford pour se former», dit-il.
La technique, cependant, s'est vite trouvée au cœur d'intenses querelles de paternité. En 2013, le Brain Prize récompensera d'ailleurs six chercheurs: outre les trois lauréats du prix Nobel 2026, il honorait aussi Edward Boyden, Ernst Bamberg et Gero Miesenböck (université d'Oxford, Royaume-Uni), le premier à démontrer qu'il était possible de contrôler l'activité des neurones avec de la lumière. Pour autant, «c'est vraiment Peter Hegemann qui a découvert le fonctionnement des opsines qui seront utilisées en optogénétique. Ensuite, Karl Deisseroth a collaboré avec lui pour les optimiser en vue de développer des applications en neurosciences», précise Claire Wyart.
Pour quelles applications? En neurosciences, l'optogénétique a ouvert une « nouvelle ère », estime le comité Nobel de l'Institut Karolinska, à Stockholm. Celle du décryptage des circuits neuronaux en jeu dans la mémoire, la peur, l'éveil, l'attention, le système de récompense, la régulation du rythme circadien, la douleur, la locomotion, le déclenchement de la fièvre, mais aussi dans les dérèglements de l'humeur ou les troubles addictifs... les exemples foisonnent.
Parmi les découvertes marquantes, l'équipe de Karl Deisseroth parviendra, en 2012, avec le Japonais Susumu Tonegawa, à activer un « engramme » mnésique dans le cerveau de souris – un des circuits neuronaux assurant le stockage d'un souvenir, lié ici à la peur.
«Le cerveau humain adulte compte environ 90 milliards de cellules nerveuses, chacune formant des milliers de connexions avec d'autres cellules nerveuses, explique l'Institut Karolinska. Grâce à l'optogénétique, les chercheurs peuvent désormais déterminer précisément quelles cellules nerveuses, au sein d'un faisceau complexe, contrôlent différentes fonctions cérébrales. »
La technique permet aussi de cartographier les fonctions cellulaires en dehors du cerveau. L'équipe de Karl Deisseroth, toujours elle, a ainsi montré que le rythme cardiaque influence nos émotions: un effort accru du cœur, par exemple, peut renforcer l'anxiété.
Qu'en est-il des applications médicales? L'optogénétique « a permis de mieux comprendre les caractéristiques distinctives de troubles psychiatriques et neurologiques comme la dépression, l'anxiété, la schizophrénie, la maladie d'Alzheimer et la maladie de Parkinson », ajoute l'instance suédoise.
Pour l'heure, l'enjeu le plus évident est la restauration de la vision, l'œil étant la seule partie du cerveau directement accessible à la lumière. Un des pionniers, à cet égard, est le médecin et mathématicien suisse Botond Roska, de l'Institut Friedrich-Miescher de recherche biomédicale, à Bâle (Suisse). En 2010, avec l'équipe de José-Alain Sahel, alors directeur de l'Institut de la vision à Paris, il a copublié une étude montrant comment restaurer l'activité de photorécepteurs chez des souris aveugles.
En 2021, une étape cruciale est franchie par cette équipe : un tout premier patient, dans le cadre d'un essai clinique, a bénéficié de cette technique. Devenu aveugle à la suite d'une rétinite pigmentaire, une maladie qui détruit les cellules photoréceptrices de la rétine, il a pu distinguer et saisir des objets sur une table grâce à l'insertion d'une opsine dans sa rétine, moyennant le port de lunettes spéciales émettrices de lumière. La suite de cet essai, « sur dix patients, devrait être très prochainement publiée », glisse José-Alain Sahel.
C'est, en réalité, une série bien plus large de promesses thérapeutiques qu'ouvrent les découvertes réalisées grâce à l'optogénétique. Il reste impossible, pour l'heure, d'agir ainsi directement sur le cerveau humain : les os du crâne ne laissent pas passer la lumière. «Mais grâce aux connaissances acquises chez l'animal, nous pouvons développer des techniques non invasives, comme la stimulation magnétique transcrânienne ou les ultrasons, pour cibler les circuits qui dysfonctionnent dans diverses maladies neurologiques ou psychiatriques», assure Claire Wyart.
HERVÉ MORIN
ET FLORENCE ROSIER
TÉLESCOPE
PALÉONTOLOGIE
Un cousin disparu du yak découvert grâce à son ADN
Une espèce de bovin jusqu'alors inconnue, aujourd'hui disparue, a été identifiée grâce à des traces d'ADN trouvées dans des fragments d'ossements tirés de la grotte sibérienne de Denisova et de sites alentour. Les analyses génomiques conduites par une équipe internationale dirigée par Love Dalén (université de Stockholm) suggèrent qu'il s'agissait d'un proche parent du yak. Les deux espèces auraient commencé à diverger il y a 400 000 ans, avant de se séparer il y a 250 000 ans. Les 20 génomes reconstitués montrent une perte de la diversité génétique il y a environ 120 000 ans, lors de la période interglaciaire – comme si ce réchauffement avait nui à un animal adapté au froid. Le spécimen le plus récent date de 27 000 ans, et les chercheurs estiment que l'espèce, à laquelle ils n'ont pas encore donné de nom, a disparu peu après.
» J. Oppenheimer et al., « Current Biology », 5 octobre
BACTÉRIOLOGIE Le staphylocoque doré amateur de lait
Les propriétés du staphylocoque doré, germe responsable de nombreuses infections en médecine humaine et vétérinaire, dépendent de l'environnement où il se développe, selon une étude menée à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). Dans un milieu lacté, la bactérie incorpore des protéines du lait dans sa membrane, ce qui la rend trois fois plus épaisse que lorsqu'elle a été en croissance dans du sérum. En outre, les lipides du lait stimulent la production de pigment, ce qui entraîne une augmentation de virulence du staphylocoque doré et une plus grande résistance au stress oxydatif. Au total, selon les expériences des chercheurs, cette bactérie est plus résistante aux antibiotiques prescrits pour une mastite (infection des glandes mammaires) quand elle s'est développée dans du lait. Un paramètre possiblement à prendre en compte pour le traitement de ces infections.
Léguillier et al., « Communications Biology », 1er octobre
ASTRONOMIE Découverte d'une planète de « seconde génération »
de « seconde génération »
Une équipe internationale pense avoir observé une planète en formation à partir de la matière éjectée par une étoile en fin de vie, ce qui serait une première. Les astronomes ont travaillé à partir des données récoltées par le télescope spatial Hubble sur la naine blanche HS 0209 + 0832. Celle-ci présente une atmosphère ayant une signature chimique très inhabituelle. Or, les naines blanches, qui sont le cœur effondré d'étoiles ayant épuisé leur combustible, attirent la matière des planètes voisines. Cette signature chimique, qui renseigne sur les planètes en orbite, est généralement dominée par des éléments constitutifs des roches, comme le silicium et le fer. Ici, la présence d'hélium et l'absence d'éléments rocheux terrestres suggèrent que la naine blanche accrète de la matière provenant d'une planète géante gazeuse, notent les chercheurs.
J. Williams et al., « Nature Astronomy », 5 octobre
Un test urinaire améliorerait le diagnostic du cancer de la vessie
Des chercheurs de l'université Stanford et du centre hospitalier Palo Alto, en Californie, ont mis au point un nouveau moyen de diagnostiquer le cancer de la vessie. Ce test urinaire permet aussi de prédire l'efficacité d'une immunothérapie ou d'une chimiothérapie et d'évaluer la réponse au traitement. Plutôt que de rechercher les mutations liées au cancer dans l'ADN, comme le font les biopsies de sang et d'urine, ce test mesure directement l'ARN messager émis par les cellules tumorales. L'avantage, c'est que l'ARN reflète les gènes qu'une cellule cancéreuse utilise activement, ce qui permet de capturer le comportement d'une tumeur en plus de sa présence. L'étude s'est appuyée sur 683 échantillons d'urine de patients et a correctement détecté 95 % des cancers.
K. Liu et al., « Nature Medicine », 2 octobre
| Depuis 1970 | Depuis 1988 | Depuis 1995 | Le STAI (State-Trait Anxiety Inventory)40 questions qui évaluent l'anxiété. | Le PSS-10 (Perceived Stress Scale)10 questions qui évaluent la perception de stress chronique ou récent. | Le DASS (Depression Anxiety Stress Scale)21 questions dans la version courte évaluant des symptômes combinés. | # Six actions pour contrer le stress étudiées par les chercheurs
▶ SUITE DE LA PREMIÈRE PAGE
Le corps est mobilisé: le rythme cardiaque et la pression artérielle augmentent, la sudation s'accroît et l'activation de l'axe hormonal du stress peut entraîner une élévation d'une hormone, le cortisol.
Partout dans le monde, des chercheurs explorent des pratiques apaisantes simples et rapides. Sans minimiser leurs limites scientifiques. De fait, aucun biomarqueur unique du stress n'a été identifié. Pour cerner un état de tension, ces scientifiques multiplient les mesures quantitatives sur et dans le corps, et demandent de remplir des autoquestionnaires psychométriques avant et après ces pratiques.
Ces recherches, souvent de petite taille et conduites avec des moyens limités, sont scientifiquement faillibles. « Elles reposent sur des preuves de concept, ce que l'on appelle des "signaux d'effets", mais il faudrait dépenser des fortunes pour atteindre des niveaux de preuve tels que ceux exigés dans l'industrie du médicament », explique Thomas Similowski. Ce pneumologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), également professeur à faculté de santé Sorbonne Université, a pu observer cliniquement les effets apaisants de certaines microactions, du contrôle de la respiration au toucher bienveillant ou à la pratique de la méditation. « Ces approches ne sont pas des soins, mais elles ont pour objectif confort et prévention, note-t-il. Comme il n'y a aucun profit évident à la clé, il est difficile de financer ces recherches. »
De nombreux scientifiques utilisent ces approches pour aider des personnes malades à mieux gérer leur stress. Mais il s'agit ici d'estimer l'effet sur des personnes bien portantes. Or, le poids scientifique des études les concernant est plus faible. « Ces pratiques destinées à une population générale peuvent avoir des effets qualifiés statistiquement de "petits à modérés", mais cela n'invallide en rien leur efficacité, observe le professeur en pédopsychiatrie et chercheur en épidémiologie Cédric Galera (hôpital Charles-Perrens, Inserm, université de Bordeaux). L'effet, réel, est encore plus marqué chez certains individus. »
Tour d'horizon de six pistes explorées par les chercheurs, boîte à outils à disposition pour alléger le stress au quotidien.
Le contrôle du souffle est une pratique apaisante mentionnée dans des textes indiens depuis des siècles. Accessible à tout un chacun, il consiste à ralentir sa respiration afin que celle-ci soit cohérente avec le rythme cardiaque.
« L'idéal est de le faire en gonflant le ventre pour une meilleure amplitude respiratoire », précise Thomas Similowski. A raison de six respirations par minute, soit un cycle de cinq secondes d'inspiration et cinq secondes d'expiration, « se produit un phénomène de résonance dans l'organisme », poursuit le cofondateur de la Fondation du souffle, qui lutte contre les maladies respiratoires. « Les deux ondes de régulation du nerf vague, l'une directe, liée au tronc cérébral, et l'autre indirecte, liée à la régulation de la pression artérielle, se synchronisent. L'activité du système nerveux parasympathique, le frein physiologique du corps, est maximisée, ralentissant instantanément le cœur et faisant chuter le cortisol. » L'application gratuite Respirélax+, véritable guide de respiration développé par les thermes d'Allevard (Isère) pour se relaxer, a été téléchargée par quatre millions de personnes depuis son lancement, en 2012.
Pour un effet encore plus apaisant, il est préférable de privilégier la respiration par le nez, ajoute Thomas Similowski. L'air, ainsi réchauffé et humidifié, « protège le poumon profond de 90 % des impuretés et stimule les cils olfactifs branchés de manière directe sur le cerveau. Ce couplage mécanique exacerbe les effets du contrôle respiratoire sur le système nerveux ».
Une équipe de l'université de Hongkong a sélectionné 31 publications présentant des mesures quantitatives sur plus d'un millier de personnes en bonne santé. Leur méta-analyse, publiée en 2024, souligne que cette pratique fait diminuer la pression artérielle systolique et que le rythme du cœur varie davantage d'un battement à l'autre, signe d'une meilleure adaptabilité. Les effets sur le stress, mesurés par autoquestionnaires, sont « plus modestes » et « des recherches plus approfondies » seront nécessaires, disent les auteurs. « Ces exercices doivent trouver leur place dans une médecine intégrative pour soulager, mais il faut veiller à ne pas les survendre ni à les surinvestir, renchérit Thomas Similowski. Ils apportent un soutien précieux pour gérer des situations d'anxiété, mais ils ne remplacent pas les traitements médicaux et ne guérissent pas les pathologies somatiques ou les causes profondes d'un problème social. »
Sport en salle accueillant plus de 75 millions d'abonnés en Europe, course à pied devenue « running connecté » et séduisant le quart de la population française..., l'essor de l'exercice physique reflète une aspiration croissante, chez certains, vers plus de santé et de bien-être.
Depuis 1985, date à laquelle le professeur William Morgan (université de Wisconsin-Madison, Etats-Unis) a publié son étude pionnière sur l'exercise psychology, une kyrielle de travaux scientifiques documente l'apport du sport pour réduire stress et anxiété. Une nouveauté : de récentes recherches soulignent qu'il n'est pas besoin de pratiquer des heures durant pour se sentir plus détendu.
Vélo d'appartement, montée d'escaliers... Une seule séance d'exercice physique peut réduire modestement l'anxiété, montrent deux méta-analyses publiées en 2015 (Ensari et al.) et en 2024 (Weinstein et al.). « Pendant longtemps, on a cru qu'il était nécessaire d'exercer une activité endurante, constate l'ancien spécialiste du 1500 mètres Fabien Legrand, enseignant-chercheur en psychologie de l'activité physique à l'université de Reims (Marne). On sait désormais que même des séances de renforcement musculaire ou de zumba, plus courtes et plus intenses, sont efficaces. »
Une recherche (Ginty et al., 2026) réalisée auprès d'un petit groupe de vingtenaires en bonne santé suggère que dix minutes d'exercice intense, à 70 % de la fréquence cardiaque maximale, ont un effet apaisant. « On peut estimer sa fréquence cardiaque maximale en soustrayant son âge au chiffre 220. A 53 ans, ma fréquence cardiaque maximale se situe autour de 170 à 175 battements par minute », raconte Fabien Legrand, conseiller scientifique de l'association Je bouge pour mon moral.
Que se passe-t-il biologiquement pendant l'effort? « L'augmentation du flux sanguin cérébral permet une meilleure irrigation du cerveau. Certaines réponses neuro-hormonales comme la libération d'adrénaline et de noradrénaline, génèrent un état d'éveil, écrivent les auteurs de la métaanalyse de 2024. L'exercice engendre également une hausse des niveaux de bêta-endorphines et de sérotonine, molécules chimiques du cerveau intimement liées aux sensations de plaisir, d'apaisement et de régulation de l'humeur. » Point de certitudes absolues, cependant. « Les preuves de chacun de ces chemins biologiques pris individuellement ne sont pas encore robustes dans la littérature scientifique. Il faut plutôt envisager un effet combiné de ces modifications biologiques. »
Nous ne sommes pas tous égaux face à la musique. Les hyperhédoniques ont un besoin quasi obsessionnel d'en écouter, les anhédoniques peuvent posséder une excellente perception
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动物学
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«CES APPROCHES NE SONT PAS DES SOINS, MAIS ELLES ONT POUR OBJECTIF CONFORT ET PRÉVENTION »
Source : Le Monde • Infographie Le Monde, Laure Belot, Audrey Lagadec
musicale, mais le plaisir de l'écoute, contrairement à d'autres plaisirs, leur est inaccessible. Pour tous, cependant, l'effet de la musique est fulguérant. « En moins de deux secondes, un être humain est capable de comprendre la valence émotionnelle d'un morceau, s'il a été imaginé pour procurer de la joie, de la tristesse ou de la sérénité », relève la neuroscientifique italienne Laura Ferreri.
Pendant ses recherches à l'université de Barcelone (Espagne) en 2019, cette chercheuse, désormais à l'université de Pavie, en Italie, a apporté la première preuve causale d'une véritable mécanique chimique cérébrale : la dopamine gouverne directement le plaisir musical. D'ailleurs, ajoutet-elle, « si nous écoutons pendant trente secondes un passage de notre morceau favori, nous pouvons avoir des frissons ».
La musique ne bloque pas l'apparition du stress, mais elle agit comme un puissant accélérateur du retour au calme. Sous le tempo d'une musique relaxante – le plus efficace se situe entre 60 et 80 battements par minute –, l'alpha-amylase salivaire, marqueur de l'activité du système sympathique, et l'arythmie sinusale respiratoire, marqueur de l'activité parasympathique, reviennent à leur état de repos significativement plus vite que si la personne était restée assise en silence. Une méta-analyse néerlandaise (De Witte et al., 2020) rassemblant 104 essais cliniques confirme une précédente étude de 2004. La musique seule a un effet antistress significatif sur les plans physiologique et psychologique dans un délai bref (de cinq à quinze-vingt minutes, selon les études).
Le cerveau est un « un expert implicite de la perception de la musique », remarque Barbara Tillmann, directrice de recherche au CNRS et coautrice du livre La Symphonie neuronale (HumenSciences, 2020). « Les recherches en neurosciences ont révélé que la musique mobilise un vaste réseau de régions cérébrales interactives qui se synchronisent. Au-delà des seules aires auditives, elle sollicite, par exemple, les régions motrices, le circuit émotionnel et le système de récompense », explique-t-elle. Cette spécialiste poursuit : « Les émotions musicales naissent en partie d'un jeu permanent entre attentes et surprises. Le fait de confirmer, de déjouer ou de réorienter les prédictions de l'auditeur crée des moments musicalement expressifs et des émotions. »
Les auteurs de la méta-analyse de 2020 notent que, « compte tenu des faibles coûts et de l'absence d'effets secondaires des interventions musicales, les effets tranquillisants modérés de la musique sont très significatifs pour la prévention et le traitement des problèmes liés au stress ».
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Lycées : l'exécutif face à la crise qu'il n'a pas vu venir
\- Des dizaines de milliers de lycéens devaient manifester, mardi, dans toute la France, rejoints par des syndicats, des enseignants et des étudiants
\- Leurs revendications, diverses, racontent des préoccupations communes sur leurs conditions d'études, leur avenir et un besoin d'être écoutés
▶ Chez les lycéens mobilisés dans les banlieues, des mouvements politiques sont apparus pour accompagner l'élan. Mais sa genèse a été spontanée - Alors que la tension n'a cessé de croître depuis trois semaines, le gouvernement a, dans un premier temps, donné la priorité à la réponse policière
\- Des jeunes et des policiers ont été blessés. A ce jour, dix enquêtes ont été ouvertes par l'inspection générale de la police
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7-OCTOBRE
« Je suis devenu l'esclave du Hamas »
Omer Shem Tov
a été détenu pendant
505 jours à Gaza.
Depuis sa libération
en 2025, il raconte,
en Israël et dans le
monde, ce qu'il a vécu
dans les tunnels de
l'organisation islamiste
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M ÉDITORIAL
ISRAËL ET LE TRAUMATISME DU 7-OCTOBRE
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Espace
L'Europe manque
toujours de fusées
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Pollution
Cadmium : vers
une réduction
des taux dans
les engrais
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Campus
L'appel de
l'étranger pour
les chercheurs
sans poste
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Cinéma
Le charme étrange de « Butterfly Jam », du cinéaste russe Kantemir Balagov
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Etats-Unis
Une affaire
de viol révolte
le campus
de Cornell
Présidentielle
La campagne
percutée par le
poids de la dette
Matignon prévient qu'une hausse du déficit budgétaire entraverait l'action du prochain chef de l'Etat, alors que les candidats s'opposent sur les mesures à prendre
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Economie « Avec la Chine les déséquilibres s'accentuent »
Pascal Lamy, ex-directeur de l'Organisation mondiale du commerce, propose un nouvel outil pour réduire les déséquilibres commerciaux avec Pékin
Une jeune femme, qui avait affirmé avoir été droguée et violée en 2024 par sept membres d'une fraternité de la prestigieuse école, a saisi la Cour suprême de l'Etat de New York
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Assassinée en 2006, la célèbre reporter russe n'a cessé d'alerter avec une incroyable lucidité sur la nature profonde de Vladimir Poutine
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Festival Lumière – 10/18 octobre, Lyon
Le rendez-vous mondial du cinéma classique
Des étudiants défilent sur le campus de l'université de Cornell, à Ithaca, dans l'Etat de New York, le 5 octobre.
LAUREN PETRACCA/
REUTERS
Le campus de Cornell choqué par la gestion d'une affaire de viol
Une jeune femme affirme avoir été droguée et violée en 2024 par sept membres d'une fraternité de la prestigieuse école américaine
ITHACA (ÉTAT DE NEW YORK) - envoyé spécial
Un impressionnant cortège de plusieurs milliers d'étudiants débouche, lundi 5 octobre, sur l'allée principale de l'université de Cornell, à Ithaca, dans le nord de l'Etat de New York. Les manifestants se massent sous les fenêtres du bureau de Michael Kotlikoff, le président de l'établissement, des enceintes sont installées et les orateurs se succèdent au micro pour demander sa démission.
L'homme est accusé par la foule d'avoir étouffé des accusations de viol en réunion dans les locaux d'une fraternité étudiante, une affaire qui secoue la prestigieuse université depuis deux semaines. Les répercussions se font ressentir sur tous les campus américains et elles prennent désormais une tournure politique, autour du traitement judiciaire des affaires de violences sexuelles aux Etats-Unis.
« Tout le monde est révolté, c'est le seul sujet dont on parle, les gens veulent des changements concrets, et ils sont visiblement prêts à faire énormément de choses pour les obtenir, raconte Kaori Quan, étudiante en doctorat d'histoire à Cornell, chargée de travaux dirigés et membre de l'Union des étudiants de second cycle. Je me sens profondément en insécurité à l'idée d'avoir potentiellement dans mes cours des personnes qui ont commis ce genre de crime. » A ses côtés, son amie arbore un badge « Virez Kotlikoff ».
Les slogans et les chants témoignent de la colère étudiante. L'ambiance feutrée du superbe campus de Cornell, suspendu au-dessus des gorges de la rivière Cascadilla, sur les hauteurs d'Ithaca, a radicalement changé depuis les révélations de CBS News, le 16 septembre. L'affaire remonte à 2024 et était vaguement connue dans les allées de l'université, selon les étudiants interrogés. Mais la publication des détails de sa gestion par l'université et la justice locale a provoqué la fureur générale.
Selon les documents judiciaires parus dans les médias américains, une étudiante de deuxième année, désignée sous le pseudonyme «Jane Doe», accuse sept membres de la fraternité Chi Phi de l'avoir violée. Son témoignage, ainsi que celui des sept agresseurs présumés, interrogés
Côté judiciaire, le procureur adjoint du comté de Tompkins n'a pas déclenché d'enquête et a classé l'affaire en 2024 par les autorités universitaires, permettent de reconstituer en partie les faits survenus pendant une soirée arrosée.
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Vie fracassée
Après avoir bu quelques verres dans le bâtiment de sa sororité (une organisation étudiante réservée aux femmes) et dans des bars de la ville d'Ithaca, Jane Doe accepte de retrouver un étudiant dans le dortoir de sa fraternité pour un premier acte sexuel consenti. Ce dernier lui propose de boire à nouveau et de prendre de la kétamine, une drogue répandue dans les soirées estudiantines. Il propose également qu'un de ses condisciples se joigne à eux, ce qu'elle accepte.
Sous l'effet des stupéfiants, Jane Doe perd peu à peu ses moyens. L'un des deux garçons envoie alors un message sur une boucle des étudiants de la fraternité pour les inciter à monter et à avoir une relation sexuelle avec elle. « Chatte en libre-service à l'étage », écrit-il à ses amis. Cinq autres étudiants se relaient dans la chambre. « Le magasin est toujours ouvert ? », s'enquiert l'un d'entre eux dans la nuit. « Ouais », lui répond un autre. Jane Doe affirme qu'elle n'était plus en état de réagir et qu'elle n'a pas consenti à tous ces actes.
Ses différents messages dans les jours qui suivent montrent qu'elle a mis du temps à réaliser ce qui lui était arrivé. Trois semaines après la soirée, elle signale les faits à la police du campus. L'université s'empare alors de l'affaire dans le cadre du « titre IX », une démarche spécifique aux Etats-Unis, qui délègue aux établissements la responsabilité de traiter les violences sexuelles, d'un point de vue disciplinaire, afin que les victimes se sentent en confiance et puissent s'exprimer. L'inverse semble s'être produit.
Après avoir entendu toutes les parties – cinq des sept mis en cause ont reconnu avoir eu un rapport sexuel mais ils ont assuré qu'il avait été consenti –, l'université a distribué les réprimandes à la rentrée 2025: les deux premiers étudiants ont été expulsés; un autre était déjà diplômé et a été interdit de remettre les pieds sur le campus pendant trois ans; les quatre derniers ont reçu des sanctions allant d'une suspension de plusieurs semestres à la rédaction d'un essai ou à l'étude des violences sexuelles.
Côté judiciaire, le procureur adjoint du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, n'a pas déclenché d'enquête et a classé l'affaire. Il affirme n'avoir jamais reçu le document de la police du campus mentionnant l'accusation explicite de «viol» et les captures d'écran des messages. La police assure pourtant avoir transmis les éléments. Contacté, Matthew Van Houten n'a pas répondu.
Jane Doe, dont la vie a été fracassée, a abandonné ses études, selon son avocat, Thomas Giuffra, qui n'a pas répondu aux sollicitations du Monde. En septembre, elle a décidé de porter sa plainte au niveau de la Cour suprême de l'Etat. Celle-ci vise tout à la fois les sept étudiants, l'université de Cornell et la fraternité Chi Phi.
Devant l'ampleur prise par l'affaire, les responsables politiques s'en sont mêlés. Le 1 $^{er}$ octobre, la gouverneure démocrate de l'Etat de New York, Kathy Hochul, a désigné la procureure générale de New York, Letitia James, pour reprendre en main les investigations. Une décision qui n'a pas échappé à Donald Trump, qui voue à la gouverneure une haine féroce depuis qu'elle a obtenu sa condamnation au civil dans l'affaire de la surévaluation de son
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Derrière cette affaire, c'est le débat post-#MeToo qui se rejoue en partie, avec un nouveau mot d'ordre: « Je suis Jane Doe »
patrimoine immobilier. « Letitia James est une personne corrompue. Elle est totalement corrompue. Et je me sens désolé pour quiconque se retrouve dans son viseur, parce qu'ils n'auront pas un procès équitable », a réagi le président américain.
Derrière cette affaire, c'est le débat post-#MeToo qui se rejoue en partie, avec un nouveau mot d'ordre qui a envahi les réseaux sociaux : « Je suis Jane Doe ». D'un côté, il y a ceux qui dénoncent une justice qui protège les agresseurs et des universités qui font tout pour éviter les scandales. De nombreux manifestants de Cornell arboraient, lundi, des pancartes faisant référence aux 1200 signalements pour violences sexuelles reçus par l'université entre 2018 et 2024... pour seulement sept expulsions. De l'autre, nombreux sont ceux qui dénoncent un procès médiatique, dans lequel les accusés sont condamnés par avance, sans avoir pu se défendre. Le nom des sept mis en cause a été publié dans la presse américaine, et plusieurs personnes ont tenté de révéler l'identité de Jane Doe sur les réseaux.
Andrew Miltenberg, avocat de l'un des étudiants qui ont pénétré dans la chambre après avoir vu le message de leur camarade – cet étudiant reconnaît un acte sexuel mais nie tout viol –, s'inquiète auprès du Monde de cette dissymétrie: « Une accusation, lorsqu'elle est répétée à l'envi dans les titres de presse, sur les réseaux sociaux et dans les déclarations de responsables publics, peut se figer en un verdict avant même que les preuves n'aient été pleinement examinées. » Les autres avocats n'ont pas répondu ou n'ont pas pu être identifiés par Le Monde.
Le scandale éclabousse également les fraternités, symboles de la culture de la fête à outrance, qu'on appelle la Greek life sur les campus. Ces organisations, baptisées avec des lettres de l'alphabet grec, sont indissociables du fonctionnement des universités américaines. La fraternité Chi Phi mise en cause est présente à Cornell depuis 1868, trois ans après la création de cet établissement, le plus récent de l'Ivy League. Elle a été expulsée à la suite de l'affaire. Lors de la manifestation, lundi, de nombreuses pancartes demandaient que toutes les fraternités soient bannies.
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« Faux récit »
«La Greek life est un pilier du campus, mais c'est aussi une source majeure de violences sexuelles, explique Jack Huber, 19 ans, membre de l'Association des étudiants pour un Cornell démocratique, à l'origine du rassemblement. L'université ne veut pas s'attaquer aux fraternités parce qu'elles et leurs anciens élèves comptent parmi ses plus grands donateurs. C'est un système où les fraternités dépendent de l'administration pour être protégées, et l'université dépend d'elles pour leurs dons. »
Interrogée par Le Monde sur toutes les mises en cause, l'université de Cornell a renvoyé à une vidéo de son président, Michael Kotlikoff, promettant une inspection indépendante sur la gestion de l'affaire, et un communiqué du vice-président aux relations publiques, Kyle Kimball: «Toute affirmation selon laquelle l'université n'aurait pas infligé de sanctions significatives aux personnes impliquées est fausse. Alimenter ce faux récit selon lequel il n'y aurait eu que des conséquences minimes dans cette affaire est irresponsable: cela renforcera le sentiment d'insécurité des victimes, freinera leur sentiment d'être soutenues et perpétuera le sous-signalement des agressions sexuelles. »
Un message qui ne passe pas sur le campus. Les étudiants ont déjà appelé à une nouvelle mobilisation mercredi, avec un sit-in de sept heures. Soit le temps qu'a duré le calvaire de Jane Doe dans la chambre de la fraternité.
Pris en otage par l'organisation islamiste, Omer Shem Tov a été retenu 505 jours à Gaza
RENCONTRE
HERZLIYA (ISRAËL) - envoyé spécial
Omer Shem Tov était en vacances en Grèce en septembre. L'ancien otage de 23 ans, retenu
en captivité pendant 505 jours par le Hamas, raconte comment, trois ans après, un flash-back l'a brutalement renvoyé au 7 octobre 2023, puis à sa très longue détention dans les tunnels de l'enclave palestinienne. «J'étais assis dans un restaurant quand le serveur est arrivé derrière moi. Il avait la voix de l'un des terroristes, exactement la même voix. Pendant une seconde, j'ai eu peur, j'ai paniqué, se souvient-il. Je l'ai regardé et j'ai vu que ce n'était pas lui. Mais vous avez l'impression d'y être à nouveau. Vous avez l'impression de voir les terroristes. Tout votre environnement change en une seconde. Vous êtes pétrifié. Vous ne pouvez plus bouger. Votre cœur bat à tout rompre.»
Depuis le 22 février 2025, Omer Shem Tov est physiquement libre. Prisonnier de l'organisation islamiste palestinienne avec cinq autres personnes, il avait fait partie d'une des vagues de libération après un cessez-le-feu provisoire, entré en vigueur en janvier 2025. Mais le traumatisme de sa détention revient régulièrement: «Je dois y faire face presque tous les jours. Certains jours, c'est difficile. D'autres jours, c'est plus facile. Pendant une seconde, on y pense et puis ça disparaît. Mais parfois, on peut vraiment le ressentir, comme si on y retournait, c'est difficile. »
Le destin des 1200 morts et 251 otages a profondément blessé Israël. Même si les derniers détenus à Gaza ont été libérés en octobre 2025, après l'annonce d'un plan de paix par le président américain Donald Trump, la plaie ouverte par le Hamas demeure béante. Plusieurs d'entre eux ont raconté les violences subies, y compris sexuelles. La torture a aussi été psychologique.
« Je suis devenu leur esclave, témoigne Omer Shem Tov, pris en otage alors qu'il participait au festival de musique Nova, à quelques kilomètres de l'enclave palestinienne, le matin du 7-Octobre. Je creusais pour eux à l'intérieur du tunnel. Je transportais des bombes d'un endroit à un autre. Je transportais des quantités folles de nourriture : j'ai porté de mes propres mains au moins, je dirais, 500 cartons d'aide humanitaire, en les répartissant simplement à travers le tunnel. J'avais l'habitude de cuisiner pour eux, de nettoyer pour eux, de creuser pour eux, ils me crachaient dessus, ils me maudissaient. »
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« J'étais affamé »
L'ancien otage raconte avoir été privé de nourriture par ses geôliers dans les tunnels : « J'étais affamé de la manière la plus extrême. On me donnait un morceau de pain par jour, parfois un demi-morceau, et il arrivait même qu'on ne me donne qu'un petit verre, de la taille d'un shot, avec des épices, des herbes sèches, de l'eau salée. » Omer Shem Tov, qui se rêve un destin d'acteur depuis l'âge de 5 ans, indique avoir appris l'arabe au contact de ses ravisseurs, combattants du Hamas.
Il n'exprime pas de désir de vengeance, même s'il n'a aucune pitié pour les «terroristes». « Bien sûr, c'est difficile pour moi de voir la destruction, de voir des enfants et des femmes blessés ou morts. Je ne le souhaite à personne. Vraiment pas, explique le jeune homme. On leur lave le cerveau. Je pense qu'ils sont forcés d'agir contre nous et de soutenir le Hamas. A Gaza, soit vous êtes avec le Hamas, soit vous ne l'êtes pas, et vous êtes mort. »
Omer Shem Tov,
chez lui, à
Herzliya (Israël),
le 9 septembre.
LUCIEN LUNG/RIVA PRESS
POUR «LE MONDE»
Dans son propre itinéraire, la religion l'a sauvé. Plus que la psychologue qui l'accompagne ponctuellement depuis sa libération. «La première semaine là-bas [en captivité], je suis devenu fou. J'avais l'impression d'étouffer. Je ne pouvais pas respirer. J'étais
dans l'obscurité totale. Je ne savais pas quoi faire. Dans ma tête, c'était tellement assourdissant. Au bout d'une semaine, je me suis dit que j'avais deux options. Soit m'enfoncer de plus en plus profondément dans la dépression, la colère et l'incompréhension, soit accepter la situation et faire confiance à Dieu - ou à qui que ce soit d'autre - pour me mettre sur le bon chemin. » Ce qu'il a décrit dans un livre publié fin août (Meeting Myself in Hell, « En enfer, à la rencontre de moimême», Sela Meir Publishers, non traduit).
L'ancien otage a aussi choisi de témoigner en Israël et dans le monde. Même si, parfois, les échanges sont douloureux. Sur les réseaux sociaux, pas un jour ne passe sans que des commentaires viennent raconter qu'il ment ou qu'il est lui-même responsable des morts de Palestiniens à Gaza – près de 74 000 en trois ans.
Lors d'une visite dans une université aux Etats-Unis, une altercation avec un étudiant juif l'a marqué. « Il criait : “Vous commettez un génocide !” » Omer Shem Tov rejette l'accusation: « J'ai vu comment les terroristes du Hamas utilisent la population comme bouclier. J'étais sous une école, par exemple : il y avait tellement de bombes et tellement d'explosifs à côté de moi. » Face à l'adversité, il veut, plus que jamais, continuer à parler: « Avec les gens qui sont avec nous, comme avec ceux qui sont contre nous. » ■ LUC BRONNER
Le Danemark victime d'une fuite historique de données
Copenhagen a révélé, lundi, qu'un piratage avait ciblé les données personnelles de 8,8 millions de personnes, en vie ou mortes
MALMÖ (SUÈDE) - correspondante régionale
Pour comprendre l'ampleur de l'incident, révélé lundi 5 octobre par le ministère de la recherche, de l'éducation et de la numérisation à Copenhague, il faut se rappeler que le Danemark compte 6 millions d'habitants. Or le piratage du Registre central des personnes (CPR), où sont enregistrées les données personnelles de 11 millions de Danois depuis 1968, aurait permis à un acteur non autorisé de mettre la main sur les informations de 8,8 millions de personnes, incluant les résidents du pays, les Danois vivant à l'étranger, ainsi que des personnes décédées.
Selon Jens Myrup Pedersen, professeur à l'université d'Aarhus, spécialiste de la sécurité, il s'agit de «la plus grosse fuite de l'histoire», non seulement en raison du nombre de victimes présumées mais aussi de la quantité d'informations qui auraient été siphonnées. Si les responsables de l'intrusion n'ont pas encore été identifiés, la ministre chargée du numérique, Christina Egelund, a reconnu, lundi, qu'il s'agissait d'un incident de sécurité grave et demandé aux Danois de faire preuve de « vigilance ».
En plus de recenser le numéro d'identification de chaque habitant du royaume, le registre contient de nombreuses informations les concernant: nom, prénom, adresse, profession, date et lieu de naissance, mais aussi leurs liens de parenté, une éventuelle appartenance à l'Eglise luthérienne évangélique d'Etat – dont 70 % des Danois sont officiellement membres – ou une mise sous tutelle.
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Faire preuve de méfiance
D'après Mme Egelund, l'alerte a été donnée le 2 octobre, après que l'administration du CPR a constaté que «des anomalies avaient été détectées dans le système au cours du mois de septembre ». Selon le ministère, le pira-
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Les experts de la cybersécurité critiquent la vulnérabilité du fichier national, créé en 1968, qui centralise de nombreuses informations
tage a eu lieu pendant dix jours, via une société danoise, qui, elle, disposait d'un accès légal pour rechercher des informations dans le fichier national.
Si l'auteur de l'intrusion n'a pas encore été identifié, l'incident a été signalé à l'Autorité de protection des données. Il a aussi donné lieu à une plainte auprès de l'Unité nationale de police chargée de la criminalité grave. Lundi, la ministre chargée du numérique a réuni au Parlement les membres de la commission de l'économie et de la numérisation, et ceux de la commission des affaires étrangères et de la défense.
Mme Egelund a mis en garde les Danois contre les risques de «fraude numérique», et en particulier « l'usurpation d'identité » et le «hameçonnage » (« phishing »), incitant à faire preuve de méfiance : « Si l'on rencontre une personne qui connaît notre nom, notre adresse et notre numéro CPR, et qu'elle s'adresse à nous d'une manière qui peut sembler crédible, [il faut se souvenir] qu'elle peut se faire passer pour quelqu'un qu'elle n'est pas. »
Au Danemark, les experts de la cybersécurité critiquent la vulnérabilité du système, qui centralise de nombreuses informations, auxquelles ont accès toutes les administrations publiques, ainsi que de nombreuses sociétés privées, qui se servent de ces données pour identifier leurs clients. « C'est très pratique, mais c'est aussi très dangereux. Historiquement, le pour surpassait le contre. Mais nous ne vivons plus dans le même monde que pendant les années 1970», explique Ola Tange, conseiller auprès de Prosa, syndicat des employés du numérique.
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« Ça coûte trop cher »
Depuis 1968 et la création du fichier national, l'organisation s'est inquiétée des risques, réclamant que la sécurité du système soit renforcée, en imposant, par exemple, des garde-fous, avec une double identification pour accéder aux dossiers individuels. Mais sans succès. « Ça coûte trop cher », raille M. Tange, qui espère que l'ampleur de la fuite va enfin provoquer une réaction. « Il y a une facture à payer pour une meilleure sécurité et une meilleure protection de la vie privée, et nous n'avons même pas encore commencé à la payer », dit-il.
A l'université d'Aarhus, Jens Myrup Pedersen approuve: «Cet incident montre clairement, tant au Danemark qu'à tous les pays européens, qu'il ne suffit pas de parler de cybersécurité et de sécurité numérique. C'est en réalité un domaine dans lequel nous devons agir, et cela prouve que les pirates ont à la fois les moyens et la volonté de passer à l'acte. » Avec une conséquence : « Chaque fois que des données stockées par les autorités et le secteur public tombent entre de mauvaises mains, notre confiance s'en trouve ébranlée », remarque le chercheur.
En mars, le tribunal de grande instance de Copenhague a condamné un homme de 27 ans à une peine de prison de trois ans et six mois pour avoir facilité des infractions mettant en danger la vie d'autrui, en utilisant le registre CPR. Embauché au bureau des mariages à la mairie de Copenhague en juin 2023, il avait mis en vente des informations personnelles tirées du fichier, faisant la promotion de ses services sur Telegram. Selon la justice da-noise, les données qu'il a trans-mises ont contribué à 34 actes de violence graves.
A Kiev, une ambiance de guerre permanente Avec l'intensification des frappes russes, la capitale ukrainienne vit au rythme des alertes quotidiennes
KIEV - correspondant, envoyé spécial
Une mère et sa fille se promènent dans la rue Khrechtchatyk, à Kiev, le 3 octobre. PHOTOS VIRGINIE NGUYEN HOANG/HL/HUMA POUR « LE MONDE »
Maksym, 54 ans, et ses jumelles de 13 ans, Marta et Vika, sous le pont Pivdenny, à Kiev, le 3 octobre.
Une capitale presque coupée en deux. Ce qu'avaient craint les Kiéviens pendant la
bataille de Kiev, en 2022, est arrivé en quelques jours, à la suite de frappes répétées de drones russes, depuis le 1er octobre, contre deux des principaux ponts enjambant le Dniepr. Les images des engins volants s'abattant dans une explosion sur les haubans des piliers ou sur les voies, en plein trafic, ont fait le tour des médias du pays. Les ouvrages sont certes loin d'avoir été détruits, mais les assauts, suivis de fermetures temporaires de la circulation, ont provoqué d'immenses embouteillages, ainsi que, chez certains habitants, un sentiment de profonde angoisse.
Il en faut beaucoup, cela dit, pour que les Kiéviens cèdent à la peur. Depuis l'intensification des attaques contre la ville en 2025, suivie des bombardements en plein jour sur le centre-ville depuis la fin août, nulle trace de panique ou de nouvel exode, pour le moment. Si la crainte se lit parfois dans le regard des passants, si certains se ruent vers l'abri le plus proche à chaque alerte, désormais innombrables de jour comme de nuit, beaucoup continuent de vaquer comme si de rien n'était. En Ukraine, le calme est aussi un terreau de la résistance.
Et si les annonces des frappes contre les ponts du Dniepr ont choqué, elles n'ont pas pour autant surpris les habitants. Peut-être parce qu'elles ne sont que la nouvelle étape d'une intensification majeure des bombardements russes contre les infrastructures civiles de la capitale, et plus largement du pays. Depuis des semaines, les missiles et les drones de l'armée de Moscou frappent des entrepôts, des centres commerciaux, des services postaux, des installations ferroviaires, énergétiques et même plus récemment les centres de données et fournisseurs d'accès à Internet.
La Russie a annoncé, dimanche 4 octobre, qu'elle allait encore «intensifier» ses attaques contre les infrastructures, en réponse à des déclarations du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui a promis d'accroître les offensives de Kiev contre les raffineries russes, et alors que son armée venait de frapper de nouveau un pont pendant la visite du chancelier allemand, Friedrich Merz. La veille, samedi, fidèle à sa stratégie de pressions accrues contre les alliés de Kiev, Moscou avait appelé une nouvelle fois, comme au mois de mai, les diplomates étrangers à quitter la ville. «La capitale est dans une situation très difficile, avait reconnu vendredi son maire, Vitali Klitschko. L'ennemi est en train de détruire Kiev. »
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Coup au moral
Pour Volodymyr Zelensky, le président russe, Vladimir Poutine, a décidé d'agir « sans plus aucune règle » contre des cibles civiles, afin de « pousser la population à fuir les villes », a-t-il déclaré au Financial Times. Aux yeux des analystes ukrainiens, l'objectif russe est de créer de nouveaux défis logistiques pour le pays et de paralyser son économie, tout en tentant de casser le moral de la population. En difficulté sur le front, où son armée n'avance pas et a même récemment subi une contre-offensive ukrainienne dans la région de Lyman, la Russie concentre désormais une majeure partie de ses efforts sur l'arrière ukrainien.
«La capitale est dans une situation très difficile. L'ennemi est en train de détruire Kiev», a déclaré son maire, Vitali Klitschko
L'arrivée dans le ciel d'Ukraine d'une nouvelle génération de drones russes à réaction met Kiev, qui ne dispose pour le moment pas de moyens pour les intercepter, dans une situation délicate. Les vagues d'assauts, de jour comme de nuit, désorganisent la capitale en impo-
Les retards de transports en commun sont de plus en plus longs. Plusieurs festivals ont été obligés d'annuler leurs événements en raison de la menace. Même la Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien, ne sait plus comment siéger, alors que les députés sont obligés de rejoindre les abris à chaque menace aérienne. Même chose pour les entreprises, qui hésitent à rester ouvertes ou fermées lors des alertes, ou pour les super-marchés, dont certains ont été frappés ces dernières semaines.
sant des alertes aériennes incessantes. « Un nombre relativement restreint [de drones] peut désormais maintenir une ville de plusieurs millions d'habitants, comme Kiev, prisonnière pendant des heures d'un cycle d'alertes aériennes », constate le média ukrainien Texty.
que de descendre aux abris dix fois par jour, autant faire suivre aux enfants des cours à distance. Ainsi vont les réflexions, même parmi ceux qui n'envisagent à aucun moment de fuir le pays. L'Ukraine ne risque donc a priori pas, à ce stade de la guerre, de connaître un nouvel exode. Les Kiéviens parlent plutôt d'«exil temporaire» à la campagne, y compris avec un membre de la famille passant quelques jours par semaine à Kiev pour travailler et veiller sur l'appartement.
Si la ville continue, pour le moment, de maintenir autant que possible une apparence de capitale fonctionnelle, cette nouvelle réalité vient porter un rude coup au moral de la population, alors que cette dernière se prépare à un hiver annoncé comme extrêmement dur. Les habitants restent
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Les sites de location annoncent de fortes hausses des prix dans les régions épargnées par les bombardements
« Quand je vais dans un super-marché, je me renseigne toujours à l'avance pour savoir s'il y a bien tout ce dont j'ai besoin pour ne pas perdre de temps à l'intérieur », explique par exemple Arina Vlodikina, 21 ans, étudiante en cinéma. « Le simple fait de se rendre de la rive gauche à la rive droite » du Dniepr devient dangereux, déplore Oksana Sbytnieva, 33 ans, responsable marketing. « Attaquer les ponts et couper une ville en deux est tellement cruel. Ça revient à compliquer le trafic des services scotchés à leurs téléphones pour suivre les mouvements de missiles et de drones.
de secours, l'approvisionnement en médicament, en nourriture... » Au lendemain d'une frappe en plein centre-ville, dans le quartier de la Porte dorée, sur l'Académie nationale des sciences, le 28 septembre, l'université Taras-Chevtchenko, parmi les plus prestigieuse du pays, a annoncé la fin de ses cours en présentiel « en raison de la détérioration de la situation sécuritaire à Kiev ».
Le souvenir de l'hiver 2025 reste gravé dans les mémoires, lorsque les frappes russes sur les infrastructures énergétiques avaient imposé de longues coupures de courant et de chauffage, combinées à des températures extrêmement basses, jusqu'à - 27 °C. Or le Kremlin a déjà affirmé son intention d'augmenter les attaques dans la perspective de l'hiver. La masse de missiles russes face à un manque criant d'intercepteurs fait planer le risque de conséquences dramatiques.
L'enseignement est aussi affecté, sachant que les enfants sont obligés de descendre dans les abris à chaque alerte aérienne. L'un de ces établissements a d'ailleurs été touché par un drone, le 1 $^{er}$ octobre, sans faire de victimes, augmentant encore la crainte des parents. Une évolution que la directrice adjointe de l'école privée Athènes, Svitlana Biryukova, peut constater jour après jour. Désormais, chaque matin, les parents l'appellent pour lui demander si tout le personnel enseignant est là, s'ils peuvent déposer les enfants.
«Pour tout le monde, la sécurité est devenue la priorité, dit-elle. Et pour beaucoup de parents, savoir que leurs enfants sont à l'école est presque devenu un gage de protection. » La professeure de musique fait référence au bunker construit sous l'établissement après le déclenchement de l'invasion russe, et dans lequel, ce jour-là, les enfants présents participent à des activités. La veille encore, raconte l'enseignante, une jeune mère est venue déposer son enfant en larmes, exténué, après que son quartier a été touché par un bombardement dans la nuit. Elle lui a annoncé qu'elle quitterait la capitale dans les prochains jours.
Car la question, qui ne se posait plus guère depuis l'exode initial de février 2022, est en effet sur toutes les lèvres. Rester ? Partir ? Et surtout, où aller ? Les sites de location annoncent déjà de fortes hausses des prix dans les régions de l'ouest de l'Ukraine, plus épargnées par les bombardements. Ceux qui possèdent des résidences secondaires songent à s'y installer, d'autres à rejoindre leurs familles dans les villages.
Tant qu'à manquer d'électricité et de chauffage, autant aller à la campagne et utiliser un généra- teur et une cheminée. Et plutôt
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La population s'est endurcie
Confronté à cette perspective, l'expert en communication de crise et ancien conseiller du gouvernement Yuriy Sak ne sait plus quoi penser. Car s'il considère que la population s'est endurcie par cinq années de guerre, au point que « plus personne aujourd'hui, après une nuit de bombardements, ne se demande comment ça va, parce que c'est notre normalité », cela ne l'empêche pas de s'interroger sur les limites de la population avant qu'elle ne se décide à partir. « Qu'est-ce que les gens sont-ils prêts à encore endurer? Le froid, sans chauffage ni électricité, on a connu. Mais si les Russes détruisent par exemple le système d'approvisionnement en eau, que les canalisations sont explosées, est-ce que les gens vont tenir? »
Du côté des étrangers, appelés par Moscou à quitter l'Ukraine, la volonté est aussi plutôt de tenir, après la débandade des ambassades et de l'ONU en 2022, qui a beaucoup marqué les esprits. « Kiev est devenue une ville en première ligne, avec des attaques de jour comme de nuit », a déploré Katarina Mathernova, l'ambassadrice de l'Union européenne en Ukraine, sans évoquer de réduction du personnel. Si certaines ambassades prennent des mesures de sécurité, elles restent pour le moment discrètes. Face au Kremlin, l'ambition politique est de ne pas céder.
Au quartier général de l'ONU, le représentant des Nations unies en Ukraine, Matthias Schmale, un vétéran allemand de la diplomatie humanitaire, se veut philosophe : « Espérer le meilleur, se préparer au pire. » Alors que « 40 entrepôts » utilisés par l'ONU ont été visés par des frappes russes, ce responsable de 2000 employés se refuse à « un départ précipité, comme en 2022 ». Alors Matthias Schmale va gérer la crise comme les Ukrainiens, en autorisant son personnel local, qui représente 70 % des effectifs, à travailler à distance, si possible depuis la campagne. Pour les autres, il adopte le calme des vieilles troupes : « C'est la guerre, et nous devons accepter une part de risque. »
THOMAS D'ISTRIA
ET RÉMY OURDAN
Réfugiée à Séoul, une Nord-Coréenne raconte
Lassée de la surveillance permanente, Kang Gyu-ri, 25 ans, a réussi à s'enfuir en bateau à l'automne 2023
SÉOUL - envoyé spécial
Kang Gyu-ri n'est pas de Séoul, et ça se voit. Est-ce le look, un peu maladroit dans cette capitale obsédée par l'apparence? Ou son sourire, qui peine à masquer une tension à fleur de peau? A 25 ans, la jeune femme aux cheveux teints auburn a vécu mille vies qui lui ont appris la prudence. Son regard, souligné de mascara à paillettes, frôle la du-reté. Son nom est un faux. « Je ne vous dirai pas le vrai. J'ai choisi ce pseudonyme au hasard. Il n'y a aucune référence», explique-t-elle. Inutile d'insister.
Rencontrée dans un restaurant de sashimis à deux pas de la gare de Yeongdeungpo, au cœur de Séoul, après les cours de relations internationales qu'elle suit à l'université pour femmes Ewha, Kang Gyu-ri accepte de lever le voile sur sa vie de part et d'autre de la zone démilitarisée (DMZ) qui coupe la péninsule coréenne en deux. Ses explications sont concises, précises. «J'ai fui la Corée du Nord en octobre 2023.» Comment? «Par bateau, avec ma mère, ma tante et un marin.» De quelle région? «La région du Kangwon. Je ne vous dirai pas précisément où.» Son anonymat est la condition pour raconter son histoire. Kang Gyu-ri tient à protéger ses proches restés au Nord.
Le Kangwon se trouve dans le sud-est de la Corée du Nord, le long de la DMZ. Côté sud, à quelques encablures, la province s'appelle le Gangwon. «Il nous a fallu quarante-quatre heures pour y parvenir. Il fallait brouiller les pistes. Nous sommes allés le plus loin possible au large avant de revenir. Des marins du Nord nous ont vus. Mais ils n'ont rien fait. » Le bateau est arrivé à Sokcho, à une cinquantaine de kilomètres de la DMZ. «Des gens nous ont trouvés. La police est venue. Et voilà, nous étions au Sud. »
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Parcours de débrouille
Comme tout nouvel arrivant du Nord, le petit groupe séjourne trois mois à Hanawon, le centre de soutien à l'installation des réfugiés nord-coréens, ouvert en 1999 par le gouvernement. Là, après un passage entre les mains du Service national de renseignement (NIS), les réfugiés apprennent la vie quotidienne dans une démocratie libérale: comment retirer de l'argent, gérer un budget, prendre les transports en commun, mais aussi le fonctionnement d'une élection. Ils suivent des formations en cuisine, en esthétique voire en mécanique. A la sortie, ils sont devenus Coréens du Sud, disposent d'un pécule de 8 millions de wons sud-coréens (5200 euros) et d'un logement public. Les centres de la Fondation Hana, répartis dans tout le pays, assurent un suivi pour les aider à trouver un emploi et faciliter leur intégration.
Mais les pensionnaires sont de plus en plus rares, tant la fuite du Nord est devenue difficile. Aujourd'hui, la plupart des réfugiés arrivent par bateau. D'autres, des soldats surtout, s'échappent des baraquements et franchissent la DMZ. Et puis, certains qui travaillent ou vivent en Chine ou en Russie choisissent de se soustraire à leurs surveillants pour s'offrir une nouvelle vie.
Rares sont ceux à tenter leur chance via la frontière chinoise, autrefois passage privilégié, hermétiquement fermée par Pyongyang, en 2020, à la suite de la pandémie de Covid-19. « Des caméras et des projecteurs ont été installés, surtout aux endroits où la frontière est facile à franchir, comme dans les montagnes du nord, où près du fleuve Yalu, peu profond, dont la largeur ne dépasse pas quelques mètres », explique Choi Shi-woo, président de l'ONG Action et unité maintenant pour les droits humains (NAUH), lui-même arrivé en Corée du Sud en 2006. Jugées trop molles, les troupes déployées le long de la frontière ont été remplacées par les forces spéciales. « Elles tirent à vue, sans sommation », avertit Choi Shi-woo.
Seulement 63 Coréens du Nord sont passés au Sud au premier semestre, selon le ministère de l'unification sud-coréen, un chiffre en baisse de 34 % par rapport à la même période en 2025. En 2023, année de la défection de Kang Gyu-ri, à peine 196 personnes ont réussi à fuir le Nord. En 2019, avant l'épidémie due au Covid-19, 1047 y étaient parvenues.
Outre la répression, la baisse s'explique par une relative amélioration de l'économie. «Dans les années 2010, la situation s'est améliorée, mais le Covid a été terrible. La fermeture des frontières a affecté l'approvisionnement. Les prix ont été multipliés par dix. Des gens sont morts de faim», raconte Kang Gyu-ri.
Le soutien de Pyongyang à la guerre en Ukraine, assorti d'une reprise des aides russes et chinoises, a amélioré la distribution de pétrole et de produits alimentaires. L'économie est repartie. La Banque de Corée, établissement central du Sud, estime la croissance nord-coréenne à 3,5 % en 2025, après 3,7 % en 2024. « Ceux qui fuient le font plus à cause de la pauvreté qu'à cause de l'idéologie. S'ils mangent à leur faim, ont de l'électricité et du chauffage, ils fuient moins », fait remarquer Choi Shi-woo.
Kang Gyu-ri est née en 2001 à Pyongyang. Elle étudie le violon et le tennis de table, mais la mort de son père, militaire, chamboule son quotidien. Sa famille doit s'exiler en 2020 dans le Hamgyong du Sud (sur la côte est), « parce que ma grand-mère était bouddhiste », une religion incompatible avec le culte voué à la dynastie des Kim au pouvoir. La famille vit alors grâce au savoir de sa mère en médecine traditionnelle et au talent de la jeune femme pour le tennis de table. « Je donnais des cours. Pendant la pandémie, c'était interdit. Je faisais payer cher, entre 80 000 et 130 000 wons nord-coréens [soit entre 8 et 13 euros] la journée. »
L'argent accumulé lui permet d'acheter un bateau en bois de 8 mètres, pour 4000 dollars (3560 euros). Elle recrute cinq marins et se lance dans la pêche à la palourde. Les prises sont expédiées vers la Chine. « C'est très capitaliste et tout à fait illégal, mais en Corée du Nord, si vous payez la personne adéquate et partagez avec l'Etat, tout est possible. Le gouvernement me prenait 60 % des ventes. Là où je vivais, il y avait 17 bateaux », raconte-t-elle.
Ce parcours de débrouille illustre l'évolution de l'économie nord-coréenne depuis la grande famine du cœur des années 1990. L'Etat en faillite n'assurait plus la distribution des rations quotidiennes. Les Coréens du Nord se sont lancés dans des activités commerciales illégales sur des marchés appelés jangmadang. Tour à tour réprimée et tolérée, la pratique a perduré. Selon une enquête menée en 2024 par le gouvernement sud-coréen auprès de 6351 transfuges nord-coréens, le
Seulement
63 Nord-Coréens
sont passés au
Sud au premier
semestre, selon
le ministère
de l’unification
sud-coréen
principal revenu du foyer de 70,5 % d'entre eux émanait d'activités commerciales informelles.
Les femmes sont en première ligne de ce qui a été baptisé la «révolution jangmadang», au point qu'un dicton nord-coréen dit aujourd'hui: « On ne peut survivre que si les maris servent le socialisme et les épouses le capitalisme. »
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« Je voulais profiter de la vie »
«Je voulais profiter de la vie» Pour Seol Song-ah, ancienne femme d'affaires qui a fait défection au Sud, «de manière ironique, la culture profondément patriarcale du Nord nous a ouvert ces perspectives. Nous étions traitées comme des citoyennes de seconde zone, indignes du pouvoir et de tout statut social, mais aussi du contrôle et de la surveillance de l'Etat qui vont avec. Les femmes étaient donc mieux placées pour explorer de nouvelles voies de survie lorsque l'ancien système s'est effondré. »
Kang Gyu-ri en est un parfait exemple: «Je gagnais jusqu'à
1 million de wons [nord-coréens] par jour grâce à la pêche. Je menais une vie confortable. J'avais des smartphones achetés entre 1,5 et 3 millions de wons [nord-coréens]. Nous avions aussi une maison. »
La vie quotidienne a ses bons moments. «Mes amis et moi, nous faisions très souvent des soirées. Cinq filles et cinq garçons. Il n'y avait pas de karaoké mais on venait avec un micro et un haut-parleur et on chantait», raconte-t-elle. En cachette, comme une
«Si vous étiez prises à regarder des K-dramas, vous pouviez être arrêtées et tuées», explique Kang Gyu-ri majorité de Nord-Coréens, elle consomme de la K-pop. «Avec une antenne, on pouvait écouter la radio du Sud et regarder KBS et EBS [deux chaînes publiques du Sud]. J'étais accro. » En marge de ces respirations, la vie, encadrée et surveillée, reste pesante. « Si vous portiez une tenue qui a l'air trop du Sud, vous pouviez subir un contrôle par la police dans la rue. Si vous utilisiez le terme "oppa" [terme affectif utilisé par les Sud-Coréennes pour s'adresser à leur amoureux] dans un message ou si vous étiez pris à regarder des K-dramas, vous pouviez être arrêtées et tuées », explique Kang Gyu-ri.
Inquiet de l'influence de la culture sud-coréenne sur la population, le régime a durci la répression de la consommation de K-pop ou de K-drama avec la loi de 2020 « contre la pensée réactionnaire ». Ce texte interdit la création, la distribution et la consommation de tout contenu « visant à briser [son] système », sous peine de dix ans de travaux forcés. Deux adolescents ont été envoyés dans des camps de travail car ils avaient regardé des vidéos de K-pop. Des lycéens ont été exécutés pour avoir regardé la série Squid Game.
Pour Kang Gyu-ri, l'idée de partir au Sud finit par s'imposer. «Je voulais profiter de la vie. La K-pop rendait le Sud très attirant, bien différent de la propagande qui le présente comme pauvre, sous-développé et sous la domination d'Américains violents», précise-telle. Sa décision est prise en octobre 2023. «Cela a été très rapide. Je me suis décidée le 14 octobre. Le 16, nous avons fait une première tentative, mais le temps était mauvais. Nous sommes partis le 22. »
Désormais étudiante installée à Séoul, elle vit sa nouvelle vie grâce aux aides de la Corée du Sud. « C'est parfois dur et mes amis me manquent. Mais tout est possible ici. Il suffit de faire des efforts. »
PHILIPPE MESMER
Pedro Sanchez annonce des élections anticipées, au palais de la Moncloa, à Madrid, le 5 octobre. HANDOUT/AFP
En Espagne, Pedro Sanchez fait une nouvelle fois le pari des urnes
En avançant le scrutin prévu à la mi-2027, le premier ministre socialiste mise sur la contestation sociale pour obtenir une véritable majorité
MADRID - correspondante
Pedro Sanchez a une nouvelle fois choisi de bousculer le calendrier politique et de parier sur les urnes. Lundi 5 octobre, le premier ministre espagnol a mis un terme à une législature devenue de plus en plus difficile et a demandé aux électeurs de lui donner « une majorité progressiste beaucoup plus large » pour gouverner. Dans une allocution depuis sa résidence du palais de la Moncloa, le dirigeant socialiste a annoncé la dissolution du Parlement et la convocation d'élections législatives anticipées le 29 novembre.
La déclaration intervient trois jours seulement après le rejet par le Congrès des députés de deux décrets-lois présentés en urgence par le gouvernement pour répondre à la crise du logement. Les voix du Parti populaire (PP, droite), de Vox (extrême droite), mais aussi de ses anciens alliés, les indépendantistes catalans d'Ensemble pour la Catalogne (Junts), ont mis en échec le vote des textes, exposant une nouvelle fois l'étroitesse de la marge de manœuvre du gouvernement au Parlement.
En quelques jours, le paysage politique a basculé. Le 23 septembre, alors que le chef du gouvernement se trouvait à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies, à Madrid, une retraitée de 87 ans était expulsée de son appartement après le rachat de celui-ci par un fonds d'investissement. Son cas a ému, alors que l'accès au logement est devenu l'une des principales préoccupations de la population espagnole. Un campement s'est installé sur la Puerta del Sol et les manifestations se sont multipliées dans le pays.
C'est cette colère que Pedro Sanchez espère transformer en mobilisation électorale. «Je sais qu'une partie de cette majorité sociale est aujourd'hui insatisfaite», a-t-il reconnu lundi. Il a dit comprendre ceux qui voient leurs « intérêts piétinés au Parlement au bénéfice de quelques-uns » et admis que son gouvernement avait commis « des erreurs ». Il reste, a-t-il insisté, « beaucoup d'injustices à corriger », notamment en matière d'inégalités.
Le premier ministre a également défendu son bilan économique et social, soulignant que l'Espagne est l'un des Etats les plus dynamiques de l'Union européenne – le FMI prévoit une croissance de 2,1 % en 2026 – et que le pouvoir d'achat y a « progressé trois fois plus qu'en France ou en Allemagne ». Pedro Sanchez s'en est aussi pris à « la pire opposition qu'ait connue notre démocratie », accusée d'avoir systématiquement entravé l'action gouvernementale.
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Partenaires pris de court
A droite, où l'on réclame depuis longtemps son départ, l'annonce a été accueillie avec satisfaction. Alberto Nuñez Feijoo, président du PP, principale formation d'opposition, s'est félicité que les Espagnols puissent «enfin» se prononcer. «Si huit années n'ont pas suffi, pourquoi vouloir quatre ans de plus ?», a-t-il lancé, promettant une «reconstruction nationale».
A la tête du Parti populaire depuis 2022, Alberto Nuñez Feijoo dirige le premier parti au Parlement, avec 137 députés sur 350. Arrivé en tête en 2023, il n'avait pourtant pas réussi à réunir une majorité, permettant à Pedro Sanchez de se maintenir au pouvoir grâce au soutien d'une coalition hétéroclite, de la gauche radicale de Sumar aux nationalistes basques et catalans. Parmi eux, Junts, dont les sept députés ont contribué vendredi au rejet des décrets sur le logement et précipité la fin de la législature.
Santiago Abascal, le chef de Vox, a lui aussi salué une « bonne nouvelle ». Avec ses 32 députés, l'extrême droite est la force qui progresse le plus dans les enquêtes d'opinion et elle pourrait jouer un rôle déterminant dans la formation d'une majorité de droite.
A gauche, en revanche, l'annonce prend de court les partenaires du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). L'alliance de
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Le dirigeant doit remobiliser un électorat socialiste éprouvé par une succession d'affaires
plusieurs formations de gauche, au sein de Sumar, qui compte cinq ministres au gouvernement, tente depuis des mois de se réorganiser sous une nouvelle bannière, mais elle ne dispose encore ni d'un candidat désigné ni d'une alliance définitivement constituée. Les partis qui la composent doivent désormais négocier dans l'urgence, le délai d'enregistrement des coalitions expirant le 16 octobre. Une désorganisation dont Pedro Sanchez pourrait tenter de profiter afin de récupérer une partie de cet électorat.
Le premier ministre doit surtout remobiliser un électorat socialiste éprouvé par une succession d'affaires. Plusieurs enquêtes judiciaires ont touché des personnalités proches du PSOE et de Pedro Sanchez, notamment son épouse. Deux anciens secrétaires à l'organisation du parti ont connu la prison, et pour l'un d'entre eux, cela s'est fait après une condamnation définitive. Une partie de son camp lui a aussi reproché la loi d'amnistie accordée aux indépendantistes catalans, adoptée en mai 2024, qui devait assurer à Pedro Sanchez leur soutien au Parlement.
L'ancien premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, longtemps précieux dans les campagnes électorales du PSOE, est lui-même devenu encombrant. En septembre, il a expliqué à un juge que les bijoux saisis dans le coffre-fort de son bureau, lors d'une enquête pour trafic d'influence lancée en mai et d'une valeur estimée à plus de 1,2 million d'euros, lui avaient été offerts en 2007 par le roi Abdallah d'Arabie saoudite, quand il était au pouvoir. L'affaire a nourri un très fort malaise au sein du parti. S'y est ajoutée la crise de la ville autonome de Ceuta, qui a monopolisé le débat politique pendant deux mois après l'arrivée massive de migrants marocains à la fin du mois de juillet et a renforcé le sentiment d'usure du gouvernement.
Pedro Sanchez n'en est pas à son premier pari électoral risqué. Son parcours est jalonné de décisions prises à contre-courant des pronostics. Arrivé au pouvoir en 2018 grâce à une improbable motion de censure contre le conservateur Mariano Rajoy, il avait dû organiser deux élections générales en 2019, avant de former, en janvier 2020, le premier gouvernement de coalition de gauche depuis le retour de la démocratie.
«Coalition d'extrême droite»
Surtout, en 2023, au lendemain d'une lourde défaite du PSOE aux élections municipales et régionales, il avait surpris jusqu'à son propre camp en convoquant immédiatement des législatives anticipées, en plein mois de juillet. Alors que les sondages étaient défavorables à la gauche, le scrutin avait permis aux socialistes de limiter leurs pertes puis, après plusieurs mois de négociations, à Pedro Sanchez de conserver la Moncloa, la résidence du premier ministre.
Aujourd'hui, son pari est du même ordre: reprendre l'initiative dans un contexte politique dégradé et remobiliser la gauche face au risque d'une majorité PP-Vox, cette «coalition d'extrême droite» contre laquelle Pedro Sanchez a de nouveau mis en garde lundi. Les sondages restent cependant défavorables au PSOE. Le baromètre de l'institut 40dB, publié lundi par le quotidien El Pais, crédite le PP de 31,6 % des voix, soit 1,5 point de plus qu'aux élections de 2023, contre 27,4 % pour le PSOE, en recul de 4,3 points. Mais c'est surtout Vox qui progresse : l'extrême droite recueillerait 18,4 % des suffrages, 6 points de plus qu'il y a trois ans.
ISABELLE PIQUER
A New Delhi, la moitié des électeurs menacés d'être radiés des listes
Les musulmans et les plus pauvres sont visés par un nettoyage des registres électoraux
NEW DELHI - correspondence
Le bureau électoral de Nai Basti, à Okhla, dans le sud- est de New Delhi, est le théâtre d'un angoissant ballet, ce jeudi 1er octobre. Une centaine d'hommes et de femmes vont et viennent ici chaque jour dans l'ultime espoir de conserver leurs droits civiques, menacés par un exercice kafkaïen de révision des listes électorales. Dans une pochette cartonnée ou dans un simple sac en plastique, ils ont glissé tous les documents officiels qu'ils possèdent. Sabana Khatoon, 46 ans, s'accroche à sa carte d'électeur, vraisemblable- ment devenue caduque. «Je n'ai jamais manqué un scrutin de ma vie, mais on m'a dit que j'avais été radiée des listes», explique cette mère de famille.
Les autorités se sont lancées au mois de juin 2025 dans une « révision intensive spéciale » des listes électorales dans plus d'une trentaine d'Etats. Contrairement à l'exercice de routine visant à supprimer les personnes décédées et les doublons, ce nettoyage des listes a pour objectif affiché de s'assurer qu'aucun immigré clandestin, notamment des musulmans du Bangladesh, ne puisse voter. Une thématique largement instrumentalisée par les nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party (BJP), la formation du premier ministre, Narendra Modi. Quelque 130 millions d'électeurs ont déjà été radiés.
Dans la capitale indienne, où l'opération suit actuellement son cours, la moitié de l'électorat est menacée. Plus de 4,7 millions de personnes ont été supprimées des listes provisoires publiées à la fin du mois d'août, soit près d'un tiers des votants. A cela, s'ajou- tent 3,3 millions d'électeurs faisant l'objet d'une mise en demeure de la part de la commission électorale leur intimant de prouver, avant le 30 octobre, qu'ils ont bien le droit de voter.
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Parcours du combattant
Le processus est d'une telle complexité qu'il en devient inintelligible. A New Delhi, les électeurs peuvent être signalés comme «douteux» en raison d'incohérences dans leur nom. Mais aussi s'ils ont cinq frères et sœurs ou plus, posant des problèmes à toutes les familles nombreuses, ou encore si l'écart d'âge entre frères et sœurs est inférieur à neuf mois, entraînant de fait une mise en demeure de tous les jumeaux...
L'exercice, dont une partie a été confiée à un logiciel, semble même avoir échappé à ses propres architectes. Le ministre des affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, la cheffe de l'exécutif de la capitale, Rekha Gupta, ont reçu des mises en demeure.
Les musulmans et les populations les plus pauvres ont néanmoins été touchés de manière disproportionnée, selon les militants de la société civile. Ce sont les cibles traditionnelles de cet exercice, car réputées défavorables au parti au pouvoir. A l'instar de Sabana Khatoon, ils sont des milliers à courir par monts et par vaux pour espérer figurer sur la liste finale, dont la publication est prévue le 4 novembre.
Là où une simple pièce d'identité et un justificatif de domicile suffisaient auparavant à valider son inscription, les électeurs doivent désormais prouver qu'ils figuraient eux-mêmes ou que l'un de leur parent ou de leur grandparent était inscrit sur les listes électorales de 2002, date de la dernière révision.
Pour le commun des mortels, c'est un parcours du combattant. «Ne sachant ni lire ni écrire, je ne sais même pas quel est le problème avec mon dossier, ni comment y remédier», s'inquiète Sabana Khatoon, désemparée. Un homme sort à son tour du bureau électoral. Ram Devi vient d'apprendre qu'il risquait d'être radié, car le nom de son père a vraisemblablement été mal écrit dans le registre de 2002. En Inde, l'orthographe d'un même nom peut sensiblement varier d'un document à l'autre, notamment en raison des translitéra-tions de l'alphabet devanagari à l'alphabet latin.
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«Sentiment de panique»
La commission électorale, dont l'indépendance a maintes fois été remise en cause ces dernières années, se trouve à nouveau sous le feu des critiques. Plusieurs manifestations ont été organisées ces derniers jours pour exiger la démission du président de l'institution, accusé d'agir sur les ordres du BJP.
L'enjeu de cette révision des listes électorales va même bien au-delà du droit de vote des citoyens. Dans de nombreux Etats, les autorités menacent de priver les électeurs radiés de prestations sociales dans un pays où quelque 800 millions de pauvres dépendent de l'aide alimentaire.
Dans les quartiers à majorité musulmane, comme à Okhla, « un sentiment de panique s'est emparé des habitants », fait valoir un travailleur social qui a souhaité rester anonyme. Car une fois les listes définitives publiées, la commission électorale enverra les noms des personnes radiées et suspectées d'être des étrangers à l'autorité compétente auprès du ministère de l'intérieur.
«Le sentiment d'anxiété des citoyens est lié au contexte dans lequel se déroule la révision des listes», rappelle Nizamuddin Pasha, avocat, qui a initialement contesté le nettoyage des listes devant la Cour suprême. En 2019, un exercice visant à identifier les migrants clandestins dans l'Etat de l'Assam, frontalier avec le Bangladesh, avait déchu 1,9 million de personnes de leur nationalité. La même année, le gouvernement nationaliste hindou avait fait adopter une réforme de la loi sur la citoyenneté discriminant les musulmans.
Dans de nombreux Etats, les autorités menacent de priver les électeurs radiés de prestations sociales
Pour s'assurer que personne ne soit injustement radié des listes, Nizamuddin Pasha, aux côtés d'Asaduddin Owaisi, député d'un parti musulman au Parlement indien, a ouvert une permanence légale à Zakir Nagar, une enclave située dans le quartier d'Okhla. Dans ces locaux, les agents électoraux peuvent recevoir les électeurs venus compléter leur dossier et des avocats dispensent des conseils juridiques.
Arunima Faraz, une femme de 32 ans, vient y déposer ses documents sur la table. Elle résume la peur de toute une communauté : « Si je ne suis plus sur les listes électorales, le gouvernement pourra alors prétendre que je suis une immigrée du Pakistan ou du Bangladesh et m'envoyer dans un camp de détention. »
CAROLE DIETERICH
Le taux de cadmium dans les engrais sera limité
Le gouvernement va suivre les préconisations des autorités sanitaires, quinze ans après les premières alertes
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uinze ans après les premières alertes de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur la
« surexposition » des Français au cadmium, en 2011, le gouvernement s'engage à réduire les taux de ce métal lourd cancérogène dans les engrais phosphatés. Quatre textes réglementaires (un décret et trois arrêtés) ont été publiés entre vendredi 2 octobre et lundi 5 octobre. Ils fixent une trajectoire progressive de réduction des teneurs en cadmium dans les fertilisants et les apports dans les sols agricoles.
Aujourd'hui autorisés jusqu'à 90 milligrammes par kilo (mg/kg), un record en Europe, les taux de cadmium dans les engrais phosphatés devront être abais- sés à 60 mg/kg (la norme en vigueur dans l'Union euro- péenne depuis 2022) à partir du 1er janvier 2027, puis à 40 mg/kg en 2028, pour atteindre enfin un plafond de 20 mg/kg en 2030, un seuil déjà appliqué dans plusieurs pays, comme la Finlande, la Hongrie ou la Slovaquie.
Dans un rapport publié en mars, l'Anses, qui recommande depuis 2021 d'appliquer ce seuil de 20 mg/kg, exhortait le gouvernement à agir «dès que possible » sous peine «d'effets néfastes pour une part croissante de la population ». Près de la moitié de la population française et 100 % des enfants de 2 à 3 ans présentent déjà des taux de cadmium dans les urines qui dépassent le seuil de concentration considéré comme critique. Une singularité française : les enfants français sont jusqu'à six fois plus imprégnés que les jeunes Allemands ou Italiens.
Santé publique France alerte depuis 2021 sur le lien avec l'explosion des cancers du pancréas en France : « Le cadmium est suspecté de jouer un rôle dans l'accroissement majeur et extrêmement préoccupant de [leur] incidence. » Le nombre de cas a plus que quadruplé en trente ans. Le cadmium, qui contamine de nombreux aliments de grande consommation (pommes de terre, céréales, pâtes, pain...), s'accumule dans les reins et le foie. Il est également associé à un risque accru de cancers du rein, du poumon, de la prostate ou encore du sein. Il a des effets rénaux, cardio-vasculaires, neurodéveloppementaux. Et, en se fixant sur les os, il favorise également l'ostéoporose.
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« Bombe sanitaire »
Dans une lettre ouverte adressée au premier ministre en juin 2025, les médecins libéraux avaient dénoncé une « bombe sanitaire ». A l'initiative de cette mobilisation, Pascal Meyvaert accueille avec « grande satisfaction » un texte qui « répond à [leur] demande de mieux prévenir la contamination des cultures agricoles au cadmium ».
Le texte qui avait été mis en consultation publique au printemps, porté par la ministre de l'agriculture, Annie Genevard, prévoyait à l'origine une trajectoire de réduction bien plus lente qui devait aboutir au seuil préconisé par l'Anses en 2038. Mais entre-temps, une proposition de loi
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Les enfants français sont jusqu'à six fois plus imprégnés que les jeunes Allemands ou Italiens
des députés Benoît Biteau (Les Ecologistes, Charente-Maritime) et Clémentine Autain (L'Après, Seine-Saint-Denis), soutenue par la communauté médicale et plusieurs pétitions citoyennes, a été adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale, le 4 juin, contre l'avis du gouvernement: le texte fixe l'abaissement à 40 mg/kg dès 2027 puis à 20 mg/kg en 2030.
Pour justifier sa décision de revenir sur sa démission, la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, avait précisé en juillet avoir obtenu du président de la République, Emmanuel Macron, des « garanties » sur plusieurs dossiers environnementaux, dont l'abaissement du taux de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 mg/kg dès 2030.
Selon nos informations, la ministre de l'agriculture a accepté de se ranger derrière la proposition de sa collègue à condition d'inclure une clause de revoyure. Le gouvernement prévient ainsi qu'il pourra « adapter le calendrier » de la baisse des teneurs en cadmium en fonction des « données technologiques et facteurs socio-économiques disponibles, y compris la sécurité d'approvisionnement en matières fertilisantes », comprendre retarder le passage au seuil recommandé par les autorités sanitaires.
Ce sera aux inspections générales des ministères concernés de trancher. Or, dans un rapport publié en mai, l'inspection générale de l'environnement et du développement durable et le conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux avertissaient que, si s'aligner immédiatement sur la norme européenne était une mesure « peu contraignante », il n'en allait pas de même de l'abaissement à 20 mg/kg. Alors que la France importe ses engrais phosphatés très majoritairement du Maroc, la réduction des teneurs en cadmium aura un « impact significatif sur l'approvisionnement national et probablement sur les prix des engrais », avertissent les auteurs.
Un risque qui s'explique par la « situation d'oligopole » du Maroc, qui possède les plus grands gisements miniers de phosphates du monde et qui assure avoir développé un processus de décadmiation qui lui permet de proposer des engrais « bas cadmium » (inférieurs à 20 mg/kg). La FNSEA, le premier syndicat agricole, a déjà prévenu qu'il était favorable à l'abaissement des seuils, mais « à des prix abordables ».
C'est pourquoi Benoît Biteau entend pousser sa proposition de loi jusqu'au bout. « Un décret, c'est fragile, dit le député, celui-là va dans le bon sens, mais le gouvernement peut décider unilatéralement de l'écraser par un autre. Une loi, c'est plus robuste. » Il attend de connaître la date de la future niche parlementaire des élus écologistes au Sénat pour y inscrire son texte.
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Bilan complet des sols
Le gouvernement assure de son côté qu'il «franchit une nouvelle étape pour mieux protéger les Français». Reste qu'abaisser le seuil à 20 mg/kg ne sera pas suffisant pour espérer des effets sanitaires à court terme. L'Anses précise qu'il faudra des « dizaines d'années » pour que les niveaux de contamination des sols commencent à baisser. « Ça va prendre un temps fou, confirme le biologiste Marc-André Selosse, spécialiste de la vie des sols. D'où la nécessité de faire moins de céréales et de développer de nouvelles variétés végétales. »
Fondateur de l'Association Santé Environnement France, le cardiologue Pierre Souvet est l'un des premiers à avoir alerté sur les dangers du cadmium. « On va stabiliser les concentrations dans les sols, mais celles dans les aliments ne vont pas baisser tout de suite, donc les recommandations de consommer des aliments moins exposés au cadmium, comme les légumineuses et le bio, restent de rigueur », explique-t-il.
Le médecin voit un autre levier à activer: obtenir un bilan complet de l'acidité des sols français, favorisée selon lui par les engrais azotés, et susceptible de faciliter le transfert du cadmium vers la plante. Il a ainsi demandé à rencontrer le président de Chambres d'agriculture France afin de mettre en place des « mesures correctives », en particulier pour les cultures qui accumulent le plus le cadmium.
STÉPHANE MANDARD
Soupçon de peste en Sibérie : le Kremlin rassure, l’inquiétude grandit
Les autorités assurent que la mort, le 2 octobre, d'une employée d'un laboratoire d'Irkoutsk n'a pas été provoquée par le bacille
En Sibérie, le gouverneur de la région d'Irkoutsk, Igor Kobzev, garantit que « tout est sous contrôle ». A Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, appelle la population à écouter « les déclarations officielles des professionnels plutôt que les rumeurs et les spéculations ». Et l'agence nationale de santé publique Rospotrebnadzor répète que « la situation est stable ». Résultat : plus les autorités rassurent, plus l'inquiétude grandit en Russie, après qu'une employée de l'Institut antipeste d'Irkoutsk est morte, vendredi 2 octobre. Les causes de ce décès sont d'autant plus incertaines que des récits contradictoires ont nourri les interrogations sur une possible épidémie.
Les médias russes ont identifié la victime : Daria Chipilova, 28 ans, technicienne de laboratoire de cet établissement. C'est à l'hôpital de Chelekhov, cité satellite d'Irkoutsk, que la jeune femme a succombé deux jours après son hospitalisation. Le site Peuples du Baïkal, un média local indépendant dont la rédaction a été contrainte à l'exil mais qui garde de nombreux contacts sur place, a avancé deux explications. Selon une première hypothèse, Daria Chipilova souffrait d'une peste pulmonaire à son retour d'un séjour en Thaïlande; selon une autre, elle a contracté cette maladie après avoir accidentellement cassé dans son laboratoire un tube à essai contenant l'agent pathogène de la peste.
L'agence Rospotrebnadzor affirme pour sa part qu'aucun cas d'urgence impliquant des microorganismes pathogènes n'a été recensé à l'institut d'Irkoutsk. Les analyses par une commission d'experts montrent que la cause du décès est «une pneumonie» à l'origine «indéterminée», a affirmé, lundi 5 octobre, Igor Kobzev. Le gouverneur a précisé que toutes les personnes en contact avec la défunte ont été identifiées et placées sous surveillance médicale.
Les premières déclarations et mesures officielles étaient bien moins rassurantes. Le 2 octobre, Alexeï Tsydenov, gouverneur de Bouriatie, la région voisine, a expliqué par sa messagerie que la femme de la région d'Irkoutsk « morte de la peste » ne venait pas du territoire dont il est chargé. Il a ensuite modifié son message en ajoutant le mot « peut-être ». Le lendemain, 3 octobre, les autorités de Baïkalsk, ville proche d'Irkoutsk, ont publié un message demandant aux habitants de ne pas se rendre à Chelekhov en raison de « renseignements non officiels faisant état d'une personne ayant contracté la peste ». Le message a été supprimé deux heures après.
Comme l'a rapporté Peuples du Baïkal, les habitants de Chelekhov ont remarqué des personnes portant des combinaisons de protection, des masques et des gants dans les rues. Et les ambulances qui transportaient, pour dépistage, les personnes ayant été en contact avec Daria Chipilova, ont été escortées par des patrouilles du FSB, héritier du KGB, service fédéral chargé à la fois de la sécurité et... du contrôle de l'information. Les médias censurent les articles évoquant un risque d'épidémie. La chaîne de télévision REN TV a retiré de ses réseaux sociaux cinq publications mentionnant la possible peste à Chelekhov.
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Un sujet à Washington
La directrice de Rospotrebnadzor, Anna Popova, s'est rendue en Sibérie pour une réunion d'urgence durant le week-end des 3 et 4 octobre. Certains secteurs de l'hôpital de Chelekhov, où Daria Chipilova est morte, ont été bouclés. Près de 200 personnes ayant été en contact avec elle ont été identifiées, 189 ont été hospitalisées pour observation. Plusieurs établissements de santé ont été placés en quarantaine. Dans d'autres, les services fonctionnent normalement, sans fermeture massive.
Mais une usine d'aluminium locale a demandé à ses employés de porter des masques. Quant aux pays voisins d'Asie centrale (Ouzbékistan, Kirghizistan, Kazakhstan), ils ont, par précaution, renforcé les contrôles sanitaires à leurs frontières.
La peste pulmonaire est la forme la plus dangereuse de la maladie. Contrairement aux deux autres formes (bubonique et septicémique), elle touche les poumons et se transmet d'une personne à l'autre par des gouttelettes infectieuses dans l'air. Sans traitement antibiotique rapide, elle s'avère mortelle, en un à six jours. Cela a pu être le cas de Daria Chipilova. L'inquiétude est d'autant plus grande que la peste est endémique en Sibérie, où a été identifié le premier foyer humain préhistorique connu. La bactérie responsable de la maladie, Yersinia pestis, est présente chez les petits mammifères sauvages des étendues sibériennes. Les cas de peste chez l'être humain restent toutefois rares.
Etonnamment, la situation médicale en Sibérie n'a pas tardé à devenir un sujet à Washington.
Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, s'est d'abord montré mi-rassurant mi-inquiet: «Je ne pense pas qu'il y ait lieu de s'alarmer, mais il y a lieu de garder un œil dessus. » Puis Donald Trump a lui-même commenté cette situation pourtant lointaine: «On regarde ça de très près, on vient juste d'en entendre parler. On va les aider. »
Ces déclarations américaines devraient peu rassurer en Sibérie, où la prudence, voire la méfiance, est de mise. Au printemps, un précédent y avait déjà semé doute et colère. Officiellement, le gouvernement avait alors évoqué une épidémie de pasteurellose chez les bovins pour justifier des mesures radicales. Il avait ordonné la mise en quarantaine et l'abattage massif des animaux, mesures pourtant non nécessaires pour cette infection relativement bénigne. En réalité, les autorités sont soupçonnées d'avoir dissimulé une épidémie de fièvre aphteuse. Et d'en avoir caché l'ampleur.
Et d'en avoir caché l'ampleur. ■
BENJAMIN QUÉNELLE
MOBILISATION LYCÉENNE
A Saint-Denis, un mouvement politisé mais pas manipulé
Besoins matériels, violences policières, discriminations et montée du RN...
dans les banlieues, là où la contestation
a démarré, les revendications sont multiples
S
aint-Denis, capitale d'un jour des lycéens de banlieue. L'après-midi du dimanche 4 octobre, quelque 350 personnes – dont une moitié de lycéens – étaient réunies pour une grande assemblée générale
sur le parvis de la mairie de la ville de Seine-Saint-Denis, au nord de Paris, à l'appel de l'association Rassemblement pour l'égalité et la démocratie Jeunes, active dans les quartiers populaires contre les discriminations et les violences policières. L'ordre du jour? Partager revendications et témoignages, décider des suites à donner au mouvement qui enflamme la France depuis une semaine.
« C'est notre mouvement, notre colère. Personne ne pourra nous la voler », s'écrie dans le micro Soumaya Sarré, 18 ans, ex-lycéenne à Bondy (Seine-Saint-Denis), aujourd'hui étudiante en première année de licence à la Sorbonne. « Aujourd'hui, c'est vous qui allez parler. Nous sommes un mouvement démocratique », promet Walid Mansouri, son coanimateur, qui a lui aussi tout juste quitté le lycée pour l'université.
Des lycéens venus d'un peu partout dans la banlieue parisienne se succèdent au micro, égrenant les mêmes revendications : plus de matériel, des chaises, des tables, des ordinateurs, des toilettes et des locaux décents, moins d'élèves par classe, plus de professeurs remplacés, moins d'heures de cours, plus d'infirmières, plus de chauffage l'hiver, moins de passoires thermiques, etc. Zakarya (nous avons choisi de ne pas donner les noms de famille des mineurs), 16 ans, qui se présente comme « neuroatypique », déclenche un tonnerre d'applaudissements quand il explique que son accompagnante des élèves en situation de handicap s'occupe de quatre élèves au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis.
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«ON NOUS DIVISE»
Un fort sentiment d'injustice domine toutes les interventions: «Pourquoi on aurait moins de chances que ceux qui viennent de Paris?», interroge Nour, du lycée Rosa-Parks, dans le quartier de la Plaine Saint-Denis. Livia, venue du 19 $^{e}$ arrondissement de la capitale, confirme: «Il y a une ségrégation entre Paris et la banlieue due à Parcoursup, qui est totalement arbitraire. » Trois élèves du lycée catholique privé Jean-Baptiste-de-La-Salle, à Saint-Denis, sont venus témoigner par solidarité. « Ce n'est pas normal qu'il y ait de telles inégalités », déplore une jeune fille à lunettes, très applaudie.
Pour ceux qui prennent la parole, injustice et discriminations vont de pair, qu'elles soient scolaires, sociétales ou policières. « Dans les médias, il y a ceux qui militent et ceux qui cassent, s'insurge Thimotée, de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Le résultat, c'est les Blancs d'un côté, et les Noirs et les Arabes de l'autre. C'est pas nous, ça. » Ce sera la seule allusion aux violences et dégradations commises par des jeunes. Le sujet des violences policières, en revanche, revient dans toutes les interventions. « Quand on est un élève non-blanc, la violence [des forces de l'ordre] est décuplée», souligne Soumaya Sarré.
Parfois, les orateurs s'éloignent de la problématique scolaire, dessinant un mouvement très politisé. Ayoub est là pour montrer que c'est eux « la nouvelle France », reprenant la formule de Jean-Luc Mélenchon. La cause palestinienne, absente des discours, est omniprésente à travers les nombreux keffiehs arborés par les jeunes. Ce qui n'est pas étonnant pour une génération qui a assisté à la destruction de la bande de Gaza à travers les réseaux sociaux et dont une bonne part déclare être entrée en politique en réaction au « génocide ».
« On nous divise avec les religions, déplore Moustapha, de La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Aujourd'hui, les musulmans sont traités comme des ennemis. Il y aura même une loi interdisant le voile si le RN passe aux élections de 2027. » Sur quasiment tous les sites de lycées bloqués, on trouve des banderoles anti-Rassemblement national. La possibilité très proche et réelle d'une arrivée au pouvoir de l'extrême droite attise, à n'en pas douter, ce mouvement lycéen.
Pour ce rassemblement, la mairie de Saint-Denis a prêté quelques barrières pour canaliser la foule, une sono et un petit dais décoré d'un drapeau palestinien. Walid Mansouri connaît bien le nouveau maire issu de La
AYOUB EST LÀ
POUR MONTRER
QUE C'EST EUX
« LA NOUVELLE
FRANCE »,
REPRENANT
LA FORMULE
DE JEAN-LUC
MÉLENCHON
France insoumise (LFI), Bally Bagayoko: il était en dernière position sur sa liste aux municipales de mars. Contrairement à Soumaya Sarré, qui dit ne pas avoir d'affiliation partisane, mais qui aimerait voir émerger « un syndicat des lycéens des quartiers populaires, parce qu' [ils] en [ont] marre que ce soient des bourgeois privilégiés qui [les] représentent ».
Au milieu de la réunion, Bally Bagayoko débarque entouré d'une dizaine d'autres élus. La foule en délire se resserre autour du maire, qui a été particulièrement présent et actif sur les blocages lycéens, éteignant ici un feu de poubelles, s'interposant là entre les forces de l'ordre et les élèves. « Vous faites honneur à la République, vous faites honneur à ses valeurs, lance-t-il. Vos revendications sont légitimes. Il faut que la mobilisation s'accentue, parce que les inégalités, elles sont toujours là. » Tonnerre d'applaudissements.
Un peu plus tard, devant les médias, le maire LFI met le gouvernement en garde contre « l'escalade » policière: « Il n'y aura aucune solution politique si jamais la situation dérape. » Il balaie les accusations d'« incitation à la violence » du gouvernement et qualifie d'« indigne » le signalement à la justice effectué par le préfet de région.
Cette réunion organisée, encadrée et animée par des militants ou des sympathisants «insoumis» est-elle la preuve de la «manipulation» du mouvement lycéen par «LFI et
A Lamballe, en Bretagne, le rythme harassant des lycées ruraux
SUR LE TROTTOIR devant le lycée Henri-Avril à Lamballe (Côtes-d'Armor), Aliénor, élève de terminale, retrouve son groupe d'amies dans la pénombre. Il est 7 h 45, ce lundi 5 octobre. L'établissement de 1300 élèves vient d'ouvrir. Les lycéennes s'échangent les dernières nouvelles du « mouvement ». Aliénor, 17 ans, n'a pas participé aux premières manifestations, jeudi et vendredi. Elle appréhendait les violences. Emma, Céleste et Camille la rassurent : « Notre mobilisation ne ressemble pas à celles que l'on voit à la télévision ou sur les réseaux sociaux. »
A Lamballe, les blocages se sont déroulés dans le calme. Quelque 600 élèves se sont massés devant les portes avant de marcher dans les rues de la cité plus habituée à voir défiler des éleveurs en colère que des lycéens remontés. Après avoir tourné autour du Leclerc puis de l'Intermarché, et encouragé les lycéens de l'établissement privé à les rejoindre, les manifestants ont scandé quelques slogans et entonné La Marseillaise devant la mairie.
Les forces de l'ordre sont restées à distance. Il y a bien eu quelques pétards, un extincteur vidé et des rétroviseurs abîmés. Des débordements mineurs, dénoncés par tous les jeunes rencontrés. Emma, scolarisée en terminale, peste : «Il ne faut pas décrédibiliser le mouvement. Pour faire entendre nos revendications, on doit les exprimer calmement. D'autant qu'ici, nous sommes plutôt bien lotis. »
Autour d'elle, beaucoup tempèrent. Le bâtiment principal du lycée Henri-Avril a, certes, été rénové après un chantier de deux ans à 15 millions d'euros, mais des préfabriqués et des bâtiments vieillissants seraient toujours en service. Difficile d'y travailler lors des canicules, selon ces garçons de terminale. Des élèves en bac professionnel critiquent, eux, ces salles dans lesquelles la pluie s'infiltre régulièrement. D'autres racontent leur quotidien dans des classes à 35.
Vapoteuse en main, quatre adolescents inscrits en CAP mécanique déplorent le non-remplacement de leurs professeurs de français et d'histoire-géographie, absents depuis la rentrée. Et puis, les emplois du temps font débat : surchargés, mal ficelés... «Le mercredi, les professeurs n'acceptent pas de nous laisser partir dix minutes avant la fin des cours pour aller au self. Si je veux prendre mon car, je dois sauter le repas», souffle Emma qui espère intégrer, en septembre, une licence de droit. Encore faut-il passer l'«obstacle» Parcoursup. Une autre source d'agacement.
Aliénor tient à faire grève pour faire entendre les réalités scolaires en milieu rural. Comme nombre de lycéens d'Henri-Avril, elle habite dans une commune alentour. Le car scolaire sillonne la campagne pendant une heure dix avant de rallier l'école.
Réveil à 5 h 30, bus à 6 h 45, début des cours à 8 heures. « On vit des journées à rallonge. Je termine parfois mes devoirs à 22 h 30. Je dors six heures par nuit maximum. Je voulais continuer l'équitation, mais n'ai pas trouvé le temps d'aller à une seule séance depuis la rentrée... Ma vie scolaire laisse peu de place à une vie sociale », grimace-t-elle. Ses amies opinent.
«Pas de leader ni de représentant»
Assis sur un banc, Simon, Ewen, Samson et Axel révisent en urgence. Dans quelques minutes, ils seront évalués en histoire pour les uns, en mathématiques pour les autres. Ces lycéens de terminale reviennent à Henri-Avril après deux jours séchés. Tous retourneront en manifestation mardi, par «conviction».
«Les blocages ne sont pas instrumentalisés par des syndicats ou des partis politiques, comme le pensent certains. Ici, il n'y a pas de leader ni de représentant. On est simplement des lycéens soucieux de nos conditions de travail, plaide Samson, 17 ans Qu'on soit de gauche ou de droite, chacun reconnaît les problématiques. Le gouvernement doit investir davantage sur sa jeunesse. » « On ne nous prend pas au sérieux. Interdire les téléphones portables, était-ce la priorité ? On nous parle comme à des enfants obnubilés par les écrans », s'agace Axel. Le groupe montre les lycéens autour d'eux. La majorité d'entre eux discutent. Très peu ont le nez sur leur smartphone. Dans un coin, le proviseur de l'établissement surveille l'entrée. Il refuse de s'exprimer. Consigne de l'administration.
Skateboard sous le bras, Jules passe de groupe en groupe pour saluer les têtes connues. Curieux, cet élève de 2 $^{de}$ écoute les discussions : «Je n'y connais rien, à la politique. Je me fais influencer par mes parents, les infos, mes amis... Cette mobilisation m'aide à construire mes propres opinions. » Le mouvement est vécu comme une initiation politique et sociale. Certains en discutent avec leurs parents. C'est le cas d'Arnaud, 16 ans, qui a l'aval de sa mère, mais pas celui de son père pour manifester. Cet élève, qui se destine à travailler dans les travaux publics, clame : «J'assume de faire de la propagande autour de moi. Pour se faire entendre, le mouvement doit durer. Sinon, tout cela n'aura été que du folklore sans lendemain. »
BENJAMIN KELTZ
(ENVOYÉ SPÉCIAL À LAMBALLE,
CÔTES D'ARMOR)
Une porte-parole des lycéens, lors d'une assemblée générale, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 4 octobre.
KENZO TRIBOUILLARD/AFP
ses proxys de l'ultragauche», comme l'a affirmé l'entourage du premier ministre, Sébastien Lecornu, à l'issue d'une cellule de crise interministérielle, tenue jeudi 1er octobre? Matignon disait s'appuyer sur un « constat partagé par les services de renseignement ». En fait, il s'agit essentiellement d'une note de la direction du renseignement de la Préfecture de police de Paris (DRPP) du 28 septembre sur le mouvement lycéen en Seine-Saint-Denis.
«Les origines du mouvement résident de toute évidence dans une instrumentalisation de structures syndicales étudiantes et de mouvements politiques proches de l'extrême gauche», y écrivent les policiers de la Préfecture de police, qui soulignent le rôle des élus LFI, ayant, à la suite de Louis Boyard (député du Val-de-Marne), premier à s'être rendu au lycée Saint-Exupéry de Créteil à la mi-septembre, rejoint massivement les blocages à partir du 28 septembre. Chacun à sa manière et avec sa sensibilité : certains pour galvaniser les élèves, d'autres, comme Antoine Léaument (député de l'Essonne), pour les appeler au calme et encadrer un mouvement un peu anarchique.
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« EFFET D'AUBAINE »
Le constat de la DRPP n'est pas partagé, cependant, par tous les services de renseignement. Selon une autre source bien informée, le mouvement lycéen s'est déroulé en trois temps : « Un premier temps assez agité et spontané, sans profil politique. Puis un deuxième temps, en début de semaine dernière [à partir du lundi 28 septembre] lorsque des groupes de jeunes des quartiers, certains lycéens mais pas tous, ont entrepris des actions violentes : destructions de biens, menaces et agressions visant les personnels éducatifs. Enfin, les [responsables] politiques et les militants syndicaux de la gauche radicale ne sont arrivés que dans un troisième temps. »
La preuve de l'entrée en scène de militants aguerris, selon cette source: les tracts donnant des consignes aux lycéens interpellés et placés en garde à vue. « Mais il est très difficile de contrôler un mouvement de lycéens, par nature très volatil, poursuit la source. C'est plus un effet d'aubaine pour les partis politiques intéressés par l'agitation sociale. » En clair, les réseaux sociaux et l'effet d'imitation, voire d'émulation entre quartiers, ont été plus forts que la capacité d'entraînement de LFI. Enfin, la présence de black blocs n'a pas été objectivée par les services de renseignement, même si la journée du mardi 6 octobre s'annonçait à haut risque. Parmi les jeunes interpellés à la suite de l'agression d'un haut gradé de la police à Belfort, aucun ne figurait au fichier des antécédents judiciaires, selon une source policière.
Pour Ryad Rani, 19 ans, président de l'Union syndicale lycéenne, majoritaire dans le secondaire, « dire que LFI manipule et organise cette mobilisation est faux et infantilisant. Nous sommes représentés dans 3500 lycées [sur un total de 5000] ». Le jeune homme, qui a été présenté comme un « in soumis », se défend de cette étiquette: « Je suis de gauche, ça oui. Et je me suis présenté aux municipales sur une liste d'union de la gauche en tant que syndicaliste. » Depuis sa médiatisation, il dit avoir reçu des menaces de mort et des insultes racistes.
Il serait, en tout cas, étrange de reprocher à Ryad Rani sa proximité avec les « insoumis », alors que nul n'a relevé – jusqu'à ce que Manuel Bompard, coordinateur de LFI, le dévoile en direct lors d'une émission télévisée – que Nathanaël Combary, président du conseil d'administration de Renouveau lycéen, invité à rencontrer le ministre de l'éducation, Edouard Geffray, vendredi 2 octobre à Paris avec les autres syndicats, était engagé dans la campagne de Gabriel Attal.
Ariane Anemoyannis, 27 ans, coordinatrice du Poing levé, une organisation étudiante de gauche radicale issue de Révolution permanente, réfute, elle aussi, toute manipulation ou entrisme : « Nous sommes aux côtés des lycéens parce que nous comprenons et partageons leur colère. Nombre d'assistants d'éducation en collège et lycée sont des étudiants et militent chez nous. Ils vivent ces problèmes au jour le jour. Pour nous, les lycéens sont des sujets, pas des objets manipulables. Ils nous montrent l'exemple. »
Dans ses places fortes, notamment à Saint-Denis, Toulouse et Bordeaux, Le Poing levé dispose de militants très actifs et organisés, qui travaillent depuis le début du mouvement lycéen à une jonction avec le monde étudiant. Plutôt qu'un «proxy» de LFI, c'est un aiguillon aux positions souvent plus radicales. «L'utilisation du terme de “proxys”, qui désigne les alliés militaires de l'Iran dans la guerre avec Israël et les Etats-Unis, en dit long sur l'imaginaire du gouvernement», fait remarquer Ariane Anemoyannis.
CHRISTOPHE AYAD
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« Nous, on ne veut rien casser, on veut se faire écouter »
A Pantin, Marseille, Toulouse ou encore Lyon, les lycéens partagent les mêmes inquiétudes et dénoncent leurs conditions d'études
LYON, MARSEILLE, TOULOUSE - correspondants
La jeunesse emmerde Par-coursup», «Nous sommes plus que des données dans un logiciel», «8 h-19 h, on est au lycée ou en garde à vue?», «L'avenir de la nation passe par l'éducation», «Moins de flics, plus de fric»... Les slogans ont fleuri par centaines ces dernières semaines sur les pancartes placardées aux grilles des établissements, au fur et à mesure que la mobilisation des lycéens gagnait de l'ampleur. Près de 590 lycées (sur 3700) ont encore été perturbés lundi dans toute la France, à la veille de la journée de mobilisation du mardi 6 octobre pour laquelle les plus engagés espèrent « une convergence des luttes » avec les étudiants et les salariés.
Du manque de papier toilette à l'angoisse de l'orientation, les revendications des lycéens peuvent sembler confuses, éparses et difficiles à cerner. Pourtant, de la banlieue parisienne à Marseille en passant par Toulouse, les lycéens et lycéennes croisés par Le Monde lors des blocages des dix derniers jours se répondent et se répètent, parfois mot pour mot. Leurs témoignages racontent des préoccupations partagées au sujet de leurs conditions d'études, leurs craintes profondes et un besoin viscéral d'être écoutés.
Dans les quartiers populaires de la banlieue parisienne, d'où est parti le mouvement, le manque d'enseignants et de personnels de santé ou la dégradation des locaux affectent lourdement le quotidien. En terminale au lycée professionnel Simone-Weil de Pantin (Seine-Saint-Denis), Kennan (les élèves cités par leur prénom souhaitent rester anonymes) attend devant son établissement pour participer au blocage lundi matin. «Je me mobilise depuis mercredi pour qu'on nous donne plus de moyens. Dans notre lycée, les toilettes sont souvent fermées, on n'a pas d'infirmière, les profs ne sont pas toujours remplacés», développe l'adolescent de 17 ans. Il se dit «inquiet» pour son avenir car il «ne peut pas bien travailler dans ces conditions»: «Je suis inquiet pour moi et pour tous les lycéens de France. Ce seront mes collègues plus tard, et si personne n'a l'éducation nécessaire ou si personne n'a les moyens, la France ne va pas tenir».
Parmi les élèves de ces établissements défavorisés, un sentiment lancinant de relégation surgit rapidement dans les discours, particulièrement devant les lycées professionnels, dont les élèves sont les plus précaires et les plus fragiles sur le plan scolaire. Croisé à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) devant le lycée professionnel Jules-Michelet, Kylian n'a pas choisi son orientation. « On est plein dans la classe dans cette situation », assure-t-il. Lui est en 1 $^{re}$ maintenance des systèmes de production
« C'EST PAS POSSIBLE, ON N'A PAS LES MOYENS DE RÉUSSIR ICI », DÉNONCE KYLIAN, DEVANT UN LYCÉE PROFESSIONNEL DU VAL-DE-MARNE connectés et vient tous les jours de Torcy (Seine-et-Marne), à 20 kilomètres. « J'ai été refoulé des lycées que j'avais demandés, à Torcy et à Montreuil », précise-t-il. Il aurait voulu « faire un truc genre commerce », un BTS, peut-être même une licence. Pourquoi ne pas conjuguer ce vœu au futur? « C'est pas possible, on n'a pas les moyens de réussir ici, j'ai même pas de prof d'éco-gestion », se désole-t-il, convaincu, à 17 ans, qu'il « n'aura pas [sa] chance » et que ce n'« est pas normal ».
A l'orée de l'élection présidentielle, le contexte politique s'invite aussi au milieu des slogans sur la vie lycéenne. Particulièrement en Ile-de-France, où la peur et le rejet du Rassemblement national s'expriment à longueur de tags et de pancartes. A Sevran (Seine-Saint-Denis), devant le lycée Blaise-Cendrars, les drapeaux palestiniens ont côtoyé les drapeaux français, jeudi 1er octobre. Mohamed s'est drapé dans un étendard tricolore pour aller bloquer son lycée. «Hier, on m'a dit que je n'étais pas français, ça m'a choqué; je suis né en France, j'ai des droits», clame le lycéen, alors que ses camarades hurlent dans le mégaphone le vieux slogan «La jeunesse emmerde le Front national».
Certains se mobilisent par nécessité, d'autres davantage par solidarité. Lycéens des villes, des banlieues, des zones rurales, élèves de lycée général ou de la voie professionnelle, ils n'ont parfois pour seul point commun que d'appartenir à la même génération, mais ils affichent une même préoccupation pour l'égalité des chances et la même volonté de se faire entendre. Devant le lycée Saint-Sernin, dans le centre-ville de Toulouse, des assemblées générales réunissent des élèves de cet établissement et du lycée Pierre-de-Fermat. « On veut être entendus ! Même si ici, les conditions sont assez bonnes, on soutient le mouvement national », précise Léo, en classe de terminale, conscient d'étudier dans un établissement favorisé.
«Pas de blocus pour le plaisir »
Cela n'empêche pas ces élèves de partager plusieurs revendications de leurs camarades partout en France. Chloé, également en terminale, en liste quelques-unes : «Des journées moins chargées, des classes plus fraîches lors des examens et surtout une révision de Parcoursup. » Pour Léo, il s'agirait «d'avoir moins de pression sur le contrôle continu et que cela devienne anonyme, pour éviter, par exemple, des discriminations sur l'origine».
« On ne fait pas de blocus pour le plaisir. On veut montrer qu'on est unis », dit aussi Blessin (prénom d'emprunt), élève en terminale du lycée Ampère, dans le centre-ville de Lyon. L'élève a conscience que son établissement, anciennement fréquenté par Charles Baudelaire, n'est pas le plus mal loti. Les locaux ont du cachet, et les absences y sont moins fréquentes. Les problèmes de l'éducation nationale s'y répercutent néanmoins, d'où un spleen pesant. « Nos journées sont énormes, de 8 heures à 18 heures, j'habite dans une commune de la périphérie, je mets une heure pour venir, on voudrait un rythme différent, comme dans d'autres pays », plaide le lycéen.
Ces expériences communes trouvent un écho si large qu'elles agrègent au mouvement des
« ON ATTEND UN CHANGEMENT TOTAL DE LA FAÇON DONT L'ÉDUCATION EST GÉRÉE DANS CE PAYS », EXPLIQUENT EVA ET LÉNA, À MARSEILLE
établissements peu coutumiers de la contestation. A Marseille, une manifestation spontanée partie du Vieux-Port en milieu d'après-midi, lundi, a réuni des jeunes de toute la ville. Côte à côte, Eva et Léna, 16 ans, élèves du lycée privé Saint-Joseph-de-la-Madeleine vivent leur première mobilisation. « On a fini par réussir à bloquer le lycée aujourd'hui, avec l'aide d'élèves d'autres établissements », expliquent-elles. Leurs revendications ? « Ne plus être 40 par classe, ce qui est incroyable dans un lycée privé. Avoir de la climatisation dans les salles... Ne plus dépendre de l'arbitraire de Parcoursup. On attend un changement total de la façon dont l'éducation est gérée dans ce pays. » Elles assurent que leurs parents les soutiennent, « même s'ils ont peur de ce qui peut arriver pendant les blocages ». « Par contre, ma grand-mère croit que c'est LFI [La France insoumise] qui nous manipule », s'amuse Eva.
Vendredi et lundi, entre 400 et 500 établissements ont été fermés, parfois car ils avaient subi des dégradations, souvent pour éviter les rassemblements aux abords. A Edouard-Herriot, dans le 6 $^{e}$ arrondissement de Lyon, ou au lycée Pierre-Brossolette, à Villeurbanne (métropole de Lyon), des groupes d'élèves passent furtivement malgré la fermeture des établissements. Ils partagent tous la volonté «de continuer jusqu'à être écoutés». «On ne voit pas l'avenir sous un bon jour», confie Ana, élève de 2 $^{de}$ . «Le gouvernement met en avant les débordements. Nous, on ne veut rien casser, on veut se faire entendre», affirme Tom, élève en 1 $^{re}$ .
Les élèves que Le Monde a rencontrés disent leur opposition aux violences et à la casse ayant émaillé plusieurs blocages. Ils expriment aussi la même indignation quant à la réponse policière opposée au mouvement, et aux élèves blessés lors d'interventions des forces de l'ordre à Tours, à Lens (Pas-de-Calais), à Argenteuil et à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise). En tout, dix enquêtes de l'inspection générale de la police nationale ont été ouvertes.
« Quand on voit les images [de violences sur les lycéens], c'est immoral, les policiers qui font ça, ils devraient être suspendus », s'agace Nolhan devant le lycée professionnel Frédéric-Bartholdi à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). La veille, assure-t-il, l'une de ses camarades « s'est fait embarquer à coups de pied parce qu'elle voulait brûler une poubelle ». Plus de 6000 personnes ont été interpellées depuis le début du mouvement. Parmielles, 5000 ont été placées en garde à vue, dont 4400 mineurs.
RÉMI DUCASSE (À PARIS), PHILIPPE GAGNEBET, SYLVIE LECHERBONNIER (À PARIS), ÉLÉA POMMIERS (À PARIS), GILLES ROF ET RICHARD SCHITTLY
MOBILISATION LYCÉENNE
L'exécutif, fébrile, se trouve à la merci d'un « embrasement »
La mobilisation inquiète au sommet de l'Etat, alors que les gestes du gouvernement ne sont pas parvenus à endiguer la contestation
La forte mobilisation des lycéens attendue, mardi 6 octobre, pour l'« acte III » d'un mouvement qui a essaimé dans tout le pays après être parti de la région parisienne à la mi-septembre, a poussé le gouvernement à annuler le déplacement de la ministre de l'agriculture, Annie Genevard, au Sommet de l'élevage, près de Clermont-Ferrand, où elle était attendue. Priorité a été donnée au déploiement des forces de police et de gendarmerie sur tout le territoire, quitte à suspendre le ballet des voitures officielles.
Les quelques gestes effectués ces derniers jours par le gouvernement en direction d'une contestation qu'il n'a pas vu venir n'auront, en tout cas, pas répondu aux attentes des manifestants. Ni le renoncement à faire payer les frais d'inscription aux élèves non boursiers en BTS ou en classes préparatoires, douze heures après avoir annoncé la mesure, le 1er octobre; ni la « feuille de route » adressée, dimanche, par le premier ministre, Sébastien Lecornu, à plusieurs membres de son gouvernement face à la mobilisation lycéenne – elle fixe un calendrier pour répondre à une partie de leurs revendications; ni le déplacement du ministre de l'éducation nationale, Edouard Geffray, lundi, dans un lycée des Yvelines, pour la première fois depuis le début du mouvement.
« L'appréhension du système a été moyenne », juge le président du groupe Union centriste au Sénat, Hervé Marseille, tandis qu'un chef d'exécutif local raconte avoir « alerté » en vain le gouvernement dès les premiers blocages d'établissements scolaires organisés par les lycéens : « Ils ont pris ça un peu à la légère », regrette-t-il.
L'irruption d'une mobilisation sociale d'ampleur à six mois d'une élection présidentielle est inédite. Et elle met en relief les faiblesses d'un gouvernement sans responsables politiques aguerris. Recevoir Rue de Grenelle des organisations lycéennes à la faible représentativité, comme l'a fait Edouard Geffray, le 2 octobre, « c'est leur donner une légitimité », critique un responsable du bloc central. Confier sa « crainte » d'un embrasement plus large, comme l'a fait le ministre de l'enseignement supérieur, Philippe Baptiste, lundi sur Sud Radio, souligne la fébrilité du gouvernement. « Il y a toujours des Cassandre pour prédire que ça va dégénérer », s'agace-t-on en retour dans l'entourage du chef de l'Etat.
«Aucune consigne de retenue»
Le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, n'a pas plus contribué à calmer les esprits en répondant aux critiques de la droite et de l'extrême droite, vendredi soir sur TF1. «Il n'y a aucune consigne de retenue» à l'intention des forces de l'ordre, insistait-il. Alors qu'un lycéen a eu la main arrachée à Lens (Pas-de-Calais) par une grenade lors d'une intervention policière, lundi, ses déclarations attestent de la primauté donnée à la répression pour désamorcer le mouvement.
S'il a envoyé quelques signes d'ouverture en direction des jeunes, Sébastien Lecornu, qui recevait, lundi soir, ces trois ministres, a lui aussi fait un geste en direction de l'électorat de droite, en décidant de dégager du temps parlementaire pour l'examen au Sénat du projet de loi « casseurs-payeurs », qui avait été présenté à la mi-septembre en conseil des ministres.
Pour l'historien Stéphane Sirot, spécialiste des mouvements sociaux, au-delà des revendications variant d'un lycée à un autre, cette mobilisation est le produit du contexte « anxiogène » auquel les jeunes sont exposés : la canicule, les incendies, la croissance en berne, l'angoisse vis-à-vis de l'intelligence artificielle, les guerres en Ukraine et en Iran, la peur d'une victoire du Rassemblement national à l'élection présidentielle de 2027... Une actualité qui exacerbe la peur du lendemain et les radicalise. « Il y a un aspect "no future" » dans cette mobilisation, appuie la députée écologiste des Deux-Sèvres Delphine Batho, ancienne présidente de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL).
En lien constant avec son premier ministre, Emmanuel Ma-
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Mélenchon accuse Lecornu d'avoir « ordonné la répression ». Droite et extrême droite s'insurgent, elles, contre le « chaos »
cron se tient à l'écart d'un mouvement qui fait ressortir les failles de son bilan en matière éducative. Le chef de l'Etat laisse le gouvernement «à la manœuvre», se contentant d'appeler les responsables politiques, depuis l'Espagne, le 30 septembre, à ne pas «légitimer» la violence. «Il s'agit moins d'un mouvement anti-Macron que d'une crise globale de l'écoute du politique», juge le sondeur Frédéric Dabi, le directeur général de l'IFOP.
Absorbé par la préparation de son projet de budget pour 2027, Sébastien Lecornu n'a pas su détecter les signaux faibles de la mobilisation lycéenne. Il jugeait plus probable une contestation liée à la hausse vertigineuse des prix du carburant ou qui aurait été suscitée par un monde agricole meurtri par les canicules cet été.
La première réaction officielle du chef de gouvernement n'a été formulée qu'une dizaine de jours après les premiers blocages. Elle ne s'adressait ni aux lycéens ni à leurs représentants, mais à Jean-Luc Mélenchon. Le 28 septembre, il renonçait à sa communication verrouillée pour interpeller le leader de La France insoumise (LFI) sur X, l'accusant d'« instrumentaliser la colère » de la jeunesse « à des fins partisanes ». « Une faute », ajoutait-il. « Il ne voulait pas être pris en défaut de fermeté », justifie le chef d'un exécutif régional devant cet effet de manche.
Le quadruple candidat à la présidentielle accuse en retour Sébastien Lecornu d'avoir «ordonné la répression» du mouvement lycéen, auquel l'«insoumis» entend donner un écho national. La droite et l'extrême droite s'insurgent, elles, contre le « chaos » signant le laxisme des pouvoirs publics. Au fil d'un débat de plus en plus polarisé, le gouvernement s'est retrouvé pris en étau entre ces deux logiques irréconciliables.
Sur le terrain, les CRS et les gendarmes mobiles sont envoyés au contact des jeunes bloquant leur établissement afin de rétablir l'ordre. Ce face-à-face alimente les troubles aux abords des lycées : jets de projectiles, tirs de mortiers, incendies, biens dégradés et agressions envers les figures d'autorité (forces de l'ordre, membres du corps enseignant)...
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Vocable guerrier
La tension n'a cessé de croître en près de trois semaines de mobilisation. Matignon n'hésite plus à qualifier les événements survenus de « violences urbaines » attisées par LFI et « ses proxys de l'ultragauche », notent des services de renseignement à l'appui de ces déclarations. Un vocable guerrier qui prépare l'opinion à un schéma autoritaire du maintien de l'ordre.
Avec plus de 5000 interpellations et une dizaine d'enquêtes lancées auprès de l'inspection générale de la police nationale pour des faits présumés de violences policières, la proportionnalité des interventions est d'ores et déjà questionnée. «Le risque, c'est que le gouvernement soit tenté, exactement comme avec les "gilets jaunes", de faire monter le coût de la participation à la mobilisation. Et une bonne façon de faire monter ce coût, c'est d'accroître le niveau de répression, estime Xavier Crettiez, professeur de science politique à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. Le mouvement des "gilets jaunes" s'est arrêté parce que cela devenait pour beaucoup trop dangereux de manifester avec des milliers d'interpellations, des dizaines de personnes éborgnées ou aux mains explosées. » Si les débordements persistaient, Sébastien Lecornu n'aura pas d'autre choix, estimet-on au sein de l'exécutif, que de s'adresser directement aux Français et d'endosser la crise.
MARIAMA DARAME
ET NATHALIE SEGAUNES
Un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens
Au total, dix enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN sur des violences commises par des policiers lors des rassemblements
Les jours passent et les blessés s'accumulent. Au total, « 215 élèves ont été blessés depuis le début des mobilisations dans les lycées (...), soit du fait d'éléments accidentels (...), soit du fait de blessures liées à des fauteurs de troubles », indiquait le ministre de l'éducation nationale, Edouard Geffray, lundi 5 octobre. Les blessures les plus graves semblent avoir été causées lors d'interventions des forces de l'ordre.
Ainsi, lundi, vers 10 heures, devant le lycée Auguste-Béhal de Lens (Pas-de-Calais), un adolescent de 15 ans, scolarisé en 2 $^{de}$ , a eu la main arrachée par une grenade. Selon le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, les lycéens présents devant l'établissement étaient plus nombreux que lors des précédentes mobilisations. « Ils ont projeté toute une série de choses sur la police », a-t-il déclaré lors d'un point presse. Dans ce contexte, une unité de CRS est intervenue sur les lieux.
« Les CRS nous ont courus après pour nous faire reculer. Ils ont fait ça une première fois, après tout le monde est revenu, et c'est la deuxième fois qu'ils ont lancé la grenade », a raconté au Monde Tybo (les prénoms des mineurs ont été modifiés par mesure de protection), 17 ans, témoin de la scène. Après l'explosion, « [la victime] a continué à courir. [Elle] ne s'est pas rendu compte » de sa blessure immédiatement, selon le jeune homme. D'après sa description et d'autres témoignages, l'engin pourrait être une GM2L, une grenade connue pour avoir déjà causé des mutilations lors de manifestations.
Le procureur de Béthune (Pas-de-Calais), Etienne Thieffry, ne se disait pas, lundi, en mesure de déterminer si l'adolescent avait ramassé la grenade ou si elle avait atterri sur lui. Il a confié une enquête à l'inspection générale de la police nationale (IGPN) pour « violence ayant entraîné une mutilation et une infirmité permanente ».
La première blessure grave de lycéen, depuis le début du mouvement, a eu lieu une semaine plus tôt, le 28 septembre, à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise). Un policier avait alors tiré une grenade lacrymogène avec son lance-grenades Cougar et touché en plein visage Eden, 14 ans, à bout portant. Un usage contraire aux principes d'utilisation de cette arme, avec lequel le tir tendu est interdit car particulièrement dangereux. Contrairement au lanceur de balles de défense (LBD), qui envoie des projectiles en caoutchouc à la rigidité relative, le Cougar projette des grenades lourdes et à l'enveloppe en plastique rigide.
« Eden a une double fracture de la mâchoire, plusieurs de ses dents du bas ont été arrachées et toutes celles du haut sont brisées », a énuméré son avocate, Elsa Marcel, à l'occasion d'une conférence de presse, lundi, en présence des parents. « Sa mâchoire est scellée avec juste un espace pour laisser passer une paille. Il ne peut s'alimenter que de liquides, a ajouté sa mère. Il n'a que 14 ans, il n'a pas fini sa croissance, donc même avec toutes les
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L'engin pourrait être une GM2L, une grenade connue pour avoir déjà causé des mutilations
opérations qu'il subit actuellement, sa situation ne pourra pas se stabiliser avant quatre, cinq ans. »
Selon les images de la scène diffusées sur les réseaux sociaux, Eden se trouvait en marge du blocage de son lycée, assis seul sur un muret. Pour une raison inconnue, un trio de policiers a tenté de le chasser – les vidéos ne donnent pas une vision exhaustive de la scène. Repoussé physiquement par les fonctionnaires, il leur a résisté et a mis un coup de pied à l'un d'entre eux. Immédiatement après, un policier fait feu.
Deux enquêtes ont été ouvertes, selon Guirec Le Bras, le procureur de la République du Val-d'Oise, l'une contre Eden pour violences, l'autre confiée à l'IGPN concernant l'utilisation du Cougar, pour violences également. M° Elsa Marcel a annoncé qu'elle s'apprêtait à déposer une plainte, notamment pour tentative d'homicide volontaire.
Deux jours plus tard, à Tours, Maël, un lycéen de 16 ans, a, lui, été éborgné, perdant l'usage de son œil. L'adolescent et plusieurs témoins ont attribué la blessure à un tir de LBD. Une version compatible avec les lésions constatées par les examens médico-légaux, selon la procureure de la République de Tours, Catherine Sorita-Minard. La magistrate a confié une enquête à l'IGPN, tandis que la famille de Maël a porté plainte pour violences volontaires.
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Policier passé à tabac
En tout, dix enquêtes judiciaires ont été confiées à la « police des polices ». L'une d'elles a été ouverte le 28 septembre par le parquet de Bobigny, à la suite d'une plainte de trois parents d'élèves à Sevran (Seine-Saint-Denis). « Sont allégués un coup par un fonctionnaire à cheval, une insulte et un tir de LBD reçu sur la cuisse de l'une des plaignantes », explique le procureur de la République, Alexandre de Bosschère. Selon l'Agence France-Presse, ce dernier a également confié une enquête à l'IGPN pour des faits survenus à Saint-Denis, mais non détaillés. Une autre enquête, ouverte le 1 $^{er}$ octobre, vise à éclairer les circonstances de la blessure à l'œil infligée à un lycéen de 16 ans, suspecté d'avoir été causée par un tir de LBD, à Argenteuil (Val-d'Oise).
Du côté des forces de l'ordre, selon le ministère de l'intérieur, le bilan officiel est quantitativement lourd: « 650 blessés au sein des forces de sécurité intérieure » depuis le 28 septembre, indiquet-on Place Beauvau, qui ne donne cependant aucun détail sur la gravité ou les causes des blessures. Des images de violences sur des forces de l'ordre ont également circulé sur les réseaux sociaux.
Le 1er octobre, une vidéo mon-trait une policière esseulée, poursuivie puis frappée par plusieurs personnes dans le 20e arrondissement de Paris. Le lendemain, c'est à Belfort (Territoire-de-Belfort) qu'un autre policier a été passé à tabac. Un lycéen a été placé en détention provisoire pour ces faits, tandis qu'un second, âgé de 15 ans, a été placé sous contrôle judiciaire.
Outre les élèves et les forces de l'ordre, à la date du 4 octobre, le ministre de l'éducation nationale, Edouard Geffray, déplorait 78 personnels blessés.
ARTHUR CARPENTIER,
LISELOTTE MAS
ET FLORENCE TRAULLÉ
(LILLE, CORRESPONDANTE)
Le spectre du déficit pèse sur la présidentielle
Les candidats, contraints de mener campagne dans un climat de crise, s'opposent sur les solutions
L'
objectif était de convaincre les parlementaires, mais aussi de rassurer les créanciers de l'Etat. Double échec. La présentation du projet de budget du gouvernement pour 2027, le 1 $^{er}$ octobre, s'est soldée par un rejet du texte par les groupes d'opposition comme par une défiance des marchés très sceptiques sur le fait de le voir adopté par une Assemblée nationale fragmentée.
Signe de l'état de vulnérabilité dans lequel se trouve la France, les taux d'emprunts du pays ont, dès le lendemain, fait un nouveau bond pour atteindre près de 5 %, un record depuis 2002. L'écart de taux avec l'Allemagne (le « spread ») a, lui, dépassé les 150 points de base – du jamais vu en quinze ans. Outre la hausse générale des cours du pétrole et des taux d'intérêt liée à l'instabilité internationale, l'Hexagone connaît une dégradation rapide de sa situation économique et budgétaire: sa dette publique dépasse les 119 % du PIB, sa croissance est atone, le chômage remonte et les préoccupations sur le pouvoir d'achat grimpent en flèche dans toutes les catégories...
Si le climat est anxiogène pour le gouvernement, le terrain est également miné pour les candidats à l'élection présidentielle. Face à la dégradation de la plupart des indicateurs, comment mener campagne et s'engager à tenir ses promesses en l'absence de visibilité et de marges de manœuvre financières?
Tous partagent un relatif consensus sur la gravité de la situation. A droite et dans le bloc central, les prétendants à l'Elysée s'affichent même en lanceurs d'alerte ces derniers jours, à l'instar de Bruno Retailleau. Selon le candidat du parti Les Républicains (LR), « les mécanismes d'une crise sont en train d'être enclenchés ». Gabriel Attal, candidat de Renaissance, affirme, lui, que « la catastrophe n'est plus très loin ». La candidate du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, s'est dit toute aussi inquiète, décrivant un Etat « au bord d'une crise obligataire ». Les socialistes ont également qualifié de « grave » « la situation économique, sociale et budgétaire de la France », dans un courrier adressé, vendredi 2 octobre, au premier ministre, Sébastien Lecornu.
«Il n'y a pas de fatalité. L'enjeu, c'est d'éviter le pire. Nous devons tenir la cible de 5 % de déficit que nous nous sommes fixée», leur a répondu le ministre de l'économie, Roland Lescure, dimanche 4 octobre dans La Tribune Dimanche. Une manière implicite de mettre en garde les candidats. En effet, Matignon n'hésite pas à rappeler qu'un nouveau dérapage pourrait entraver le prochain président de la République dans sa capacité à mettre en œuvre son programme.
«Tout ce climat prouve que même si nous ne sommes pas encore entrés dans une crise de la dette d'un point de vue financier, nous y sommes d'un point de vue politique», observe l'économiste Anne-Laure Delatte, directrice de recherche au CNRS, rattachée à l'université Paris-Dauphine-PSL.
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Electeurs très soucieux
A sept mois du scrutin élyséen, les électeurs se montrent eux aussi très soucieux de la situation financière du pays, comme le souligne l'enquête électorale réalisée début septembre pour Le Monde par Ipsos BVA-CESI Ecole d'ingénieurs, en partenariat avec le Centre de recherches politique de Sciences Po (Cevipof), la Fondation Jean Jaurès et l'Institut Montaigne. Quelle que soit leur affiliation politique, 84 % des sondés s'expriment en faveur de la diminution de la dette publique. Selon
Brice Teinturier, directeur délégué général d'Ipsos BVA, « c'est la première fois depuis la dissolution [de l'Assemblée nationale] qu'il y a tel niveau d'inquiétude de l'opinion sur la question budgétaire ».
Si le consensus est partagé, de profondes divergences existent sur les solutions à apporter. « La ligne de fracture s'opère autour des leviers choisis pour redresser les finances publiques et les priorités fixées. C'est un conflit de répartition : la question qui se pose est de savoir qui doit contribuer et à quelle hauteur », résume Anne-Laure Delatte.
A gauche, où l'on a réussi à faire exister le débat autour de la taxe Zucman sur le patrimoine des ultrariches lors des discussions budgétaires en 2025, les candidats à la présidentielle revendiquent un logiciel politique qui repose à la fois sur une forme de relance keynésienne et sur la redistribution des richesses. Les candidats à la primaire de « l'espace social-démocrate » partagent l'idée d'augmenter sensiblement les impôts - des grandes entreprises, des plus hauts patrimoines, des grands héritages - pour investir dans les services publics ou encore la transition écologique, et même permettre l'abaissement de l'âge de départ à la retraite.
Mais ils se gardent bien de parler de baisse de dépenses, s'enfermant dans un «déni» sur la question, juge un député socialiste. Au sein du Parti socialiste (PS), le tournant de la rigueur pris par François Mitterrand en 1983 reste un traumatisme, tandis que l'héritage du quinquennat de François Hollande (2012-2017) et de sa poli-
Les ministres du gouvernement Lecornu, à l'issue du conseil des ministres, au palais de l'Elysée, le 1er octobre. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »
Matignon n'hésite
pas à rappeler
qu'un nouveau
dérapage
budgétaire
pourrait entraver
le prochain
président
tique en faveur des entreprises est tenu à distance. Sans s'étendre, Raphaël Glucksmann (Place publique) a commencé à distiller l'idée qu'il faudrait «faire des choix». Le député socialiste de l'Essonne Jérôme Guedj a déclaré vouloir «assumer des économies», mais «à condition qu'elles ne pénalisent ni le pouvoir d'achat, ni l'accès aux soins, ni le niveau des prestations».
Malgré la situation, la France insoumise (LFI) ne veut pas du tout amender le programme de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, qui se fonde sur une augmentation massive de la dépense publique. «Au contraire, la situation économique dégradée nous incite à faire notre programme de relance à fond. Au premier budget, il faudra aller chercher beaucoup d'argent : sur les grandes fortunes, ou en diminuant les aides aux entreprises », argumente le député LFI de l'Essonne Antoine Léaument.
Les «insoumis» souhaitent aussi «libérer [le] pays de l'emprise des marchés financiers». A ce titre, la proposition de Jean-Luc Mélenchon de vouloir «brûler» la part de dette obligatoire française détenue par la Banque centrale européenne a été dénoncée, par ses opposants et plusieurs économistes, comme une pirouette comptable dangereuse. Mais la prise de position du candidat de gauche radicale a néanmoins occupé le centre du débat durant plusieurs semaines. Le leader de LFI est parvenu «à convaincre de la relativité de la question», comme si la réduction de la dette était un problème facilement maîtrisable, déplore un député socialiste.
Consciente du discrédit dont souffrent plusieurs de ses mesures auprès des milieux économiques (retraites à 62 ans, baisse de la TVA sur le carburant...), Marine Le Pen a, elle, choisit de mener un exercice d'équilibriste. La candidate d'extrême droite essaye de donner des gages sur son « sérieux » budgétaire auprès des marchés, sans dévier de sa ligne sociale ni renoncer à son discours anti-élites, inscrit dans l'ADN de son parti.
La députée du Pas-de-Calais a ainsi détaillé, jeudi, la « règle d'or »
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«Les partis de gouvernement subissent tous de plein fouet leur décrédibilisation en matière budgétaire »
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BRICE TEINTURIER directeur délégué général d'Ipsos BVA
qu'elle promet de soumettre à un référendum si elle est élue. Un changement de pied du RN assumé, qu'elle justifie face au risque de « la mise sous tutelle de la France ». Marine Le Pen va jusqu'à présenter son parti comme « le seul capable de nettoyer les “écuries d'Augias” du système » et promettre un retour sous la barre des 3 % d'ici à 2032. Le parti devait présenter, mardi, son plan visant à réduire le déficit de 125 milliards d'euros en cinq ans.
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Eviter l'austérité
Dénonçant l'«inconséquence» et la «démagogie» des propositions de Marine Le Pen comme de Jean-Luc Mélenchon sur la question, les candidats de la droite et du bloc central veulent, quant à eux, s'arroger l'étiquette du sérieux et de la rigueur budgétaire en ces temps troublés. Libéraux autoproclamés, Edouard Philippe (Horizons), Bruno Retailleau et Gabriel Attal promettent ainsi tous de rétablir la trajectoire des finances publiques en repassant sous la barre des 3 % d'ici à 2032, sans tomber dans l'austérité.
Ils mettent la priorité sur une baisse drastique des dépenses de l'Etat, un allongement de la durée du travail et un allègement de la fiscalité des entreprises pour relancer de la croissance. «Au lieu, soit de se contraindre, soit d'augmenter la taxation, essayons d'augmenter un peu, et en fonction de ce que chacun peut faire, la durée du travail de façon à créer de la richesse supplémentaire», a notamment plaidé, jeudi, Edouard
Philippe, pour défendre sa réforme de report de l'âge de départ en retraite à 65 ans.
« Si les Français commencent à prendre conscience du danger de la dette, ils iront chercher des politiques qui ne sont pas des démagos », veut croire le vice-président de LR, Julien Aubert, soutien de Bruno Retailleau. Comme lui, le député (Renaissance) de l'Essonne Paul Midy estime que l'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon accélérerait la plongée du pays dans la crise en faisant dévisser les marchés. « Ceux qui ne se préparent pas à possibilité d'une crise financière ne seront pas en capacité de gouverner », pense le coresponsable du programme de Gabriel At-tal, qui planche sur un plan de 150 milliards d'euros d'économie à réaliser en trois à cinq ans.
Soucieux de se distinguer des héritiers du macronisme, Bruno Retailleau attaque toutefois les deux anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron sur leur statut de « coresponsables des 1400 milliards de dette » contractés durant les deux quinquennats du président de la République sortant. Au même titre que leurs opposants à gauche, qui dénoncent les limites éprouvées par la théorie du « ruissellement » portée par Emmanuel Macron en 2017.
Pour Brice Teinturier, d'Ipsos BVA, l'argument de la responsabilité demeure, quoi qu'il arrive, à double tranchant. Non seulement pour les macronistes, mais « pour tous ceux qui ont gouverné ces vingt dernières années ». « Les partis de gouvernement subissent tous de plein fouet leur décrédibilisation en matière budgétaire. La situation alimente pour le moment surtout le discours antisystème des candidats populistes », observe-t-il.
SANDRINE CASSINI,
CORENTIN LESUEUR,
ALEXANDRE PEDRO
ET MARIE POUZADOUX
Sept jours sur sept, à 7h, la Hatinale du Monde
Le bilan critiqué de la loi « pour le plein-emploi »
Des associations ont documenté les dysfonctionnements de la réforme de 2023 et réclament un moratoire
Une agence France Travail, à Machecoul (Loire-Atlantique), le 13 mai. STÉPHANE MAHÉ/REUTERS
La contestation ne faiblit pas autour de la loi « pour le plein-emploi ». Près de trois ans après la promulgation du texte, qui a notamment rendu l'inscription de tous les demandeurs d'emploi automatique auprès de l'opérateur public et réformé le revenu de solidarité active (RSA), les associations de lutte contre la pauvreté continuent d'en dénoncer les effets.
Dans un rapport, que Le Monde s'est procuré avant sa publication mardi 6 octobre, ATD Quart Monde, Aequitaz et le Secours catholique décrivent un système où l'accompagnement promis se transforme souvent en contrôle, où les obligations administratives noient les allocataires, et dans lequel les nouvelles sanctions peuvent précipiter des familles déjà précaires dans une grande pauvreté. Les trois organisations demandent un moratoire sur la loi et son décret relatif aux sanctions et plaident pour une refondation des politiques de lutte contre la pauvreté.
Le document se fonde sur une enquête collective et participative conduite d'octobre 2025 à mars 2026. Il s'appuie sur 123 réponses à un questionnaire en ligne complétées par des entretiens individuels réalisés auprès d'allocataires du RSA, demandeurs d'emploi ou personne en situation de précarité ainsi que de professionnels de l'insertion et de l'emploi. Ces témoignages, anonymisés, ont été recueillis dans 36 départements.
Le point de départ est clair. Le rapport vise à donner la parole à « celles et ceux qui vivent [cette réforme] des deux côtés du guichet ». Alors que les associations et les syndicats bataillent contre le texte depuis ses origines, les pouvoirs publics rétorquaient jusque-là que leurs critiques n'étaient fondées que sur un parti pris idéologique. Leurs récriminations sont ici illustrées par des exemples concrets.
L'enquête documente les dysfonctionnements d'une réforme dont les ambitions nationales se heurtent à la réalité des freins à l'emploi, aux moyens limités accordés au service public de l'emploi en période de restriction budgétaire et à des situations sociales bien plus complexes qu'on ne l'imagine. Le premier échec du texte législatif s'inscrit dans son nom: depuis que la loi plein-emploi a été promulguée, en décembre 2023, le chômage n'a fait qu'augmenter, passant de 7,3 % de la population active il y a trois ans à 8,4 % aujourd'hui.
Un des angles morts de la réforme réside en son instrument central: le contrat d'engagement, censé formaliser le « diagnostic partagé » entre l'allocataire et son référent (conseiller France Travail, travailleur social). Dans les faits documentés par le rapport, ce lien est parfois construit artificiellement. « J'ai découvert mon contrat d'engagement déjà signé numériquement par moi-même alors que je ne l'avais jamais lu », raconte un allocataire. Un autre explique que sa conseillère a jugé qu'elle n'avait pas besoin de son accord, considérant qu'il acceptait d'emblée les conditions du document pour conserver sa prestation.
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« Activités déconnectées »
Un répondant sur cinq au questionnaire déclare ne pas savoir s'il a signé son contrat. Les associations rapportent également des pratiques de signatures « collectives », parfois à distance, sans échange personnalisé et confidentiel. Or, c'est ce document qui doit servir de référence pour établir s'il y a eu des manquements et ensuite décidé de sanctions si c'est le cas. Il arrive donc que des personnes puissent être sanctionnées pour ne pas avoir respecté des obligations dont elles n'avaient pas réellement pris connaissance.
Et quand les agents de France Travail sont volontaires dans l'accompagnement, ce sont les capacités de l'opérateur qui sont un frein. Selon un allocataire, sa conseillère « dit être parfois limitée faute de moyens ou de formation ». Cette logique provoque un « fourre-tout » dans l'accompagnement, « entre prescriptions subies et heures d'activités inadaptées », selon les auteurs du rapport. Ces heures d'activités hebdomadaires, présentées comme un moyen de rapprocher les personnes de l'emploi, peuvent devenir un simple décompte horaire à justifier. Ateliers, entretiens, formations, immersions professionnelles, démarches administratives... La liste est longue, mais la pertinence de l'activité dépend largement des pratiques locales.
Ainsi, des demandeurs d'emploi signalent leur orientation vers des activités déconnectées de leurs besoins ou attentes
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C'est dans le nouveau régime de sanction que le rapport identifie les dérives les plus préoccupantes
professionnelles, mais qui sont obligatoires pour bénéficier de leur allocation. « On vous propose de l'intérim, le recours à l'IA pour votre CV, des ateliers (...) alors que je suis tout à fait autonome sur mes recherches d'emploi », explique un allocataire quand un autre déplore qu'on lui fasse « croire que c'est parce qu'[il] ne sait pas faire de CV qu'[il] ne trouve pas de travail » alors qu'on ne lui « a jamais proposé d'emploi ». La situation peut se révéler encore plus ubuesque pour ceux qui travaillent déjà. Une personne à temps partiel indique qu'on lui a demandé de réaliser des heures d'insertion supplémentaires.
Les associations s'inquiètent par ailleurs de l'utilisation des immersions professionnelles, en grande expansion. Théoriquement utilisées pour faire découvrir un métier, les auteurs du rapport craignent qu'elles se rapprochent parfois d'un travail gratuit.
Ils citent notamment des offres sur des événements nécessitant plusieurs dizaines de personnes pour des tâches précises telles que de la plonge, de la vente ou de l'accueil, durant plusieurs jours. « Quand il s'agit de près de 60 personnes recherchées pour quatre jours, il semble difficile de considérer qu'il ne s'agit pas là de travail dissimulé », dénoncentils. Les personnes à qui on propose ces activités peuvent difficilement refuser sans redouter une perte de droits.
La question des moyens mis en œuvre se pose également depuis la généralisation de la loi, en janvier 2025. Celle-ci n'a pas été accompagnée, selon le rapport, d'un renforcement budgétaire et humain à la hauteur des besoins. Tant les départements que France Travail doivent faire face à des restrictions budgétaires. Dans le budget pour 2027, présenté jeudi 1 $^{er}$ octobre, le gouvernement prévoit de supprimer
400 postes après une première baisse de 515 en 2026.
Ces travaux décrivent le malaise des professionnels chargés d'appliquer la loi. Conseillers de France Travail, travailleurs sociaux et agents départementaux disent manquer de temps, de formations et de moyens pour répondre à la complexité des situations. S'ensuivent des burn-out, des arrêts maladie à répétition et, parfois, des démissions.
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Suspension des allocations
C'est toutefois dans le nouveau régime de sanction que le rapport identifie les dérives les plus préoccupantes. Des critiques déjà formulées qui se répètent un an et demi après la mise en œuvre générale de la loi. Un décret paru en mai 2025 soumet les allocataires du RSA, comme les autres inscrits à France Travail, à un dispositif de « suspension-remobilisation ». En cas de manquements à ses obligations, la personne peut voir une partie ou la totalité de son allocation suspendue, avec un rétablissement lorsqu'elle se remet en conformité. Le 21 septembre, le Conseil d'Etat a rejeté la requête en annulation déposée par plusieurs syndicats et associations contre ce décret. Ces organisations estiment que cette nouvelle sanction devient une menace permanente, susceptible de déstabiliser des foyers déjà exsangues en ressources.
Un allocataire indique avoir découvert dans son dossier des justificatifs de candidature déclarés non datés – or il assure qu'ils l'étaient – ainsi qu'un compte rendu d'entretien téléphonique auquel il affirme n'avoir jamais participé. Un autre relate avoir été averti par mail d'une suppression de quatre mois de son RSA, sans avoir reçu auparavant la notification lui permettant de se défendre. Dans un autre cas, une personne explique que son RSA a été suspendu pendant un mois à la suite d'un retard dans le renouvellement de son contrat d'engagement, alors même que celui-ci avait finalement été refait le jour même. Elle affirme ne jamais avoir récupéré la somme suspendue.
Derrière la promesse ratée du plein-emploi, les associations voient ainsi se dessiner une politique qui ne garantit ni l'emploi ni l'autonomie, mais fait peser sur les plus fragiles le coût de ses propres insuffisances. Une « fabrique de l''insupportabilité'', de la misère et de la division ».
THIBAUD MÉTAIS
L'administration publique appelée à ne pas foncer tête baissée dans l'IA
Le collectif Le Sens du service public pointe une « accélération technologique sans véritable cap politique » et redoute une fracture numérique
A peine arrivé au ministère de la fonction publique, en octobre 2025, David Amiel plantait le décor: face à la déferlante de l'intelligence artificielle (IA), l'administration n'a d'autre choix que de s'adapter. «Soit on boit la tasse, soit on surfe sur la vague», disait-il alors. Depuis, l'usage de cette technologie s'est considérablement accéléré au sein des services publics. Mais que veut-on vraiment faire de l'IA dans l'administration et, surtout, vers quel modèle souhaite-t-on mener le service public?
C'est la problématique soulevée par le collectif Le Sens du service public qui, dans une note publiée, mardi 6 octobre, à la Fondation Jean Jaurès, pointe une « accélération technologique sans véritable cap politique ». Dans un premier rapport de juillet 2025, le think tank appelait déjà à encadrer le déploiement de l'IA dans la fonction publique pour que cette révolution « demeure compatible avec les principes du service public ». Une alerte devenue encore plus pressante, à ses yeux, au vu de la multiplication des usages de l'intelligence artificielle dans les administrations et de l'arrivée d'outils toujours plus puissants. De l'exploitation de données à la production de synthèses en passant par la reformulation d'échanges avec les citoyens et l'analyse de textes réglementaires, l'IA est aujourd'hui « une composante du fonctionnement administratif », observe le collectif.
La situation est «paradoxale», selon ses cofondateurs, Johan Theuret et Emilie Agnoux : «L'Etat dispose d'un écosystème scientifique reconnu mais ne possède pas encore de doctrine interministérielle stabilisée sur ce que doit être une administration augmentée par l'IA. » Présenté le 16 juin, le plan gouvernemental « pour une IA utile, humaine et souveraine pour le service public » en serait une illustration. Avec la généralisation de plusieurs assistants pour les agents publics ou le renforcement des capacités de l'Etat en matière d'IA souveraine, ce plan entend « gagner en efficacité avec un usage éthique et maîtrisé », relève le collectif. Mais, poursuit-il, la feuille de route du gouvernement « reste centrée sur les annonces et les cas d'usage sans définir pleinement les finalités ni l'évaluation des effets à long terme ».
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Logique « d'automatisation »
Pour Le Sens du service public, l'enjeu principal consiste désormais à ne pas reproduire les erreurs qui ont pu accompagner les précédentes étapes de dématérialisation. Une histoire qui, selon ses termes, « invite à la prudence ». La recherche d'efficacité qui a guidé la transformation numérique du secteur public « a parfois produit des effets inverses », dénonce-t-il, en citant un sentiment d'éloignement exprimé par certains usagers, une fracture numérique ou encore des difficultés d'accès aux droits. Dès lors, poursuit le collectif, « il faut éviter que l'IA devienne une nouvelle couche de dématérialisation substituant les interactions automatisées aux relations humaines, qui fondent la confiance dans les institutions ».
Cela implique, selon lui, de définir une véritable «gouvernance publique» de l'IA fondée sur des principes de transparence, de responsabilité, de souveraineté et de formation. Il s'agit aussi, à ses yeux, de sortir d'une «vision limitée» de l'intelligence artificielle en passant d'une logique d'«automatisation» à une logique d'«augmentation» des capacités humaines au sein de l'administration:
«L'objectif ne devrait pas être de remplacer progressivement les agents par des systèmes automatisés mais de permettre aux agents de se concentrer davantage sur les missions à forte valeur humaine.» A l'image d'un enseignant qui pourrait s'appuyer sur l'IA pour simplifier la préparation de ses cours ou d'un travailleur social qui pourrait disposer d'une synthèse des informations utiles à l'accompagnement d'une personne.
Cette problématique n'est pas pour autant un impensé de l'administration. La Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP) mène depuis plusieurs mois une négociation avec les syndicats pour encadrer l'usage de cette technologie et ses effets sur les métiers des agents publics, leurs conditions de travail et, plus globalement, sur le service rendu aux citoyens. «La démarche marque la reconnaissance que l'introduction de l'IA dans les administrations constitue une transformation organisationnelle et sociale et pas seulement un projet technique», reconnaît Le Sens du service public. Il la critique néanmoins, l'ouverture de ce dialogue social intervenant dans un contexte de multiplication des usages, « ce qui peut donner l'impression d'une stratégie davantage réactive qu'anticipatrice sur les impacts humains et professionnels ».
L'administration vient de soumettre un projet d'accord à la signature des syndicats. Leur réponse est attendue avant le 17 octobre, date du début de la trêve électorale préalable aux élections professionnelles de décembre dans la fonction publique. A défaut d'approbation majoritaire de leur part, dit la DGAFP, les travaux sur le sujet « devraient reprendre à zéro » après la présidentielle.
zéro » après la présidentielle. ■
BASTIEN SCORDIA
L'appel de l'étranger pour les chercheurs sans poste
DOCTORANTS EMPÊCHÉS S'expatrier permet de trouver un emploi mieux rémunéré et de faire avancer sa carrière
CHARLES MONNIER
S alma rêvait d'être enseignante-chercheuse à l'université. Cette trentenaire (son prénom a été modifié pour préserver son anonymat) a soutenu sa thèse de sciences en 2020 avant d'enchaîner cinq années de postdocs (postdoctorats, des CDD dans des laboratoires de recherche), en France et à l'étranger. « On nous dit clairement qu'une expérience internationale est un critère de sélection quand on passe les concours pour avoir un poste de titulaire », rappelle-t-elle. Elle-même a déjà à son compteur deux campagnes de recrutement pour tenter d'obtenir le titre de maîtresse de conférences (MCF) à l'université ou de chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
« Et franchement, j'ai un super dossier: plus de dix publications d'articles en anglais, deux brevets dans les labos où j'ai travaillé, des communications à des colloques, un postdoc à l'international », énumère Salma. Chaque fois pourtant, ce fut un échec. Face à cette « impression que ce n'est jamais assez », la jeune femme a changé de rêve. « Ça m'a pris du temps pour prendre cette décision, avoue-t-elle. Mais après cinq années à me battre, j'ai commencé à réfléchir avec mon cerveau et non plus avec mon cœur, et j'ai décidé que je trouverais ma place ailleurs. »
Sa place, elle l'a trouvée dans une autre université européenne. Pour le moment en tout cas. Un contrat de deux ans dans un laboratoire de recherche : pas la panacée, mais «je vis mieux qu'en France», ajoute-t-elle. Salma gagne 2500 euros net par mois pour un temps partiel (70 %). Elle a commencé à chercher son prochain poste dans ce pays d'accueil, y compris dans le secteur privé. «Ici j'ai trouvé de la reconnaissance et un bon salaire», fait valoir la jeune femme, estimant que «c'est triste pour la France qui perd des chercheurs».
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« Gérer la pénurie »
Officiellement, selon le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, la part de chercheurs français travaillant à l'étranger trois ans après leur thèse est de 16 %. Un chiffre que la chercheuse Marie Sautier, cheffe de projet à l'université de Lausanne et doctorante à Sciences Po, déconseille toutefois de retenir. « Près de 40 % de l'effectif doctoral français est de nationalité étrangère. Or on ne pense pas leur insertion professionnelle de manière différente. Il est donc plus juste de dire que 35 % des personnes ayant reçu un doctorat français travaillent à l'étranger trois ans après leur thèse », précise-t-elle.
Une situation qui n'est pas seulement subie, rappelle Marie Sautier, qui rejette l'expression « fuite des cerveaux » et préfère parler de « circulation des cerveaux ». En effet, le taux de départ à l'étranger des docteurs européens est plutôt stable depuis les années 2010. Les
Etats-Unis étant la destination « académique » la plus attractive, avec 20 % des flux de chercheurs européens, suivis par l'Allemagne et le Royaume-Uni.
«Il y a un encouragement, une injonction à la mobilité internationale des chercheurs au sein des institutions européennes, souligne-t-elle, précisant toutefois que les motivations de départ différent fortement selon les pays. Au Royaume-Uni, les chercheurs en mobilité décrivent un choix professionnel assez libre tandis qu'en Italie ou en France, un peu plus de 20 % des chercheurs parlent d'une mobilité forcée, contrainte par les normes de carrière ou l'absence d'opportunités locales. »
En quinze ans (2010-2025), le nombre de postes de maître de conférences mis au concours a chuté de 35 %. Les emplois précaires sont devenus la norme, et plus seulement en début de carrière. «Dans ce contexte, poursuit Marie Sautier, la mobilité internationale n'est pas seulement l'expression heureuse d'un monde scientifique ouvert. Elle devient une manière de gérer la pénurie de postes ou de la contourner. L'espoir est alors d'avoir un CDD, ce qui n'est pas évident en France, mais aussi d'accumuler un capital scientifique susceptible de renforcer le CV pour pouvoir ensuite revenir en France. »
Derrière l'expatriation, se cache alors un paradoxe: «Il faut à la fois s'internationaliser et rester connecté localement, garder des liens suffisamment forts pour espérer obtenir un poste de MCF», souligne la chercheuse. Car la pénurie de postes s'accompagne de
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« Ici, j'ai trouvé de la reconnaissance et un bon salaire », fait valoir Salma, doctorante engagée dans une université européenne
processus de recrutement jugés épuisants, peu transparents, et donnant le sentiment que les jeux sont souvent déjà faits.
Lorsqu'il était jeune chercheur, Romain, 44 ans aujourd'hui, a fait « le tour de France des auditions de MCF » de 2010 à 2015. « J'étais convoqué à trois-quatre entretiens par an, tous à mes frais. Je me suis heurté à un entre-soi, un monde qui n'avait pas envie d'ouverture », dit-il. Il décrit des entretiens à la chaîne, des refus jamais motivés, des postes souvent prévus pour des personnes précises pour lesquels les autres candidats servent de faire-valoir. Romain a fini par jeter l'éponge. Il est resté dans la recherche, mais hors secteur académique.
« Et puis, il y a un an, j'ai eu une opportunité, j'ai été recruté sur un poste de professeur à l'université Laval, au Québec. Je précise qu'elle prenait en charge le déplacement des candidats convoqués à l'entretien! » En un an, il a pu monter sa propre équipe, embaucher six doctorants, et bénéficie d'une liberté académique totale. Les possibilités de financement sont plus nombreuses ; lui-même touche un salaire de 6000 euros net par mois. Même si la décision de partir n'est pas forcément évidente. « Ça m'a beaucoup questionné, reconnaît-il, le côté un peu "mercenaire" de l'expatriation, j'aurais préféré contribuer à la recherche dans mon pays, mais au bout d'un moment, il faut savoir se protéger. »
La réputation des procédures de recrutement est telle que certains ne s'y essaient même pas. Comme Arthur, 32 ans, diplômé en cybersécurité. Bachelier en Bretagne, il a vite pris un tournant international dans ses études – licence au Québec puis en Corée du Sud – avant de décrocher un master en sécurité internationale au King's College de Londres, un autre en droit aux Pays-Bas, puis un doctorat en cybersécurité à Oxford.
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Manque de considération
Il y a un an, il a obtenu un poste de chercheur en Suisse, un contrat de deux ans renouvelable deux fois dans un centre d'études lié à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Il est payé 105600 francs suisses (environ 114000 euros) sur treize mois, soit un montant proche du salaire médian à Zurich. «Il n'y a pas de sécurité de l'emploi en Suisse et les coûts de santé sont élevés. Cela fait partie des éléments à prendre en compte dans la balance "bénéfices-risques" de l'expatriation», tient-il à préciser.
Arthur n'a jamais postulé aux concours universitaires en
France. «Premièrement, explique-t-il, j'ai très peu publié [d'articles scientifiques] en français et puis, après avoir parlé avec des chercheurs, j'ai compris que ce serait très compliqué. »
Il perçoit un système «très centralisé» et «assez fermé si on n'est pas dans le moule très tôt», dans lequel il est difficile d'être compétitif face à des candidats locaux. Lui se sent plus à l'aise dans le monde anglo-saxon de la recherche, où «on met davantage en avant l'initiative individuelle, le potentiel, que la multiplication des publications». S'y ajoute la question des financements: «Les coupes budgétaires dans l'enseignement supérieur et la recherche contribuent au fait que la France ne soit pas très attractive pour des profils comme le mien», juge-t-il.
Autre différence notable entre écosystèmes de recherche qui peut pousser à l'expatriation: le manque de considération en France pour le doctorat. « C'est un problème spécifique à notre pays. Ici, c'est la formation d'ingénieur qui l'emporte sur tout le reste. Or, un diplômé de bac +5 et un docteur ne sont pas formés à la même chose! », rappelle Mathilde Maillard, 32 ans, docteure en sciences des matériaux.
Créatrice de l'entreprise Bien dans ma thèse, et ambassadrice France du doctorat, dont la mission est de faire connaître et valoriser ce diplôme, y compris dans le secteur privé, elle connaît parfaitement les ressorts de l'expatriation chez les jeunes docteurs : «Il y a ceux qui partent à l'étranger parce que c'est nécessaire dans leur carrière académique; ceux qui doivent partir parce qu'ils ne trouvent pas de poste – de ce point de vue la situation est particulièrement difficile en France depuis deux ans – et ceux qui veulent des salaires plus élevés. »
Elle-même vient de s'exiler en Suisse après deux postdocs en France. Un contrat d'un an et demi dans un laboratoire de recherche qui lui permettra d'optimiser ses chances de réussite au concours de chargée de recherches. «Je l'ai fait pour le concours, mais j'avoue que je commence à fatiguer de bouger tout le temps, reconnaît-elle. Et j'ai fait un pacte avec moi-même: si à 35 ans je n'ai rien, je retournerai travailler dans l'industrie. »
Passer de contrat court en contrat court, déménager de pays en pays, pour s'assurer un travail... «A un moment, la mobilité internationale devient tout à la fois un marqueur et un vecteur de précarité dont le coût est d'autant plus élevé quand on est une femme», relève Marie Sautier.
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« Roulette russe »
Katia Schörle, 45 ans, franco-allemande, a attendu cinq ans et demi après son doctorat pour décrocher un poste de chercheuse au CNRS. Formée à l'archéologie, à l'histoire de l'art et aux langues anciennes, elle a fait ses études de master aux Etats-Unis et passé son doctorat à Oxford. Rentrée en France en 2012 pour suivre son mari, elle a travaillé comme conservatrice dans un musée. « Mais je voulais vraiment faire de la recherche, alors j'ai commencé à passer les concours. Quatre fois. C'est très dur pour le corps, pour le mental. On se sent dévalorisé, anxieux, on se demande pourquoi on fait tout ça, c'est grâce au soutien de mon mari que j'ai tenu», témoigne-t-elle.
En 2017, elle a une opportunité : partir à l'université Brown, aux Etats-Unis, comme professeure d'archéologie invitée. « Mon mari travaillait en France, à Aix-en-Provence [Bouches-du-Rhône], je suis partie seule avec mon bébé de 7 mois. J'ai tenu bon pendant deux ans, mais c'était épuisant. Et je me suis endettée pour payer la crèche, l'assurance santé, etc. »
De retour en France, elle trouve un poste d'attaché temporaire d'enseignement et de recherche à Nice. Des trajets longs et coûteux depuis Aix-en-Provence. «Je m'étais dit que j'arrêterais le jour de mes 40 ans», se souvient-elle. Et c'est justement cette année-là, en 2020, qu'elle décroche le poste tant désiré de chercheuse au CNRS. «Pourquoi moi et pas les autres ? Ça a un côté roulette russe», souligne-t-elle, pessimiste face à la baisse continue du nombre de postes ouverts dans la recherche en France: «Je suis triste quand je vois tant de collègues brillants rester sans perspective.»
CHARLOTTE BOZONNET
NOUVEAU HORS-SÉRIE
Du Venezuela au détroit d'Ormuz, de l'Arctique à l'Afrique, un nouvel ordre mondial se dessine. La souveraineté énergétique, alimentaire et numérique devient la priorité absolue des États. Les analyses de la presse étrangère.
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« Nous avons fait une erreur historique avec la Chine »
L'ancien directeur de l'OMC Pascal Lamy propose un outil pour réduire les déséquilibres commerciaux
ENTRETIEN
BRUXELLES - bureau européen
Commissaire européen au commerce de 1999 à 2004, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) de 2005 à 2013, Pascal Lamy coordonne les Instituts Jacques Delors, trois centres de réflexion européens de Paris, Berlin et Bruxelles. Devant le poids économique pris par la Chine, il défend la mise en place d'un nouvel instrument commercial qui permettrait de rééquilibrer les échanges avec ce pays, de protéger le tissu industriel et le modèle social de l'Europe.
Le commissaire européen au commerce et à la sécurité économique, Maros Sefcovic, se rend en Chine vendredi pour rencontrer son homologue et dessiner une voie de rééquilibrage du commerce Chine-Europe. Peut-il obtenir des résultats?
La mauvaise nouvelle, c'est que les déséquilibres s'accentuent. Et vite. Mais la bonne nouvelle, c'est qu'il y a désormais une prise de conscience partagée autour de la table du Conseil européen. La discussion politique sur le sujet, qui a été longtemps bloquée par l'Allemagne, a changé au cours de l'été après la déclaration du patron de Volkswagen, Oliver Blume, qui a dit «stop» et réclamé des droits de douane sur les importations de voitures hybrides rechargeables, et pas seulement sur les modèles électriques. Cela se traduit par la lettre de Friedrich Merz et Emmanuel Macron à la présidente de la Commission [publiée lundi 5 octobre, proposant de nouveaux outils de défense commerciale], un signal politique majeur.
On n'est plus dans une situation où certains disaient « Attention, un raz-de-marée arrive », et d'autres « Oh, attendez encore un peu, ce n'est pas si grave ». Aujourd'hui, tout le monde est sur le pont. Il faut, face à la Chine, un plan A : c'est ce que le commissaire
«Nous avons un problème à 360 milliards d'euros, c'est le montant du déficit commercial de l'Europe vis-à-vis de la Chine »
Sefcovic fait. Il essaie de négocier avec les Chinois des mesures qu'ils prendraient eux-mêmes pour modérer leurs exportations ou leur dumping dans certains secteurs. Mais on peut douter que ça suffise. Il faut donc aussi un plan B.
Pourquoi pensez-vous que ce plan A ne suffira pas?
Parce que nous avons un problème à 360 milliards d'euros, c'est le montant du déficit commercial de l'Europe vis-à-vis de la Chine. Et si on prend des mesures de restrictions des exportations à 5 milliards par-ci, 5 milliards par-là, cela ne suffira pas. Le gouvernement chinois fera probablement un effort pour conserver son accès à notre marché intérieur. C'est le seul marché riche et profond qu'il leur reste, après la fermeture du marché américain.
Mais pour les faire bouger, nous devons montrer que nous sommes résolus à aller plus loin. C'est pour cela qu'avec Nicolas Köhler-Suzuki et Victor Luiz do Prado, chercheurs à l'Institut Jacques Delors, nous proposons de mettre en place un nouvel instrument de rééquilibrage structurel, qui permette à l'Europe de défendre son marché. Il est compatible avec les règles de l'OMC, pour ne pas imiter Donald Trump qui veut casser le système.
Vous étiez commissaire européen au commerce et vous avez participé aux négociations qui ont permis à la Chine d'entrer dans l'OMC en 2001. Regrettez-vous cette décision?
Il n'y a pas de regret d'avoir fait entrer la Chine. Elle a accepté de réduire ses droits de douane industriels bien plus que ne le faisaient des pays comme l'Inde ou le Brésil, qui avaient des taxes trois à cinq fois plus élevées. Le regret que je peux avoir, c'est que nous n'ayons pas renforcé les règles sur les subventions et aides d'Etat. Nous, c'était l'Europe, les Etats-Unis et le Japon.
En 1999, on a laissé filer cette disposition et plus tard – je prends ma part de responsabilité –, quand la question s'est reposée, on a écouté nos juristes qui nous disaient: « Attention, si on resserre les mailles du filet pour attraper davantage de subventions, on risque de prendre Airbus, Boeing et Toyota ». Là, nous avons fait une erreur de parallaxe historique. On n'imaginait pas – qui le faisait alors? – que la Chine allait croître de 10 % par an pendant vingt ans, que cela allait remplir les caisses d'un Etat qui resterait gouverné par une forme de léninisme économique et de capitalisme d'Etat et allait utiliser massivement cet instrument.
Vous dites aussi que la théorie des avantages comparatifs, sur laquelle reposent les règles du commerce mondial et de l'OMC, ne fonctionne plus. Pourquoi?
A cause de la montée des subventions chinoises, qui soutiennent les industries trois ou quatre fois plus que nous, à cause du problème du taux de change, et puis, à cause du déséquilibre macroéconomique chinois qui s'est amplifié. Autrefois, les dirigeants chinois disaient: «Il faut que notre système se rééquilibre. Il y a trop d'exportations, trop d'investissements, pas assez de consommation intérieure.»
Pour que les citoyens épargnent moins, il aurait fallu mettre en place un système de protection sociale. Mais Xi Jinping n'a rien fait de sérieux là-dessus pour des raisons géostratégiques et idéologiques. La priorité politique de la
Pascal Lamy, en 2022. JOEL SAGET/AFP
Chine est de se rendre aussi peu dépendante que possible du contexte économique international. La réduction des déséquilibres macroéconomiques, ce n'est plus un problème pour Xi Jinping, qui considère que l'Etat-providence, c'est pour les paresseux.
Pour lutter contre cela, vous proposez cet instrument de rééquilibrage structurel. Comment fonctionnerait-il?
Il fonctionne comme la clause de sauvegarde pour l'acier, que l'Europe a déjà fait jouer et qui est entrée en vigueur le 1er juillet, avec un système de quotas. Vous mettez en place un contingent d'importations qui bénéficient d'un tarif réduit. Si le pays dépasse ce quota, il doit payer un droit de douane beaucoup plus élevé.
Avec ce système, on peut traiter différemment les pays avec lesquels on a des accords de libreéchange, qui échappent à cette contrainte, et ceux avec lesquels on n'a pas d'accords, essentiellement la Chine et les Etats-Unis. C'est un moyen compatible avec les règles de l'OMC. Il se déclenche sur la base de comportements observables dans les données commerciales et financières (pics d'importations, compression des prix, intensité du soutien public, interventions de change). Et il s'efface si la distorsion disparaît.
Lorsque les importations chi-noises risquent d'éliminer la pro-
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« Il faut être préparé à souffrir. Il n'y a pas de bataille de ce type qui soit sans douleur »
duction en Europe, on dit : on veut bien importer tant que c'est le jeu normal de la concurrence – et on détermine unilatéralement, mais avec des critères transparents, ce qu'on considère comme le jeu normal de la concurrence –, mais au-delà d'un seuil critique : stop.
Que fait-on face aux mesures de rétorsion que peut prendre la Chine?
Il faut être préparé à souffrir. Il n'y a pas de bataille de ce type qui soit sans douleur. Et il faut mettre en place une assurance collective. Nous proposons d'affecter à cette assurance les droits de douane supportés par les produits hors quotas, si l'industrie de tel ou tel pays souffre particulièrement de mesures de rétorsion. Ce mécanisme de solidarité doit faire partie du plan A et du plan B.
PROPOS RECUEILLIS PAR
SOPHIE FAY
Berlin et Paris s'attaquent au « commerce utilisé comme une arme »
Sans nommer la Chine, Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont proposé à Bruxelles un nouvel arsenal contre les « distorsions » du marché
BRUXELLES - bureau européen
BERLIN - correspondance
Le commissaire européen au commerce et à la sécurité économique, Maros Sefcovic, n'arrivera pas à Pékin les mains vides pour sa rencontre avec son homologue, le ministre du commerce Wang Wentao, le 9 octobre. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, et le président français, Emmanuel Macron, viennent de lester son argumentaire dans une lettre adressée à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Ils s'inquiètent, dans ce courrier, de l'«instrumentalisation du commerce, utilisé comme une arme», et de «distorsion systématique du marché» pratiquées par la Chine, qui n'est toutefois jamais nommée dans la lettre. Les propositions, précise l'Elysée, sont « agnostiques » et « peuvent s'adresser à tous les pays ». La précaution sémantique ne trompe toutefois personne.
Les deux dirigeants saluent les efforts faits par la Commission pour dialoguer avec la Chine et mobiliser tous les instruments existants pour lutter contre les subventions ou la vente à perte. Mais ils estiment que cela ne suffit plus. « Nous avons besoin d'un cadre global pour compléter notre boîte à outils avec de nouveaux instruments juridiques – et ce de manière agile et non bureaucratique », écrivent-ils, avant de détailler la liste de leurs propositions.
La Commission travaille déjà à mettre au point la première : un règlement pour inciter les entreprises à diversifier leurs approvisionnements et à ne plus être dépendantes d'un seul fournisseur ou d'un seul pays. Cela concernerait notamment les approvisionnements en batteries électriques, les composants nécessaires pour produire de l'énergie propre, les matières premières critiques. L'Allemagne et la France évoquent aussi les puces pour l'intelligence artificielle ou le quantique, les biotechnologies ou les services financiers, où les dépendances sont plutôt américaines.
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Sous-évaluation du yuan
Dans leur deuxième proposition, les dirigeants allemand et français veulent donner à l'exécutif européen la possibilité d'agir lorsqu'un pays tiers « cherche délibérément à contrecarrer le rétablissement de conditions de concurrence équitables et de marché loyales par des moyens politiques ou économiques, entraînant de graves distorsions systématiques [du] marché intérieur [de l'Union européenne, UE], avec un instrument qui ciblerait tous les types de distorsions et s'appuierait sur la régulation de l'accès au marché unique européen, allant jusqu'à une exclusion immédiate du marché intérieur si nécessaire.
Ils n'entrent pas dans les détails dans leur lettre, mais le font dans un document annexe : ils proposent notamment d'inverser les règles de majorité pour permettre à la Commission de mettre en œuvre sa proposition pour défendre un secteur, sauf si une majorité qualifiée d'Etats membres s'y oppose et non pas si une majorité qualifiée l'approuve au préalable.
Dans leur courrier, les deux dirigeants s'inquiètent également de la sous-évaluation du yuan par rapport à l'euro – là aussi sans nommer la monnaie chinoise: « Le désalignement et la sous-évaluation des taux de change réels soutiennent également un avantage de compétitivité-prix au détriment de nos entreprises, en plus d'autres facteurs, ce qui entraîne des déséquilibres croissants avec l'Union européenne. »
La Commission a d'ores et déjà pris des mesures pour protéger l'acier européen des surcapacités chinoises et a imposé des droits de douane sur les voitures électriques, mais cela ne suffit pas, selon les dirigeants. Dans le document conjoint qui accompagne la lettre d'Emmanuel Macron et de Friedrich Merz, d'autres secteurs sont cités: la pharmacie, l'aéronautique, l'automobile, les machinesoutils, la chimie... Une action de la Commission est attendue si le « dialogue » engagé entre Bruxelles et Pékin ne porte pas ses fruits.
L'inquiétude à Paris comme à Berlin grandit face aux dépendances qui peuvent être instrumentalisées par Pékin pour mettre à l'arrêt un secteur d'activité en Europe. «Ily a un consensus sur le caractère insoutenable de ces déséquilibres», commente-t-on à l'Elysée, où l'on assure que la prise de conscience est générale en Europe. Y compris dans les pays, comme l'Espagne, qui bénéficient d'un afflux d'investissements chinois, notamment dans l'automobile. « Cela signe la fin de la naïveté [et] répond aux demandes répétées de tous les secteurs économiques qui subissent une attaque systématique, explique l'Elysée. Pour les investissements directs étrangers, nous voulons des règles qui correspondent à notre intérêt local: avec de l'emploi local, l'implantation des fournisseurs et des règles de majorité favorables au partenaire français. »
S. FA.
ET CÉCILE BOUTELET
Des chantiers bretons contre le mal-logement
Dans les Côtes-d'Armor, une association aide les plus précaires à résoudre leurs problématiques d'habitat
Chez Catherine Métayer, à Saint-Mayeux (Côtes-d'Armor), le 17 septembre. PHOTOS: FABRICE PICARD POUR « LE MONDE »
Les hirondelles s'en sont allées. Elles nichaient dans la salle de bains de Catherine Métayer, à Saint-Mayeux (Côtes-d'Armor), petit village du cœur de la Bretagne terrienne. La fenêtre, reconnaît-elle, reste ouverte toute l'année. «Je n'aime pas trop le chauffage», poursuit la jeune retraitée (62 ans) dans sa cuisine garnie d'objets chinés en vide-greniers, dans laquelle le simple vitrage et la faible isolation laissent imaginer les rudes hivers. En plus de cela, sa chaudière au fioul est en panne.
Alors, quand vient le froid, elle gagne quelques degrés en allumant un poêle à pétrole. «Je ne peux pas me payer de travaux de rénovation avec mes 1200 euros de retraite», calcule-t-elle. Pas de quoi se lamenter. Catherine Métayer se réjouit même face à ses invitées de la matinée, le 17 septembre. «Grâce à la réparation du chauffe-eau, ma facture EDF a bien baissé : je suis passée de 184 euros par mois à 130 euros», dit en sou- riant cette ancienne salariée d'une maison de retraite.
Sandrine Le Guével, animatrice habitat chez les Compagnons bâtisseurs des Côtes-d'Armor, et Nina Lou Nickel, volontaire en service civique, applaudissent. Les deux membres de l'association qui lutte contre le mal-logement ont organisé un premier chantier chez Catherine Métayer cet été, après un signalement du maire (sans étiquette) de la commune, Gilles Hellard, sur sa situation énergétique précaire et ses factures très salées.
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Explosion des dépenses
«A 40 euros près, Catherine ne ren- tre pas dans les critères d'aides à la rénovation de son logement auprès du fonds d'action sociale de sa caisse de retraite», regrette Sandrine Le Guével. L'électricité, une cloison et le chauffe-eau ont pour- tant pu être retapés chez elle, avec l'accompagnement des Compagnons bâtisseurs et de bénévoles. Le tout est financé en grande partie par des partenariats avec des collectivités et des acteurs privés. Ne lui reste à payer que 200 euros, qui seront échelonnés sur dix mois. Le reste à charge pour les bénéficiaires des travaux ne dépasse jamais 20 % de la facture totale.
Des situations comme celle-ci, Sandrine Le Guével et ses collègues en voient au quotidien, chez
Un rapport de la Fondation pour le logement comptabilisait 60 000 habitats indignes en Bretagne en 2024
des personnes isolées, des mères célibataires et des familles précaires. « On s'aperçoit que les gens endurent l'inconfort chez eux, parfois pendant plusieurs années », constate l'assistante sociale. Un rapport de la Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé Pierre) comptabilisait 60 000 habitats indignes en Bretagne en 2024, dont 17 850 résidences principales rien que dans les Côtes-d'Armor. « Dans les nombreuses zones rurales de notre département, le prix de l'immobilier est peu élevé. Certains achètent sans réserve financière pour des travaux, ce qui crée des situations de mal-logement durables », explique Guillaume Babin, le responsable territorial de l'antenne des Compagnons bâtisseurs de Saint-Brieuc.
Les dépenses de logement ont par ailleurs explosé dans le budget total des ménages au fil des décennies. Elles représentaient 28 % de leur consommation en 2025, d'après le service des données et études statistiques du ministère du logement, une proportion multipliée par deux depuis les années 1960. A cela s'ajoute la hausse du coût de la vie. « Le prix pour re-faire une toiture a doublé en quatre ans », s'exclame Sandrine Le Guével. Au point que l'association s'interroge sur sa communication, elle qui a accompagné 91 foyers en 2025 dans les Côtes-d'Armor. « Si on fait de grandes campagnes, on risque d'être submergés de demandes et de perdre en efficacité », note Guillaume Babin.
Ce sont dès lors les travailleurs sociaux ou des acteurs du milieu du logement qui informant le plus les Compagnons bâtisseurs de situations d'habitat dégradées. Mais il arrive aussi que des particuliers donnent l'alerte. Rose-Marie Recoursé et son mari ont fait appel à l'association pour leur voine, Nicole, qui n'est autre que la belle-mère de cette dernière.
«D'ordinaire, elle est réfractaire à tout, mais il y a trois ans, elle a demandé à avoir un peu plus de confort chez elle», se souvient la vannière de 48 ans. Nicole Recoursé vit en effet dans une maison plus que rudimentaire, à Gomené. Chez elle, pas de chauffage. Sa retraite de 800 euros ne lui permet pas de financer de travaux, mais la presque octogénaire refuse de s'en plaindre.
Les Compagnons bâtisseurs ont donc effectué un premier chantier de sécurisation de l'électricité pendant l'été. L'équipe des Compagnons bâtisseurs aimerait bien intervenir de nouveau dans sa maison, pour refaire la marche d'entrée et transférer dans la pièce de vie principale sa chambre, actuellement installée dans une bâtisse à part. « Pour cela, il nous faut convaincre nos financeurs », avance Sandrine Le Guével. En attendant, comme la fenêtre de Catherine Métayer, la porte de chez Nicole Recoursé est toujours ouverte pour laisser venir les hirondelles. Elle regarde le plafond: « J'ai l'impression qu'elles sont parties pour l'hiver. »
MANON BOQUEN
Sandrine Le Guével, des Compagnons bâtisseurs, à Saint-Mayeux, le 17 septembre.
La distribution musicale se bat pour faire émerger des artistes
Believe et IDOL, qui ont franchi la vingtaine, sont confrontés à un environnement saturé et à l'arrivée des majors dans leur secteur
Ils fêtent, en 2026, les 20 ou 21 ans de leur entreprise de distribution musicale, l'une comme l'autre basée à Paris et très implantée à l'international. Mais les patrons d'IDOL et de Believe ont fait des choix diamétralement opposés. « L'indépendance, c'est un choix de vie », affirme Pascal Bittard, fondateur et président d'IDOL.
Régulièrement courtisé par des investisseurs, il a toujours refusé leurs offres. Sans dévier de sa ligne, alors que le marché de la distribution de la musique – des labels ou des artistes en direct – a considérablement évolué. Il ne s'agit plus de monétiser simplement des albums sur les plateformes de streaming comme Spotify, Deezer ou Apple Music, sur les plateformes de vidéo tel YouTube ou sur les réseaux sociaux, mais d'optimiser la visibilité et les revenus des créateurs, de jouer un rôle de conseil et de proposer une panoplie de plus en plus vaste de services additionnels – développement d'audience, data, accompagnement à l'export...
Denis Ladégaillerie, fondateur et PDG de Believe, a, en revanche, parié sur une très forte croissance en s'appuyant sur des fonds d'investissement. L'entrée en Bourse de son entreprise, le 10 juin 2021, lancée en fanfare et qui valorisait le groupe à 1,9 milliard d'euros, s'est pourtant soldée par un cuisant échec. Le cours de l'action n'est quasiment jamais revenu à son niveau d'introduction (19,50 euros). Les batailles d'offres de rachat menées sur Believe par le fonds d'investissement EQT X et les fonds conseillés par Technology Crossover Ventures ont, par effet collatéral, lésé les actionnaires minoritaires; le groupe, dont le chiffre d'af faires a franchi le milliard d'euros en 2025, a quitté Euronext Paris le 5 août de la même année, au prix de 17,20 euros l'action.
Deux destins : Believe se veut un poids lourd mondial, là où IDOL reste d'une taille bien plus modeste avec 47 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025-2026, mais s'autofinance depuis sa création. Tous deux ont vu progressivement les majors s'implanter sur leur terrain. « De plus en plus de créateurs s'autoproduisent, si bien que les contrats de production d'artistes rémunérés à hauteur de 20 % par les majors ont fondu. Elles se sont repliées sur les contrats de distribution, moins avantageux, puisque nous reversons 80 % des revenus à l'artiste ou au label », explique Pascal Bittard.
Le nombre d'acteurs sur le marché de la distribution est devenu florissant – entre les indépendants historiques comme Wa-gram, PIAS, mais aussi The Orchard, AWAL, Ingrooves ou encore Fuga, filiales de Sony Music et d'Universal Music – avec la montée en puissance des plateformes de streaming musical. « Un phénomène mondial » aux yeux d'Elsa Bahamonde, à la tête de la division services aux artistes et solutions pour labels et artistes chez Believe.
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Visions opposées sur l'IA
Pour Pascal Bittard, « le métier se fait plus concurrentiel, moins rentable et plus risqué ». Il accompagne La Femme, L'Impératrice, Caribou ou le groupe de punk rock anglais Lambrini Girls parmi ses principaux artistes et, pour les labels, No Format!, InFiné, Heavenly Sweetness ou City Slang. Et il a misé sur la technologie : IDOL a mis au point Labelcamp, un outil de suivi des ventes et des audiences, de gestion de catalogue, calcul des royalties... qu'il commercialise auprès de ses concurrents.
«Notre mission est de faire émerger artistes et labels dans un environnement saturé», témoigne Elsa Bahamonde. Rien qu'en juin, Deezer recevait chaque jour 180 000 nouveaux titres, dont la moitié créée par intelligence artificielle (IA)... Believe, qui compte Jul, Yamê, Pomme et Janet Jackson parmi ses artistes, est implanté dans 50 pays – dont l'Inde, la Thaïlande, le Brésil et l'Allemagne – et travaille avec plus d'une centaine de plateformes de streaming. Le groupe propose aussi toujours davantage de services aux artistes et aux labels du monde entier.
IDOL et Believe affichent toutefois deux visions opposées de l'IA générative. Pour Pascal Bittard, « son utilisation risque de mettre en cause les modèles de rémunération mais surtout de poser des problèmes culturels, éthiques et philosophiques de perte de la diversité dans la musique ».
A contrario, Believe a signé, le 8 septembre, un accord avec le générateur de musiques par IA Suno, qui permet aux artistes et aux labels de Believe et de Tune Core, sa filiale destinée à la musique autoproduite, d'accéder à de nouveaux outils d'IA musicale sous licence. «Cet accord obéit à quatre principes : le consentement des artistes, la transparence, le contrôle des résultats et une rémunération adéquate et proportionnelle», assure Elsa Bahamonde. De l'IA labellisée proposée aux plateformes qui répercuteront, ou non, cette origine non humaine à leurs auditeurs.
NICOLE VULSER
Les constructeurs automobiles chinois s'implantent en Europe
Face aux droits de douane, SAIC, BYD, Chery, Geely et Leapmotor multiplient les ouvertures d'usines ou les partenariats locaux
A la mi-septembre, des dirigeants du constructeur automobile Dongfeng ont été aperçus sur le site de Stellantis, à Rennes. Les deux groupes accélèrent les négociations d'un partenariat visant à partager l'usine de La Janais pour produire, aux côtés des Citroën, des véhicules de la marque chinoise à partir de 2028. Ce sera la première fois qu'une usine française ouvrira ses portes à un constructeur chinois. Même si, chez nos voisins, les exemples sont déjà nombreux : la vague déferle sur toute l'Europe, à commencer par l'Espagne, l'Italie et le Royaume-Uni. Absents du continent il y a encore trois ans, les constructeurs chinois y ont doublé leurs parts de marché en un an, passant de 5 % à 10 % à la fin juin. Grâce à leurs voitures électriques et hybrides, ils devraient continuer leur progression jusqu'à s'approprier 14 % des ventes en Europe en 2029, selon les prévisions du cabinet d'études indépendant Schmidt Automotive Research.
Un mouvement qui inquiète, alors que les constructeurs européens traversent une crise sans précédent, ébranlant même le pilié de la puissance économique allemande. Ce sera l'enjeu de la visite du commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic, qui se rend à Pékin les 8 et 9 octobre : contenir la poussée des géants chinois. Bruxelles cherche à favoriser le «made in Europe » pour préserver les 13 millions d'emplois de l'industrie automobile. «Il faudra trouver un équilibre, car l'Europe a aussi besoin des véhicules électriques chinois pour remplir ses objectifs d'émissions de carbone en 2035», remarque Jamel Taganza, cofondateur d'Inovev. Le cabinet d'études a calculé que les constructeurs chinois pourraient produire jusqu'à 1,2 million de voitures en Europe d'ici à 2030.
Depuis deux ans, cinq grands groupes sont à l'offensive. SAIC, BYD, Chery, Geely et Leapmotor ont choisi de s'implanter en Europe pour contourner les droits de douane de l'Union européenne sur les importations de véhicules venant de Chine. Les deux premiers, les plus ambitieux, se sont lancés dans des ouvertures d'usines, en Espagne pour la marque MG (groupe SAIC) et en Hongrie pour BYD. De leurs côtés, Geely et Chery commencent par s'inviter dans les usines de concurrents. Le premier va utiliser celles de Volvo, marque qu'il a rachetée en 2010, pour produire des voitures électriques de ses marques Zeekr et Lynk & Co à partir de 2028. Geely va également partager l'usine de Ford à Valence, en Espagne – l'américain souffre en Europe et commercialisera désormais sous sa marque des véhicules conçus par Geely.
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Pas d'autre choix
Les constructeurs chinois profitent des difficultés de leurs concurrents pour s'implanter chez eux. Même stratégie pour Chery, qui produit déjà dans l'usine de l'Espagnol Ebro à Barcelone et négocie avec Nissan pour utiliser la sienne à Sunderland, au Royaume-Uni, à partir de 2027. Le groupe japonais traverse l'une des plus graves crises de son histoire et réduit la voilure en Europe. Leapmotor et Dongfeng suivent la même stratégie pour les sites de Stellantis en Espagne,
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Grâce aux électriques et aux hybrides, ils devraient atteindre 14 % des ventes dans l'UE en 2029
à Saragosse et Madrid, et donc désormais à Rennes.
Pour le moment, seuls les grands constructeurs allemands refusent d'ouvrir les portes de leurs usines, en raison notamment de la résistance de leur puissant syndicat IG Metall. Jusqu'ici, ils ont privilégié les partenariats technologiques: Mercedes sur les moteurs hybrides avec Geely, et Volkswagen avec XPeng, sur le système électronique des véhicules électriques. Les deux constructeurs allemands concentrent ces collaborations en Chine pour enrayer la chute de leurs ventes. Mais « il n'y a pas de raison qu'ils ne nouent pas le même genre de partenariats en Europe. Même s'ils n'en ont pas l'habitude, ils vont devoir s'adapter », prévient Alexandre Marian, associé du cabinet de conseil Alix Partners, pour qui des fermetures d'usines sont inévitables.
Volkswagen, qui vient d'annoncer une seconde vague de 50 000 suppressions de postes, a même été plus loin en signant un partenariat stratégique avec Gotion. Trois usines en Espagne, en Slovaquie et au Maroc seront ouvertes au fabricant chinois de batterie pour développer « une chaîne d'approvisionnement ré- gionale», a expliqué le groupe le 28 septembre.
Au-delà des constructeurs, c'est toute l'industrie automobile chinoise qui s'introduit en Europe. Le plus visible reste le fabricant de batteries CATL qui a ouvert le 1 $^{er}$ octobre une usine en Hongrie, après la première, établie en Allemagne en 2022. Une troisième, construite avec Stellantis pour plus de 4 milliards d'euros, doit ouvrir en fin d'année à Valence, en Espagne. « Derrière les implantations d'usines, les équipementiers chinois s'installent en Europe et vont remonter progressivement toute la chaîne de valeur », explique Lionel Fontagné, directeur de l'Institut des politiques macroéconomiques et internationales.
CATL ou BYD sont parmi les piliers des batteries électriques qui ont pris une longueur d'avance technologique sur l'Europe. Cet écosystème « tient à l'écart les fournisseurs européens qui ne seront pas choisis par les constructeurs chinois et offre la possibilité aux constructeurs européens de choisir un fournisseur chinois plutôt qu'éuropéen pour sa technologie », décrypte Lionel Fontagné.
Le mouvement devrait se poursuivre. Les constructeurs chinois souffrent en effet d'une chute de 20 % de leur marché domestique et n'ont pas d'autres choix que de se développer à l'international. Guangzhou Automobile Group étudie lui aussi des « possibilités d'accroître ses capacités de production en Europe mais à ce stade, rien n'est encore décidé » assure un porte-parole. Tout comme Chang An, l'un des plus anciens constructeurs du pays.
MATTHIEU PECHBERTY
Dépendante de SpaceX, l'Europe de nouveau confrontée à sa pénurie de fusées
La société d'Elon Musk a cessé de commercialiser des tirs de la fusée Falcon-9 après 2028
A lors qu'Emmanuel Macron organisait à Paris, les 9 et 10 septembre, le Sommet international sur l'espace, le véritable pouvoir spatial se trouvait aux Etats-Unis, chez SpaceX. La société d'Elon Musk, qui n'avait pas dépêché de représentant pour ce sommet, tient le secteur dans sa main. SpaceX a cessé de commercialiser les vols à bord de sa fusée Falcon-9 au-delà de 2028, a révélé le Wall Street Journal, le 21 septembre, provoquant un immense stress chez tous les opérateurs de satellites.
L'entreprise d'Elon Musk n'a jamais commenté cette décision qui coïncide avec la montée en puissance de son lanceur superlourd Starship, dont la vie commerciale a débuté le 28 septembre, et qui remplacera progressivement Falcon-9. Mais sans cette dernière, de nombreux acteurs, y compris américains, n'auront plus de solution pour placer leurs satellites en orbite.
Lancée en 2010, Falcon-9 est devenue quasiment monopolistique. La fusée a décollé 165 fois en 2025, soit quasiment un tir tous les deux jours. Sur ce total, 120 vols étaient consacrés intégralement ou partiellement à la mise en orbite des satellites de la constellation Starlink d'Elon Musk, ce qui laissait tout de même énormément de place à des opérateurs tiers. La capacité d'emport et le rythme de décollage de Falcon-9 permettaient d'offrir des prix attractifs et une disponibilité importante, créant une dépendance mondiale.
Les Européens avaient trouvé en SpaceX la solution aux retards d'Ariane-6, mise en service en juillet 2024 après quatre années d'attente. La fusée européenne, fabriquée par ArianeGroup, la filiale d'Airbus et de Safran, n'offre toutefois pas la même disponibilité que Falcon-9. Elle n'a décollé que quatre fois en 2025 et vise neuf à dix lancements annuels en pleine cadence, au mieux en 2027. Sachant qu'elle souffre, comme l'a indiqué La Tribune le 17 septembre, d'un aléa technique qui pourrait compliquer encore son calendrier.
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Inquiétude aux Etats-Unis
Vega-C, la fusée de l'italien Avio, a décollé quatre fois en 2025 et vise également une pleine cadence de neuf tirs par an. Sans Falcon-9, l'accès à l'espace sera donc extrêmement étroit pour les opérateurs européens au moment même où les projets de constellations spatiales se multiplient et sachant qu'une grande partie des places à bord d'Ariane-6 sont déjà réservées par Amazon pour lancer sa constellation de télécoms par satellites. Lors du Sommet international sur l'espace, Amazon Leo, déjà principal client commercial de la fusée européenne, a annoncé lui confier six lancements supplémentaires, portant le total à 24 missions.
La décision de SpaceX met crûment en lumière la dépendance spatiale européenne à la société d'Elon Musk. Une situation qui inquiète depuis plusieurs mois. L'Agence spatiale européenne s'attend «à ce que l'Europe connaisse une pénurie de lanceurs vers 2030», avait prévenu son directeur général, Josef Aschbacher, au Financial Times le 9 août.
Ariane-6 ne pourra pas tout faire, et si l'Europe compte une dizaine de projets de nouvelles fusées, en France, en Allemagne ou en Espagne, il est peu probable que tous arrivent dans les temps, voire aboutissent tout court. Le plus avancé est celui de l'allemand Isar Aerospace: son lanceur Spectrum a réussi, dans la nuit du 5 au 6 septembre, son premier vol orbital, depuis un centre spatial norvégien. Les autres n'ont pas encore procédé à leur premier essai.
Pour remplacer Falcon-9, il faudrait des dizaines de Spectrum. Dans sa version actuelle, cette dernière ne peut transporter qu'une tonne de charge utile contre plus de 20 tonnes pour la fusée de SpaceX et Ariane-6, et plus de 100 tonnes pour Starship.
Selon M. Aschbacher, si l'Europe veut répondre «aux besoins en matière de lancement en 2030, nous devons prendre une décision assez rapidement afin de mettre en place les capacités nécessaires, notamment les usines», a-t-il indiqué lors d'une conférence de presse, le 2 septembre. Le sujet devrait être abordé lors de la réunion ministérielle intermédiaire 2026 de l'Agence spatiale européenne, qui se tiendra à Rome le 15 décembre. ArianeGroup dit avoir commencé à étudier le sujet d'une montée en cadence.
Le retrait de Falcon-9 suscite aussi des inquiétudes aux Etats-Unis où les start-up de fusées tardent à émerger. L'explosion lors d'un test de mise à feu, le 28 mai, de New Glenn, la fusée de Blue Origin, la société spatiale de Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, complique aussi la situation.
«Nous avons des milliers de satellites dont le lancement est prévu d'ici 2030», a déclaré au Wall Street Journal Robert Perez-Alemany, qui travaille sur les questions spatiales au sein de l'Unité d'innovation de la défense du ministère de la guerre américain, et « si la capacité ne suit pas le rythme de la demande, davantage de satellites resteront au sol ». L'armée américaine a pris ses précautions. Sa branche spatiale, l'US Space Force, dit avoir réservé plus de 50 futures missions de sécurité nationale avec Falcon-9.
OLIVIER PINAUD
Le blues des acteurs de la filière gaz face au plan d'électrification français
La réglementation sur les dispositifs de chauffage au gaz a été durcie
C'est un sujet de discorde récurrent entre les gaziers et les électriciens, et il concerne un enjeu quotidien pour tous les Français : le mode de chauffage. En vertu des impératifs de décarbonation, faut-il accélérer l'éradication des chaudières au gaz dans les logements ? Sur fond de guerre au Proche-Orient, qui fait flamber le prix des énergies fossiles, le gouvernement semble avoir choisi son camp. Son grand plan d'électrification des usages fait la part belle aux pompes à chaleur – un équipement fonctionnant à l'électricité –, avec un objectif de 1 million d'unités installées d'ici à 2030.
Mercredi 30 septembre, il dévoilait l'un de ses dispositifs phares : une offre clé en main pour aider les ménages modestes à remplacer leur chaudière au gaz ou au fioul. Dans le même temps, le gaz se voit appliquer une réglementation toujours plus restrictive.
Comme prévu dans le plan d'électrification, un décret paru le 13 septembre au Journal officiel acte l'interdiction de toute installation de chauffage au gaz, même en appoint ou en hybridation, dans les logements neufs à partir du 1er janvier 2027.
Il n'en fallait pas plus pour réveiller le mécontentement de la filière gazière. Un ras-le-bol qu'exprime sans complexe l'un des principaux lobbys du secteur, l'organisation Coénove. « A travers cette interdiction, le gouvernement stigmatise toutes les solutions au gaz, y compris des équipements qui sont à 100 % compatibles avec du gaz vert », s'exaspère Jean-Charles Colas-Roy, ancien député La République en marche de l'Isère, président de cette association qui se définit comme une fédération d'acteurs du bâtiment et de l'énergie.
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« Miroir aux alouettes »
En matière de transition énergétique, le sujet est loin d'être anodin. Le bâtiment (résidentiel et tertiaire) représente environ 15 % des émissions de CO₂ de la France, en grande partie liées aux chauffages fonctionnant au gaz et au fioul. Conscient de l'enjeu, le secteur gazier – notamment GRDF, opérateur des réseaux gaziers, et filiale du groupe Engie – concentre l'essentiel de sa communication sur le biométhane.
Ce biogaz produit à partir de déchets agricoles et ménagers représente environ 4 % de la consommation nationale de gaz. Mais les objectifs de développement sont ambitieux: la programmation pluriannuelle de l'énergie publiée en février par le gouvernement prévoit que la pro-
Engagée dans une relance massive du nucléaire, la France a besoin de voir monter la demande d'électricité
L'installation de chaudières à gaz dans les logements neufs sera interdite à partir du 1er janvier 2027
duction de biométhane injecté dans les réseaux passe de 16 à 44 térawattheures d'ici à 2030.
Selon France Gaz, l'association qui représente les industriels du secteur, la France tient là l'occasion de réussir sa transition à moindre coût : une étude présentée début septembre chiffre à 330 milliards d'euros, au minimum, les économies que pourrait réaliser le pays en termes d'investissements, d'ici à 2050, s'il conservait un mix énergétique diversifié tout en accordant de plus en plus de place aux gaz renouvelables, au lieu de convertir tous les équipements à l'électrique.
« C'est bien d'électrifier, mais on ne doit pas oublier les autres facteurs de décarbonation », réclamait l'ex-président de France Gaz Frédéric Martin, en détaillant les chiffres devant la presse, le 3 septembre. Alors que 10 millions de ménages en France sont toujours chauffés au gaz, poursuivait-il, « il faut laisser le choix aux clients et ne pas leur imposer une solution ».
La filière ne manque jamais de rappeler que le gaz reste incontournable lors des épisodes de grand froid qui entraînent un bond de la consommation d'électricité: les centrales thermiques sont alors appelées à la rescousse. « Le tout-électrique forcené, c'est un miroir aux alouettes », s'agace un dirigeant du secteur, comparant le plan d'électrification du gouvernement à « un plan "tout EDF" pour soutenir l'avènement des EPR en essayant d'augmenter la consommation d'électricité ».
Engagée dans une relance massive du nucléaire – avec la construction de six nouveaux EPR2 et une option à l'étude pour huit réacteurs supplémentaires –, la France a effectivement besoin de voir monter la demande d'électricité pour encourager les investissements dans ces nouvelles capacités de production. Ces dernières années, malgré une production abondante et largement décarbonée, la consommation a eu tendance à stagner, voire à baisser. L'électricité ne représente toujours qu'environ 27 % de toute l'énergie consommée.
« L'électricité est là, nous en disposons en quantité. Toutes les raisons – climatique, économique, de sécurité énergétique – justifient de vouloir augmenter la consommation », insiste Ines Bouacida, de l'Institut du développement durable et des relations internationales. Pour réaliser la transition, décarboner le chauffage est impératif, souligne la chercheuse, en rappelant que « même au maximum de la production de biométhane, celui-ci ne pourra pas remplacer tout le gaz fossile que l'on utilise aujourd'hui ».
En attendant, la France continue de moins taxer le gaz que l'électricité. Malgré une volonté affichée d'orienter les ménages vers des énergies décarbonées, l'accise sur l'électricité est fixée à 30,62 euros du mégawattheure contre 16,66 euros du mégawattheure pour le gaz naturel. Ces dernières années, toutes les propositions parlementaires visant à rééquilibrer ce différentiel ont été rejetées.
MARIE DE VERGÈS
Vous souhaitez cuisiner un pot-au-feu pour moins de 15 euros par personne. Les légumes, viandes et
herbes ne manquent pas dans le quartier. Mais comment trouver la meilleure qualité au meilleur prix, sans y passer son après-midi ? Cette charge mentale, nous pourrons un jour la transférer à un robot à intelligence artificielle (IA) dont la mission sera d'écouter nos envies, de comparer les offres, d'exécuter les achats et de livrer la marchandise au pas de notre porte. La révolution agentique, qui intervient une trentaine d'années après celle du commerce en ligne et une grosse décennie après celle du commerce sur mobile, est déjà en marche aux Etats-Unis : au cours des derniers mois, des commerçants comme Etsy (vente d'objets design) et Starbucks ont permis à leurs clients de déléguer leurs achats de bout en bout à des agents IA.
PLEIN CADRE
Quand les robots de l'IA feront nos courses
Les Français pourront bientôt déléguer leurs achats en ligne à des robots. L'absence de cadre réglementaire inquiète tous les acteurs, des commerçants aux banques, en passant par les consommateurs
Le réseau de paiement Visa et l'agence de voyages en ligne Last-minute.com nous en ont fait la démonstration récemment : en quelques clics, un client peut demander à un tel agent d'organiser un week-end romantique avec sa conjointe, en se concentrant sur ses seules envies, sans avoir à renseigner les données de son passeport ni ses coordonnées bancaires. Une expérience plus rapide et plus fluide que sur les sites de voyages, où l'enregistrement des données personnelles est souvent fastidieux. L'expérience pilote sera bientôt déployée aux Etats-Unis.
La technologie n'est pas encore accessible en Europe: des enseignes comme Carrefour et Sephora (produits de beauté) ont bien lancé des applications sur ChatGPT et Gemini pour permettre à leurs clients de constituer leur panier de courses. Mais ceux-ci doivent encore basculer sur l'application mobile de l'enseigne pour finaliser leurs achats. « Aujourd'hui, ChatGPT permet surtout de découvrir les produits. C'est un rabatteur de trafic », explique Ludovic Tran, expert du commerce agentique au sein du cabinet Accenture. En Europe, de premiers achats pourraient être finalisés sans intervention humaine durant l'année 2027, anticipent plusieurs acteurs du paiement. A quel moment la pratique deviendra-telle courante? A l'échelle mondiale, le cabinet McKinsey estime que les agents IA pourraient orchestrer entre 3 000 milliards et 5 000 milliards de dollars (jusqu'à 4 440 milliards d'euros) de transactions commerciales à l'horizon 2030 – à comparer aux 35 000 milliards de dollars atteints en 2025 par le commerce mondial.
Des annonces spectaculaires ont eu lieu récemment, laissant penser que le commerce agentique devient une priorité pour les géants de la tech : le 8 septembre, le géant Meta lançait un nouvel agent d'IA, baptisé Muse, capable de monter un séjour à New York pour moins de 2000 euros la semaine (billet d'avion, hôtel, activités) ou d'analyser nos relevés bancaires pour résilier les abonnements que nous n'utilisons jamais. L'intérêt est tel que l'application est aujourd'hui la plus téléchargée d'Amérique du Nord (3,4 millions de fois aux Etats-Unis et au Canada depuis son lancement), rappelant le succès de ChatGPT à ses débuts.
« L'intelligence artificielle a cruellement besoin de modèles rentables. Aujourd'hui, c'est un puits sans fonds : les acteurs de la tech investissent massivement et gagnent peu d'argent. Le commerce agentique est pour eux la promesse de revenus substantiels », explique Geoffrey Laloux, consultant chez Square Management, chaque transaction pouvant donner lieu à des commissions.
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Amère expérience
Les investisseurs de la Silicon Valley ne veulent donc pas rater la prochaine poule aux œufs d'or : lundi 28 septembre, la start-up Instinct, basée à San Francisco, a procédé sans aucune difficulté à une levée de fonds qui la valorise 10 milliards de dollars, soit quatre fois plus que lors de sa précédente levée de fonds... il y a un mois! Sa promesse : un service de conciergerie 100 % IA, permettant de gérer tous les pans de notre vie quotidienne.
En Europe, de premiers achats pourraient être finalisés sans intervention humaine durant l'année 2027, anticipent plusieurs acteurs du paiement
Le commerce agentique constitue aussi la nouvelle terre de conquête des acteurs du paiement (Visa, MasterCard, etc.) qui veulent se rendre aussi incontournables dans le commerce agentique qu'ils le sont dans les magasins. « L'IA agentique va faire pour le shopping ce que la machine à laver a fait pour la lessive. Elle prendra en charge une grande partie du travail (...). Nous garderons la main sur les choses qui comptent, de la même manière que nous décidons toujours quels vêtements laver», défend Magnus Lindkvist, futurologue et coauteur d'un rapport publié en septembre réalisé sur le sujet pour le compte de MasterCard.
Le commerce agentique se heurte toutefois à un obstacle majeur: la défiance des consommateurs. Il est plus facile de déléguer le lavage de ses vêtements que la gestion de son portefeuille. ChatGPT, qui avait lancé un outil de paiement aux Etats-Unis le 29 septembre 2025 (Instant Checkout), en a fait l'amère expérience: il a fermé son service six mois après, avec la conviction que les Américains n'étaient pas encore prêts à utiliser l'IA comme un intermédiaire de paiement, mais plutôt comme un assistant de recherche.
La plus grande difficulté sera donc de convaincre les consommateurs qu'ils gardent le contrôle de leurs finances. Les Français sont particulièrement inquiets de ce point de vue là. Seul un tiers d'entre eux dit avoir globalement confiance en l'IA, contre 46 % à l'échelle mondiale, selon une étude réalisée en 2025 par KPMG et l'université de Melbourne, en Australie. La progression du commerce agentique sera donc certainement plus lente dans l'Hexagone qu'ailleurs en Europe : « Il progressera deux fois plus vite au Royaume-Uni qu'en France dans les trois prochaines années », anticipe ainsi Patrick Dixon, expert de l'IA et du commerce mondial.
La confiance est d'autant plus difficile à bâtir qu'il n'existe aucun cadre législatif pour réglementer cette nouvelle forme de commerce. Aucune loi, dans aucune partie du monde, ne détermine la chaîne de responsabilité en cas de fraude ou d'erreur commerciale. Qui sera responsable si mon agent m'apporte une réponse farfelue et m'achète un pull rouge au lieu de chaussettes vertes? Et quid d'un agent malveillant qui exécute des achats en mon nom, contre mon gré ? Aucun partage de responsabilité n'existe, à ce stade, entre le consommateur, le vendeur, la banque, le réseau de paiement et l'entreprise ayant développé l'IA.
La deuxième directive européenne sur les services de paiement (DSP2), visant à les sécuriser en ligne, n'aborde pas le sujet, pas plus que le prochain texte qui sera promulgué en 2027. Il faudra donc attendre la mouture suivante (la DSP4) pour espérer un début de réglementation. Mais elle n'est pas prévue avant cinq ans. « L'Europe a intérêt à légiférer, sinon ce sera le Far West », estime Geoffrey Laloux.
Ce flou juridique inquiète d'autant plus les commerçants et les banques que partout en Europe, les cours de justice donnent raison aux consommateurs victimes de fraude. En France, la Cour de cassation a jugé, le 30 avril 2025,
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« L'IA agentique va faire pour le shopping ce que la machine à laver a fait pour la lessive »
MAGNUS LINDKVIST
futurologue et coauteur
d'un rapport sur le sujet
pour MasterCard
que le Crédit agricole ne pouvait pas s'exonérer de sa responsabilité en cas de virements frauduleux, sans apporter une preuve de négligence grave de la part de son client. Un revirement de jurisprudence, jusqu'alors beaucoup plus favorable aux banques.
«Les banques ont le pied sur le frein car les risques associés au commerce agentique sont pour l'instant trop élevés. La fraude via l'IA est ultra-importante. On ne sait d'ailleurs pas la mesurer précisément. Les établissements financiers ne veulent pas ouvrir la boîte de Pandore», estime Lucas Fayolle, un start-upeur qui tente de proposer une infrastructure sécurisante pour tout le monde (traçabilité des opérations, définition des mandats de paiement, etc.) au sein de son entreprise Praesia.
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Normes communes
Les Américains s'inquiètent, eux aussi, des risques de fraude, d'opacité et de protection des données. Dans un rapport publié le 22 septembre, les banques américaines Bank of America et Capital One se sont jointes à d'autres grands noms de la finance internationale pour dénoncer le risque de voir le commerce agentique augmenter la fréquence des litiges et des demandes de remboursement. Toutes réclament des normes communes et des responsabilités clairement établies avant de laisser les agents IA s'occuper de nos achats.
Des incidents ont déjà été recensés: Meta a dû récemment corriger une faille dans Muse, qui aurait pu permettre à des fraudeurs de détourner les autorisations d'achat accordées par l'utilisateur. La plateforme de commerce Amazon a par ailleurs demandé à Muse de ne plus utiliser son site : elle lui reproche de ne pas s'identifier quand il effectue des achats pour un consommateur, et de conserver ses données personnelles sans aucune autorisation.
A défaut de cadre juridique pour le commerce agentique, ce sont les grands réseaux de paiement mondiaux (Visa, MasterCard, etc.) qui essaient de fixer les règles du jeu. «Notre rôle chez Visa est de permettre à des acteurs qui ne se connais- sent pas de réaliser des transactions en toute confiance. Il en sera de même demain avec le commerce agentique. Nous offrons un cadre et des règles communes qui permettent à toutes les parties prenantes d'utiliser notre réseau», explique Florence Mélique, la directrice générale de Visa pour la France, la Belgique et le Luxembourg.
Le réseau américain travaille avec une grosse trentaine de banques, mais aucune française à ce stade, pour définir un parcours de paiement permettant au consommateur de garder le contrôle de son argent, et de fixer les conditions de remboursement en cas de litige. Il a aussi noué un partenariat avec cinq commerçants pour tester la pratique: Lastminute, Brick Depot (vente de pièces Lego), Frasers Group (articles de sport), eDreams (réservation de vacances) et Cleverbridge (gestion des paiements d'entreprises). Visa leur propose un annuaire permettant d'identifier les agents IA réputés dignes de confiance. « Toutes les entreprises vont devoir s'adapter au commerce agentique. C'est indispensable pour l'avenir de leur modèle économique », résume Florence Mélique.
LUCIE ROBEQUAIN
Le bureau d'Anna Politkovskaïa, conservé intact, à Moscou, le 10 septembre. ELENA CHERNYSHOVA POUR « LE MONDE »
Anna Politkovskaïa, vingt ans après
L
Assassinée, en 2006, dans la cage d'escalier de son immeuble, à Moscou, la célèbre reporter russe n'a cessé d'alerter avec une incroyable lucidité sur la nature profonde de Vladimir Poutine
es yeux rivés sur la caméra de son ordinateur portable, Dmitri Mouratov, 64 ans, brandit un objet, puis un autre et encore un autre. « Voici ses lunettes, voici son enregistreur, son sac... » Joint par messagerie cryptée, le cofondateur du média russe indépendant Novaïa Gazeta, colauréat du prix Nobel de la paix en 2021, s'est assis au bureau qu'occupait Anna Politkovskaïa jusqu'à sa mort. Les affaires personnelles de la journaliste assassinée en 2006, il y a tout juste vingt ans, le 7 octobre – jour de l'anniversaire du président russe, Vladimir Poutine –, ont été conservées à leur place, dans les locaux du journal moscovite. Sur sa table de travail, un ouvrage jauni du code pénal russe commenté est resté ouvert à l'article 63 sur les « circonstances aggravantes ».
Tout autour, sur les murs de la pièce transformée en mémorial, Novaïa Gazeta a affiché l'enquête que ses journalistes ont eux-mêmes menée après la disparition de leur consœur, âgée de 48 ans, tuée par balle dans l'ascenseur de son immeuble. Actes de la procédure, plans, images de vidéosurveillance, schémas de la reconstitution du meurtre, profils des tueurs et de leurs complices, arrêtés et condamnés par la suite, photographie de l'arme, un Makarov 9 mm, utilisée à l'époque par les services de sécurité... Aucun commanditaire n'a cependant jamais été identifié. Mais, pour Dmitri Mouratov, qui s'appuie sur l'implication d'un policier, et sur celle d'hommes affiliés au FSB, les services de sécurité russes, la conclusion est simple : « L'Etat a participé à cet assassinat. »
Il était son rédacteur en chef, celui qui la pressait de faire une pause, qui l'a même exfiltrée quelque temps vers l'Autriche, en 2001, pour la mettre à l'abri, au vu des nombreuses menaces de mort qu'elle recevait pour ses reportages dans une Tchétchénie ravagée par une seconde guerre (1999-2009). Parfois, le ton montait, car son interlocutrice se montrait inflexible. « A l'été 2006, nous avons eu des discussions très sérieuses, admet Dmitri Mouratov. J'étais persuadé qu'elle devait cesser d'aller sur place, parce que cela devenait trop dangereux, elle me répondait que cette petite république avait survécu à deux guerres sanglantes et qu'elle ne pouvait pas laisser tomber. » Intraitable, Anna Politkovskaïa, l'était tout autant dans ses écrits.
Sans relâche, elle y dénonce les exactions de l'armée russe, qu'elle observait au plus près sur le terrain – en moins de sept ans, depuis son entrée à Novaïa Gazeta, en 1998, elle rédige ainsi 751 articles, dont plus de la moitié concerne la Tchétchénie. Et à la relire aujourd'hui, on est saisi d'effroi. Pas seulement à cause des atrocités commises, mais parce que tout, absolument tout, ce qu'elle décrivait alors, s'est reproduit, vingt ans plus tard, en Ukraine : la torture, les camps de filtration (d'où sont « triés » civils et combattants), les pillages, les viols, la destruction totale et méthodique de villes et de villages, les fosses dans lesquels sont jetés « ennemis » ou soldats russes qui n'ont pas l'heur de plaire à leurs supérieurs...
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DÉTENUE DE LONGUES HEURES
« Elle avait un style d'écriture tout à fait unique. Il ne s'agissait pas seulement d'écrire des articles, mais de faire bouger les choses, d'aider les gens », témoigne Tatiana Lokchina, directrice adjointe pour la division Europe et Asie centrale de Human Rights Watch, actuellement en exil, qui l'a bien connue. A deux reprises, Anna Politkovskaïa tentera même de jouer les médiatrices, pour épargner des vies.
La première fois, en octobre 2002, les autorités se résignent à faire appel à elle, lors de la prise d'otages de centaines de spectateurs dans la salle du Théâtre Doubrovka, à Moscou, par un commando tchètchène. Elle est finalement écartée. La seconde fois, en septembre 2004, elle se précipite à Beslan, en Ossétie du Nord, où une école fait l'objet d'une autre prise d'otages. Elle n'y parviendra jamais, victime d'une tentative d'empoisonnement à bord de l'avion qui devait l'en rapprocher.
Peu importent les risques qu'elle prend et fait prendre aux autres. Les précautions l'exaspèrent. Tatiana Lokchina a encore en mémoire un échange tendu, lors d'une conférence en Suède sur la Tchétchénie, peu de temps avant la disparition d'Anna Politkovskaïa. « Dès le premier jour, Anna et moi avons eu une vive altercation : elle accusait les défenseurs des droits humains de manquer de fermeté, d'étouffer certaines affaires sensibles et de ne pas divulguer les noms des victimes. De mon côté, je soutenais que, lorsque nous agissions ainsi, c'était par souci de les protéger. Mais elle persistait à dire que nous étions complices d'une sorte de complot visant à déformer ou à dissimuler la vérité. »
En février 2001, Anna Politkovskaïa avait elle-même été arrêtée, privée de son téléphone, détenue de longues heures par des officiers russes dans le district de Vedeno, une vallée montagneuse dans le sud-est de la Tchétchénie. Traînée la nuit sous un lanceroquettes Grad, au moment précis où celui-ci effectue une salve, menacée de viol – « C'est la salle de bains. Déshabille-toi » –, elle écrit : « Chaque heure supplémentaire d'interrogatoire confirmait entièrement leurs témoignages [des Tchétchènes]. »
En juin 2004, elle publie aussi un long article sur sa rencontre avec Ramzan Kadyrov, le « petit dragon du Kremlin », ainsi qu'elle le nomme, pas encore officiellement à la tête de la Tchétchénie, mais qui se comporte tout comme, dans son fief natal de Tsentoroi, une « véritable forteresse » au luxe tapageur, cernée par pléthore d'hommes en armes. Après six ou sept heures d'attente, elle réalise une interview ubuesque, au cours de laquelle Kadyrov finit par lui hurler dessus : « Tu es une ennemie, tu es pire que [Chamil] Bassaïev! [Un combattant indépendantiste qui basculera dans le terrorisme, tué en 2006.] »
La guerre la change. « Ses reportages lui ont enlevé ce petit côté de journaliste snob moscovite, et elle avait beaucoup maigri », rapporte Svetlana Gannouchkina, 84 ans, défenseure
JOURNALISTE
D'INVESTIGATION,
LANCEUSE D'ALERTE,
MILITANTE
DES DROITS
HUMAINS, ANNA
POLITKOVSKAÏA
ÉTAIT TOUT CELA
À LA FOIS
des droits de l'homme respectée en Russie. Membre de l'ONG Memorial et dirigeante du Comité d'assistance civique, qui venait en aide aux réfugiés et aux migrants, elle se trouvait avec la reporter au palais du gouvernement, à Grozny, en décembre 2002. Les deux femmes quitteront le bâtiment 20 minutes avant l'explosion de deux camions kamikazes bourrés d'explosifs qui fera 83 morts.
Née en 1958, à New York, d'un père diplomate soviétique d'origine ukrainienne, Anna Politkovskaïa, diplômée de la faculté de journalisme de Moscou, a démarré tardivement sa carrière. Mère au foyer, elle a d'abord élevé ses deux enfants, Ilia et Vera, avant de commencer au bas de l'échelle dans plusieurs journaux, la plupart disparus. Formée au temps de la perestroïka, « elle incarnait à la perfection l'esprit de cette époque, et le désir de changement qui l'accompagnait », dira sa fille, Vera, en décrivant, dans Une mère (Fayard, 2023), un « bourreau de travail ».
Elle reste pourtant longtemps dans l'ombre de son mari, Alexandre Politkovski, journaliste vedette du petit écran. Puis, les rôles s'inversent. Lui s'efface au fur et à mesure de la reprise en main des médias par le Kremlin, qui l'exclut. Elle explose dans Novaïa Gazeta, au point que des files d'attente de Russes et de Tchétchènes n'ayant personne à qui parler se formaient devant son bureau quand elle n'était pas sur le terrain. Reporter, journaliste d'investigation, lanceuse d'alerte, militante des droits humains, Anna Politkovskaïa était tout cela à la fois. «Je me vois comme un intermédiaire, un moyen de montrer aux Russes ce qui se passe réellement en Tchétchénie, afin qu'ils ne croient pas, à tort, que l'intervention militaire rétablit l'ordre», confie-t-elle, en 2001, au Comité pour la protection des journalistes.
Sa probité dépasse les frontières. Un matin, en 1999, Alexandre Guinzbourg, un célèbre dissident (1936-2002), débarque au domicile parisien de Galia Ackerman, historienne et traductrice d'origine russe établie en France, avec un sac plastique contenant plusieurs articles de la journaliste. De là naîtra un premier recueil de ses chroniques, publiées pour la première fois dans l'Hexagone (Voyage en enfer. Journal de Tchétchénie, Robert Laffont, 2000). Un flop. Mais qui sera suivi d'autres livres au succès grandissant, édités par Buchet-Chastel, sous la direction du journaliste Jean-François Bouthors (Tchétchénie, le déshonneur russe, 2003, La Russie selon Poutine, 2005), plus deux autres récits posthumes (Douloureuse Russie. Journal d'une femme en colère, 2006, Qu'ai-je fait?, 2008).
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OBSESSION DE RÉTABLIR LA JUSTICE
«Anna Politkovskaïa ne soutenait pas les combattants tchétchènes, mais elle avait l'obsession de rétablir la justice, souligne Galia Ackerman. Elle était extrêmement minutieuse, car elle avait toujours peur qu'on l'induise sciemment en erreur. Elle menait de véritables interrogatoires : "Ah oui, vous venez de quel village et qui est le chef là-bas" ? » Les cheveux cendrés autour du visage triste de la journaliste deviennent familiers. Mais plus sa notoriété s'accroît à l'étranger, plus elle est isolée en Russie, alors qu'elle mène un combat singulier contre Vladimir Poutine, qu'elle décrivait comme la « copie conforme » d'Akaki Akakievitch, un petit fonctionnaire brimé dépeint par Gogol dans Le Manteau.
De lui, elle disait : « Son étroitesse d'esprit et son chauvinisme sont ceux d'un homme de son grade. Il a la personnalité terme d'un lieutenant-colonel qui n'a jamais réussi à atteindre le rang de colonel, les manières d'un homme des services secrets russes habitué à espionner ses collègues... » Elle reprochait surtout à l'actuel chef du Kremlin d'avoir « encouragé la gangrène morale de la Russie », en exploitant la guerre à des fins de pouvoir dès le début de son règne, en 2000. Des Russes, elle blâmait l'apathie face à l'implacable « verticale du pouvoir », qui se mettait en place et dont elle pressentait le pire avec une incroyable lucidité. « Il est déjà trop tard, affirmait-elle. Aujourd'hui, nous sommes encerclés par les amis et les hommes de Poutine. »
Car elle n'a pas seulement dénoncé la situation en Tchétchénie: elle a aussi rendu compte de la corruption « basée sur le sang » en Russie, de l'« esprit chauvin au sein de l'appareil gouvernemental, qui se fait passer pour du patriotisme », de la « rhétorique effrénée de l'Etat fort », du « racisme antitchétchène, officiel et populaire, avec des métastases qui s'étendent à d'autres peuples »...
Elle a écrit sur des procès à l'issue toujours favorable pour les protégés du régime, sur la misère de citoyens russes ordinaires, sur l'indigence des foyers de migrants, sur les koviorny, un dérivé du mot kovior, « tapis », qui signifie « bouffons », pour décrire les propagandistes des médias d'Etat. Elle en voulait aux dirigeants occidentaux, aux George W. Bush (2001-2009), Silvio Berlusconi (1936-2023), Jacques Chirac (1932-2019) et Gerhard Schröder (1998-2005) d'entretenir des relations cordiales avec un « homme des services ». A l'exception d'une petite édition confidentielle de ses chroniques, parue en 2002, ses livres ne seront jamais publiés en Russie.
Plus de trente journalistes ont été tués, entre 2000 et 2022, dans un pays qui n'était pas officiellement en guerre. Parmi eux, six travaillaient à Novaia Gazeta, comme son amie Natalia Estemirova, enlevée à Grozny, en 2009, et retrouvée morte, criblée de balles. Au sein de la rédaction, qui a perdu sa licence de média en 2022, et dont 100 collaborateurs viennent d'être affiliés à des « agents de l'étranger », Anna Politkovskaïa reste la plus emblématique. Le 14 novembre 2023, Vladimir Poutine a gracié l'un des tueurs de la journaliste. Après que ce dernier a combattu en Ukraine.
ISABELLE MANDRAUD
Image extraite du film « Butterfly Jam », de Kantemir Balagov. LE PACTE
La nouvelle vie du cinéaste Kantemir Balagov
Quatre ans après avoir quitté la Russie, le réalisateur évoque les doutes qui l'assaillent dans sa vie d'exilé
RENCONTRE
Q
uelle vie reconstruire
quand son monde
s'est effondré subite-
ment? Quatre ans
après avoir critiqué publiquement l'invasion de l'Ukraine et quitté précipitamment la Russie, le réalisateur Kantemir Balagov, 35 ans, cherche encore la réponse. « L'état du monde m'affecte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. J'essaie d'y échapper quand j'écris, mais il finit toujours par retrouver son chemin », confie-t-il un après-midi de septembre, assis dans un café parisien, une casquette Dogs & Wine Make Everything Fine (« des chiens et du vin, tout va bien ») vissée sur la tête. Butterfly Jam, son troisième long-métrage, centré autour d'une relation père-fils, saisit un monde d'hommes où le refus de montrer ses faiblesses mène à une violence irrémédiable. « Peut-être qu'aujourd'hui la vulnérabilité fait cruellement défaut », ajoute-t-il, au sujet notamment des grands leaders de ce monde, une tasse de thé noir à la main.
La fragilité et le doute, Kantemir Balagov baigne en plein dedans. Après un détour par Los Angeles où l'intégration s'est révélée difficile, lui et sa compagne, la cinéaste Kira Kovalenko, se sont installés à Paris. Ils tentent d'y maintenir à flot une vie précaire, hantée par les souvenirs. Il y a moins d'une dizaine d'années, leurs premiers films, âpres et pleins d'énergie, faisaient d'eux les étoiles montantes d'un renouveau du cinéma russe. «J'ai toujours voulu vivre dans le Nord-Caucase et y faire des films, dit-il. J'aimerais pouvoir arrêter la nostalgie. J'ai beau savoir que si je rentrais, tout serait différent, je n'y arrive pas», dit-il.
Pour rester ancré dans le présent, Kantemir Balagov s'arrime comme il peut à son métier. Il lit, écrit. Mais mener au bout un projet de film relève du parcours du combattant. Butterfly Jam devait initialement être tourné au cœur de la communauté tcherkesse de Naltchik, dans le Nord-Caucase, d'où il est originaire. Son exil contraint l'a forcé à réécrire son scénario. « Une fois à Los Angeles, j'ai découvert qu'il existait une petite communauté tcherkesse dans le New Jersey. J'ai travaillé avec celle-ci pour rassembler les gens, recueillir des informations. Ils nous ont beaucoup aidés, jusqu'à ce que quelqu'un d'extérieur les alerte que le script comportait une scène de viol. Toutes les portes se sont fermées d'un coup. On devait tourner une grande séquence de danse, j'ai dû tout réécrire. » Pour
Kantemir Balagov, les obstacles ont été nombreux. «Aux Etats-Unis, la culture du cinéma est très différente de celle de la Russie. Vous avez besoin d'une star pour financer le film», dit-il. Butterfly Jam a été monté avec des acteurs professionnels anglo-saxons (Barry Keoghan, Riley Keough) et d'autres débutants. Bénéficiant de peu de jours de tournage pour les extérieurs dans le New Jersey, le réalisateur s'est heurté aux règles strictes imposées par les syndicats américains: «Il y avait une pression constante sur les horaires et les interdits. A la fin, je pense que cela fait du mal au film. »
« J'essaie d'éviter la stagnation »
Pour cette coproduction majoritairement française, les intérieurs ont, eux, été filmés dans les Hauts-de-France. Avec toute la rigidité qu'impose un tournage réparti sur deux pays si éloignés, malgré « une équipe incroyable ».
En donnant à son film des airs de conte de fées, Kantemir Balagov a cherché à échapper à l'esthé-
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A Paris, il apprend le français et tente de maintenir à flot une vie précaire, hantée par les souvenirs
tique réaliste de ses premiers films, Tesnota. Une vie à l'étroit (2017, sorti en France en 2018) et Une grande fille (2019), pour se concentrer sur l'authenticité psychologique de ses personnages. « J'encourageais mes acteurs à être maladroits dans leur langage corporel, leurs intonations. Parce que mes personnages sont des gens ordinaires. On cherchait ça aussi dans l'image, la mise en scène. Malheureusement, tout le monde ne voit pas cela comme un geste artistique. Certains y lisent un manque de savoir-faire. »
Tout au long de l'entretien, Kantemir Balagov dévoile ses propres vulnérabilités. «Je suis dans la vie quelqu'un de très fermé. Les circonstances actuelles renforcent encore cette solitude. Alors, le cinéma me permet d'embrasser cette part de tendresse inexprimée», déclare-t-il pour justifier les nombreuses embrassades dans le film. Le cinéaste fait volontiers part de ses doutes. Il reconnaît qu'à l'écran tout ne fonctionne pas toujours comme il l'aurait voulu, se demande si le choix de l'annonce de la mort du père en ouverture était le plus opportun, blâme les nombreux changements apportés en cours de route.
Mais, au moins, reconnaît-il à son travail une volonté d'apporter quelque chose de neuf à des sujets beaucoup traités, et une capacité à se renouveler. « A l'avenir, j'aimerais faire un western, un film de science-fiction ou un thriller. J'essaie d'éviter la stagnation. »
Kantemir Balagov revient, en-fin, de manière transparente sur ses échecs passés. Tel le tournage des premiers épisodes de la série postapocalyptique The Last of Us pour la chaîne HBO, qu'il a quitté à l'automne 2021, à peine le pilote terminé, en raison de différends artistiques avec les showrunneurs Neil Druckmann et Craig Mazin. A cause des tournages additionnels effectués par ce dernier, il ne sera jamais officiellement crédité. « A quoi bon faire venir quelqu'un de Russie si tu sais déjà ce que tu veux et ce que tu vas faire ? », s'interroge-t-il.
La maîtrise finale de son œuvre reste, pour lui, un point essentiel et douloureux. Pour Butterfly Jam, il regrette d'avoir cédé aux producteurs qui poussaient pour raccourcir le film : « Je voulais donner de l'espace pour que le public puisse s'immerger dans ce monde, qu'il vive avec ces personnages. L'intrigue est secondaire pour moi. Mais les producteurs voulaient aller droit au but. » Tous ses personnages, nourris de sa culture et de souvenirs personnels, lui tiennent à cœur. Et d'autant plus qu'il se retrouve loin de sa terre d'origine. « Avant la guerre, j'étais davantage lié à la figure du fils. Depuis, je me considère comme le père, cet outsider, qui est parfois faible, parfois perdant. Bien qu'il vive en Amérique depuis longtemps, il ne peut toujours pas s'intégrer dans cet environnement. »
Le réalisateur qui souhaite «faire davantage confiance à [s]es tripes et à [s]a propre vision» sait que s'adapter à sa nouvelle vie ne sera pas facile. Lui qui n'a que peu de contacts avec ses compatriotes cinéastes exilés en Europe continue d'écrire en anglais, pour des environnements américains. A moins qu'un prochain film lui permette de se rapprocher à nouveau de ses racines. «Il existe un livre incroyable sur la guerre de Tchétchénie, mais personne ne veut y toucher pour l'instant, dit-il. Ce n'est pas le meilleur moment pour le cinéma. »
BORIS BASTIDE
Butterfly Jam, film français et américain de Kantemir Balagov. Avec Talha Akdogan, Barry Keoghan, Riley Keough (1 h 37).
Rêves de grandeur et jalousies dans un restaurant du New Jersey
Le troisième long-métrage de Kantemir Balagov, situé dans la communauté tcherkesse aux Etats-Unis, séduit et déconcerte à la fois
BUTTERFLY JAM
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En deux portraits de femme proprement électrisants, Tesnota. Une vie à l'étroit (2017, sorti en France en 2018) et Une grande fille (2019), Kantemir Balagov, âgé aujourd'hui de 35 ans, s'est révélé comme l'étoile montante du cinéma russe. Cet élève du grand Alexandre Sokourov, à l'université de sa ville natale (Naltchik, Caucase du Nord), n'a toutefois pas eu le temps de mettre à profit cette réputation naissante, le durcissement ultranationaliste du pouvoir et le déclenchement de la guerre en Ukraine l'incitant à goûter – avec sa compagne, Kira Kovalenko, autre grande révélation du cinéma russe – le vent de la liberté aux Etats-Unis, où Donald Trump a été néanmoins réélu deux ans plus tard. C'est un peu le problème en ce moment, il n'y a plus tellement de lieux où fuir la fatalité humaine. Installé, à partir de 2022, à Los Angeles (Californie), Kantemir Balagov a alors disparu corps et biens des radars.
Butterfly Jam, son troisième long-métrage, doit donc être considéré comme une première réponse circonstanciée à l'inquiétude qu'on se faisait de son sort. La mise en œuvre de ce film semble à elle seule le confirmer: ce n'est pas aux Etats-Unis mais bien auprès du producteur et homme d'affaires ukrainien Alexander Rodnyansky et du producteur français Pascal Caucheteux que le cinéaste a trouvé le soutien nécessaire à sa réalisation. Localisé dans le New Jersey pour les extérieurs, le film est, en réalité, tourné dans le nord de la France pour les scènes d'intérieur. Beau travail, on n'y voit que du feu.
Quant à l'œuvre elle-même, elle séduit et déconcerte à la fois. L'action prend place dans la communauté immigrée tcherkesse (minorité caucasienne émigrée en Amérique) du New Jersey. L'intrigue tourne autour d'un restaurant de spécialités qui fait tout juste vivre sa propriétaire, Zalya (Riley Keough), jeune femme enceinte qui doit tenir le lieu à bout de bras, en l'absence d'un mari volatilisé et avec l'aide de son frère Azik (Barry Keoghan), rêveur instable, qui y tient la cuisine. Azik lui-même élève seul son fils Temir (Talha Akdogan), surnommé «Pyteh» («le petit »), un adolescent qui n'a pas hérité de sa fragilité et envisage, les deux pieds sur terre, une carrière de lutteur professionnel. Dans son club, Temir n'en a pas moins été sensible au charme d'Alika (Jaliyah Richards), une jeune lutteuse afro-américaine, elle-même assez paumée.
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Violence mélancolique
Autour de cette chaîne de destins sur le fil vit un entourage amical mal soudé par la frime, la virilité, la dérive. L'errance de l'exil, les rêves de grandeur mal récompensés, les jalousies explosives déboucheront, inopinément, sur un assassinat stupide qui ajoute, à cette chronique des déplacés, l'horizon d'un film noir qui n'aura d'ailleurs jamais lieu. Tous les cinéphiles sensibles au choc américain-slave auront reconnu là une petite musique qui informe le seminal Little Odessa (James Gray, 1994) pour se poursuivre avec Give Me Liberty (Kirill Mikhanovsky, 2019) ou Brighton 4th (Levan Koguashvili, 2021).
Tragédie familiale de l'exil, omniprésence mafieuse, dérèglement des rapports père-fils y ordonnent une violence mélancolique et une déraison des enchaînements narratifs qui donnent à ces films un charme étrange. Lequel regarderait à la fois vers la tradition poisseuse du film noir américain et vers la folie mélancolique des grands dissidents du cinéma soviétique et russe.
S'agissant plus particulièrement de Kantemir Balagov, Butterfly Jam témoigne plus spécifiquement, pressent-on, d'un moment de profond bouleversement et de lente reconstruction dans sa vie et sa carrière. Personnages tcherkesses, acteurs américains et irlandais, co-producteurs ukrainien et français, fable comme en suspens : le film ressemble au personnage indéchiffrable du pélican échoué puis recueilli par Azik qui, dans l'attente d'une liberté recouvrée, y impose sa silencieuse énigme.
JACQUES MANDELBAUM
Film français et américain de Kantemir Balagov. Avec Talha Akdogan, Barry Keoghan, Riley Keough, Harry Melling, Jaliyah Richards (1 h 37).
Joe Bird (Naim) et Stacy Clausen (Ryan), dans « Leviticus ».
ORIGINALS FACTORY
Quand le désir queer bascule vers le cinéma d'horreur
Adrian Chiarella donne un sous-texte politique à son premier long-métrage
LEVITICUS
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La bonne santé du cinéma d'horreur se confirme, accompagnant l'émergence d'une génération passionnante de réalisateurs et réalisatrices aux horizons variés. Après les films remarqués de Zach Cregger (Resident Evil), Sébastien Vanicek (Evil Dead Burn), Jane Schoenbrun (Teenage Sex and Death at Camp Miasma), Curry Barker (Obsession) ou Kane Parsons (Backrooms), la dernière livraison dans les salles françaises nous vient d'Australie. Avec Leviticus, Adrian Chiarella signe un premier long-métrage prometteur où l'horreur se pare d'un sous-texte politique. L'impulsion lui a d'ailleurs été donnée il y a quelques années, quand la légalisation du mariage entre personnes du même sexe en Australie avait donné lieu à une recrudescence des discours homophobes.
Leviticus prend ainsi pour cadre une petite ville désindustrialisée où fleurit une communauté religieuse soudée. C'est pour rejoindre cette dernière qu'Arlene (Mia Wasikowska) y a emménagé, accompagnée de son fils, Naim (Joe Bird). L'adolescent tente de trouver sa place dans ce nouvel environnement. Il noue une liaison secrète avec l'un de ses camarades de lycée, Ryan (Stacy Clausen), mais le jour où Naim le découvre en train d'embrasser Hunter (Jeremy Blewitt), il les dénonce aux autorités de sa congrégation. Les deux garçons sont alors soumis à un exorcisme qui semble affecter en profondeur leur perception. Les voilà comme possédés par une force étrange qui manipule leur désir pour s'attaquer à leur intégrité physique. Naim, témoin impuissant, est vite pris de remords.
Dès la scène d'ouverture, Leviticus joue sur la question du visible et de l'invisible. Dans une piscine municipale, une jeune employée semble attirée par une personne cachée dans les douches que l'on ne voit pas à l'écran. De très loin, la caméra s'approchant lentement, on croit assister à une scène de sexe avant que la jeune femme ne lance un cri d'horreur. Un peu plus tard, Ryan fait croire à Naim qu'une mygale s'est posée sur son épaule pour lui faire peur puis le toucher pour la première fois.
Adrian Chiarella saisit avec intelligence la porosité et la complexité des liens qui existent entre ce que l'on voit et ce que l'on ne voit pas. La foi qui unit cette communauté religieuse a quelque chose d'impalpable, mais s'épanouit aussi
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En recourant à l'horreur, le réalisateur pointe l'homophobie d'une communauté
dans des rituels publics. De même, le désir travaille quelque chose de profondément mystérieux à l'intérieur de soi. Tout en ayant besoin de se cristalliser sur un objet réel ou fantasmé.
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Question du regard
Leviticus est construit comme un puzzle sur l'agencement de diverses tonalités, qui peuvent se compléter autant que s'opposer. Le film laisse d'abord s'épanouir sur une note romantique le récit d'initiation qui unit en cachette Naim à Ryan. On assiste à la naissance de leur complicité, en alternance avec des scènes centrées sur des prêches religieux. Puis, une fois les premières thérapies de conversion lancées, le fantastique prend le dessus, basculant de plus en plus vers l'horreur, comme dans un long cauchemar.
La question du regard est au cœur des choix de mise en scène du cinéaste australien. La caméra subjective permet de percevoir de manière réaliste une partie des faits relatés depuis le point de vue de Naim, qui sert de relais d'identification. A côté, Adrian Chiarella déploie, avec de lents mouvements sophistiqués de caméra plus abstraits, une menace omnisciente qui ajoute de la tension. Pour les héros, il s'agit de voir les choses au plus juste. D'où provient la menace, comment elle fonctionne, comment s'en prémunir.
En recourant à l'horreur, Adrian Chiarella donne une forme abstraite puis concrète à l'homophobie d'une communauté. Et montre comment celle-ci est intériorisée dans ce que chacun a de plus intime. Le genre ouvre alors une fenêtre vers le partage d'une expérience queer. Leviticus permet de regarder la peur en face, celle d'un désir, trouble, réprimé. Et, par le biais d'une communauté alternative – personnages et spectateurs –, d'apprendre à vivre avec, sans se cacher cette fois.
BORIS BASTIDE
Film australien d'Adrian
Chiarella. Avec Joe Bird, Stacy
Clausen, Mia Wasikowska (1 h 28)
Plongée dans les effets toxiques des réseaux sociaux
Le film promet une suite à l'excellent « The Social Network », de David Fincher, sans convaincre
THE SOCIAL RECKONING
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C'est un fait, Aaron Sorkin, 65 ans, auteur de The Social Reckoning, est l'un des grands noms de l'écriture scénaristique américaine de ces dernières années. Les séries A la Maison Blanche (2001-2006), à moindre égard sans doute The Newsroom (2012-2014), ou encore les films The Social Network (David Fincher, 2010) et Le Stratège (Bennett Miller, 2011) sont là pour en témoigner.
Passionné de sujets sociopolitiques, cet homme de sujets et de mots, étincelant dans l'ombre des œuvres mettant en scène ses créations, perd ses moyens lorsqu'il s'agit de passer lui-même à la réalisation. Le Grand Jeu (2018), Les
Sept de Chicago (2020), Being the Ricardos (2021), sans démériter, sont loin d'avoir cassé la baraque. Exemplaire rappel de la légitime distinction qu'il convient de faire entre scénario et mise en scène.
Et quel sujet en or que celui de The Social Reckoning! Rien de moins que l'adaptation d'une série d'articles retentissante du journaliste américain Jeff Horwitz, lequel – nourri par les fichiers de Frances Haugen, jeune lanceuse d'alerte – démontra, en 2021, dans le Wall Street Journal, la parfaite connaissance qu'avaient les dirigeants de Facebook et d'Instagram, par excellence Mark Zuckerberg, des effets toxiques (mentaux, politiques, sociétaux) des algorithmes et des contenus de ces plateformes. C'est cette histoire que conte The Social Reckoning, promettant une suite à l'excellent
The Social Network, de David Fincher, sur la création de Facebook, en même temps que l'inflexion du biopic zuckerbergien vers la tradition du film de dénonciation politique – depuis Les Hommes du président (1976), d'Alan J. Pakula (1928-1998), jusqu'à Pentagon Papers (2018), de Steven Spielberg.
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Faiblesse des acteurs
On est très loin du compte. L'insigne faiblesse des acteurs dans le rôle qui leur est imparti en est le signe le plus patent. Mikey Madison – si captivante dans Anora (2024), de Sean Baker – campe ici une jeune lanceuse d'alerte dont la fermeté de conviction et le courage demeureront des hypothèses de travail. Jeremy Allen White, dans sa recherche du personnage du journaliste, court en pure perte après la prestation affûtée du Dus tin Hoffman des Hommes du président (1976). Jeremy Strong – d'un génial baroquisme dans son rôle d'avocat véreux de Donald Trump dans The Apprentice (Ali Abbasi, 2024) – est réduit à une partition mécanique qui fait du personnage de Zuckerberg une caricature.
C'est que les relations entre les personnages, leur profondeur comme leur évolution, sont ici sacrifiées au signe intangible du caractère et de la fonction qui leur sont une fois pour toutes assignés. La responsabilité incombe à une réalisation qui filme son scénario à la lettre, sans parvenir à le rendre un tant soit peu vivant.
Film américain d'Aaron Sorkin. Avec Mikey Madison, Jeremy Allen White, Wunmi Mosaku, Bill Burr, Jeremy Strong (1 h 52).
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■□□□ POURQUOI PAS
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Mikusu Modan
Film japonais de Toshizo Fujiwara (1 h 44)
Avec Mikusu Modan, le réalisateur japonais Toshizo Fujiwara essaie de se glisser dans les pas d'un Ken Loach pour raconter l'histoire d'un couple propriétaire d'un restaurant qui emploie des personnes tout juste sorties de détention afin de les réintégrer. Au plus près d'une réalité difficile, le cinéaste porte un regard plein d'empathie sur ses personnages, à rebours de celui de la société. Ce, sans jamais chercher à excuser les comportements parfois troubles d'employés marginalisés qui tentent de retrouver un semblant de normalité, ni à les condamner. Le style naturaliste adopté par Toshizo Fujiwara s'accompagne d'une narration par moments fragmentée, passant d'un personnage à un autre, au risque de nous faire perdre quelque peu le fil. Mais l'humanisme et la douceur avec lesquels le film aborde de front ces problématiques sociales donnent une lumineuse cohérence à l'ensemble. ■ BO. B.
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L'Espèce explosive
Film français de Sarah Arnold (1 h 35)
Film français de Sarah Arnold (1 h 35)
Dans le nord-est de la France, chasseurs et agriculteurs s'écharpent autour de la présence de sangliers, lesquels dévastent les cultures. Après la disparition mystérieuse d'un céréalier, un gendarme (Alexis Manenti), fraîchement muté, se met à enquêter. Mais il n'a pas l'air lui-même d'aller très bien, comme l'observe une psychologue parachutée dans la gendarmerie (Ella Rumpf). Dès lors, L'Espèce explosive quitte le terrain naturaliste pour basculer dans le loufoque, au risque de devenir bancal. Ce premier long-métrage, dévoilé à la Quinzaine des cinéastes, à Cannes, semble hésiter entre un récit débridé et un autre plus conventionnel – peut-être le scénario, coécrit par cinq auteurs, a-t-il souffert de compromis? Le personnage de Bertrand Belin, en chef de caserne, reste à l'état de vignette, Vincent Dedienne est sous-utilisé, etc. CL. F.
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Artou
Film français, en réalité virtuelle, d'Abderrahmane Sissako (o h 27)
Le réalisateur mauritanien de Timbuktu (2014), en compétition à Cannes, expérimente une nouvelle esthétique avec ce court-métrage immersif à 360 degrés. Sélectionné à la Mostra de Venise (section Venice Immersive), ce film conté par Omar Sy suit un rituel de deuil. Après la mort en Europe de leur père, trois sœurs et trois frères exaucent le vœu de leur patriarche : être enterré auprès de son propre père dans un village en Mauritanie. Muni de son casque de réalité virtuelle, le spectateur a le sentiment d'être le témoin privilégié de ce périple, évoluant au milieu de paysages grandioses (blancheur immaculée du désert...). La succession de plans linéaires ainsi que l'image d'une netteté impeccable ont toutefois tendance à mettre à distance l'émotion, conférant à l'ensemble un côté un peu lisse. Artou sort dans quelques salles partenaires (le Lux à Caen, l'Arvor à Rennes, l'Arche à Villerupt, etc.), accompagné du court-métrage L'Ile des morts (huit minutes), de Benjamin Nuel. ■ CL. F.
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Joyeuse jungle
Film d'animation letton, polonais et tchèque d'Edmunds Jansons (1 h 10)
Les vacances d'été obligent Elizabeth, 9 ans, à quitter à contrecœur son école et ses amies de la ville pour rejoindre la forêt sauvage vénézuélienne, où ses parents explorateurs vivent avec son petit frère. Ce dernier échappe un jour à la vigilance de l'ainée et se retrouve embarqué sur un esquif. S'ensuit un jeu de piste pour les deux enfants qui vont se retrouver sur le chemin de braconniers, d'ethnies autochtones et de créatures fantastiques. L'aventure va changer Elizabeth, qui, jusque-là, s'ennuyait fort dans son hamac. Malgré ses tableaux plaisants à admirer et une attrayante atmosphère, ce long-métrage d'animation aux couleurs vives destiné à un jeune public se délite un peu au fil de l'empilement des péripéties. Le sujet des choix de vie faits par les parents et subis par les enfants aurait quant à lui gagné en étoffe si le ressenti d'Elizabeth n'était rapidement balayé. ■ P. CR.
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Retour au collège
Documentaire français d'Antoine Fromental (1 h 25)
En 2017, Antoine Fromental réalisait A nous de jouer!, documentaire filmé à hauteur d'adolescents, dans les classes théâtre et rugby d'un collège de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Le proviseur, M. Comès, apparaissait déjà comme un personnage incontournable. Le voici à nouveau dans Retour au collège, en poste dans un autre établissement du même département. Cette fois, le réalisateur prend le parti de donner la parole aux adultes, afin de montrer le rôle crucial de l'équipe enseignante, du personnel d'entretien, etc., dans la gestion du quotidien. Si ce film positif et bienveillant parvient à créer une tension (une jeune fille risque l'exclusion à la suite d'une bagarre), sa forme se montre un peu paresseuse, le montage alternant scènes prises sur le vif et interview des protagonistes. ■ CL. F.
LES MEILLEURES ENTRÉES EN FRANCE | Nombre de semaines d'exploitation | Nombre d'entrées (*) | Nombre d'écrans | Evolution par rapport à la semaine précédente | Total depuis la sortie | Heart of the Beast | 2 | 329 835 | 596 ↓ | -22% | 832 700 | Notre salut | 1 | 215 368 | 356 | 215 368 | Verity | 1 | 196 869 | 384 | 196 869 | Resident Evil | 3 | 155 866 | 506 ↓ | -26% | 777 414 | Digger | 1 | 139 256 | 503 | 139 256 | Garance | 2 | 122 926 | 400 ↓ | -29% | 337 928 | Kraken | 1 | 84 329 | 177 | 84 329 | Tombé du ciel | 8 | 73 329 | 555 ↓ | -3% | 2 251 319 | Justin le juste | 2 | 52 344 | 530 ↓ | -33% | 151 259 | Spider-Man... | 10 | 51 077 | 400 ↓ | -23% | 8 457 785 | AP : Avant-première
Source : « Ecran total »
A Paris, les films du cinéaste Alain Gomis au premier plan
Le Centre Pompidou organise,
au MK2 Bibliothèque,
une présentation de l'œuvre
du réalisateur franco-sénégalais
RÉTROSPECTIVE
Une petite fille contemple la lumière qui sort d'un réfrigérateur, et referme doucement la porte, jusqu'à ce que l'intérieur s'assombrisse. Cette apparition disparition l'amuse, mais l'entraîne aussi dans des réflexions existentielles. Si l'éclairage peut disparaître d'un instant à l'autre, est-ce qu'il en va de même des proches ? D'expériences ludiques en mains posées sur les yeux, Fatima (Assy Fall) plonge l'écran dans le noir, retravaille le cadre et s'invente un monde qui n'appartient qu'à elle.
Avec ses éclats de récit, Petite lumière (2003), onirique court-métrage (15 minutes) d'Alain Gomis, concentrait déjà, il y a plus de vingt ans, tout l'univers du cinéaste franco-sénégalais, né en 1972, auquel le Centre Pompidou – actuellement fermé pour travaux – consacre une rétrospective, du 7 au 20 octobre, au MK2 Bibliothèque, à Paris (13 $^{e}$ arrondissement).
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Créer des ponts
Intitulée « Histoires communes », la programmation permet de (re)découvrir les courts-métrages et les six « longs » d'Alain Gomis, le dernier en date étant le fabuleux Dao, sélectionné en compétition à la Berlinale, en février, ici présenté dans une version inédite de 3 h 24 (contre 3 h 05 lors de sa sortie en salle). Cette œuvre diluvienne est un saisissant ballet de caméras, captant une famille entre deux célébrations successives, d'un côté, un mariage en banlieue parisienne, de l'autre, un rituel de deuil en Guinée-Bissau.
Dao fait tomber tous les murs, géographique, artistique (fiction, documentaire), et porte à son apogée le désir de fabrique collective, idée chère au cinéaste qui laisse improviser ses acteurs et interroge la notion d'auteur – il retrouve régulièrement les mêmes collaborateurs, tels la cheffe opératrice Céline Bozon, les acteurs Djolof Mbengue, Samir Guesmi...
La filmographie d'Alain Gomis créé des ponts de part et d'autre de la Méditerranée. Le réalisateur a d'ailleurs ouvert, en 2018, le Centre Yennenga, dans le quartier du Grand Dakar, consacré à la formation de cinéastes d'Afrique de l'Ouest, ainsi qu'à la postproduction et à la diffusion des films. Une dizaine d'œuvres issues de ce lieu de création sont montrées lors de la rétrospective.
Citons, entre autres, Murmures (2024), co-réalisé par le Rwandais Kivu Ruhorahoza et le Néerlandais d'origine rwandaise Christian Nyampeta, pour la beauté de ses plans colorés dans la ville, tirant vers l'abstraction, et pour son récit qui s'invente dans la foule d'anonymes.
Issu d'un milieu modeste, né d'un père sénégalais et d'une mère française, Alain Gomis a réalisé son premier long-métrage, L'Afrance (2001), après un master d'études cinématographiques à la Sorbonne, à Paris. Ce portrait d'un étudiant sénégalais en France (porté par Djolof Mbengue, informaticien de formation) sera projeté lors de la soirée d'ouverture, mercredi 7 octobre.
Image extraite du film « Dao », d'Alain Gomis. JOUR2FÊTE
En soi, le titre du film est une déflagration : L'Afrance, avec ce «a» privatif, en dit long sur la difficulté de vivre dans l'ancienne puissance coloniale. Le héros à la douceur mélancolique, El Hadj, est confronté à un dilemme : doit-il rester à Paris après ses études, quitte à être vu comme un «black», ou traverser la Méditerranée et rejoindre ses proches, une fois diplômé, pour devenir enseignant? Des événements inattendus vont complexifier l'équation tandis qu'El Hadj se cherche et teste son désir profond.
Ajoutons que cette photographie de la France a quelque chose de vintage: au début des années 2000, le pays avait certes déjà amorcé son virage sécuritaire (Nicolas Sarkozy allait devenir ministre de l'intérieur en 2002), mais l'atmosphère semble à des années-lumière d'aujourd'hui, le film témoignant (a posteriori) du terrible durcissement de la politique à l'égard des étrangers.
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Art des portraits
Grand créateur de formes, récompensé au mois de juillet du prestigieux Vigo d'honneur, remis à La Cinémathèque française, à Paris, Alain Gomis a l'art des portraits, qu'il ne cesse de construire et déconstruire, s'autorisant des libertés narratives au gré de scènes courtes venant percuter le récit. Ses films insufflent quelque chose de surréaliste à l'écran, comme si le personnage principal assurait le montage depuis son regard, l'œil plongé dans le kaléidoscope de sa vie.
C'est particulièrement troublant dans Aujourd'hui (2013), son troisième long-métrage, qui a reçu l'Etalon d'or de Yennenga au Fespaco, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. Le héros, Satché (le poète et acteur Saul Williams, splendide), vit son dernier jour-il a été choisi de manière sacrifi- cielle par sa communauté. Le compte à rebours est lancé, qui
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Ses films insuffient quelque chose de surréaliste à l'écran, comme si le personnage principal assurait le montage
prend la forme d'une déambulation, dans Dakar. Satché fait entrer, à travers sa pupille, la lumière de la ville, son énergie vitale, se laisse guider par ses désirs, rassemblant au fil des heures les morceaux d'une existence. Dans cette œuvre sensorielle, Alain Gomis filme les derniers instants depuis la peau, jusqu'aux membranes des paupières qui se ferment et obturent l'objectif.
De même, l'héroïne chanteuse de Félicité (2017) semble jouer sa survie dans les rues et les vibrations de Kinshasa, ses déboires se diluant dans la foule. Porté par la
Congolaise Véro Tshanda Beya Mputu, actrice non professionnelle, renversante, le film a remporté l'Ours d'argent (Grand Prix du jury) à la Berlinale, et, encore une fois, l'Etalon d'or au même Fespaco.
Alain Gomis, qui n'envoie pas ses films à Cannes (Alpes-Maritimes), mais plutôt à Berlin, donnera une master class, samedi 10 octobre, dans le grand auditorium de la Bibliothèque nationale de France (13 arrondissement).
D'autres rendez-vous sont attendus, comme cette rencontre, mardi 20 octobre, avec l'historienne et universitaire américaine Nell Irvin Painter, autrice de l'essai Histoire des Blancs (traduit en français aux éditions Max Milo, en 2019), ouvrage explorant la construction sociale, politique et historique de la « race blanche ».
CLARISSE FABRE
« Alain Gomis. Histoires communes », rétrospective consacrée à Alain Gomis par le Centre Pompidou. MK2 Bibliothèque, Paris 13 $^{e}$ . Du 7 au 20 octobre.
Entre admiration, jalousie et servitude, un tableau au vitriol du milieu du 7 $^{e}$ art
Avec sa nouvelle comédie, Marc Fitoussi cherche à brocarder le milieu du cinéma, mais cède à sa fascination pour ses deux actrices fétiches, Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain
NI VUE, NI CONNUE
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Marc Fitoussi aime les actrices. Qui le lui rendent bien. Son nouveau long-métrage, Ni vue, ni connue, se veut un hommage à leur passion pour le jeu, à leur détermination, à leurs contradictions... Quel que soit leur niveau de notoriété. S'il a volontiers tourné avec des stars, rappelons que le cinéaste avait réalisé, en 2008, le documentaire Des figurants qui s'intéressait à ces silhouettes attirées par quelques secondes de lumière.
Ni vue, ni connue réunit ainsi certaines des obsessions de Marc Fitoussi autour du monde du cinéma et des apparences avec ce goût intact pour la fantaisie. La comédie est construite autour de la rencontre de ses deux actrices fétiches, Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain, qu'il a chacune dirigée trois fois, mais encore jamais ensemble.
La première interprète ici Corinne Maclou, comédienne talentueuse qui n'a jamais réussi à percer et qui écume les tournages comme figurante, avec l'espoir de décrocher de vrais rôles. Obstinée, elle distribue à tout-va son curriculum vitae et ne se laisse pas marcher sur les pieds. La seconde joue un décalque d'elle-même, soit Sandrine Kiberlain, actrice de premier plan habituée aux rôles de grandes bourgeoises.
Les deux femmes se croisent sur un tournage. Tentant d'attirer l'attention de Sandrine Kiber-
Le film réunit certaines des obsessions de Marc Fitoussi autour du monde du cinéma et des apparences, avec ce goût intact pour la fantaisie lain, Corinne Maclou lui recommande de visionner en ligne une de ses anciennes performances sur scène. Des mois plus tard, la figurante prend conscience que la vedette a repris la pièce qu'elle lui a fait connaître.
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Rôle plein de clins d'œil
Elle se rend à l'Odéon, déterminée à lui demander des comptes. C'est ainsi que naît une relation complexe entre les deux femmes, faite d'admiration, de jalousie, d'écoute et de servitude, qui permet à Marc Fitoussi de s'amuser à porter un regard mordant sur le petit monde du cinéma.
Ni vue, ni connue brosse un tableau d'une extrême cruauté d'un milieu hiérarchisé perclus de privilèges – c'est le versant le plus étonnant et le plus réjouissant du film. A la fois sur les plateaux de tournage, dans la manière dont les acteurs et les techniciens sont traités, mais aussi dans la vie de tous les jours, avec l'essor d'un écosystème relié à l'industrie de la mode et de la beauté. Sandrine Kiberlain excelle en star esseulée, aveugle à sa propre déconnexion, autour de quelques seconds rôles généreusement cinglants, d'Anne Marivin à Vincent Dedienne.
Si Isabelle Huppert offre une performance marquante dans un rôle plein de clins d'œil amusants à son propre parcours, il reste difficile de sentir le personnage derrière l'actrice.
Outre quelques soucis de rythme, Marc Fitoussi bute sur le paradoxe de faire de la plus célèbre de nos comédiennes la représentante de ceux et celles qui sont injustement relégués dans l'ombre. Le film illustre alors, jusqu'à sa pirouette finale, la limite d'un certain cinéma français, qui vise la juste description d'une réalité sociale, mais continue de buter sur sa fascination pour les tenants les plus brillants d'un star-système.
BORIS BASTIDE
Film français de Marc Fitoussi.
Avec Isabelle Huppert. Sandrine
Kiberlain, Anne Marivin,
Emmanuelle Bercot (1 h 55).
Le retour du cancre sur une note de paranormal
Pour le sixième volet, Elie Semoun entraîne le spectateur dans un manoir hanté
DUCOBU ET LE FANTÔME
DE SAINT-POTACHE
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Les lycées brûlent, mais il y a toujours un Ducobu qui sort. Pour qui ? Pour quoi ? On ne sait pas. Ducobu est une énigme. Pas très intéressante, mais une énigme tout de même. Succès en librairie d'abord, puisque c'est une série de bande dessinée créée dans les années 1990 par les Belges Zidrou (scénario) et Godi (dessin), ancrée autour de la figure du cancre dans une classe. Succès en salle ensuite, puisque la franchise a été déclinée au cinéma à partir de 2011, jusqu'à ce nouveau et sixième volet, Ducobu et le fantôme de Saint-Potache, réalisé pour la troisième fois par Elie Semoun. Les cinq précédents ont oscillé entre 1 million et 1,5 million d'entrées.
L'action est censée se passer à l'époque actuelle (les outils numériques sont de la partie, Ducobu s'en sert pour tricher) alors même que l'imaginaire général est celui de la scolarité des années 1950-
1980, avec une figure d'instituteur autoritaire, Monsieur Latouche, incarné par Elie Semoun.
D'autres films franchisés ont pu honnêtement s'assumer comme des doudous nostalgiques d'un temps passé et domestique à l'instar des deux adaptations de Boule et Bill à l'écran, qui cultivaient un ancrage vintage dans les années 1960-1970. Dans Ducobu, on a bien les bibelots et vêtements de cet ordre. Mais on a aussi le numérique et le scrolling. On n'est nulle part, et d'autant plus que cette sixième variation essaie de trouver du diesel dans le paranormal. Il se trouve que l'instituteur achète avec sa femme un manoir qu'on dit hanté. Il l'est, et justifie de tristes simagrées parodiant Ghostbusters (1984) et L'Exorciste (1973).
Le film parie sur Halloween et atteindra sans doute son petit million d'entrées. Mais ni un adulte ni un enfant ne peuvent sortir heureux de ce genre de pochade.
HERVÉ AUBRON
Film français d'Elie Semoun.
Avec Elie Semoun, Charlie Garnier Naslin, Gérard Jugnot, Frédérique Bel (1 h 30).
Un manga culte inédit sur les écrans français
Le film est le remake d'un long-métrage populaire de la franchise sortie en 1983
DORAEMON ET LE
CHÂTEAU SOUS-MARIN
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Dans la grande galerie des personnages dessinés venus du Japon, Doraemon est l'un des plus importants. Un emblème culturel national au même titre que Mickey aux Etats-Unis. Point de souris mais un chat dodu de couleur bleu vif, sans oreilles car il est un robot venu du futur pour aider Nobita. Ce sont ses descendants qui, devant à la ruine familiale due à des mauvais choix de vie du jeune garçon, ont décidé de missionner un assistant, espérant ainsi infléchir le destin du clan. Un prétexte qui permet donc à Doraemon d'exister dans le monde contemporain et de puiser dans sa poche ventrale quadridimensionnelle pléthore de gadgets.
Créé à la fin des années 1960 pour amuser les enfants, Doraemon se fait l'écho d'un pays qui a vu naître toutes sortes d'inventions censées faciliter la vie quotidienne et s'est érigé en nation de technologie. Dans les aventures de Doraemon, pas de miracle: les avancées techniques ne sauvent pas les humains si ceux-ci ne s'efforcent pas de mieux faire. Derrière le concept qui a bercé dès les années 1970 des générations de Japonais, le mangaka Fujiko F. Fujio (1933-1996), grand maître du manga de gag et jeunesse. Lequel a
« L'Eclipse », de Michelangelo Antonioni, de retour en salle
longtemps officié avec un ami d'enfance, lui-même œuvrant sous le même pseudonyme à une lettre près : Fujiko A. Fujio.
Après « L'Avventura » et « La Notte », ce film de 1962, qui clôt la trilogie existentielle du réalisateur italien, explore la complexité de l'amour
Doraemon et le château sous-marin est le remake d'un long-métrage populaire de la franchise sortie en 1983 dans lequel le chat bleu emmène Nobita et trois camarades faire du camping dans les profondeurs sous-marines.
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Parenthèses éducatives
Tetsuo Yajima, le réalisateur à qui le studio Shin-Ei Animation a confié le film, n'était pas encore né quand le métrage d'origine est sorti. Mais le quadragénaire, transfuge de la franchise Pokémon, a grandi avec Doraemon. Il a choisi un scénario équilibré entre des aventures fantastiques et des parenthèses éducatives. Sur le plan visuel, le film met en scène des personnages au design classique – respect de l'œuvre originale oblige –, sur des décors précis.
Doraemon est aussi une franchise qui n'a pas cessé de se déployer en dehors de son manga d'origine à travers produits dérivés et adaptations. On recense désormais 45 films. Mais Doraemon et le château sous-marin est le premier à s'offrir une sortie dans les salles françaises.
PAULINE CROQUET
Film d'animation japonais de Tetsuo Yajima pour le studio Shin-Ei Animation (1 h 41).
REPRISE
Dans L'Eclipse (1962), chef-d'œuvre de Michelangelo Antonioni (1912-2007) qui revient en salle dans une nouvelle restauration, il faut d'abord faire attention aux machines. D'emblée, une séparation entre amants déconfits est rythmée par le ronron indifférent d'un ventilateur. Plus tard, une minute de silence à la Bourse sera grevée par le concert insistant des sonneries de téléphone. Dans ce grand film sur la reconfiguration des sentiments à l'ère de la rationalité technique, les objets jouent le rôle de témoins stoïques, commentateurs non verbaux du drame qui se joue sous nos yeux.
Après L'Avventura (1960) et La Notte (1961), L'Eclipse venait boucler la trilogie existentielle de Michelangelo Antonioni, qui fit scandale tout en s'inscrivant comme jalon du cinéma moderne. A la faveur de ce triptyque, le cinéaste inventait un drame psychologique sur le versant atonal, en prise directe sur les mutations du miracle économique italien. L'Eclipse marque une étape décisive de cette démarche: il s'agit de son dernier film en noir et blanc. Michelangelo Antonioni basculera, avec Le Désert rouge,
Ils ne partagent
pas la même
ligne de vitesse:
le tradeur
carnassier foncé
tête baissée,
la blonde errante
traîne et sinue
en 1964, vers la couleur et une plus grande abstraction.
Le film tourne autour de Vittoria, une jeune femme des années 1960, jouée par l'égérie et compagne du cinéaste Monica Vitti (1931-2022). Après une « nuit terrible », Vittoria quitte Riccardo (Francisco Rabal), intellectuel déconfit, et retourne vivre dans son appartement. Partie rejoindre sa mère qui boursicote au Temple d'Hadrien – la borsa romaine –, elle fait la rencontre d'un jeune agent de change aux dents longues, Piero (Alain Delon), qui la reconduit dans son Alfa Romeo décapotable.
Ils se retrouvent, se tournent autour, s'étreignent à la discrétion d'un vieil appartement décati. Mais malgré l'attirance physique, manifeste, jamais ils ne parviendront à s'accorder psychiquement. Ils ne partagent pas la même ligne de vitesse: le tradeur carnassier fonce tête baissée, là où la blonde errante traîne et sinue.
L'Eclipse explore ainsi le nouveau régime de sentimentalité qui s'installe entre les êtres dans l'essor urbanistique des années 1960 : attractions de comètes solitaires, sans attache, qui se croisent et se distancient aussitôt. Outre la photographie d'orfèvre de Gianni Di Venanzo (1920-1966), et le magnétisme brûlant de son couple d'acteurs, la beauté du film tient à son laconisme.
Michelangelo Antonioni donne prise sur ses personnages avant tout par contact avec leur environnement: Vittoria, figure flottante et insatisfaite, semble ainsi se remplir de tout ce sur quoi elle laisse traîner son regard. Déambulant entre les blocs du quartier de l'EUR (Esposizione Universale di Roma), à Rome, avant-poste de l'urbanisme conquérant, elle s'assimile aux arêtes de béton, comme à la rumeur des lignes électriques.
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Symphonie urbaine
Dans l'appartement d'une amie revenue du Kenya, elle s'improvise danseuse africaine – non sans une petite gêne rétrospective face à la saturation d'imaginaire colonial qu'exhibe ici Michelangelo Antonioni. Dans ce monde, êtres, images et marchandises deviennent interchangeables. «Il y a des jours où avoir dans les mains un morceau de tissu, une aiguille, un livre ou un homme, c'est la même chose», énonce Vittoria.
L'autre lieu-clé du film, c'est évidemment la Bourse, « ce temple de la dégradation des valeurs » où « une minute coûte des milliards ». Michelangelo Antonioni y observe, non sans effroi, la bousculade effrénée des spéculateurs, toute une humanité possédée, comme suspendue au cours s'affichant sur le grand tableau – telle la mère de Vittoria ravagée par l'appât du gain. L'Eclipse nous parle ainsi d'un monde qui se dilue dans le codage et l'abstraction. Vittoria circule ainsi entre des hommes de symboles : Riccardo, qui collectionne les peintures abstraites, ou Piero, qui jongle avec des chiffres vertigineux, faiseur de fortunes, fauteur de banqueroutes.
Mais l'abstraction est aussi du côté de Michelangelo Antonioni, qui ne prépare rien de moins que l'évaporation des deux amants. Dans un dernier mouvement stupéfiant, le film oublie ses personnages pour basculer dans une pure symphonie urbaine où l'époque prend tout à coup des airs de menace (« Course à l'atome : la paix est fragile », lit-on en gros titres dans les journaux).
Le cinéma moderne était-il critique ou complice de la modernité qu'il reflétait? Avec Michelangelo Antonioni, on serait tenté de répondre : les deux. Les dédales urbains où s'égarent ses héros fournissent aussi les lignes pures et géométriques qui nourrissent la beauté hautement sophistiquée de ses images. Brillant d'un éclat noir, L'Eclipse accomplit esthétiquement cet enjeu moderne : la destitution du personnage, l'évaporation de l'homme.
MATHIEU MACHERET
Film italien et français de Michelangelo Antonioni (1962). Avec Monica Vitti, Alain Delon, Francisco Rabal, Louis Seigner (2 h 06).
Le Monde | Ateliers
Cours du soir
HISTOIRE DE L'ART
Comment regarder un tableau ?
à partir du 7 octobre
Tout un monde dans un tableau
avec Françoise Barbe-Gall,
historienne de l'art et conférencière
des musées nationaux
D'où vient la fascination exercée par un tableau ? De sa beauté plastique ? De sa profondeur spirituelle ? De son caractère énigmatique ? De sa simplicité déconcertante ? Derrière cette apparence, quelle histoire est-elle vraiment en train de se jouer ? Qu'a-t-elle changé dans l'histoire de la peinture ?
A partir du 7 octobre, participez à notre nouveau cycle de cours du soir consacré à ces questions passionnantes, autour de cinq chefs-d'œuvre de la peinture et de leur héritage.
Valentina Maurel se penche sur le fardeau des liens familiaux
Dans son deuxième long-métrage, la réalisatrice dépeint une fresque familiale où les tensions se multiplient insidieusement
TON ANIMAL MATERNEL
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P résenté en mai à Cannes dans la sélection parallèle Un certain regard, Ton animal maternel, deuxième film de la cinéaste costaricaine Valentina Maurel, est reparti avec un Prix d'interprétation féminine décerné à trois de ses actrices principales, à l'image de sa trame autobiographique, qui préfère le chœur au portrait individuel.
Après des études en Belgique, Elsa (Daniela Marin Navarro), 28 ans, retourne au Costa Rica, où, au sein de la bouillonnante capitale, San José, elle retrouve les proches qu'elle y avait laissés: un père à l'ouest, obnubilé par sa nouvelle relation amoureuse avec une femme trop jeune pour lui; une mère écrivaine, qui prépare la réédition d'un recueil de poèmes érotiques datant de sa jeunesse. Et puis une sœur, Amalia (Mariangel Villegas), 20 ans, un peu sur le fil: Elsa s'inquiète de la voir se tourner vers des croyances de plus en plus ésotériques. Habitant seule dans la maison familiale, elle a fini par en ouvrir les portes à une bande de marginaux pas nets et bien plus âgés qu'elle.
Entre tous ces thèmes et ces préoccupations, le scénario de Valentina Maurel ne tranche jamais. Il ne cesse d'ajouter des visages, des personnages annexes – des amants, une vieille nourrice –,
Il s'agit de
déployer, à partir
du personnage
d'Elsa, une
épaisse toile
d'araignée
de liens affectifs
contourne et épaissit largement le programme de son titre, issu d'un poème de la propre mère de la réalisatrice, Ana Istaru, poétesse reconnue en Amérique centrale, qui écrivait : « Tu naîtras, mais pour toujours je suis ton animal maternel. »
Il s'agit moins d'établir un récit strictement monotâche que de déployer à partir d'Elsa une épaisse toile d'araignée (on pense à celle de la sculptrice Louise Bourgeois) de liens affectifs où la protagoniste, tout en vaquant à sa propre vie, se sentirait irrésistiblement concernée par celle des autres, prise dans les gluants filets d'autres existences que la sienne – et épuisée de l'être.
Cette inquiétude, qui est comme un poids que l'on se traîne, est gracieusement prise en charge par son interprète principale, Daniela Marin Navarro, actrice qui traverse les plans sans jamais se départir de ce visage concentré, griffé d'un froncement de sourcils, marque du souci qu'elle se fait pour les siens, du fardeau que c'est de penser à sa famille.
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A bas bruit
Ton animal maternel fonctionne à rebours d'un certain cinéma articulé autour de coups de force : ici, la crise que l'on pressent n'arrive jamais, tout se dit et se filme à bas bruit. Cette sobriété manque parfois de dissoudre le récit dans sa propre délicatesse, mais on sait gré à Valentina Maurel de ne jamais appuyer là où on s'attend à ce qu'elle le fasse : il y a bien la frustration d'une femme qui, après avoir donné ses plus belles années à ses filles, aimerait retrouver un peu d'égoïsme, la marginalité inquiétante de la plus jeune, l'infantilisme du père, mais sans que jamais le scénario ne décide de transformer ces nœuds et ces tensions en abcès qu'il faudrait forcément percer.
C'est sans doute à cet endroit que Ton animal maternel est le plus juste sur ce qu'il dit de la famille, saisie comme une série de comptes à régler et de catastrophes que l'on remettrait sans cesse à plus tard.
MURIELLE JOUDET
Film franco-belgo-costaricien de Valentina Maurel.
Avec Mariangel Villegas, Daniela Marin Navarro, Marina de Tavira (1 h 45).
Pascal Rabaté dans l'Allemagne des années 1930
Avec « L'Enfance des ruines », le bédéaste publie un récit historique qui résonne comme une mise en garde
Pascal Rabaté, chez lui, à Nantes, le 2 septembre. THÉOPHILE TROSSAT POUR « LE MONDE »
BANDE DESSINÉE
T out va magnifiquement bien dans le Berlin des années 1930. La nuit, les gens font la fête et se livrent, pour certains, à la débauche, tous sexes et sexualités confondus. Le jour, les artistes peignent, les enfants visitent le jardin zoologique, les ouvriers livrent leurs vitres... Quelques mutilés de la Grande Guerre font certes la manche pour compléter leur pension de misère, mais ils sont si discrets. Quant aux nazis, qui veut les ignorer les remarque à peine. Comme le dit le personnage de Folker Kuntz, publicitaire de son état : « La vie est belle, à condition de ne retenir que le positif, et aussi de ne pas regarder en arrière. »
Cette curieuse joie de vivre imprègne L'Enfance des ruines, le dernier album de Pascal Rabaté, sorti le 23 septembre (Rue de Sèvres, 176 pages, 27 euros). Sur la couverture, des jeunes dansent, hilares, sans prêter attention au sol, déchiré par un précipice. «Je n'ai pas essayé de rendre digeste l'indigeste, explique l'auteur, lorsqu'on le rencontre à Paris, fin août. J'ai avant tout voulu me mettre dans la tête des gens qui vivaient cette époque, sans savoir ce qui allait se passer. Les femmes allemandes votaient, l'homosexualité était quelque chose de parfaitement intégré à Berlin... On était sur une société proche de la nôtre. Et puis, tout s'est écroulé. »
Folker, bien décidé à profiter pleinement de ce vent de liberté et de l'argent qui coule à flots, aurait sans doute pu remarquer les croix gammées qui fleurissent alors sur les murs, vite recouvertes d'affiches publicitaires. Mais son attention est accaparée par sa campagne pour un cigarettier, et pas question de se frotter à la politique. « Certains, comme lui, font de la réclame, alors que la société brûle, constate Pascal Rabaté. C'est un mercenaire de la création, il vend du vent et son insouciance est un peu étrange. Comme nous connaissons l'issue, nous avons envie de les secouer, lui et les autres personnages. »
Cette légèreté qui précède et accompagne les fracas de l'histoire imprègne nombre de ses albums.
La description de l'Allemagne nazie repose d'abord sur un savant jeu de perspectives
Ses deux récits sur la débâche de 1940, parus chez Futuropolis (L'Exode, 1989, La Déconfiture, 2016-2018), mélangent allègrement le comique et le tragique. Dans Ibicus (Vents d'ouest, 1998-2001) – adaptation d'un roman d'Alexis Tolstoï –, qui a reçu l'Alph'Art du meilleur album à Angoulême en 2000 pour son tome 2 –, un petit personnage insignifiant cherche à tirer parti de la révolution russe pour s'enrichir. Même Vive la marée! (Futuropolis, 2015), réalisé avec David Prudhomme, met en scène une parenthèse théâtrale avant le mini-cataclysme que représente, pour tout un chacun, la rentrée scolaire.
Ici, Pascal Rabaté a trouvé son fil rouge en lisant Vers l'abîme, d'Erich Kästner, publié en 1931.
« C'est le portrait d'un individu dans une société qui cherche ses marques et qui est coupée en trois, entre les nazis, les communistes et les sociaux-démocrates, explique-t-il. Il y avait ceux qui avaient de l'argent, ceux qui n'en avaient pas, des classes moyennes, des institutions. Et il y en a qui ont fait la fête jusqu'au dernier jour. »
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«Raconter notre époque»
Si le bédéaste se garde bien de tout parallèle trop appuyé, il sera difficile pour le lecteur de ne pas trouver d'écho avec le contexte actuel, à neuf mois d'une élection présidentielle dans laquelle l'extrême droite est en position de force. « Quand j'ai écrit ce récit, je me suis rappelé des réactions quand [Jean-Marie] Le Pen, pour la première fois, s'est qualifié au second tour, retrace-t-il. Personne ne l'avait vu arriver, et, aujourd'hui, l'extrême droite fait partie du paysage. Je pense que mon rôle de narrateur, d'auteur, est de raconter notre époque. » Celle-ci lui évoque d'ailleurs La Déconfiture. « Ce livre aurait pu sortir maintenant, parce qu'on risque de se retrouver les bras ballants dans quelques mois, poursuit-il. Notre vision de la défaite, aujourd'hui, est celle de soldats fuyant la ligne de front. Mais c'est une lecture fausse. En 1940, c'est la hiérarchie qui a été complètement dépassée, comme en parle très bien [l'historien et résistant] Marc Bloch. »
L'Enfance des ruines résonne parfois comme une mise en garde: que les protagonistes se tiennent ou non à l'écart de la politique, tous finissent par être rattrapés par elle. Lorsqu'il dialogue avec son ami, dont il a découvert qu'il était nazi, Folker est d'ailleurs curieusement silencieux et le laisse dérouler ses inepties, n'apportant quasi aucune contradiction. Pascal Rabaté avait d'abord imaginé un débat à bâtons rompus, avant d'y renoncer, trouvant l'exercice bavard et vain: « Je me suis déjà retrouvé dans ce cas de figure, avec un ami qui était passé à la droite de la droite, raconte-t-il. Je n'ai pas cherché à discuter, c'était trop tard. J'ai préféré couper les ponts. La merde, ça s'essuie, ça ne se corrige pas. »
Dans l'album, la description de cette Allemagne des années 1930 repose d'abord sur un savant jeu de perspectives. Lorsque les nazis se livrent à une abominable beuverie, l'œil est attiré derrière la vitrine du bar: les passants regardent, sidérés, leur avenir politique s'écrire dans une orgie de bière et de schnaps. L'auteur, qui a porté à l'écran, en 2010, son album Les Petits Ruisseaux (Futuropolis, 2006), ne cesse d'ailleurs de jouer avec les cadrages et pense ses scènes comme des séquences de cinéma. « Si mon personnage, sur une case, est sur le pied gauche, il s'appuiera sur le pied droit dans la suivante, même si je change d'axe », détaille-t-il. Et quand deux ouvriers transportent une vitre de biais, celle-ci est parfaitement alignée à la case, quitte à faire subir une rotation au reste de la scène, vue par transparence.
« Une civilisation qui disparaît, ce n'est pas un bâtiment qui s'écroule, c'est un bâtiment que l'on vide, des fenêtres et des portes que l'on condamne », écrit un des rares protagonistes lucides du livre. La prise de conscience, pour Folker, a des allures de chute au cours de laquelle on aperçoit, derrière les fenêtres ouvertes, un prêtre, un nazi, une danseuse ou un couple faisant l'amour. Les personnages ressemblent, pour certains, à ceux du peintre George Grosz (1893-1959), une référence assumée par l'auteur, qui se dit également troublé par les œuvres d'Otto Dix (1891-1969) et du peintre allemand Christian Schad (1894-1982). « Les peintres de cette époque-là faisaient de la peinture de dénonciation, un constat d'échec en montrant la rue, la misère, rappelle-t-il. C'est une peinture qui nous met le nez dans la merde. »
Il a construit sa palette graphique en s'inspirant des publications allemandes d'entre-deux-guerres. «La revue Simplicissimus, par exemple, qui était un hebdomadaire satirique avant d'être mis sous la coupe des nazis, choisisait, en plus du noir, deux couleurs pour chaque numéro, puis changeait la semaine suivante», illustre-t-il. Dans L'Enfance des ruines, le récit serpente entre ainsi le vert, l'orange et le bleu. «Là, il y a trois couleurs, semble-t-il regretter en feuilletant l'album. J'ai cédé à la facilité. »
Pascal Rabaté s'offre aussi le luxe de s'amuser, en faisant, par exemple, disparaître, par la magie des alignements, un personnage derrière une tranche de jambon. « Ces cases, un peu stupides, permettent aussi de raconter une certaine insouciance... », glisse-t-il. Chez lui, rien n'est gratuit ou inutile, et même les livreurs de vitres rencontrés au détour d'une page racontent, à leur manière, une histoire. Ainsi, lorsque le héros se contemple dans la devanture brisée d'un magasin juif, son image est en miettes. Mais pour qui choisit de voir dans cet album un miroir de notre société, le reflet est, lui, particulièrement net.
ADRIEN LE GAL
L'Enfance des ruines, de Pascal Rabaté, Rue de Sèvres, 176 p., 27 €.
MOTS CROISÉS
GRILLE N° 26 - 231
PAR PHILIPPE DUPUIS
Retrouvez l'ensemble de nos grilles sur jeux.lemonde.fr | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | I | II | [IMAGE] | III | [IMAGE] | IV | [IMAGE] | V | [IMAGE] | [IMAGE] | [IMAGE] | VI | [IMAGE] | [IMAGE] | VII | [IMAGE] | [IMAGE] | VIII | [IMAGE] | IX | [IMAGE] | X | SOLUTION DE LA GRILLE N° 26 - 230
HORIZONTALEMENT I. Stupéfaction. II. Palinodie. SA. III. Orme. Sites. IV. Laïcisée. Ecu. V. Semeurs. Rr. VI. Art. Is. Aimai. VII. Tuent. Titans. VIII. Es. Pause. Lit. IX. USA. Inanimée. X. Réinsertions.
VERTICALEMENT 1. Spoliateur. 2. Tara. Russe. 3. Ulmiste. Aï. 4. Pièce. Np. 5. En. Imitais. 6. Fosses. Une. 7. Adieu. Tsar. 8. Citeraient. 9. Tee. Sit. II. 10. Se. Malmö. 11. Os. Crânien. 12. Naturistes.
GRILLE DÉJÀ PARUE LE 21/11/2015
HORIZONTALEMENT
I. C'est quand elle est fidèle qu'elle peut nous tromper. II. Trempé pour résister. Tente de ridiculiser. III. Pas bien agréable en bouche. Chez les Grecs. IV. A fait crever les yeux à son fils Constantin. Condamne à s'éloigner. V. Sur l'estrade. Son trou n'empêche pas sa protection. Spectacle asiatique. VI. Réfractaire au labo. Possessif. Quelle pêche elle a eu en sortant de scène. VII. Laisse de côté. Pour les amateurs de bains à bulles. Cour alsacien. VIII. Article. Tirai parti. IX. Classa définitivement l'affaire. Cries comme un cerf. X. Fait du surplace.
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VERTICALEMENT
1. Arranges plus ou moins bien.
2. Bonne distance à respecter. 3. N'arrivera peut-être jamais. Prépara son départ. 4. Jouent parfois de mauvais tours. Fait la liaison. 5. Mises en beauté. Canton suisse. 6. L'ainé est à la retraite, le petit frère au pouvoir.
7. Petit vautour. Infection chronique.
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AU CARNET DU «MONDE»
Mme Caroline Ageorges, son épouse.
Donatien, Constantin, Hortense,
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Les familles Oliveri et Marchand,
ont la douleur de faire part du décès de
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survenu le 26 septembre 2026, dans sa soixante-septième année, à Asnières-sur-Seine.
La cérémonie religieuse aura lieu le vendredi 9 octobre, à 10 h 30, en l'église Saint-Maurice-de-Bécon, à Courbevoie.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Anne Bablet-Poëte,
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Ses petits-enfants et tous leurs proches,
ont la tristesse de faire part du décès de
Marie-Louise BABLET,
née HAHN,
dite « Misolette »,
survenu le 22 septembre 2026.
Ses obsèques ont eu lieu le vendredi 2 octobre.
Ceux qui pensent à elle peuvent faire des dons à Amnesty International.
survenu le 29 septembre 2026, à Paris, à l'âge de quatre-vingt-sept ans.
La cérémonie d'hommage aura lieu le jeudi 8 octobre, à 16 h 30, au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, Paris 20 $^{e}$ .
ont la tristesse d'annoncer le décès de
survenu le 28 septembre 2026, à l'âge de quatre-vingt-onze ans.
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ont la profonde tristesse d'annoncer le décès de
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Maurice DUMAS, dit Antoine DULAURE, journaliste,
Marie-Claire Gibert,
née Blondelle,
son épouse,
Ses enfants
Et ses petits-enfants,
Sa famille
Et ses amis,
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Alain GIBERT,
Ses obsèques ont eu lieu le 5 octobre, au Crématorium des Îles, à Annecy.
Fidèle lecteur du Monde, passé de la Beauce à l'Algérie puis ingénieur à l'usine SNR d'Annecy, il a toujours vécu au plus proche de ses convictions.
Nicolas et Edith Loire,
Cathy Loire Korios et Pascal Korios,
Stéphane Loire et Judith Kagan,
Marianne Loire et Alain Russ,
les enfants.
ont la tristesse de faire part du décès de
Renate Nicolaï Dumas,
son ex-épouse,
Judith Brouste,
Pierre Brullé,
David De Almeida,
Mathilde, Simon, Agnès, Liana, Guillemette et Astrid, ses petits-enfants,
survenu le 29 septembre 2026, à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans.
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Françoise LOIRE, née CHOQUET,
La cérémonie religieuse a été célébrée ce mardi 6 octobre, à 10 h 30, en l'église Saint-Pierre-de-Montrouge, 82, avenue du Général Leclerc, Paris 14 $^{e}$ .
Ils rappellent le souvenir de son époux
---
ont l'immense tristesse de faire part du décès de
archiviste-paléographe,
membre de l'École française
d'Extrême-Orient,
directrice d'études dans la section
des Sciences historiques
et philologiques de l'École pratique
des hautes études en histoire
et philologie de l'Inde Occidentale
au Moyen Âge,
Camille, Alex, Rémi, Clara, Esther, Art et William
survenu le 30 septembre 2026, à Anduze, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
La cérémonie s'est déroulée ce 6 octobre, à 14 h 30, en l'église Saint-Étienne d'Anduze, suivie de l'inhumation au cimetière d'Anduze et d'une réception aux Montèzes.
---
Mme Françoise MALLISON, née le 14 novembre 1940,
Stéphanie et Jean-Michel Courant, Floris Paviot,
Luc et Michèle Paviot, Catherine et Jérôme Vernier,
Wolfram Mallison,
EHPAD Labahou,
350, chemin du Château,
30140 Anduze.
mallisonwolfram@gmail.com
Françoise Paviot,
Jérôme et Maya Leplus, Stéphanie et Mathieu Dauphin,
son arrière-petite-fille,
Thibaud, Niña, Iwann, Maya et Pauline,
le 29 septembre 2026, en sa quatre-vingt-cinquième année.
ont l'immense tristesse de faire part du rappel à Dieu de leur époux, père, frère, grand-père et beau-père,
Thérèse-Charlotte, Augustin et Sylvie, Nicolas et Rashmi, Elise-Rachel et Luc,
Evy Rivals,
La cérémonie religieuse sera célébrée le jeudi 8 octobre, à 10 h 30, en l'église Saint-Eustache, Paris 1 $^{er}$ , suivie de l'inhumation, au cimetière du Père-Lachaise, Paris 20 $^{e}$ .
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Alain PAVIOT,
Lyon. Paris. Pune, Maharashtra (Inde). Les Montèzes-Monoblet.
Olivier, Marie-Pascale, Dimitri et Alexis,
ont la tristesse de faire part du décès de
---
Jean-Louis PEAUCELLE, professeur des Universités,
La cérémonie religieuse sera célébrée le 9 octobre, à 10 heures, au centre funéraire de Primat.
M. Wolfram Mallison, son époux,
ses enfants et leurs conjoints,
Ni fleurs ni couronnes. Des dons peuvent être faits à l'Œuvre d'Orient qu'il soutenait.
survenu à Saint-Denis de La Réunion, le 1 $^{er}$ octobre 2026, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.
Mme France Soubeyran, son épouse,
Mmes Caroline, Amelia, Laurence Ramadier,
Et ses petits-enfants,
M. et M $^{me}$ Jacques et Michelle Ramadier,
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famille.jlp@peaucelle.com
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René LOIRE (1923 - 2011).
et leurs petits-enfants,
Mme Francoise Ramadier, son frère et sa belle-sœur,
leurs enfants
et ses petits-enfants, $M^{me}$ Pamina Koenig,
sa belle-fille
et ses enfants, Gaspard et Marilou,
---
ont la tristesse de faire part du décès de
---
survenu le 30 septembre 2026.
M. Louis CAMERLO,
dit Louis ERLO,
metteur en scène,
ancien directeur
de l'Opéra de Lyon
et du Festival international
d'art lyrique d'Aix-en-Provence,
Une cérémonie aura lieu le 9 octobre, à 14 heures, au crématorium d'Evere (Belgique), 35, avenue Jules-Bordet.
Vous pouvez exprimer votre soutien à la recherche médicale en effectuant un don en ligne à la Fondation Charcot (IBAN BE 43 0001 6000 1601 BIC GEBABEBB) avec la mention « Avec le soutien de Paul Ramadier ».
---
Paul RAMADIER,
« On ne meurt pas toujours les armes à la main.
Il y a l'histoire et il y a autre chose le simple bonheur, la passion des êtres, la beauté naturelle. » Albert Camus, Actuelles, 1948.
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Poitiers. Paris. Angoulême.
ont la tristesse de faire part du décès de
Elisabeth,
Isabelle, Gaëlle et Anne, ses filles,
Christophe et Wilfried,
ses gendres,
Juliette, Colin, Maël, Clément, Nils,
Gabrielle, Eléonore et Baptiste,
ses petits-enfants
Et toute la famille,
survenu le 2 octobre 2026, à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans.
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ont la douleur de faire part du décès de
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Patrick BARRILLON,
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Gildas SIMON,
Nicole Barrillon, née Niedlispacher, son épouse,
professeur des Universités, fondateur du laboratoire Migrinter (CNRS) et de la Revue Européenne des Migrations Internationales,
La cérémonie religieuse a été célébrée ce mardi 6 octobre, à 16 heures, en l'église Santa Maria d'Olmeto.
survenu le 30 septembre 2026, à Poitiers.
La cérémonie religieuse a eu lieu ce 6 octobre, à 14 h 30, en l'église Notre-Dame de l'Annonciation, à Buxerolles (Vienne).
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42, allée du Parc, 86000 Poitiers.
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Les familles Soubeyrand, Rafowicz Et M $^{me}$ Marcillaud, sa sœur,
Le Monde ont la tristesse de faire part du décès de
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Mme Paulette SOUBEYRAND, née MORILLON.
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Olmeto. Écully.
Un hommage lui sera rendu le mercredi 7 octobre 2026, à 10 h 30, en la salle de La Coupole du crématorium du cimetière du Père-Lachaise, Paris 20°, suivi de l'inhumation dans le caveau familial.
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Ni fleurs ni couronnes.
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ont la douleur de faire part du décès de
Janine Camerlo,
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Rodolphe Camerlo,
son fils,
Guillaume et Grégory,
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Sa famille,
Ses amis
Et ses compagnons de l'art lyrique, sés petits enfants,
Florence Barrillon,
survenu le 3 octobre 2026, à Perpignan.
Fabrice et Sylvie Mace,
Lisadie et Paul Fournier,
Ludovic et Mouna Mace,
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En union avec Adeline et Catherine, ses enfants,
La crémation aura lieu dans la plus stricte intimité.
Ce pionnier de la Caisse Centrale de la France d'Outre-Mer, des Instituts d'émission et de l'Agence française de développement, militant passionné de la vie associative et ardent défenseur de la forêt méditerranéenne, rejoindra
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Chantal,
sa femme pendant soixante-sept ans, qui l'a précédé le 29 août 2020 et repose depuis au cimetière de Saint-Pierre de Varennes.
ont l'immense chagrin de faire part du retour le 2 octobre 2026, à la maison du Père, de
Ses petits-enfants,
Ses arrière-petits-enfants,
Une cérémonie religieuse sera célébrée en leur mémoire, le jeudi 8 octobre, à 14 h 30, en l'église de Saint-Pierre de Varennes (Saône-et-Loire).
Yves MACE,
officier
de l'ordre national du Mérite
chevalier
de l'ordre du Mérite agricole.
Il avait eu cent ans le 4 juin.
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Alain Dieckhoff La guerre a permis de donner un nouveau coup de canif dans l'Etat de droit en Israël
Le chercheur tire le bilan, à l'international et en interne, des opérations guerrières lancées par le gouvernement israélien. Pour lui, le pays est face au risque d'une « délibéralisation » accélérée, notamment si Benyamin Nétanyahou reste au pouvoir après les élections législatives du 27 octobre
T rois ans après l'attaque terroriste du 7-Octobre et le déclenchement d'une confrontation armée menée par Israël sur « sept fronts » – Gaza, Cisjordanie, Liban, Syrie, Irak, Iran, Yémen –, comme Benyamin Nétanyahou se plaît à le souligner, il est possible de tirer des bilans sur différents plans.
L'un est géopolitique: avec l'élimination des plus hauts responsables du Hamas, du Hezbollah et de la République islamique d'Iran, Israël a modifié la situation régionale, mais ces succès tactiques n'ont pas procuré de gain stratégique décisif puisque tous ces acteurs demeurent, bien que diminués, bel et bien présents. Un autre bilan, international, porte sur la situation d'Israël dans le monde. Il est cette fois clairement défavorable à Israël: bien qu'aucun pays arabe impliqué dans les accords d'Abraham n'ait rompu ses relations avec l'Etat hébreu – le Maroc et Israël ont même élevé leurs relations au niveau des ambassadeurs en septembre –, celles avec les grands pays d'Europe occidentale se sont nettement tendues, sans même parler de l'évolution de l'opinion publique mondiale en faveur de la cause palestinienne. Israël est fortement isolé sur la scène internationale, et ce n'est pas l'ouverture [en septembre] de l'ambassade de la République de Nauru à Jérusalem qui y change grand-chose. Reste le bilan interne, que l'on pourrait formuler ainsi : qu'a fait la guerre à Israël?
Avant la guerre, il y a eu, bien sûr, le traumatisme originel du 7-Octobre, le massacre de 1221 personnes et la prise en otage de 251 autres, qui ont suscité initialement une unité patriotique forte ainsi que la conviction – fausse – qu'il était légitime de recourir à un usage maximal de la force contre les Gazaouis, tenus pour être tous plus ou moins complices du Hamas.
La violence à grande échelle a été à la fois légitimée et banalisée: d'après les données de l'armée elle-même, 83 % des victimes à Gaza étaient des civils – soit 43900 sur un total de 53000 tués en mai 2025. Le premier ministre n'a pas craint de proclamer qu'Israël devait se transformer en «super Sparte», c'est-à-dire en un Etat à la fois plus autarcique économiquement et militarisé. Comme la cité grecque le fit dans l'Antiquité, Israël devrait donc recourir sans état d'âme à la manière forte et dominer militairement son environnement. Ce modèle guerrier peu séduisant en lui-même n'est pas non plus soutenable sur le long terme.
L'armée israélienne est en effet une armée de conscription qui ne peut fonctionner sans réservistes. Ces derniers ont été sollicités comme jamais, certains ayant passé deux tiers de l'année sous les drapeaux au plus fort de la guerre à Gaza. Un pareil effort ne peut perdurer, et, selon le lieutenant-colonel Effie Defrin, porte-parole de l'armée, il manquait 15 000 soldats au printemps pour permettre à cette dernière de mener toutes ses missions. D'où le retour d'une Arlé-sienne : la conscription des jeunes ultra-orthodoxes, réclamée par beaucoup, mais contre laquelle leurs rabbins sont vent debout. Ironiquement, leur non-conscription rend la guerre plus difficile.
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Caractère ethnocratique
Le climat de violence ne pouvait épargner la Cisjordanie. D'un côté, les opérations militaires de l'armée s'y sont intensifiées, conduisant ainsi à une intervention massive, début 2025, dans trois camps palestiniens du nord de la Cisjor-
LA VIOLENCE À
GRANDE ÉCHELLE A ÉTÉ
À LA FOIS LÉGITIMÉE
ET BANALISÉE:
D'APRÈS LES DONNÉES
DE L'ARMÉE, 83%
DES VICTIMES À GAZA
ÉTAIENT DES CIVILS
danie qui ont été vidés de 90 % de leur population, soit 33 000 personnes. D'un autre côté, les colons, encouragés par les ministres d'extrême droite, Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, se sont sentis de plus en plus libres de s'en prendre frontalement aux Palestiniens. L'Organisation des nations unies [ONU] a relevé plus de 260 attaques pour le simple mois d'octobre 2025. Cette violence exponentielle doit se comprendre comme structurellement liée à l'accélération implacable de la colonisation. En 2025, l'Etat a approuvé la construction de près de 28 000 logements et lancé des appels d'offres pour 9 600 habitations. Il a par ailleurs décidé de créer 54 nouvelles colonies. Il s'agit de records historiques qui témoignent d'un engagement sans faille du gouvernement pour consolider l'annexion de facto d'une Cisjordanie dans laquelle les colons bénéficient d'une très large liberté de manœuvre – y compris pour commettre des actes illégaux – tandis que les Palestiniens sont privés des droits les plus élémentaires.
La guerre aura aussi permis de donner un coup de canif supplémentaire dans l'Etat de droit en Israël. Ce travail de sape n'est pas neuf, une série de lois ayant été adoptées ou discutées, depuis une dizaine d'années, pour restreindre la liberté d'expression, l'égalité des droits entre Juifs et Arabes et l'indépendance de la Cour suprême. Mais en mars, un nouveau palier a été franchi avec l'adoption de la loi sur la peine de mort pour les terroristes. Outre qu'elle constitue une régression dans la politique pénale d'Israël, où la peine capitale avait été abolie en 1954 pour les « crimes ordinaires », cette loi est surtout profondément discriminatoire puisqu'elle ne vise de fait que les seuls Arabes palestiniens.
Comme tout Etat confronté au terrorisme, Israël a le droit de se défendre, mais il est de son devoir de le faire dans un cadre juridique équitable. Or, cette loi, en rupture avec le principe fondamental d'égalité, renforce irrémédiablement le caractère ethnocratique d'Israël. Son adoption accentue l'érosion démocratique du pays, qui n'est désormais plus considéré, dans ses frontières de 1967, comme une démocratie libérale, mais comme une démocratie électorale, procédurale – d'après une enquête menée par l'institut V-Dem en 2024.
Qu'attendre des élections du 27 octobre? Si elles aboutissent à une défaite, même relative, de Nétanyahou, elles permettront un sursaut et un retour à une pratique de la politique plus « normale », moins extrême. A l'inverse, si Nétanyahou reste en selle, la pression de l'extrême droite s'accentuera, et avec elle la « délibéralisation » accélérée du pays. Sortir de l'ère Nétanyahou est donc un impératif, mais cela ne suffira pas. C'est à un retour sur soi qu'il faudra procéder pour déterminer les responsabilités politiques dans l'impréparation d'avant le 7-Octobre; c'est aussi un débat éthique sur les nécessaires limites de la force qu'il faudra ouvrir. Sans cela, un changement de majorité politique ne changera, hélas, pas grand-chose.
Alain Dieckhoff est sociologue, directeur de recherche au CNRS et au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris. Il a signé notamment Israël-Palestine: une guerre sans fin ? (Dunod, 2024).
Eric Bergkraut La journaliste Anna Politkovskaïa considérait qu'une société qui accepte le mensonge finit par accepter la violence
Il y a vingt ans, la journaliste russe était assassinée, à l'instigation des services secrets de son pays. Le documentariste, qui l'a bien connue, rappelle son combat pour la vérité et contre la propagande du Kremlin, un engagement plus nécessaire que jamais alors que Vladimir Poutine continue de tuer
Le 7 octobre, Vladimir Poutine fête son 74 $^{e}$ anniversaire. Ce même jour marque les 20 ans de l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa [1958-2006], exécutée dans l'entrée de son immeuble, à Moscou. Le tueur l'y attendait; ses complices avaient suivi Anna toute la journée et l'avaient tenu informé de ses déplacements...
ELLE A EU RAISON, MÊME LÀ OÙ ELLE AURAIT PRÉFÉRÉ SE TROMPER, ET AVAIT PRÉDIT DÈS 2004 QUE LA RUSSIE MÈNERAIT UNE GUERRE CONTRE L'UKRAINE
Pour Anna Politkovskaïa, une société qui accepte le mensonge finit par accepter aussi la violence. Ses reportages écrits en Tchétchénie pendant et après la guerre dénonçaient les mensonges propagandistes effarants des forces d'occupation russes. Et le recours effréné à la violence physique dans un espace pratiquement dépourvu de droits. Elle savait à quel point elle prenait des risques, mais aussi à quel point c'était inacceptable.
Je me souviens comment, à la rédaction moscovite de la Novaïa Gazeta, elle attendait de savoir si le rédacteur en chef, Dmitri Mouratov, allait valider son dernier article, si elle n'était pas allée trop loin pour un journal qui, dès 2004, vivait dans la crainte permanente d'être fermé par les autorités. Telle était la situation, et pourtant, on avait l'impression que tout n'était pas encore perdu. Qui aurait pu imaginer que, vingt ans plus tard, Vladimir Poutine serait toujours au pouvoir et mènerait une guerre qui coûterait la vie à des millions de personnes?
J'ai fait la connaissance d'Anna après la fin de la seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000), le premier conflit lancé par Poutine. Elle se rendait sans cesse dans le Caucase, parlant de «voyages de service»: cette guerre était à ses yeux une catastrophe pour toute la Russie. Elle estimait qu'elle s'est infiltrée dans les pores de chacun : ceux qui ne se pliaient pas aux règles étaient réduits au silence.
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Des femmes de terrain
Mon film Coca, la colombe de Tchétchénie (2005) montrait comment des femmes tchétchènes, munies d'un appareil photo et d'un bloc-notes, documentaient les atrocités commises par l'armée russe. Elles ont œuvré, en vain, pour que la Cour internationale de justice de l'ONU condamne les coupables sur la base de leurs recherches minutieuses.
Lorsque je la croisais à cette époque, Anna était souvent accompagnée d'une amie tchètchène, Zainap Gashaeva, protagoniste de mon film, née au Kazakhstan, où Staline avait déporté les Tchètchènes. Elles étaient toutes deux des femmes de terrain. Au cours de ces années-là, des milliers de personnes ont disparu sans laisser de traces, pour ne plus jamais réapparaître. Les femmes que j'ai filmées m'ont montré des classeurs entiers, remplis de photos de ces personnes. Anna essayait de retracer leur parcours et de retrouver les responsables. Elle reconnais-sait que la guerre l'avait changée, qu'elle s'était endurcie, elle était plus déterminée que jamais.
Après l'assassinat d'Anna Politkovskaïa, Vladimir Poutine a déclaré ne pas en être responsable et que sa mort lui faisait plus de tort que tous les articles qu'elle avait écrits contre lui... La vérité, c'est que Poutine ne pense qu'à se maintenir au pouvoir. Pour cela, il a besoin de la guerre. L'individu, homme comme femme, est quantité négligeable. La Tchétchénie a été son premier terrain d'entraînement. Le père et le fils Kadyrov, qui règnent sur la région depuis des décennies, sont ses serviteurs, même si aujourd'hui il dépend du fils, Ramzan, qui dirige toujours cette république, pour contenir les velléités indépendantistes.
Je les ai rencontrés tous les deux. Le père, Akhmad [1951-2004], avait accompagné en 2003 une délégation russe à Genève pour une réunion de la Commission des droits de l'homme des Nations unies, dans l'espoir de gagner en respectabilité. Peu de temps après, il a été tué dans un attentat. Un an plus tard, le fils, Ramzan, m'a accueilli en riant dans une ville sportive fantôme. Son attaché de presse m'a raconté qu'il avait fait visiter la Tchétchénie à Politkovskaïa et qu'elle avait été impressionnée par la reconstruction du pays. Le soir, j'ai appelé Anna depuis la base militaire; elle était abasourdie par ce récit. Rien de tout cela n'était vrai.
Les puissants peuvent tout contrôler, sauf la conscience humaine, croyait Anna. Elle a vécu, puis décrit, comment la dictature ronge une société. Vladimir Poutine commet des crimes de guerre depuis plus d'un quart de siècle. Les films, les livres et les articles sur le sujet n'ont jamais manqué. Toutefois, au début des années 2000, cela n'intéressait pas les dirigeants des démocraties d'Europe occidentale. Le chancelier allemand, Gerhard Schröder, fraternisait avec Poutine, le gazoduc Nord Stream entre la Russie et l'Allemagne a vu le jour, le président Jacques Chirac a décerné à Poutine la Légion d'honneur. Schröder et Chirac invoquaient de prétendus intérêts nationaux, le démantèlement de la démocratie ne les intéressait pas, sans parler des violations des droits humains. Grave erreur: il existe un lien direct entre la complaisance de l'époque envers l'autocrate et les champs de bataille actuels.
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Un doux parfum de liberté
Politkovskaïa a eu raison même là où elle aurait préféré se tromper : elle avait prédit dès 2004 que la Russie mènerait une guerre d'agression contre l'Ukraine. C'était l'année où s'échappait pour la première fois de Maïdan, à Kiev, un doux parfum de liberté, odeur toxique pour tout dictateur. Mais que dirait cette humaniste de la nouvelle course aux armements, menée de toutes parts ? Aurait-on pu l'éviter si on l'avait écoutée? Anna Politkovskaïa a toujours été allergique aux discours creux. Vingt ans après son assassinat, le meilleur hommage qu'on pourrait lui rendre serait de venir en aide aux personnes qui souffrent de cette nouvelle guerre. On pourrait aussi amener l'autocrate russe, qui rêve de vivre et de régner éternellement, à se rendre compte que son règne touche à sa fin. Les dirigeants européens actuels ont l'occasion de montrer qu'ils sont plus avisés que leurs prédécesseurs. Célébrer un premier anniversaire de Vladimir Poutine derrière les barreaux, ça serait quand même quelque chose.
«Le Monde», le Festival international de journalisme, le Théâtre de la Ville et Reporters sans frontières organisent une soirée d'hommage à Anna Politkovskaïa le 20 octobre à 20 heures au Théâtre des Abbesses, à Paris.
Eric Bergkraut est l'auteur de documentaires sur la Russie, dont « Coca, la colombe de Tchétchénie » (2005) et « Lettre à Anna » (2009).
Catherine Sabbah Le logement n'apparaît jamais très haut dans les programmes électoraux
La déléguée générale du laboratoire d'idées Idheal dénonce la quasi-absence dans les débats de la question du logement, alors que ce sujet témoigne « du type de société défendue ou critiquée : plus égalitaire ou excluante »
H abiter quelque part est la condition première d'une vie digne, de la possibilité de se construire, de se soigner, de faire famille, d'éduquer ses enfants, de trouver un emploi... Exister socialement, c'est d'abord avoir un toit. De plus en plus coûteux tant les loyers, mensualités, charges, viennent rogner le pouvoir d'achat des habitants, et surtout des locataires, les forçant à de douloureux arbitrages.
Partout sur le territoire, chez les jeunes mais pas seulement, au sein de classes sociales jusqu'alors épargnées par ces considérations, l'angoisse de l'avenir ou la peur du déclassement attisent un ressentiment qui ne se manifeste pas encore dans la rue mais irrigue toutes les conversations.
Chacun connaît quelqu'un à héberger, un étudiant qui galère, reste ou retourne chez ses parents, des amis qui passent trois à quatre heures par jour dans les transports... Cette colère fut, avec la taxe carbone, l'un des carburants du mouvement des «gilets jaunes». Pris individuellement, le logement rend les vies difficiles. Pris collectivement, il fabrique des inégalités générationnelles, territoriales, genrées, dont il est aussi le reflet.
Quel beau sujet de campagne! Voilà une porte d'entrée qui ouvre sur toutes les autres et un boulevard pour parler aux gens de leur vie quotidienne. Las, il n'apparaît jamais très haut dans les programmes électoraux, et plus rarement encore dans les débats télévisés pour les présidentielles. Il a pourtant fait gagner des villes, comme récemment New York ou Berlin, tant il est essentiel. Parlons niveau de vie : le logement, dont les prix ont plus que doublé en vingt-cinq ans, n'est souvent plus accessible même avec des salaires moyens, les revenus n'ayant, eux, augmenté que de 35 % sur la même période. Parlons climat : la canicule de cet été nous a montré qu'avoir chaud chez soi pouvait tuer. Sans aller jusqu'à ces extrémités, il est désormais démontré que la productivité des entreprises dépend de l'adaptation du parc résidentiel, car personne ne peut bien travailler s'il est fatigué ou en manque de sommeil.
Il faudra à l'avenir tenir compte de phénomènes encore peu anticipés : le recul du trait de côte, les sols argileux, des catastrophes naturelles de plus en plus violentes et fréquentes comme les pluies, le vent, le feu vont rendre des territoires inhabitables et donc inassurables. Parlons patrimoine: cette nouvelle géographie aura pour conséquence une baisse de la valeur des propriétés situées dans ces endroits, voire leur disparition, submergées ou parties en fumée.
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Choix contraints
Parlons emploi et mobilité: les chefs d'entreprise témoignent de leurs difficultés à recruter, et certains investissent pour loger eux-mêmes leurs salariés. Parlons justice sociale : l'impossibilité d'accéder à la propriété sans transmission familiale crée une société « héritocratique ». La part du patrimoine issu de transferts familiaux est déjà passée de 35 % en 1970 à 60 % en 2025, faisant chuter le taux de propriétaires de moins de 30 ans de 34 % en 1973 à 16 % en 2013, moins encore aujourd'hui. Parlons finances publiques : le logement coûte autour de 40 milliards d'euros par an, mais en rapporte au moins 60 milliards de plus. A condition que l'activité soit soutenue pour que les emplois soient occupés et les taxes perçues.
TROP TECHNIQUE,
TROP COMPLEXE.
C'EST DERRIÈRE
CETTE EXCUSE QUE
LES RESPONSABLES
POLITIQUES
SE RÉFUGIENT POUR NE
PAS ABORDER LE SUJET
Parlons démocratie, enfin : qui peut encore librement élire domicile, c'est-à-dire choisir son lieu et son mode de résidence – maison individuelle, immeuble collectif – en étant propriétaire, locataire, locataire du logement social? Ces choix sont contraints par des prix très élevés et l'organisation du territoire en bassins d'emploi dans les métropoles et sur les littoraux.
Trop technique... trop complexe. C'est généralement derrière cette excuse que les responsables politiques se réfugient pour ne pas aborder le sujet. Autrement, en tout cas, que des slogans simplistes comme celui de Nicolas Sarkozy en 2007 pour « une France de propriétaires ». Comme si les calculs liés aux retraites, à la dette ou au trou de la Sécurité sociale étaient plus facilement compréhensibles. La question n'est-elle pas plutôt celle des choix politiques qui font de ce sujet apparemment consensuel, « loger tout le monde », une question politique bien plus clivante qu'il n'y paraît ?
Comment rééquilibrer les rapports entre locataires et propriétaires, alors que leurs intérêts sont de plus en plus divergents? Faut-il soutenir le logement social? Faut-il opposer les urbains et les ruraux, refuser de consommer de nouvelles terres en risquant de surdensifier les villes? Faut-il encore construire ou concentrer toutes les forces et les aides sur l'entretien et la transformation du bâti déjà là? Contraindre des propriétaires à réaliser des travaux d'adaptation ou tolérer des logements invivables? Taxer l'héritage ou laisser la grande transmission, évaluée à quelque 9000 milliards d'euros d'ici à 2040, augmenter encore la fracture patrimoniale? Limiter la spéculation pour faire baisser les prix? Croire aux bienfaits du marché ou à l'efficacité de la régulation?
Ces choix ne sont pas techniques. Ils témoignent de manière très claire du type de société défendue ou critiquée : accueillante et plus égalitaire ou excluante et gardienne des intérêts bien installés. Proclamer, comme l'a fait Marine Le Pen dans un de ses premiers discours de campagne, que le logement sera « un des grands chantiers » du prochain quinquennat ne signifie rien sans l'examen des propositions qui suivent. Celles du Rassemblement national visent à réduire à néant des politiques publiques efficaces et à laisser libre cours au marché, sur fond de préférence nationale. Non seulement contradictoires, elles ne résistent pas à l'analyse économique.
Certains responsables politiques se sont émus de voir le sujet du logement ainsi préempté. La question est pourtant assez vaste et la crise assez profonde pour laisser toute la place à celles et ceux qui voudront s'en saisir. Il est largement temps d'en faire LE sujet de la campagne.
Catherine Sabbah est déléguée générale de l'Institut des hautes études pour l'action dans le logement (Idheal).
Ce n'est pas le moment d'affaiblir le droit au logement opposable
Manuel Domergue, Bernard Lacharme et Nathalie Latour, tous acteurs du monde associatif, déplorent que, près de vingt ans après l'adoption de la loi DALO, le Parlement fragilise les droits en faveur des mal-logés et des sans-logis
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L'ÉTAT TENTE
DE SE DÉFAUSSER
DE SON
OBLIGATION
ET DE SES
CONSÉQUENCES
JURIDIQUES
l y a près de vingt ans, la loi DALO du 5 mars 2007 a rendu le droit au logement opposable, ouvrant des voies de recours aux personnes non ou mal logées et donnant à l'Etat une obligation de résultat. Pour pouvoir assurer leur relogement, il lui revient de se doter d'une politique adéquate, d'y affecter les moyens nécessaires et de s'assurer le concours des collectivités chargées des politiques locales de l'habitat. Cette loi, proposée par un gouvernement de droite [celui de Dominique de Villepin], en réponse à une mobilisation associative, a été adoptée sans aucun vote contre, comme une loi d'évidence. L'obligation de résultat, n'est-ce pas ce qui s'impose lorsqu'il s'agit de répondre à un besoin vital et de mettre en œuvre un droit fondamental?
En 2025, 133405 recours DALO ont été déposés pour obtenir un logement, et 39 000 ménages ont été désignés aux préfets pour être relogés en urgence. Or, la même année, seuls 25 000 relogements ont été enregistrés. La liste d'attente des prioritaires est passée de 54000 à 115000 entre 2017 et 2025 soit, au rythme actuel, près de cinq ans de relogement. Ces chiffres, hélas, ne sont que des illustrations très parcellaires de l'explosion du sans-abrisme et du mal-logement. Face à cette défaillance persistante dans la mise en œuvre de droits reconnus par la loi, le collectif des associations pour le logement, qui réunit 40 associations, a engagé, en février 2025, un recours contre l'Etat pour « non-assistance à personnes mal logées ».
L'Etat, fautif, est régulièrement condamné par les tribunaux. La loi DALO permet à la personne reconnue prioritaire de demander au juge d'ordonner au préfet de la reloger. Dès lors que le préfet n'obtempère pas, l'Etat doit verser une astreinte au Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement. Or, la Cour des comptes révèle que l'Etat ne verse qu'une partie des astreintes: 40,8 millions d'euros en 2024, alors que le montant dû annuellement s'élève à au moins 144 millions d'euros. Le gouvernement, qui prône une intransigance absolue à l'égard des « squatteurs » et des locataires ne parvenant plus à payer leur loyer, ne respecte pas ses propres obligations et ne règle pas ses amendes.
Dans sa réponse à la Cour des comptes, le ministre [du logement, Vincent Jeanbrun,] met en cause l'obligation de résultat, et envisage de supprimer l'accès au juge, de remplacer l'astreinte par un simple mécanisme de sanction administrative, et de restreindre la possibilité de faire un recours DALO. Il s'agit là de reculs graves qui, s'ils étaient adoptés, nous ramèneraient à la situation antérieure à la loi DALO, celle d'un droit qui n'oblige personne.
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Masquer le renoncement
C'est ainsi que le projet de loi de relance du logement, en discussion au Parlement, menace le recours DALO. L'Etat tente de se défausser de son obligation et de ses conséquences juridiques, et cherche à reporter la responsabilité du DALO sur des communes et des intercommunalités qui n'auront ni les moyens ni l'envie de l'assumer seules à sa place. Parallèlement, le ministère du logement vient de retirer la subvention annuelle accordée à l'association DALO pour ses actions d'information et de formation. Ce n'est pas le moment d'affaiblir une structure, dont l'objet est de promouvoir et de défendre le droit au logement.
Ce qui est particulièrement inquiétant, derrière cette réaction, c'est que, pour se dédouaner, le gouvernement plaide l'impuissance: l'Etat ne serait pas en mesure d'honorer son obligation de résultat! Pourtant, les préfets sont loin d'utiliser toutes leurs prérogatives. S'ils faisaient respecter la priorité d'attribution des logements sociaux aux requérants DALO (sur leurs droits de réservation, et sur ceux des collectivités, d'Action Logement et des bailleurs sociaux), s'ils mobilisaient des logements à vocation sociale, s'ils réquisitionnaient au besoin, le DALO serait un droit effectif.
Si la France manque de logements abordables pour répondre à l'ensemble de la demande de logement social, c'est en raison de choix politiques qui ont ignoré le droit au logement. A ceux qui affirment que le pays n'aurait plus les moyens d'assurer un droit fondamental, nous rappelons qu'il est globalement plus riche en 2026 qu'en 2007, quand la loi DALO a été votée.
Par ailleurs le logement est un support de taxation facilement mobilisable et mobilisé. Ainsi, en 2024, il a généré 99 milliards de recettes fiscales pour seulement 43 milliards de dépenses. Cependant, l'argent public ne sera jamais suffisant si l'Etat accepte que la spéculation dicte les prix du logement. La puissance publique doit développer la maîtrise publique des sols, encadrer les prix du foncier et les loyers, protéger la résidence principale des excès de l'économie touristique, et mettre la fiscalité au service des politiques de l'habitat.
Au lieu de cela, l'Etat organise son impuissance du fait qu'il empêche les bailleurs sociaux de produire suffisamment de logements en prélevant sur leurs ressources – près de 10 milliards d'euros depuis 2018. Il met en concurrence les besoins des uns et ceux des autres pour ne jamais répondre à tous : classes moyennes vs ménages pauvres, travailleurs essentiels vs personnes privées d'emploi... et, pour finir, Français vs étrangers!
Ces discours ne servent qu'à masquer le renoncement à agir contre l'insuffisance de logements, contre le logement cher, contre le logement indigne, et contre le logement inadapté aux exigences énergétiques et climatiques, qui, en définitive, nous coûtera beaucoup plus cher que les économies affichées. Ce renoncement affecte la crédibilité de nos institutions et contribue à instiller un climat de doute démocratique. Les droits humains ne sont ni de droite ni de gauche. Ils constituent le socle de la démocratie et le ciment d'une société solidaire. La loi DALO est au service de tous. Nous attendons de l'Etat qu'il la mette en œuvre.
Manuel Domergue, co-porteparole du Collectif des associations pour le logement (CAL) et directeur des études de la Fondation pour le logement, anciennement Fondation Abbé Pierre; Bernard Lacharme, président de l'association Droit au logement opposable; Nathalie Latour, co-porteparole du CAL et directrice générale de la Fédération des acteurs de la solidarité
La visite du pape ne peut faire oublier la déprise du catholicisme
EN DÉPIT
DE SON INDÉNIABLE
CHARISME,
LÉON XIV PRÊCHE
D'ÉVIDENCE
AVANT TOUT
LES CONVAINCUS
ANALYSE
Bâtiments et rues pavoisés aux couleurs du Vatican, Stade de France en liesse pour la veillée de prière, place de la Concorde et Champs-Elysées bondés lors de la messe en plein air... Les quatre jours du voyage apostolique de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, resteront ancrés dans les mémoires du million de fidèles venus acclamer le Saint-Père, à Paris, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à Lourdes (Hautes-Pyrénées) et à Metz.
A plusieurs égards, l'événement est historique. D'une part, les visites pontificales à Paris ne sont pas si fréquentes : seuls une dizaine de papes, depuis le Moyen Age, ont fait le déplacement dans la capitale française – la dernière étant celle de Benoît XVI, en 2008. D'autre part, la venue du chef de l'Eglise catholique permet d'évaluer sa capacité mobilisatrice, dans l'un des pays les plus sécularisés du monde. La part des personnes se déclarant catholiques en France est ainsi passée d'environ 87 % dans les années 1970 à 46 % en 2026; quant à la fréquentation régulière de la messe (au moins une fois par mois), elle concernait près de 30 % des Français en 1960, contre environ 5,5 % de la population aujourd'hui (selon une enquête Bayard-La Croix-IFOP publiée en décembre 2025).
La venue de Léon XIV était d'autant plus scrutée que la France connaît, depuis 2022, une hausse inattendue du nombre de baptêmes d'adolescents et d'adultes – plus de
21 000 en 2026 (13 000 adultes et 8 000 adolescents), soit une augmentation de 20 % sur un an. Souvent lus comme le signe d'un retour du religieux en France, de tels chiffres restent toutefois anecdotiques à l'échelle d'une population de 67 millions d'habitants. Et cachent mal une réalité plus contrastée, puisque les baptêmes tardifs sont loin de pallier la chute vertigineuse des baptêmes de bébés et d'enfants (380 000 en 2000, 150 000 en 2024). Même si ce «tressaillement de foi», pour parler comme le pape François, constitue un phénomène notable, la lucidité s'impose : à l'heure actuelle, la déprise du catholicisme en France se poursuit.
Comment, dès lors, analyser la ferveur sincère provoquée par la venue du souverain pontife en France? En dépit de son indéniable charisme, Léon XIV, comme Jean Paul II (1920-2005) avant lui, prêche d'évidence avant tout les convaincus. C'est ce que semblent montrer les audiences de la veillée au Stade de France, qui a rassemblé 2,4 millions de téléspectateurs, loin des 6,8 millions du match de l'équipe de France de foot le même soir. Lors de la venue triomphale du pape François à Marseille, en 2023, l'historien du catholicisme Alain Rauwel avait déclaré dans un entretien au Monde: «La vedettarisation contemporaine de l'évêque de Rome est un fait très récent, et pas autre chose qu'un palliatif pour la perte du pouvoir temporel. »
Si, en 2026, un léger dynamisme se fait sentir, il tient sans doute à une nouvelle manière d'être des catholiques. Habitués à la discrétion depuis l'instauration de la loi de séparation entre les Eglises et l'Etat en 1905, les « cathos », aujourd'hui, n'hésitent plus à afficher leurs convictions dans l'espace public et dans les débats sociétaux – ce qui, contrairement à une idée reçue, n'est pas en contradiction avec le régime de laïcité, lequel permet l'expression des sensibilités religieuses, y compris sur la voie publique.
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Minorité visible
L'Eglise a perdu l'aura dont elle a longtemps bénéficié en France, et les catholiques sont devenus une minorité. Une minorité visible, qui utilise les outils de la modernité pour porter son message : influenceurs sur les réseaux sociaux, comédies musicales ambitieuses (Bernadette de Lourdes, en tournée dans plusieurs Zénith de France et au Dôme de Paris, a été vue par plus de 450 000 personnes), manifestations XXL (tel le Congrès Mission à l'Accor Arena de Bercy, en 2025)...
Toujours plus sensationnels, ces événements sont parfaitement conformes à cette «obsession moderne» que le philosophe Tristan Garcia décrit dans son ouvrage La Vie intense (Autrement, 2025): pour être signifiantes, les expériences doivent être les plus galvanisantes possible. Les grands shows ayant ponctué la visite de Léon XIV à Paris n'ont pas échappé à cette tendance lourde. Organisés par des «officines parfois proches des mouvances réactionnaires» – le directeur artistique de la veillée au Stade de France, Jean-Baptiste Darantière, s'inscrit dans la mouvance traditionaliste –, ces spectacles papaux se sont « transformés en une sorte de “tour” préfabriqué de chanteuse à succès », déplore Alain Rauwel.
L'impressionnante couverture médiatique ayant accompagné la visite de Léon XIV se trouve, de fait, sans commune mesure avec l'imprégnation réelle du catholicisme en France. Sur bien des sujets (questions bioéthiques, morales, sexuelles...), le magistère catholique se trouve aux antipodes des mentalités. Y compris, d'ailleurs, des catholiques: selon un sondage IFOP en janvier, ces derniers soutiennent massive-ment l'aide à mourir (87 %).
Il reste qu'en des temps où le débat politique s'est considérablement appauvri, et où les prises de position s'affirment souvent de façon binaire, le chef de l'Eglise romaine parvient à susciter le débat au-delà des seuls cercles catholiques, en apportant de la profondeur dans la réflexion. Il est indéniable qu'une quête de spiritualité s'exprime, et qu'elle doit être entendue. L'engouement provoqué par le Saint-Père dit sans doute aussi beaucoup de la désespérance de nombre de citoyens, en quête de l'homme providentiel. Par son engagement pour la paix, la défense des faibles, le refus de l'asservissement de l'homme aux machines, Léon XIV peut légitimement être considéré comme une autorité morale, plutôt que comme une icône. Ce qui est déjà beaucoup.
VIRGINIE LAROUSSE
(« LE MONDE DES RELIGIONS »)
CHRONIQUE | PAR HAROLD THIBAULT
Le pouvoir chinois accentue son droit de regard sur les contacts avec l'étranger
Une réglementation après l'autre, la Chine renforce son contrôle du passage aux frontières de ses propres ressortissants. Le dernier décret date du 15 septembre et prévoit pour les Chinois qui «mettent en danger la sécurité et les intérêts nationaux » à l'étranger une privation de sortie du pays pouvant aller de six mois à trois ans. Elle est décidée par l'administration et non par les juges. Signe des priorités du moment, le texte mentionne les situations «qui porteraient atteinte à la sécurité industrielle ou technologique nationale».
Qu'un pays souhaite éviter la fuite de ses savoir-faire-clés à l'étranger n'a rien d'extraordinaire. Néanmoins, ces ajouts en disent long sur l'évolution de l'état d'esprit de Pékin. Certes, la liberté actuelle de déplacement des Chinois n'a rien à voir avec l'assignation généralisée qu'ils ont connue durant l'ère maoïste ou que subissent leurs voisins nord-coréens. Mais le pouvoir garde et, aujourd'hui, accentue son droit de regard sur les contacts avec l'étranger, vus comme source de risque.
La crainte d'hameçonnage par des services de renseignement étrangers s'est étendue. En attestent les messages de vigilance émanant du ministère de la sécurité d'Etat sur son compte WeChat. S'y ajoute une peur de la contamination idéologique libérale. Les critiques du régime, les dissidents et leurs avocats, sont de longue date la cible d'interdictions de sortie de Chine.
Le système de «conservation centralisée» des passeports des hauts fonctionnaires n'a jamais été abandonné. Il a été étendu au cours de la dernière décennie, selon un calendrier différent d'une province à l'autre, pour concerner aujourd'hui toute la fonction publique. Les infirmiers à l'hôpital public, les enseignants à l'école, les guichetiers aux banques – quasiment toutes étatiques –, jusqu'aux vendeurs des boutiques d'abonnement à la téléphonie mobile – les opérateurs sont tous publics – ont dû remettre leur passeport à leur unité de travail. Ils doivent faire une demande circonstanciée à leurs supérieurs s'ils veulent séjourner à l'étranger, même pour le tourisme sur une plage de Thaïlande ou dans un centre commercial de Séoul.
L'approbation du gouvernement
Le contrôle s'étend encore hors de ce cadre. Selon l'organisation Safeguard Defenders, la Chine compte désormais 18 textes de loi ou réglementations permettant les restrictions de sortie de territoire. Des exit bans (« interdictions de sortie ») sont mentionnés dans 188760 affaires dans la base de données de la Cour suprême.
La bataille économique – et surtout technologique – de la Chine avec l'Occident accentue encore la conviction des autorités qu'il faut contrôler qui,
LES CRITIQUES DU RÉGIME,
LES DISSIDENTS
ET LEURS AVOCATS SONT
LA CIBLE D'INTERDICTIONS
DE SORTIE DE CHINE
et ce qui peut partir. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les restrictions aux livraisons de terres rares annoncées au printemps 2025, avec pour conséquence un choc sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. Dans la même veine, le gouvernement a soumis à autorisation l'utilisation de technologies chinoises dans les usines de batteries, à l'heure où les constructeurs de voitures électriques et leurs fournisseurs sont sommés de s'implanter localement par l'Union européenne.
Les autorités chinoises ont également peu apprécié l'affaire Manus, du nom d'une start-up d'intelligence artificielle (IA) lancée dans un premier temps à Pékin. Ses fondateurs ont déplacé dans le courant de l'année 2025 l'entreprise et ses équipes à Singapour, pour annoncer en fin d'année sa cession au géant américain Meta (Facebook, WhatsApp et Instagram). Ce départ en deux temps d'une des pépites d'un secteur stratégique, sans que le gouvernement puisse exercer un droit de regard, est apparu absolument inacceptable au pouvoir chinois. Les fondateurs ont été convoqués en Chine et soumis à une interdiction de sortie. Depuis, Meta n'a eu d'autre choix que de défaire le « deal ».
Selon l'agence Bloomberg, les employés importants du secteur de l'IA, mais aussi leurs familles, doivent désormais obtenir l'approbation du gouvernement pour leurs voyages à l'étranger. En ces temps où les affaires internationales sont de plus en plus tendues, les allées et venues des citoyens ne doivent pas être laissées au hasard.
FAIRE MENTIR LES IDÉES REÇUES SUR LA DETTE
LA DETTE PUBLIQUE.
C'EST ROBIN
DES BOIS
QU'ON ASSASSINE!
de Jean-Marc Daniel
Odile Jacob,
224 pages,
22,90 euros
LIVRE
E ncore un livre sur la dette?
Oui, mais presque une
friandise. Il est signé Jean-
Marc Daniel, libéral matois, Ra-
minagrobis de la vulgarisation
économique, amoureux des dé-
tours historiques, des bonnes
formules et des paradoxes.
Même si l'on ne partage pas les
remèdes attendus qu'il propose à
la crise de l'endettement public
(réduire les dépenses publiques,
repousser l'âge de la retraite...),
on prend plaisir à le suivre quand
il en décortique les rouages.
Dans La Dette publique. C'est Robin des Bois qu'on assassine! (Odile Jacob, 224 pages, 22,90 euros), Jean-Marc Daniel bat en brèche les idées reçues, montrant avec précision en quoi l'Etat n'est pas un débiteur comme les autres : il ne paie que les intérêts, sa banque centrale peut créer de la monnaie, et il n'a pas de problèmes de fonds propres ou de rentabilité.
Le livre prend la gauche à revers : la dette serait une machine à enrichir les épargnants fortunés au détriment des citoyens lambda. Elle n'est pas une charge qu'une génération lègue à la suivante, comme on le croit souvent (car la créance est, elle aussi, léguée), mais quelque chose de bien pire : une dette d'un groupe social (les détenteurs de titres) sur un autre (les contribuables). Jean-Marc Daniel ne pousse pas la malice jusqu'à utiliser le mot « classe ». Toutefois, il rappelle avec gourmandise que les partis de gauche, au début du XIXe siècle, « réclamaient l'équilibre budgétaire au nom de la nécessité de protéger les pauvres des générations futures ».
Le pire, selon Jean-Marc Daniel, c'est que cette dette a creusé des inégalités pour rien. Elle n'a aidé à remplir aucune des fonctions de l'Etat que l'économiste Richard Musgrave (1910-2007) a identifiées dans les années 1960: une fonction d'allocation des ressources, pour atteindre des objectifs qui n'intéressent pas les marchés; une fonction de redistribution, pour réduire les inégalités; une fonction de stabilisation, pour lisser le cycle économique.
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Modèles canadien et suédois
D'après l'auteur, seule la troisième fonction mérite d'ailleurs qu'on s'écarte temporairement de l'équilibre budgétaire. Il rejette l'idée qu'il y aurait une « bonne dette » (celle qui finance l'investissement) et une « mauvaise dette » (celle qui finance le fonctionnement). Le salaire d'un chercheur qui prépare l'avenir est une dépense de fonctionnement, alors que « la construction d'un pont sur une route ne menant nulle part » – il y a eu des exemples au Japon – est une dépense d'investissement.
Comment se débarrasser du problème de la dette? Jean-Marc Daniel rejette les impôts, mais a en tête deux modèles, la Suède et le Canada, qui ont réussi à réduire la taille de leur Etat, sans casser la croissance. Cependant, pour deux réussites, combien d'échecs? Selon un calcul effectué en 2023 par les experts du Fonds monétaire international, portant sur vingt ans et sur de nombreux pays, seul un plan d'économies sur deux est parvenu à réduire le taux d'endettement.
PASCAL RICHÉ
UN HORS-SÉRIE Le Monde
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LA CAPTIVANTE HISTOIRE DES MATHÉMATIQUES
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FRANCE | CHRONIQUE
PAR FRANÇOISE FRESSOZ
Le talon d'Achille des extrêmes
En moins d'une semaine, le climat politique s'est considérablement durci sous la pression des extrêmes qui, à sept mois de l'élection présidentielle, continuent de dicter l'agenda politique. La façon dont Jordan Bardella, accusé par le site d'information Mediapart d'avoir tenu des propos antisémites, lorsque, âgé de 17 ou 18 ans, il commençait à militer au Front national dans la fédération de Seine-Saint-Denis, a réagi est symptomatique. Le président du Rassemblement national (RN) aurait pu plaider l'erreur de jeunesse, ce qui lui aurait valu un blâme sévère, mais sans doute passager. Il a préféré nier et contre-attaquer tandis que Mediapart produisait des documents étayant les indignes propos, inspirés de l'extrême droite des années 1930, qu'il aurait prononcés, tels que «les banques sont toutes détenues par des juifs» ou «le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler». Mardi 29 septembre, devant les députés de son parti, il s'est dit persuadé que «l'objectif était de tuer» sa «carrière politique».
Plus étonnant, Marine Le Pen, qui aurait pu facilement dresser un cordon sanitaire autour d'elle en prenant ses distances avec son second, a préféré prendre fait et cause pour lui. «Là, c'est du lourd qui tombe. J'avoue que la manipulation est légère comme un congrès de charcuterie», a lancé la candidate à la présidentielle devant les mêmes députés. D'un coup, toute la fantasmagorie de l'extrême droite a resurgi, mettant en scène une forteresse assiégée, confrontée à ses vieux démons, en guerre contre le «système», sur fond de paranoïa interne, car très vite s'est posée la question de savoir d'où venaient les fuites. Foin de la dédiabolisation et de la patte de velours. En quelques jours, le RN a régressé de plusieurs dizaines d'années, furieux d'avoir vu anéanti le plan commando qu'il avait imaginé à l'ouverture de la saison budgétaire: un partage des rôles bien rodé entre la candidate et le président du parti, sur fond de réajustement des positions. Jordan Bardella, qui s'était vu en haut de l'affiche, ne venait-il pas, dans une sorte de mea culpa, d'assurer au journal L'Opinion, le 27 septembre, qu'il était redescendu sur terre?
Pendant ce temps, les lycées brûlent sous le regard de La France insoumise (LFI) qui se demande jusqu'où alimenter le feu sans trop affoler le bourgeois. « Les “insoumis ” appellent à la non-violence des méthodes de lutte » écrivait Jean-Luc Mélenchon sur X, mercredi 30 septembre, tandis que Bally Bagayoko, le maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), s'enferrait dans des propos plus alambiqués en estimant que « la violence peut être légitime, même s'il vaut mieux l'éviter ». Les débordements commis par certains policiers sont de nouveau montrés du doigt parce qu'ils servent de terreau à l'extrême gauche et rappellent, de façon subliminale, la phrase prononcée en juin 2022 par Jean-Luc Mélenchon : « La police tue. »
Cette polarisation du paysage politique intervient alors que le gouvernement présentait son projet de loi de finances pour 2027, destiné à éviter une crise financière dont plus personne ne nie
EN QUELQUES
JOURS, LE RN
A RÉGRESSÉ
DE PLUSIEURS
DIZAINES D'ANNÉES
RN ET LFI RESTENT
TRÈS FRAGILES
CAR ILS SONT
CONFRONTÉS À DES
CONTRADICTIONS
DIFFICLEMENT
SURMONTABLES
qu'elle puisse intervenir à tout moment. Elle accroît la vulnérabilité du pouvoir, qui reste à la merci d'une censure, entretient l'atmosphère de fin de règne, qui imprègne le pays, mais ne laisse pas indemnes les extrêmes qui jouent in vivo leur crédibilité.
Marine Le Pen, à l'évidence, cherche à resserrer sa base en jouant la carte de l'agressée. Elle refuse de remettre en cause sa stratégie, qui a consisté à faire un duo avec Jordan Bardella dans l'optique de ratisser le plus largement possible. Or, loin de la renforcer, son numéro deux ne cesse de la fragiliser en faisant notamment sauter le vernis de la normalisation. Que certains candidats aux élections législatives ou locales soient très vite débusqués passe encore, mais que le chef du parti soit pris la main dans le pot de confiture est une tout autre affaire.
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Choquer l'opinion
Du côté de Jean-Luc Mélenchon, le mouvement des lycées, qui s'est étendu à certaines facultés, lui permet de creuser son sillon au sein de la jeunesse, alors que plus de 40 % des 18-24 ans se disent prêts à voter pour lui à la présidentielle de 2027, selon l'enquête Ipsos BVA-CESI Ecole d'ingénieurs, réalisée pour Le Monde mi-septembre. La rhétorique autour des déviances policières lui permet aussi de draguer les jeunes des banlieues, qui se sentent souvent, à juste titre, pris pour cible et ont la caractéristique de bouder les urnes.
Cependant, les scènes réitérées de violence, la destruction du mobilier urbain et parfois même d'établissements scolaires, qui venaient tout juste d'être rénovés, choquent l'opinion et accentuent le handicap dont LFI et son mentor souffrent: Jean-Luc Mélenchon fait peur et, ce faisant, il sert de repoussoir non seulement à l'extrême droite et à la droite, mais aussi à une partie de la gauche, qui refuse de se retrouver complice. A défaut de dicter l'agenda, tous ceux qui se situent entre les deux extrêmes ont vivement réagi à la rhétorique des deux partis. A l'instar d'Emmanuel Macron, la totalité du bloc central a rejoint la gauche pour s'indigner de la vraie nature du RN. Et dans la foulée de la droite, la gauche réformiste a condamné sans ambiguïté les violences nées du mouvement lycéen, en se démarquant de LFI.
Le durcissement du climat politique laisse augurer de ce que serait un second tour marqué par un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon: surpuissance et déni de réalité d'un côté, appel à l'insurrection de l'autre. Rien, cependant n'est joué, car l'épisode montre qu'à partir de l'instant où on leur demande des comptes les extrêmes restent très fragiles, car ils sont confrontés à des contradictions difficilement surmontables: incarner la rupture mais ne pas effrayer ceux qui aspirent seulement au changement. On peut regretter que le travail fait par Mediapart à propos du parti de la favorite à la présidentielle ne l'ait pas été par ses adversaires politiques, plus enclins à se chercher querelle qu'à faire barrage à l'essentiel: éviter que la France bascule dans une autre dimension.
ISRAËL ET LE
TRAUMATISME
DU 7-OCTOBRE
ÉDITORIAL M
Trois ans après les massacres du 7 octobre 2023, l'attaque la plus meurtrière contre des civils jamais subie par Israël, une société tout entière reste murée dans un traumatisme profond. La barbarie à laquelle ces massacres, conduits par le Hamas, ont donné libre cours, dans les localités installées sur le pourtour de la bande de Gaza, explique pour l'essentiel l'état dans lequel sont enfermés les Israéliens, longtemps suspendus ensuite au sort de proches retenus en otage à Gaza pendant des mois, dans des conditions dramatiques.
Le sentiment d'impasse créé par cette opération terroriste sans précédent par son ampleur est profond parce qu'il a réveillé des peurs existentielles, ancrées dans une longue histoire. Il a convaincu la majorité des Israéliens de l'impossibilité d'une cohabitation pacifiée avec l'autre peuple présent sur la terre de l'ancienne Palestine mandataire, au moment de la création de l'Etat hébreu. Les massacres des civils israéliens ont achevé de délégitimer le discours porté naguère par le « camp de la paix ».
Le traumatisme a été instrumentalisé en revanche par l'extrême droite suprémaciste israélienne, qui milite ouvertement pour un nettoyage ethnique visant l'ensemble des Palestiniens. Il a également nourri un réflexe d'occultation envers eux, déjà invisibilisés depuis la seconde Intifada (2000-2004) et la construction d'un «mur de sécurité» en Cisjordanie, paradoxalement accompagnée de l'accroissement de la colonisation de l'autre côté.
Ce réflexe a empêché tout examen critique de la riposte militaire qui s'est traduite par l'anéantissement de Gaza. Il a aussi bloqué tout débat sur les conséquences destructrices de la colonisation et de l'enfernement de Gaza en place avant le 7-Octobre, ainsi que toute réflexion sérieuse sur les modalités d'un règlement réel du plus ancien conflit du Moyen-Orient. Cette occultation explique l'incompréhension d'Israël face à un isolement international historique, illustré par l'évolution du Parti démocrate aux Etats-Unis, que le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, explique uniquement par le ressort de l'antisémitisme.
Le sentiment d'impasse a été renforcé par la conduite de ce dernier. Les démissions individuelles de hauts gradés de l'armée et des services de renseignement mises à part, aucun responsable politique n'a eu à rendre des comptes pour le 7-Octobre. Déjà auteur de coups portés contre la nature démocratique de l'Etat hébreu par son offensive contre l'Etat de droit, le premier ministre israélien a tout mis en œuvre, avec succès, pour empêcher la constitution d'une commission d'enquête.
Les révélations de la presse sur les mises en garde dont il aurait été l'objet de la part d'alliés arabes avant les massacres, niées en bloc, montrent pourtant combien un examen en toute transparence des décisions qui ont permis cette débâcle sécuritaire aurait été nécessaire. Les Israéliens sont certes appelés aux urnes le 27 octobre. Mais ils s'y rendront sans disposer des informations permettant de comprendre comment cette tragédie a pu se produire.
Les guerres qui se sont succédé depuis trois ans contre l'axe régional mis en place par l'Iran, et surtout celle toujours en cours contre le régime iranien, font aussi que ces élections législatives ne pourront être l'occasion d'un éventuel vote-sanction sur les failles du 7-Octobre. Un tel vote serait pourtant indispensable pour espérer remettre en cause une politique qui conduit vers l'abîme.
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JOHAN KESLASSY
Ces gestes qui font baisser le stress
Des scientifiques du monde
entier se sont penchés
sur les bienfaits d'approches
pour faire redescendre
rapidement la pression.
Tour d'horizon
de six de ces actions,
simples et accessibles
LAURE BELOT
e suis stressé » est devenue une expression banale. Et pour cause. Près de quatre adultes sur dix dans le monde déclarent avoir ressenti « beaucoup de stress pendant une grande partie de la journée précédente », selon l'édition
2025 d'une enquête menée depuis vingt ans par l'Institut Gallup dans 144 pays. Ils étaient moins de trois sur dix en 2006, lors du premier sondage. En tête des populations les plus touchées, celles du Rwanda et de la Sierra Leone, avec plus de six adultes sur dix concernés. La France est, selon cet indicateur, juste au-dessous de la moyenne mondiale.
Le stress, défini par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme « un état d'inquiétude ou de tension mentale causé par une situation difficile », peut entraîner, s'il est trop important, précise l'organisation, des problèmes de santé physique et mentale : trouble du sommeil, difficulté à se concentrer, modification des habitudes alimentaires, maux de tête ou de ventre, anxiété, etc.
Alors que, sur les réseaux sociaux, pléthore de « coaches santé et bien-être » abreuvent de conseils – peu fiables pour la plupart – pour réduire son stress en quelques minutes, que dit la recherche scientifique? Des microgestes ou actions rapides peuvent-ils nous aider au quotidien? Que connaissons-nous du dialogue entre nos sensations corporelles et l'activité cérébrale?
Grâce aux neurosciences, nous savons désormais qu'il n'existe pas une région unique du cerveau qui «ressentirait» le corps. Les informations corporelles circulent au sein de systèmes interconnectés, dessinant ce que l'on peut appeler un «cerveau affectif», qui comprend l'insula, une région stratégique profondément enfouie dans le cortex. En situation de stress, ces réseaux modulent le système nerveux autonome, notamment sa branche sympathique.
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Sonder
des réserves
d'eau douce
sous la mer
Des chercheurs en géologie emploient l'électromagnétisme pour une campagne d'études dans la plaine du Roussillon
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Le Nobel de
médecine salue
les pionniers de
l'optogénétique
Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel ont mis au point cette technique qui utilise la lumière pour «allumer» ou «éteindre» les neurones ciblés
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Entretien
Patrick Michel
surfe sur
la science
des astéroïdes
Selon l'astrophysicien, la multiplication des missions d'étude de ces corps célestes est une opportunité sans égale
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L'eau douce sous la mer sondée par électromagnétisme
GÉOPHYSIQUE - Une mission espère caractériser la transition entre les nappes d'eau douce et d'eau salée dans la plaine du Roussillon
Installation du dispositif d'injection pour la méthode géophysique CSEM, à Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), le 14 septembre. ÉMELINE LAMBRETH
SAINT-CYPRIEN (PYRÉNÉES-ORIENTALES)
ET À BORD DU « FOSELEV-AGATE » - envoyé spécial
L a nuit est tombée sur le parking du golf de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales). En ce mercredi 16 septembre, François Bretau deau s'avance, traînant derrière lui des rouleaux de câbles électriques
qu'il connecte à la sortie de l'émetteur placé dans un camion. Puis, après avoir démarré le groupe électrogène et branché l'alimentation, il lance le début de la séquence d'injection. Chercheur au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) à Orléans, il est l'un des spécialistes mondiaux d'une des méthodes de géophysique développées pour les besoins de l'industrie pétrolière offshore: l'électromagnétisme à source contrôlée, ou controlled source electromagnetic (CSEM). Ce procédé consiste à observer la manière dont un champ électromagnétique, produit artificiellement, diffuse dans le sous-sol.
«La façon dont ce signal s'atténue dépend de la résistivité électrique des milieux rencontrés, explique l'expert. En l'analysant, on peut en déduire des informations sur la nature et l'emplacement de roches et de fluides. Ce qui peut être utile pour la géothermie et la prospection de certains minéraux ou lorsqu'il s'agit, comme ici, de différencier, dans une nappe souterraine, l'eau salée, très conductrice, de l'eau douce, qui l'est moins. »
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« Plus l'on descend, plus l'eau est douce »
La campagne scientifique à laquelle ce géophysicien participe avec une quinzaine de ses collègues, épaulés par des techniciens du bureau d'études Attis Environnement, dans le cadre du projet Aquimer coordonné par le BRGM, fait appel à des moyens hors norme : un catamaran de transport de 20 mètres, des véhicules, du matériel électrique et électronique, etc. Des capteurs de champ magnétique seront alignés perpendiculairement à la côte sur un tronçon s'enfonçant sur 3 kilomètres à l'intérieur des terres et s'en écartant de plus de 30 kilomètres vers le large. Avec un objectif: confirmer le prolongement en mer d'un aquifère, une formation géologique riche en eau douce contribuant à l'approvisionnement de la plaine du Roussillon, confrontée à de grandes difficultés.
Aux sécheresses à répétition s'ajoute une surexploitation des réserves souterraines pour les besoins de la population et de l'agriculture. En période de déficit, la situation s'aggrave sur le littoral, où les remontées d'eau salée se multiplient et s'accentuent, polluant les nappes. « Or, ce phénomène s'avère difficile à anticiper », raconte Yvan Caballero, hydrogéologue au BRGM, sur le site de l'Observatoire DEM'Mer, en bordure de la promenade de Saint-Cyprien. Consacré à la surveillance des intrusions salines, ce laboratoire automatisé comprend cinq forages dissimulés sous des plaques métalliques au pied d'une résidence.
L'aquifère du Roussillon est constitué d'un empilement de 350 mètres de sable et d'argiles datant de l'ère pliocène, surmontés d'alluvions déposées au quaternaire. Son fonctionnement est complexe. Le chercheur, piézomètre électrique à la main, contrôle le niveau de remplissage de chaque installation. « On aurait pu penser que, avec la proximité du littoral, le fond du plus profond de nos puits serait occupé par de l'eau de mer, plus dense. Mais, c'est le contraire : plus l'on descend, plus l'eau est douce! », souligne-t-il.
Quelque part dans le sous-sol, les nappes d'eau douce souterraine cèdent forcément la place à l'eau de mer. Mais les chercheurs ignorent où se situe la zone de transition. Est-ce à l'intérieur des terres ? Ou au large, peut-être comme sur les marges du New Jersey (Etats-Unis) où des systèmes hydrauliques de ce type furent découverts en 2009, à plus de 40 kilomètres du rivage ? « C'est ce que cette campagne va essayer de déterminer en combinant pour la première fois des mesures géophysiques réalisées à terre et en mer », raconte l'hydrogéophysicienne Angélie Portal, du BRGM.
A 22 heures, François Bretaudeau envoie depuis les émetteurs installés dans le camion de forts courants sur deux amas de piquets métalliques plantés dans ce pré, créant un dipôle qui génère un champ électromagnétique. Puis, après avoir déplacé son véhicule, il recommence la manipulation. Il répétera les mêmes gestes pas moins de 14 fois sur autant de paires d'électrodes. Les résultats sont enregistrés par des stations de mesures déployées sur le sol et dans l'eau. L'expérience prend fin à 4 h 30 du matin. Elle avait démarré près de vingt-quatre heures plus tôt, dans le port voisin de Barcarès (Pyrénées-Orientales), avec l'embarquement de l'équipe de la société spécialisée Mappem Geophysics, basée à Saint-Renan (Finistère), à bord du navire Foselev-Agate.
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« Meilleure gestion des ressources »
Ce matin-là, l'ingénieur Quentin Daverdisse et ses collègues Paul Dubegny et Corentin Régné avaient gagné la zone de test, face à la plage nord de Saint-Cyprien, et mis à l'eau un câble de 100 mètres soutenu par des bouées et portant deux « poissons » jouant le rôle d'électrodes. Ils avaient injecté du courant dans cette ligne traînée par le bateau et passé l'après-midi à effectuer de lents allers-retours au-dessus des cinq stations réceptrices d'un premier segment de 4 kilomètres. « Elles seront déplacées et immergées plus au large dans les jours à venir, de façon à couvrir une distance totale de 30 kilomètres », avait précisé Quentin Daverdisse, qui modifie la fréquence du signal avant chaque passage. Celle-ci détermine le niveau de profondeur sondé.
La nappe d'eau douce, si elle existe, pourrait se trouver à 300 ou à 500 mètres en dessous du fond de la mer. Où exactement ? C'est ce que l'équipe va essayer d'établir en confrontant les données obtenues à d'autres études. « Nous ne partons pas de rien, observe Simon Védrine, du BRGM, à Orléans. Deux précédentes campagnes océanographiques d'études sismiques en 2000 et en 2025 ont déjà livré beaucoup d'informations sur la cartographie des couches géologiques. Et il est prévu que Mappem Geophysics revienne en avril 2027 réaliser d'autres types de mesures. » Ces données iront alimenter des modèles géologiques développés avec l'aide du laboratoire Geo-Océan (CNRS, Ifremer) et des universités de Montpellier et de Perpignan. Ou seront utilisées par l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles afin de simuler l'histoire du territoire sur 10 millions d'années.
Dans quel but? «Si nous cherchons à caractériser l'aquifère du Roussillon sur sa partie marine, c'est pour mieux comprendre son fonctionnement général en vue de contribuer à une meilleure gestion des ressources en eau de la région», précise Eric Lasseur, coordinateur d'Aquimer. Le projet ne prévoit pas d'établir si ces éventuelles réserves méditerranéennes d'eau douce sont exploitables. Pour le savoir, il faudrait réaliser des forages océaniques et récupérer des échantillons. Mais cela nécessiterait d'énormes moyens financiers.
VAHÉ TER MINASSIAN
Incertitudes sur le futur accélérateur de particules du CERN
PHYSIQUE - Les discussions autour du projet de collisionneur circulaire n'ont pas balayé les inquiétudes. La décision est prévue en 2028
THOIRY (AIN) – envoyée spéciale
Une bonne centaine de personnes ont participé, mercredi 30 septembre, à la salle des fêtes du Creux, à Thoiry (Ain), à la réunion de clôture du débat public sur le projet d'accélérateur de particules du CERN, le Laboratoire européen pour la physique des particules. L'enthousiasme n'était pas au rendez-vous, quatre mois après le lancement, par la Commission nationale du débat public (CNDP), des consultations au sujet du futur collisionneur circulaire (FCC).
«Je ne suis pas si sûre que le projet va voir le jour», a expliqué à cette assistance Ursula Bassler, directrice des relations extérieures du CERN. Dans une salle organisée en «bocal à poissons» (en cercles concentriques), elle s'est retrouvée, avec les autres intervenants, entourée de citoyens habitant le territoire concerné, entre la France et la Suisse. Ces derniers semblent toujours peu favorables à la concrétisation du projet.
«Je n'en suis pas sûre parce que je vois toutes les inquiétudes [suscitées par le projet], dans tous les Etats membres » qui devront se prononcer, a précisé la physicienne des particules franco-allemande, évoquant, entre autres, le financement de cet accélérateur. Mais, « sincèrement », a-t-elle ajouté, « si l'on veut faire quelque chose dans un temps raisonnable et sans perdre le savoir-faire d'un grand projet », le FCC est la « meilleure solution dans un débat international ». Il reste « raisonnable au niveau du potentiel scientifique [des collisionneurs] (...) et est de loin la machine préférée de toute la communauté européenne et, au-delà, de la communauté internationale ».
En face, pourtant, des citoyens s'interrogent toujours. « Que vat-on gagner avec ce projet?, a ainsi interpellé l'astrophysicien David Ehrenreich. Je suis inquiet de voir que l'enthousiasme est complètement absent de toutes les interventions. J'ai moi-même du mal à comprendre ce que cela nous apporterait. Quid des avantages, je ne sais pas, en matière d'aménagement du territoire? »
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Le « sujet central » de l'eau
L'ancienne ministre et actuelle députée (Renaissance) de l'Ain Olga Givernet, favorable au projet au point d'en parler d'abord au futur de l'indicatif (elle a été reprise par une femme du public à ce propos, la décision de sa réalisation, ou non, n'étant à ce stade officiellement pas prise) a, quant à elle, jugé que ce projet pouvait être l'«occasion de se projeter sur des infrastructures nouvelles » pouvant améliorer le quotidien des habitants. Elle a ainsi proposé de remettre en activité une voie ferroviaire locale aujourd'hui désaffectée, en vue de permettre le transport des camions sur rail, en particulier ceux chargés de l'excavation des déchets de ce chantier.
Autre ancienne ministre présente, Dominique Voynet, députée (Les Ecologistes) du Doubs, a admis que le projet porté par le CERN et par Réseau de transport d'électricité (RTE) était « sans doute » intéressant d'un point de vue scientifique. « Dans le contexte budgétaire, diplomatique, scientifique, actuel, est-ce ma priorité des priorités ? Eh bien peut-être pas. »
« On ne voit pas ce projet comme un projet scientifique seulement. On le voit comme un chantier » que le territoire « ne peut pas absorber », a pour sa part avancé Jérémie Courlet, maire (sans étiquette) de la petite commune de Minzier (Haute-Savoie). « Dès qu'ils ont assez d'informations sur ce projet, les gens s'inquiètent», dit-il. «Cela veut dire que, plus il y a d'informations, plus il y a d'opposants?», lui a demandé Claire Bouteloup, membre de l'équipe de la CNDP. «Je pense, oui», a répondu l'élu, évoquant par ailleurs la problématique de l'eau. «Des communes se font ravitailler en eau en ce moment par des camions-citernes. C'est un sujet central. » De fait, le FCC en consommerait environ 1,9 million de mètres cubes par an pour son exploitation, soit l'équivalent d'un an de consommation d'une ville de 35 000 habitants.
Le maire (LR) de Gex (Ain), Patrice Dunand, a, quant à lui, vanté la « vraie culture CERN » de son département: « Nous avons peut-être beaucoup moins de craintes et d'a priori que d'autres sur ces projets. » Mais « cela n'empêche pas d'avoir la même vigilance sur des considérations qui ne sont pas accessoires », a-t-il ajouté, citant la question du logement et, lui aussi, celle de l'eau qui «inquiète beaucoup» la population.
Lors des différents événements organisés dans le cadre de ce débat public, environ 2500 participants ont été comptabilisés (dont certains se sont déplacés à plusieurs reprises). David Chevallier, membre de la CNDP, président du débat, admet « un peu de déception » face à l'affluence lors de cette ultime réunion. Mais, reconnaît-il aussi, « c'est difficile de se projeter aujourd'hui sur un projet pareil », alors que les interrogations sur l'état de la France, de l'Europe et du monde, sont nombreuses. La décision de réaliser, ou non, ce projet sera prise par le conseil du CERN rassemblant 25 Etats membres, dont la France et la Suisse. Elle est attendue en 2028, au plus tôt, pour un lancement éventuel au milieu des années 2040.
FANNY HARDY
PRIX NOBEL DE MÉDECINE
Un trio récompensé pour sa technique d'activation des neurones par la lumière
NEUROSCIENCES - Les trois lauréats, Georg Nagel, Peter Hegemann et Karl Deisseroth, sont parvenus à manipuler des catégories de cellules nerveuses grâce à leurs travaux sur l'optogénétique
Georg Nagel, à Wurtzbourg (Allemagne). HO/RUDI MERKL/VIA REUTERS
Peter Hegemann, à Berlin, en 2021. UNI. ZU BERLIN VIA REUTERS
Percer les secrets du cerveau en manipulant les neurones. C'est pour la mise au point de l'optogénétique, une technique très ingénieuse permettant de réaliser cet exploit, que sont récompensés, lundi 5 octobre, les trois lauréats du prix Nobel de physiologie ou médecine 2026 : l'Américain Karl Deisseroth et les Allemands Peter Hegemann et Georg Nagel. Une stratégie brillante et audacieuse qui tire ses superpouvoirs d'un pacte inattendu entre deux elfes, le génie génétique et l'optique, créant cette « fée lumineuse » aussi précise que puissante.
Karl Deisseroth, à Stanford (Californie), en 2021. JIM GENSHEIMER/AFP
L'enjeu est double: comprendre comment le cerveau forme les souvenirs, les émotions, les comportements; mais aussi développer des traitements contre des troubles de la vision ou diverses maladies neurologiques ou psychiatriques. En 2021, un tout premier patient aveugle, atteint de rétinite pigmentaire, une maladie qui touche près de deux millions de personnes dans le monde, a pu recouvrer une partie de la vision grâce à un traitement optogénétique.
« C'est une récompense très méritée que tous les spécialistes attendaient », se réjouit l'ophtalmologue José-Alain Sahel, fondateur et ancien directeur de l'Institut de la vision, à Paris, aujourd'hui à l'université de Pittsburgh (Etats-Unis), qui a codirigé l'essai clinique mené sur ce patient aveugle.
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Une aventure fascinante
C'est, en réalité, une aventure fascinante que met à l'honneur le comité Nobel. Mais avant de la relater, il faut rendre hommage à un visionnaire: le Prix Nobel 1962 Francis Crick, codécouvreur de la structure de l'ADN. Dès 1979, il prédit que, pour progresser dans l'étude du cerveau, il faudrait pouvoir « allumer » et « éteindre » des neurones à la demande. Et pour le faire, « le signal idéal serait la lumière », ajoutait-il.
En 2002, trois biophysiciens de l'Institut Max-Planck, en Allemagne – Peter Hegemann et Georg Nagel et Ernst Bamberg, un des grands oubliés de ce prix – annoncent avoir percé un secret: comment une algue unicellulaire (Chlamydomonas reinhardtii) parvenait-elle à se diriger vers la lumière? Sa membrane, découvrent-ils, est dotée d'une molécule sensible à la lumière, une opsine. Celle-ci forme un canal qui s'ouvre en présence de lumière verte, laissant alors entrer des ions positifs dans la cellule de l'algue... ce qui la propulse vers les zones éclairées.
Puis, en 2003, le trio décrit une opsine particulière, la channelrhodopsine-2 (CR2), qui ne s'ouvre que sous l'effet d'une lumière bleue. Soulignons que notre œil est lui aussi doté d'opsines. « Mais elles fonctionnent très différemment de celles utilisées en optogénétique », précise Claire Wyart, biophysicienne et neurobiologiste à l'Institut du cerveau, à Paris.
C'est alors qu'entre en scène un psychiatre américain, Karl Deisseroth, de l'université Stanford (Californie), et son postdoctorant Edward Boyden – autre oublié de ce prix Nobel. « Découvrant le travail de l'équipe allemande, il la contacte pour obtenir leur gène de l'opsine », raconte Claire Wyart. Et se lance un défi: appliquer cet outil à l'étude des circuits cérébraux. Grâce à un virus, l'équipe de Stanford réussit à introduire le gène de la CR2 dans des neurones de souris en culture. Ces cellules répondent alors à la lumière! Ce travail sera publié en 2005 dans Nature Neuroscience. Cité plus de 2100 fois, il propulsera le duo américain sur le devant de la scène.
Mais comment cibler les seuls neurones dont on veut contrôler l'activité? C'est là qu'intervient le génie génétique. Les chercheurs vont placer le gène de l'opsine CR2 sous le contrôle d'une « adresse génétique », afin d'atteindre les neurones visés. Puis ils vont introduire cette construction génétique dans un « vecteur », un virus rendu inoffensif. Une fois injecté dans l'œil ou le cerveau d'un animal, le virus infectera les neurones. Seuls ceux qui auront été ciblés de la sorte produiront la fameuse opsine.
En suivant cette approche, les chercheurs de Stanford parviennent, en 2007, à activer des neurones dans le cerveau de souris vivantes. Mieux encore, ils introduisent ce gène dans un type de neurones qui contrôle les mouvements. En les illuminant à l'aide d'une fibre optique introduite dans le cerveau, ils réussissent à contrôler les mouvements des vibrisses de ces rongeurs. Karl Deisseroth nomme cette technique « optogénétique ». Restait à trouver le moyen d'inhiber les neurones. Entre en scène une archéobactérie, dotée d'une protéine qui, une fois activée par une lumière jaune, laisse pénétrer des ions négatifs dans le neurone – qu'elle éteint alors.
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Querelles de paternité
«La technique s'est rapidement démocratisée dans les laboratoires, car tout est arrivé en même temps : les virus pour délivrer les gènes des molécules photosensibles dans des cellules spécifiques, mais aussi les LED pour conduire la lumière dans les tissus cérébraux par fibre optique», se souvient Alexandre Mourot, chercheur Inserm à l'Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris, un des premiers à importer, en 2012, l'optogénétique en France. «Karl Deisseroth a eu l'intelligence de partager gratuitement ses outils. Il proposait aussi des ateliers à Stanford pour se former», dit-il.
La technique, cependant, s'est vite trouvée au cœur d'intenses querelles de paternité. En 2013, le Brain Prize récompensera d'ailleurs six chercheurs: outre les trois lauréats du prix Nobel 2026, il honorait aussi Edward Boyden, Ernst Bamberg et Gero Miesenböck (université d'Oxford, Royaume-Uni), le premier à démontrer qu'il était possible de contrôler l'activité des neurones avec de la lumière. Pour autant, «c'est vraiment Peter Hegemann qui a découvert le fonctionnement des opsines qui seront utilisées en optogénétique. Ensuite, Karl Deisseroth a collaboré avec lui pour les optimiser en vue de développer des applications en neurosciences», précise Claire Wyart.
Pour quelles applications? En neurosciences, l'optogénétique a ouvert une « nouvelle ère », estime le comité Nobel de l'Institut Karolinska, à Stockholm. Celle du décryptage des circuits neuronaux en jeu dans la mémoire, la peur, l'éveil, l'attention, le système de récompense, la régulation du rythme circadien, la douleur, la locomotion, le déclenchement de la fièvre, mais aussi dans les dérèglements de l'humeur ou les troubles addictifs... les exemples foisonnent.
Parmi les découvertes marquantes, l'équipe de Karl Deisseroth parviendra, en 2012, avec le Japonais Susumu Tonegawa, à activer un « engramme » mnésique dans le cerveau de souris – un des circuits neuronaux assurant le stockage d'un souvenir, lié ici à la peur.
«Le cerveau humain adulte compte environ 90 milliards de cellules nerveuses, chacune formant des milliers de connexions avec d'autres cellules nerveuses, explique l'Institut Karolinska. Grâce à l'optogénétique, les chercheurs peuvent désormais déterminer précisément quelles cellules nerveuses, au sein d'un faisceau complexe, contrôlent différentes fonctions cérébrales. »
La technique permet aussi de cartographier les fonctions cellulaires en dehors du cerveau. L'équipe de Karl Deisseroth, toujours elle, a ainsi montré que le rythme cardiaque influence nos émotions: un effort accru du cœur, par exemple, peut renforcer l'anxiété.
Qu'en est-il des applications médicales? L'optogénétique « a permis de mieux comprendre les caractéristiques distinctives de troubles psychiatriques et neurologiques comme la dépression, l'anxiété, la schizophrénie, la maladie d'Alzheimer et la maladie de Parkinson », ajoute l'instance suédoise.
Pour l'heure, l'enjeu le plus évident est la restauration de la vision, l'œil étant la seule partie du cerveau directement accessible à la lumière. Un des pionniers, à cet égard, est le médecin et mathématicien suisse Botond Roska, de l'Institut Friedrich-Miescher de recherche biomédicale, à Bâle (Suisse). En 2010, avec l'équipe de José-Alain Sahel, alors directeur de l'Institut de la vision à Paris, il a copublié une étude montrant comment restaurer l'activité de photorécepteurs chez des souris aveugles.
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Promesses thérapeutiques
En 2021, une étape cruciale est franchie par cette équipe : un tout premier patient, dans le cadre d'un essai clinique, a bénéficié de cette technique. Devenu aveugle à la suite d'une rétinite pigmentaire, une maladie qui détruit les cellules photoréceptrices de la rétine, il a pu distinguer et saisir des objets sur une table grâce à l'insertion d'une opsine dans sa rétine, moyennant le port de lunettes spéciales émettrices de lumière. La suite de cet essai, « sur dix patients, devrait être très prochainement publiée », glisse José-Alain Sahel.
C'est, en réalité, une série bien plus large de promesses thérapeutiques qu'ouvrent les découvertes réalisées grâce à l'optogénétique. Il reste impossible, pour l'heure, d'agir ainsi directement sur le cerveau humain : les os du crâne ne laissent pas passer la lumière. «Mais grâce aux connaissances acquises chez l'animal, nous pouvons développer des techniques non invasives, comme la stimulation magnétique transcrânienne ou les ultrasons, pour cibler les circuits qui dysfonctionnent dans diverses maladies neurologiques ou psychiatriques», assure Claire Wyart.
HERVÉ MORIN
ET FLORENCE ROSIER
TÉLESCOPE
PALÉONTOLOGIE
Un cousin disparu du yak découvert grâce à son ADN
Une espèce de bovin jusqu'alors inconnue, aujourd'hui disparue, a été identifiée grâce à des traces d'ADN trouvées dans des fragments d'ossements tirés de la grotte sibérienne de Denisova et de sites alentour. Les analyses génomiques conduites par une équipe internationale dirigée par Love Dalén (université de Stockholm) suggèrent qu'il s'agissait d'un proche parent du yak. Les deux espèces auraient commencé à diverger il y a 400 000 ans, avant de se séparer il y a 250 000 ans. Les 20 génomes reconstitués montrent une perte de la diversité génétique il y a environ 120 000 ans, lors de la période interglaciaire – comme si ce réchauffement avait nui à un animal adapté au froid. Le spécimen le plus récent date de 27 000 ans, et les chercheurs estiment que l'espèce, à laquelle ils n'ont pas encore donné de nom, a disparu peu après.
» J. Oppenheimer et al., « Current Biology », 5 octobre
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BACTÉRIOLOGIE Le staphylocoque doré amateur de lait
Les propriétés du staphylocoque doré, germe responsable de nombreuses infections en médecine humaine et vétérinaire, dépendent de l'environnement où il se développe, selon une étude menée à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). Dans un milieu lacté, la bactérie incorpore des protéines du lait dans sa membrane, ce qui la rend trois fois plus épaisse que lorsqu'elle a été en croissance dans du sérum. En outre, les lipides du lait stimulent la production de pigment, ce qui entraîne une augmentation de virulence du staphylocoque doré et une plus grande résistance au stress oxydatif. Au total, selon les expériences des chercheurs, cette bactérie est plus résistante aux antibiotiques prescrits pour une mastite (infection des glandes mammaires) quand elle s'est développée dans du lait. Un paramètre possiblement à prendre en compte pour le traitement de ces infections.
Léguillier et al., « Communications Biology », 1er octobre
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ASTRONOMIE Découverte d'une planète de « seconde génération »
de « seconde génération »
Une équipe internationale pense avoir observé une planète en formation à partir de la matière éjectée par une étoile en fin de vie, ce qui serait une première. Les astronomes ont travaillé à partir des données récoltées par le télescope spatial Hubble sur la naine blanche HS 0209 + 0832. Celle-ci présente une atmosphère ayant une signature chimique très inhabituelle. Or, les naines blanches, qui sont le cœur effondré d'étoiles ayant épuisé leur combustible, attirent la matière des planètes voisines. Cette signature chimique, qui renseigne sur les planètes en orbite, est généralement dominée par des éléments constitutifs des roches, comme le silicium et le fer. Ici, la présence d'hélium et l'absence d'éléments rocheux terrestres suggèrent que la naine blanche accrète de la matière provenant d'une planète géante gazeuse, notent les chercheurs.
J. Williams et al., « Nature Astronomy », 5 octobre
Un test urinaire améliorerait le diagnostic du cancer de la vessie
Des chercheurs de l'université Stanford et du centre hospitalier Palo Alto, en Californie, ont mis au point un nouveau moyen de diagnostiquer le cancer de la vessie. Ce test urinaire permet aussi de prédire l'efficacité d'une immunothérapie ou d'une chimiothérapie et d'évaluer la réponse au traitement. Plutôt que de rechercher les mutations liées au cancer dans l'ADN, comme le font les biopsies de sang et d'urine, ce test mesure directement l'ARN messager émis par les cellules tumorales. L'avantage, c'est que l'ARN reflète les gènes qu'une cellule cancéreuse utilise activement, ce qui permet de capturer le comportement d'une tumeur en plus de sa présence. L'étude s'est appuyée sur 683 échantillons d'urine de patients et a correctement détecté 95 % des cancers.
K. Liu et al., « Nature Medicine », 2 octobre
| Depuis 1970 | Depuis 1988 | Depuis 1995 | Le STAI (State-Trait Anxiety Inventory)40 questions qui évaluent l'anxiété. | Le PSS-10 (Perceived Stress Scale)10 questions qui évaluent la perception de stress chronique ou récent. | Le DASS (Depression Anxiety Stress Scale)21 questions dans la version courte évaluant des symptômes combinés. | # Six actions pour contrer le stress étudiées par les chercheurs
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Le corps est mobilisé: le rythme cardiaque et la pression artérielle augmentent, la sudation s'accroît et l'activation de l'axe hormonal du stress peut entraîner une élévation d'une hormone, le cortisol.
Partout dans le monde, des chercheurs explorent des pratiques apaisantes simples et rapides. Sans minimiser leurs limites scientifiques. De fait, aucun biomarqueur unique du stress n'a été identifié. Pour cerner un état de tension, ces scientifiques multiplient les mesures quantitatives sur et dans le corps, et demandent de remplir des autoquestionnaires psychométriques avant et après ces pratiques.
Ces recherches, souvent de petite taille et conduites avec des moyens limités, sont scientifiquement faillibles. « Elles reposent sur des preuves de concept, ce que l'on appelle des "signaux d'effets", mais il faudrait dépenser des fortunes pour atteindre des niveaux de preuve tels que ceux exigés dans l'industrie du médicament », explique Thomas Similowski. Ce pneumologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), également professeur à faculté de santé Sorbonne Université, a pu observer cliniquement les effets apaisants de certaines microactions, du contrôle de la respiration au toucher bienveillant ou à la pratique de la méditation. « Ces approches ne sont pas des soins, mais elles ont pour objectif confort et prévention, note-t-il. Comme il n'y a aucun profit évident à la clé, il est difficile de financer ces recherches. »
De nombreux scientifiques utilisent ces approches pour aider des personnes malades à mieux gérer leur stress. Mais il s'agit ici d'estimer l'effet sur des personnes bien portantes. Or, le poids scientifique des études les concernant est plus faible. « Ces pratiques destinées à une population générale peuvent avoir des effets qualifiés statistiquement de "petits à modérés", mais cela n'invallide en rien leur efficacité, observe le professeur en pédopsychiatrie et chercheur en épidémiologie Cédric Galera (hôpital Charles-Perrens, Inserm, université de Bordeaux). L'effet, réel, est encore plus marqué chez certains individus. »
Tour d'horizon de six pistes explorées par les chercheurs, boîte à outils à disposition pour alléger le stress au quotidien.
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Contrôler sa respiration
Le contrôle du souffle est une pratique apaisante mentionnée dans des textes indiens depuis des siècles. Accessible à tout un chacun, il consiste à ralentir sa respiration afin que celle-ci soit cohérente avec le rythme cardiaque.
« L'idéal est de le faire en gonflant le ventre pour une meilleure amplitude respiratoire », précise Thomas Similowski. A raison de six respirations par minute, soit un cycle de cinq secondes d'inspiration et cinq secondes d'expiration, « se produit un phénomène de résonance dans l'organisme », poursuit le cofondateur de la Fondation du souffle, qui lutte contre les maladies respiratoires. « Les deux ondes de régulation du nerf vague, l'une directe, liée au tronc cérébral, et l'autre indirecte, liée à la régulation de la pression artérielle, se synchronisent. L'activité du système nerveux parasympathique, le frein physiologique du corps, est maximisée, ralentissant instantanément le cœur et faisant chuter le cortisol. » L'application gratuite Respirélax+, véritable guide de respiration développé par les thermes d'Allevard (Isère) pour se relaxer, a été téléchargée par quatre millions de personnes depuis son lancement, en 2012.
Pour un effet encore plus apaisant, il est préférable de privilégier la respiration par le nez, ajoute Thomas Similowski. L'air, ainsi réchauffé et humidifié, « protège le poumon profond de 90 % des impuretés et stimule les cils olfactifs branchés de manière directe sur le cerveau. Ce couplage mécanique exacerbe les effets du contrôle respiratoire sur le système nerveux ».
Une équipe de l'université de Hongkong a sélectionné 31 publications présentant des mesures quantitatives sur plus d'un millier de personnes en bonne santé. Leur méta-analyse, publiée en 2024, souligne que cette pratique fait diminuer la pression artérielle systolique et que le rythme du cœur varie davantage d'un battement à l'autre, signe d'une meilleure adaptabilité. Les effets sur le stress, mesurés par autoquestionnaires, sont « plus modestes » et « des recherches plus approfondies » seront nécessaires, disent les auteurs. « Ces exercices doivent trouver leur place dans une médecine intégrative pour soulager, mais il faut veiller à ne pas les survendre ni à les surinvestir, renchérit Thomas Similowski. Ils apportent un soutien précieux pour gérer des situations d'anxiété, mais ils ne remplacent pas les traitements médicaux et ne guérissent pas les pathologies somatiques ou les causes profondes d'un problème social. »
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Bouger intensément
Sport en salle accueillant plus de 75 millions d'abonnés en Europe, course à pied devenue « running connecté » et séduisant le quart de la population française..., l'essor de l'exercice physique reflète une aspiration croissante, chez certains, vers plus de santé et de bien-être.
Depuis 1985, date à laquelle le professeur William Morgan (université de Wisconsin-Madison, Etats-Unis) a publié son étude pionnière sur l'exercise psychology, une kyrielle de travaux scientifiques documente l'apport du sport pour réduire stress et anxiété. Une nouveauté : de récentes recherches soulignent qu'il n'est pas besoin de pratiquer des heures durant pour se sentir plus détendu.
Vélo d'appartement, montée d'escaliers... Une seule séance d'exercice physique peut réduire modestement l'anxiété, montrent deux méta-analyses publiées en 2015 (Ensari et al.) et en 2024 (Weinstein et al.). « Pendant longtemps, on a cru qu'il était nécessaire d'exercer une activité endurante, constate l'ancien spécialiste du 1500 mètres Fabien Legrand, enseignant-chercheur en psychologie de l'activité physique à l'université de Reims (Marne). On sait désormais que même des séances de renforcement musculaire ou de zumba, plus courtes et plus intenses, sont efficaces. »
Une recherche (Ginty et al., 2026) réalisée auprès d'un petit groupe de vingtenaires en bonne santé suggère que dix minutes d'exercice intense, à 70 % de la fréquence cardiaque maximale, ont un effet apaisant. « On peut estimer sa fréquence cardiaque maximale en soustrayant son âge au chiffre 220. A 53 ans, ma fréquence cardiaque maximale se situe autour de 170 à 175 battements par minute », raconte Fabien Legrand, conseiller scientifique de l'association Je bouge pour mon moral.
Que se passe-t-il biologiquement pendant l'effort? « L'augmentation du flux sanguin cérébral permet une meilleure irrigation du cerveau. Certaines réponses neuro-hormonales comme la libération d'adrénaline et de noradrénaline, génèrent un état d'éveil, écrivent les auteurs de la métaanalyse de 2024. L'exercice engendre également une hausse des niveaux de bêta-endorphines et de sérotonine, molécules chimiques du cerveau intimement liées aux sensations de plaisir, d'apaisement et de régulation de l'humeur. » Point de certitudes absolues, cependant. « Les preuves de chacun de ces chemins biologiques pris individuellement ne sont pas encore robustes dans la littérature scientifique. Il faut plutôt envisager un effet combiné de ces modifications biologiques. »
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Ecouter de la musique choisie
Nous ne sommes pas tous égaux face à la musique. Les hyperhédoniques ont un besoin quasi obsessionnel d'en écouter, les anhédoniques peuvent posséder une excellente perception
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«CES APPROCHES NE SONT PAS DES SOINS, MAIS ELLES ONT POUR OBJECTIF CONFORT ET PRÉVENTION »
CEDRIC GALLERA
PROFESSEUR EN PÉDOPSYCHIATRIE
ET CHERCHEUR EN ÉPIDÉMIOLOGIE
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et des autoquestionnaires psychométriques
Source : Le Monde • Infographie Le Monde, Laure Belot, Audrey Lagadec
musicale, mais le plaisir de l'écoute, contrairement à d'autres plaisirs, leur est inaccessible. Pour tous, cependant, l'effet de la musique est fulguérant. « En moins de deux secondes, un être humain est capable de comprendre la valence émotionnelle d'un morceau, s'il a été imaginé pour procurer de la joie, de la tristesse ou de la sérénité », relève la neuroscientifique italienne Laura Ferreri.
Pendant ses recherches à l'université de Barcelone (Espagne) en 2019, cette chercheuse, désormais à l'université de Pavie, en Italie, a apporté la première preuve causale d'une véritable mécanique chimique cérébrale : la dopamine gouverne directement le plaisir musical. D'ailleurs, ajoutet-elle, « si nous écoutons pendant trente secondes un passage de notre morceau favori, nous pouvons avoir des frissons ».
La musique ne bloque pas l'apparition du stress, mais elle agit comme un puissant accélérateur du retour au calme. Sous le tempo d'une musique relaxante – le plus efficace se situe entre 60 et 80 battements par minute –, l'alpha-amylase salivaire, marqueur de l'activité du système sympathique, et l'arythmie sinusale respiratoire, marqueur de l'activité parasympathique, reviennent à leur état de repos significativement plus vite que si la personne était restée assise en silence. Une méta-analyse néerlandaise (De Witte et al., 2020) rassemblant 104 essais cliniques confirme une précédente étude de 2004. La musique seule a un effet antistress significatif sur les plans physiologique et psychologique dans un délai bref (de cinq à quinze-vingt minutes, selon les études).
Le cerveau est un « un expert implicite de la perception de la musique », remarque Barbara Tillmann, directrice de recherche au CNRS et coautrice du livre La Symphonie neuronale (HumenSciences, 2020). « Les recherches en neurosciences ont révélé que la musique mobilise un vaste réseau de régions cérébrales interactives qui se synchronisent. Au-delà des seules aires auditives, elle sollicite, par exemple, les régions motrices, le circuit émotionnel et le système de récompense », explique-t-elle. Cette spécialiste poursuit : « Les émotions musicales naissent en partie d'un jeu permanent entre attentes et surprises. Le fait de confirmer, de déjouer ou de réorienter les prédictions de l'auditeur crée des moments musicalement expressifs et des émotions. »
Les auteurs de la méta-analyse de 2020 notent que, « compte tenu des faibles coûts et de l'absence d'effets secondaires des interventions musicales, les effets tranquillisants modérés de la musique sont très significatifs pour la prévention et le traitement des problèmes liés au stress ».
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Avoir un contact physique rassurant
Serrer un coussin confortable dans ses bras, recevoir la caresse d'une personne bienveillante, être recouvert d'une couverture lestée, etc. Longtemps ignorés, les bienfaits d'un toucher rassurant sont désormais scientifiquement reconnus.
Le psychologue allemand Julian Packheiser a codirigé en 2024, avec l'équipe du Social Brain Lab de l'Académie royale des Pays-Bas à Amsterdam, l'une des plus vastes synthèses jamais réalisées sur le sujet. Publiée dans Nature Human Behaviour, elle rassemble plus de 210 recherches internationales auxquelles ont participé près de 13 000 adultes, enfants et nouveau-nés. Après un toucher bienveillant statique ou dynamique, « trois effets particulièrement forts apparaissent chez les adultes et les enfants », déclare l'auteur principal, citant « une baisse de la douleur, une diminution du stress et de l'anxiété ». Les nouveaunés bénéficiant d'un peau à peau, par exemple, prennent, eux, plus de poids et leur métabolisme régule mieux leur taux de cortisol.
C'est en 1945 que le psychiatre austro-américain René Spitz alerte le premier sur la situation délètre des nourrissons élevés en institutions publiques sans soins maternels. Il ne mentionne pas spécifiquement l'absence de toucher. Il faudra attendre les années 1980 pour qu'une professeure en pédiatrie de Miami (Floride), Tiffany Field, conduise des recherches sur de grands prématurés. Sa publication, en 1986, montre que ceux qui sont stimulés par des caresses, trois fois par jour pendant quinze minutes, prennent 47 % de poids en plus que ceux du groupe témoin.
En 1999, la recherche prend un tournant majeur lorsque trois neurophysiologistes suédois identifient l'existence de capteurs inédits dans la peau, des fibres C-tactiles sensibles aux caresses douces. « Contrairement aux fibres nerveuses rapides qui permettent de savoir précisément où et comment nous sommes touchés, ces fibres lentes et démyélénisées participent à la dimension émotionnelle du toucher, en transmettant des informations vers des régions cérébrales comme l'insula »,
Fréquence cardiaque, (battements/minute)
Tension artérielle\*, en millimètres de mercure
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EN FORÊT, QUATORZE MINUTES DE CONTEMPLATION ASSISE ET SEIZE MINUTES DE MARCHE FONT CHUTER LE CORTISOL, LE POULS ET LA PRESSION ARTÉRIELLE
commente la neuroscientifique Rochelle Ackerley, directrice de recherche au CNRS à Marseille, qui a passé cinq ans à Göteborg (Suède) dans ce laboratoire pionnier.
Désormais présidente de l'Association internationale pour l'étude du toucher affectif, la scientifique travaille sur une autre piste, l'autoapaisement par pression corporelle. Une direction également prise par le chercheur allemand Aljoscha Dreisoerner à l'université de Vienne. Pour sa première publication, il a demandé à des adultes, les yeux fermés, de « poser une main sur le cœur et l'autre sur le ventre, en se concentrant sur la chaleur et la pression de ce geste ». Cet autotoucher, insiste-t-il, « a eu un effet tampon très significatif sur la sécrétion de cortisol salivaire pour les personnes ayant ensuite été soumises à un stress ». Le chercheur et son équipe poursuivent des expériences en condition de vie réelle en utilisant des objets connectés. « Ces travaux sont très préliminaires, commente Julian Packheiser, mais l'accessibilité et le faible coût de cette pratique rendent cette piste extrêmement intéressante. »
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S'asseoir ou marcher
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dans la nature
S'asseoir dans un parc, se promener en forêt, regarder le ciel, la mer ou la campagne... Nombre d'habitants des villes et des champs connaissent instinctivement ce réflexe apaisant. « Quand vous êtes dans la nature, développe le chercheur Marc Berman, professeur de psychologie à l'université de Chicago (Illinois) et auteur de Nature and the Mind (« La nature et l'esprit », Simon & Schuster, 2026, non traduit), une grande partie des stimulations naturelles sont doucement fascinantes, c'est-à-dire intéressantes, mais pas au point d'absorber toute votre attention. »
Des spécialistes en neurosciences environnementales, en psychologie et en épidémiologie se sont emparés de cet état de léger flottement pour l'étudier physiquement et psychologiquement. La synthèse la plus vaste réalisée à ce jour, publiée en mai dans la revue en ligne Nature Human Behaviour, comprend trente méta-analyses, soit plus de 3800 études primaires rassemblant dix millions de participants. Selon ses conclusions, une exposition à la nature fait, de façon statistiquement significative, ralentir la fréquence cardiaque et baisser la sensation d'anxiété et d'iritabilité, tandis que le sentiment de relaxation et de bien-être augmente. Une méta-analyse de quatorze études (Meredith et al., 2020) précise que, dès dix à vingt minutes passées assis ou à marcher dans un espace vert, un apaisement est mesuré.
Depuis l'intuition pionnière de l'Américain Frederick Law Olmsted (1822-1903), paysagiste en 1857 de Central Park, à New York, selon qui « les paysages naturels apaisent l'esprit tout en le dynamisant », plusieurs théories se sont développées. Celle de la restauration de l'attention, des professeurs de psychologie Stephen et Rachel Kaplan (université du Michigan), publiée en 1995, avance que notre attention, une ressource limitée, est restaurée par un environnement naturel. La théorie de la réduction du stress, du chercheur et architecte Roger S. Ulrich, avance que nous possédons un apaisement inné face à la nature lié à l'inhibition du système nerveux sympathique.
En Asie, des chercheurs expérimentent depuis le tournant du XXI $^{e}$ siècle une autre pratique : les bains de forêt, appelés Shinrin-yoku. Une des études les plus citées, menée en 2009 par les professeurs japonais Yoshifumi Miyazaki et sud-coréen Bum-Jin Park dans 24 forêts japonaises, auprès de 280 jeunes participants masculins, montre que, dans la nature, quatorze minutes de contemplation assise et seize minutes de marche font chuter significativement le cortisol, le pouls et la pression artérielle, bien plus que lors de la même situation en ville.
L'épidémiologiste Cédric Galera, auteur d'une étude remarquée (en 2025) sur 25 000 personnes montrant que vivre dans un quartier très peu végétalisé est associé à davantage de détresse psychologique, nuance. «S'exposer à la nature, c'est aussi se soustraire à un environnement urbain stressant, aux écrans, au travail. On peut affirmer que les espaces naturels offrent un contexte favorable à la réduction d'autres stresseurs. »
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Pratiquer une séance de pleine conscience
D'emblée, certains affirment que méditer n'est pas fait pour eux. Les scientifiques qui étudient cette pratique dite « de pleine conscience » le confirment : la pratiquer seule n'est pas adapté à tous, il est recommandé de l'aborder de façon encadrée.
Contrairement à la relaxation ou à des exercices de respiration, ces pratiques sont «des outils d'introspection», explique Antoine Lutz, directeur de recherche à l'Inserm de Lyon. «Notre cortex préfrontal, bien plus développé que chez les autres espèces animales, enclenche, après un stress, un mode “résolution de problème”, d'où notre tendance à ruminer, ajoute la neuroscientifique Sophie Lavault, psychologue clinicienne et membre associée d'une unité de recherche Inserm à la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Il ne s'agit pas, avec une séance de pleine conscience, de faire le vide, mais d'observer, en prenant de la distance, son fonctionnement intérieur. »
C'est l'Américain Jon Kabat-Zinn, biologiste moléculaire de formation, qui a médiatisé mondialement cette pratique par un livre publié en 1990 aux Etats-Unis et traduit en France en 2009: Au cœur de la tourmente, la pleine conscience (De Boeck). Ce précurseur s'est inspiré de pratiques méditatives de traditions bouddhistes, qu'il a adaptées à un cadre médical et non religieux. Dans la clinique de réduction du stress qu'il a fondée en 1979 dans le Massachusetts, il a alors conduit une multitude d'études pionnières, statistiquement fragiles par manque de participants ou de groupes contrôles, sur l'effet de la méditation sur la douleur chronique, le stress, l'anxiété. Depuis, «la définition stricte de Jon Kabat-Zinn a évolué pour couvrir une famille de pratiques», relate Antoine Lutz.
Dans le monde s'est ainsi popularisée la méditation assise, qui permet d'interpréter ses pensées comme des événements passagers plutôt que des reflets exacts de la réalité. La méditation de compassion, qui, de façon plus active, amène une personne à modifier le contenu de ses pensées en générant de l'altruisme. Sont également proposées des pratiques de balayage corporel (body scan), où l'attention est portée successivement à différentes parties du corps, ou encore de marche consciente (mindful walking), lorsqu'une personne se focalise, en cheminant, sur les sensations physiques des pieds et du contact avec le sol.
Une vaste étude a été menée en 2024 par Alessandro Sparacio et ses collègues sur 37 sites aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Europe, en Australie et au Canada pour tester l'efficacité de différentes pratiques de quinze minutes; 2200 jeunes âgés de 22 ans en moyenne, non méditants au préalable, ont été guidés par des enregistrements audio professionnels sur smartphone. Une réduction statistiquement significative du stress perçu a été observée, le body scan étant la pratique la plus efficace. «L'étude ne permet cependant pas de conclure à une réduction du stress chronique, ni à un maintien du bénéfice dans
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Bouger et bain de nature : des effets apaisants mesurés
Bouger : principe de l'expérience
L'exercice physique a un effet tampon sur le stress
Prendre des bains de forêt : des effets comparés sur l'apaisement avec une promenade urbaine
Hormone du stress : taux de cortisol salivaire, en microgrammes par décilitre
Variabilité de la fréquence cardiaque\*\*, en millisecondes au carré
\* Pression artérielle systolique ; \*\* Manière dont le système nerveux autonome s'adapte en modulant le rythme du cœur
Sources : International Journal of Psychophysiology (Sinty et al., 2026); Environmental Health and Preventive Medicine, Bum Jin Park et al., 2009
le temps », avertit Alessandro Sparacio, désormais à l'agence publique de recherche de Singapour (A STAR). Antoine Lutz abonde. Le chercheur est l'un des auteurs de l'étude de 2022 dans Science Advances montrant qu'une pratique de huit semaines n'est pas suffisante pour apporter des modifications anatomiques de la structure cérébrale. « Des modifications comme l'épaississement des régions préfrontales ou la réduction durable de la réactivité de l'amygdale nécessitent des "doses" de pratique plus intenses ou prolongées sur plusieurs mois ou années, comme observé chez les méditants experts», conclut le scientifique, qui prône une pratique régulière pour ceux qui y trouvent au départ un apaisement.
LAURE BELOT
L'EXPOSITION
La géométrie sous toutes ses formes
Avec « Abstraction en couleurs », l'Institut Henri-Poincaré, à Paris, confronte le visiteur aux mystères des modèles mathématiques
Un curieux objet sculpté dans du bois nous accueille à la Maison Poincaré (Paris 5°), dans le cadre de l'exposition « Abstraction en couleurs ». Sa forme évoque une coque de bateau rudimentaire que l'on aurait placée à la verticale. Il est photographié sur un fond de deux nuances de vert d'eau. Aucun indice sur sa fonction ou son contexte de fabrication n'est donné au visiteur, sauf une étiquette collée sur l'objet même, où est inscrit le nombre 377.
Une brève recherche en ligne dans les collections de l'Institut Henri-Poincaré (IHP) nous apprend que l'objet 377 est la représentation matérielle d'une abstraction, un concept géométrique: « Une surface normale aux droites dont trois points, de distances mutuelles constantes, se meuvent dans trois plans rectangulaires. » Fabriqué en 1914, il fait partie des modèles façonnés par l'artiste mathématicien Joseph Caron (1866-1944), conservés à l'IHP.
Ces artefacts mathématiques, vestiges d'une époque où l'enseignement de la géométrie était très lié au dessin, ont inspiré les artistes suisses Zoë Meyer et Lena Amuat. Depuis 2009, elles parcourent l'Europe, de collections scientifiques en universités, pour photographier ces sculptures. Le protocole est toujours le même : un travail de recherche pour identifier les modèles, puis la réflexion sur les fonds qui leur seront associés, avant de se rendre sur les sites de conservation avec un studio photographique mobile. Leur série baptisée « Artefakte und Modelle 2009-2026 » compte 200 tirages. La sélection exposée jusqu'au 24 décembre fait la part belle à la collection de l'IHP.
Nouvelle aura
Pour Zoë Meyer, «la démarche s'apparente presque à de l'archéologie», tant elle consiste parfois à sortir de boîtes couvertes de poussières des modèles qui y sommeillaient depuis une centaine d'années. Le sens de ces objets s'est parfois nimbé de mystère. Frédéric Brechenmacher, historien des sciences, reconnaît volontiers que l'on fait, face à eux, « une expérience esthétique qui n'est pas sans rappeler l'expérience des ruines », dont on oublie l'origine pour se focaliser sur leur beauté. En choisissant de gommer toute référence au contexte scientifique, le duo d'artistes offre aux artefacts une nouvelle aura, laissant libre cours à l'imagination du profane.
Une vitrine attire l'œil dans la seconde salle de l'exposition et laisse à penser que les modèles mathématiques n'ont pas dit leur dernier mot. Un nœud de trèfle, un nœud de Conway et un entrelacs y sont présentés, réalisés grâce à une technique inattendue : le crochet. Ils sont l'œuvre de la mathématicienne et ancienne directrice de l'IHP Sylvie Benzoni, qui pratique le crochet topologique. Là encore, il s'agit de se confronter à la matière et d'approfondir la compréhension d'une discipline conceptuelle par la manipulation.
LESLIE MOQUIN
«Abstraction en couleurs», Maison Poincaré, 11, rue Pierre-et-Marie-Curie, Paris 5 $^{e}$ . Jusqu'au 24 décembre. Tarif plein : 10 € ; tarif réduit : 5 €.
LIVRAISON
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NEUROSCIENCES «Nos cerveaux sous haute surveillance»
Comment peut-on passer du soin ou de la thérapie à la surveillance voire au contrôle? Pour Catherine Vidal, directrice de recherche honoraire à l'Institut Pasteur et membre du comité d'éthique de l'Inserm, il est urgent de se questionner. Cet ouvrage, qui montre les progrès fulgurants des neurosciences, est un appel à la vigilance. Car les technologies développées pour faire parler ou marcher des personnes qui ne le pouvaient plus peuvent tout aussi bien servir des puissances idéologiques ou mercantiles animées de moins nobles intentions.
De Catherine Vidal, Dunod, 128 p., 16,90 €
UNE VIDÉO SCIENTIFIQUE PRIMÉE AVAIT ÉTÉ MODIFIÉE PAR IA
En 2023, le lauréat du célèbre Sony World Photography Award avait lui-même révélé que le cliché primé avait été créé par une intelligence artificielle (IA), engendrant un riche débat sur le statut de l'image à l'heure des IA. Nikon, qui organise chaque année un concours de microscopie, se retrouve dans une situation similaire : la vidéo primée le 15 septembre, montrant les battements de cils à la surface de cellules pulmonaires, aurait été améliorée grâce à l'IA. Le vainqueur du concours, Ning Xu, de l'université nationale de Singapour, a reconnu avoir confié à l'intelligence artificielle le soin de coloriser la vidéo initiale obtenue en niveaux de gris. Mais il ne l'a révélé qu'après que des biologistes se sont publiquement étonnés de la présence de structures cellulaires aberrantes. Celles-ci sont-elles le fruit d'hallucinations de l'IA ? Certains chercheurs estiment que Ning Xu devrait publier les données brutes pour s'assurer de l'intégrité scientifique du document. (PHOTO : NING XU/NIKON SMALL WORLD)
DIX MILLE PAS ET PLUS
LES 3-4 ANS, CHAMPIONS DE LA MARCHE
Par SANDRINE CABUT
Vont-ils devenir des modèles en matière d'activité physique? Les enfants de 3-4 ans battent en tout cas les adultes à plate couture en nombre de pas quotidiens: 18 500 en moyenne, selon une vaste étude internationale. Les résultats de ce travail, mené dans 44 pays, ont été publiés le 29 septembre dans la revue The Lancet Child & Adolescent Health.
C'est bien connu, la petite enfance est une phase-clé pour créer son capital santé. « La période allant de la naissance à l'âge de 5 ans est déterminante pour poser les bases d'une croissance et d'un développement optimaux de l'enfant », soulignent les auteurs de l'article, dont les deux premiers sont Jesus del Pozo-Cruz et Rosa Maria Alfonso-Rosa (université de Séville, Espagne).
En 2019, pour répondre à l'épidémie d'obésité infantile, l'Organisation mondiale de la santé a adopté des recommandations destinées aux moins de 5 ans concernant le temps d'écran, le sommeil et l'activité physique. Les enfants de plus de 1 an devraient bouger au moins trois heures par jour et limiter leurs temps de sédentarité : hors sommeil, ne pas les laisser plus d'une heure d'affilée dans un landau, une poussette, un porte-bébé... ou assis trop longtemps.
Mais quel est objectivement leur niveau d'activité? Jusqu'ici, les données disponibles provenaient surtout d'études réalisées dans des pays à haut revenu, en milieu urbain, et beaucoup dataient de plus de dix ans, notent les auteurs de l'article. C'est pour obtenir des valeurs de référence plus universelles qu'a été conçue l'étude Sunrise, qui a recruté 3570 enfants de 3-4 ans (1755 garçons, 1815 filles) dans 44 pays sur tous les continents, avec des niveaux de développement variés. Ils ont porté un accéléromètre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pendant un minimum de trois jours, pour quantifier leur activité et son intensité.
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Un record de 25 000 pas au Malawi
Résultat : la moyenne est de 18542 pas par jour, un peu plus élevée chez les enfants de 4 ans que chez ceux de 3 ans (environ 1400 pas d'écart). Les garçons sont un peu plus actifs que les filles. Le nombre de pas quotidiens est plus élevé dans les pays à revenu faible et moyen et dans les zones rurales que dans les pays riches et les zones urbaines.
Ces moyennes cachent des disparités considérables. Le décompte quotidien de pas est inférieur à 10 000 par jour chez les 3-4 ans d'une dizaine de pays (dont le Portugal, le Cameroun, l'Ecosse, l'Inde et les Fidji, lanterne rouge, avec environ 2 000 pas quotidiens), quand une dizaine d'autres (Maroc, Kenya, Sri Lanka...) atteignent au moins 20 000 pas quotidiens, avec un record de 25 000 pas au Malawi. La France n'a pas participé à cette enquête internationale. « C'est impressionnant de voir ce que des enfants de cette tranche d'âge sont capables de produire en matière de mouvement », s'enthousiasme Sébastien Ratel. Le chercheur et professeur en physiologie de l'exercice à l'université Clermont-Auvergne a fait le calcul : sachant que le pas d'un enfant de 3-4 ans mesure environ 40 centimètres – selon les estimations de chercheurs américains, les participants à l'étude ont parcouru en moyenne près de 7,5 kilomètres par jour. Une distance équivalente à celle d'un adulte qui fait 10 000 pas quotidiens!
Ce résultat est d'autant plus remarquable que, comme le souligne Sébastien Ratel, le coût énergétique de la marche est nettement plus élevé chez de jeunes enfants que chez des adultes: 6 joules par kilogramme de poids par mètre parcouru pour les premiers, contre 4 chez les seconds. « Bien sûr, à cet âge, l'activité est loin d'être linéaire. Elle est intermittente, avec des accélérations, des décélérations, des changements de direction... Mais ces résultats suggèrent que ces bambins récupèrent rapidement entre les phases d'activité, ce qui a déjà été montré chez des enfants de moins de 10 ans », dit encore le professeur Ratel.
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L'ÉNIGME MATHS - N° 114
Chaque semaine, le mathématicien Mickaël Launay vous soumet un problème. A vous de jouer!
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ALIÉNOR ET PHILÉMON
Le problème, avec Philémon, c'est qu'il mélange toujours tout! Ainsi, si vous voulez lui donner rendez-vous à 14 h 30, vous ne savez jamais s'il arrivera à 13 h 40, à 3 h 41, à 14 h 03 ou à un autre horaire résultant de la permutation des quatre chiffres 1, 4, 3 et 0. Le plus sûr consiste donc à toujours lui donner rendez-vous à une heure non mélangeable, comme 14 h 44. Malgré son excentricité, Philémon n'aurait pas l'idée d'arriver à 41 h 44 puisque cette heure n'existe pas. Le problème avec Aliénor, c'est qu'elle ne supporte pas les répétitions. Impossible de lui donner rendez-vous à 14 h 44, qui a l'insupportable défaut de répéter trois fois le chiffre 4 (ce qui fait deux de trop). Si vous ne voulez pas qu'elle vous pose de lapin, il est donc indispensable de lui donner rendez-vous à une heure sans chiffre redondant. 13 h 40, par exemple, est parfait. Notez également que la montre-bracelet d'Aliénor affiche l'heure sur quatre chiffres et que, si vous lui proposez 7 h 30, vous aurez toutes les chances de ne pas la voir puisqu'il y a deux 0 dans 07 h 30. Or, votre problème, c'est que vous êtes convaincu que Philémon et Aliénor s'entendraient à merveille si seulement il était possible de leur fixer un rendez-vous commun.
▶ A quel(s) moment(s) de la journée (ou de la nuit) serait-il possible de les faire se rencontrer?
INDICE
.00 h 02 tnava ecnadnoder snas te elbaegnalém non ertê elle-tuep erueh'L
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SOLUTION DE L'ÉNIGME N° 113
La première solution est unique à symétrie près. On peut la trouver par tâtonnement ou par la méthode que nous allons détailler pour la figure suivante. La deuxième figure totalise 17 carrés: 12 petits (1 × 1) et cinq grands (2 × 2). A symétrie ou rotation près, chacune des allumettes se trouve en position A, B, C, D ou E (voir figure). Par exemple, il y a huit allumettes en position D, qui forment le contour du grand carré central. On peut constater que le retrait d'une allumette en position A fait disparaître 2 carrés (un petit et un grand). Le retrait d'une allumette en position B ou C fait aussi disparaître 2 carrés, tandis que le retrait d'une D ou d'une E fait disparaître 4 carrés. Puisqu'il faut faire disparaître
8 carrés, les deux allumettes retirées doivent donc être en D ou en E. Il faut cependant qu'elles n'aient pas de carré commun: si on enlève deux D, toutes deux participent au grand carré central et donc seuls sept carrés vont véritablement disparaître. De même, on peut vérifier que deux E ont nécessairement un carré commun. Il faut donc enlever exactement une D et une E. Après retrait d'une des allumettes D, on constate que seule une des quatre E n'a pas de carré en commun avec elle, ce qui mène à la solution ci-dessous (unique à rotation ou à symétrie près).
CARTE
BLANCHE
Les maths, utiles pour l'image des géants de l'IA
Les mathématiques font rarement la une. Elles y sont pourtant apparues cet été, lorsqu'une pluie de résultats impressionnants furent annoncés par des intelligences artificielles, jusqu'à la résolution du problème de Navier-Stokes, l'un des sept « problèmes du millénaire ».
J'aurais dû me réjouir. Ma réaction fut plus confuse. Qu'un théorème soit vrai, même démontré et vérifié par ordinateur, ne m'intéresse guère si je ne peux pas le comprendre moi-même. Je crois cette réaction largement partagée par mes collègues. Un théorème n'est pas un trophée. Il vaut par le chemin qui y conduit, par les idées qu'il relie et par le paysage qu'il découvre.
Or le spectacle médiatique raconte presque toujours une autre histoire. Les mathématiques y deviennent une collection de défis très difficiles, et l'intelligence artificielle l'élève surdouée qui les résout enfin. Faire des mathématiques ne consiste pourtant pas à courir après quelques problèmes réputés importants. Elles ne se réduisent ni à leur utilité ni à une liste de sommets à conquérir : elles sont d'abord un art de comprendre. L'un de mes maîtres disait: « J'ai oublié l'énoncé du théorème, mais je me souviens de la musique. » Fontenelle l'avait formulé autrement au XVIII $^{e}$ siècle : « L'art de découvrir en mathématiques est plus précieux que la plupart des choses qu'on découvre. »
Les mathématiciens portent une part de responsabilité dans ce malentendu. En attachant à certains problèmes des prix richement dotés, nous avons favorisé l'image d'une course dont il suffirait de franchir la ligne d'arrivée le premier. Les médias ont retenu le montant du prix, le vainqueur et l'exploit; rarement ce que la démonstration avait permis de comprendre.
Une étape supplémentaire vient d'être franchie. Les géants de l'IA, dotés de moyens financiers considérables, mobilisent des milliers d'agents artificiels sur des questions sans intérêt commercial immédiat. Les résultats mathématiques ne les intéressent que pour afficher leur puissance. Ces problèmes deviennent pour eux des bancs d'essai pour exhiber leur pouvoir. Les mathématiques, longtemps relativement protégées des pouvoirs de l'argent, se trouvent envahies par elle. Le mot est peut-être excessif, mais c'est bien une forme de pollution que je ressens.
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Redéfinir son travail
Je ne veux pourtant pas caricaturer. Une démonstration très longue et très technique, produite avec Claude sur une question de géométrie concernant la sphère à six dimensions, a récemment été reprise par un collègue (humain!) en 25 pages beaucoup plus lisibles. Il en a dégagé les idées, tout en utilisant lui-même ChatGPT. La machine avait produit un texte et un mathématicien a humanisé la preuve. Traduction ou avancée nouvelle ? La frontière se brouille.
Autour de moi, les réactions vont du refus à l'enthousiasme. Un jeune docteur rejette les démonstrations « parachutées »: il doit construire sa propre manière de penser. Un autre invoque le coût écologique. D'autres brûlent d'explorer cette nouvelle façon de chercher. Mais l'inquiétude est surtout vive chez ceux qui commencent. Que dire à un doctorant qui soupçonne qu'une machine pourrait produire en quelques heures ce qui devait devenir sa thèse? Et comment susciter des vocations si les lycéens voient sur Instagram ou TikTok des ordinateurs accomplir seuls ce qu'on leur présente comme le travail du mathématicien ?
Il ne suffira pas de vérifier les théorèmes des machines par des machines. La communauté mathématique devra redéfinir son travail et surtout mieux l'expliquer. A nous de dire aux médias, aux étudiants et au public que faire des mathématiques, ce n'est pas résoudre plus vite des exercices toujours plus difficiles. C'est apprendre à voir ce que personne, humain ou machine, ne savait encore regarder.
Etienne Ghys
Mathématicien, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, directeur de recherche (CNRS) à l'ENS Lyon.
etienne.ghys@ens-lyon.fr
Le prolapsus des organes pelviens ne doit plus être un sujet dégradant ni tabou
TRIBUNE - Quarante parlementaires et la présidente de l'association POP France appellent à rompre l'isolement des femmes concernées et à repenser le parcours de soins
En 2026, des tabous médicaux condamnent encore certaines femmes à l'isolement et à une souffrance évitable. C'est le cas du prolapsus des organes pelviens (POP). Il fragilise profondément la santé physique et mentale des femmes atteintes, exposées à un manque d'information et d'écoute.
Le terme de prolapsus des organes pelviens désigne la descente d'un ou de plusieurs organes du pelvis – ou petit bassin – dans le vagin. Les cas les plus fréquents affectent la vessie, l'utérus et le rectum. Le POP concernerait environ une femme sur deux sans qu'une gène soit nécessairement ressentie, selon un article paru dans le Canadian Medical Association Journal, en novembre 2023. Cependant, à un stade plus avancé, les organes peuvent créer un bombement ou une saillie au niveau de l'hymen.
Cette forme symptomatique du prolapsus est loin d'être marginale. Comme l'expose une étude britannique de 2024, parue dans BMC Women's Health, nombreuses sont les femmes qui renoncent à consulter, par gêne ou par méconnaissance. Dès lors, les estimations médicales de la prévalence varient fortement selon les protocoles – de 3 % à 11 % de femmes atteintes –, et l'ampleur réelle du phénomène est minorée.
De plus, une idée reçue persiste : les prolapsus sévères ne toucheraient que les personnes âgées. Or, des jeunes femmes, avant la trentaine et même adolescentes, peuvent aussi y être confrontées.
Le prolapsus symptomatique est le plus souvent invisible, mais entraîne des conséquences nombreuses et invalidantes au quotidien. Il suscite des gênes permanentes, des sensations de lourdeur, de pesanteur, de tiraillements et cette impression que « tous les organes peuvent à tout moment sortir du corps ». Les troubles urinaires et digestifs sont fréquents.
A ces symptômes s'ajoute la solitude dans laquelle sont laissées les femmes atteintes, source de souffrances psychologiques majeures. Selon une synthèse internationale réalisée en 2024 par l'université de Jaen (Espagne), 25,8 % des femmes atteintes présentent des syndromes dépressifs, 28 % des symptômes anxieux. Les témoignages recueillis auprès des membres de l'association POP France laissent entrevoir une détresse encore plus massive.
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Davantage de formation
Car le prolapsus a une incidence sur toutes les sphères de la vie: intime, familiale, sociale, professionnelle (avec de nombreux arrêts maladie et des reconversions contraintes), avec des conséquences sur l'estime de soi, le rapport à son corps et la maternité, ce qui conduit souvent à l'isolement des concernées.
La société et le monde politique ne doivent pas traiter la question du prolapsus comme un enjeu privé et marginal. Sa prévalence et ses effets en font un enjeu de santé publique. La manifestation physique du prolapsus se trouve au cœur de l'intimité corporelle
DANS LE CORPS
MÉDICAL, CERTAINS
TENDENT
À MINIMISER OU
À DÉDRAMATISER
LE SUJET,
EN DÉCALAGE
AVEC LA RÉALITÉ
DE CES FEMMES
des femmes. Or, notre culture dominante, encore empreinte de patriarcat, continue de fantasmer et de romantiser cette intimité, cachant une réalité biologique parfois crue.
Cette norme peut engendrer un sentiment de honte, les personnes atteintes s'imaginant faire face à une anomalie – qui plus est dégradante. Le problème, porté quotidiennement, est fréquemment tu dans la sphère familiale. Plus grave encore, il est aussi occulté, du fait de cette même gène, jusque devant le corps médical. Parmi ses représentants – insuffisamment formés à l'enjeu –, certains tendent à minimiser ou à dédramatiser le sujet, en décalage avec la réalité de ces femmes, dont le handicap, peu ou non visible, change radicalement l'existence.
Aujourd'hui, différents procédés thérapeutiques peuvent limiter la survenue et l'ampleur du prolapsus. Au soutien des patientes, des praticiens réalisent déjà un travail exemplaire.
Mais c'est l'ensemble des professionnels de santé qui a besoin de davantage de formation à cette affection spécifique. Il faut que la santé pelvienne soit intégrée dans les consultations ante et post-partum et dans les bilans de prévention.
Le remboursement des pessaires (appareil médical destiné à remédier aux déviations de l'utérus) pour le prolapsus, depuis un arrêté de septembre 2024, est une véritable avancée, mais le dispositif de renouvellement est trop rigide pour pallier un trouble fortement évolutif. C'est donc l'ensemble du parcours de soins, de la prévention au traitement et à la rééducation, qui mérite d'être repensé pour mieux accompagner les femmes et ne plus les laisser seules face à cette pathologie.
La santé mentale et physique des femmes n'est pas sans lien avec l'esprit du temps. Le POP ne doit plus être un sujet dégradant, tabou. Des actions de sensibilisation, des campagnes d'information doivent être menées pour les informer et les soutenir, ainsi que leur entourage.
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Parmi les signataires : Justine Verney, présidente de POP France, première association de France consacrée aux prolapsus des organes pelviens Frédéric Valletoux, président de la Commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, et député
Retrouvez la liste complète des signataires sur Lemonde.fr
Le supplément « Science & médecine » publie chaque semaine une tribune libre. Si vous souhaitez soumettre un texte, prière de l'adresser à sciences@lemonde.fr
COMMENT L'ANTIMATIÈRE DU CERN A PRIS LA ROUTE
Infographie Le Monde, Audrey Lagadec, David Larousserie
Source : M. Leonhardt et al., Nature, 16 septembre
Le 24 mars, un transport inédit a été effectué sur le campus de l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), à la frontière francosuisse. Les détails de l'expérience ont été publiés par Nature, le 16 septembre.
Pour la première fois, de l'antimatière a circulé dans un camion pendant près de deux heures. Action délicate, car une antiparticule, qui a la même masse que sa particule sœur mais avec une charge électrique opposée, disparaît dès qu'elle rencontre de la matière. L'équipe chargée de l'expérience BASE (Baryon Antibaryon Symmetry Experiment) a mis au point un piège électromagnétique pour tenir 92 antiprotons loin des parois de l'instrument dans un vide extrême.
L'objectif de cette collaboration est d'effectuer, hors du CERN, des mesures de précision dans des laboratoires moins soumis aux perturbations électromagnétiques.
DAVID LAROUSSERIE
Patrick Michel, à Nice, le 29 mai. SYSPEO/SIPA
« La science des astéroïdes vit son âge d'or »
ENTRETIEN - L'astrophysicien français Patrick Michel revient sur les missions destinées à analyser les risques posés par la chute éventuelle de certains de ces corps célestes sur la Terre
Patrick Michel est directeur de recherche au CNRS au sein de l'Observatoire de la Côte d'Azur et responsable scientifique des missions Hera (Agence spatiale européenne,
ESA) et Ramses (ESA et Agence d'exploration aérospatiale japonaise, JAXA), conçues pour préparer la parade de la Terre contre les menaces venues du ciel. Il est l'auteur de La Défense planétaire contre les astéroïdes (Odile Jacob, 208 pages, 23,90 euros).
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L'ESA a programmé deux missions de « défense planétaire » contre les
En septembre 2022, DART, un vaisseau de la NASA de 580 kilos, a volontairement percuté, à 22000 kilomètres-heure, la lune Dimorphos de l'astéroïde Didymos, afin d'établir s'il serait possible de dévier un géocroiseur de 150 mètres de diamètre qui menacerait la Terre. Des observations au télescope ont montré que la collision avait provoqué l'éjection d'une énorme quantité de débris dans l'espace et une modification notable de la période de révolution du corps céleste. Mais, si l'on ne connaît ni la masse ni la structure de ce dernier, et que l'on n'a aucune idée de la taille du cratère formé, il est impossible de réaliser un bilan de quantité de mouvement, et donc d'apprécier l'efficacité de cette méthode de déroutage par impact cinétique.
La mission Hera, qui fait appel à une sonde embarquant deux minisatellites, ou CubeSats, va consacrer six mois à la récolte des informations manquantes. Lancée en octobre 2024, elle arrivera à destination en novembre.
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La seconde mission est consacrée à Apophis. Pourquoi ce choix?
Cet astéroïde de 350 mètres de diamètre environ a connu une certaine célébrité au moment de sa découverte, en 2004, car les premières observations indiquaient qu'il avait une probabilité de 2,7 % d'entrer en collision avec notre planète, le vendredi 13 avril 2029. On sait maintenant qu'il passera à 31600 kilomètres, soit une altitude inférieure à celle des satellites géostationnaires de télécommunication [36000 kilomètres]. Et à une si faible distance que sa lumière pourra être contemplée à l'œil nu dans le ciel nocturne d'Europe et d'Afrique!
Cet objet va, durant six heures, être soumis aux forces de marée générées par l'attraction terrestre. Sa surface et son sous-sol pourraient s'en trouver modifiés, de même que sa période de rotation, de trente heures actuellement. A vrai dire, nous n'en savons rien, car un pareil phénomène n'a jamais été observé. La réponse mécanique des astéroïdes aux sollicitations extérieures est très mal connue. Des corps célestes comme Apophis sont probablement constitués d'amas de roches liées entre elles par la seule gravité et séparées par des creux.
Ramses, dont le lancement est prévu pour la fin avril 2028, doit vérifier ce modèle, ce qui permettra de définir des stratégies de déviation. Cette mission de l'ESA et de la JAXA va consister à positionner une sonde embarquant deux CubeSats, dont un atterrisseur, à proximité d'Apophis. Et à détecter, de mars à août 2029, d'éventuels changements induits par le survol de la Terre. Deux autres vaisseaux, Destiny+ [JAXA] et Osiris-APEX [NASA], l'observeront avant et après.
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Cet intérêt pour la défense planétaire est-il ancien?
Pas vraiment. Jusqu'aux missions américaines Apollo [1961-1972], la communauté scientifique pense que les cratères lunaires ont une origine volcanique. L'analyse des échantillons de roches rapportés sur la Terre va permettre de démontrer que ces structures ont été produites, sur des périodes de plusieurs milliards d'années, par une série d'impacts se succédant assez fréquemment, à un rythme plus ou moins régulier. Mais cette découverte n'émouvra guère le public. Et c'est assez logique : il est difficile de se préoccuper d'un risque perçu comme purement théorique. Les impacts majeurs sont rares à l'échelle d'une vie, et au regard de l'histoire de l'humanité. Un seul événement est resté gravé dans les mémoires : le 30 juin 1908, un bolide a explosé au-dessus de la forêt de la Toungouska, en Sibérie, dévastant la forêt sur plus de 2 000 kilomètres carrés.
Il a fallu attendre juillet 1994, et l'observation en direct de la chute de 21 morceaux de la comète Shoemaker-Levy 9 dans l'atmosphère de Jupiter, pour que les responsables politiques prennent conscience de l'aléa. En 1998, le Congrès américain a demandé à la NASA de répertorier tous les astéroïdes de plus de 1 kilomètre de diamètre dont les trajectoires croisent celle de notre planète.
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Comment cette défense planétaire est-elle organisée?
En 2004, la façon dont les premières annonces sur Apophis furent reçues nous a fait prendre conscience qu'il n'existait aucune procédure pour alerter les responsables politiques en cas de menace avérée. Grâce au soutien de l'Association des explorateurs de l'espace, dirigée par l'astronaute Rusty Schweickart, de la mission Apollo-9, deux structures placées sous l'égide de l'ONU ont vu le jour en 2013: un groupe-conseil réunissant les agences spatiales et un réseau international d'alerte aux astéroïdes constitué de spécialistes, et dont je fais partie. Ce dernier est chargé de notifier toute découverte d'un astéroïde de plus de 10 mètres ayant une probabilité supérieure à 1% d'entrer en collision avec la Terre dans les dix ans à venir. Ce qui s'est produit pour la première fois en janvier 2025, pour un objet baptisé « 2024 YR4 ». Une campagne internationale d'observation fut alors lancée, qui a permis, en seulement un mois, d'écarter l'hypothèse d'une collision avec la Terre.
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Que sait-on de l'aléa?
La chute d'un astéroïde de plus de 1 kilomètre provoquerait une catastrophe à l'échelle planétaire. Mais ce genre d'événement ne survient en moyenne qu'une fois tous les 500 000 ans. Le millier de géocroiseurs concernés ont quasi-ment tous été répertoriés, et aucun ne constitue une menace pour le siècle à venir.
L'explosion, en février 2013, d'un bolide de 17 mètres au-dessus de la ville russe de Tcheliabinsk (1000 blessés) a beaucoup inquiété le Congrès américain, qui a demandé à la NASA d'étendre cet inventaire à tous les géocroiseurs de plus de 140 mètres. Des objets de cette taille entrent en collision une fois tous les 20 000 ans en moyenne avec notre planète, où ils sont susceptibles de provoquer des dégâts à l'échelle d'une grande région. Environ 40 % sont connus. Afin de les détecter plus rapidement, la NASA a imaginé un télescope spatial, NEO Surveyor, dont le lancement est prévu en 2028.
Des astéroïdes plus petits peuvent aussi provoquer localement des dégâts, mais ils ont plus de chances de tomber dans l'un des multiples déserts ou océans qui occupent la majorité de la surface de la Terre. Comme ils sont nombreux et difficiles à repérer, les inventorier ne paraît pas réaliste. L'idée est plutôt de les détecter quelques semaines en amont de leur arrivée sur la Terre afin de calculer un point de chute et, au besoin, de lancer l'alerte. Des télescopes Atlas et FlyEye de la NASA et de l'ESA sont en train d'être installés avec cet objectif. Et l'ESA envisage de lancer en 2030 une mission spécifique : NEOMIR. Il est important de rappeler que, de toutes les formes d'aléas, l'impact d'un astéroïde est le moins probable. Mais il peut avoir des conséquences importantes. Or, il est facile de réduire le risque avec des moyens limités: évacuation d'une zone, détournement de la trajectoire... Il faut simplement se préparer. La clé est l'anticipation.
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Où en est la science des astéroïdes?
Elle vit son âge d'or! Une dizaine de missions spatiales ont survolé ou effectué des rendez-vous avec des astéroïdes depuis le début de la conquête spatiale. Des échantillons de trois d'entre eux, Itokawa, Ryugu et Bénou, ont été rapportés sur la Terre. Tout cela a enrichi nos connaissances sur cette variété d'objets primordiaux formés à partir des mêmes matériaux que ceux ayant donné naissance aux planètes. Chaque nouvelle image d'un astéroïde nous a apporté des surprises. Ces corps de très faible gravité ont des comportements complètement contre-intuitifs. En interagissant avec eux ou en observant leurs réactions aux forces naturelles, comme dans le cas d'Apophis, nous allons mieux comprendre leurs comportements.
PROPOS RECUEILLIS PAR VAHÉ TER MINASSIAN
ZOOLOGIE
Les chauves-souris, continent animal
Soyons honnêtes: dans la grande famille des études animalières, les recherches phylogénétiques ne sont pas les plus sexy. Pas les plus simples à expliquer à un public non averti, non plus. Tenter de percer les relations de parenté entre espèces actuelles, de situer leur apparition, de remonter l'arbre de l'évolution pour trouver leurs ancêtres communs, le tout avec des méthodes complexes, chères et laborieuses, appuyées sur des hypothèses pas toujours limpides... Il faut une foi de moine-soldat pour s'attaquer à pareille tâche.
Surtout lorsque la cible visée s'appelle chauve-souris. Un continent animal, plus de 1500 espèces, soit près du quart de tous les mammifères. De la minuscule chauve-souris bourdon de Thaïlande (3 centimètres, 2 grammes) aux immenses roussettes d'Asie, d'Afrique ou d'Océanie (plus de 1 kilogramme et jusqu'à 1,70 mètre d'envergure), elles sont nocturnes ou diurnes, se gavent d'insectes ou de fruits. Comment sont-elles parvenues à une telle diversification? Comment ont-elles conquis tous les continents, à part l'Antarctique? Et quand et comment ont-elles acquis leurs superpouvoirs, le vol actif, l'écholocalisation, et ce système immunitaire unique qui leur permet de résister aux virus ? « Pour répondre à toutes ces questions, il nous fallait l'arbre phylogénétique », explique Emma Teeling, de l'université de Dublin.
Chauve-souris de l'espèce noctule commune (« Nyctalus noctula »). PATRICK PLEUL/DPA PICT. ALL. VIA AFP
C'est désormais chose faite. Dans la revue Nature, le 23 septembre, elle et 136 collègues, venus de 64 pays, ont publié la première phylogénie complète des chauves-souris. Après dix ans d'efforts et le séquençage du génome complet de 103 espèces, le consortium Bat1K est parvenu à couvrir les 21 familles de chirop-tères existantes. De quoi déterminer les filiations et les cousinades, mais pas de bien les situer dans le temps. Pour cela, ils ont ajouté à leur corpus 44 fossiles, parfois vieux de plusieurs dizaines de millions d'années. Outre leur datation, ces échantillons portaient des informations anatomiques essentielles pour rapprocher les espèces. Ils ont analysé ce corpus grâce à de nouvelles méthodes statistiques développées par Liliana Davalos, professeure à l'université américaine Stony Brook.
Le nouvel arbre a essentiellement trouvé une place à une famille de chauves-souris de Madagascar – les Myzopodidae –, jusqu'ici égarée dans la « forêt » évolutive. Il réorganise le sous-ordre des Yangochiroptera, qui rassemble la plus grande partie des chauvessouris insectivores. « Cette étude devrait permettre une révision de nombreuses analyses publiées jusqu'à présent », annonce Sébastien Puechmaille, professeur à l'université de Montpellier, l'un des cosignataires de l'article.
L'étude lâche une première bombe: les chauves-souris ne seraient pas apparues en Asie, en Afrique ou en Amérique, comme on l'a souvent avancé, mais en Europe. Les chercheurs datent le phénomène : il y a 65 millions d'années, au cœur de l'explosion de diversité des mammifères qui a suivi l'extinction massive de la fin du crétacé. Après, et non avant la grande crise, comme certains l'affirmaient. De là, elles se seraient répandues, en Afrique d'abord, en Asie et en Amérique ensuite.
Plus troublant, encore, le vol et l'écholocalisation seraient apparus très tôt. On les retrouverait sur la première branche de l'arbre. La principale pièce à conviction, ici, est un fossile, vieux d'au moins 50 millions d'années, baptisé Vielasia, découvert en 2023 dans une grotte du Quercy.
«La suite est vraiment excitante, assure Sonja Vernes, de l'université de Saint Andrews (Royaume-Uni), codirectrice de Bat1K. Si nous parvenons à comprendre comment les chauves-souris ont étendu leur longévité et leur résistance aux maladies, on peut espérer y puiser une inspiration pour la santé humaine. » Qui osera encore trouver la phylogénétique rébarbative ? ■
NATHANIEL HERZBERG
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💡 驻外文化与社会背景解码: 该报道刊发于《Le Monde - 07.10.2026》要闻版面,折射出当地社会在日常生活与观念层面的真实关注点。