\- Plusieurs centaines de milliers de manifestants (266 000, selon le ministère de l'intérieur, 450 000, selon les organisateurs) ont défilé, mardi, dans de nombreuses villes
▶ Pour cet « acte III » de leur mouvement, des lycéens de tous horizons ont été rejoints par des étudiants et de nombreux adultes, élus, militants syndicaux ou simples citoyens
\- Aux revendications initiales des lycéens sur les conditions d'étude s'est agrégée l'indignation née de la réponse policière lors des blocus des établissements
▶ Les organisations lycéennes ont appelé à reconduire le mouvement jeudi
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Dans le centre-ville de Nîmes, le 6 octobre. LEWIS JOLY POUR « LE MONDE »
Lecornu nie
toute répression
policière
Le premier ministre a défendu, mardi, à l'Assemblée nationale, le dispositif policier déployé face aux lycéens mobilisés
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La demi-journée
de cours
banalisée fait
polémique
La mesure annoncée mardi par l'exécutif a pris de court les chefs d'établissement
Présidentielle Le Pen promet 140 milliards d'économies
LA CANDIDATE à l'élection présidentielle du Rassemblement national a présenté, mardi, à Paris, la trajectoire budgétaire qu'elle souhaite imposer si elle accède à l'Elysée. Espérant répondre aux attentes des marchés, Marine Le Pen propose de réaliser près de
Théâtre
« La Folle Journée »
épique et
virevoltante
d'Alain Françon
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140 milliards d'économies en cinq ans. Une grande majorité d'entre elles seraient concentrées sur la contribution de la France à l'Union européenne, les fraudes présumées, et sur les aides aux étrangers. Ces propositions ont laissé circonspects les économis-
Transports
Déboisement
à marche forcée
pour l'A412
en Haute-Savoie
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tes, et suscité une vive riposte politique, à droite comme à gauche. Présent aux côtés de la candidate, Jordan Bardella a dû, une nouvelle fois, réagir à la polémique sur les écrits antisémites exhumés par Mediapart.
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Medias
Paramount
absorbe Warner
Bros pour créer
un nouvel empire
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Dette française
« L'heure est grave », selon le patron d'un géant de la finance
Dans un entretien au « Monde », Emmanuel Roman, directeur général de Pimco, l'un des plus grands gérants d'actifs de la planète, alerte sur la dérive budgétaire et l'instabilité politique en France
本尼和马吉·索罗门(Benny et Maggy Solomon)是希拉·索罗门(Hila Solomon)的父母,希拉在2023年10月7日的哈马斯恐怖袭击中丧生。10月7日周三,他们在以色列南部雷伊姆基布兹(kibboutz Reim)附近的诺瓦(Nova)音乐节现场参加了一场纪念袭击三周年的仪式。
OHAD ZWIGENBERG / AP
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Israël Trois ans après le 7-Octobre, des plaies toujours ouvertes
Dès mardi, en pleine campagne électorale, l'Etat hébreu rendait hommage aux victimes de l'attaque terroriste du Hamas. Trois ans après, le pays poursuit une guerre sans fin, sans s'interroger sur les failles ayant conduit au désastre.
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Benny et Maggy Solomon, les parents de Hila Solomon, tuée lors de l'attaque terroriste du Hamas le 7 octobre 2023, assistent à une cérémonie commémorative marquant le troisième anniversaire de l'attaque sur le site du festival de musique Nova, près du kibboutz Reim, dans le sud d'Israël, mercredi 7 octobre.
OHAD ZWIGENBERG/AP
10月7日:在以色列,伤口依然鲜活
正值竞选活动期间,这个希伯来国家向哈马斯恐怖袭击的受害者表达敬意
雷伊姆(以色列)- 特派记者
在这些 2023年10月7日受害者鲜血染红的土地上,距离巴勒斯坦人鲜血仍在流淌的加沙仅几公里之遥,36岁的马扎尔·塔扎佐(Mazal Tazazo)详细描述了她在哈马斯发动的恐怖袭击中所经历的焦虑时刻。她当时是来参加“诺瓦部落”(Tribe of Nova)音乐节跳舞的,而在清晨,这场派对变成了屠杀。在这片自然区域中,3500名参与者中有378人被哈马斯的战斗人员一个个杀害。
En pleine campagne électorale, l'Etat hébreu rend hommage aux victimes de l'attaque terroriste du Hamas
RE'IM (ISRAËL) - envoyé spécial
S ur ces terres où le sang des victimes du 7 octobre 2023 a coulé, à une poignée de kilomètres de Gaza où s'écoule encore le sang des Palestiniens, Mazal Tazazo, 36 ans, décrit minutieusement les heures d'angoisse qu'elle a vécues lors de l'attaque terroriste perpétrée par le Hamas. Elle était venue danser pour le festival Tribe of Nova et, au petit matin, la fête s'est transformée en massacre. Dans cet espace naturel, 378 personnes sur 3500 participants ont été assassinées, une par une, par les combattants du Hamas.
Quarante-quatre autres ont été prises en otage et emmenées à Gaza, mortes ou vivantes. Le site avait aussi constitué l'épicentre des violences sexuelles commises ce jour-là par le Hamas. Blessée à la tête, Mazal Tazazo s'est cachée sous des feuilles et des branchages d'eucalyptus pendant des heures. Elle a fait la morte au milieu des cadavres de ses amis, puis s'est dissimulée à l'arrière d'une voiture abandonnée, avant d'être évacuée avec d'autres survivants. Un « miracle », dit-elle avec un sourire que ses yeux démentent.
Trois fois par semaine, rémunérée par le ministère des affaires étrangères israélien, elle vient désormais témoigner des circonstances de l'attaque, sur le site devenu mémorial. «Il faut que les gens se réveillent!», assure-t-elle, lundi 5 octobre, devant un groupe d'influenceurs indiens, assis en demi-cercle, entourés de centaines de photos de victimes, dont les visages montrent la jeunesse brisée. «Les Européens ne comprennent pas qu'ils donnent à nos ennemis la légitimité de haïr les Juifs et les Israéliens», insiste-t-elle, un peu plus tard, à l'ombre
De victime, l'Etat hébreu se voit devenir bourreau aux yeux du monde, nourri d'images de Gaza
des eucalyptus, pour exprimer à la fois la violence absolue de l'attaque terroriste du 7-Octobre et son incompréhension face au soutien perdu d'une grande partie de l'opinion publique.
Trois ans après l'attaque – qui a fait 1200 morts au total, 3 000 blessés et 251 otages –, Israël n'a pas pansé ses traumatismes et observe, avec désarroi et aussi colère, l'effacement progressif du choc du 7-Octobre partout ailleurs. De victime, l'Etat hébreu se voit devenir bourreau aux yeux du monde, nourri d'images de Gaza que les télévisions israéliennes ont choisi de ne pas montrer. « Ce sont des calomnies anti-sémites contre nous », répète inlassablement Benyamin Nétanyahou, afin de récuser des accusations de génocide qui s'appuient sur la mort de 74 000 Palestiniens et l'anéantissement volontaire de leur société.
Dans les mots mêmes des leaders israéliens, pourtant, la vengeance demeure la justification d'une guerre sans fin. Comme au lendemain du 7 octobre 2023, lorsque les dirigeants de l'Etat hébreu avaient emprunté aux discours génocidaires pour annoncer leur volonté de détruire Gaza. « L'endoctrinement à la haine des Juifs et des Israéliens coule dans leurs veines. Ils l'imbibent tout simplement avec le lait maternel », a ainsi affirmé, lundi, le premier ministre, en parlant des ennemis d'Israël, qualifiés de «fils de Satan», et en semblant justifier, presque explicitement, la mort d'enfants.
Un discours qui n'est pas celui d'un candidat aux élections législatives du 27 octobre, mais celui d'un chef de gouvernement, prononcé dans l'un des lieux les plus symboliques de l'Etat hébreu, au mont Herzl, à Jérusalem, où, depuis 1948, sont enterrés ses combattants.
Depuis trois ans, Benyamin Nétanyahou ne propose qu'une seule stratégie : la poursuite de la guerre sur tous les fronts. « Nous traquons sans relâche les bêtes humaines qui nous ont attaqués avec une cruauté saisissante, ainsi que ceux qui ont détenu les otages avec la même cruauté, a encore expliqué le chef du gouvernement, lundi. Nous les éliminons un par un - ils ne sont pas dignes de fouler la surface de la terre. Nous éradiquerons le régime de sang du Hamas. Nous le détruirons. » Le ministre de la défense israélien, Israel Katz, de son côté, a rejeté en une phrase, mardi, les discours officiels sur la distinction entre combattants et civils.
«Si nos forces venaient à subir des [nouvelles] pertes, ce sont le Hamas et la population de Gaza qui en paieraient le prix fort, dans des proportions considérables», a-t-il déclaré. Tous les efforts de l'armée pour contrer le retentissement mondial du documentaire Naza, un film sur les méthodes employées à Gaza, ont ainsi été annihilés en une formule.
Trois ans après le 7-Octobre, l'Etat hébreu commémore ses victimes et ses héros, mais n'a pas commencé à examiner, en profondeur, la faillite de son armée, de ses services de renseignement et de son gouvernement. La coalition au pouvoir (droite-extrême droite) depuis la fin de 2022 a tout fait pour éviter la création d'une commission d'enquête indépendante. Pour une raison simple : la responsabilité personnelle dans le désastre du premier ministre, alerté par l'Egypte et les Emirats arabes unis avant l'attaque terroriste. Le chef du gouvernement n'avait rien fait de ces avertissements. « Le sang de mon fils et celui de 1200 autres personnes assassinées en un seul jour est sur ses mains », s'est indigné le père d'une des victimes, en interrom-pant le discours de Benyamin Nétanyahou, au mont Herzl.
La colère d'une partie de la population israélienne est immense, alimentée par les révélations incessantes sur les fragilités de l'Etat régalien. Mais elle n'est pas suffisante, à vingt jours d'élections législatives décisives, pour garantir la victoire de l'opposition dans les urnes. Dans un pays qui aime se présenter comme la « seule démocratie du Moyen-Orient », le leader du Likoud, vieux mouvement de droite devenu un parti extrémiste et raciste, continue de disposer d'une base électorale suffisante avec ses alliés suprémacistes pour, peut-être, parvenir à bloquer une coalition construite par ses opposants.
Le plus vertigineux, c'est que l'opposition ne diffère en réalité qu'à la marge – beaucoup sur la forme, peu sur le fond – sur la stratégie suivie depuis le 7-Octobre. Outre la mise en cause de la responsabilité de Benyamin Nétanyahou et la demande d'une commission d'enquête nationale, les concurrents du premier ministre ont fait du dossier de la conscription des haredim un point-clé de leurs propositions. Ce qui est logique: le privilège dont jouissent les ultraorthodoxes, défendu par l'actuelle coalition, apparaît in-supportable aux yeux d'une grande partie de la population épuisée par la charge de la guerre.
«20 000 soldats» manquent
L'enjeu immédiat est celui d'une plus grande égalité. Mais l'enjeu à moyen terme est bien celui d'une hausse continue des ressources militaires. «La dispense de service militaire constitue une menace stratégique pour la sécurité d'Israël», a alerté l'ex-premier ministre Naftali Bennett, opposant à Nétanyahou, lors d'une conférence sur le terrorisme à l'Université Reichman, le 6 octobre, en évoquant le fait qu'il manquerait «20 000 soldats» pour pouvoir continuer à faire la guerre.
«Les opposants [au premier ministre], qui promettaient un “gouvernement de réparation” après les désastres de l'actuelle coalition, doivent commencer leur réparation en mettant fin à la guerre. Il n'y a pas de mesure plus urgente pour sauver Israël», écrit le directeur de la rédaction du journal Haaretz, Aluf Benn, exprimant une voix forte, mais minoritaire dans la société. Le chercheur Michael Milshtein, un ancien du renseignement, le dit avec des mots presque similaires dans sa chronique hebdomadaire dans Ynet, le journal de la droite libérale, pour s'inquiéter d'une vision dominante où l'emporte la force militaire. « Il convient de se demander si le moment n'est pas venu d'abandonner les illusions – au premier rang desquelles la croyance selon laquelle on peut tout simplement faire disparaître les ennemis », souligne-t-il en alertant sur le risque croissant d'un futur « effondrement stratégique ».
L'Etat hébreu n'a pas, non plus, commencé à s'interroger sur les années qui ont précédé l'attaque du 7-Octobre, la stratégie d'étouffement de Gaza, le soutien constant au Hamas décidé par Benyamin Nétanyahou pour affaiblir l'Autorité palestinienne, ainsi que les raisons profondes de la légitimité acquise par l'organisation islamiste parmi les Palestiniens. De la même façon, l'occupation en Cisjordanie, commencée il y a cinquante-neuf ans, n'est pas remise en question, ni par l'actuel gouvernement, qui promeut une politique d'annexion assumée, ni par l'opposition qui souhaite seulement en corriger les excès les plus visibles.
Le pays n'a pas non plus commencé à s'interroger sur les années qui ont précédé l'attaque
Certes, la violence des colons est largement critiquée, au point que les termes de « terrorisme » et de « pogrom » ne sont plus tabous pour décrire le quotidien des attaques depuis trois ans. Mais le régime de t erreur mis en place en Cisjordanie par l'Etat hébreu et son armée, avec des arrestations incessantes, des détentions arbitraires massives et les outils d'une dictature militaire pour contrôler les Palestiniens, ne provoque aucun débat. Ni sur le plan éthique, ni sur le risque que cette stratégie d'écrasement alimente, à son tour, un désir de vengeance. Un aveuglement qui ressemble à celui d'Israël à propos de Gaza avant le 7 octobre 2023.
Les scandales n'ont pas entravé le fils aîné de l'ex-président brésilien, arrivé en tête de la présidentielle
RIO DE JANEIRO - correspondante
amais Flavio Bolsonaro n'avait imaginé se retrouver si près du palais présidentiel du Planalto. Dimanche 4 octobre, après avoir recueilli
47,03 % des voix au premier tour de la présidentielle contre 45,16 % pour le sortant, Luiz Inacio Lula da Silva, le fils aîné de l'ancien président (2019-2023) d'extrême droite, Jair Bolsonaro, semblait lui-même surpris par son score. «Je suis très satisfait parce que beaucoup d'instituts de sondage nous donnaient perdants», a-t-il confié, aux côtés de sa femme, Fernanda, à la presse devant sa luxueuse résidence de Brasilia. Sous la lumière des caméras, la ressemblance avec son père saute aux yeux : mêmes sourcils épais au-dessus des yeux gris, même mâchoire carrée, mêmes cheveux drus coiffés sur le côté.
Quand le sénateur, aujourd'hui âgé de 45 ans, a annoncé sa candidature à la présidentielle, en décembre 2025, les graves soupçons de corruption qui ont jalonné son parcours politique, documentés par une enquête ouverte à son encontre en 2020 par le parquet de Rio de Janeiro, ont pourtant suscité des doutes.
Né le 30 avril 1981 du premier mariage de Jair Bolsonaro, Flavio est très tôt initié par son père à la politique et à ses pratiques illicites. En 2002, âgé de 21 ans, l'étudiant en droit est élu député local de Rio de Janeiro, grâce au soutien du « capitaine » Jair, qui lui apprend la pratique de la rachadinha: le recrutement d'assistants parlementaires fantômes reversant entre 80 % et 90 % de leur salaire à la personne qui les a nommés. «La fortune de la famille [Bolsonaro] s'est constituée grâce à la rachadinha», explique Juliana Dal Piva, autrice d'une enquête sur le patrimoine de la famille, O Negocio do Jair («Les affaires de Jair», Zahar, 2022, non traduit).
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准军事组织
“一号”,正如其父对其长子的昵称,当时仅拥有一辆大众高尔夫作为资产,且仍住在母亲家中。他雇佣了20名议员助理,其中包括他的祖父、当时岳母的家人以及其父亲的家政员工。更令人不安的是,他多年来雇佣了里约热内卢民兵组织头目之一的阿德里亚诺·达·诺布雷加(Adriano da Nobrega)的妻子和母亲。这些准军事组织通常由前警察创立,控制着整个街区,并强迫当地居民投票给他们支持的候选人。
“博索纳罗家族一直与警察和军人家庭关系密切,因为这些人构成了他们的选民基础,”《民兵共和国》(A republica das milicias, Todavia, 2020, 未翻译)一书的作者布鲁诺·帕埃斯·曼索(Bruno Paes Manso)解释道。2005年,弗拉维奥·博索纳罗(Flavio Bolsonaro)甚至在阿德里亚诺·达·诺布雷加因涉嫌谋杀被监禁期间,授予其里约热内卢州最高荣誉勋章。“在二十年里,博索纳罗父子
« Numéro un », comme son père surnomme son fils aîné, n'a alors qu'une Golf Volkswagen comme patrimoine et vit toujours chez sa mère. Il embauche 20 assistants parlementaires, dont son grand-père, la famille de sa belle-mère de l'époque, ainsi que des employés domestiques de son père. Plus troublant encore, il emploie pendant des années la femme et la mère d'Adriano da Nobrega, un des chefs des milices de Rio de Janeiro, ces groupes paramilitaires fondés le plus souvent par d'anciens policiers qui dominant des quartiers entiers et obligent leurs habitants à voter pour leur poulain.
« Les Bolsonaro ont toujours été proches des familles de policiers et de militaires, car elles formaient leur base électorale », explique Bruno Paes Manso, auteur du livre A republica das milicias (« La République des milices », Todavia, 2020, non traduit). En 2005, Flavio Bolsonaro ira jusqu'à décorer Adriano da Nobrega de la plus haute distinction de l'Etat de Rio de Janeiro, alors que ce dernier se trouve en prison, accusé de meurtre. « En vingt ans, les Bolsonaro,
Flavio Bolsonaro, candidat du PL, et sa femme, Fernanda, le jour du vote, à Rio de Janeiro (Brésil), le 4 octobre. RICARDO MORAES/REUTERS
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尽管部分右翼持怀疑态度,其父最终仍将其指定为接班人
向75名涉嫌谋杀和腐败案件的警察颁发了奖章。作为交换,这种关系让他们在民兵控制的地区赢得了选票,”朱莉安娜·达尔·皮瓦(Juliana Dal Piva)补充道。
Son père finit par le désigner comme dauphin malgré le scepticisme d'une partie de la droite
père et fils, ont remis des médailles à 75 policiers impliqués dans des homicides et des affaires de corruption. En échange, cette relation leur a fait gagner des voix dans les zones contrôlées par la milice », ajoute Juliana Dal Piva.
Longtemps, les irrégularités du cabinet de Flavio permettent à « Numéro un » d'accroître son patrimoine. D'après l'enquête du parquet de Rio de Janeiro, il blanchit une partie des lucratives rachadinhas en acquérant, en 2005, une boutique de chocolats à Rio de Janeiro, dont il gonfle artificiellement les recettes. Il recourt aussi à de multiples transactions immobilières que ni son salaire de député ni celui de son épouse, dentiste, ne lui permettent de s'offrir. Flavio privilégie toujours le paiement en espèces, des frais de scolarité de ses deux filles Luiza et Carolina, nées en 2012 et 2014, jusqu'à des billets d'avion pour des voyages à l'étranger.
Comme son père et ses frères, qui ont également pratiqué la rachadinha, Flavio, élu sénateur en 2018, ne sera pas inquiété. L'enquête du parquet de Rio de Janeiro pour le détournement de 6,5 millions de reais (1,2 million d'euros) et blanchiment d'argent sera invalidée en 2021 pour vice de forme. Il peut donc s'offrir une villa de luxe à Brasilia pour 1 million d'euros, mais son image est écornée. Quand s'ouvre la question de la succession politique de son père pour le scrutin de 2026 – Jair Bolsonaro ayant été déclaré inéligible avant d'être condamné à vingt-sept ans de prison pour sa tentative de coup d'Etat du 8 janvier 2023 –, les regards ne se tournent pas vers lui, mais plutôt vers son frère cadet, Eduardo Bolsonaro (« Numéro trois »), plus charismatique et mieux introduit dans les réseaux d'extrême droite.
Le départ du frère cadet pour les Etats-Unis en mars 2025, pour fuir la justice brésilienne, rebat les cartes. Eduardo est accusé de violer la souveraineté brésilienne en mobilisant des membres de l'administration américaine contre le Tribunal suprême fédéral, qui a condamné son père, et il sera condamné pour cela en juin 2026.
在整个总统竞选期间,他将卢拉(Lula)与Master银行案联系在一起,尽管卢拉并未被提及在调查中。他在社交网络上重复道:“卢拉就是沃卡罗”。“弗拉维奥能够撒谎而脸上毫无破绽,”里约热内卢当地议员、福音派牧师且曾与博索纳罗家族亲近的奥托尼·德·保拉(Otoni de Paula)警告道,他最初被该家族的保守主义所吸引。由于与弗拉维奥拥有相同的信仰,他原以为对方是一个有价值的人。弗拉维奥将自己塑造得比父亲“更温和”,但这位牧师坚称,“他才是博索纳罗家族中最危险的人”。
安妮-多米尼克·科雷亚(ANNE-DOMINIQUE CORREA)
与 ANNE 安妮·维尼亚(ANNE VIGNA)
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«Persécution politique »
Flavio, qui a toujours été le plus discret de la fratrie, davantage habitué aux négociations politiques dans l'ombre, est soudain appelé au premier plan. Son père est réticent à nommer un successeur extérieur à sa propre famille, et finit par le désigner comme dauphin malgré le scepticisme d'une partie de la droite. « Carlos [le deuxième fils] n'était pas un bon candidat, parce qu'il est perçu comme fou, et Michelle Bolsonaro [l'épouse de Jair Bolsonaro] ne pouvait pas être une option, car Jair Bolsonaro se méfie de ceux avec qui il n'a pas de lien de sang, explique Helio Cannone, politiste à l'Observatoire de l'extrême droite latino-américaine. Flavio était donc la seule option qui restait », résume-t-il.
Mais à la fin de 2025, une nouvelle affaire menace de faire dérailler sa candidature. Flavio nie connaître Daniel Vorcaro, le sulfureux patron de Banco Master, à l'origine d'une fraude de 12,2 milliards de reais qui éclabousse bien des sphères du pouvoir. Pourtant, le 13 mai, le média The Intercept dévoile les enregistrements de leurs conversations au sujet d'un film sur Jair Bolsonaro nommé Dark Horse («cheval noir», sorti en 2026, réalisé par Cyrus Nowrasteh). Le candidat d'extrême droite a négocié au moins 61 millions de reais avec Daniel Vorcaro pour, officiellement, financer ce film.
La police, qui a ouvert en juillet une enquête contre le sénateur pour blanchiment d'argent et corruption, soupçonne qu'en réalité la somme reçue était destinée à soutenir les activités de lobbying de son frère cadet. Les versements ont transité par un fonds aux Etats-Unis géré par un avocat d'Eduardo Bolsonaro.
Trois jours avant le premier tour du scrutin, le 1 $^{er}$ octobre, des messages extraits par la police du téléphone de Daniel Vorcaro et publiés par la revue Piaui ont montré que Flavio Bolsonaro entretenait une relation étroite avec le banquier. Ils se sont échangé 96 messages et se sont appelés 14 fois entre les mois d'août et novembre 2025. Flavio Bolsonaro aurait voyagé à bord de son jet privé pour se rendre en Floride, aux Etats-Unis. La veille de l'arrestation de Daniel Vorcaro, le 16 novembre, Flavio Bolsonaro lui a même manifesté son soutien: « Frère, je suis et je serai toujours avec toi. »
Mais comme en témoigne le résultat du scrutin du 4 octobre, Flavio Bolsonaro parvient encore à contenir les conséquences politiques de l'affaire. Il nie toute irrégularité, se dit « victime de persécution politique ». « Il n'y a absolument rien de répréhensible à ce qu'un fils cherche des financements privés pour un film sur son propre père », déclarait-il dans un entretien, en août, sur la chaîne de télévision Globo.
Tout au long de la campagne pour la présidentielle, il a associé, Lula, pourtant non cité dans l'enquête, à l'affaire Banco Master. « LULA, C'EST VORCARO », répétait-il sur ses réseaux sociaux. « Flavio parvient à mentir sans que cela se voie sur son visage », prévient Otoni de Paula, député local de Rio de Janeiro, pasteur évangélique et ancien proche du clan Bolsonaro, dont le conservatisme l'avait initialement séduit. Partageant la même foi que Flavio, il pensait trouver en lui un homme de valeur. Flavio se présente comme « plus modéré » que son père, mais, assure le pasteur, « c'est lui la personne la plus dangereuse au sein de la famille Bolsonaro ».
此次竞选是以家族集团的形式开展的,这正像弗拉维奥·博索纳罗所推广的主题中家庭占据的中心地位。帕拉纳联邦大学政治社会学教授里卡多·科斯塔·德·奥利维拉(Ricardo Costa de Oliveira)观察到:“让多名家庭成员参加选举,使博索纳罗家族在依托社交网络打击力的同时,能够强化他们对传统家庭的捍卫。”
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Chez les Bolsonaro, la politique est une affaire de famille
POUR UN CANDIDAT qui se présente en défenseur de la famille, la nouvelle a de quoi réjouir. En tête du premier tour de l'élection présidentielle du dimanche 4 octobre, contre son rival de gauche, Lula, Flavio Bolsonaro a également pu célébrer la victoire de quatre des huit membres de son cercle familial qui étaient en course pour des mandats au Sénat, à la Chambre des députés ou aux Assemblées législatives locales.
Parmi les élus, on compte son frère Carlos et son demi-frère, Jair Renan, respectivement élus au Sénat et à la Chambre des députés. S'ajoutent Renato Bolsonaro, frère de Jair, élu député, ainsi que Michelle Bolsonaro, troisième et actuelle épouse de l'ex-chef d'Etat, qui siégera au Sénat.
Les quatre candidats malheureux, plus éloignés du premier cercle familial et bien moins connus, étaient, pour la plupart, en lice pour des sièges dans des Assemblées locales. Rogeria Bolsonaro, la première épouse de Jair Bolsonaro et mère de ses trois premiers fils (Flavio, Carlos et Eduardo), a, elle, échoué à devenir députée fédérale – elle a été conseillère municipale de Rio de Janeiro de 1993 à 2001.
La campagne a été menée en clan, à l'image de la place centrale de la famille dans les thèmes promus par Flavio Bolsonaro. «Présenter plusieurs membres de la famille aux élections permet aux Bolsonaro d'alimenter leur défense de la famille traditionnelle, tout en s'appuyant sur la force de frappe des réseaux sociaux», observe Ricardo Costa de Oliveira, professeur de sociologie politique à l'Université fédérale du Parana.
Maintenir l'image d'une famille soudée n'aura pourtant pas été une tâche aisée ces derniers mois. Le 24 juin, Michelle Bolsonaro publiait deux vidéos mettant au jour ses fortes dissensions avec Flavio, accusé de l'avoir « maltraitée au téléphone », alors qu'elle avait contesté, en décembre 2025, le soutien du camp de son beau-fils à la candidature de Ciro Gomes, prétendant du Parti de la social-démocratie brésilienne (centre droit) au poste de gouverneur de l'Etat du Ceara et critique à l'égard de Jair Bolsonaro.
Le 29 septembre, à cinq jours du premier tour de l'élection présidentielle, le site PlatôBR révélait des échanges de messages indiquant que le candidat à la fonction suprême aurait participé à des parties fines avec des prostituées. Mais ces polémiques n'ont pas freiné l'impressionnante avancée du clan. «Les Bolsonaro sont désormais la famille la plus puissante du Brésil. Leur nom est devenu une véritable griffe politique», constate Ricardo Costa de Oliveira.
Dans un pays où, selon Ricardo Costa de Olivieira, plus de 70 % des membres du Congrès sont issus de dynasties politiques, le cas des Bolsonaro dénote. « C'est une famille de nouveaux riches, là où les autres clans sont souvent liés aux grands propriétaires terriens de l'époque coloniale », précise le chercheur.
Les Bolsonaro semblent en revanche avoir assimilé les pratiques de ces dynasties, souvent critiquées pour favoriser leurs propres intérêts. En février, le parquet de l'Etat de Rio de Janeiro ouvrait une enquête contre Carlos Bolsonaro, accusé d'avoir attribué des emplois fictifs à des proches alors qu'il siégeait à la chambre municipale de Rio. Parmi les bénéficiaires présumés, Ana Cristina Siqueira Valle, deuxième épouse de Jair Bolsonaro et mère de Jair Renan.
Du Venezuela au détroit d'Ormuz, de l'Arctique à l'Afrique, un nouvel ordre mondial se dessine. La souveraineté énergétique, alimentaire et numérique devient la priorité absolue des États. Les analyses de la presse étrangère.
L'ancien chef des services secrets allemands soupçonné d'espionnage
L'ex-responsable du BND August Hanning aurait continué à recevoir des informations confidentielles après son départ, en 2005
BERLIN - correspondante
Pour les services de renseignement allemands, il s'agit d'une déflagration sans précédent. August Hanning, l'ancien responsable du Bundesnachrichtendienst (BND), l'agence chargée du renseignement extérieur, a été arrêté à son domicile près de Münster (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), mardi 6 octobre. Il est «fortement soupçonné d'espionnage constituant une trahison d'Etat, de recueil de secrets d'Etat, de tentative de trahison d'Etat ainsi que d'activité d'agent de services secrets», a fait savoir le parquet fédéral.
Le dirigeant, en poste jusqu'en 2005, aurait continué à recevoir des informations confidentielles de ses anciens collègues au moins jusqu'en 2022, et les aurait transmises, dans au moins un cas, à une puissance étrangère. Selon la presse allemande, il ne s'agirait toutefois pas de la Russie, mais possible-ment d'un Etat d'Asie centrale, comme l'Azerbaïdjan.
Aujourd'hui âgé de 80 ans, August Hanning aurait régulièrement obtenu, contre rémunération, des informations de son exchef de cabinet, identifié comme Manfred D., resté salarié de l'agence et lui aussi arrêté mardi. August Hanning les revendait ensuite en tant que consultant privé. Près de 2000 documents, dont des données confidentielles, pour certaines destinées au brief hebdomadaire de la chancellerie, lui ont ainsi été transmis.
Selon les médias allemands qui ont révélé l'affaire, ces informations porteraient notamment sur le programme nucléaire iranien ou sur la défense russe, et provenaient, pour certaines, de services étrangers partenaires du BND. C'est dans le cadre d'une perquisition menée au domicile et dans les bureaux d'August Hanning pour une tout autre affaire, sans lien avec le BND, que les enquêteurs ont découvert l'ampleur des fuites impliquant l'ancien dirigeant.
Ces accusations interviennent alors que le gouvernement du chancelier conservateur Friedrich Merz a entrepris une vaste réforme des services de renseignement intérieur et extérieur du pays, afin de les doter de compétences accrues face à la recrudescence des menaces, notamment
Ces accusations interviennent alors que le gouvernement a entrepris une vaste réforme des services de renseignement
hybrides, et qu'une loi élargissant les moyens du BND est actuellement examinée au Bundestag.
Lorsqu'il dirigeait le BND, August Hanning avait lui même jugé que les services de renseignement allemands étaient « les végétariens de la profession », soulignant le décalage entre les pratiques des grandes agences occidentales et celles de leurs homologues allemands, qui étaient privés, pour des raisons historiques, de nombreux outils de surveillance et d'enquête.
L'actuel président de l'agence, Martin Jäger, nommé en 2025, avait justement souligné l'importance de cette réforme lors d'une audition en commission parlementaire lundi. Il a notamment alerté contre la « guerre de l'ombre » menée par la Russie, pointant le risque que l'Allemagne soit « entraînée dans un conflit violent ». « Aucun autre pays ne représente actuellement une menace aussi directe, globale et concrète pour l'Allemagne », a-t-il ajouté.
Face aux informations rendues publiques mardi, Martin Jäger a défendu l'institution. «Le BND a lancé très tôt une enquête interne approfondie, qui a confirmé les soupçons, a-t-il précisé dans une déclaration transmise par courriel. Le procureur général a pris en charge l'enquête. Pour le BND et pour moi-même, il n'y a aucun compromis en matière de sécurité intérieure. Aucun de mes objectifs, aucune de mes priorités n'est remis en cause par cette affaire. »
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有偿信息
据检察机关称,August Hanning 可能在 2010 年春季与他的前下属达成协议,由后者定期向其提供信息以换取金钱——涉及的具体金额尚未披露。Manfred D. 在 August Hanning 离职后曾担任过另外几位 BND 领导人的办公室主任,已于 3 月退休。
«Probablement au printemps 2010», selon le parquet, August Hanning s'est entendu avec son ancien collaborateur pour que celui-ci lui fournisse des informations de façon régulière contre de l'argent – les montants en jeu n'ont pas été révélés. Manfred D., qui a été chef de cabinet pour plusieurs autres dirigeants du BND après le départ d'August Hanning, était à la retraite depuis mars.
Malgré sa carrière dans les services de l'Etat fédéral, dont sept ans au BND entre 1998 et 2005 puis quatre ans comme secrétaire d'Etat au ministère de l'intérieur avant d'être mis en retraite provisoire, August Hanning est une personnalité controversée en Allemagne. Il est soupçonné d'avoir aidé, par une société de sécurité privée, une célèbre héritière allemande accusée d'avoir organisé l'enlèvement de ses enfants auprès de leur père. August Hanning a toujours nié ces accusations. C'est dans le cadre de cette affaire que les enquêteurs ont mis au jour les échanges d'informations avec son ancien collaborateur.
avec
Le BND est, pour sa part, mis en cause dans une autre affaire concernant un de ses anciens chefs de service, arrêté en décembre 2022 et soupçonné d'avoir espionage pour le compte de la Russie. Celui-ci aurait transmis, contre rémunération, des documents relatifs aux cyberopérations menées par le BND contre le groupe de mercenaires russe Wagner.
ELSA CONESA
Les fusiliers commandos dans le cadre de l'exercice « Basex », à Châteauroux (Indre), le 29 septembre. ARMÉE DE L'AIR ET DE L'ESPACE
法国空军基地准备应对“混合战争”
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Les bases aériennes françaises se préparent à la « guerre hybride »
Après l'attaque déjouée de Fairfield, au Royaume-Uni, les bases aériennes ont testé les limites de leur vulnérabilité
BORDEAUX-MÉRIGNAC - envoyée spéciale
Sur la base aérienne de Bordeaux-Mérignac (Gironde), le PC de crise a été activé dans des conditions un peu particulières ces derniers jours. Sur le papier, il ne s'agissait que d'un simple exercice de sécurité comme toutes les bases aériennes françaises sont amenées à le faire deux fois par an, appelé « Basex ». Mais l'entraînement qui a eu lieu du 28 septembre au 2 octobre a pris une dimension inattendue alors que, la veille de son démarrage, une tentative d'intrusion imputée à l'Iran sur la base britannique de Fairford, utilisée par l'armée américaine, a été déjouée in extremis.
«Par le passé, cet exercice était un peu un passage obligé, à l'instar d'un exercice incendie, mais désormais il n'y a plus besoin de convaincre personne de son utilité», reconnaît sans ambages le général de corps aérien Cyrille Duvivier. Avec ses quatre étoiles, il cumule les casquettes d'officier général de la zone de défense et de sécurité pour tout le sud-ouest de la France et de chef du commandement territorial de toutes les bases de l'armée de l'air et de l'espace (CTAAE) en France: soit vingt-six bases en métropole, quatre en outre-mer.
Au regard de la dégradation du contexte international, le scénario de cet entraînement était axé sur les ripostes à d'éventuelles manœuvres « hybrides » : survols et attaques de drones, tentatives d'intrusion, cyberattaques, manifestations antiguerre infiltrées par un Etat étranger, etc. « L'objectif était de stresser les bases dans toutes leurs dimensions, y compris dans les domaines technique et logistique », reprend le général Duvivier: services des munitions, carburant, communication, pompiers de l'air, etc.
L'exercice avait été pensé par une équipe composée de fusiliers commandos, dont c'est le cœur de métier. Une semaine avant, le personnel de la base a ainsi commencé à être mis en condition. De faux bulletins de
« Les menaces ressemblent de plus en plus à ce qui se passait pendant la guerre froide »
LE GÉNÉRAL CHARRIER
chef adjoint du CTAAE
renseignement ont été envoyés sur les messageries internes. Là, pour alerter sur une tentative d'attaque cyber, ici, pour signaler la découverte de produits chimiques au Havre et à Brest. Puis les choses se sont accélérées avec de véritables « attaques saturantes » détaille un fusilier, jouées par des militaires habilités.
在距离梅里尼亚克基地不远的 BA 204 军事区域,人们正坚定地等待着一项预算拨款,希望在 2027 年能将危机指挥中心(PC de crise)地下化。这个低调的地点是一个拥有 1500 台机床的大型车间,负责管理空军所有航空设备的维修。它尤其掌控着法国所有空军基地的 3D 打印机集群。然而,其危机状态下的指挥岗位目前仍设在一栋 17 世纪的小型私人府邸屋顶之下……
Cette session de Basex a été l'occasion d'aller jusqu'à tester l'évacuation de deux bases aériennes en simultané: Evreux et Mont-de-Marsan. Si toutes les bases françaises disposent d'abris durcis, des sortes de hangars conçus pour protéger les avions de chasse contre les bombardements, il n'y en a jamais en nombre suffisant pour tous les appareils au sol. Un « desserrement », comme on dit dans le jargon militaire, a donc été organisé vers les bases d'Orange et de Pau, où trois Rafale ont notamment été évacués.
La coordination de cette opération a été permise par un nouvel outil logiciel que les aviateurs du commandement territorial de l'armée de l'air sont fiers de pouvoir montrer, en ce 2 octobre. Une carte projetée sur grand écran leur permet de gérer en temps réel les flux aériens et logistiques à l'échelle de toute la France : des informations qui seraient passées par des moyens beaucoup plus archaïques (e-mail et téléphone) jusqu'à très récemment. Cet outil a été développé en trois semaines en lien avec les équipes du nouveau commissariat au numérique de défense (CND), se flatte-t-on à Mérignac.
Cette semaine d'entraînement a été aussi fortement imprégnée par l'accident survenu sur la base aérienne de Leipzig, en Allemagne, le 4 août, où deux drones kamikazes ont failli faire exploser un avion de transport militaire ukrainien, avec tout son personnel à bord. C'est seulement le 1er septembre, après enquête, que Berlin a officiellement attribué cette attaque à la Russie. « Si l'adversaire est fort, il peut réussir à rester sous le seuil de la conflictualité ouverte, sans que son action puisse lui être attribuée, mais pour autant il faut réagir », explique l'adjudant-chef Xavier, chef de la cellule dite « A2 » ou renseignement, en ce dernier jour d'exercice.
«Les menaces qui pèsent sur les bases ressemblent de plus en plus à ce qui se passait pendant la guerre froide», raconte le général Laurent Charrier, bras droit du général Duvivier à la tête du CTAAE. Les aviateurs se réentraînent de plus en plus à utiliser leurs abris souterrains. Lors de ce Basex, des attaques de drones avec épandage de matières « NRBC » (nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques) ont par exemple été simulées.
Sur la BA 204, une emprise militaire située à quelques encablures de la base de Mérignac, on attend même de pied ferme l'enveloppe budgétaire qui permettra, en 2027 espère-t-on, d'enterrer le PC de crise. Ce site discret est un vaste atelier de 1500 machines-outils qui gère les réparations de tous les matériels aéronautiques de l'armée de l'air. Il a notamment la main sur tout le parc des imprimantes 3D des bases aériennes françaises. Mais son poste de commandement en cas de crise est toujours logé sous les toits d'un petit hôtel particulier du XVIIe siècle...
Les risques qui pèsent aujourd'hui sur une base aérienne sont multiples. Avant ce Basex, les aviateurs de Mérignac considèrent qu'ils ont eu droit à une répétition grandeur nature de ce que pourrait être une réelle mise en danger de leur « plate-forme de combat », avec le mégafeu de Gironde. Tout l'été, le site militaire a été transformé en véritable base arrière logistique : plus de 800 personnes, 100 véhicules et une trentaine d'aéronefs de sécurité civile y ont été retranchés. Des investigations sont toujours en cours pour savoir si certains départs de feu ont pu être encouragés par un Etat tiers.
La menace antidrone demeure toutefois celle qui a fait l'objet du plus d'attention durant ce Basex. Alors que les survols suspects se sont multipliés depuis l'automne 2025, au-dessus des emprises militaires, les moyens de défense antidrone tels que les fusils brouilleurs ou d'autres systèmes de neutralisation au canon de 20 mm sont toujours largement insuffisants au sein des forces. Des permanences de guet ont donc été mises en place sur certains sites, en même temps qu'une révision de la façon dont le périmètre des enceintes entourant les bases doit être protégé.
Des réservistes et certains volontaires du service national (SN) ont aussi été mis à contribution sur cette session de Basex. La protection des enceintes militaires est l'une des missions prioritaires à laquelle les armées envisagent de les affecter. En ce 2 octobre, ils sont 25 diplômés (de bac + 3 à bac + 7), au garde-à-vous – dont un tiers de filles – à démarrer un mois de formation comme officiers, avant d'être affectés dans leur unité définitive.
La résilience des emprises militaires est, par ailleurs, au cœur de discussions serrées, actuellement sous la houlette du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. L'enjeu est d'affiner la façon dont les armées doivent se préparer à se coordonner avec les forces de sécurité intérieure en cas de nouvelle hausse des menaces en France. Près de 30 % des vols européens font désormais l'objet de manœuvre de brouillage des signaux GPS par la Russie, tandis que près de 150 incidents de gravité diverse en Europe ont été recensés et attribués à Moscou, depuis 2022.
ÉLISE VINCENT
面对胡塞武装,利雅得转向盟友
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Face aux houthistes, Riyad se tourne vers ses alliés
Le Pakistan et la Turquie vont déployer des forces en Arabie saoudite dans le cadre du « pacte de La Mecque »
Image extraite d'une vidéo non datée diffusée le 5 octobre par le service de presse des Brigades des géants du Sud, alliées des forces du gouvernement yéménite, montrant des combats contre des houthistes, à Taëz, au Yémen. SERVICE DE PRESSE DES BRIGADES DES GÉANTS DU SUD VIA AFP
ISTANBUL - correspondant,
La monarchie saoudienne a convoqué ses alliés en « urgence » à Riyad, lundi 5 octobre. A l'heure où le royaume annonce une nouvelle campagne militaire pour tenter de faire pièce aux houthistes du Yémen, qui menacent ses tankers en mer Rouge et frappent sa capitale et ses infrastructures – les aéroports de Najran et Jizan ont encore été ciblés lundi près de la frontière –, les plus hauts représentants militaires et diplomatiques du Pakistan, de la Turquie et de l'Arabie saoudite, posaient alignés et unis devant les photographes, proclamant mettre pour la première fois à exécution le « pacte de La Mecque », leur accord de défense mutuelle conclu le 7 août. Cherchant à faire mentir ceux qui voyaient dans cette alliance une coquille vide, Ankara et Islamabad ont annoncé, dans un communiqué rendu public le jour même, le « déploiement rapide » de forces dans le royaume.
Jusqu'à présent, Riyad était demeuré en retrait derrière les forces gouvernementales yéménites, qui tâchent de reprendre pied sur la côte de la mer Rouge, après la conquête par les houthistes du petit port de Moka, le 10 septembre. Cette prise avait suscité une onde de choc sur le marché du pétrole, déjà malmené par l'interminable thrombose dans le détroit d'Ormuz.
Les milices houthistes tiennent désormais sous le feu de leurs mortiers un autre détroit, celui de Bab Al-Mandab, et prétendent interdire aux pétroliers saoudiens de transiter par cette « porte des larmes » qui ouvre la mer Rouge sur l'océan Indien.
Les opérations de lundi, plus intenses (une soixantaine de frappes aériennes selon les houthistes), mieux coordonnées et impliquant la marine saoudienne, qui a frappé le port d'Hodeïda en mer Rouge, « marquent la fin du déni saoudien », analyse une source proche du pouvoir à Riyad. « Le royaume prétendait encore avant-hier que cette guerre était yéménite. Mais il ne peut pas activer le "pacte de La Mecque" et demander le soutien effectif des Etats-Unis sans s'y impliquer réellement», poursuit cette source.
Washington a déçu son allié en refusant de frapper les houthistes et en prenant langue avec eux en septembre, mais l'armée américaine fournit à Riyad une aide de renseignement et de ciblage, et ravitaille des avions en vol. La France et le Royaume-Uni ont promis une assistance limitée et purement défensive. Quant aux alliés pakistanais et turc, ils demeurent réticents : leur déclaration commune, signée lundi à Riyad, n'évoque pas explicitement la menace houthiste. Le texte se contente de condamner «les attaques incessantes contre des villes et des infrastructures civiles et économiques du royaume » et rejette «sans équivoque» toute atteinte à la sécurité et à l'intégrité de la monarchie du Golfe.
L'Arabie saoudite parie désormais que « l'escalade attendue des frappes houthistes contre le territoire saoudien impliquera plus avant les partenaires turcs et pakistanais», avance cette source proche du pouvoir. Une frappe de drone attribuée par la monarchie aux houthistes, qui aurait visé La Mecque, le 16 septembre, fournit dès à présent une légitimité aux alliés de Riyad – leur communiqué du 5 octobre dénonce toute attaque contre les lieux saints de Médine et La Mecque.
Déjà «des avions pakistanais ont certainement participé aux frappes de lundi au Yémen», assure la politologue Ayesha Siddiqa à la School of Oriental and African Studies de l'université de Londres, bien introduite dans les cercles militaires d'Islamabad – une allégation confirmée de source yéménite. Le Pakistan, qui avait accueilli fraîchement la première demande d'aide saoudienne à la mis septembre, se trouve sommé de démontrer sa loyauté envers le royaume, dont il dépend financièrement. Au moins 20 000 soldats pakistanais sont par ailleurs déployés à la frontière saoudienne, près du Yémen, selon Ayesha Siddiqa et l'analyste yéménite Farea Al-Muslimi, du centre de réflexion Chatham House à Londres, qui précise que « des conseillers pakistanais sont présents dans la grande ville du Sud, Aden [au Yémen]. Quant à la Turquie, elle est en train de fournir du matériel, des drones à l'Arabie saoudite et peut inciter le président syrien, Ahmed Al-Charaa, à dépêcher des combattants, dont des djihadistes qui l'encombrent et qu'il est prêt à déverser dans n'importe quel égout. » A Riyad, une seconde source saoudienne confirme cette ambition. Le président Al-Charaa se trouvait en visite dans la capitale saoudienne mardi 6 octobre, où il s'est entretenu avec le prince héritier, Mohammed Ben Salman.
Si le Pakistan et la Turquie donnent ainsi des gages à l'Arabie saoudite, ils restent prudents à l'égard de ce conflit dans lequel Riyad lui-même avance, hésitant. Le royaume fomente des plans d'attaque ambitieux : il va jusqu'à donner des signes de préparation d'une tentative d'invasion depuis la frontière nord du Yémen – les replis montagneux réputés im-prenables de Saada, où les dirigeants houthistes résistent à ses bombardements depuis une décennie. Cependant, cette source proche du pouvoir à Riyad reconnaît que la priorité demeure « de rétablir un rapport de force avec les houthistes, qui dictent leurs conditions avec une telle arrogance qu'on croirait qu'ils ont déjà gagné. Il s'agit de leur rappeler le coût de la guerre, afin de les contraindre à négocier ».
A ce titre, l'implication du «pacte de La Mecque» vaut menace, et représente «une victoire pour la diplomatie saoudienne, qui montre l'efficacité de son partenariat militaire avec une puissance de
Une nouvelle campagne militaire doit tenter de faire pièce à la milice yéménite
l'OTAN et une puissance nucléaire, appuie Camille Lons, chercheuse spécialiste du Golfe au sein de l'European Council on Foreign Relations. Même si la Turquie et le Pakistan ne veulent surtout pas apparaître comme menant une guerre contre Téhéran et ses alliés ».
Islamabad et Ankara se présentent depuis septembre avant tout comme des médiateurs avec l'Iran, allié des houthistes. Les autorités pakistanaises ont en mémoire des bombardements subis à leur frontière avec l'Iran en 2024. Ils doivent aussi composer avec une part de leur opinion publique qui verrait d'un mauvais œil la participation à une guerre contre les houthistes, notamment au sein de la jeunesse islamiste, admirative des frappes menées contre Israël depuis 2023, en solidarité avec Gaza. « La population serait divisée si Islamabad s'impliquait plus avant dans la guerre au Yémen. Aucune décision n'a encore été prise en ce sens, surtout concernant l'envoi de troupes au sol », estime Ayesha Siddiga.
La Turquie, elle, s'abrite derrière ses procédures institutionnelles pour freiner tout engagement trop franc dans le conflit. Le «pacte de La Mecque», dont le texte demeure secret, n'a pas encore été ratifié par son Parlement – il ne figure même pas à l'agenda parlementaire. En attendant ce feu vert, les experts turcs pensent qu'Ankara soutiendra Riyad par le partage de renseignements, la planification militaire et l'entraînement conjoint. «La Turquie souhaite démontrer que le pacte fonctionne tout en préservant une voie vers la négociation», estime Andreas Krieg, spécialiste du Moyen-Orient au King's College, à Londres.
FANNY ARLANDIS,
NICOLAS BOURCIER,
CLAIRE GATINOIS
ET LOUIS IMBERT
魁北克省选举:独立派强势回归
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Au Québec, le retour en force des indépendantistes aux élections
Le Parti québécois, proche de la majorité absolue après le scrutin provincial, va remettre la question de l'indépendance au centre du débat
MONTRÉAL - correspondance
Le Parti québécois (PQ, indépendantiste), retrouve les commandes de la Belle Province, douze ans après avoir quitté le pouvoir, avec la perspective d'un nouveau référendum sur l'indépendance. Lundi 5 octobre à 23 heures (mardi 5 heures à Paris), les dernières prévisions des résultats des élections provinciales lui attribuaient 59 sièges à l'Assemblée nationale du Québec, la majorité absolue se situant à 64, devant le Parti libéral du Québec (PLQ, centre), crédité de 40 sièges, le Parti conservateur du Québec (PCQ, droite), de 19, et Québec solidaire (QS, gauche), de 9. La Coalition Avenir Québec (CAQ, centre droit), au pouvoir depuis 2018, est balayée et ne conserve aucun siège.
Après avoir fait passer son parti de trois députés à l'issue du scrutin de 2022 à près d'une soixantaine, lundi 5 octobre, le prochain premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, a livré un discours très tourné vers l'avenir d'un Québec souverain. « On a redonné le goût de l'avenir et le goût du Québec à des centaines de milliers de Québécois qui avaient cessé d'y croire», s'est-il félicité, sous les cris de ses sympathisants, s'époumonant: «Le Québec, un pays!» Il a également adressé quelques mots à «[nos] amis français»: «Le pays (...) que nous voulons nous donner sera d'expression française, il sera riche, il sera moderne, et surtout, il sera parmi les démocraties les plus exemplaires de la planète. »
Son programme pour les cent premiers jours prévoit, notamment, de consacrer une enveloppe spécifique à la lutte contre le sans-abrisme, qui a fortement progressé au Québec depuis la pandémie de Covid-19, de créer un secrétariat à l'efficacité gouvernementale chargé d'alléger la bureaucratie de l'Etat, et de «reprendre le contrôle» du système d'immigration en abaissant les seuils d'accueil. Dans une campagne où aucun enjeu n'a vraiment dominé, hormis, peut-être, celui du coût de la vie, les résultats du scrutin font apparaître deux mouvements de fond.
Le verdict des urnes signe d'abord l'effacement de la CAQ, ni franchement fédéraliste ni indépendantiste, mais «autonomiste», qui entendait obtenir davantage de pouvoirs pour le Québec sans remettre en cause son appartenance au Canada. Incarnée au pouvoir pendant près de huit ans par François Legault, puis, depuis avril, par sa successeure Christine Fréchette, la CAQ avait précisément fait campagne sur le refus d'un retour à ce qu'elle qualifiait de «vieux face-à-face» entre indépendantistes et fédéralistes, celui qui a structuré la vie politique québécoise autour des référendums de 1980 et de 1995. C'est pourtant bien celui-ci que le scrutin remet au premier plan.
Autre mouvement notable: la percée du PCQ. Son chef, Eric Duhaime, ancien animateur de radio âgé de 57 ans, peut se réjouir: après plusieurs tentatives, il fait son entrée à l'Assemblée nationale, accompagné de 18 autres élus de sa formation. Celui qui s'était fait connaître, notamment,
魁北克党的胜利并不意味着独立之胜:最新民调显示,对魁北克主权的支持率在 30 % 左右。加拿大总理马克·卡尼(Mark Carney)在社交平台 X 上祝贺保罗·圣-皮埃尔·普拉蒙东时补充道,“建设一个更强大的魁北克是我们建设一个更强大加拿大的使命核心”。这一措辞暗示,两人所谈论的未来并不完全相同。
埃利奥特·杜穆林(ELIOTT DUMOULIN)
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Les derniers sondages situent le soutien à la souveraineté du Québec autour de 30 %
par son opposition aux mesures sanitaires au cours de la pandémie est parvenu à élargir une base électorale longtemps cantonnée au vote protestataire. Ni son aveu d'avoir eu recours à l'intelligence artificielle pour rédiger un livre de campagne, ni la présence dans ses rangs d'un candidat aux positions antiavortement – il s'est désisté en septembre – n'ont enrayé sa dynamique. Eric Duhaime a fait de la réduction des dépenses de l'Etat son thème majeur, promettant 47 milliards de dollars canadiens d'économies (29,4 milliards d'euros) sur cinq ans. Il se définit comme «autonomiste», assumant ainsi une partie de l'espace politique laissé libre par l'effondrement de la CAQ.
A gauche, QS se maintient avec 9 députés. La formation, menée par Ruba Ghazal, 48 ans, avait largement axé sa campagne sur le pouvoir d'achat. Elle promettait, notamment, de plafonner les hausses de loyer et de créer un réseau d'« épiceries publiques », des commerces alimentaires à but non lucratif, afin de faire concurrence aux grandes chaînes et de privilégier les produits locaux.
Pas de référendum avant 2029
La victoire du PQ ramène la question de l'indépendance dans les débats. Paul St-Pierre Plamondon s'est engagé à organiser un référendum au cours de son premier mandat, mais pas tant que Donald Trump occupera la Maison Blanche, soit, en principe, pas avant janvier 2029. Le chef péquiste explique ce choix par l'instabilité provoquée par le président américain, avec la guerre commerciale en cours entre les deux pays. Un débat aussi décisif sur l'avenir du Québec doit, selon lui, se dérouler dans des conditions permettant une discussion « sereine », sans être « confisqué » par les soubresauts de la politique américaine.
Cette prudence ne freine pas les adversaires du projet. Le chef du PLQ, Charles Milliard, a convoqué l'exemple britannique dans les derniers jours de campagne, estimant, samedi 3 octobre, que le Brexit avait laissé place au «Bregret», contraction de Brexit et de «regret», et invitant les Québécois à agir avec «extrêmement de précaution» face à la perspective d'un nouveau référendum sur l'indépendance du Québec. «Face aux grands géants du monde, l'union fait la force», avait-il plaidé.
La victoire du PQ ne signifie pas celle de l'indépendance: les derniers sondages situent le soutien à la souveraineté du Québec autour de 30 %. En félicitant Paul St-Pierre Plamondon sur le réseau social X, le premier ministre canadien, Mark Carney, a d'ailleurs ajouté que « bâtir un Québec plus fort est au cœur de notre mission visant à bâtir un Canada plus fort ». Une formule qui laisse entendre que les deux hommes ne parlent pas tout à fait du même avenir.
9月22日,国家树木监测小组(Groupe national de surveillance des arbres)创始人、反对 A69 高速公路的领军人物托马斯·布雷尔(Thomas Brail)在佩里尼耶(Perrignier)被捕,当时他正参与一项号召人们站在伐木机前的行动。此后,一些活动人士也占据了树木。10月5日(周一),执法部门部分清空了位于阿林日市镇梅桑日(Mésinges)的一处“防御区”。
春季举行的一次电子公众参与活动收集了 3200 多份意见,显示出民众的分歧:48,2 % 表示赞成,而 43,8 % 表示反对。来自规划与交通协商建议协会(Association de concertation et de proposition pour l'aménagement et les transports)的伊丽莎白·沙莫(Elisabeth Charmot)指出:“建设高速公路会产生诱导交通,这将激励人们搬到离日内瓦更远的地方居住。”
Invisible depuis la route, la trouée dans cette forêt de la Haute-Savoie est pourtant énorme. Sapins, chênes, hêtres gisent au sol, leurs immenses troncs empilés les uns sur les autres. De l'autre côté de la départementale 1, à Bons-en-Chablais, un large drap blanc a été déployé devant un champ où paissent des vaches. «A412, on va tous.tes regretter», peut-on lire. Depuis le 1er septembre, le chantier de cette autoroute de 16,5 kilomètres, qui doit relier, d'ici à 2029, Machilly à Thonon-les-Bains, a débuté. Les travaux de déboisement avancent à un rythme soutenu avant la date du 31 octobre à laquelle ils doivent prendre fin. En cinq semaines, plus de 60 % des coupes ont été effectuées, selon le concessionnaire Amedea, une filiale d'Eiffage.
Face à un projet qu'ils jugent d'un autre temps au regard des enjeux climatiques, associations et riverains multiplient les stratégies pour tenter de ralentir le chantier; comme avaient pu le faire les opposants à l'A69, entre Castres (Tarn) et Toulouse. Jeudi 1 $^{er}$ octobre, une trentaine d'entre eux se sont donné rendez-vous avant l'aube devant le site où les machines sont entreposées la nuit. Un sit-in est organisé devant les quatre voitures disposées à l'entrée pour bloquer les engins. Les ouvriers ne peuvent que rester les bras croisés en attendant l'arrivée des gendarmes qui arrivent en nombre.
Nathalie se mobilise pour la première fois. « Quand je me balade dans les bois et que je vois le saccage, c'est un non-sens pour moi », explique cette animatrice sportive de 53 ans qui a souhaité rester anonyme. Deux heures et des contrôles d'identité plus tard, les véhicules sont embarqués par la fourrière et leurs propriétaires verbalisés. Ouvriers et machines prennent le travail sous les huées.
Le 22 septembre, Thomas Brail, fondateur du Groupe national de surveillance des arbres et figure de la fronde contre l'A69, a été arrêté à Perrignier, alors qu'il participait à une action appelant à se placer devant les abatteuses. Depuis, des militants se sont aussi installés dans les arbres. Une « zone à défendre » à Mésinges, sur la commune d'Allinges, a été partiellement évacuée par les forces de l'ordre lundi 5 octobre.
Ce ruban de bitume est un serpent de mer depuis plus de trente ans. Relancé en plusieurs tronçons après l'abandon d'une première version en 1997 qui visait à désenclaver le territoire, le nouveau projet a été déclaré d'utilité publique en 2019. Le 28 août, alors que la France connaît l'été le plus chaud jamais enregistré, le nouveau préfet de la Haute-Savoie, Jérôme Bonet, signe l'autorisation environnementale qui permet le lancement des travaux dans ce secteur rural, célèbre pour son reblochon.
«Trafic induit»
Situé aux portes de Genève (Suisse), le Chablais est en plein essor, attirant toujours plus de transfrontaliers. Y conduire aux heures de pointe peut virer au cauchemar et, pour les villages traversés, les nuisances sont nombreuses. Ici, la plupart des élus locaux soutiennent l'infrastructure. « N'être desservi que par des routes départementales génère d'importants problèmes de circulation et de sécurité, souligne Nicolas Rubin, vice-président (sans étiquette) du conseil départemental.
On doit séparer les flux entre un grand axe et les dessertes locales. »
Une participation du public par voie électronique, au printemps, a recueilli plus de 3200 contributions et montré une population divisée: 48,2 % favorables, contre 43,8 % défavorables. « Quand on construit une autoroute, ça crée du trafic induit, avance Elisabeth Charmot, de l'Association de concertation et de proposition pour l'aménagement et les transports. Ça va inciter des gens à aller habiter encore plus loin de Genève. »
Sur les 180 hectares d'emprise, des forêts, des prairies, des pâturages ou des zones humides seront détruits ou affectés. En février, le Conseil national de la protection de la nature a rendu un avis défavorable à la demande de dérogation à la protection des espèces déposée par Amedea, contestant l'existence d'une « raison impérative d'intérêt public majeur ». Un mois plus tard, l'Autorité environnementale émettait une série de recommandations concernant l'artificialisation des sols, les impacts sur la biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre générées, non conformes aux objectifs climatiques du pays.
Le chantier est sous haute surveillance. Pas de quoi arrêter Anne Granget, qui ne manque pas une action. « La France a brûlé partout cet été et le seul endroit qui n'a pas brûlé, on le coupe », se désole la sexagénaire, qui possède une quinzaine de chevaux qu'elle fait paître sur 6 hectares autour de sa ferme. Elle est l'une des agricultrices les plus affectées par l'autoroute. « Je vais devoir quasi cesser mes activités », redoute l'éleveuse. Selon elle, « il n'y a aucune raison impérative d'intérêt public majeur, juste des intérêts financiers ». Amedea, qui a obtenu la concession pour cinquante-cinq ans, finance l'infrastructure pour un coût estimé à 340 millions d'euros. Selon Philippe Le Sénéchal, directeur opérationnel du projet, l'ouvrage sera « dans la moyenne des tarifications de péage en France, entre 12 centimes et 15-20 centimes d'euro du kilomètre ». Les opposants ont calculé que l'aller-retour reviendrait à plus de 8 euros.
A la mi-septembre, ces derniers ont déposé, devant la justice administrative, un recours sur le fond afin de faire reconnaître l'il-légalité de l'autorisation environ-nementale et un référé-suspension pour demander l'arrêt im-médiat du chantier. Une audience a été fixée au 14 octobre. «Il ne faudrait pas revivre une A69 bis, avec des travaux qui sont finis quand la justice se prononce», insiste Anne Lassman-Trappier, présidente de France Nature Environnement Haute-Savoie.
La ville de Genève, hostile de longue date à cet ouvrage, alors qu'elle mène une politique de réduction de la place de la voiture, prépare également un recours. «Les autorités françaises ont agi au mépris des éléments de dialogue démocratique en mettant les gens devant le fait accompli, alors qu'il s'agit d'un véritable écocide», critique l'élu écologiste Alfonso Gomez, conseiller administratif.
Comme le reste des contestataires, il plaide pour renforcer la cadence du Léman Express, un réseau express régional francosuisse reliant la Confédération à
Genève, hostile à l'ouvrage alors qu'elle mène une politique de réduction de la voiture, prépare un recours
la Haute-Savoie et à l'Ain. Mis en service en 2019, il est déjà saturé aux heures de pointe, victime de son succès. «Si l'on donne aux gens la possibilité de se déplacer autrement, ils l'utilisent, surtout compte tenu du prix de l'essence aujourd'hui», met en avant Jérôme Dethes, de la Confédération paysanne de Haute-Savoie.
Selon Eiffage, une centaine de parcelles sont toujours en cours d'expropriation sur les 1300 nécessaires. A Allinges, Françoise, Michel, Georges et Claire (ils n'ont pas souhaité donner leur nom) vont perdre les deux tiers de leurs terres. «Des ouvriers sont venus sans nous prévenir, ont coupé le cadenas et sont entrés», raconte Georges. Le quinquagénaire poursuit: «Quand nous sommes arrivés, ils nous ont demandé nos pièces d'identité et le titre de propriété, et nous ont empêchés de pénétrer sur notre terrain pendant deux heures. »
Le lendemain, des feuillus ont commencé à être abattus alors que la juge des expropriations n'était pas encore passée. « Ils sont rentrés alors que c'est clos et ils n'en ont pas le droit, affirme leur avocate, Violette Delattre. Quant à l'abattage des arbres, il ne peut se faire qu'après constat contradictoire de valeur, ce qui n'a pas été fait. On empêche ainsi les propriétaires d'avoir une indemnisation à la juste valeur puisque les arbres sont déjà à terre. » Eiffage répond que « l'état des lieux réalisé par l'expert mandaté par le tribunal administratif de Grenoble dans le cadre des occupations temporaires permettra à la juge d'évaluer le montant de l'indemnité d'acquisition ».
Assis sous l'auvent d'un petit chalet, les quatre amis contemplent la désolation autour d'eux. Les souvenirs heureux dans ce lieu si privilégié affluent alors qu'une salamandre se faufile à leurs pieds. « C'est très brutal : il y a dix jours encore c'était un havre de paix, se désole Françoise, 77 ans. C'est un vrai deuil que l'on doit faire. »
Le Nobel de physique récompense la quête des neutrinos
Francis Halzen, chercheur belge de 82 ans, a reçu le prestigieux prix, mardi, pour ses travaux sur ces particules fantômes
Pour une particule invisible, quasi sans masse, et qui déteste interagir avec les autres composants de la matière, le neutrino n'est pas très discret dès lors qu'il s'agit de récolter des prix Nobel. Pour la cinquième fois, la célèbre récompense a été attribuée à un physicien qui tente d'en percer les secrets. Le Belge Francis Halzen, 82 ans, a été primé, mardi 6 octobre, pour avoir ouvert une nouvelle fenêtre sur le ciel, rien moins qu'une nouvelle astronomie, en captant non pas des grains de lumière, ni des ondes radio ou des rayons gamma, mais les fameux neutrinos.
Ces derniers ne possèdent pas de charge électrique, sont très légers et filent en ligne droite depuis leur source de production, car ils sont peu sensibles à la présence d'autres particules. Ils sont produits par le Soleil, les centrales nucléaires, mais aussi par des explosions d'étoiles. « Plus d'un milliard traversent ma main par seconde, émis par le Soleil », a précisé Mark Pearce, président du comité du prix Nobel de physique. Mais les neutrinos qui intéressent Francis Halzen sont bien moins nombreux et viennent de plus loin. Ils jaillissent d'événements cosmiques violents, comme les noyaux actifs de galaxies, là où des trous noirs géants secouent la matière.
En 1988, l'ancien théoricien, formé à l'Université catholique de Louvain et en poste depuis 1972 à l'université du Wisconsin, propose un instrument original, un télescope à neutrinos, avec son collègue John Learned, de l'université d'Hawai. Et ils le verraient bien, non pas en hauteur comme les autres télescopes, mais en profondeur... sous la glace de l'Antarctique. En effet, comme il y a peu de chances qu'un neutrino frappe un autre atome, il faut, pour le
Ils sont produits par le Soleil, les centrales nucléaires, mais aussi par des explosions d'étoiles
voir, équiper des régions contenant beaucoup d'atomes, comme de la glace ou de l'eau.
John Learned avait d'ailleurs fait de premiers essais au large d'Hawai, sous la mer, avec le projet Dumand, qui ne sera jamais achevé. « Bien que le pôle Sud soit moins plaisant qu'Hawai (...), il apparaît que ce serait le meilleur endroit pour commencer l'astrophysique des neutrinos de haute énergie », concluaient les deux chercheurs dans leur article de 1988.
Dès le début des années 1990, après quelques forages au Groenland, le prototype Amanda est lancé. Avant même la fin du chantier, en 1999, Francis Halzen fait une demande de financement pour le projet suivant, IceCube, un détecteur d'un kilomètre cube qui sera accepté en 2002. La construction s'achèvera en 2011.
Entre 1450 mètres et 2450 mètres de profondeur, pour éviter la présence de bulles d'air, sont glissés 86 câbles sur lesquels sont fixés plus de 5000 « yeux ». Ils ne voient pas directement les neutrinos, mais des traces de leur passage. Certains traversent la Terre, percutent une molécule d'eau, se transforment en muon (un gros cousin de l'électron), qui a l'incroyable propriété de filer plus vite que la lumière dans la glace.
Tel le franchissement du mur du son, cela déclenche un flash bleu, enregistré par les détecteurs. D'autres types de neutrinos forment des boules de lumière.
Dès 2013, l'instrument fonctionne et enregistre un flux diffus de neutrinos de haute énergie, preuve d'une provenance cosmique différente de celle du Soleil ou de celle d'une supernova, car un million de fois plus énergétique. «Nous ne pensions pas que ça marcherait lorsque nous avons lancé le projet», a déclaré Francis Halzen lors de la conférence téléphonique organisée à l'annonce du prix.
Les détecteurs n'étaient cependant pas assez précis, au démarrage, pour distinguer des traces bien droites qui leur auraient permis de remonter à la source de ces neutrinos. Ce sera fait quatre ans plus tard, avec un flash attribué à un noyau actif de galaxie. En 2019, IceCube enregistre un record, un flux de neutrinos 40 fois plus énergétique que celui de 2017. Record qui sera battu en 2023 par KM3NeT, le projet européen, installé en Mediterranée, avec une énergie encore 17 fois plus grande.
« C'est formidable qu'il ait eu ce prix que la communauté attendait, rappelle Antoine Kouchner, porteparole de l'expérience Antarès, prédécesseure de KM3NeT, et enseignant-chercheur à l'université Paris Cité, au laboratoire astroparticule et cosmologie. Mais l'astronomie de neutrinos n'en est qu'à ses débuts. » IceCube devrait en effet grandir avec le projet IceCubeGen2. KM3NeT continue aussi son déploiement. Et, dans le lac Baïkal, les Russes ont aussi installé un gros détecteur de près d'un kilomètre cube. « On ne sait pas encore ce que cela va apporter, a déclaré Francis Halzen. Mais l'astronomie des neutrinos existe. »
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Des élèves de tous horizons, rejoints par de nombreux adultes – parents, élus, militants syndicaux ou simples citoyens –, ont défilé, mardi, le plus souvent dans une ambiance bon enfant
es lycéens se sont comptés et ont pu compter leurs soutiens, en cet « acte III » de leur mouvement. Et ils ont été nombreux. Quelque 266 000 manifestants ont été comptabilisés en France par le
ministère de l'intérieur, dont 56 000 à Paris. Les organisateurs lycéens et étudiants dé-nombrent de leur côté 450 000 personnes dans les cortèges dont 100 000 à Paris.
A Lille, Marseille, Lyon, Paris, Clermont-Ferrand ou encore Rennes, des lycéens jusqu'alors rassemblés dans le seul périmètre de leur établissement sont venus en nombre grossir les cortèges. Beaucoup manifestaient pour la première fois, dans une ambiance le plus souvent bon enfant, même si des heurts ont éclaté à la fin de la mobilisation parisienne et que la journée a donné lieu à 488 interpellations, selon le ministère de l'intérieur.
A Nîmes, parmi les 13500 manifestants recensés par la préfecture du Gard, quatre jeunes du lycée Albert-Camus avaient aussi mobilisé leur énergie : « Il n'y a pas d'incidents aujourd'hui dans la ville, et c'est beaucoup plus agréable, car on va peut-être enfin se faire entendre », estimaient Mathilde, Fantine, Antonin et Melvil (nous avons choisi de ne pas donner les noms de famille des mineurs).
Comme depuis le début du mouvement et partout en France, les mêmes revendications reviennent, inlassablement. « On se bat contre le manque de professeurs, la surcharge dans les classes, des emplois du temps inadaptés. Et contre le manque de moyens. En pleine canicule, on ne peut plus travailler dans des classes surchauffées. On est 36 par classe, sous 40 °C», affirment les jeunes Nîmois. «Il faut aussi réformer Par-coursup», ajoutent-ils.
Dans le cortège parisien, des élèves de tous horizons se sont agrégés. Les banderoles des lycées de Seine-Saint-Denis comme Paul-Eluard, à Saint-Denis, et Olympe-de-Gouges, à Noisy-le-Sec, ainsi que ceux d'établissements parisiens favorisés comme Sophie-Germain (4 $^{e}$ arrondissement), se sont côtoyés. Madalina et Elysa, élèves en terminale au lycée Marcelin-Berthelot de Pantin (Seine-Saint-Denis), sont venues manifester avec leurs enseignants. « On dénonce le manque de moyens et des locaux insalubres, avec des murs troués et des fuites d'eau dans les salles de classe », racontent-elles.
Certains l'avouent : ils n'expérimentent pas tous ces environnements et conditions d'enseignement dégradés. Mais ils portent le même projet d'une éducation nationale équitable. Les élèves du lycée privé sous contrat Saint-Michel-de-Picpus, dans le 12 arrondissement de Paris, défilent ainsi pour réclamer « plus de budget et une meilleure éducation ». Ils disent n'avoir « pas à se plaindre », mais ils sont là pour ceux qui expérimentent des conditions de travail plus difficiles.
Dans les différents cortèges comme sur les blocages du matin, les étudiants ont rejoint les lycéens. Environ 40 % des établissements de l'enseignement supérieur publics ont été perturbés, mardi, selon le ministère de l'enseignement supérieur.
A Clermont-Ferrand, une trentaine d'étudiants se sont réunis devant le site Carnot de l'université Clermont-Auvergne. Toutes les
A Paris 12 $^{e}$ , le 6 octobre. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
AUX REVENDICATIONS
SUR LES
CONDITIONS D'ÉTUDE
S'EST AGRÉGÉE UNE
AUTRE INDIGNATION,
CELLE NÉE
DE LA RÉPONSE
POLICIÈRE
entrées ont été bloquées. « C'est la première fois que ça arrive. Il y a déjà eu des manifestations étudiantes ici, mais jamais de blocage comme ça! », s'enthousiasme Celtill, l'un des porte-paroles du rassemblement, précisant qu'il n'y a pas de volonté de récupérer la mobilisation lycéenne. « Mais nous souhaitons les soutenir et nous avons des revendications proches des leurs », poursuit-il.
周二,一些人挥舞着诸如“要资源,不要残肢”(Des moyens, pas des moignons)的口号进行抗议,此前一名15岁的少年在周一于朗斯(Lens,帕斯-德卡莱省)被一颗手榴弹炸断了手;还有人喊着“以眼还眼,以牙还牙”,这是在指代一名在图尔被弄瞎一只眼的16岁少年,根据图尔共和国检察官凯瑟琳·索里塔-米纳尔(Catherine Sorita-Minard)的说法,其伤势“与LBD(防御性弹丸发射器)的射击结果一致”;以及在圣欧安洛蒙(Saint-Ouen-l'Aumône,瓦兹河谷省)被一名警察近距离发射的催泪弹击中面部的14岁少年伊登(Eden),该警察已于周二因“公职人员实施暴力导致永久性残疾或伤残”被起诉。在巴黎,游行队伍中经常出现“ACAB”(缩写,意为“All Cops Are Bastards”,即“所有警察都是混蛋”)或“所有人都讨厌警察”的口号。
Le mouvement a plus largement changé de visage à la faveur de cette journée, qui a rassemblé autour des adolescents de nombreux adultes, qu'ils soient parents, élus, militants syndicaux ou simples citoyens venus en soutien. Plusieurs syndicats de fonctionnaires, et notamment d'enseignants, avaient également appelé à rejoindre le mouvement lycéen et à manifester, mardi.
soutien ». Lucienne, 85 ans, a « fait Mai 68 » et elle voulait voir de ses propres yeux si le mouvement lycéen était aussi violent que ce que la télévision en dit. « Je suis rassurée, assure-t-elle. Ces jeunes expriment calmement des revendications légitimes. » Véronique, 68 ans, opine : « Nous avons toutes des petits-enfants concernés par la situation. Les conditions d'enseignement ne sont pas satisfaisantes, et le gouvernement ne fait rien pour eux ! » Ghislaine, 68 ans, poursuit : « Si, il leur envoie la police. Nous venons autant pour soutenir les jeunes que pour les protéger. »
A Tours, des professeurs de plusieurs établissements ont ainsi défilé, à l'instar de Charlotte (prénom d'emprunt). «Notre travail, en tant qu'enseignants, est de faire en sorte de les protéger», explique cette professeure de philosophie au lycée Vaucanson, dans le nord de la ville. Elle se réjouit de l'ambiance « bon enfant » de la manifestation. « Je suis contente de voir tout le monde, pas que des lycéens. Ça donne de la voix à leurs revendications », dit-elle.
Dans les cortèges, aux revendications initiales des lycéens sur leurs conditions d'études s'est en effet agrégée une autre indignation. Celle née de la réponse policière opposée aux élèves lors des blocus depuis la fin septembre, et qui se lit désormais à longueur de pancartes dans les blocages et les défilés.
«Je suis impressionnée par leur mobilisation, les jeunes défendent le service public alors que les adultes baissaient les bras. Ils ne sont pas résignés », se félicite aussi Valérie, dans le cortège de Lyon, venue du Beaujolais pour accompagner ses élèves, et qui n'a pas souhaité donner son nom, comme les autres adultes cités par leur prénom. Plus loin, une pancarte d'une professeure de Villeurbanne (Métropole de Lyon) proclame : «Elèves, vos voix nous élèvent. »
Mardi, certains ont manifesté en brandissant des slogans tels que «Des moyens, pas des moignons», après qu'un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade, lundi, à Lens (Pas-de-Calais); ou encore «Œil pour œil, dent pour dent», en référence à l'adolescent de 16 ans éborgné à Tours, dont les lésions sont «compatibles avec un tir de LBD [lanceur de balles de défense]», selon la procureure de la République de Tours, Catherine Sorita-Minard; ainsi qu'au jeune Eden, 14 ans, touché au visage à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise) par une grenade lacrymogène tirée à bout portant par un policier mis en examen, mardi, pour «violences par personne dépositaire de l'autorité publique suivie de mutilation ou d'infirmité permanente». A Paris, le cortège a souvent défilé sur fond d'«ACAB» acronyme qui signifie «All Cops Are Bastards» («tous les flics sont des bâtards») ou de «Tout le monde déteste la police.»
Le ministre de l'éducation a dû préciser quelques heures plus tard qu'il s'agissait bien d'une « demi-journée banalisée » à organiser d'ici à la fin de la semaine, comme il l'avait annoncé le matin même. « On ne peut pas reprendre le chemin des cours comme s'il ne s'était rien passé », avait-il dit sur Franceinfo, alors que plusieurs centaines de lycées ont été fermés depuis ven-
A Rennes, Emma, Salomé, Iris et Louane, lycéennes en 1 $^{re}$ , brandissent une pancarte : « Assez grandes pour se faire gazer mais pas pour manifester ». Encore choquées, les quatre amies racontent l'intervention des forces de l'ordre devant leur lycée, début octobre. « Le blocus se déroulait calmement. (...) Les CRS sont arrivés en trombe, ils ont couru et gazé tout le monde. Ils nous couraient comme s'ils y prenaient du plaisir », décrit Salomé. Emma reprend : « Maintenant, dès que l'on croise des policiers, on se méfie. Sur- tout les CRS. On ne devrait pas avoir peur de la police à 16 ans! »
Cette colère, qui imprègne tous les discours des adolescents mobilisés, a aussi
L'IMBROGLIO TÉMOIGNE de la fébrilité du gouvernement à l'issue d'une journée de mobilisation d'ampleur des lycéens et des soutiens de ces derniers. «Le ministre de l'éducation nationale [Edouard Geffray] a décidé de libérer du temps dès demain matin, dès jeudi, dès vendredi, avec une "banalisation" complète des emplois du temps pour permettre à chaque équipe de direction (...) d'organiser un temps de démocratie interne au sein du lycée », a annoncé le premier ministre, Sébastien Lecornu, lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, mardi 6 octobre, dans l'après-midi, laissant entendre que les cours seraient banalisés toute la semaine.
Du côté de ID-FO, la secrétaire générale, Agnès Andersen, a dénoncé
Colère autour de la « demi-journée de cours banalisée »
une « manceuvre du gouvernement qui vise à refiler la problématique » aux chefs d'établissement, qu'elle décrit comme « épuisés et écœurés » après deux semaines de crise. « L'appel au secours de cette jeunesse, c'est à ceux qui décident des politiques publiques de l'entendre !, s'est-elle insurgée. Les chefs d'établissement ne pourront pas répondre aux revendications [qui concernent] Parcour-sup ou la réforme du bac! »
dredi, et que plus de 1000 ont fait l'objet d'actions et de perturbations. « Dès le premier jour de reprise des cours, nous instaurerons un temps lycéen dans chaque lycée de France : une demi-journée banalisée, d'abord avec les personnels, puis avec les élèves, pour un débat de fond, ouvert et démocratique, partout », a ainsi proposé Edouard Geffray.
Antoine Clanet, 24 ans, assistant d'éducation au lycée Antonin-Artaud dans le 13 $^{e}$ arrondissement de Marseille, est aussi venu pour soutenir les élèves dont il a la charge dans cet établissement des quartiers populaires : « Ils ont manifesté en reproduisant ce qu'ils voient sur les réseaux sociaux et dans les médias... La course au lycée qui sera le plus violent. On veut leur montrer qu'il y a aussi une manière pacifique d'accompagner leurs revendications légitimes. »
Cette décision a immédiatement provoqué l'ire des proviseurs. « Banaliser des cours pour échanger avec les élèves, sur simple annonce du premier ministre est irréalisable. (...) Nous refusons de mettre en place une annonce totalement improvisée et ambiguë qui met les établissements et tous les collègues en très grande difficulté », s'est opposé Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du syndicat de chefs d'établissement SNPDEN-UNSA, dans un communiqué. « Il ne s'agit pas de refuser la démocratie scolaire, mais de la faire vivre en dehors de l'agenda politique », a-t-il ajouté.
De très nombreux parents étaient aussi présents, ainsi que des grands-parents. A Rennes, Véronique, Lucienne et Ghislaine, toutes trois retraitées, brandissent des ardoises sur lesquelles elles ont écrit : « Mamie en
SYLVIE LECHERBONNIER
ET ELÉA POMMIERS
Depuis que le mouvement lycéen a pris de l'ampleur, le ministère tente de promouvoir et de renouveler les instances de dialogue. Une plateforme de concertation a été lancée, lundi soir, avec deux questions: « Quelles sont aujourd'hui les principales difficultés que vous rencontrez au lycée ? » et « Qu'est-ce qui devrait, selon vous, changer ou être amélioré pour mieux apprendre et mieux vivre votre scolarité ? » Les contributions, qui peuvent être déposées jusqu'au 23 octobre, doivent faire l'objet d'une synthèse et d'une restitution nationale à la fin du mois.
Des lycéens devant le lycée Albert-Camus, à Nîmes, le 6 octobre. LEWIS JOLY POUR « LE MONDE »
poussé de nombreux adultes à descendre dans la rue, mardi. A Lille, Thomas Lequesne, lui, a même posé un jour de RTT au dernier moment, lundi soir, pour manifester à la place de son fils. « Quand j'ai appris qu'un gamin avait perdu une main à Lens, j'ai eu trop peur pour le mien. La discussion a été houleuse hier soir », reconnaît ce père de famille, qui a fini par transiger : « Si je venais à sa place, là, il était OK. »
当青少年封锁了文森大道(cours de Vincennes),且一队机动宪兵在他们对面就位时,数十名成年人排成一排,将自己置于青少年与准备采取行动的执法部门之间。其中一人是高中生的母亲尼娜(Nina)。“这里有警察,这里有我的儿子,我留在前面是为了保护他,”她坦言,并对过去十天流传的警方干预画面感到“震惊”。
Etre auprès des adolescents pour les soutenir, mais aussi pour les «protéger», et jouer le rôle d'interface, voire de tampon, avec les forces de l'ordre, c'était l'objectif de nombreux adultes partout en France, et ce dès les blocus qui se sont poursuivis mardi matin avant la manifestation. Dans le 20 $^{e}$ arrondissement de Paris, avant 8 heures, des militants de la CGT, de la Ligue des droits de l'homme, des élus ainsi que des parents d'élèves, affublés de brassards blancs, se trouvaient ainsi aux côtés des élèves du lycée Hélène-Boucher.
Lorsque les adolescents ont bloqué le cours de Vincennes et qu'une colonne de gendarmes mobiles s'est positionnée face à eux, les dizaines d'adultes ont formé une chaîne pour s'interposer entre les adolescents et les forces de l'ordre qui s'apprétaient à intervenir. Parmi eux, Nina, mère d'un lycéen. « Il y a des flics, il y a mon fils, je reste devant pour le protéger », assumait-elle, « effarée » des images d'interventions policières ayant circulé depuis dix jours.
Comme à Hélène-Boucher, plusieurs blocus ont encore été organisés mardi matin, en amont de la manifestation et en dépit des fermetures décrétées par les préfectures. Selon le ministère de l'éducation nationale, 891 lycées sur les 3700 ont vu leurs cours «être suspendus, soit totalement, soit partiellement, toutes causes confondues», mardi. En Ile-de-France, où sont scolarisés 20 % des lycéens français, 250 établissements étaient fermés, soit la moitié d'entre eux, et 25 ont été perturbés par des actions parfois violentes, selon la région.
Ces fermetures n'ont toutefois pas étouffé le mouvement, dont l'expression s'est décalée dans plusieurs lycées qui n'étaient jusqu'alors pas mobilisés et qui ont pris le relais, mardi matin. Ce fut le cas dans les établissements du centre de Paris, y compris le très prestigieux lycée privé Massillon, le plus favorisé du pays, peu coutumier des manifestations d'élèves et dont la participation témoigne du vaste soutien que rencontre le mouvement dans la génération lycéenne. « On a conscience qu'on est privilégiés, mais la jeunesse, c'est nous tous », défend Anne-Lise. Derrière elle, le mur de l'établissement est couvert de dizaines de pancartes, dont l'une clame « Privés et publics, tous enfants de la République ».
A l'issue de cette journée, il n'est plus possible de nier la nature sociale de cette mobilisation qui dépasse désormais les seuls bancs des établissements scolaires et universitaires. A Tours, Sann « n'attend que ça, que cette journée devienne un point de bascule. La seule chose qui [leur] manque, c'est que le gouvernement ouvre ses oreilles ».
Lors de la séance des questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a appelé à apporter désormais une « réponse politique » au mouvement lycéen, estimant que le « mécontentement » et l'« angoisse » exprimés par les élèves étaient « réels » et devaient être entendus « avec beaucoup d'humilité », tout en « luttant contre les instrumentalisations politiciennes ». Si le changement de posture est notable, après une semaine sur une ligne très sécuritaire, le chef du gouvernement n'a pas fait plus d'annonces, même s'il a ouvert la porte à des solutions dans le cadre des prochaines discussions budgétaires.
Une réponse qui ne satisfait pas les organisations lycéennes et étudiantes. Elles ont d'ores et déjà appelé à reconduire le mouvement, jeudi. « On va continuer à bloquer tant qu'il n'y a pas 10 milliards d'euros sur la table, prévient Suzanne Nijdam, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), première organisation étudiante. C'est le chiffrage qu'on a retenu pour les dix mesures d'urgence», publiées sur une plateforme commune aux lycéens et aux étudiants le 5 octobre. « Pour l'instant, on n'en a même pas une sur les dix, donc ce serait bien au moins de commencer à faire un pas et de pouvoir échanger dessus parce que la porte est totalement fermée », ajoute l'étudiante en maïeutique.
Une intersyndicale des personnels de l'éducation et les organisations lycéennes devaient se réunir aussi mardi soir pour discuter des « réponses du gouvernement » et des « suites à donner ».
Maintien de l'ordre : le gouvernement sur la défensive
Critiqué par les oppositions, Sébastien Lecornu a nié, mardi, toute « répression policière »
Pour son retour devant les députés, mardi 6 octobre, après dix semaines de vacances parlementaires, le gouvernement, acculé par l'ampleur de la mobilisation lycéenne (entre 266 000 manifestants, selon le ministère de l'intérieur, et 450 000, selon les organisateurs, dans toute la France), a défendu le déploiement d'un important dispositif policier et ciblé La France in-soumise (LFI). Alors que les violences aux abords des lycées ont fait, depuis la mi-septembre, 85 blessés parmi le personnel éducatif, 215 blessés chez les élèves et plus de 700 parmi les forces de l'ordre (toujours selon le ministère), Sébastien Lecornu a pris la parole, pour la première fois depuis le début de cette crise sociale, inédite à six mois de l'élection présidentielle.
Dès le matin, au Palais-Bourbon, la gauche est montée au créneau. Devant la presse, les députés «insoumis», socialistes, communistes et écologistes ont, chacun à leur tour, exigé la démission du ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez. «Nous vivons un moment de bascule qui bouleverse la nature de notre régime démocratique. Des armes de guerre sont utilisées contre des enfants!», a fustigé le député écologiste des Yvelines Benjamin Lucas-Lundy. Même tonalité chez le président du groupe communiste, Stéphane Peu, qui a dénoncé une répression policière pouvant être qualifiée de « violence d'Etat ». Tandis que l'élu du Rassemblement national Sébastien Chenu (Nord) comparait le gouvernement, qui n'a « rien anticipé, rien vu venir, rien préparé, rien prévu », à un « lapin pris dans les phares d'une voiture ».
Ulcéré par les critiques de l'opposition de gauche comme d'extrême droite, le chef du gouvernement a réfuté toute « répression policière ». Préférant parler d'« accidents », Sébastien Lecornu a rejeté le terme de « violences policières », qui « suggérerait qu'il y ait des instructions politiques de répression policière ». « C'est faux, c'est un mensonge et c'est jeter l'opprobre sur la police de la République! », a-t-il déclaré. Au lendemain de l'explosion d'une grenade policière à Lens, dans le Pas-de-Calais, qui a arraché la main d'un adolescent de 15 ans, Sébastien Lecornu a revendiqué un « usage de la force strictement proportionné » de la part des forces de l'ordre. Cela n'a pas empêché plusieurs « accidents », qui ont donné lieu à l'ouverture de 18 enquêtes de l'inspection générale de la police. Laurent Nuñez a adressé, mardi, sur France Inter, un « message de soutien à l'ensemble des membres de la sécurité intérieure qui sont blessés », estimant ne pas avoir à présenter des excuses aux lycéens meurtris.
Sans un mot lui non plus pour les jeunes blessés ou mutilés par les forces de l'ordre, Sébastien Lecornu a en revanche appelé le monde politique à « faire corps » avec le personnel de l'éducation nationale touché par ces violences. Quelque 85 fonctionnaires « blessés dans leur chair » (dont 34 proviseurs), « c'est le bilan le plus dur pour l'éducation nationale depuis des décennies », a-t-il souligné, dénonçant une « banalisation de cette violence ». Tout à son souci de rendre LFI responsable des
LES DÉPUTÉS
« INSOUMIS »,
SOCIALISTES,
COMMUNISTES ET
ÉCOLOGISTES ONT
EXIGÉ LA DÉMISSION
DU MINISTRE DE
L'INTÉRIEUR
débordements, le premier ministre a accusé le parti de Jean-Luc Mélenchon de « sous-entendre que la police de la République et les militaires de la gendarmerie seraient racistes », pour « organiser un chaos à des fins électoralistes ». Au même moment, place de la République, le candidat « insoumis », brassard blanc afin d'être reconnu comme « force d'interposition entre la violence policière » et les manifestants, fendait la foule, lançant des « soyez prudents! » aux jeunes qui l'acclamaient sur son passage et scandaient des slogans contre la police.
Le premier ministre n'a apporté, mardi, qu'une réponse sommaire aux revendications des lycéens, comme la mise en place d'une plateforme pour recueillir leurs doléances ou une demi-journée banalisée sans cours pour un temps d'échange au sein de leurs établissements. Sans marge de manœuvre financière en raison d'un cadre budgétaire très contraint et privé de majorité à l'Assemblée nationale, « le gouvernement n'a pas de moyens et a peu de légitimité politique » pour satisfaire les revendications des lycéens, estimait un proche de l'ancien premier ministre Edouard Philippe. « Pour un impact immédiat, il doit choisir un totem », ajoutait-il. Sébastien Lecornu a en effet promis de réévaluer le dispositif d'orientation Parcoursup, très critiqué, afin d'y apporter « davantage de transparence » et de « simplicité ». En début de matinée, toutefois, le ministre de l'économie, Roland Lescure, voyait de la « place pour les urgences » dans le budget 2027, à condition de préserver les « équilibres budgétaires ».
Une réponse gouvernementale, en défensive, qui a contrarié l'Elysée. Deux heures s'étaient à peine écoulées après la première intervention de Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale, lorsque Emmanuel Macron a fait savoir qu'il convoquait à l'Elysée le chef du gouvernement et les ministres en première ligne dans la crise du mouvement lycéen. Ce « point de situation » était présenté comme le prolongement des discussions téléphoniques entre le chef de l'Etat et le premier ministre, au cours du week-end précédant la mobilisation du 6 octobre. Une manière de
LES ORGANISATIONS LYCÉENNES ET ÉTUDIANTES APPELLENT À POURSUIVRE LES BLOCAGES, DÈS JEUDI
rappeler que l'exécutif a tenté, tardivement, d'articuler sa réponse autour de trois principes : la proportionnalité de la réponse policière, le dialogue avec les lycéens et les représentants de ces derniers, ainsi que la dénonciation des élus qui « soufflent sur les braises ». Or, cette réunion gouvernementale chapeautée par le locataire de l'Elysée avait tout d'un revirement, tant son entourage insistait jusqu'ici pour dissocier le président de cette protestation contre le pouvoir. « Le gouvernement est à la manœuvre », répétait encore l'un de ses proches, lundi. Mercredi matin, le ministre de l'intérieur a annoncé, sur RTL, la suspension provisoire de l'usage des grenades assourdissantes dans le cadre du mouvement lycéen, « tant que la lumière n'a pas été faite » sur l'affaire de Lens.
Mais les scènes d'affrontement entre les forces de l'ordre et les jeunes lycéens ont, semble-t-il, eu raison de la volonté du président de laisser le premier ministre gouverner. «Le chef de l'Etat est dans son rôle, celui de remettre le fleuve dans son lit quand ça déborde», confie l'un de ses proches. Mardi, le coup de grâce est venu du président des Etats-Unis, Donald Trump, qui a commenté la situation française dans un message polémique, publié sur son réseau, Truth Social, imputant les troubles à une «immigration de masse hors de contrôle».
Emmanuel Macron a surtout jugé de son devoir d'intervenir face à un premier ministre renâclant à l'idée de défendre sa politique devant les caméras. «Il nous a demandé évidemment de faire un peu plus de pédagogie et de montrer de l'empathie», a rapporté Laurent Nuñez sur RTL, au lendemain de la réunion à l'Elysée. A Matignon, on assurait, mardi soir, que Sébastien Lecornu était «libre de sa stratégie de communication, ce qui ne l'empêche pas d'être très aligné sur le fond » avec le chef de l'Etat. Mercredi matin, toutefois, le cabinet de Sébastien Lecornu annonçait que le premier ministre s'exprimerait dans la soirée, dans une allocution sur la situation dans les lycées, mais aussi le prix du carburant, la crise agricole et sur la situation financière du pays.
Car, pour le couple exécutif, une nouvelle journée test se profile. Les organisations lycéennes et étudiantes appellent à poursuivre les blocages dès jeudi, dans un « acte IV » de la mobilisation. « Il faut miser sur les vacances de la Toussaint » comme issue à la crise, dit un cadre du bloc central, alors que la cheffe de file des députés LFI, Mathilde Panot, a justement accusé le premier ministre de « jouer le pourrissement ». Excédé, Sébastien Lecornu a, lui, suspecté les « insoumis » de « mettre un brassard blanc pour faire la courte échelle à celles et ceux qui portent une cagoule noire », une allusion aux casseurs à l'origine des débordements. « La violence fait partie de votre projet politique de bordélisation du pays », a-t-il conclu en réponse à Mme Panot, sous les applaudissements des bancs du centre, de la droite et de l'extrême droite, et ceux, discrets, de... François Hollande.
巴黎政治学院(Sciences Po Paris)和索邦大学也没有采取任何封锁行动,后者的课程已转为远程教学。学生联盟发言人萨布琳·卡尔巴什(Sabrine Kharbach)认为,这些行政关闭行为是对动员的“阻碍”。矛盾的是,一些通常不参与动员的机构却被封锁了,例如巴黎多芬大学和枫丹白露政治研究学院(塞纳-马恩省)。
Dans les universités parisiennes, un soutien mais peu de blocages
Les étudiants étaient cependant bien présents, mardi 6 octobre, dans les cortèges
C'était une des interrogations du jour : la mobilisation étudiante allait-elle prendre une ampleur comparable à celle du mouvement lycéen ? Pour pousser dans ce sens, une plateforme commune, signée lundi 5 octobre par l'Union étudiante, l'UNEF, Solidaires étudiants, la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) et l'Union syndicale lycéenne, présentait « dix mesures d'urgence pour la jeunesse ». Mais mardi 6 octobre, les multiples fermetures de sites universitaires et le passage au cours en distanciel semblent avoir limité la mobilisation des étudiants. Dans le nord de Paris, les campus de Clignancourt (Sorbonne Université) et de La Chapelle (Paris-I Panthéon-Sorbonne), bloqués par des étudiants depuis la semaine du 28 septembre, sont cette fois restés portes closes.
Aucun blocage n'a été entrepris non plus à Sciences Po Paris ni à la Sorbonne, où les cours ont été passés en distanciel. Pour Sabrine Kharbach, porte-parole de l'Union étudiante, ces fermetures administratives sont une «entrave» à la mobilisation. Comme un paradoxe, des établissements qui ne se mobilisent pas de coutume ont été bloqués, comme l'université Paris-Dauphine et l'Institut d'études politiques de Fontainebleau (Seine-et-Marne).
Au petit matin, aux abords du lycée d'Alembert à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Pierre, Arthur et Jean, étudiants à Sorbonne Université qui ont préféré rester anonymes comme les autres personnes citées par leur prénom, ont voulu « entretenir le mouvement » plutôt que de rester chez eux. Ils expriment de la « reconnaissance envers les lycéens qui portent un tel mouvement face à une répression qui n'est pas du tout justifiée » et trouvent naturel d'« aider là où il y en a besoin ».
A Paris, dans le Quartier latin, qui concentre nombre d'établissements de l'enseignement supérieur et de lycées, une assemblée générale s'était tenue dans la soirée de lundi. Elle a réuni des élèves des lycées Henri-IV, Louis-Le-Grand, Saint-Louis, Fénelon et des étudiants de la Sorbonne, « en soutien des lycéens qui n'ont pas les mêmes moyens » et pour préparer la journée de mobilisation.
Un cortège rassemblant quelques centaines de lycéens et étudiants a défilé à travers le 5 $^{e}$ arrondissement pour rejoindre la place de la République. Hugo, étudiant en master 2 d'histoire à l'Ecole normale supérieure, reconnaît que les lycéens sont « le fer de lance du mouvement ». Pourtant, il souligne des doléances communes qui devraient décider les étudiants à les rejoindre plus massivement, notamment « face à un futur qu'on nous promet et qu'on n'arrive pas à entrevoir ». A quelques mètres, Alicia, étudiante en droit et philosophie à Paris-I Panthéon-Sorbonne, veut « soutenir les revendications légitimes des lycéens: étudier dans des conditions nobles, c'est un droit, pas un privilège ».
Alors que s'élançait la manifestation parisienne, à 14 heures, le soutien était réel et visible avec, en tête de cortège, des organisations étudiantes bien décidées à se faire entendre. « On va continuer à bloquer tant qu'il n'y a pas 10 milliards d'euros sur la table, a ainsi affirmé Suzanne Nijdam, présidente de la FAGE, première organisation étudiante. C'est le chiffrage qu'on a retenu pour les dix mesures d'urgence. »
Des leviers politiques sont déjà activés, avec une audience prévue au ministère de l'enseignement supérieur mercredi 7 octobre. Suzanne Nijdam prévient qu'en l'absence de réponses concrètes, lycéens et étudiants « attendront d'être reçus aussi à Matignon pour pouvoir échanger directement avec les personnes qui peuvent débloquer ce budget. Et ça tombe bien, on est en plein débat budgétaire ».
RÉMI DUCASSE
ET SOAZIG LE NEVÉ
Manifestation de lycéens devant le rectorat, à Clermont-Ferrand, le 6 octobre.
Plusieurs élus de villes abritant des quartiers populaires disent comprendre le mouvement
La plupart des maires de villes comprenant des quartiers populaires s'y attendaient. Certains se disent même surpris qu'elle n'ait pas eu lieu plus tôt. « Cela faisait longtemps que les lycéens ne s'étaient pas mobilisés, alors même que les raisons de le faire sont légion et légitimes, d'autant plus dans les quartiers populaires », commente Ali Rabeh, maire (Génération.s) de Trappes (Yvelines). Le mouvement, né en banlieue, est à leurs yeux le résultat d'une dégradation continue depuis plusieurs années des conditions de travail de leurs élèves, dont les difficultés, même si elles sont très largement partagées par l'ensemble des lycéens, sont accentuées dans les territoires fragiles.
Pénuries structurelles de personnel enseignant, non-remplacement chronique des professeurs, turnover élevé, locaux vétustes et inadaptés... Maintes fois documentée – en 2018 déjà, un rapport parlementaire sur la faillite de l'Etat en Seine-Saint-Denis notait une rupture d'égalité républicaine, notamment en matière d'éducation –, cette situation pénalisante n'a cessé de se détériorer. « A force de rajouter des couches et des couches de dégradations sociales, de procéder sans cesse à des coupes budgétaires, on pouvait s'y attendre », commente Gilles Leproust, le président de l'Association des maires ville et banlieue de France et édile (Parti communiste français, PCF) d'Al- lonnes (Sarthe).
«Leurs revendications sont claires et raisonnables», abonde Florian Bercault, maire (divers gauche) de Laval, une ville qui comprend trois quartiers prioritaires de la politique de la ville et qui a connu mi-septembre plusieurs jours de violences urbaines à la suite d'un contrôle routier qui a dégénéré. Ici, le proviseur du lycée Ambroise-Paré est devenu une star des réseaux sociaux après avoir participé à une « battle d'aura » (enchaînement de poses, gestes et pas de danse), jeudi 1 $^{er}$ octobre, avec l'un de ses élèves, pendant le blocage de l'établissement.
Au-delà des difficultés déjà citées, la plupart des élus pointent Parcoursup comme facteur d'angoisse prégnant chez les élèves des quartiers populaires. « Le stress qu'ils ressentent dès la 2 $^{de}$ est stupéfiant, observe Ali Rabeh. Ils savent qu'ils n'ont pas les mêmes armes pour remplir leurs demandes, pas les mêmes réseaux, pas les
LA PLUPART DES ÉLUS DÉSIGNENT PARCOURSUP COMME FACTEUR D'ANGOISSE PRÉGNANT
mêmes moyens s'ils sont envoyés loin de chez eux. Savoir que leur sort dépend d'un algorithme crée une anxiété, chez eux, mais aussi chez leurs parents, qui la leur transmettent à leur tour. Parcoursup est vécu comme une maltraitance institutionnelle.»
Si tous condamnent les débordements et les violences, ils se montrent tout aussi «choqués» par la réponse de l'Etat et le niveau de répression policière, jugée pour beaucoup «démesurée». «Le ministre de l'intérieur intervient et s'exprime avant le ministre de l'éducation, tout est dit, c'est une question de doctrine, et nous sommes tous sous le choc», souligne M. Bercault. D'autant que les rassemblements ont eu lieu jusqu'à présent exclusivement à l'intérieur et aux abords de certains établissements, précisent les uns et les autres, et restent pour l'instant «très contenus» dans le temps et «très localisés».
«Les jeunes ne comprennent pas pourquoi il y a une telle répression policière», relaie l'édile de Mayenne, qui déplore les commentaires « caricaturaux » de certains médias et politiques. « Quelques décrocheurs qui veulent en découdre se sont joints aux lycéens pour régler leurs comptes avec les institutions, confie un élu, mais cela ne va pas au-delà, du moins pas pour l'instant. »
Quant aux élèves que certains proviseurs disent ne pas reconnaître devant leur lycée, « il s'agit pour la plupart de lycéens venus d'autres établissements, ils sont parfois plusieurs centaines à passer d'un lycée à l'autre », explique Aly Diouara. Le maire (La France insoumise, LFI) de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) balaie les accusations du gouvernement pointant la responsabilité de « LFI et ses proxys de l'ultragauche » d'être à l'origine du mouvement qui aurait basculé en « violences urbaines ». Même si certains élus, comme Sandrine Berno Dos Santos, maire (divers droite) de Poissy (Yvelines), ont constaté la présence de militants « insoumis » tenant des « discours de discorde » devant certains établissements, affirme-t-elle.
« Cela fait longtemps que les établissements de banlieue ne sont plus ni travaillés ni investis par une quelconque formation syndicale ou politique, souligne Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny (Essonne), dont les lycéens sont scolarisés dans la ville voisine de Savigny-sur-Orge. Ces mouvements sont nés spontanément, sans organisation derrière eux, ils cherchent d'ailleurs à s'organiser et sont très demandeurs de conseils, ce qui explique aussi le soutien apporté par les adultes, qu'ils soient professeurs, proviseurs parfois, parents ou militants politiques ».
Le projet de loi « casseurs-payeurs », future « usine à contentieux »
Le texte veut faire payer des réparations à tout membre d'un groupement ayant commis des dégradations, même s'il n'en est pas l'auteur
Participer pacifiquement à une manifestation qui dégénère pourra faire de vous un responsable des dégradations causées par des casseurs. Avec le projet de loi « casseurs-payeurs », le gouvernement met à l'ordre du jour un texte présenté à la mi-septembre en conseil des ministres ; il avait été élaboré dans la foulée des violences causées par les supporteurs du Paris Saint-Germain après le deuxième sacre du club en Ligue des Champions, fin mai.
Lundi 5 octobre, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a annoncé un examen en première lecture au Sénat, dès le 27 octobre. Le projet de loi crée, selon elle, « une forme de responsabilité collective », donnant la possibilité de faire payer les réparations des dégâts à toute personne appartenant à un groupement ayant commis des dégradations, même si elle n'en est pas l'autrice.
Le texte, rebaptisé avec malice « non casseurs-payeurs » par le professeur de droit pénal de l'université Paris-Nanterre Olivier Cahn, a immédiatement provoqué une fracture politique. Alors que le député (Rassemblement national) de la Somme Jean-Philippe Tanguy s'est félicité « d'un principe que demande Marine Le Pen depuis qu'elle est en politique », la députée (La France insoumise) du Val-de-Marne Clémence Guetté a déploré une loi « très grave, car elle instaure une présomption de culpabilité ».
Les services du premier ministre ne disent d'ailleurs pas autre chose: « Une personne qui participe à un attroupement est présumée responsable des dégâts causés. » Les dommages et intérêts dus aux victimes « pourront être prélevés sur les allocations familiales et les aides au logement, dans le respect d'un reste à vivre », précisait Sébastien Lecornu à la mi-septembre.
En 2019, une loi « anti-casseurs » avait déjà permis à la puissance publique de se retourner vers les auteurs de violences. « Mais elle n'a jamais marché, car l'Etat n'était pas informé des condamnations pénales. Ce que corrige ce texte », explique Paul Cassia, professeur de droit public à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il va même plus loin, en créant une responsabilité collective.
Comme le rappelle l'ex-magistrat, devenu avocat, Maxime Doliveux, ce principe existe déjà en matière pénale. Une « scène unique de violences » peut permettre, par exemple, aux juges de condamner pénalement tous les membres d'un groupe sans connaître, précisément, le ou les auteurs de l'infraction. En matière de responsabilité civile, en revanche, le texte crée un précédent. Dans son avis, le Conseil d'Etat a rappelé que le Conseil constitutionnel s'est toujours appuyé sur l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen pour édicter que notre responsabilité civile ne peut être engagée « qu'à raison d'une action volontaire dont est résulté le dommage subi par la victime ».
Sauf que le droit ne serait pas le droit s'il n'existait pas des exceptions. Dans une jurisprudence de 2005, le Conseil constitutionnel a fait valoir qu'en certaines matières, et pour un motif d'intérêt général, le législateur aménage les conditions dans lesquelles la responsabilité peut être engagée. Et quel serait ce motif d'ordre d'intérêt général invoqué par la loi « casseurs-payeurs »? « Le maintien de l'ordre public », écrit le Conseil d'Etat.
Une démonstration qui ne convainc pas tous les professeurs de droit. « Est-ce que ce raisonnement repose sur une base juridique irréfutable? La réponse est non, affirme Olivier Cahn. Le Conseil d'Etat a surtout donné un habillage juridique à une décision politique. » Pour que le projet de loi ne soit pas jugé demain inconstitutionnel, l'institution a encadré la portée du texte. « Ce qui fait que son application sera complexe et donc a priori restreinte... », assure Serge Slama, professeur de droit public à l'université de Grenoble.
Dans son avis, le Conseil d'Etat a ajouté de sérieux codicilles. Il ne suffira pas qu'un badaud participe à un attroupement pour être jugé comme potentiellement responsable des dommages causés. «La responsabilité de ce participant» ne pourra être engagée que s'il a «eu connaissance des faits», après un ordre de dispersion donné par les forces de l'ordre. Mais encore faut-il que cet ordre soit un «message simple et clair», et qu'un délai «raisonnable» soit accordé aux manifestants. C'est seulement à partir de ces conditions que le participant pourra être appelé à participer aux réparations, à hauteur de 10 000 euros par personne.
L'Union syndicale des magistrats (USM), majoritaire, doute de son application. « En plus de la question de la solvabilité des mis en cause, le texte risque de poser de sérieux problèmes probatoires pour que le juge puisse démontrer que le manifestant était bien là où les faits se sont déroulés », analyse Aurélien Martini, de l'USM. Ce qui fait dire à Olivier Cahn que « ce texte va créer une usine à contentieux. Il y aura à chaque fois matière à contestation, et comme la justice n'est pas gratuite, on peut faire le pari que ceux qui auront le plus de chance de s'en tirer seront ceux qui auront les moyens de se payer un avocat ». ■
GRÉGOIRE BISEAU
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Grand Angle Spécial Hépatologie www.grandanglesante.fr
Recommandations, innovations thérapeutiques, dépistage : l'hépatologie connaît cette année de profondes évolutions. Notamment pour la MASH, qui cristallise les enjeux d'une prise en charge plus précoce, plus ciblée et mieux coordonnée.
Il est des années charnières pour les avancées médicales et 2026 en est une pour l'hépatologie en France. Dans de nombreux domaines, les progrès diagnostiques et thérapeutiques modifient progressivement les pratiques. En ce qui concerne les hépatites virales, cette année voit la préparation de nouvelles recommandations françaises pour les hépatites B et Delta, avec une réflexion sur un traitement plus précoce et davantage adapté au risque individuel.
Pour l'hépatite C, désormais guérissable dans la grande majorité des cas, l'enjeu reste de dépister les personnes encore porteuses du virus à leur insu. Sur le front du cancer du foie, l'immunothérapie a profondément fait évoluer les traitements et permet désormais, chez certains patients, de mieux contrôler la maladie, voire de rendre possibles des traitements à visée curative. De nouvelles stratégies associant immunothérapie et traitements ciblés directement sur la tumeur sont très prometteuses, mais leur préconisation reste encore à préciser afin d'identifier les patients qui en bénéficieront le plus tout en limitant les effets indésirables.
Enfin, c'est la prise en charge de la MASH qui illustre peut-être le mieux cette nouvelle dynamique. Cette maladie associe une accumulation de graisse dans le foie à une inflammation persistante. Évoluant souvent à bas bruit, elle peut, lorsqu'elle n'est pas détectée suffisamment tôt,
entraîner une fibrose susceptible de progresser vers une cirrhose, voire un cancer du foie.
2026 marque un moment historique dans la prise en charge de la MASH avec l'arrivée de nouveaux traitements qui vont transformer sa prise en charge. En parallèle, l'amélioration des outils de dépistage et d'évaluation de la fibrose permet de mieux identifier les patients à risque. Ainsi, repérer la maladie plus tôt devient d'autant plus important qu'il existe désormais des possibilités d'intervention.
C'est dans ce paysage que SOS Hépatites organise les premiers États généraux de la MASH au ministère de la Santé le 29 octobre prochain. À travers la MASH, c'est donc une partie des grands enjeux actuels de l'hépatologie qui est mise en lumière : mieux détecter, mieux stratifier et agir avant que la maladie hépatique ne devienne irréversible.
详细说明道:“我已经由专科医生随访十二年了,他向我解释说,目标是通过适当的饮食和规律的体育活动来稳定病情并防止其恶化。”他的证言说明了 MASH 的一个关键挑战:提高其可见度,以便更好地检测和治疗。 S. M.-G.
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Agir → FACE À LA MASH, LA MOBILISATION S'ORGANISE
Cette maladie silencieuse, fréquente et potentiellement sévère, reste encore largement sous les radars des politiques de santé. Face à cet enjeu de santé publique, l'heure est à l'action collective.
La stéatose hépatique, c'est-à-dire un excès de graisse dans le foie, concerne aujourd'hui près d'un tiers de la population générale. Chez environ 25 % des patients, cet excès de gras provoque une inflammation du foie : on parle alors de stéato-hépatite métabolique, ou MASH. Les formes avancées de cette maladie concernent près de 220 000 personnes en France, avec un haut risque d'évolution vers les complications de la cirrhose et le cancer du foie. Les projections sont préoccupantes, car la MASH est étroitement liée à nos modes de vie modernes, marqués par la sédentarité et une alimentation transformée. Jusqu'ici, il n'existait pas de traitement efficace contre la MASH, et 2026 marque un véritable tournant : les traitements sont là. Une nouvelle thérapeutique est aujourd'hui disponible en accès précoce pour les patients présentant une fibrose précirrhotique, tandis que les traitements de l'obésité peuvent également être proposés à certains patients atteints de MASH. D'autres classes thérapeutiques sont en développement et l'arsenal devrait encore s'étoffer, car la recherche dans le domaine est très dynamique. Dès lors, le dépistage devient un enjeu central, car la MASH est une maladie silencieuse : quand les symptômes apparaissent, le patient est déjà au stade des complications. Or les outils existent et sont scientifiquement validés : le parcours doit débuter par un test sanguin simple (le FIB-4), puis, si nécessaire, se poursuivre par un FibroScan® - sorte d'échographie qui permet de mesurer la dureté du foie - ou un test sanguin spécialisé avant l'orientation vers le spécialiste. Le paradoxe est qu'en France ces tests spécialisés ne sont toujours pas remboursés dans la MASH, et mettre à disposition des traitements sans donner les moyens d'identifier les patients apparaît très contradictoire. 2026 est donc une année charnière, car toutes les conditions sont enfin réunies pour une prise en charge efficace de la MASH : outils de dépistage, traitements disponibles et médecins prêts à agir. Reste désormais à tous les acteurs concernés et aux pouvoirs publics à se mobiliser pour organiser le parcours du patient dans ce sens.
La MASH, ou stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique, est une forme évolutive de la stéatose hépatique métabolique (surnommée « maladie du foie gras »). Cette maladie du foie est liée à une accumulation de graisse et à une inflammation chronique. Elle peut évoluer vers une fibrose et prendre des formes plus sévères, notamment chez les personnes atteintes d'obésité ou de diabète. En France, si près de 500 000 $^{(1)}$ personnes sont atteintes d'une MASH avec fibrose modérée à avancée, cette maladie reste peu connue et ne bénéficie pas d'un parcours de soins structuré pour les patients à risque. Alors que des outils non invasifs $^{(2)}$ permettent aujourd'hui d'évaluer la fibrose du foie sans recourir à la biopsie du foie, la MASH reste largement sous-diagnostiquée en France : pour les formes à risque associées à une fibrose significative, seuls environ 14 % des patients seraient diagnostiqués. « Les outils non invasifs permettent d'identifier plus tôt les patients à risque de fibrose avancée, de les orienter et de contribuer à leur suivi », indique Romain Baujard, PDG d'Echosens. Outre une altération de la qualité de vie, les complications dues à la MASH peuvent être sévères : une progression vers la cirrhose, l'insuffisance hépatique ou le cancer du foie, pouvant nécessiter une transplantation hépatique avec un impact économique significatif sur le système de santé. C'est dans ce contexte qu'est née l'« Initiative Santé du Foie & MASH », portée par trois membres fondateurs : SOS Hépatites & Maladies du foie, Echosens et Madrigal Pharmaceuticals, portant respectivement la voix des patients, de l'évaluation non invasive de la santé du foie et de l'innovation thérapeutique. Son ambition ? Fédérer l'écosystème pour faire sortir la MASH de cet angle mort. « La MASH ne doit pas rester invisible. Les patients doivent être informés, diagnostiqués et accompagnés plus tôt », souligne Pascal Melin, président de SOS Hépatites & Maladies du foie. Alors que la prévention devient centrale dans les politiques de santé publique, et que des solutions diagnostiques et thérapeutiques sont disponibles, l'Initiative appelle à se saisir de ces leviers pour mieux faire connaître la MASH, repérer et soigner les patients les plus à risque et contribuer à structurer en France un parcours de soins adapté à la MASH. « Nous avons toutes les clés en main pour améliorer la prise en charge des patients », conclut Fabienne Delaplace-Lavoix, directrice générale de Madrigal France. S. M.-G.
(1) Loomba R, Adams L. Hepatology. 2019;70(6):1885-1888.
(2) Notamment le FibroScan®.
TÉMOIGNAGE PATIENT
QUAND LA MASH
AVANCE MASQUÉE
Connaissez-vous la stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique, ou MASH ?
Cette maladie silencieuse et sournoise peut se manifester sans préavis.
Plongée dans le parcours de Christian, patient atteint de MASH.
En apparence, rien ne prédisposait Christian à être atteint d'une MASH : jeune retraité, sportif, très légèrement en surpoids, non-fumeur, consommateur occasionnel d'alcool et sans diabète avéré. Pourtant, un bilan sanguin de routine prescrit par son médecin généraliste révèle un mauvais bilan hépatique.
Son parcours met cependant en lumière l'importance des habitudes alimentaires : pendant près de quarante ans, Christian a régulièrement goûté des confiseries dans le cadre de son activité professionnelle et consommé des boissons sucrées. Cette exposition a pu contribuer à son risque métabolique, sans pouvoir expliquer à elle seule une maladie qui reste multifactorielle.
Une illustration de la complexité de la MASH, insidieuse et mal connue. Christian confie : « Personne ne se doute que le sucre peut engendrer de tels problèmes sur le foie. » Redirigé vers un spécialiste, il passe à l'hôpital des examens complémentaires, dont une biopsie hépatique, qui permettent de poser le diagnostic. S'ensuivent accompagnement diététique, éducation thérapeutique et suivi au long cours.
Christian précise : « Ça fait douze ans que je suis suivi par mon spécialiste, qui m'a expliqué que l'objectif était de stabiliser la maladie et d'éviter son aggravation grâce à une alimentation adaptée et à une activité physique régulière. » Son témoignage illustre l'un des enjeux de la MASH : la rendre plus visible pour mieux la détecter et la prendre en charge. S. M.-G.
La candidate RN a présenté un programme incluant près de 140 milliards d'euros d'économies sur cinq ans
Marine Le Pen peut-elle faire entrer les ronds de son pro-gramme présiden-tiel dans le carré de l'orthodoxie budgétaire? De la réussite de l'exercice, ô combien ardu, dé-pend une partie de l'issue du se-cond tour de l'élection présiden-tielle 2027, estime-t-on dans son entourage. Mardi 6 octobre, la candidate d'extrême droite a prés-senté, lors d'une conférence de presse au luxueux nouveau siège du Rassemblement national (RN), la trajectoire budgétaire d'un éventuel quinquennat.
La forme était plus convaincante que le fond : comme de coutume à l'extrême droite, la grande majorité des économies sont concentrées sur trois postes que sont la contribution à l'Union européenne, les fraudes présumées et les étrangers; et le chiffrage repose sur des hypothèses économiques très optimistes. S'y ajoutent, pour la première fois au RN, l'annonce d'importantes coupes dans le système de santé, dans le logement social et le nombre de fonctionnaires. L'ensemble a laissé circonspects les économistes et suscité une vive riposte politique, à droite comme à gauche. Aucun des candidats n'a, jusqu'à présent, tenté une telle opération de transparence sur ses options budgétaires pour le quinquennat. Et pour cause : l'opération expose largement celui qui s'y prête. Un risque assumé pour le RN : «Pour 2027, il ne faut pas rester discret sur les économies, assure Jean-Phi lippe Tanguy, à la manœuvre de cette "trajectoire budgétaire". S'il y a une crise de la dette, on apparaîtra comme les plus crédibles. »
Epaisse liasse de tableaux distribuée à la presse, avalanche de lignes budgétaires, graphiques alarmants sur la « trappe à dette » héritée des quinquennats d'Emmanuel Macron: malgré plusieurs contradictions dans le document, le RN cherche à afficher son sérieux et sa « raison budgétaire », et tente de tourner la page de l'époque pas si lointaine où Marine Le Pen voulait quitter l'Union européenne. L'objectif de réduction des déficits est emprunté à la mission menée par l'Inspection générale des finances en juillet : 136 milliards d'euros en cinq ans, dont la grande majorité les deux premières années, pour empêcher l'effet « boule de neige » et atteindre dès 2028 un « excédent primaire » – soit un budget de l'Etat bénéficiaire, hors remboursement de la dette.
L'idée fait globalement consensus chez les économistes orthodoxes, et l'apparent remède de cheval a tout pour séduire les investisseurs. De même que la « règle d'or » budgétaire, que la candidate souhaiterait inscrire dans la Constitution après un référendum et visant à faire revenir la dette de la France aux 60 % du produit intérieur brut.
Marine Le Pen annonce aussi la création d'un « pilier de capitalisation » dans le système des retraites, dont elle renvoie la présentation à plus tard, assure vouloir respecter les accords de Paris sur le climat, et promet « une politique européenne constructive ». Autant de mots-clés pour obtenir son ticket dans le cercle des gens « raisonnables », obsession des lepénistes. Signe que le parti a les yeux rivés sur l'efficacité de sa parole auprès des marchés financiers, jadis voués aux gémonies : au bout d'une heure, Marine Le Pen montre discrètement son téléphone à Jean-Philippe Tanguy. Lequel jubile : le taux d'emprunt de la France aurait baissé de manière spectaculaire depuis le début de la conférence de presse, preuve que la parole de Marine Le Pen est d'or... Le parti relaiera le graphique toute la journée.
Une illusion: ressentie aux Etats-Unis comme en Europe, la baisse des taux sur les obligations a commencé dès l'ouverture des marchés et doit bien davantage aux déclarations du secrétaire américain au Trésor et à des indicateurs économiques européens. Jean-Philippe Tanguy se console tout de même: « Si nos annonces avaient inquiété, on aurait eu une trajectoire divergente. »
在新闻发布会之前,竞选经理朱利安·桑切斯(Julien Sanchez)表达了他的愿望,“希望每一个关注经济的人都能得到答案”。一名在玛丽娜·勒庞(Marine Le Pen)方案公布后与投资者会面的巴黎投资银行家这样总结了他们的心态:“要达到的量级目标是正确且合理的,他们认可‘金律’(règle d'or),但对于各项措施的细节和量化计算仍有许多疑问。”
克莱门特·吉尤(CLÉMENT GUILLOU)
Cours du soir
地缘政治
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« Le contenu est très fragile »
« Sous le vernis de la crédibilité budgétaire, il y a une très forte illusion, c'est un tour de passe-passe, dénonce l'économiste Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Si on prend les grands agrégats, il y a plus de 80 milliards d'euros d'économies extrêmement discutables, aux contours flous et difficilement applicables. La présentation affinée est à mettre à leur actif, mais le contenu est très fragile, avec des dépenses bien réelles pour satisfaire son électorat, financées par des mesures magiques qui permettent de gagner beaucoup d'argent. »
Parmi les hausses de recettes envisagées, certaines présentent des incertitudes quant à leur mise en œuvre (taxe sur les rachats d'actions, nationalisation des autoroutes pour zéro euro...) ou un rendement présenté largement surestimé (fraude à la TVA, parc immobilier de l'Etat, suppression des agences et opérateurs de l'Etat). D'autres sont particulièrement floues, notamment des mesures correctrices du système de retraites – le RN renvoie leur présentation à celle de la réforme des retraites de Marine Le Pen – ou celles sur l'hôpital public. Les économies escomptées sur l'Union européenne, qui représenteraient quelque 20 milliards d'euros par an, seraient de nature à provoquer une crise des Vingt-Sept et la réduction, en contrepartie, des aides de la Politique agricole commune, vitale pour les agriculteurs.
Enfin, les économistes soulignent l'absence de prise en compte des conséquences de ces mesures – notamment concernant la lutte contre l'immigration, la main-d'œuvre qu'elle représente étant essentielle à plusieurs secteurs économiques. Le RN adopte une hypothèse de croissance très généreuse dès 2028 (1,8 % du PIB). «Il semble hautement improbable qu'une baisse du déficit et du temps de travail [par le biais de la réforme des retraites] conduise à une accélération de la croissance», souligne Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco. Jean-Philippe Tanguy rétorque, de son côté, que les mesures de réduction du déficit sont « faiblement récessives » et que l'impact positif de la suppression de trois impôts de production a été calculé de manière « conservatrice ».
Le plan du RN est jugé d'autant plus déséquilibré que les suppressions d'impôt de production pour les entreprises et la baisse de TVA pour les ménages – sur l'énergie et les produits de première nécessité – seraient, elles, immédiates. Au rayon des cadeaux, Marine Le Pen maintient d'autres promesses de 2022, comme la part fiscale pleine dès le deuxième enfant, l'exonération d'impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans, des exonérations sur les successions et donations ou encore la revalorisation
L'ensemble
a laissé
circonspects les
économistes et
suscité une vive
riposte, à droite
comme à gauche du congé de proche aidant. Mais, pour la première fois, elle se risque à évoquer et chiffrer le nonremplacement de postes de fonctionnaires induit par ses propositions: 116 000 dans les collectivités, supprimées pour certaines - établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) et métropoles; 85 000 dans les agences de l'Etat, quasiment toutes internalisées... Le RN vise aussi des réductions de dépenses dans le soutien aux associations, la politique de la ville et du logement social, mais surtout dans le secteur de la santé.
Suppression de 10 % des postes administratifs à l'hôpital public, réduction des «coûts hospitaliers» de 36 milliards d'euros en cinq ans, chasse à la fraude supposée des victimes d'affection de longue durée (ALD) ou des bénéficiaires de l'allocation adulte handicapé de deuxième catégorie (AAH-2), baisse de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA)...
En amont de la conférence de presse, le directeur de campagne Julien Sanchez faisait le vœu « que chaque personne s'intéressant à l'économie ait ses réponses ». Un banquier d'affaires parisien, qui rencontrait des investisseurs après la présentation des plans de Marine Le Pen, résumait ainsi leur état d'esprit : « Les ordres de grandeur à atteindre sont bons et raisonnables, ils apprécient la règle d'or, mais il y a beaucoup de questions sur le détail et le chiffrage des mesures. »
Chaque mois, à travers une ou plusieurs cartes publiées dans le journal, Delphine Papin explorera les grands bouleversements géopolitiques : rivalités de puissance, reconfiguration du Moyen-Orient, pivot asiatique, nouvelles tensions en Afrique...
Accompagnée d'un grand reporter ou d'un universitaire, elle proposera une lecture visuelle et accessible de l'actualité internationale, dans un format vivant où les cartes deviennent des clés de compréhension du monde.
在预算案提交至法国国民议会之前,这位来自加来海峡省的议员本打算以此展示她在公共财政方面的可信度。对于一个从未能消除经济界对其疑虑的人来说,这是一个完整的计划。为了证明该议题的重要性,玛丽娜·勒庞(Marine Le Pen)针对此事的沟通原计划分两个阶段进行。但这两个阶段都被Mediapart的披露所干扰,该报道称其接班人在2013年(即其成年之年)曾交换过反犹太主义和阴谋论信息。10月 1 日,《L'Opinion》发表了一篇评论文章,详细阐述了国民联盟承诺写入宪法以减轻法国债务的“黄金法则”,但与此同时,Mediapart公布了其首次调查的证据,使前者受到了冲击。五天后,在关于公共财政的新闻发布会上,这两位极右翼的领军人物无法避开关于此话题的提问。
Jordan Bardella persiste dans le déni dans l'affaire des écrits antisémites
Le président du RN a dû se justifier lors de la présentation de mardi
I n'y aurait jamais de mauvaise publicité pour le Rassemblement national (RN). « On sort gagnant de chaque buzz car les gens sont d'accord avec nous », fanfaronnait, le 10 septembre, l'eurodéputé Philippe Olivier. Le parti d'extrême droite a pourtant bien du mal à trouver du positif dans la dernière polémique qui le concerne. La déflagration provoquée par Mediapart et l'exhumation d'écrits antisémites attribués à Jordan Bardella a plombé la séquence budgétaire prévue par les lepénistes.
En amont de l'arrivée du budget à l'Assemblée nationale, la députée du Pas-de-Calais comptait mettre en scène sa crédibilité en matière de finances publiques. Tout un programme pour celle qui n'a jamais balayé les doutes des milieux économiques à son égard. Preuve de l'importance du sujet, la communication de Marine Le Pen sur ce sujet devait se dérouler en deux temps. Les étapes ont été polluées par les révélations de Mediapart sur les messages antisémites et complotistes qui auraient été échangés par son dauphin en 2013, l'année de sa majorité. La diffusion, le 1 $^{er}$ octobre, d'une tribune dans L'Opinion précisant la « règle d'or » que le RN promet d'inscrire dans la Constitution pour désendetter la France a été percutée par la publication concomitante par Mediapart des preuves de sa première enquête. Cinq jours plus tard, lors de leur conférence de presse sur les finances publiques, les deux têtes d'affiche de l'extrême droite n'ont pu échapper à des questions sur ce sujet.
Confronté pour la première fois à la presse depuis dix jours, le président du RN s'est enferré dans le déni et les attaques personnelles contre les journalistes. «Je conteste formellement vos accusations, je conteste vos preuves et je conteste vos sources», s'est contenté de répondre l'eurodéputé à un journaliste de Mediapart. A rebours de certains cadres qui, anonymement, regrettent sa stratégie jusqu'au-boutiste, le trentenaire réfute avoir tenu le compte Facebook incriminé.
Trop populaire auprès de la base
Dans une réponse vraisemblablement préparée, il s'en est notamment pris à l'un des auteurs des enquêtes, Antton Rouget, rappelant une vieille condamnation pour « vol en réunion » que le journaliste a lui-même reconnue.
A l'appui de sa contre-attaque dénuée de tout élément matériel, Jordan Bardella donne bien plus de crédit au travail mené par Eric Morillot. Ce proche de l'extrême droite et des milieux complotistes, animateur de la chaîne numérique de «réinformation » TV Libertés, a ouvert son micro à Laurent, l'une des sources de Mediapart, mais non son «témoin-clé», comme présenté par le journaliste. Jordan Bardella a évoqué les «confidences» de cet homme, bien connu par les frontistes de sa génération pour sa passion des écrivains négationnistes, antisémites et fascistes, et auteur d'une hasardeuse tentative de dédouanement. Lors de cet entretien, Laurent assure ne jamais avoir entendu Jordan Bardella tenir des propos antisémites. Marine Le Pen a refusé de s'étendre sur les écrits attribués à son binôme. Mais elle a tenu, dans une offensive conjointe contre la presse, à réhabiliter Jean-François Jalkh, ancien cadre du Front national (FN, devenu RN en 2018), et bref employeur de Jordan Bardella au Parlement européen. «C'est un honneur pour moi de défendre le sien», a asséné avec gravité la candidate à l'élection pré sidentielle, soucieuse de «réparer une profonde injustice». Mediapart a rappelé d'anciens propos aux relents négationnistes tenus par Jean-François Jalkh, en 2000, auprès de la chercheuse en sciences politiques Magali Boumaza dans le cadre d'une thèse. La publication d'extraits dans la revue Le Temps des savoirs en 2005, puis leur découverte par La Croix en 2017, l'avaient contraint à démissionner de la présidence par intérim du FN. Cette affaire avait été racontée dans Le Monde en 2017. Ces publications dans la presse ont été «condamnées deux fois, non seulement par deux cours d'appel, contre Le Monde et contre La Croix, mais également confirmées, ces diffamations, par la Cour de cassation deux fois», a développé la candidate à la présidentielle. Une assertion fausse. La Croix a été définitivement relaxée. Et si Le Monde a été condamné, pour une mauvaise attribution de propos à Jean-François Jalkh, ce dernier avait bel et bien vanté le «sérieux» et la «rigueur» des thèses du négationniste Robert Faurisson auprès de la même chercheuse.
En montant au front contre les prétendues « opérations » de l'extrême gauche et de ses relais médiatiques, Marine Le Pen ne défend pas seulement son cadet, mais surtout le ticket qu'ils forment dans la conquête de l'Elysée. Jordan Bardella est jugé trop populaire auprès de la base, et suffisamment efficace pour convaincre les jeunes et les milieux économiques, pour céder devant les accusations en antisémitisme. « A elle la vision sur un quinquennat, la grande vision; à lui la déclinaison pratique et juridique, le jeu des alliances », résume Philippe Olivier. A eux deux le pari que ces graves soupçons s'enliseront.
Face à la crise de la dette, l'idée d'un grand emprunt populaire revient dans le débat
Les candidats à la primaire sociale-démocrate Emmanuel Maurel et Olivier Faure veulent faire appel aux épargnants français
E t revoici le grand emprunt d'Etat! Tombée en désuétude depuis les années 1990, l'idée de faire directement appel aux Français pour financer les projets publics revient dans le débat. Alors que le pays vit sous la menace d'une crise de la dette, les députés Emmanuel Maurel et Olivier Faure ont avancé cette piste de secours dans le cadre de la primaire organisée par le Parti socialiste (PS) et Place publique pour désigner un candidat à l'élection présidentielle de 2027. Une solution expérimentée ces dernières années en Italie, mais écartée à ce stade par le gouvernement français.
C'est Emmanuel Maurel qui a relancé l'idée. Selon le député du Val-d'Oise, à la tête du petit parti Gauche républicaine et socialiste, la France fait face à un « mur d'investissement » que la taxation des plus riches et des grandes entreprises ne suffira pas à financer, ni le recours aux prêteurs habituels. Pour décarboner, électrifier et réindustrialiser le pays, il propose donc un « grand emprunt citoyen ».
L'Etat émettrait des obligations remboursables au bout de dix ans, avec un taux légèrement inférieur à celui du marché et un petit coup de pouce fiscal : aucun impôt ne serait exigible sur les intérêts perçus des 100 000 premiers euros prêtés. « On peut raisonnablement collecter ainsi 150 milliards voire 200 milliards d'euros, estime Emmanuel Maurel, qui est également membre de la commission des finances à l'Assemblée nationale. Avec un cofinancement privé, on pourrait dégager 300 milliards d'euros pour investir. »
A ses yeux, un emprunt populaire de ce type présente au moins deux intérêts. Il mobiliserait une partie de l'énorme épargne des retraités, dans une forme de « pacte entre les générations ». Il rendrait aussi le pays moins dépendant à l'égard des investisseurs étrangers, qui, à la fin du premier trimestre 2026, détenaient 57,5 % des obligations françaises à taux fixe. « Or ces investisseurs peuvent s'en débarrasser au premier coup de panique, met en garde Emmanuel Maurel. Avoir davantage de dette entre des mains françaises nous rendrait moins vulnérables. »
Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, a repris l'idée à son compte lors du deuxième débat de la primaire, jeudi 1 $^{er}$ octobre. « Moi, je plaide aussi pour un grand emprunt citoyen, une sorte d'emprunt solidaire et démocratique pour faire de la France le leader de la transition écologique », a-t-il déclaré, à la surprise d'Emmanuel Maurel.
Les élus de gauche n'osent guère le mettre en avant, mais Giorgia Meloni a récemment montré la voie. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2022, la dirigeante d'extrême droite a lancé
Selon Emmanuel Maurel, l'opération mobiliserait une partie de l'épargne des retraités, dans une forme de « pacte entre les générations »
Les élus de gauche n'osent guère le mettre en avant, mais c'est Giorgia Meloni qui a récemment montré la voie, en Italie
une série d'obligations destinées aux petits épargnants, avec pour but d'augmenter la part de la dette détenue en Italie.
La présidente du conseil a ainsi récolté 189 milliards d'euros, l'équivalent de 11 % de la dette publique totale. « L'opération s'est révélée un succès pour le Trésor italien, car elle permet de capter la demande des particuliers et de diversifier les sources de financement, explique un banquier italien. Elle a toutefois un coût, ces obligations offrant en général un rendement légèrement supérieur à celui du marché. »
En France, les placements directs auprès du grand public ont disparu depuis l'emprunt Balladur de 1993. Celui-ci avait séduit 1,4 million de particuliers et permis de lever en quinze jours plus de 110 milliards de francs (28 milliards d'euros actuels), presque trois fois plus que ce qui était visé. Un succès massif, mais jugé a posteriori assez coûteux pour l'Etat, là aussi, en raison des avantages fiscaux consentis pour attirer les épargnants.
«Solution de dernier recours»
Le coût pour les finances publiques, c'est de nouveau l'argument avancé aujourd'hui par le gouvernement pour repousser à ce stade l'hypothèse d'un emprunt populaire. Selon le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Roland Lescure, une telle initiative nécessiterait en effet de proposer des taux d'intérêt voisins de ceux exigés par les investisseurs internationaux. «Les Français ne sont pas bêtes, dit-il. Pourquoi voudraient-ils nous prêter à 3 % quand ils peuvent acheter des obligations offrant un rendement de 4,5 % ? »
Le Trésor français ne rencontre aujourd'hui aucun problème pour placer ses obligations auprès des investisseurs institutionnels, même si c'est à un prix de plus en plus élevé. « Solliciter les particuliers nécessiterait donc beaucoup de travail pour un résultat accessible plus simplement, estime-t-on à Bercy. C'est un peu une solution de dernier recours. »
Afin d'orienter l'épargne des riches Français vers les besoins les plus cruciaux, Roland Lescure étudie une autre option. Il va demander au Conseil d'Etat d'expertiser une mesure suggérée par le « Prix Nobel d'économie » Philippe Aghion. Les plus fortunés seraient incités, ou contraints, à financer des politiques publiques sous forme de mécénat. Le projet pourrait donner lieu à un amendement gouvernemental au projet de loi de finances pour 2027. Commentaire du ministre, lors d'une rencontre, mardi 6 octobre, avec l'Association des journalistes économiques et financiers : « Investir dans la défense, la transition écologique ou la robotique, franchement, cela fait un peu plus rêver que la charge de la dette... »
La France s'appuie sur l'UE pour sauver le nickel néo-calédonien
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie s'apprête à signer un partenariat stratégique sur les minerais avec l'Union européenne
NOUMÉA - correspondante
C était, dès 2023, l'une des pistes avancées pour sortir le nickel néo-calédonien de
l'impasse: nouer un partenariat avec l'Union européenne (UE), dont les capacités de production de nickel notamment destiné aux batteries pour les véhicules électriques sont très inférieures à ses besoins. Trois ans plus tard, elle devrait prendre forme avec la signature d'un « partenariat stratégique sur les chaînes de valeur durables des matières premières » entre le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et l'UE, à l'occasion du déplacement dans l'archipel du vice-président exécutif pour la prospérité et la stratégie industrielle de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, prévu du 16 au 20 octobre.
Ce Memorandum of Understanding (MoU), que Le Monde a pu consulter, affiche l'ambition de mieux intégrer le nickel néo-calédonien aux filières européennes, de favoriser les investissements et de développer la transformation locale. Mais le texte reste essentiellement déclaratif. Il ne prévoit aucun projet industriel précis, ne désigne aucun investisseur et ne comporte aucun engagement financier de l'UE. Une feuille de route devra toutefois identifier, dans les six mois suivant la signature, des projets prioritaires et des possibilités d'investissement.
L'initiative, conduite par l'ancien proche collaborateur d'Emmanuel Macron, intervient alors que la question du contrôle du nickel néo-calédonien se pose de façon très concrète. Les trois usines sont à la recherche d'investisseurs depuis plusieurs années, et des offres chinoises, indiennes et émiraties ont été déposées. Début septembre, à l'issue d'un entretien entre le président de la République et la délégation transpartisane d'élus néo-calédoniens venus chercher l'appui financier de Paris, le député loyaliste Nicolas Metzdorf résumait la situation : le chef de l'Etat a « clairement fermé la porte aux investisseurs chinois », tout en se montrant favorable aux investisseurs indiens et émiratis. Nicolas Metzdorf regrettait que la France et l'Europe ne soient pas capables d'exploiter et de commercialiser elles-mêmes un minerai qu'elles considèrent comme stratégique.
Malgré un rebond de la production en 2025, la situation économique de la filière reste fragile. Les volumes produits ont progressé de 35,4 %, après l'effondrement de 2024 lié à la crise insurrectionnelle qu'a connue l'archipel, mais l'extraction et la métallurgie ne représentaient plus que 3,4 % de la valeur ajoutée néo-calédonienne (contre 9 % en 2023, alors que le secteur était déjà en difficulté). La concurrence de l'Indonésie, dont l'essor a été largement financé par des capitaux chinois, continue de peser sur les cours et rend la Nouvelle-Calédonie.
Koniambo Nickel SAS (KNS), projet emblématique du rééquilibrage économique en faveur du nord de l'archipel, est en sommeil depuis 2024 après la décision de Glencore de se retirer. L'entreprise anglo-suisse détient encore 49 % du capital, aux côtés de la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), contrôlée par la province Nord et actionnaire à 51 %. Malgré plus de 4 milliards de dollars, soit 3,55 milliards d'euros apportés par Glencore depuis 2013, l'usine n'est jamais parvenue à être rentable. Plus de 1100 salariés ont été licenciés.
La SMSP cherche désormais un nouveau partenaire industriel. Quatre offres engageantes ont été reçues: deux chinoises, une indienne et une émiratie. L'une d'elles, celle du groupe chinois Lygend Resources, est connue depuis le printemps. Le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou a prévenu que le redémarrage de KNS devait se faire avec le meilleur partenaire, « quelle que soit sa nationalité, tant que les intérêts de la Calédonie sont préservés ».
Dans le Sud, Prony Resources, qui produit du nickel et du cobalt destinés notamment aux batteries, se retrouve sans repreneur depuis le retrait, en septembre, du consortium émirati New Battery Metals. Ce dernier invoque deux obstacles: la flambée du prix mondial du soufre, utilisé dans les procédés d'extraction et de traitement du nickel, et l'obligation qui lui est faite par Paris de remplacer son partenaire technique chinois ENFI, choisi pour l'ingénierie du redressement.
Dans un courrier à Emmanuel Macron, la présidente loyaliste de la province Sud, Sonia Backès, demande à l'Etat de revenir sur sa décision et de distinguer le recours à des compétences techniques chinoises d'une prise de contrôle de l'usine. En attendant, Paris a accordé à Prony un nouveau prêt, dont le montant n'a pas été rendu public.
A la Société Le Nickel (SLN), opérateur historique du territoire, l'Etat finance désormais les pertes depuis que son actionnaire majoritaire, Eramet, a cessé de le faire en 2024. Le groupe indien Jindal Stainless se serait positionné pour reprendre la participation d'Eramet dans la société..
Depuis 2021, Prony Resources a reçu au moins 640 millions d'euros de prêts publics, auxquels s'ajoute celui accordé en septembre. Pour la SLN, les nouveaux financements directs de l'Etat atteignent environ 730 millions d'euros depuis 2023. Au total, plus de 1,37 milliard d'euros de financements ont été apportés à ces deux industriels, essentiellement sous forme de prêts, sans compter les dispositifs de défiscalisation ou les interventions plus anciennes.
Le texte ne prévoit aucun projet industriel précis et ne désigne aucun investisseur
Ces montants tranchent avec le discours tenu en 2023 par le ministre de l'économie de l'époque, Bruno Le Maire, venu à Nouméa pour tenter de faire signer aux élus néo-calédoniens un «pacte nickel» censé relancer la filière. Il avait alors prévenu que l'Etat ne «sortira[it] pas le chéquier» pour financer indéfiniment des entreprises déficitaires. Le projet s'était heurté aux divisions politiques locales, avant d'être balayé par les émeutes de mai 2024. L'Etat n'a alors eu d'autre choix que de continuer à injecter des centaines de millions d'euros pour éviter la disparition des deux métallurgistes encore en activité.
Aujourd'hui, dans un contexte budgétaire national très difficile, Emmanuel Macron peut-il réellement écarter les investisseurs chinois en misant sur un partenariat stratégique avec l'UE qui, à ce stade, ne comporte ni engagement financier ni projet industriel concret? En Nouvelle-Calédonie, on sait toutefois que le veto n'est peut-être que provisoire. « C'est la vérité du moment, en tout cas pour les sept prochains mois », expliquait, le 8 septembre, Karl Therby, président-directeur général de la SMSP, sur la chaîne du groupe France Télévisions Nouvelle-Calédonie La 1ère.
在残奥会两年后,这位前残疾人运动员、演讲者兼协会主席不再谈论超越自我或残疾人体育的益处,而是谈论抗争与歧视。米夏埃尔·热雷米亚斯在 9 月 10 日出版的一本书中展开了这一主张,书名为《从革命到遗忘:火焰之后,被背叛的诺言》(De la révolution à l'oubli. Après la flamme, la promesse trahie,Alisio 出版社,272 页,21,90 欧元)。与此同时,他还开展了一场媒体宣传活动,出现在 France Inter、C à vous、Sud Radio 或 RTL 等节目中,其表现出了一名电视节目常客的从容。
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Les dossiers de ces candidats sont coincés dans les circuits des préfectures et du ministère
Master 2 en ingénierie, CDI d'ingénieure-projet dans le nucléaire, plus de dix années de vie en France. Sara (les personnes citées ont demandé que leur prénom soit modifié, craignant que leur témoignage desserve leur dossier), 31 ans, a quitté le Maroc après y avoir décroché son bac. Elle présente a priori « un potentiel élevé pour notre pays », selon les termes de la circulaire signée en mai 2025 par Bruno Retailleau, alors ministre de l'intérieur. Ce texte a beau durcir drastiquement les critères d'acquisition de la nationalité française, il prévoit en effet de prendre en considération les profils brillants. La jeune femme fait pourtant partie des nombreux candidats à la naturalisation dont les dossiers se trouvent aujourd'hui coincés dans les circuits des préfectures et du ministère.
Sara, qui occupe aujourd'hui un poste sensible lié au vieillissement des matériaux des centrales nucléaires pour une entreprise prestataire d'EDF, décide il y a trois ans de demander la nationalité française et engage une procédure de naturalisation. « J'ai construit ma vie ici, je me sens française, je suis pacsée avec un Français, et j'aimerais avoir les mêmes droits, notamment celui de voter », explique-t-elle. Son dossier suit d'abord lentement son chemin. A la mi-2025, elle reçoit le « récépissé de complétude » de la préfecture certifiant que l'intégralité des pièces nécessaires a bien été produite. Une fois cette étape franchie, la décision doit, selon le code civil, être rendue dans un délai de dix-huit mois – réduit à douze mois pour ceux qui résident en France depuis plus de dix ans.
«La réponse, positive ou négative, aurait donc dû tomber en juin, c'est ce que prévoient les textes. Depuis, tous les jours, je surveille en ligne si mon dossier bouge. J'actualise sans cesse la page. Je rêve de mon dossier la nuit, raconte Sara. En attendant, je me sens bloquée. Aussi parce que la nationalité fran-
Ces blocages s'inscrivent dans une dynamique plus large de chute du nombre de naturalisations accordées
çaise est un prérequis pour la majorité des offres d'emploi qui m'intéressent. » Si la trentenaire tient « beaucoup à être naturalisée "par décret", parce que ça veut dire que je l'ai mérité », elle commence à penser à devenir française « par déclaration », en se mariant.
Sur le groupe Facebook « Naturalisation (Retour d'expérience) » qui compte plus de 255 000 membres, ou sur le forum de discussion sur Internet Easytrangers, les témoignages sur les délais d'attente sont légion. Des candidats à la nationalité française se sont même regroupés pour établir un « rapport de constat » sur « l'engorgement massif dans l'instruction des demandes de naturalisation par décret » et « la rupture de l'ordre chronologique » dans l'examen des dossiers. Ce document dénonce le point de blocage qui survient après l'avis du préfet, lorsque les dossiers passent à la sous-direction de l'accès à la nationalité française, au ministère de l'intérieur. S'inquiétant qu'« un certain nombre » de personnes « ne bénéficient pas de réponses dans les délais légaux », un « problème [qui] touche de nombreux territoires en France », la députée (Renaissance) du Finistère Annaig Le Meur a interpellé le ministère de l'intérieur par le biais d'une question écrite à l'Assemblée nationale, fin 2025.
Une annexe au projet de loi de finances 2026, consacrée à l'accès à la nationalité française, permet d'y voir plus clair. Elle fait le point sur l'objectif d'efficacité du traitement des dossiers de naturalisation: le délai moyen d'instruction, une fois délivré le récépissé de complétude, s'est sensiblement allongé, passant de 300 à 339 jours entre 2023 et 2024 lorsque la naturalisation est accordée (et de 130 à 170 jours pour les décisions négatives). Une explication est fournie : la bascule vers le dépôt et le traitement en ligne des dossiers depuis 2023 « ont entraîné une forte hausse de la demande de naturalisation par les usagers (+ 30 %) » et ont nécessité des « délais d'appropriation de l'outil par les plateformes ».
Ces retards s'inscrivent dans une dynamique plus large de chute du nombre de naturalisations accordées. Selon l'Insee, les acquisitions de la nationalité française par naturalisation approchaient les 89 000 en 2010; elles sont tombées à 54 000 en 2018 et 42 000 en 2025. Soit une division par deux en l'espace de quinze ans. Dans le même temps, les demandes de naturalisation ont fortement progressé, passant de quelque 90 000 en 2022 à 154 000 en 2025. Aussi, alors que le taux de réponse favorable en 2022, par rapport au nombre de dossiers déposés cette année-là, s'établissait à 67 %, il s'est effondré à 27 % en 2025. Ces variations dépendent de la couleur politique des dirigeants. Comme le soulignait Bruno Retailleau dans sa circulaire de 2025, la naturalisation n'est pas un droit, mais « une décision souveraine du gouvernement ». Avant de rappeler que le Conseil d'Etat, dans une décision rendue en 1984, évoque une « faveur accordée à un étranger ».
«A gauche, la naturalisation est considérée comme une étape qui facilite l'intégration, ce que montrent d'ailleurs de nombreuses études. Et plus on se déplace vers la droite de l'échiquier politique, plus la naturalisation doit être rare, couronner un parcours d'intégration remarquable et présenter un intérêt pour la France», souligne Jules Lepoutre, professeur de droit public à l'université Côte d'Azur. A cet égard, «la loi Darmanin de 2024 a beaucoup compliqué l'accès à la naturalisation en rehaussant le niveau de langue exigé. Cela constitue un obstacle très important, poursuit le chercheur. Il y a dix ans, il s'agissait juste de pouvoir mener une discussion. Un niveau B2 est désormais attendu, soit le quatrième niveau sur six, à l'oral comme à l'écrit. Cela désavantage les travailleurs, qui n'ont pas le temps et les ressources pour atteindre ce niveau post-bac, mais aussi les personnes plus âgées».
“他可以通过这种以不同方式参与行动的愿望,动员更多的人,扩大影响力,超越技术性和制度性的诉求,”残障集体(Collectif handicaps)主席阿尔诺·德·布罗卡(Arnaud de Broca)希望如此。该集体联合了包括“像其他人一样”(Comme les autres)在内的约50个协会。他补充道:“他是一位出色的发言人,能够触达大众,这并非偶然。他长期以来一直走轻松、幽默的路线,但现在他显然改变了基调,变得更具诉求性。”
Outre le niveau de langue et la mise en place d'un examen civique, d'autres conditions d'accès à la naturalisation ont été durcies. Depuis le 1er mai, le timbre fiscal pour une demande d'acquisition de la nationalité française est passé de 55 à 255 euros. Surtout, les exigences d'insertion professionnelle ont aussi été nettement renforcées par la circulaire Retailleau.
«Auparavant, les agents des plateformes préfectorales chargées d'examiner les dossiers disposaient de marges de manœuvre selon les profils. Il était possible de "sauver" des candidats un peu plus précaires, comme les étudiants présents en France depuis le collège ou les intérimaires, en esquivant l'analyse d'insertion professionnelle, témoigne une source interne. Aujourd'hui, pour les sa
Les exigences d'insertion professionnelle ont été renforcées par la circulaire Retailleau de 2025
lariés, il faut un CDI de plus d'un an ou une continuité de CDD pendant au moins deux ans, et la référence est devenue le smic [1478 euros net], contre environ 1000 euros par mois auparavant. »
Pavel, 33 ans, né en Russie, gagne pour sa part 50 000 euros brut par an (4170 euros par mois) et dispose d'un titre de séjour « passeport talent » parce qu'il a été recruté en CDI il y a cinq ans par une entreprise innovante, une start-up spécialisée dans la sécurité des cryptomonnaies. Arrivé en France il y a huit ans pour suivre des études, il aurait dû recevoir une réponse positive ou négative à sa demande de naturalisation en juin, selon les délais légaux. « Je souhaite déménager dans le sud de la France et j'ai eu une opportunité pour travailler à distance, donc j'aurais pu m'y installer, mais modifier mon dossier pour indiquer un changement d'adresse, c'est prendre le risque de reculer dans la file d'attente », estime-t-il.
Surtout, une réponse hors délai fait craindre aux candidats que leur dossier a été implicitement refusé. « La situation des étrangers est très particulière : d'une part, ils n'ont pas de droit à obtenir la naturalisation, d'autre part, l'administration sait qu'ils ont peur d'aller devant le juge et de se mettre le préfet à dos », analyse Jules Lepoutre. Pour Emanuel, arrivé du Mexique en France en 2015 avec un visa étudiant, titulaire d'un MBA, trentenaire, salarié en CDI au sein d'un grand énergéticien français, la décision aurait dû intervenir en mars. « J'ai alerté les services du ministère, ils m'ont répondu qu'ils n'avaient plus de visibilité sur mon dossier, m'ont demandé si j'avais déménagé ou changé de situation, ce qui n'est pas le cas, raconte-t-il. Donc là, je suis inquiet, à nouveau. »
Si ce cadre détient aujourd'hui un titre de séjour de dix ans, il a déjà éprouvé l'insécurité attachée à ce statut. « En 2020, j'ai dû le renouveler, et ce qui devait être une démarche simple s'est enrayé : mon dossier n'a pas été envoyé à la bonne administration, il a été refusé, j'ai dû faire appel à un avocat et nous avons été jusqu'au tribunal pour obtenir ma régularisation, se souvient-il. Pendant deux semaines, j'ai été en situation irrégulière, mon CDI a été suspendu, je n'ai pas touché mon salaire. »
L'annexe au projet de loi de finances consacrée à l'accès à la nationalité prévient d'ores et déjà que le renforcement des différentes exigences, comme l'examen civique ou le niveau de langue, va «tendre à l'augmentation du taux de décisions défavorables par rapport aux propositions favorables à compter de 2026, y compris en termes de délais d'instruction».
他的兄弟、Comme les autres联合创始人兼社会企业家乔纳森·热雷米亚兹(Jonathan Jérémiasz)认为:“米卡埃尔正处于一个难以解决的困境中:他感觉到自己可以领导一场在近期历史上可能前所未有的、关于残障人士的社会大众动员;但与此同时,他不是食利者,他必须工作,他想陪伴孩子。他已经做了很多,没有义务为了任何事业而牺牲自己。”
L'ancien champion de tennis fauteuil exprime, dans un livre, le sentiment d'avoir été trahi
Cinquante pour cent, à peine, des établissements recevant du public accessibles en France, ce n'est pas un bilan, c'est une honte, une indignité même. » Tout de noir vêtu, le visage fermé, Michaël Jérémiasz, 44 ans, interpelle le parterre de 500 personnes, dont plusieurs ministres, réunies vendredi 4 septembre au Prisme de Bobigny, pour la 7 $^{e}$ Conférence nationale du handicap. Les Jeux paralympiques de Paris 2024 « devaient changer le regard, ils ont tenu leur promesse, mais les politiques publiques n'ont pas suivi », déplore l'ex-champion de tennis fauteuil.
Si la France a «chaviré» lors des Jeux, «une émotion ne scolarise pas un enfant, ne permet pas d'accéder à un emploi, ne rend pas une ville accessible». Pour éviter que «des millions de personnes passent à côté de leur vie, parce que handicapées», il les exhorte à «faire [leur] révolution, comme toutes les minorités». Une prise de parole remarquée, rompant avec les trois heures de discours et tables rondes rappelant les difficultés à faire appliquer la loi de 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
Deux ans après les Jeux paralympiques, l'ancien parasportif, conférencier et président d'association a troqué ses discours sur le dépassement de soi ou les bienfaits du parasport pour parler de combat et de discrimination. Un plaidoyer que Michaël Jeremiasz déroule dans un livre, paru le
10 septembre, De la révolution à l'oubli. Après la flamme, la promesse trahie (Alisio, 272 pages, 21,90 euros), accompagné d'une tournée médiatique sur France Inter, C à vous, Sud Radio ou RTL, où il s'exprime avec l'aisance d'un habitué des plateaux.
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« Douche froide »
Son histoire singulière, Michaël l'a déjà racontée dans deux autobiographies, en 2011 puis en 2018. Le choc, lorsque, à 18 ans, il perd l'usage de ses jambes après une chute à ski. La colère, puis le rebond, quand il découvre le tennis fauteuil. «De 2004 à 2024, c'est vingt ans d'une vie à mille à l'heure, extraordinaire. C'est aussi une success story. Tout ce que j'entreprends, globalement, se passe bien, de manière extrêmement intense », résume-t-il aujourd'hui.
Il devient numéro un mondial de tennis handisport en 2005, remporte quatre médailles paralympiques, dont l'or en double à Pékin en 2008, et termine sa carrière olympique à Rio de Janeiro (Brésil) en 2016, comme portedrapeau de la France. Capitalisant sur sa notoriété et son goût de la communication, il donne ensuite des conférences pour de grandes entreprises, crée une agence de conseil aux parasportifs, Handiamo, fonde en 2011 Comme les autres, une association qui accompagne, par le sport, les personnes devenues handicapées motrices après un accident.
Il garde un pied dans le tennis en créant un tournoi, le French Riviera Open, ou en commentant Roland-Garros à la télévision. Il se lance aussi dans la production de documentaires. Et, dès 2017, s'engage pour les Jeux paralympiques de Paris, dont il sera ambassadeur, puis chef de mission de la délégation française, porté par l'espoir de faire bouger les lignes et récompensé par la joie immense d'une véritable fête.
«J'y croyais, j'ai l'exemple de Londres [en 2012], où les Jeux ont été un vrai accélérateur. » Mais très vite, c'est la « douche froide ». Vivant dans la capitale anglaise avec son épouse britannique, il mesure le décalage avec la société française dans l'accessibilité, l'emploi ou l'inclusion. Au lendemain des Jeux, en septembre 2024, on lui propose le ministère des sports. En 2016, il avait déjà été approché pour devenir conseiller du président François Hollande. Une fois encore, il hésite, refuse pour des raisons personnelles et de santé.
Quelques jours plus tard, il s'insurge en découvrant que le gouvernement de Michel Barnier a
Vivant à Londres, il mesure le décalage avec la société française dans l'accessibilité, l'emploi ou l'inclusion
oublié de nommer un ministre au handicap. Autre symbole, un taxi parisien, pourtant adapté – grâce aux aides déployées pour les Jeux – refuse de le prendre avec son fauteuil roulant. « Il y a une file de gens, et personne ne bouge. Imaginez si, demain, il y avait une explosion du nombre de taxis qui refusaient des Noirs parce que Noirs, des juifs parce que juifs, des Arabes parce qu'Arabes, des femmes parce que femmes, il y aurait des manifestations! »
« Le point commun entre une personne autiste, un schizophrène, un sourd et un paraplégique, c'est qu'on est discriminés par ce qu'on est. » Même s'il est très conscient d'être dans une position privilégiée, Michaël Jérémiasz veut élargir son combat, parler pour les 12 millions de personnes en situation de handicap, des milliers de « vies sacrifiées », des « gens qui ne partent pas en vacances, restent enfermés chez eux parce que le syndic n'a pas réparé l'ascenseur », des parents qui « vivent la boule au ventre », inquiets pour l'avenir de leur enfant avec un handicap mental.
Pendant des années, il a interpellé les ministres, les présidents de la République, les patrons d'entreprise, mais en a mesuré les limites, en voyant par exemple les crédits liés au sport fondre après les Jeux de Paris. Désormais, il rêve du « grand soir », de manifestations ou de blocages, inspirés de mouvements de désobéissance civile.
« Il peut mobiliser, par cette envie de militer différemment, embarquer plus de monde, changer de dimension, au-delà du plaidoyer technique et institutionnel, espère Arnaud de Broca, président du Collectif handicaps, qui fédère une cinquantaine d'associations, dont Comme les autres. C'est un excellent porte-parole, qui arrive à toucher le grand public, ce n'est pas anodin. Il a longtemps été dans un registre léger, sur l'humour, mais il a clairement changé de ton et il est plus revendicatif. »
En février 2025, Michaël Jérémiasz s'était impliqué dans un rassemblement de 3000 personnes à Paris pour les 20 ans de la loi de 2005, porté par le Collectif handicaps. Il avait été agacé par la contre-manifestation d'un petit groupe de militants antivvalidistes, opposée aux associations gestionnaires, alors qu'il aurait souhaité «embarquer le plus de gens possible». Mais le chemin est ardu.
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Mistral 宣布推出新款 AI 模型
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«Un dilemme»
«En tant qu'ancien champion, il dispose d'un capital personnel plus qu'organisationnel: beaucoup d'entregent dans le secteur média-tique, culturel, sportif et politique, et un discours politique offensif, mais pas forcément de structure organisée derrière, analyse Pierre-Yves Baudot, professeur de science politique à Paris-I Panthéon-Sor-bonne, spécialiste des politiques du handicap. Or pour les personnes handicapées, passer de la colère à la rue est complexe, en raison des obstacles à la mobilité et des restrictions d'accès à la ville. »
Michaël Jérémiasz admet d'ailleurs être «physiquement incapable d'aller s'enchaîner sur le périph». S'il prépare des actions, comme une journée spéciale handicap sur Radio France ou l'interpellation de candidats à la présidentielle, ses prochains mois seront aussi occupés par des opérations à la hanche et à l'épaule. Car cet ancien sportif est rattrapé par un corps qui vieillit alors qu'il a encore « une putain d'énergie et de rage de vivre ».
Pour son frère, Jonathan Jérémiasz, cofondateur de Comme les autres et entrepreneur social, « Michaël vit un dilemme difficile à résoudre : il sent qu'il peut prendre la tête d'une mobilisation sociale, populaire, du handicap peut-être inédite dans l'histoire récente et en même temps, il n'est pas rentier, il doit travailler, il veut profiter de ses enfants. Il fait déjà beaucoup, il n'a pas le devoir de se sacrifier pour quelque cause que ce soit ».
En tant que président d'association et entrepreneur, Michaël Jérémiasz estime que sa boussole est de «défendre l'intérêt général » et de « prendre l'argent là où il est et en faire une bonne utilisation pour permettre aux personnes handicapées de vivre une vie plus épanouie », mais dans un contexte électoral « anxiogène », il n'hésitera pas à exprimer ses désaccords. Interrogé sur un engagement politique, il convient qu'être « un élu de la République » ou accepter un ministère le tenterait, plus tard, quand ses enfants de 3 et 10 ans auront grandi. « Mais, aujourd'hui, ce n'est pas compatible. »
ANNE-AËL DURAND
凭借 Mistral Large 4,这家法国初创公司确保“缩小”与中国顶尖竞争对手之间的差距
Mistral AI 联合创始人兼首席执行官 Arthur Mensch,9月22日在巴黎的公司办公室。
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在打出“欧洲主权”这张牌的同时,Mistral AI 同时也提醒,客户企业可以根据自身需求调整其开源模型,并将其安装在自己的服务器上。首席科学家皮埃尔·斯托克(Pierre Stock)补充道:“开源 AI 还确保了模型访问权限永远不会被切断”,他此举是指向此前关于限制访问某些美国顶尖模型(包括 Anthropic 公司的 Mythos 或 Fable)的争议,这些限制曾一度由白宫强制执行。
展望未来,尽管 Mistral AI 目前尚未完全弥补与中国竞争对手、尤其是美国竞争对手之间的差距,但该公司对其在未来一年内提升 Mistral Large 5 和 6 性能的能力表示“乐观”。为此,该初创公司寄希望于其数据中心将拥有的芯片,得益于最近的两轮融资(其中一轮在 9 月初筹集了 30 亿欧元),这些芯片将在未来 6 个月内逐步到位。
吉约姆·兰普尔(Guillaume Lample)解释说,Mistral Large 4 是在 4000 颗最新芯片上训练的,这比中国初创公司拥有的芯片“少两到三倍”,更不用说美国领先企业所使用的“数十万颗芯片”了。虽然 4000 颗芯片大约代表 10 兆瓦的电力功率,但 Mistral AI 的目标是在 2030年前拥有容量为 1 吉瓦的数据中心。尽管该初创公司认为其战略前景光明,但该战略仍将面临该行业的各种不确定因素。
亚历山德罗·皮卡尔(ALEXANDRE PIQUARD)
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Avec Mistral Large 4, la start-up française assure « réduire l'écart » avec les meilleurs concurrents chinois
Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de Mistral AI, dans les bureaux de l'entreprise, à Paris, le 22 septembre.
ED ALCOCK/MYOP
POUR « LE MONDE »
Le dernier grand modèle d'intelligence artificielle (IA) de Mistral AI datait de décembre 2025, et son dernier modèle, d'avril 2026. Dans un secteur dominé par les groupes américains et chinois, la start-up française se sait attendue au tournant sur la performance de ses produits. Avec Mistral Large 4, le nouveau grand modèle d'IA dévoilé par l'entreprise, mardi 6 octobre, « [elle] réduï[t] l'écart » avec les meilleurs modèles, affirme son cofondateur Guillaume Lample. « Sur les classements agrégés, [ce modèle] se place parmi les meilleurs modèles ouverts du monde », affirme Mistral AI dans son communiqué, en référence aux modèles appelés « open source », accessibles et modifiables gratuitement – un secteur dominé par les acteurs chinois.
Si ces performances resteront à confirmer dans les classements régulièrement mis à jour par des tiers indépendants, à mesure que les modèles sont rendus publics, Mistral AI assure aussi être sur une « trajectoire » qui lui permettra d'améliorer encore les capacités de ses modèles au cours des prochains mois.
然而,这笔交易并未说服股市:施耐德的股价在周一下跌了近 10 %。必须承认,投资者目前只关注人工智能(AI)。他们曾将施耐德推向顶峰——使其一度成为 CAC 40, 指数中市值第三大的公司,尽管后来这一位置被道达尔能源(Total-Energies)夺走——因为这家设备供应商三分之一的销售额来自数据中心,而这些计算工厂正为了满足 AI 需求而飞速发展,施耐德向其销售电气化和冷却技术。施耐德在这一热门市场之外加强实力,令交易员们感到失望。尤其是他们对软件发行商在 AI 浪潮面前的抵抗能力仍持有怀疑。该行业近几个月经历了显著的股市下跌,而施耐德从中获益。
施耐德起源于 1836年在勒克鲁佐(Creusot)建立的锻造厂,是少数几家能够连接 19 世纪工业革命与 AI 时代的企业之一。其“连接物理世界与数字世界”的承诺,掩盖了过去 25 年来一种类似于永动机的收购行动,旨在将这家开关制造商转型为硬件与软件的混合巨头。
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Coûteuse course
L'annonce de Mistral Large 4 représente un fort enjeu pour la start-up française: ses modèles ont reculé au 24 $^{e}$ rang du classement agrégé réalisé par le tiers de référence Artificial Analysis sur «l'intelligence» des modèles. Celui-ci est dominé par les américains comme OpenAI, Anthropic ou Google, suivis des chinois tels Moonshot AI, Alibaba ou Z.AI, qui ont beaucoup progressé. Après avoir annoncé, à l'été 2026, engager d'importants investissements pour bâtir ses propres centres de données en Europe et avoir l'intention d'y proposer certains modèles chinois ouverts, Mistral AI s'est vu soupçonner d'abandonner la coûteuse course aux modèles d'IA de pointe.
« Le pilier numéro un de Mistral AI, c'est de pousser les capacités des modèles d'IA », avait rétorqué son directeur général, Arthur Mensch, dans un entretien au Monde, le 24 septembre. Aujourd'hui, Guillaume Lample assure que Mistral Large 4 est « essentiellement au même niveau que les meilleurs modèles chinois d'il y a un mois ou deux ». Mistral AI produit quelques chiffres «préliminaires» issus de classements thématiques: Large 4 obtiendrait ainsi, par exemple, un score de 63 % sur le classement DeepSWE 1.1, mesurant la capacité des modèles à réaliser des tâches longues de code informatique. Il rivaliserait ainsi avec le remarqué modèle GLM 5.3 du chinois Z.AI. Et se placerait 12 $^{e}$ sur ce classement, les meilleurs atteignant 74 %.
Mistral Large 4 a été entraîné sur 4000 puces dernier cri, soit de « deux à trois fois moins » que les start-up chinoises
Mistral AI assure, par ailleurs, que Large 4 est au niveau des meilleurs modèles ouverts pour certaines tâches liées à des métiers et domaines spécifiques : en finance, par exemple pour manipuler des grands tableurs de données, en cybersécurité, mais aussi dans l'analyse « géospatiale », pour identifier des objets dans des images satellites, par exemple afin d'évaluer des dégâts de catas-
trophes naturelles. L'entreprise se dit aussi désormais compétitive en design et production industriels, une activité dans laquelle elle se veut à l'offensive, avec des clients comme Airbus ou BMW. Ces performances, promet l'entreprise, devraient être précisées le 27 octobre, quand Mistral Large 4 sera rendu disponible en open source. D'ici là, seront achevés les tests de sécurité, assure la start-up, alors que le secteur est secoué par de nombreux incidents liés à des modèles d'IA.
Avant d'être téléchargeable en open source par les entreprises, Large 4 est accessible au moyen d'une interface, que Mistral AI dit surveiller pour éviter des incidents. A terme, il deviendra le modèle « par défaut » de l'assistant de l'entreprise, Vibe, même si les utilisateurs pourront continuer à y choisir aussi des modèles chinois comme GLM, qui restent meilleurs dans certains domaines, a expliqué Guillaume Lample.
Jouant la carte de la souveraineté européenne, Mistral AI rappelle aussi que les entreprises clientes peuvent adapter ses modèles open source à leurs besoins et les installer sur leurs propres serveurs. « L'IA open source garantit également qu'on ne pourra jamais couper l'accès du modèle », a ajouté le directeur scientifique, Pierre Stock, faisant allusion aux polémiques sur la restriction de l'accès à certains modèles américains de pointe, dont Mythos ou Fable, d'Anthropic, un temps imposée par la Maison Blanche.
Pour l'avenir, si Mistral AI n'a pas, à ce stade, comblé tout son retard avec les concurrents chinois et, a fortiori, américains, l'entreprise se dit « optimiste » sur sa capacité à améliorer les performances de Mistral Large 5 et 6 sur l'année à venir. La start-up compte pour cela sur les puces dont elle disposera dans ses data centers, progressive-ment sur les six prochains mois, grâce à ses deux dernières levées de fonds – dont 3 milliards d'euros début septembre.
Mistral Large 4 a été entraîné sur 4000 puces dernier cri, soit «de deux à trois fois moins» que ce dont disposent les start-up chinoises, sans parler des «centaines de milliers de puces » utilisées par les leaders américains, a expliqué Guillaume Lample. Alors que 4000 puces représenteraient environ 10 mégawatts de puissance électrique, Mistral AI a pour objectif de disposer, d'ici à 2030, de centres de données d'une capacité de 1 gigawatt. Si la start-up croit sa stratégie prometteuse, celle-ci devra toutefois encore se confronter aux aléas du secteur.
Schneider Electric fait une acquisition majeure aux Etats-Unis
La multinationale a annoncé, lundi, le rachat de l'éditeur de logiciels américain PTC sur la base d'une valorisation de 20,1 milliards d'euros
Le 4 novembre 2024, Olivier Blum prenait les commandes de Schneider Electric. Près de deux ans plus tard, le voilà qui signe le plus gros rachat de l'histoire jamais réalisé par l'entreprise bientôt bicentenaire, bâtie à coups de rachats successifs : c'est dire l'ampleur de la transaction annoncée lundi 5 octobre. Sur la base d'une valorisation de 22,6 milliards de dollars (20,1 milliards d'euros) et d'un paiement « intégralement en numéraire », le champion de l'efficacité énergétique met la main sur l'américain PTC, « un leader de la conception de produits industriels complexes, de l'ingénierie et de la gestion des données », qui a réalisé un chiffre d'affaires de 2,4 milliards d'euros sur son exercice 2025.
Le géant français, conseillé par Morgan Stanley et Goldman Sachs, complète ainsi son portefeuille de technologies et d'expertises dans son métier de l'automatisation industrielle (17 % du chiffre d'affaires en 2025), visant à optimiser la maintenance, ou encore à améliorer les chaînes de montage des constructeurs automobiles et autres laboratoires pharmaceutiques. La gestion de l'énergie, son premier métier, qui a généré 83 % de son chiffre d'affaires en 2025, bénéficiera également de ces apports en matière de données industrielles.
Cette transaction, cependant, n'a pas convaincu la Bourse: le cours de Schneider a chuté de près de 10 % lundi. Il faut dire que les investisseurs n'ont d'yeux que pour l'intelligence artificielle (IA). Ils ont porté Schneider aux nues – jusqu'à la place de troisième capitalisation boursière du CAC 40, perdue depuis au profit de Total-Energies –, car l'équipementier réalise un tiers de ses ventes auprès des data centers, ces usines de calcul en plein développement pour répondre aux besoins de l'IA, à qui il vend ses technologies d'électrification et de refroidissement. Que Schneider se renforce ailleurs que dans ce marché à la mode a refroidi les opérateurs. D'autant qu'ils conservent des doutes sur la capacité des éditeurs de logiciels à résister face au raz de marée de l'IA. Le secteur a connu une baisse boursière marquée ces derniers mois, dont Schneider a profité.
En offrant une prime de 42 % par rapport au dernier cours de Bourse avant l'annonce de la transaction, Schneider propose d'acquérir PTC à un prix de 205 dollars par action, qui correspond exactement à ce que cotait la firme de Boston il y a un an. Soit une valorisation « au plus bas depuis dix ans », selon les analystes de Jefferies. Est-ce le signe d'une bonne ou d'une mauvaise affaire? « Les acteurs du logiciel qui ont réussi à nouer des relations étroites avec leurs clients sortent gagnants du déploiement de l'IA », estime un banquier d'affaires.
Ancien maître des forges né au Creusot en 1836, Schneider est l'une des rares entreprises à faire le pont entre la révolution industrielle du XIXe siècle et l'avènement de l'IA. Sa promesse de «relier les mondes physique et digital» cache une sorte de mouvement perpétuel d'acquisitions menées depuis vingt-cinq ans pour transformer le fabricant d'interrupteurs en géant hybride du matériel et du logiciel.
Comme souvent, l'épopée démarre par un échec. Celui du rachat de Legrand, bloqué en 2001 par la Commission européenne. Henri Lachmann, le PDG de Schneider, est obligé de revendre son concurrent. Que faire de l'argent ? Il décide de diversifier l'entreprise vers les services. Jean-Pascal Tricoire, qui prend le relais en 2006, amplifie cette stratégie avec succès. Le virage décisif s'opère en 2013, avec l'acquisition d'une société britannique de logiciels, Invensys, pour 3,8 milliards d'euros. En 2017, M. Tricoire jette son dévolu sur la pépite britannique de l'automatisation Aveva. Plutôt que d'intégrer l'entreprise, il préfère lui apporter sa propre activité de logiciels afin d'éviter le choc culturel, prenant 60 % de son capital, avant de racheter la totalité six ans plus tard.
Sous la houlette de M. Tricoire, l'entreprise est devenue une multinationale décentralisée, gérée à partir de quatre «hubs», en France, aux Etats-Unis, en Chine et en Inde. Celui que M. Lachmann avait repéré lors d'une visite de ses troupes en Chine avait provoqué un choc dans l'establishment parisien en annonçant en 2011 son départ à Hongkong. Il était alors le premier PDG du CAC 40 à diriger officiellement son entreprise en étant installé hors de France. Son déménagement avait mis fin à un tabou et ouvert la voie à de nombreux départs de membres de comités exécutifs de groupes français.
En mai 2023, M. Tricoire avait abandonné la direction générale à l'Allemand Peter Herweck, tout en conservant la présidence de Schneider. Une erreur de casting. En novembre 2024, M. Blum avait été nommé à la direction générale, « avec effet immédiat ».
Cette acquisition va lui permettre de marquer de son empreinte l'entreprise, qui reste pénalisée en France, où elle emploie 15 000 salariés, par la crise du logement. Le 9 septembre, Schneider avait annoncé une réorganisation de ses implantations, avec notamment la fermeture d'ici à mars 2028 du site de Chasseneuil-du-Poitou (Vienne), qui compte 145 collaborateurs.
“两家公司的整合将带来变化,包括影响我们员工人数的艰难决定。我们承诺将以审慎和尊重的方式推进这一进程,”大卫·埃利森与他的共同首席执行官、前美泰(Mattel)负责人伊农·克雷兹(Ynon Kreiz)在信中写道。他同时提醒,其目标是在70 milliards de dollars的营业额中实现6 milliards de dollars(5,33 milliards d'euros)的协同效应。
大卫·埃利森的崛起十分惊人。不久前他还领导着一家小型制作公司Skydance;而现在他掌管着一个能够与Netflix和迪士尼竞争的帝国。在财务方面,进步则不那么令人印象深刻:在2024, 7月收购派拉蒙时,Skydance的价值为4,75 milliards de dollars,尽管规模发生了变化,但如今其价值“仅”为10 milliards de dollars。事实上,这个巨头债台高筑。
这是第一个问题:估计为110 milliards de dollars的收购资金是通过债务融资的。该公司在9月30日交易完成前,在金融市场上筹集了52 milliards de dollars,据《华尔街日报》指出,这是由一家私营企业一次性完成的最大规模操作。
[...OMITTED...]
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« Les marchés envoient un signal sérieux à Paris »
Emmanuel Roman, DG du gérant d'actifs Pimco, tire la sonnette d'alarme sur la dérive budgétaire française
Emmanuel Roman, à Beverly Hills (Californie), le 6 mai 2025. PATRICK T. FALLON/AFP
ENTRETIEN
Emmanuel « Manny » Roman est directeur général de Pimco, l'un des plus grands gestionnaires d'actifs au monde, avec 2300 milliards de dollars (2050 milliards d'euros) d'encours. La société est spécialisée dans les marchés obligataires et investit donc dans les dettes, dont celle de la France.
Les taux d'intérêt français à dix ans ont frôlé les 5 %. La France a-t-elle encore la confiance des marchés financiers?
J'aimerais remettre cela dans un contexte global. Nous avons une remontée des taux à travers le monde qui est due aux pressions inflationnistes sur le secteur pétrolier, et à la pression des « hyperscalers » [les entreprises de l'intelligence artificielle, IA], qui empruntent pour financer des data centers, des puces... Nous voyons cette hausse partout, aux Etats-Unis, au Japon... Cela dit, en Europe, la France est nettement plus touchée que l'Allemagne ou encore l'Italie, pour des raisons budgétaires et politiques. Les marchés lui envoient un signal sérieux. L'heure est grave.
Au point que la France ait perdu sa crédibilité...
La réponse n'est pas binaire. Mais la prime de risque qu'un investisseur demande pour détenir des obligations françaises est très élevée par rapport à celle des obligations allemandes ou même italiennes. Pourquoi? Parce que le déficit doit être réduit, il faut un budget et il faut que ce budget soit voté. Il faut une politique française qui permette d'être crédible, ce qui n'est pas le cas maintenant.
Qu'est-ce qui pose le plus de problèmes, le déficit budgétaire ou l'instabilité politique?
Les deux. Le déficit est un problème structurel, avec des solutions compliquées et pénibles pour le contrat social et la réduction des dépenses publiques. C'est certainement quelque chose auquel la France va devoir faire face. Sur les dix prochaines années, il y a un sujet de compétitivité et de croissance anémique. Et le pays a besoin de réformes, que l'Italie a dû faire quand elle était dos au mur. Il y a urgence à prendre des mesures sérieuses.
Comment réagissez-vous à la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler les dettes détenues par la Banque centrale européenne, et à celles de Marine Le Pen de réaliser 140 milliards d'euros d'économies tout en ramenant l'âge de la retraite à 62 ans et en réduisant les impôts de 30 milliards d'euros?
Les marchés seraient clairement très négatifs quant à une victoire possible de Jean-Luc Mélenchon et ils ne croient pas un moment au projet du RN et à sa capacité à mettre en place un programme crédible.
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基调已然改变
法国和德国的领导人以及欧洲议会议员并非唯一呼吁采取措施的人。“在保持与中国对话的同时,欧盟不能坐以待毙。它必须利用所有现有工具捍卫自己的经济利益,并通过鼓励多元化来降低来自不健康依赖的风险,”Business Europe 保证道,该雇主协会包括法国 Medef 在内。该协会强调,如果要进行这场斗争,必须努力增强竞争力。许多企业谴责欧洲的能源成本使其在面对中国竞争对手时处于劣势,以及资本市场整合不足且力量不够强大。
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Vous les mettez donc sur le même plan...
Les deux cas sont très différents. La probabilité que Jean-Luc
Mélenchon devienne président de la République est très faible; celle que Marine Le Pen le soit est au-dessus de 50 %. Donc les marchés vont se préoccuper beaucoup plus d'une victoire du RN que de celle du chef de file de La France insoumise. Quant à l'annulation partielle de l'endettement, cela n'a aucun sens et cela ne fait pas un programme. Quand on ne paye pas ses dettes, en général, c'est un problème. La monnaie unique a été faite sur un contrat entre différents pays : si l'un commence à ne pas payer ses dettes, c'est l'explosion de l'euro, la fin de l'Union européenne.
Les marchés, qui se veulent apolitiques, estiment-ils que Marine Le Pen mènera une politique similaire à celle de la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, limitant les risques financiers?
Je ne le crois pas, pour deux raisons. La première, c'est que Giorgia Meloni a eu l'immense avantage de bénéficier du travail fait par [les deux anciens présidents du conseil italiens] Mario Monti et Mario Draghi, qui sont deux technocrates exceptionnels.
La deuxième, ce sont les fluctuations de la pensée économique de Marine Le Pen. Il n'y a pas si longtemps, elle voulait sortir de l'euro. Or, il faut relancer une croissance anémique. Pour cela, il faut un système capitaliste et elle ne donne pas l'impression d'aller dans ce sens. Les marchés ne croient pas au programme économique du RN.
Mais, en cas de second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, que préférez-vous?
D'abord, nous sommes à six ou sept mois de l'élection; on peut espérer qu'un consensus entre ces deux extrémités se dévoile. Ensuite, très malheureusement, si vous me demandez entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, je pense que les marchés préféreront l'option Le Pen.
Qu'est-ce que cela signifie pour Pimco? Décidez-vous de ne plus acheter de dette française, de vous désengager?
Nous parlons peu de nos positions. Les marchés vont attendre de voir des signaux tangibles sur un budget qui soit voté, pour qu'ils reprennent confiance en la France.
La présidentielle est-elle aussi une opportunité d'investissement? Après tout, les taux français à 5 % offrent un rendement potentiellement intéressant...
Le problème, c'est que les taux peuvent aussi bien monter à 6 % ou redescendre à 4 %. La distribution des probabilités est équilibrée. La difficulté pour l'investisseur est de savoir à quel moment acheter, ce qui est compliqué quand les évolutions du marché peuvent aller symétriquement dans les deux sens.
« Il faut une politique française qui permette d'être crédible, ce qui n'est pas le cas maintenant »
Les taux d'intérêt augmentent dans le monde entier. Cette situation va-t-elle durer?
Non. A un horizon de cinq ans, l'IA et la robotique vont avoir un effet déflationniste énorme. Il y a de nombreuses questions sur le temps qu'il nous faudra pour s'adapter à cette technologie et comment l'industrie lourde va être modifiée, mais, clairement, à moyen terme, ça réduit l'inflation.
Vous ne croyez donc pas à l'idée qu'il y a trop d'émissions de dettes par rapport à l'épar-gne mondiale disponible, et que ce déséquilibre entraîne une montée des taux...
Non. Il y a une énorme épargne aux Etats-Unis, qui va se transmettre de la génération des baby-boomeurs à la suivante. Par ailleurs, l'administration américaine peut facilement avoir des recettes fiscales supplémentaires en augmentant les impôts, qui y sont bas. Cela peut être sur les gains en capitaux, sur l'impôt sur les sociétés, ou encore une taxe sur le pétrole, mais il y a une marge de manœuvre pour Washington.
Craignez-vous un gros choc financier? Il y a quand même eu une correction obligataire violente ces derniers mois, avec la hausse des taux d'intérêt, mais les Bourses, surtout aux Etats-Unis, ont tenu. Combien de temps peut durer cette contradiction?
Je suis très surpris, en effet. Il n'y a que deux possibilités : soit les actions vont baisser, soit les taux vont beaucoup baisser. A moyen terme, je parie plutôt sur la baisse des taux parce que l'innovation en cours est tellement importante.
La fusion Paramount-Warner finalisée, des licenciements annoncés
Le patron du groupe prévoit des suppressions de postes, alors que l'endettement du nouvel ensemble va atteindre 82 milliards de dollars
SAN FRANCISCO - correspondant
Maintenant, le vrai travail commence. Allons-y. » C'est en ces termes que David Ellison, 43 ans, conclut sa lettre à ses salariés, mardi 6 octobre, après avoir finalisé la fusion entre les studios hollywoodiens Paramount et Warner Bros, sous une entreprise faîtière baptisée «Skydance». Et cela va commencer par des licenciements pour dégager des synergies.
«L'intégration de deux entreprises entraînera des changements, y compris des décisions difficiles affectant nos effectifs. Nous nous engageons à mener ce processus avec discernement et respect», écrit David Ellison avec son codirecteur général, l'ancien patron de Mattel, Ynon Kreiz, rappelant son objectif de réaliser 6 milliards de dollars (5,33 milliards d'euros) de synergies pour un chiffre d'affaires de 70 milliards de dollars.
La reprise des deux studios hollywoodiens par le fils du fondateur d'Oracle, le milliardaire proche de Donald Trump Larry Ellison, s'est faite à la mode des années 1980: des rachats par endettement, une OPA hostile pour chiper Warner à Netflix qui avait scellé le rachat initialement, et de la politique, beaucoup de politique, pour obtenir le feu vert de l'administration Trump, puis celle des Etats fédérés, dont la Californie, avec une menace de quitter cet Etat faute d'accord.
La chevauchée de David Ellison est spectaculaire. Il était il y a peu à la tête d'une petite maison de production, Skydance ; il dirige désormais un empire qui peut rivaliser avec Netflix et Disney. Financièrement, le progrès est moins impressionnant : Skydance valait en juillet 2024, lors du rachat de Paramount, 4,75 milliards de dollars et n'en vaut « que » 10 milliards aujourd'hui, malgré son changement de taille. Le géant est en effet criblé de dettes.
C'est le premier problème : le rachat estimé à 110 milliards de dollars est financé par endettement. La firme a levé juste avant la conclusion de l'affaire, le 30 septembre, 52 milliards de dollars sur les marchés financiers, la plus grande opération jamais réalisée d'un seul coup par une entreprise privée, note The Wall Street Jour-
根据劳动法,雇主不能拒绝每月 15 日起的第一笔预支申请,金额最高可达工资的 50 %(这对应于已经完成的工作,也是该机制与工资预付款的区别)。“在我们位于 Rang-du-Fliers [帕-德卡莱省] 的餐厅,我雇用了 20 多名员工,每月有 56 份申请,总金额为 4700 欧元。这些数字让我感到震惊。有些人告诉我们,他们预支是为了支付房租,在应用程序出现之前,他们不敢开口申请,”在法国北部经营七家 Buffalo Grill 特许经营餐厅的运营总监 Philippe Daye 讲述道。
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David Ellison a dû s'engager à créer un conseil garantissant l'indépendance éditoriale de CNN
nal. En pleine crise obligataire, le taux exigé est mirobolant, s'établissant à 9,1 %, avec un remboursement s'étalant de 2028 à 2066.
« Payons-nous un peu plus d'intérêts ? Oui. Mais nous préférons de loin conclure l'opération et gérer cet aspect en conséquence», a déclaré au Wall Street Journal le directeur financier de Paramount Skydance, Dennis Cinelli. Selon la société d'analyse CreditSights, citée par The New York Times, la dette du groupe va atteindre un total de 82 milliards de dollars et les intérêts annuels à payer représenter environ 6 milliards de dollars.
Deuxième problème, la politique. David Ellison fait partie de l'entourage proche de Donald Trump. En avril, à Washington, il a donné un dîner en l'honneur du président alors qu'il était en pleine négociation antitrust; récemment, il était aussi présent au dîner d'Etat avec le président chinois, Xi Jinping, lors de la visite de ce dernier aux Etats-Unis du 23 au 25 septembre, et il va récupérer dans son escarcelle... CNN. La chaîne d'information en continu est l'objet d'attaques permanentes de Donald Trump, qui a cherché à la bouter hors de la Maison Blanche. Si CNN gagne de l'argent, son audience est très inférieure à celle de la conservatrice Fox News et elle s'est fait dépasser par la chaîne progressiste MS Now.
Environ 4500 emplois menacés
Pour clore les poursuites de la Californie et d'autres Etats, David Ellison a dû s'engager à créer un conseil garantissant l'indépendance éditoriale de CNN. Il a aussi négocié de maintenir en place le patron de la chaîne, qui ne serait pas soumis à la supervision de Bari Weiss, rédactrice en chef du département de l'information chez CBS (propriété de Paramount) et accusée d'avoir multiplié les interventions, notamment dans le contenu de son émission politique phare, « 60 Minutes ». Troisième sujet, le cinéma. En perte de vitesse, Hollywood broie du noir et critique toujours les rapprochements capitalistiques, néfastes pour l'emploi et la diversité de création. Les professionnels ne voulaient pas du rachat de Warner par Netflix; ils ont eu la famille Ellison.
Selon un rapport publié par le comté de Los Angeles en août, la fusion pourrait entraîner la perte d'environ 4500 emplois dans les secteurs du cinéma et de la télévision sur une période de trois ans, rien qu'à Los Angeles. « Notre plan d'investir 30 milliards de dollars par an dans la production et de sortir au moins 30 films par an est le moyen pour nous de regagner du terrain », avait répondu l'entreprise, qui détient les franchises Mission Impossible, Harry Potter, Le Seigneur des anneaux, etc. Pour mettre fin aux poursuites antitrust, la firme s'est engagée à investir 1,5 milliard de dollars de plus que prévu dans la création de films dans les cinq prochaines années et a pris l'engagement de sortir 30 films en salle chaque année. Selon The New York Times, les deux studios sont en passe de produire 26 films en 2026, et devraient s'acquitter d'une amende de 30 millions de dollars par film manquant.
Toutefois, la bataille reste celle du streaming, alors que le public regarde les divertissements sur Netflix, Disney ou les canaux de la tech, Prime (Amazon), Apple TV (Apple) et YouTube (Google). Les canaux de Skydance sont HBO Max, appuyé sur la chaîne historique HBO, et Paramount+. Casey Bloys, président de HBO, va prendre la direction des programmes pour les services de streaming de l'entreprise.
Le développement de l'intelligence artificielle (IA) semble décisif, la nouvelle direction ayant indiqué qu'elle voulait « devenir l'entreprise de médias la plus performante sur le plan technologique » : « Toutefois, un principe demeurera immuable : la technologie doit servir l'art, et non l'inverse », affirment David Ellison et Ynon Kreiz. Dès mardi matin, David Ellison avait fait apposer le nom de Skydance sur l'emblématique château d'eau de Warner Bros à Los Angeles.
ARNAUD LEPARMENTIER
Véhicules hybrides BYD, à Yantai, en Chine, le 15 septembre. VCG/GETTY IMAGES
En Chine, l'Europe à la recherche de protections pour son industrie
Le commissaire au commerce, Maros Sefcovic, se rend à Pékin jeudi. Anticipant des résultats limités, Berlin et Paris préparent la suite
BRUXELLES - bureau européen
Rien ne va plus, faites des stocks! C'est en substance le message que les Etats membres de l'Union européenne (UE) et la Commission font passer aux entreprises. Les jeudi 8 et vendredi 9 octobre, à Pékin, le commissaire au commerce et à la sécurité économique européen, Maros Sefcovic, va rencontrer son homologue chinois, Wang Wentao, dans le cadre d'un processus de dialogue engagé en juin, un nouveau mécanisme de consultation sur les questions commerciales et d'investissement.
L'objectif: trouver un accord d'ici à la fin octobre pour protéger plusieurs secteurs industriels des importations de produits chinois. Les avancées obtenues – ou pas – par le commissaire seront discutées au Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, à Bruxelles, les 15 et 16 octobre. A eux de décider quel tour donner à la relation commerciale avec la Chine.
Dans une lettre commune envoyée le 5 octobre à la présidente de la Commission, le chancelier allemand, Friedrich Merz, et le président français, Emmanuel Macron, ont pris les devants : sans jamais nommer la Chine, ils demandent une politique commerciale plus ferme. Berlin, qui avait voté contre les droits de douane sur les voitures électriques, se montre maintenant prêt au bras de fer avec Pékin. Quitte à prendre le risque de représailles, notamment de restrictions sur les exportations de composants essentiels pour faire tourner les usines européennes.
L'eurodéputé allemand Bernd Lange (Alliance progressiste des
L'Allemagne, qui avait voté contre les droits de douane sur les voitures électriques, se montre prête au bras de fer socialistes et démocrates, S&D), président de la commission parlementaire du commerce international depuis juillet 2014, résume les attentes européennes avant ce voyage. «Le dialogue avec la Chine est important et nécessaire, mais il est impératif que des résultats concrets en découlent. Les subventions massives de Pékin [4,4 % du produit intérieur brut chinois] et une politique d'exportation agressive faussent la concurrence. Les entreprises européennes continuent de rencontrer d'importantes difficultés d'accès au marché chinois. Par ailleurs, les contrôles et restrictions à l'exportation de matières premières essentielles telles que le tungstène et les aimants ont démontré comment Pékin utilise les dépendances économiques comme moyen de pression», prévient cet élu.
Et de rappeler : « Le déficit commercial de l'UE avec la Chine est passé de 291 milliards d'euros en 2023 à près de 360 milliards en 2025 [+ 24 % en seulement deux ans]. Et cette tendance se poursuit. » Elle s'accélère même. Le déficit a encore augmenté de 10 % sur les premiers mois de l'année. « L'Europe doit donc apprendre à dire non à la Chine », renchérit le Français Pascal Canfin, euro-député Renew, auteur d'un article dénonçant le « tsunami industriel chinois », dans la revue Grand Continent.
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国王十字区,欧洲 AI 的十字路口
伦敦 - 通讯
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Le ton a changé
Les dirigeants de la France et de l'Allemagne et les eurodéputés ne sont pas les seuls à appeler des mesures. « Tout en maintenant le dialogue avec la Chine, l'UE ne peut pas rester immobile. Elle doit défendre ses intérêts économiques en utilisant tous les outils existants et en réduisant les risques venant des dépendances malsaines en encourageant la diversification », assure Business Europe, l'association patronale dont fait partie le Medef français. Elle insiste sur les efforts à faire pour renforcer la compétitivité si l'on veut mener ce combat. Beaucoup d'entreprises dénoncent le coût de l'énergie en Europe qui les désavantage face à leurs rivales chinoises ainsi qu'un marché des capitaux insuffisamment intégré et puissant.
这一成功的赌注促使了一系列围绕 AI 的活动涌现。托尼·布莱尔全球变革研究所(Tony Blair Institute for Global Change)的科学与技术负责人基根·麦克布莱德(Keegan McBride)强调,DeepMind “是主要锚点,初创公司、研究实验室和投资者纷纷围绕其聚集”。其中许多初创公司是由 DeepMind 的前员工创立的,包括 Ineffable Intelligence、Isomorphic Labs(仍由德米斯·哈萨比斯领导)和 Recursive Superintelligence。
此外,Anthropic 和 OpenAI 在 4 月份宣布将在金十字开设办公室,以容纳总计约 1300 名员工。自动驾驶汽车公司 Wayve、算法交易平台 XTX Markets 以及基于 AI 的搜索引擎 Perplexity 已经进驻。艾伦·图灵研究所(Institut Alan Turing)以及政府 AI 研究机构高级研究与发明局(ARIA)也同样在此。
«Les dirigeants chinois sous-estiment la capacité de réaction de l'Europe»
JEAN-LUC DEMARTY
ancien directeur général du
commerce à la Commission
Pourtant, personne ne se fait d'illusions sur les concessions que pourrait obtenir Maros Sefcovic. A commencer par la Commission. Dans les couloirs du Berlaymont, son siège bruxellois, on se félicite que la Chine ait accepté de rentrer dans la discussion générale sur sa domination commerciale, ce qu'elle refusait jusqu'à présent arguant que cette situation n'était que le résultat de sa compétitivité.
Cela amènera-t-il une avancée concrète? Peut-être sur un secteur, celui des voitures hybrides rechargeables, dont Pékin pourrait accepter de réguler les exportations. Ce serait un début, une sorte de prototype («proof of concept», dit-on à Bruxelles), un point de départ, donc, pour montrer que la méthode de dialogue que la Commission a entreprise fonctionne et donne de meilleurs résultats que l'approche brutale américaine. Elle pourrait ensuite être étendue à d'autres secteurs.
« C'est un vrai test [qui permettra] de voir si Pékin accepte de limiter volontairement ses exportations de voitures hybrides », confirme Jean-Luc Demarty, ancien directeur général du commerce à la Commission. Sans trop y croire. Pour lui, « les dirigeants chinois sous-estiment la capacité de réaction de l'Europe. Ils pensent que nous sommes divisés et que nous n'arriverons pas à nous opposer à eux ». Or aujourd'hui, pour Berlin comme pour Paris, des avancées dans un seul secteur ne suffiront pas. La lettre commune de l'Allemagne et de la France, innvisageable outre-Rhin avant l'été, est un signe fort que le ton a changé. Le 6 octobre, au cours de la réunion des représentants des Etats membres auprès des institutions européennes, la position franco-allemande a été présentée et a reçu, selon nos informations, un fort soutien. «Aucun pays ne s'y est opposé», confie un diplomate européen.
Les deux capitales demandent à la Commission européenne de réfléchir à la mise au point d'un instrument de défense commerciale plus efficace, qui permette de fermer le marché européen aux exportateurs chinois en quelques jours. En attendant qu'il soit prêt, la lettre suggère d'utiliser tous les autres instruments déjà disponibles.
L'Allemagne et la France ont pris soin de convaincre les gouvernements de pays comme l'Espagne ou la Grèce, qui bénéficient d'investissements chinois, du bien-fondé de leur démarche. Eux aussi ont besoin de l'UE pour éviter de n'avoir que des « usines tournevis », qui se limitent à l'assemblage de pièces fabriquées en Chine, et profiter de transferts de technologie, d'une chaîne d'approvisionnement locale et d'emplois. « C'est existentiel, la survie de notre industrie va se jouer dans les trois à cinq ans qui viennent. C'est ce que les Allemands ont maintenant compris », décrypte Jean-Luc Demarty.
Les Européens tentent donc de «construire un rapport de force sans escalade», selon les termes d'un diplomate, qui reconnaît que le risque de représailles est majeur mais ne peut pas être pire, à terme, que celui de ne rien faire du tout et de subir.
Industriels et consommateurs européens sont devenus tellement dépendants de la Chine que le rapport de force n'est guère en leur faveur, mais l'attrait du marché intérieur des Vingt-Sept pour les exportateurs chinois en surcapacité est aussi un atout et peut leur ménager une voie de passage. A condition de poursuivre les efforts de diversification des approvisionnements et de réduire les dépendances à la Chine. Ce que tente de faire la Commission en multipliant les accords commerciaux – dont le dernier en date, avec les Philippines – et les alliances – comme avec le Canada. A condition, aussi, de montrer une unité à toute épreuve.
« Quand on arrive en ville, tout l'monde change de trottoir », chante Johnny Rockfort, le chef des rebelles dans l'opéra-rock Starmania, de Michel Berger et Luc Plamondon. C'est pareil pour le fonds Elliott. Personne n'a envie de croiser sa route. Le rugeux financier américain a pour habitude de s'inviter au tour de table des Pernod Ricard, BP et autres PepsiCo pour les pousser, qui à verser un dividende exceptionnel, qui à céder des actifs voire la totalité de l'entreprise. Son entrée au capital d'Air liquide, vénérable poids lourd du CAC 40, s'annonçait explosive. Pour le moment, c'est un pétard à moitié mouillé.
Mardi 6 octobre, Elliott, engagé par le numéro deux mondial des gaz industriels, qui avait présenté la veille son plan stratégique à horizon 2030, a salué un « premier pas positif ». Une feuille de route « 100 % made in Air liquide », selon le directeur général, François Jackow. On est tenté de le croire. L'industriel avait-il besoin d'un fonds activiste pour savoir que l'industrie des semiconducteurs représentait une opportunité de croissance ? Si Elliott apprécie l'amélioration promise de la marge opérationnelle de 400 à 600 points de base d'ici à 2030, cet objectif reste dans l'épure des 460 points de base de marge supplémentaires gagnés entre 2022 et 2026. Ironiquement d'ailleurs, Air liquide était, à l'époque de la conception du plan stratégique précédent, la proie d'un autre activiste, resté sous les radars.
Le fonds américain se félicite aussi du « tout premier programme de rachat d'actions à grande échelle » d'Air liquide, qu'il souhaiterait voir mis en œuvre sans attendre. Ce geste en faveur des actionnaires est certes nouveau, mais il reste mesuré par rapport aux standards américains. L'industriel prévoit de consacrer 4 milliards d'euros à acquérir ses propres actions en 2027 et 2028, quand il vise d'allouer 24 milliards d'euros aux investissements sur cinq ans.
Ce soutien affiché ne signifie pas que les semaines précédentes ont été de tout repos pour l'état-major d'Air liquide. Avalanche de courriels, demandes incessantes : Elliott est connu pour mettre une pression « de dingue » sur les entreprises de son portefeuille. Le directeur général et la directrice financière du chimiste néerlandais Akzo Nobel, ciblé en 2017 par le fonds, ont ainsi fini par faire un burn-out. Cet aiguillon peut avoir des vertus quand il s'agit de réveiller une belle endormie. Mais tout ce temps passé par les dirigeants à gérer leur encombrant actionnaire, c'est de la disponibilité en moins pour s'occuper des salariés, des activités, des partenaires. A ne pas oublier quand il sera temps de faire les comptes.
数据统计
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Les demandes d'acompte sur salaire en nette hausse
Les salariés sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le versement anticipé d'une partie de leur rémunération
A vant, j'avais l'habitude de demander 300 ou 500 euros à mes chefs, juste avant Noël. Là, j'ai demandé un virement en août et en septembre, la rentrée n'est pas facile», confie Stéphanie (elle n'a pas souhaité donner son nom), 47 ans, aide à domicile dans une association dans le sud de la France. Comme Stéphanie, un nombre croissant de Français sont contraints de demander un acompte sur salaire, que ce soit pour boucler les fins de mois ou pour faire face à une dépense imprévue.
«Nous enregistrons une progression de 10 % entre septembre 2025 et 2026, et les montants sont en hausse de 15 %», explique Yann Le Floc'h, cofondateur de Stairwage, société lancée en 2020 et utilisée par 400 entreprises représentant 200 000 salariés. Chaque mois, 12 % des salariés disposant de l'application font au moins une demande, pour un montant moyen des acomptes représentant 18 % du salaire. Même constat chez Rosaly, qui vend sa solution à 450 entreprises représentant 200 000 salariés. «La demande a grimpé de 30 % en un an et les salariés ont tendance à multiplier les acomptes», explique Arbia Smiti, la dirigeante de la start-up.
Selon le code du travail, un employeur ne peut refuser la première demande d'acompte du mois, à partir du 15, et jusqu'à 50 % du salaire (cela correspond au travail déjà effectué et c'est ce qui différencie ce dispositif de l'avance sur salaire). « A notre restaurant de Rang-du-Fliers [Pas-de
Calais], où j'emploie une vingtaine de salariés, il y a 56 demandes par mois pour un montant de 4700 euros. J'ai été impressionné par les chiffres. Certains nous disent prendre [l'acompte] pour payer leur loyer, ils n'osaient pas demander avant l'application», raconte Philippe Daye, le directeur d'exploitation qui gère sept restaurants Buffalo Grill en franchise dans le nord de la France.
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仍有许多工作要做
另一个障碍是患病员工的绩效问题,这在管理层心中是一个潜在的担忧。这位职业医生肯定地说:“面对生产力下降的恐惧,有些人更希望员工的‘不适宜工作状态’(inaptitude)能被正式认定。” 这种顾虑在癌症患者重返岗位时会进一步增强,因为届时整个工作团队“必须学会如何在不确定性中演进”,企业与癌症协会(Entreprise et cancer)总经理娜塔莉·瓦莱-雷纳尔(Nathalie Vallet-Renart)解释道,“一名处于缓解期的劳动者在复工时,其能力和精力通常会有所下降,而且会出现不可预测的波动,有时状态良好,有时则不然。”
Selon l'éditeur de logiciels de paie Payfit, les 18-34 ans sont surreprésentés (34 % l'ont déjà utilisé, contre 20 % de l'ensemble des salariés), tout comme les secteurs de l'hôtellerie-restauration, du commerce et de la construction le sont aussi.
Si toutes les plateformes assurent mettre des garde-fous, ce modèle peut toutefois encourager des salariés à vivre en décalé. «J'aimerais bien ne pas me mettre dans cette situation, mais c'est toujours mieux qu'être à découvert et que payer des agios», concède Stéphanie.
Parce qu'une nouvelle réglementation, entrant en vigueur en novembre, vise à « réduire l'accès aux découverts autorisés pour les ménages les plus fragiles », une proposition de loi a justement été déposée en mars par la députée socialiste Océane Godard, afin d'augmenter à cinq acomptes par mois l'obligation légale, sans justification pour le salarié, et d'étendre cette possibilité aux agents de la fonction publique.
JULES THOMAS
办公笔记 / 专栏作者:朱尔斯·托马斯 (JULES THOMAS)
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King's Cross, carrefour européen de l'IA
LONDRES - correspondance
L
AI,社会对话中的大缺席者
“社会对话是预判 AI 影响、引导其在企业和行业中部署的关键杠杆,”劳工部在 9 月底发布的“ 推动计划”(plan Impulsion IA)介绍中这样写道。然而,仍有很长的路要走。就业与工作研究中心(Centre d'études de l'emploi et du travail)的三位研究人员在 9 月发表的一篇文章中统计发现,自 2017 年以来,在 Legifrance 发布的近 378 000 份企业协议中,仅有 593 份提到了人工智能()。虽然自 2023 年以来,专门针对 的协议数量有所增加,但它们集中在就业和培训方面,而较少关注日常工作的演变。
A Londres, tout un écosystème s'est constitué, dans ce quartier autrefois sulfureux, autour de DeepMind, filiale de Google
aura Jensen apparaît à l'écran, décrivant le scénario du jour, ce 4 août: un cadre doit interroger une employée sur ses absen-
ces à répétition. «J'ai remarqué que vous arrivez systématiquement en retard et que vos résultats en souffrent», débute le cadre. «Je suis un peu surprise, répond l'employée. Mon équipe a atteint ses objectifs en juin. » Laura Jensen attribue une note de 53 % à l'interaction : le cadre aurait dû se montrer plus précis et proposer un plan d'action assorti d'une date butoir.
Laura Jensen est une assistante virtuelle qui mène des séances de coaching alimentées par l'intelligence artificielle (IA). Le logiciel, Roleplay, a été mis sur le marché en juillet par Synthesia, une start-up fondée en 2017 à Londres par les Danois Victor Riparbelli et Steffen Tjerrild. La société, valorisée 4 milliards de dollars (3,4 milliards d'euros) en janvier, occupe des bureaux branchés, complétés par une cafétéria servant de la street food et un baby-foot, à quelques pas de King's Cross.
Cet ancien site industriel du nord-est de Londres bordé par trois gares, autrefois connu pour ses rave-parties illégales et comme lieu de prostitution, a vécu une mue radicale à partir de 2007, lorsque le promoteur immobilier Argent et le fonds de pension australien AustralianSuper ont entamé des travaux de régénération. Il est aujourd'hui le centre de gravité informel de l'écosystème britannique dévolu à l'IA, avec pour centre de gravité DeepMind, la filiale spécialisée de Google, qui s'y est installée en 2016.
Une rue piétonne bordée d'arbres et de fontaines mène désormais à Coal Drops Yard, un complexe regroupant des boutiques et des cafés hébergés dans d'anciens entrepôts de charbon. Un «gratte-ciel couché» long de 330 mètres et au toit végétalisé zigzague le long de cette artère. Il abrite Platform 37, le nouveau quartier général de Google, inauguré en juillet. On y trouve 1500 des 7000 employés de DeepMind. Fondée en 2010 par Demis Hassabis, un neuroscientifique de l'University College London et Prix Nobel de chimie 2024, DeepMind a été rachetée par le géant américain en 2014. «Mais nous avons choisi de rester à Londres et de miser sur le Royaume-Uni», explique Owen Larter, chargé des affaires publiques au sein de l'entreprise.
One Pancras Square, dans le quartier de King's Cross, en face du siège de Google, à Londres, le 28 septembre. DAVID J.SHAW POUR « LE MONDE »
PLEIN CADRE
LE « QUARTIER DU SAVOIR »
Ce pari gagnant a débouché sur l'émergence d'un ensemble d'activités autour de l'IA. DeepMind « est l'ancrage principal autour duquel sont venus se greffer des start-up, des laboratoires de recherche et des investisseurs », souligne Keegan McBride, chargé de la science et de la technologie au Tony Blair Institute for Global Change. Nombre de ces jeunes pousses ont été fondées par des ex-employés de DeepMind, dont Ineffable Intelligence, Isomorphic Labs (toujours dirigée par Demis Hassabis) et Recursive Superintelligence.
Par ailleurs, Anthropic et OpenAI ont annoncé en avril qu'ils allaient ouvrir des bureaux à King's Cross pour y héberger un total d'environ 1300 employés. La société de véhicules autonomes Wayve, la plateforme de trading algorithmique XTX Markets et le moteur de recherche fondé sur l'IA, Perplexity, y sont déjà. Tout comme l'Institut Alan Turing et l'Advanced Re search and Invention Agency (ARIA), une entité gouvernementale qui fait de la recherche sur l'IA.
Le pôle londonien, surnommé « le quartier du savoir », « rivalise désormais avec la Silicon Valley », juge Daniel Kim, le directeur financier de Synthesia. Sur les six premiers mois de l'année, les start-up britanniques d'IA ont levé 12,6 milliards de dollars, contre 6,9 milliards de dollars pour l'ensemble de 2025, indique un rapport de la plateforme de données financières Dealroom et de HSBC dévoilé en juillet. Le pays recense 205 licornes (dont la valorisation dépasse 1 milliard d'euros), ce qui le place au premier rang européen devant l'Allemagne (88) et la France (53), selon Dealroom.
«Londres est actuellement le meilleur endroit au monde pour créer une société d'IA, estime Tantum Collins, un ancien de DeepMind qui a cofondé le laboratoire Inherent. Contrairement à la Silicon Valley, où l'industrie de la tech se trouve à des milliers de kilomètres des centres de pouvoir de
King's Cross «rivalise désormais avec la Silicon Valley», considère Daniel Kim, directeur financier de la start-up Synthesia
Washington DC, on trouve ici le siège du gouvernement, un centre financier, des hôpitaux de pointe et un vaste secteur dévolu aux arts et au divertissement. Cela favorise les synergies, ce qui est crucial pour cette technologie destinée à pénétrer dans tous les secteurs. »
La concentration de talents y est « exceptionnelle », notamment dans le domaine de la recherche de pointe, grâce à la proximité des universités Oxford, Cambridge et Imperial, estime Pascal Levensohn, fondateur du fonds de capital-risque Levensohn Venture Partners et président du conseil consultatif de l'Innovation Hub de Cambridge. Il rappelle que le Royaume-Uni a un riche héritage en la matière, allant d'Alan Turing à Geoffrey Hinton, considéré comme le parrain de l'IA pour ses travaux sur les réseaux de neurones artificiels.
Directement issue de ce terreau académique, la société Cursive AI occupe un étage d'un ancien bâtiment industriel dans lequel le décor mêle plantes vertes, béton brut et meubles modernistes, à De Beauvoir Town, au nord de King's Cross. Deux des cofondateurs de l'entreprise, Talfan Evans et Olivier Hénaff, sont des anciens de DeepMind; un troisième, Oliver Vikbladh, effectuait de la recherche sur le comportement humain à l'University College, à Londres. « Nous avions envie de créer des modèles d'IA plus agiles, capables de s'adapter aux besoins de chaque usager », explique Olivier Hénaff.
Une quinzaine d'employés
œuvrent désormais à la création de cette IA personnalisée et la société recrute activement. «Nous puisons dans le vivier des universités britanniques, mais aussi dans les grandes écoles françaises», glisse le Franco-Américain, qui rappelle que, de Paris, l'Eurostar arrive à la gare de St Pancras, au cœur du « quartier du savoir ».
Autre atout britannique, le gouvernement a adopté une posture particulièrement favorable à l'IA. Un poste de ministre réservé à cette industrie a été créé en 2023. Il est occupé par Kanishka Narayan, « un visionnaire qui comprend l'importance de cette technologie en tant que moteur de croissance pour l'économie britannique », vante Ravi Solanki, le fondateur de Prima Mente, une start-up qui se sert de l'IA pour rechercher des thérapies pour les maladies cognitives.
CONSERVER LES JEUNES POUSSSES
En avril, le gouvernement a créé le fonds Sovereign AI, doté de 500 millions de livres (584 millions d'euros), pour financer les jeunes pousses, leur fournir un accès à de la puissance de calcul et accélérer l'octroi de visas à leurs employés étrangers. L'administration a en outre adopté cette technologie en nouant un accord de collaboration avec DeepMind, en décembre 2025. «Nos solutions ont permis de réduire de 50 % le temps d'approbation des permis de construire et d'épargner quarante heures par semaine aux enseignants en Irlande du Nord », détaille Owen Larter, de Deep Mind.
Cet élan a également favorisé l'adoption d'un cadre législatif
Cet ancien site industriel, connu à l'époque pour ses rave-parties et sa prostitution, a vécu une mue radicale à partir de 2007
propice à l'innovation, juge Daniel Kim, de Synthesia. «Au lieu d'adopter une loi générique sur l'intelligence artificielle qui revient essentiellement à mettre des bâtons dans les roues de cette technologie, comme dans l'Union européenne, le Royaume-Uni a adopté une approche pragmatique, cherchant à combler les lacunes au moyen de mesures ciblées, comme celles destinées à lutter contre la création de deepfakes pornographiques», détaille-t-il.
Si Londres est donc devenu un pôle d'attraction en la matière, les sociétés d'IA restent nombreuses, une fois atteint un certain stade de croissance, à s'exiler aux Etats-Unis et à être cotées en Bourse au Nasdaq, pour lever des capitaux. «Le Royaume-Uni souffre d'un manque de financements, explique Diane Coyle, professeure de politiques publiques à l'université Cambridge et spécialiste du sujet. Il y a du capital-risque pour financer les levées de fonds initiales, mais pas pour soutenir la croissance des start-up sur le moyen terme. »
Le pays redouble donc d'efforts pour tenter de conserver ces jeunes pousses. Le fonds de capitalrisque Balderton, dont les bureaux occupent une ancienne écurie au look industriel dans le quartier de King's Cross, a lancé, dès 2021, deux fonds destinés aux start-up en phase de croissance, doté de 700 millions de dollars. « Nous comptons 120 sociétés dans notre portefeuille, dont des poids lourds comme Revolut, Wayve ou Cleo », souligne Bernard Liautaud, l'un des associés-gérants. Il assure qu'une entreprise peut accéder aux capitaux américains sans pour autant devoir s'exiler. « DeepMind et Mistral AI ont toutes deux fait le choix de rester en Europe », glisse-t-il.
Le mauvais état des infrastructures énergétiques du pays constitue un autre handicap. « Le pays manque cruellement de centres de données, note Keegan McBride. Même lorsqu'ils sont construits, le prix de l'énergie est l'un des plus élevés au monde, et obtenir un raccordement au réseau électrique entraîne de longs délais. » Cela peut prendre jusqu'à dix ans, selon l'opérateur du système énergétique national. Le pays dispose de 2 gigawatts (GW) de capacité, contre 31 GW pour les Etats-Unis, selon un rapport de mars de la fondation Green Software et une analyse de Goldman Sachs de mai.
L'écosystème britannique peut toutefois prospérer, « même sans puissance de calcul domestique, en l'important d'autres pays », juge Daniel Kim. Cursive AI se procure par exemple la quasi-totalité de sa puissance de calcul en France, explique Olivier Hénaff. La Finlande et la Roumanie sont d'autres sources possibles.
Comme Olivier Hénaff, nombreux sont ceux à souligner que l'écosystème britannique bénéficie en effet au continent dans son ensemble. « L'Europe doit parvenir à une autonomie stratégique en matière d'IA afin qu'aucune autre puissance ne puisse l'exclure des percées en matière de recherche, ni la contraindre à dépendre de grands modèles de langage étrangers », conclut Pascal Levensohn. ■ JULIE ZAUGG
专家观点 / 社会法
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Comment le travail s'adapte aux maladies graves ou de longue durée
Certaines entreprises se montrent peu conciliantes pour faire évoluer les postes
Cela a été « un long combat ». Après quatre ans de demandes répétées, Christelle (elle n'a pas souhaité donner son nom) a obtenu une mutation dans des locaux à proximité de son domicile. Elle a en outre pu bénéficier d'adaptations de son poste de travail – un bureau debout – et d'une plus grande souplesse pour se mettre en télétravail. Des évolutions nécessaires pour cette assistante sociale atteinte de plusieurs maladies inflammatoires chroniques, qui occasionnent de vives douleurs et perturbent son quotidien professionnel. Mais malgré ces « petites victoires », Christelle dit vivre dans « la peur ». « Je crains d'être licenciée pour inaptitude. Je multiplie les efforts pour démontrer mes capacités, mais je vois bien que mon absentéisme pose problème. C'était depuis plusieurs années un frein pour ma carrière, c'est désormais aussi une menace pour mon emploi. »
Comme elle, de nombreux salariés touchés par des maladies graves ou de longue durée déplorent aujourd'hui les difficultés rencontrées pour que leurs conditions de
travail soient adaptées. Ils dénoncent, aussi, le «dialogue tendu» qui existe sur ce sujet avec la hiérarchie. «Certaines organisations sont peu conciliantes pour faire évoluer les postes, confirme une médecin du travail bordelaise. On comprend l'impossibilité pour de petites entreprises, comme des salons de coiffure, de proposer de nouvelles missions ou d'effectuer des reclassements. Mais pour d'autres, ce serait totalement envisageable. Or la volonté des services des ressources humaines fait défaut. » Elle met notamment en évidence un déficit de connaissances de certaines maladies.
Autre frein : la question de la performance des collaborateurs malades, qui se pose en creux chez les manageurs. «Face à la crainte d'une productivité en baisse, certains préféreraient que l'inaptitude du salarié soit reconnue», assure la médecin du travail. Une appréhension renforcée par le fait que, lorsqu'un salarié touché par un cancer réintègre son poste, le collectif de travail «doit apprendre à évoluer dans l'incertitude, explique Nathalie Vallet-Renart, directrice générale de l'association Entreprise et cancer. Un travailleur en rémission reprend souvent avec moins de capacité et d'énergie et il a, de façon imprévisible, des jours avec et des jours sans».
Dans l'entreprise de services du numérique Alten, un poste de « référente en rétablissement en cancérologie » a été créé
organisations. « Nous sommes en particulier sortis du tabou du cancer », se réjouit-elle. D'autres pathologies, comme l'endométriose, ont d'ailleurs aussi gagné en visibilité, favorisant une meilleure prise en compte par les manageurs. Des initiatives nouvelles ont aussi été observées. En Occitanie par exemple, l'agence régionale de santé (ARS) a mis en place une expérimentation pour une meilleure prise en charge des cas de Covid long. « Nous avons notamment formé plusieurs centaines de médecins du travail, explique Jérôme Larché, médecin interniste et conseiller médical Covid long à l'ARS Occitanie. En découlent une meilleure compréhension de la maladie et une plus grande implication pour adapter le travail. » Dans les entreprises, Nathalie Vallet-Renart souligne par ailleurs l'émergence de dispositifs de pair-aidance, qui permettent à un salarié ayant une expérience de la maladie d'accompagner un travailleur touché par la même pathologie.
a suivi préalablement une formation (méthodes d'écoute active, connaissance des pathologies...), et se tient aujourd'hui aux côtés de 35 collaborateurs, à différents stades de leur maladie. « Nous leur proposons de garder un lien continu avec l'entreprise durant leur parcours de soins, même limité: participer à une réunion, venir boire un café. » Lors de leur retour, une réflexion est menée autour de leurs missions. « La maladie transforme souvent le rapport au travail et le sens que les salariés veulent y mettre. Nous organisons donc parfois des changements de poste à leur demande: des cadres ne souhaitent plus manager, d'autres désirent se tourner vers la formation pour transmettre... »
433 136
La question de la reprise est aussi un sujet de réflexion chez l'éditeur de logiciels GAC Software (160 salariés). « Lors du retour d'une salariée en rémission, après un cancer du sein, nous avons mis en place un suivi personnalisé, en l'interrogeant lors de points réguliers sur la façon dont elle vivait sa reprise », indique Robin Thomas, directeur du service client. Son rythme de travail a par ailleurs été réduit pour prendre en compte ses problèmes cognitifs.
C'est le nombre de nouveaux cas de cancer diagnostiqués, en 2023, en France (Institut national du cancer, 2026).
65%
C'est la part des femmes touchées par l'endométriose qui témoignent d'un impact négatif de la maladie sur leur quotidien professionnel (enquête Ipsos, 2020).
Comment cela se matérialise-t-il? Tout d'abord par une libération de la parole dans certaines
Les spécialistes de la santé au travail conviennent ainsi que beaucoup reste à faire dans de nombreuses entreprises. Ils invitent toutefois, dans le même temps, à observer la situation avec nuance. Parce que, comme le souligne la directrice d'Entreprise et cancer, « si des cas problématiques existent indéniablement, il y a aussi du "mieux" depuis dix ans ».
Certaines sociétés, souvent de grande taille, ont pour leur part décidé de structurer l'accompagnement proposé. C'est le cas dans l'entreprise de services du numérique Alten, où un poste de « référente en rétablissement en cancérologie » a été créé. Sa titulaire, Janique Deluppe-Raby,
Une autre salariée, aujourd'hui encore atteinte d'un cancer, a de son côté vu ses fonctions évoluer pour s'adapter à ses capacités et limiter le contact client. La question de l'impact sur la productivité de l'entreprise s'est-elle posée lors de ces adaptations ? « Ces salariées représentent pour nous des ressources précieuses avec une vraie expertise, explique Robin Thomas. Une entreprise pourrait décider de réembaucher de nouveaux salariés et les former. Mais le coût pour atteindre le niveau de compétences souhaité serait assurément important. »
通过《工作对女性的影响》(Ce que le travail fait aux femmes,Atelier出版社)一书,我们可以深入探讨乳腺癌的流行情况,正如该书的副标题所指出的那样。人们震惊地发现,像苏珊(现已去世)一样的女性,正在一步步建立起她们的病症与工作之间的联系。涉及的行业多种多样:保安、空乘人员、女工都患上了乳腺癌,而这正是由于她们在大多数情况下并不知晓其风险的工作条件所致。
2025年6月7日,索马里拜多阿的一个难民营。ALI EBUBEKIR TOKCAN / ANADOLU / AFP
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L'IA, grande absente du dialogue social
Le dialogue social constitue un levier essentiel pour anticiper les effets de l'IA, accompagner son déploiement dans les entreprises et les branches», écrivait fin septembre le ministère du travail dans la présentation de son plan Impulsion IA. Pourtant, il reste beaucoup de chemin à faire. Sur près de 378 000 accords d'entreprise publiés sur Legifrance depuis 2017, seuls 593 mentionnent l'intelligence artificielle (IA), ont recensé trois chercheurs du Centre d'études de l'emploi et du travail, dans un article publié en septembre. Si les accords portant spécifiquement sur l'IA sont plus nombreux depuis 2023, ils se concentrent sur l'emploi et la formation, et assez peu sur l'évolution du travail au quotidien.
Les préoccupations pour l'emploi représentent une « forme défensive » face à l'IA, « concentrée dans le secteur tertiaire, en particulier celui de la finance et des assurances », écrivent les auteurs. A la Maif, par exemple, l'accord inclut l'idée qu'il n'y aura pas de licenciements à cause de l'IA. « On voit que les premiers accords, notamment dans la banque, ont un ton un peu systématique, l'idée d'une fatalité inéluctable à laquelle il faut s'adapter. Le dialogue social serait là pour éviter que l'IA fasse trop de dégâts », commente Yann Ferguson, sociologue et directeur scientifique
LES ACCORDS
SE CONCENTRENT
ASSEZ PEU SUR
L'ÉVOLUTION
DU TRAVAIL
AU QUOTIDIEN du LaborIA, laboratoire de recherche-action qui s'intéresse à cette technologie au travail.
Nombreux sont aussi les «accords de méthode», qui fixent les conditions d'un dialogue social autour de l'IA. Le 15 septembre, par exemple, Malakoff Humanis a signé avec quatre organisations représentatives un accord «pour anticiper les transformations liées à l'IA, garantir l'employabilité des collaborateurs et renforcer la transparence du dialogue social autour de ces nouveaux usages et modalités de travail», organisant notamment un «comité de gouvernance des systèmes d'IA».
« Tout n'est pas dans les accords... Il y a beaucoup plus d'entreprises que cela qui s'interrogent. Signer un accord peut prendre deux ans, et beaucoup de directions essaient encore d'éviter le sujet », observe Odile Chagny, économiste à l'Institut de recherches économiques et sociales et coordinatrice du projet Dial-IA, qui accompagne les organisations syndicales sur ce dossier. « Les accords actent tous le fait (...) qu'il faut s'organiser, mais on ne sait pas toujours par quel bout prendre la question des impacts sur le travail. » Pour elle, inscrire la discussion sur l'IA dans le temps, notamment à travers une commission et un registre actualisé des systèmes d'IA, est une bonne piste. Rappelons que les employeurs ont l'obligation d'informer les représentants du personnel. Plusieurs d'entre eux, notamment dans l'assurance et la presse, ont d'ailleurs été contraints par la justice de suspendre certains systèmes d'IA, et une jurisprudence solide est en train d'émerger sur le sujet. A la RATP, la CFE-CGC a déposé une alarme sociale, le 30 septembre, pour forcer le lancement du dialogue. « L'IA est utilisée partout dans l'entreprise (...) et les syndicats ne sont pas consultés, illustre Fabien Renaud, son président. Nous demandons que ce soit cadré, sans passer par les tribunaux. »
Fixé», cet adjectif du jargon des combattants du feu, pourrait aussi s'appliquer au statut des sapeurs-pompiers volontaires, tel qu'interprété par une décision du Conseil d'Etat du 9 juillet 2026. Aux côtés des quelque 44303 sapeurs-pompiers professionnels (SPP) et 13377 militaires, près de 201000 sapeurs-pompiers volontaires (SPV) relèvent d'un statut très particulier. Engagé auprès d'un service départemental d'incendie et de secours (SDIS), un volontaire n'est ni salarié, ni fonctionnaire, ni bénévole au sens strict.
Son statut légal autonome est organisé par le livre VII, titre II du code de la sécurité intérieure, et par le règlement intérieur de chaque SDIS. Ces règles font essentiellement échapper le SPV au droit du travail. Elles ont été jugées, en 2024, dans l'indifférence quasi générale, contraires à la Charte sociale européenne sur plusieurs points : temps de travail, rémunération, emploi de mineurs de 16 à 18 ans.
Des syndicats ont contesté des règlements intérieurs fixant parfois un plancher de mille heures et un plafond allant jusqu'à quatre mille trente-deux heures d'astreinte annuelles (en sus de l'emploi principal!), ainsi que des dispositions sur les vacations. Ils réclamaient de plus des règles garantissant la santé et la sécurité des volontaires. Devant les refus des SDIS, ils ont saisi les juridictions administratives en s'appuyant sur l'arrêt Matzak du 21 février 2018, par lequel la Cour de justice de l'Union européenne (UE) avait reconnu la qualité de travailleur à un volontaire belge. Comme le tribunal administratif de Strasbourg en septembre 2025, le Conseil d'Etat a appliqué en juillet les critères de la directive européenne 2003/88/CE sur le temps de travail. Les SPV exercent les mêmes missions que les professionnels, obéissent à leurs supérieurs sous un régime disciplinaire propre et perçoivent une indemnité horaire, même modeste (de 8,71 à 13,11 euros, selon le grade): la haute juridiction a donc admis, mais elle n'avait guère le choix, qu'ils sont bien des travailleurs.
Le Conseil d'Etat sauve pourtant l'organisation actuelle des SDIS : invoquant la dérogation prévue à l'article 22 du texte européen, il écarte néanmoins le plafond des quarante-huit heures hebdomadaires pour les volontaires. Ce sauvetage se fait aussi au prix d'interprétations courageuses : un « accord implicite » du volontaire pour dépasser cette durée est déduit de sa seule signature de la charte nationale du SPV, et du fait qu'il accepte des astreintes au regard de ses disponibilités déclarées, alors que le droit de l'UE impose pourtant un écrit individuel. La situation des volontaires mineurs est écartée, et l'écart d'indemnisation entre SPV et SPP validé, là où la jurisprudence belge post-arrêt Matzak a jugé qu'à missions identiques, la rémunération ne pouvait différer.
UN VOLONTAIRE
N'EST NI
SALARIÉ, NI
FONCTIONNAIRE,
NI BÉNÉVOLE
AU SENS STRICT
« Fixé » n'est pas « éteint ». Les débats sur les temps de garde des SPV – l'inspection générale de l'administration et celle de la sécurité civile ont proposé une limite à six cents heures par an et par volontaire –, leurs astreintes, leurs repos, « les professionnalisations de fait » dans les centres où le volume d'interventions impose une présence permanente, la revalorisation du volontariat ou la prévention de l'épuisement vont nécessairement se rallumer.
FRANCIS KESSLER
Francis Kessler est maître de conférences émérite à l'université Paris-I- Panthéon-Sorbonne.
对于联合国秘书长索马里问题副特别代表乔治·康威(George Conway)来说,“情况非常严重”。在美国总统唐纳德·特朗普(Donald Trump)单方面决定后,2025, 国际援助骤减,导致该国医疗和营养服务的覆盖范围下降了30 %。“我们不得不解雇700名联合国雇员,由于缺乏资金,我们现在必须选择拯救哪些生命。”联合国儿童基金会(Unicef)驻索马里代表桑德拉·拉图夫(Sandra Lattouf)也表示担忧。她详细介绍道:“我们的紧急计划预算从2023年的1.22 亿加元下降到2026, 的38百万加元。在全国1200个针对儿童的机构中,我们不得不关闭了230个。”安全与人道主义援助之间的紧密联系,在由联合国儿童基金会支持的65个旨在让原青年党童兵重新融入社会的中心的命运中得到了充分体现。2026, 在援助削减后,这些中心全部关闭。因此,总部位于摩加迪沙的埃尔曼和平与人权中心(Centre Elman pour la paix et les droits humains)主任法图恩·阿丹(Fartuun Adan)不再接收那些能够逃离青年党队伍的年轻人。
Suzanne a travaillé comme infirmière dans un centre de lutte contre le cancer entre 1970 et 1989. Touchée elle-même par deux cancers (du sein et du côlon), elle prend conscience, des années plus tard, qu'une vingtaine de soignantes de l'établissement ont aussi été atteintes d'un cancer et qu'« une dizaine ont été confrontées à des interruptions involontaires de grossesse, des malformations fœtales ou à la perte d'un nouveau-né ». Au fil de ses recherches, elle comprend aussi toute « la dangerosité des substances cytostatiques utilisées au cours des chimiothérapies, de l'exposition aux rayonnements ionisants lors des radiothérapies, ainsi que du travail de nuit ».
A travers Ce que le travail fait aux femmes (Editions de l'Atelier), on plonge au cœur de l'épidémie de cancers du sein, comme le précise le sous-titre de l'ouvrage. Et l'on découvre avec sidération des femmes qui, comme Suzanne (morte depuis), établissent pas à pas un lien entre leur pathologie et leur travail. Les secteurs d'activité sont multiples : des agentes de sécurité, des hôtesses de l'air, des ouvrières, ont été touchées par un cancer du sein, en raison de conditions de travail dont elles ignoraient, la plupart du temps, les risques.
Nous confrontant à leurs histoires douloureuses, souvent vécues dans l'ombre, l'ouvrage mené par des auteurs d'horizons divers (chercheurs, assistantes de service social, militants syndicaux...) fait œuvre utile. Il met en lumière des facteurs professionnels qui « souffrent encore d'une très forte invisibilité et demeurent ainsi largement sous-estimés. Ils sont pourtant bien présents dans le monde du travail », poursuivent les auteurs, citant « le travail de nuit, les rayonnements ionisants et près de 200 produits chimiques ».
Surtout, les auteurs souhaitent, à travers leurs écrits, appeler au combat. Ils partent d'un constat : alors que le nombre de femmes touchées par un cancer du sein augmente en France (environ 61200 nouveaux cas en 2023), «des milliers de vies pourraient être sauvées (...) grâce à une prévention efficace des expositions professionnelles».
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谢赫·哈米杜·卡内(Cheikh Hamidou Kane)
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Quelques victoires récentes
Il faut, dès lors, «faire savoir» et «mobiliser». Cela passe en premier lieu par la multiplication des demandes de reconnaissance en maladie professionnelle de cas de cancer du sein. Elles sont peu nombreuses, mais quelques victoires récentes devant les tribunaux pourraient faire boule de neige. Une hôtesse de l'air a obtenu pour la première fois cette reconnaissance, en juillet, un lien ayant été établi entre son cancer, le travail de nuit et l'exposition à des rayonnements ionisants, lors des vols. Au-delà, la multiplication des reconnaissances doit donner du poids à une autre mobilisation:
CE QUE LE TRAVAIL
FAIT AUX FEMMES
collectif, L'Atelier, 256 p., 24 €
celle pour l'intégration du cancer du sein dans les tableaux de maladies professionnelles français. « Ce qui faciliterait grandement le parcours des victimes puisqu'elles bénéficieraient alors du principe de présomption d'imputabilité de la maladie au travail », précise l'avocate Elisabeth Leroux, interviewée dans l'ouvrage.
Enfin, les auteurs appellent à la mise en place de mesures de prévention ciblées pour réduire les risques de cancer du sein : des protections renforcées pour les jeunes apprenties exposées à des substances à risque dans le secteur de la coiffure et des soins esthétiques, une remise à plat de l'organisation du travail de nuit... Des mesures qui devront s'accompagner d'un renforcement de la formation du corps médical à la question des maladies professionnelles, une «urgence absolue», assure l'ouvrage.
FRANÇOIS DESNOYERS
Un camp de réfugiés à Baidoa (Somalie), le 7 juin 2025. ALI EBUBEKIR TOKCAN/ANADOLU/AFP
在智者之中,“大王后”(la Grande Royale)作为一位拥有惊人道德优雅感的权势女性典范,坚信接受教育将使孩子们明白法国人是如何在“没有道理的情况下获胜”的。她最终裁定:“他们所学到的东西,与其所遗忘的东西具有同等价值。”于是,桑巴·迪亚洛开启了一段漫长的旅程,最终进入索邦大学就读。这是一次存在主义的旅行,而他并未能毫发无伤地从中走出来。
1959 年,在刚从法国海外国家学校(Ecole nationale de la France d'outre-mer)毕业后,谢赫·哈米杜·卡恩回到正准备独立地塞内加尔。他放弃了文学,投身于塞内加尔国家的建设。他首先担任该国西部提耶斯(Thiès)的总督(1960-1961),在 1960 年代至 1980 年代期间,先后在桑戈尔及其继任者阿布杜·迪乌夫(Abdou Diouf)任内多次担任计划与合作部长。
1995 年 出版《神庙的守护者》(Les Gardiens du Temple,Stock 出版)
3 OCTOBRE 2026 逝世于达喀尔
[...OMITTED...]
1995年,在《暧昧的冒险》(L'Aventure ambiguë)出版34年后,谢赫·哈米杜·卡内(Cheikh Hamidou Kane)出版了他的第二部也是最后一部著作《神庙的守护者》(Les Gardiens du temple,Stock出版社)。一直主张西非联邦制的他,在书中探讨了新独立国家的僵局与幻灭。他曾激动地表示:“年轻人必须奋斗,在撒哈拉以南地区建立一个自主的地缘政治和经济空间。否则,如果这个大陆处于分裂和碎片化状态,在全球经济中能有多少分量?”在如今争夺非洲大陆财富的竞争依然极其激烈之时,这个问题显得尤为深刻。
库姆巴·卡内(COUMBA KANE)
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Fuyant la sécheresse, les réfugiés ne cessent d'affluer dans les camps où se trouvent les organisations humanitaires, bannies par les Chabab, une milice djihadiste qui occupe aujourd'hui 30 % du pays
a petite ville de Buur Hakaba, bâtie autour de l'une des rares collines de la vaste plaine du sud-ouest de la Somalie, rappelle que ce pays n'a rien à envier à l'Egypte biblique en matière de plaies. On accède à cette cité, située à 180 kilomètres de la capitale, Mogadiscio, grâce aux avions des Nations unies car la route est barrée par les milices du mouvement islamiste chabab, qui a 30 % du territoire national sous son emprise. Buur Hakaba reste, pour l'heure, un ilot sous l'autorité du gouvernement fédéral mais la menace est proche, les islamistes sont à 15 kilomètres. La cité est aussi entourée de camps, où s'entassent des centaines de familles vivant sous des tentes rondes faites de tissus et de cordes de fortune. Fuyant la sécheresse et la faim, ces réfugiés de l'intérieur sont venus chercher de l'aide auprès des organisations humanitaires.
Assise devant sa cahute, au cœur du camp de Ballow, Sabarin Fidle, 25 ans, mère de cinq enfants, a le regard perdu dans le vide. Arrivée avant l'été, elle a retrouvé sa mère et des parents qui avaient quitté, avant elle, leur village de Biyooley, à 25 kilomètres de là. « On a décidé de venir après avoir perdu notre récolte et notre bétail, dit-elle. Mais, ici, on n'a ni éducation pour les enfants, ni toilettes, ni lumière. Dès qu'on s'éloigne le soir de notre camp, on risque de se faire violer, alors que dans le camp de Golooly, juste à-côté, ils ont quatre W.-C. et une petite école, tout ça parce qu'ils sont d'un clan dominant. » Ces populations naufragées se regroupent par clan, rappelant combien cette structure domine une société somalienne privée d'Etat viable depuis les années 1990.
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路易·卡梅洛 (Louis Camerlo)
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«REFUS DE TOUTE AIDE EXTÉRIEURE»
Quoi qu'il arrive, elle ne retournera pas dans son village situé dans une zone contrôlée par les Chabab. « Ici, nous avons un repas par jour, et dès que nous pourrons avoir un bout de terre, il n'y aura plus de problème », assure-t-elle, ajoutant qu'elle aurait pu rester à Biyooley si les ONG et les agences des Nations unies n'y étaient pas interdites de séjour par les milices islamistes. « Ils disent que les sacs de nourriture contiennent des caméras espions ou de quoi donner leurs positions GPS, ils ont peur des infiltrations. »
La guerre entre les islamistes et les forces fédérales, soutenues par la Turquie et les Etats-Unis, aggrave la crise alimentaire qui touche, selon les Nations unies, près de 7 millions de Somaliens déclarés en état de malnutrition sévère. Le patron du Programme alimentaire mondial pour la Somalie, Hameed Nuru, n'en fait pas mystère. « Il y a des zones dans le sud, le sud-ouest et le nord-est qui sont trop dangereuses, les gens ne reçoivent rien; entre les rivières Juba et Shabeelle, beaucoup d'endroits sont en accès limité, on ne peut y aller qu'en avion, l'hélicoptère est trop cher. On reste trente minutes et on redécolle, cela nous coûte de 9 000 à 10 000 dollars la tonne et demie [de 8 000 à 8 900 euros]. »
Les Chabab avaient déjà banni les ONG occidentales de leur territoire lors de la grande famine de 2011, les accusant d'être des « organisations chrétiennes aux agendas cachés ». En 2026, la milice islamiste qualifie toujours les alertes des Nations unies sur la faim de « propagande ». Selon le renseignement américain (le Centre national du contre-terrorisme), le blocage de l'aide par les Chabab, en 2011, avait causé la mort de dizaines de milliers de Somaliens. Pour leur part, les analystes de l'Union européenne soulignent que leurs motivations sont aussi financières. La mise en place de canaux de distribution autonomes de nourriture par le Programme alimentaire mondial et les ONG mettrait en danger les taxes imposées par les islamistes somaliens sur le commerce.
Pour atteindre ces populations privées de toute aide humanitaire, les Nations unies tentent de jouer des divergences au sein du mouvement chabab. Dans quelques zones du sud-ouest, des commandants locaux acceptent ainsi de laisser passer des convois. Nimo Hassan, directrice du Somali NGO Consortium, le principal organe de coordination des ONG en Somalie, explique que cela n'a été possible qu'après « un long travail de terrain pour construire la confiance avec ces commandants, en leur faisant comprendre que la famine nuit aussi à leurs intérêts ». Néanmoins, dit-elle, « ce type de navigation fine exige la pleine coopération des communautés et des ONG locales ». En clair, les structures internationales ont peu de chance de réussir seules.
Dans l'un des bâtiments consacré aux enfants en situation de malnutrition sévère du petit centre de santé de Buur Hakaba, soutenu
LA GUERRE ENTRE
LES ISLAMISTES
ET LES FORCES
FÉDÉRALES
AGGRAVE LA CRISE
ALIMENTAIRE
QUI TOUCHE
PRÈS DE 7 MILLIONS
DE SOMALIENS
par l'Unicef, une dizaine de femmes attendent, allongées aux côtés de leur bébé convalescent. Fadumo Sure a une histoire à part. Elle est la grand-mère de la petite Annap, qu'elle tient sur ses genoux. Chétive, le crâne surdimensionné, elle est âgée de 8 mois mais en paraît six de moins. Ses bras ont l'épaisseur d'un doigt d'adulte. « Elle va mieux, rassure le docteur Mohammed Omar, elle est arrivée il y a six jours et souffrait d'une malnutrition aiguë. On a des décès, mais quand les enfants arrivent jusqu'ici, ils sont normalement sauvés. »
Annap est une miraculée. Son jumeau et sa mère sont morts lors de l'accouchement dans le village familial de Waafdhay, à 20 kilomètres de Buur Hakaba, dans une région aux mains des Chabab. Elle a survécu grâce aux soins de sa grand-mère, qui a fini par faire le chemin jusqu'à centre de santé en voyant l'état de sa petite-fille. « Les Chabab refusent aussi toute aide extérieure pour la santé, explique Fadumo Sure, alors qu'ils ne gèrent rien et se contentent d'imposer leur terreur, mais ils nous laissent aller et venir. Quand Annap ira mieux, on retournera à Waafdhay. »
En ce début d'automne, le flux de déplacés a fini par dépasser les capacités d'accueil de Buur Hakaba. Résultat, l'épicentre de la crise humanitaire s'est déplacé vers la ville de Baidoa, à une heure et demie de route plus à l'ouest, où s'entassent désormais 700 000 réfugiés. Capitale administrative de l'Etat fédéral du Sud-Ouest, sa population initiale était de 420 000 personnes, ce qui en fait désormais la deuxième ville la plus habitée du pays. D'avion, on aperçoit, en bordure, les casernes des forces gouvernementales et les enceintes sécurisées des organisations humanitaires dont l'Unicef ou Médecin sans frontières, qui ont installé là leur poste régional.
Dans l'école primaire Mustaqbal, au cœur d'un quartier de Baidoa où se succèdent les camps de déplacés, les classes sont bondées de filles et de garçons. Beaucoup viennent de villages vivant sous la férule des Chabab. Assis sur le sol d'un préau, une cinquantaine de nouveaux élèves écoutent leur professeur. Parmi eux, Mohamad Abdirizak, 11 ans, dont le regard noir dégage une tension inquiétante. «Je suis en colère, c'est ainsi, je n'y peux rien, c'est dieu qui l'a voulu», lâche-t-il en évoquant sa misère. Nasteha Mokhtar, 13 ans, originaire d'Uffurow, dans la région de Bay, s'est habituée, elle, à la vie à Baidoa. «C'est la première fois que je vais dans une vraie école, chez moi il n'y avait que des écoles coraniques», dit-elle, dans un demi-sourire. Mais, alors qu'ils pensaient trouver un peu de répit à Baidoa, les déplacés sont confrontés à une autre violence qui oppose, depuis mars, des factions gouvernementales rivales. Les forces loyales à Abdiaziz Laftagareen, gouverneur déchu de l'Etat du Sud-Ouest, combattent celles du gouvernement fédéral du président somalien, Hassan Cheikh Mohamoud. Laftagareen a été destitué, en mars, par les armes, pour avoir dénoncé la réforme constitutionnelle ayant permis au chef de l'Etat fédéral de prolonger d'un an son mandat et celui du Parlement.
随后,他面临着两项必须完成的任务:在里昂的拉马蒂尼埃高中(lycée La Martinière)获得电工技术高中毕业证书,以及在摩洛哥履行兵役。在完成这两项手续后,这名年轻人于1950年被其叔叔聘入里昂歌剧院,其叔叔在一年前被任命为院长。保罗·卡梅洛将第三舞台监督的职责交给了他,其工作内容是协助导演,并且在导演生病时很快就接替其工作。在那期间,他采取了一些主动措施,例如掩盖理查德·瓦格纳《罗恩格林》中那个不可或缺但却显得滑稽的带轮子天鹅。这位业余学习过美术的电工由此找到了自己的方向,尽管尚未形成自己的风格。特别是他开始利用灯光来减轻那些被认为过于冗杂的布景和道具所带来的影响。
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«CHOISIR QUELLES VIES SAUVER»
Mohamed Hassan, le chef élu du campement où vit Nasteha Mokhtar, qui regroupe notamment des familles venues d'Uffurow, pensait, lui aussi, avoir trouvé la sécurité à Baidoa. « Ces affrontements entre membres du gouvernement et d'opposition nous affectent directement », dit-il. Les faubourgs de la capitale ne cessent, en effet, d'enfler de camps de déplacés. Celui de Canneyste, le long d'une route en terre, abrite 180 familles. Quelques arbres protègent du soleil qui darde. Au détour d'une allée, une petite fille ranime le feu sous une casserole. Dans un recoin, des mères et leurs filles, collées les unes aux autres, assises sur des paillasses, se reposent, en silence, le visage fermé. Pour que la parole se délie, il faut parvenir à s'isoler. C'est le cas avec Sahro Abdullahi, 34 ans, une mère de six enfants dont le mari a divorcé parce qu'elle ne lui « donnait que des filles ». Abandonnée, Sahro Abdullahi a quitté avec ses enfants son village, dans le sud-ouest, pour rejoindre son père et sa tante déjà installés dans le camp de Canneyste. Elle raconte sa vie d'avant : « En faisant paître nos animaux, on croisait parfois les hommes chabab qui voulaient imposer leurs principes religieux liés aux vêtements ou à l'éducation des enfants. La fois d'après, on changeait d'endroit, de peur qu'ils nous volent le bétail ou les récoltes. » Elle a trouvé la paix à Mogadiscio.
L'insécurité empêche même le pays de se protéger du « super El Niño » qui devrait accentuer la saison des pluies, d'octobre à décembre, avec de forts risques de glissements de terrain et d'inondations. « Il menace en priorité la Somalie, confirme Bethwel Mutai, chef météorologue à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, à Mogadiscio. Le problème, c'est que nous n'avons aucune donnée venant des territoires contrôlés par les Chabab. »
Pour George Conway, le représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies pour la Somalie, «la situation est grave». La brutale réduction de l'aide internationale en 2025, après la décision unilatérale du président américain Donald Trump, a entraîné une diminution de 30 % de la couverture des services de santé et de nutrition dans le pays. «On a dû se séparer de 700 employés des Nations unies et, faute de moyens, nous devons maintenant choisir quelles vies sauver. » Sandra Lattouf, représentante de l'Unicef en Somalie, s'alarme aussi. «Notre budget pour les programmes d'urgence est passé de 122 millions en 2023 à 38 millions de dollars en 2026, détaille-t-elle. On a dû fermer 230 structures consacrées aux enfants sur les 1200 existant dans le pays.» Les liens étroits entre sécurité et aide humanitaire trouvent toute leur expression dans le sort réservé aux 65 centres de réintégration d'enfants soldats issus des rangs des Chabab soutenus par l'Unicef. En 2026, ils ont tous fermé après les coupures de l'aide. Ainsi, Fartuun Adan, directrice du Centre Elman pour la paix et les droits humains, basé à Mogadiscio, ne prend plus de jeunes ayant pu fuir les rangs des Chabab.
En ce début du mois d'octobre, c'est la sécurité des 700 000 déplacés de Baidoa qui fait l'objet des plus vives inquiétudes. Le 28 septembre, de violents combats ont, de nouveau, éclaté entre les forces fidèles à l'ancien président de l'Etat du Sud-Ouest, Abdiasis Laftagareen, et les soldats de l'armée nationale somalienne aux ordres du président somalien. Le gouvernement fédéral a suspendu toutes les liaisons aériennes des Nations unies avec Mogadiscio à cause des affrontements, coupant l'approvisionnement alimentaire.
JACQUES FOLLOROU
阿兰·弗朗孔与语言之魔
在《疯狂的一天,或费加罗的婚礼》中,导演组织了一场轻快旋转的编舞
米夏·莱斯科(Micha Lescot)与文森特·德迪埃纳(Vincent Dedienne)在巴黎 24 9 月上演的《疯狂的一天,或费加罗的婚礼》中。JEAN-LOUIS FERNANDEZ / 波特圣马丁剧院(THÉÂTRE DE LA PORTE-SAINT-MARTIN)
剧场
“《疯狂的一天》因此解释了,在繁荣的时代,在公正的国王和温和的大臣之下,作家可以痛斥压迫者而无需担心伤害任何人。正是在一位仁君的统治下,人们才能毫无危险地书写恶王的历史;政府越是睿智、开明,言论自由就越不受压制。”在一段措辞犀利的前言中,皮埃尔-奥古斯丁·卡隆·德·博马舍(Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, 1732-1799)化解了同时代人的批评。
博马舍作品《疯狂的一天》或《费加罗的婚礼》。导演:阿兰·弗朗孔。主演:文森特·德迪埃、米夏·莱斯科特、诺埃米·勒沃夫斯基。巴黎10区圣马丁门剧院(Théâtre de la Porte-Saint-Martin)。演出至12月31日。
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Ecrivain et homme d'Etat sénégalais
A Dakar, en 2004. DJIBRIL SY/PANAPRESS/MAXPPP
Cheikh Hamidou Kane était de ces figures tutélaires dont l'histoire se confond avec celle d'un pays. Infatigable, l'auteur sénégalais était mû par une soif de culture, et ce jusqu'à un âge canonique. En avril 2018, quelques jours après son 90 $^{e}$ anniversaire, ce fervent musulman continuait à se projeter. Il confiait au Monde son dernier projet en cours : l'écriture d'un film d'animation consacré à Soundjata Keïta (1190-1255), fondateur de l'empire mandingue. Les Sénégalais ont également cru à l'immuabilité de sa présence tant sa voix a compté dans le récit de leur passé. Acteur et témoin de l'histoire contemporaine du Sénégal – de la colonisation à l'Etat moderne –, Cheikh Hamidou Kane incarnait à lui seul une partie de cette mémoire. Il est mort le 3 octobre à Dakar, à l'âge de 98 ans.
Né à Matam (nord du Sénégal) le 2 avril 1928, Cheikh Hamidou Kane fut un écrivain majeur et un homme d'Etat de premier plan du Sénégal indépendant. Sa renommée est surtout associée au roman L'Aventure ambiguë, récit philosophique classé au patrimoine littéraire de l'Afrique. Un ouvrage transgénérationnel étudié depuis les années 1960 dans de nombreux lycées, collèges et universités à travers le continent et traduit dans 40 langues.
Paru en 1961 aux éditions Julliard/Présence africaine, un an après la vague d'indépendances africaines, l'ouvrage saisit magistralement les doutes et la désorientation identitaire des nations naissantes. A travers le personnage de Samba Diallo, son double littéraire, Cheikh Hamidou Kane pose un débat central sur l'altérité.
Issu comme lui d'une famille de notables peuls et musulmans du nord du Sénégal, Samba Diallo incarne le dilemme moral des familles puissantes de l'époque. Faut-il céder aux injonctions des colons français et envoyer ses enfants à l'école des Blancs, ou limiter autant que possible tout contact avec la culture du dominant? A l'issue d'un conseil des anciens, la décision d'envoyer le jeune Samba Diallo étudier chez les nouveaux maîtres s'impose.
Parmi les sages, la Grande Royale, archétype de la femme puissante à l'élégance morale frappante, est convaincue que la scolarisation permettra aux enfants de comprendre comment les Français « ont pu vaincre sans avoir raison ». « Ce qu'ils apprendront vaut ce qu'ils oublieront », finit-elle par trancher. Samba Diallo entame alors un long périple qui le mènera sur les bancs de la Sorbonne. Un voyage existentiel dont il ne sortira pas indemne.
Cheikh Hamidou Kane a su capturer, avec finesse et empathie, la fin du monde qui l'a vu naître et le surgissement d'une nouvelle ère aussi prometteuse qu'incertaine. «Avec L'Aventure ambiguë, il a donné à des générations d'Africains les mots pour penser une question qui nous habite encore, celle de s'ouvrir au savoir du monde sans rien perdre de ce que nous sommes», a ainsi salué, sur X, le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye.
«J'ai relu ce livre à plusieurs stades de ma vie et il m'a profondément marqué à chaque fois», réagit quant à lui, auprès du Monde, l'écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr. L'auteur de La Plus Secrète Mémoire des hommes (Philippe Rey/Jimsaan), prix Goncourt 2021, reconnaît qu'« il y avait quelque chose de L'Aventure ambiguë » dans son roman primé. « Alors que dans les années 1960 la plupart des fictions africaines étaient politiques, Cheikh Hamidou Kane nous a offert un récit sur la recherche du divin comme quête absolue, estime Mohamed Mbougar Sarr. Il aborde la question de la transcendance avec une force intemporelle. »
Comme son héros, Cheikh Hamidou Kane a connu l'école « des Blancs », dite « école des otages » de Saint-Louis. Destiné aux fils de notables, cet établissement permettait au colonisateur de former une élite africaine imprégnée des valeurs françaises. Après un passage à l'université de Dakar, où il anime la vie associative étudiante, il se rend en France pour poursuivre des études en droit et en philosophie, et déjoue l'assignation sociale en refusant le statut de subalterne que lui réservait l'administration coloniale. « Nous étions programmés pour devenir des auxiliaires, pas au-delà ! », s'in-dignait-il encore, en 2018.
En 1952, inscrit en prépa au ly- cée Louis-Le-Grand à Paris grâce
1978-1988 Ministre du développement industriel et de l'artisanat puis ministre du plan et de la coopération
1995 Publie « Les Gardiens du Temple » (Stock)
3 OCTOBRE 2026 Mort à Dakar
à l'aide financière du gouverneur du Sénégal, un Antillais, l'enfant du Fouta bascule au cœur du chaudron du Quartier latin des années 1950 où des étudiants noirs, hommes et femmes, africains et caribéens, pensent la future Afrique libérée. Dans ce bouillonnement d'idées et de lignes politiques multiples, Cheikh Hamidou Kane milite au sein de la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France. Il se rapproche de l'historien sénégalais Cheikh Anta Diop, mais surtout du Voltaïque Joseph Ki-Zerbo, également historien, avec qui il défend les idéaux du socialisme africain.
Cheikh Hamidou Kane observe le mouvement de la négritude, popularisé par le Martiniquais Aimé Césaire et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, avec une certaine distance. « J'adhérais à la révolte qu'ils exprimaient. Cependant, j'étais moins convaincu par la position de Senghor, moins radicale dans la dénonciation du mépris de l'homme blanc pour les Noirs », justifiait-il. Double licencié en droit et en philosophie à la Sorbonne, l'étudiant musulman se délecte des écrits sur l'existentialisme de Jean-Paul Sartre et restera marqué par la pensée chrétienne de Paul Ricœur. De ce long séjour universitaire, il gardera une haute idée de la pensée occidentale, ouverte sur le monde, loin du racisme vécu lorsqu'il étudiait auprès des colons français au Sénégal.
En 1959, tout juste diplômé de l'Ecole nationale de la France d'outre-mer, Cheikh Hamidou Kane rentre au Sénégal, qui se prépare à accéder à l'indépendance. Il délaisse les lettres pour s'investir dans la construction de l'Etat sénégalais. D'abord gouverneur de Thiès, dans l'ouest du pays (1960-1961), il a été plusieurs fois ministre du plan et de la coopération entre les années 1960 et les années 1980, d'abord sous Senghor puis sous son successeur, Abdou Diouf.
Il s'écarte du premier en démissionnant pour protester contre l'arrestation et la condamnation de l'ancien président du Conseil,
Mamadou Dia, accusé de coup d'Etat en 1962. Directeur de l'Unicef pour l'Afrique occidentale et centrale, de 1967 à 1974 à Abidjan (Côte d'Ivoire), il reprend le chemin de la politique à son retour, retrouvant plusieurs fois le poste de ministre du plan, du développement industriel et de l'artisanat de 1978 à 1988.
En 1995, trente-quatre ans après L'Aventure ambiguë, Cheikh Hamidou Kane publie son second et dernier ouvrage, Les Gardiens du temple (Stock). Lui qui a toujours plaidé pour un fédéralisme ouest-africain y aborde les impasses et désillusions des nouvelles nations indépendantes. «Les jeunes doivent se battre pour créer au sud du Sahara un espace géopolitique et économique autonome. Sinon, quel poids peut avoir le continent dans l'économie mondiale s'il est divisé, morcelé?», s'émouvait-il. Une question qui résonne singulièrement à l'heure où la course pour les richesses du continent reste d'une actualité brûlante.
Metteur en scène et ancien directeur de l'Opéra de Lyon
Artisan d'un renouveau à portée historique dans ses activités de metteur en scène d'opéras comme dans celles de responsable d'institutions lyriques, Louis Erlo est mort le 2 octobre à Olmeto (Corse-du-Sud), à l'âge de 97 ans. Deux jours avant que l'Opéra de Lyon, maison qui fut la sienne à divers titres pendant près d'un demi-siècle, n'ouvre sa saison avec une nouvelle production de L'Amour des trois oranges, de Sergueï Prokofiev, une œuvre qui, en 1989, avait constitué une balise importante de son parcours rhodanien. Richard Brunel, l'actuel directeur de l'Opéra de Lyon, ne pouvait donc manquer de rendre hommage à son prédécesseur et de saluer notamment, dans un communiqué publié le 4 octobre, « son souci de construire un théâtre complet ».
Louis Camerlo naît à Lyon le 26 avril 1929 dans une famille dont une branche est d'ascendance vénitienne. Bien que mis au piano par sa mère, l'enfant entrevoit surtout le rayonnement de la musique par le biais d'un oncle, Paul Camerlo, qui répète à la maison ses rôles de chanteur d'opérette. Un peu plus tard, le collégien passe deux nuits par semaine à écouter, en cachette dans le salon, les opéras diffusés par la radio italienne. Les œuvres phares de Verdi et de Puccini l'attirent autant que le théâtre, dont il suit, adolescent, l'exploration audacieuse par Roger Planchon sur des tréteaux universitaires.
Deux obligations se présentent bientôt à lui. Obtenir son bac technique d'électricien, au lycée La Martinière, à Lyon, et effectuer son service militaire, au Maroc. Ces deux formalités remplies, le jeune homme est engagé à l'Opéra de Lyon en 1950 par son oncle, qui en a été nommé directeur un an plus tôt. Paul Camerlo lui confie la charge de troisième régisseur, qui consiste à assister le metteur en scène et, bientôt, à le remplacer quand il tombe malade. Et à prendre alors quelques initiatives, pour masquer, par exemple, l'incontournable – quoique ridicule – cygne à roulettes du Lohengrin de Richard Wagner. L'électricien, qui a suivi les Beaux-Arts en dilettante, trouve ainsi sa voie, sinon son style. Notamment se servir des éclairages pour réduire l'impact de décors et d'accessoires jugés envahissants.
Louis Erlo (nom d'artiste qu'il s'est choisi en raccourcissant son patronyme) ne se reconnaît qu'un seul maître : Otto Ackermann. Un chef d'orchestre, pas un metteur en scène, qui lui apprend à percevoir dans la musique les orientations principales de la dramaturgie. Si une production de Don Giovanni, de Mozart, montée au milieu des années 1950, témoigne de cette collaboration, les préceptes d'Otto Ackermann détermineront tout ce qu'entreprendra Louis Erlo par la suite, en particulier dans les œuvres de Wagner (Parsifal, en 1958, dirigé par André Cluytens), qui vaudront à Lyon d'être qualifié de «Bayreuth français» par Wieland Wagner, le petit-fils du compositeur, dont les mises en scène ont fait date. Cette parenté d'esprit est rappelée par Le Monde en 1965, à l'occasion d'une production d'Iphigénie en Tauride, de Gluck, qui, écrit le journal, «marque l'entrée à l'Opéra du premier metteur en scène lyrique français qui ait réellement assimilé la révolution due à Wieland Wagner».
En 1969, Louis Erlo devient directeur de l'Opéra de Lyon. Il y con-
26 AVRIL 1929 Naissance à Lyon
1950 Entre à l'Opéra de Lyon comme régisseur
1969-1995 Directeur de l'Opéra de Lyon
1973-1979 Directeur de l'Opéra-Studio de Paris
1982-1996 Dirige le Festival d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône)
2 OCTOBRE 2026 Mort à Olmeto (Corse-du-Sud)
duira jusqu'en 1995 une action de fond, sur le répertoire, l'orchestre et même les locaux (inauguration d'un nouveau bâtiment, en 1993, conçu par l'architecte Jean Nouvel), en binôme, à partir de 1980, avec Jean-Pierre Brossmann. Parallèlement au mandat honoré à Lyon, Louis Erlo prend les rênes, en 1982, du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône.
Amorcée avec éclat par l'exhumation de la dernière tragédie lyrique, Les Boréades, de Jean-Philippe Rameau (mise en scène de Jean-Louis Martinoty, direction de John Eliot Gardiner) et animée avec passion jusqu'à 1996 en dépit de difficultés financières, l'«ère Erlo» de la manifestation estivale fut aussi marquée par des créations de musique contemporaine, à l'instar de La Tour de Babel (1986), de Georges Aperghis. Enfin, celui qui pouvait se targuer d'avoir découvert le baryton Jean-Philippe Lafont ou la soprano Natalie Dessay, avait accompagné de jeunes chanteurs, entre 1973 et 1979, dans le cadre de l'Opéra-Studio de Paris.
“我开始每张专辑时总是回顾我的出身,并尝试在结束时指明一个方向,”莱基西亚·本杰明(Lakecia Benjamin)这样理论。因此,她的根基是柯特兰夫妇——爱丽丝和约翰,尽管她在认识《至高之爱》(A Love Supreme, 1965)的创作者之前就先发现了这位竖琴手兼钢琴家。她为这对夫妇献上了一份热烈的致敬,即 2020 年的专辑《追求:柯特兰夫妇》(Pursuance: The Coltranes),这让她能够回归艺术的精神本质:“这是让我对音乐产生好奇的原因,而非让我赚钱的手段。”
Dans « La Folle Journée ou le Mariage de Figaro », le metteur en scène organise une chorégraphie virevoltante
Micha Lescot et Vincent Dedienne, dans « La Folle Journée ou le Mariage de Figaro », à Paris, le 24 septembre. JEAN-LOUIS FERNANDEZ/THÉÂTRE DE LA PORTE-SAINT-MARTIN
THÉÂTRE
La Folle Journée explique donc comment, dans un temps prospère, sous un roi juste et des ministres modérés, l'écrivain peut tonner sur les oppresseurs, sans craindre de blesser personne. C'est pendant le règne d'un bon prince qu'on écrit sans danger l'histoire des méchants rois; et plus le gouvernement est sage, est éclairé, moins la liberté de dire est en presse. » Dans une préface au vitriol, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799) démine les critiques de ses contemporains.
L'auteur de La Folle Journée ou le Mariage de Figaro en a soupé de la censure. Après avoir dû remanier Le Barbier de Séville, il lui a fallu patienter six ans avant de voir son Mariage de Figaro enfin mis en scène en 1784. Les raisons de cette attente? Le veto du roi Louis XVI, contrarié par l'insolence de la pièce, qui tance les puissants d'un cinglant: « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur » (acte V, scène III).
Au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, ce dernier acte se déroule dans la pénombre. Alain Françon, metteur en scène de cette comédie en prose, abandonne la légèreté qui rythmait les quatre premiers actes. Il n'opère qu'une concession à la farce – elle est dans le texte de Beaumarchais : la chanson collective de protagonistes soulagés de voir les choses rentrer dans l'ordre.
Partie de dupes
Figaro le valet (Vincent Dedienne) épousera bien sa Suzanne (Ana Blagojevic) que convoitait le comte Almaviva (Micha Lescot) pourtant marié à Rosine (Alix Poisson), épouse aimante et magnanime. Le happy end conclut une Folle Journée épique et virevoltante ; un chœur en canon des acteurs (une séquence mal ficelée et de trop) achève deux heures et quinze minutes d'une représentation qui a propulsé sur la scène une quinzaine de personnages, des intrigues vaudevillesques, des débats stylistiques, des luttes de classes sociales, des solidarités féminines, des éveils érotiques. Et même un parfum d'inceste – Marceline (Noémie Lvovsky) comprenant in extremis que le bébé qui lui a été volé lorsqu'elle était plus jeune est ce fringant Figaro qu'elle veut aujourd'hui épouser.
Une manigance chasse donc l'autre sur un plateau très vertical où les décors, de hauts panneaux peints, montent et descendent des cintres entre chaque entracte. Chambre de la comtesse, salle de tribunal ou bien encore forêt de marronniers: Jacques Gabel, le scénographe, crée des espaces en trompe-l'œil pour un théâtre de la mystification. Une même obsession anime démocratiquement tous les personnages : comment leurrer son voisin, son maître, son époux, sa maîtresse, son jardinier, son oncle ou son créancier.
Le chef d'orchestre de cette partie de dupes est Figaro, esprit roué et figure rusée à laquelle Vincent Dedienne prête sa malice et sa vivacité. Mais ce rôle, même s'il est le creuset de la virtuosité dialectique de Beaumarchais, ne dit pas, à lui seul, la philosophie d'un spectacle où la parole, comme affolée par elle-même, par son pouvoir de nuisance et de séduction, saute de corps en corps à vitesse accélérée. Le tour de force de la troupe est de rendre limpide la langue de Beaumarchais. Sa faiblesse, au moment où nous avons vu la représentation, d'être encore sous la cloche d'une profération qui freine leur fantaisie.
Alain Françon, à sa manière classique et rigoureuse, tient tête à la rhétorique de Beaumarchais. Il organise le ballet des répliques en ajustant les tournoiements du verbe à l'agitation des présences. Une chorégraphie visuelle et sonore dont surgissent des éclats de tension. C'est ce qui se passe lors-
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50 个逻辑与数学挑战
设计者
米卡埃尔·劳奈(MICKAËL LAUNAY)
最著名的
科学
普及者
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Il serait réducteur de qualifier ce spectacle exigeant de plaidoyer politique
que Noémie Lvovski, dans le rôle de Marceline, se fait, en plongeant ses yeux dans ceux du public, la porte-parole d'une condition féminine réclamant plus de considération; lorsque Vincent Dedienne raconte son errance d'autodidacte ambitieux, mais brimé par les riches; lorsque Micha Lescot, fabuleux comte Almaviva, rebondit de l'arrogance à l'humiliation (et inversement), ses prérogatives et sa place de maître étant sans cesse contestées.
Il reste qu'il serait réducteur de qualifier ce spectacle exigeant de plaidoyer politique pour l'émancipation des femmes ou des classes populaires. Si ces perspectives, soutenues par l'auteur lui-même, sont bien restituées par la mise en scène, elles n'en sont pas le carburant. En revanche, ce qui bouillonne de façon prononcée, c'est l'instabilité d'un monde qui repose surtout sur le vent de cette parole prise, perdue, volée, envolée, reconquise, disparue. Une parole volatile, versatile, insaisissable, qui fait pourtant la pluie et le beau temps.
En ce sens, la judicieuse représentation d'Alain Françon est fidèle à l'analyse de Beaumarchais lorsque, dans sa préface, il fait le point sur La Folle Journée ou le Mariage de Figaro : « Son grand défaut est que je ne l'ai point faite en observant le monde ; qu'elle ne peint rien de ce qui existe, et ne rappelle jamais l'image de la société où l'on vit ; que ses mœurs, basses et corrompues, n'ont pas même le mérite d'être vraies. »
JOËLLE GAYOT
La Folle Journée ou le Mariage de Figaro, de Beaumarchais. Mise en scène : Alain Françon. Avec Vincent Dedienne, Micha Lescot, Noémie Lvovsky. Théâtre de la Porte-Saint-Martin, Paris 10 $^{e}$ . Jusqu'au 31 décembre.
A Montfort-l'Amaury, les Journées Ravel s'offrent un « escape game »
Un circuit à la carte, baptisé « Les Prom's », a permis au public de sillonner la ville des Yvelines pour lancer la 30 $^{e}$ édition du festival
FESTIVAL
Organisées dans les Yvelines à Montfort-l'Amaury et ses environs, pendant trois week-ends, les Journées Ravel confient traditionnellement leur lever de rideau à de jeunes interprètes dans le cadre d'un circuit à la carte, baptisé « Les Prom's », qui invite le public à sillonner la ville où l'auteur du Boléro a passé les seize dernières années de sa vie. Trois programmes différents, interprétés par les mêmes musiciens trois fois de suite dans un même salon privé, ont ainsi été donnés, samedi 3 octobre, frappant les trois coups de la 30 édition de ce festival, qui se déroule jusqu'au dimanche 18 octobre.
Comment choisir l'ordre des concerts? En fonction de leur emplacement ou de leur contenu? Nous avons opté pour une montée en nombre de l'effectif instrumental: solo, duo puis sextuor.
Voisine de l'église, la Maison des poulies accueille un récital du pianiste Antonin Bonnet. La première séance, à 15 heures, fait quasi salle comble. Le musicien de 25 ans s'assied au piano sous le regard d'une aristocrate statufiée du XVIIIe siècle. Si la dame porte perruque, le pianiste n'a en rien un jeu «poudré» dans la première pièce du programme, signée François Couperin et intitulée La Couperin. Les ornements sont distillés avec un raffinement baroque, mais les harmonies sont déployées avec un goût du timbre propre au XXe siècle, qu'un certain Ravel a justement arboré dans son Tombeau de Couperin.
Toutefois, Antonin Bonnet ne relie pas immédiatement les deux compositeurs et « fait un détour » par Frédéric Chopin et son insaisissable Ballade n° 4 dont il livre une interprétation d'anthologie. Prélude candide, valse tourmentée, étude mâtinée de mazurka, tout ce qui fait la marque du Polonais est ici transcendé par une vision d'ensemble hautement poétique. La poésie d'Aloysius Bertrand est à l'origine du triptyque de Maurice Ravel – Gaspard de la nuit (1909) – qu'Antonin Bonnet aborde ensuite. Là encore, sa capacité à se situer au-delà de la suggestion immédiate fait merveille, par exemple lors de la lanciance quasi abstraite du Gibet.
Bien remplie, l'heure dévolue au solo de piano laisse peu de temps pour gagner le deuxième rendez-vous des Prom's. Mais l'hôtel Pétau-de-Maulette est à deux pas. Cette fois, le cahier des charges de la carte blanche est parfaitement respecté. Trente-cinq minutes de musique, seulement, pour permettre de rallier sans courir le lieu suivant.
Antonin Bonnet avait commenté son programme. Maria Soler Vidal (mezzo-soprano encore en formation au Conservatoire de Paris) et Narumi Iwase (pianiste japonaise bien lancée dans l'accompagnement de chant) ne le font pas. Leur programme coule de source... populaire. Siete canciones populares espanolas (1915), de Manuel de Falla, trois extraits des Cinco canciones negras (1945-1946), de Xavier Montsalvatge, et quatre Chants populaires (1910), de Maurice Ravel. Très sobre, la jeune Andorrane séduit surtout dans les pages intimistes du premier cycle (Asturiana, Nana).
Chemin faisant vers le troisième et dernier concert de l'après-midi, l'on se dit que ces Prom's ont des allures d'escape game. Soixante minutes maximales dans un lieu, un parcours musical sous l'égide de Ravel mais pas toujours... De quoi titiller notre esprit enclin aux énigmes. Justement, pas de Ravel au programme de L'Entrevue, donné dans la Maison du hêtre, mais du Bach qui n'en est pas forcément (une Sonate en trio dorénavant attribuée à Johann Gottlieb Goldberg), du Couperin et du Rameau quasiment « obligés » (la fondatrice de l'ensemble, Sibylle Roth, est une claveciniste de 22 ans) et une rareté, créée il y a cent ans : le Concerto pour clavecin et cinq instruments, de Manuel de Falla.
Une partition d'une incroyable modernité qui débute par un mouvement truffé de clins d'œil à Igor Stravinski et s'achève par des tours de passe-passe dignes de Darius Milhaud. Le mouvement central? « Un miracle », au dire de Maurice Ravel. Il est miraculeux que cette entreprise de démolition de la tradition ne s'effondre pas. Voilà une énigme levée. Une autre se présente naturellement à la fin du concert. Fondé, à l'automne, pour interpréter cette œuvre à l'effectif inhabituel, l'ensemble L'Entrevue l'a-t-il donnée aujourd'hui plus de fois que depuis son origine? « Oui, trois fois plus », répond Sibylle Roth en souriant.
Le festival, dirigé par le clarinet-tiste Rémi Lerner, n'aurait pas accompli sa mission de passerelle entre les jeunes musiciens et le public si Les Prom's s'arrêtaient là. Tout le monde est donc convié à un échange autour d'un verre à l'Espace Mère Teresa. On se perd dans une rue adjacente, et on se renseigne auprès d'un bon samaritain qui nous indique l'endroit où se tient «l'apéro» en pensant que l'actualité musicale est motivée par Charles Aznavour. Le chanteur, inhumé à Mont-fort-l'Amaury, aimait-il Maurice Ravel? Voilà une énigme à laquelle nous ne saurions répondre.
PIERRE GERVASONI
Les Journées Ravel, 30 $^{e}$ édition à Montfort-l'Amaury (Yvelines) et environs. Jusqu'au 18 octobre
《成年人》第 2 季为Z世代提供了他们的《老友记》
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Lakecia Benjamin, le be-bop en mouvement
Polyvalente, la musicienne new-yorkaise, en tournée française jusqu'au 16 octobre, impose son ton
MUSIQUE
C' est dû à mon jeu au saxophone autant qu'à mes talents pour la négocia-
tion», répond sans fausse modestie et avec malice la musicienne new-yorkaise Lakecia Benjamin quand on l'interroge sur les invités prestigieux qui émaillent sa discographie. Qu'on en juge: Phoenix (2023), album nominé par trois fois aux Grammy Awards et celui de sa renaissance après un accident de voiture lui ayant brisé mâchoire et côtes, affichait à son générique la chanteuse Dianne Reeves, le géant soufflant Wayne Shorter (1933-2023) et l'icône du Black Power Angela Davis.
Le successeur, We Dream, paru début juin et joué à partir du 8 octobre dans six communes françaises, a d'emblée belle allure, puisqu'on la retrouve cette fois en compagnie de Terence Blanchard: après First Light, introduction qu'elle déclame en « spoken word », Lakecia Benjamin embouche son alto pour s'inscrire avec le trompettiste louisianais dans le sillage de la révolution coltranienne.
A l'approche de ses 40 ans, l'instrumentiste aura gagné de haute lutte sa place de leader, après être longtemps restée dans l'ombre des stars qu'elle a pu accompagner en tournée – la rappeuse Missy Elliott, la chanteuse de R'n'B Alicia Keys ou Stevie Wonder, rencontré en 2009 lors du bal d'investiture du président des Etats-Unis, Barack Obama. «Mon niveau en sax commençait à baisser, car je ne pouvais jouer que des solos limités à deux minutes, confie-t-elle sans langue de bois. Je ne m'étais pas lancée dans la musique pour ne plus apprendre, et là, je ne repoussais plus mes limites. Alors que j'accompagnais Gregory Porter, je me suis dit qu'il fallait que je cesse d'être sidewoman. Sans être sûre que le public allait être intéressé par ma musique. »
2025年,《成年人》和(HBO的)《我爱洛杉矶》(I Love LA)的前几季分别给出了两种版本,一个代表东海岸,一个代表西海岸。前者采用群像叙事,后者采用第一人称,这两部剧的目标一致:让观众以更温柔的目光看待一个常被认为已丧失人性——即过度依赖互联网但脱离现实——的世代。两部剧均获得了续订,但于 30 9月在法国Disney+上线的《成年人》第二季,刚刚让东海岸占据了明显优势。
Cinq albums studio plus tard, Lakecia Benjamin peut être rassurée. Dans les locaux parisiens de son distributeur français, celle qui ne recule pas devant les dorures et les semelles compensées à la scène a opté pour une décontraction classique – tee-shirt, jean, baskets. Elle se montre volubile alors que son style privilégie le phrasé et la retenue à l'abondance du discours.
Respectueuse de la tradition et des grands maîtres, elle n'entend
L'instrumentiste aura gagné de haute lutte sa place de leader, après être longtemps restée dans l'ombre des stars
pas pour autant figer l'héritage de ce be-bop dont elle reprend les fondamentaux (sax, trompette, piano, section rythmique) en l'appariant au funk et au hip-hop. Ou à ces sons latinos qui ont rythmé son enfance, comme le rappellent My Only (avec la trompette de Sean Jones) et le percussif et bien nommé Mi Gente (avec celle de Chief Xian aTunde Adjuah).
Fille d'une aide à domicile (« une nounou pour adultes ») plutôt tournée vers la parole du rap, Lakecia Benjamin a en effet grandi dans le quartier à dominante dominicaine de Washington Heights, une « petite Saint-Domingue » dans le nord de Manhattan. Pour une future musicienne, c'est un avantage: merengue et bachata n'ont aucun secret pour elle, « ce sont même les seules musiques que j'ai jouées pendant les trois premières années de mon parcours musical », précise-t-elle.
Après avoir commencé par la flûte à bec à l'école primaire, la gamine a eu un coup de foudre sans compromis pour un autre instrument fixé au mur de la salle de musique. « J'ai vu ce saxophone que l'on pouvait emmener chez soi pour l'essayer. Il me le fallait à tout prix. Sauf qu'une autre fille l'avait déjà réservé. Elle y a renoncé en échange de quatre cookies. Quand j'ai informé le prof de la transaction, il n'en croyait pas ses yeux. »
Comme on dit à cet âge, la petite est « déter ». Et tant pis si sa mère « ne voulait pas entendre parler » de cet instrument. Le même prof saura la convaincre, « sans lui cacher que ce serait une souffrance pour ses oreilles pendant un bon moment ». A 12 ans, Lakecia Benjamin peut mesurer les progrès accomplis : elle s'illustre dans le quartier, à l'occasion de fêtes de voisinage ou de parades. Deux ans plus tard, elle prend son autonomie en quittant le domicile familial.
Pour la scolarité et l'égalité des chances, Washington Heights est beaucoup moins charmant. Le crack y a fait des ravages, et le lycée George-Washington, auquel l'adolescente est rattachée, pâtit d'une épouvantable réputation avec des faits de violence répétés : «Ma mère y était allée et voulait absolument que j'y échappe. Pour cela, il fallait soit être riche, soit suivre un enseignement dans un établissement spécialisé. C'est ainsi que j'ai appris à jouer du jazz sans même savoir ce que c'était. »
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其最大优势在于节奏从未放缓,张力从未松懈
为了避免被驱逐出住所,不惜在小型社区委员会的选举中搞破坏。
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Soif d'apprendre
Lors de son audition à l'école La-Guardia (établissement artistique qui a servi de modèle pour le scénario du film Fame, d'Alan Parker, sorti en 1980), la candidate tombe sur le tubiste Bob Stewart, pas tout à fait n'importe qui puisqu'il a joué – entre autres – avec le contrebassiste Charles Mingus et le trompettiste Wynton Marsalis. Les notes sont les bonnes, constate-t-il, mais pas la manière, strictement latina. « Sais-tu ce qu'est le jazz? », entend-elle alors, rouge de confusion.
Son enthousiasme et sa soif d'apprendre emportent néanmoins la décision. Elle repart avec une admission et une liste de cinq albums à écouter pour son initiation. Tombe aussitôt sous le charme du Concerto for Cootie (1940), de Duke Ellington, grâce à « son sens de l'harmonie ». « Dans le lot, Mingus m'apparais-
Respectueuse de la tradition, elle n'entend pas pour autant figer l'héritage de ce be-bop dont elle reprend les fondamentaux
sait comme le plus libre, complète-t-elle. J'ai commencé à comprendre qu'il y avait une vie en dehors du big band et qu'on pouvait jouer à quatre ou cinq. J'ai aussi prêté attention à Kenny Garrett [saxophone], dont le style me semblait plus moderne en tirant vers le funk. »
L'enfant du barrio intègre le club en fréquentant les grands. Peu avant sa mort, elle trouve une place dans l'orchestre de Clark Terry (1920-2015), trompettiste qui a joué dans ceux de Count Basie et de Duke Ellington.
Lorsqu'elle se présente peu après à la prestigieuse New School University, elle a droit au contrebassiste Reggie Workman, compagnon de John Coltrane et d'Art Blakey. «J'ai pensé que j'allais échouer; il m'a rassurée et prise sous son aile.»
Elle trouvera un deuxième mentor avec le saxophoniste Gary Bartz, qu'elle aura harcelé jusqu'à ce qu'il vienne enseigner dans son école. « C'était le seul moyen pour moi de l'avoir, pour des raisons financières. Un de mes professeurs m'avait fait écouter des enregistrements de Gary. J'ai aussitôt réagi en affirmant que je trouverais ce type pour recevoir son instruction. » L'intéressé lui ayant raccroché au nez, elle le poursuit à la sortie d'un concert new-yorkais. Le musicien a fini par céder, intrigué par cette « dingue ».
«Je commence toujours mes albums en rappelant d'où je viens et j'essaie toujours de les refermer en indiquant une direction», théorise Lakecia Benjamin. Les racines, ce sont donc les Coltrane, Alice et John, sachant qu'elle a découvert la harpiste et pianiste avant le créateur de A Love Supreme (1965). Au couple, elle a consacré un vibrant hommage, l'album Pursuance: The Coltranes (2020), qui lui avait permis de revenir à l'essence spirituelle de son art: «Ce qui m'avait rendue curieuse pour la musique, et non ce qui m'avait permis de gagner de l'argent. »
Si l'on retrouve du jazz-funk à la Herbie Hancock dans Flame Keeper (avec le saxophoniste Chris Potter et la pianiste japonaise Hiromi), Right Now s'oriente résolument vers la nu soul en accueillant le chant et le flow de son compatriote Bilal. En conclusion, New World apporte sérénité et réconfort mélodique. Après avoir dû se battre pour être entendue, après avoir frôlé la mort, Lakecia Benjamin atteint brillamment ses objectifs dans We Dream : « S'affirmer, au-delà du jazz, du funk ou du hip-hop, comme une musicienne polyvalente qui cherche à étendre les possibilités de la musique, de l'amour et de la joie. »
Une mise en perspective éclairante sur les primaires des partis politiques
Sur LCP, François Hollande, Alain Juppé, Valérie Pécresse et Manuel Valls livrent leur analyse sur ce mode de désignation des candidats
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Primaire, une machine à perdre?" A part François Hollande qui l'a gagnée [le 16 octobre 2011, devant Martine Aubry], oui, on peut le dire. » Face à la caméra, Xavier Bertrand, président LR de la région Hauts-de-France, n'a aucun doute. Et l'ancien président de la République socialiste ne va pas vraiment le contredire. Ce qui peut sembler paradoxal, alors que cinq candidats sont en campagne pour la primaire à gauche, dont le premier tour est organisé les 9 et 10 octobre – par vote électronique payant
A moins de sept mois de l'élection présidentielle, le documentaire subtil et savoureux de la réalisatrice Pauline Pallier tombe à pic, en relatant l'histoire de ce « scrutin avant le scrutin », né de la déflagration politique du 21 avril 2002 : la qualification au second tour de la présidentielle de Jacques Chirac (RPR) et de Jean-Marie Le Pen (FN), et l'élimination de Lionel Jospin (PS). Pour éviter une autre déflagration ? Les coauteurs de ce documentaire et vieux briscards Michèle Cotta et Patrice Duhamel ont réuni un plateau de choix, pour réagir aux archives les plus mémorables.
Souvenons-nous. Au soir du 21 avril 2002, les socialistes, de Dominique Strauss-Kahn à François Hollande, dénoncent la « conséquence évidente de la dispersion des voix de gauche ». La première primaire de France, socialiste, est ainsi organisée le 17 octobre 2006. Autre nouveauté, elle est précédée d'un débat télévisé. Entre Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, Segolène Royal rayonne. Largement victorieuse de la primaire, cette dernière échouera pourtant nettement contre Nicolas Sarkozy en 2007.
A l'échéance suivante (présidentielle 2012), le socialiste Dominique Strauss-Khan part grand favori. Mais « tout bascule le 14 mai 2011, avec le crash à New York [l'affaire du Sofitel] », résume l'ancien premier ministre socialiste Manuel Valls. Une primaire s'impose à nouveau, « ouverte » cette fois. A la télévision, le débat entre les différents candidats – Arnaud Montebourg, Jean-Michel Baylet, François Hollande, Martine Aubry, Manuel Valls, Ségolène Royal – attire 5 millions de téléspectateurs. « C'est un formidable spectacle! fait mine aujourd'hui d'apprécier François Hollande. Les membres d'un même groupe s'écharpent en direct. Les chaînes d'info auraient tort de s'en priver. »
Avant la présidentielle de 2017, c'est la droite qui, à son tour, organise une primaire ouverte. Les archives mettent en lumière la question, lors d'un débat, du journaliste David Pujadas au candidat Nicolas Sarkozy sur un éventuel financement libyen de sa campagne, et sa réponse : « Quelle indignité (...) » Puis la surenchère de François Fillon : « Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ? »
Largement favori de la présidentielle, Alain Juppé ne voit pas le danger à s'engager dans l'entre-deux-tours de la primaire: « Pour moi, l'identité de la France, c'est sa diversité. Nous avons des origines différentes, des religions différentes, des idées politiques. Et c'est une richesse. » Une vision trop à gauche pour un candidat de droite. Fillon remporte finalement la primaire; à gauche l'élu se nomme Benoît Hamon. Mais à l'issue du premier tour de la présidentielle, les deux finalistes sont Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Ce que le dessinateur Plantu résume d'une caricature en une du Monde: « La machine à perdre ».
Le documentaire insiste dès lors sur la radicalisation de la politique. Même si pour Frédéric Dabi, directeur général de l'IFOP, les primaires ne sont en rien dans cette « communauté de destin » des socialistes et de la droite républicaine. « Ce ne sont pas les sondages qui font le résultat, ce sont les débats qui font les sondages », reste persuadé Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos.
CATHERINE PACARY
Primaires, une machine à perdre ?, réalisé par Pauline Pallier (2026, Fr., 52 min).
横向 I. Reproduction。 II. Acier。 Raille。 III. Farineuse。 Mu。 IV. Irène。 Bannit。 V. St. Sécu。 No。 VI. Têt。 Sa。 Melba。 VII. Omet。 Spa。 Ill。 VIII. Les。 Utilisai。 IX. Enterra。 Rais。 X. Stationnaire。
“永远寻找令人兴奋的东西”,这是 Duran Lantink 在 Jean Paul Gaultier 的信条。这位于 2025 年接任艺术总监的荷兰人继续进行实验,即便这可能会引发批评,或让 Gaultier 的资深粉丝感到困惑。“事物并不一定需要有意义,这也是品牌的代码之一”,这位凭借个人品牌成名的设计师指出。在本次系列中,我们可以看到 Duran Lantink 的基因:对形状和体积的把玩,例如肩部移至锁骨处的夹克、向前突出的抹胸、带有显著矩形领的风衣等。
轮廓的三维感通过舞美得到了强化——一个镜子迷宫让人们可以从各个角度观察服装。在这位荷兰人的宇宙中,Jean Paul Gaultier 的代码几乎变得难以辨认,例如著名的圆锥形胸罩,现在变得纤细尖锐,褪去了其色情意味。Duran Lantink 更多地是在运用幽默而非颠覆,而这同样出色。
及膝百褶裙搭配做旧皮革夹克,紧身合成纤维短上衣宛如赛车服,漆皮蟒蛇纹西装套装,跑鞋(与运动装备供应商 New Balance 合作)以及打补丁的宽松牛仔裤(与美国制造商 Wrangler 合作),围裙裙。
皮革 SM 装与镶嵌迪斯科水晶的胸衣……“我想提升运动装的格调,为其披上一种全新的优雅,”这位意大利女性坚称。她既不畏惧刺眼的印花,也不惧怕大胆的混搭,而且比任何人都更擅长让这些元素变得迷人,甚至令人向往。在米兰举办了一场以裙装无限变化为核心、引起轰动的普拉达(Prada)时装秀十天后,缪齐亚·普拉达(Miuccia Prada)在巴黎证明了她的创作状态正处于巅峰。
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Le deuxième opus de la série trouve son équilibre, sans temps mort
Malik Elassal, Lucy Freyer, Owen Thiele et Amita Rao, dans la série « Adults ». FX
SÉRIE
Vous pensez être les premiers à être jeunes et adorables à New York? » Près de dix ans
après la fin de Girls (2012-2017), Zosia Mamet (Shoshanna dans la série de Lena Dunham) vient rappeler aux personnages d'Adults qu'ils ne sont pas les premiers sur ce terrain-là. Sa courte apparition, dans le dernier épisode de la saison 2, rappelle aussi que le matériau travaillé par la sitcom de la chaîne FX est, depuis la fin de Girls, donc, voire de Friends (1994-2004), déjà bien usé. A la question de savoir comment renouveler le portrait générationnel pour l'adapter à une tranche d'âge qui, de toute façon, ne regarde plus la télévision, tous les diffuseurs tâtonnent.
En 2025, les premières saisons d'Adults et I Love LA (sur HBO) en ont donné deux versions, l'une côte Est, l'autre côte Ouest. A la première personne pour I Love LA, en tir groupé pour Adults, ces séries longnent toutes les deux le même objectif, attendrir le regard sur une génération souvent considérée comme perdue pour l'humanité – comprendre ultraconnectée à Internet mais déconnectée des réalités. Les deux séries ont été renouvelées mais la deuxième saison d'Adults, mise en ligne le 30 septembre en France sur Disney+, vient de faire largement passer l'avantage à la côte Est.
Question de proximité, déjà. Si l'héroïne d'I Love LA prend son café dans le quartier bourgeois de Silver Lake, les cinq colocataires d'Adults se partagent les trois chambres de la maison d'enfance de l'un d'entre eux, Samir, sise au fin fond du Queens, à New York. Manhattan (Friends) n'est plus qu'un lointain souvenir, et même Brooklyn (Girls) est devenu trop cher. Le choix se révèle pourtant fécond d'un point de vue narratif, puisqu'il force les personnages à évoluer dans un décor qui ne leur ressemble pas (le salon rappelle celui de Madame est servie), dont ils peinent à s'échapper (pas de coffee shop en bas de la maison, de toute façon, le matcha latte est trop cher) et qu'ils maîtrisent à peine.
Incapables de payer leurs factures à temps ou de réparer des toilettes bouchées, les colocs n'en mènent pas large lorsqu'un raton laveur s'introduit dans la maison alors qu'ils viennent de prendre de l'acide (sans surprise, le meilleur épisode de la saison). Créée par Rebecca Shaw et Ben Kronengold, un couple de scénaristes venus de l'humour politique et du late show, à peine plus âgés que leurs personnages, la série Adults se moque, par ailleurs, gentiment de la conscience sociale à géométrie variable des «gen Z», prompts à défendre les minorités mais prêts
他的目标是“唤醒”创始人卡门·德·托马索(Carmen de Tommaso,1909-2015)的能量,她是一位“用双手工作的行动派女性”。虽然这个系列并没有特别强烈地唤起对过去的记忆,但凯·内塞尔拉特的设计显得相当恰当。他提供了一套在甜美风(淡色系丝绸套装、圆肩夹克、垂坠连衣裙)与工装风(厚棉布围裙裙、背带裤、贴袋夹克)之间摆动的衣橱。这种处理方式带有一种克制,非常符合人们对 Carven 的认知:一个不张扬,但提供精美服装的品牌。
E. V. B. 与 V. PÉ.
路易威登(Louis Vuitton)。FILIPPO FIOR / GORUNWAY
依然让宾客们惊叹不已。在东京宫(Palais de Tokyo)进行第无数次走秀时,他呈现了本届时装周最精彩的表演之一,无论是在系列设计还是舞台调度方面。在户外,模特们沿着放置在长方形水池上方的长坡道走下,而周围喷泉的水柱全力向天空喷射,将水滴慷慨地洒在模特和宾客身上。
那么川久保玲(Rei Kawakubo)又如何呢?Comme des Garçons 创始人的时装秀基于一些毫不妥协的习惯:中性、阴暗且废弃的室内环境(这次在塞纳河畔的雅克·希拉克码头),音乐在最后一名模特走完后戛然而止,没有谢幕,而作为秀场的唯一解读,仅在新闻稿中提供一句话。2027年春夏季的主题是:“当皇室生活与日常生活合而为一。”
La vingtaine a certes perdu de sa superbe, mais Adults veut croire que l'on peut toujours en rire à défaut d'en sortir grandis, et son meilleur atout pour conquérir un public accro à la dopamine et aux formats courts est de ne jamais ralentir le rythme ni relâcher la tension, et de puiser dans la boîte à outils de la sitcom enregistrée en plateau. Dès les premières minutes de la saison, la caméra virevolte de pièce en pièce, de personnage en personnage. L'un d'eux commente, malicieux: « C'est la deuxième saison, on fait un oner [un plan-séquence]! » – clin d'œil à The Bear, The Studio, Adolescence... et toutes les excellentes séries qui s'y sont récemment frottées. La suite est une succession de situations aussi attendues que désopilantes, qui superpose sujet sérieux et traitement comique, et dont les ressorts comiques reposent le plus souvent sur la naïveté et la couardise des personnages.
Aucune des situations de cette saison n'est particulièrement nouvelle, certains personnages sont moins réussis que les autres, et on ne va pas s'avancer jusqu'à croire qu'Adults marquera sa génération comme d'autres séries l'ont fait avant elle.
Mais ses créateurs savent d'où ils viennent et ce qu'ils doivent aux sitcoms d'avant. En plus du caméo de Zosia Mamet, la saison se conclut sur un petit retournement que les fans de Friends auront vu venir. Cela fait d'Adults une série «gen Z», mais qui parlera aussi aux millenials, voire à la génération d'avant, surtout s'il y a de jeunes adultes à la maison. Mieux encore, la rapidité avec laquelle filent ces huit épisodes laisse un goût de trop peu, et l'on prendra volontiers une troisième saison.
AUDREY FOURNIER
Adults, saison 2, série créée par Ben Kronengold et Rebecca Shaw (EU, 2026, 8 × 22 min). Avec Owen Thiele, Lucy Freyer, Malik Elassal, Jack Innanen, Amita Rao. Disponible à la demande sur Disney+.
在她的血清阳性朋友(包括米歇尔·克雷索尔)相继离世以及她自己被告知感染后,她还在 Act Up 组织内部创建了跨性别与艾滋病委员会。劳尔·阿德勒强调:“对我来说,她是一个榜样。” ■ 米歇尔·莫罗(MICHAËL MOREAU)
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Sur HBO Max, l'itinéraire sanglant d'un enfant de Champagne
Malgré une imposante distribution, « Paolo », de Sébastien Marnier, peine à convaincre
SÉRIE
Les usagers pressés de la RATP qui ont vu affiché ce corps masculin dénudé, au bord d'une piscine, seront pardonnés s'ils ont pris Paolo pour un nouveau parfum pour homme. C'est d'une série qu'il s'agit, dont la mise en ligne a commencé sur HBO Max le 25 septembre. Une série qui se voudrait « à nulle autre pareille » et qui s'approche souvent de la mention « ne ressemble à rien », comme si le désir d'originalité l'emportait sur tout le reste.
L'impeccable musculature de Paolo (Jérôme Niel) procède autant de la nécessité que du narcissisme. Le jeune homme, qui habite toujours la petite ville de Champagne où il a grandi dans une famille d'origine portugaise, déménage des pianos. Le premier épisode dévoile la part de folie qui habite Paolo à travers un acte d'une extrême violence, mis en scène sans ellipse. Paolo ne va pas bien donc, il faudra sept longs épisodes pour arriver à ce que le scénario présente comme la racine du mal qui le ronge.
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世界报 讣告 / 公告栏
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《世界报》专栏
出生
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Energie toxique
Pour l'instant, on constate que le retour en ville d'un ancien camarade de classe, Téophane Tolbiac (Yoann Gasiorowski) qui a délaissé une carrière littéraire parisienne pour se présenter à la mairie, a profondément déstabilisé notre antihéros. Vu la taille de la ville (elle compte un peu moins de 10 000 électeurs inscrits), il n'y a pourtant pas de quoi déchaîner les passions. Et pourtant...
Paolo est pris d'une espèce de fureur qui lui fait passer toutes les limites, qui le conduit à s'insinuer du mieux qu'il peut dans la vie de Téophane et de son épouse, Géraldine (Magalie Lépine-Blondeau), devenant à la fois le chauffeur du couple et le plus assidu des militants. Il quitte son emploi, s'éloigne de la fiancée qu'il est sur le point d'épouser (Guslagie Malanda), tourne le dos à sa fratrie et à ses parents, et s'enfonce sur la voie de la violence.
A cette énergie toxique répond la mollesse déconcertante du personnage de Téophane. Quels que soient les efforts de son interprète, l'écrivain qui voudrait être édile reste une abstraction faite de préjugés de classe (ceux du personnage, mais aussi ceux du scénario qui prête à la célébrité des vertus émollientes) et de veulerie. Pour compenser ce vide central, Paolo a le temps de faire vivre une petite armée de personnages secondaires, souvent incarnés par des acteurs d'exception, à commencer par Françoise Lebrun.
Ce fourmillement nourrit le versant criminel du scénario, mettant en concurrence un policier et une jeune journaliste (et, comme si ça ne suffisait pas, le premier est l'amant de la mère de la seconde), multipliant les fausses les révélations sur le trouble passé des clans qui se disputent la mairie. Très vite s'ajoute une dimension homérotique qui pourrait porter le récit vers une version queer des romans noirs américains.
Mais les péripéties du thriller se heurtent à la peinture peu convaincante d'une campagne politique. Pour suspendre l'incrédulité en la matière, on a le choix entre s'affranchir du réel en réinventant la vie publique ou faire de la fiction en manipulant la matière journalistique. Paolo se tient en équilibre instable entre les deux. Les allusions à des courants existants («les écolos», «l'extrême droite») ne donnent pas plus de consistance à la démarche politique du joli Téophane. Cet édifice instable s'effondre dans des trombes de sang en un finale qui restera sans doute (avec le premier accès de violence) le meilleur moment de la série.
THOMAS SOTINEL
Paolo, série créée, écrite et réalisée par Sébastien Marnier d'après son roman « Mimi » (Fayard, 2011), avec Jérôme Niel, Yoann Gasiorowski, Magali Lépine-Blondeau, Guslagie Malanda, Françoise Lebrun. (Fr., 2026, 7 × 55 min). Un épisode le vendredi jusqu'au 6 novembre.
巴黎
朱莉·梅洛(Julie MERLO)
与亚历山大·布罗(Alexandre BRAULT)
夫妇
欣然宣布
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MOTS CROISÉS
GRILLE N° 26 - 232
PAR PHILIPPE DUPUIS
Retrouvez l'ensemble de nos grilles sur jeux.lemonde.fr | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | I | II | [IMAGE] | III | [IMAGE] | IV | [IMAGE] | [IMAGE] | V | [IMAGE] | VI | [IMAGE] | [IMAGE] | VII | [IMAGE] | [IMAGE] | VIII | [IMAGE] | [IMAGE] | IX | [IMAGE] | [IMAGE] | X | SOLUTION DE LA GRILLE N° 26 - 231
HORIZONTALEMENT I. Reproduction. II. Acier. Raille. III. Farineuse. Mu. IV. Irène. Bannit. V. St. Sécu. No. VI. Têt. Sa. Melba. VII. Omet. Spa. Ill. VIII. Les. Utilisai. IX. Enterra. Rais. X. Stationnaire.
I. Bien plus léger depuis qu'il a pris de la bouteille. II. Tracée pour être reproduite. Belle à croquer. III. Le premier à voir quand tout va très mal. IV. Sur deux temps dans les bals de Provence. V. Fixerai du bout d'un doigt. VI. Gamin de Paris. Entrent dans le tumulte. Ses feuilles se jettent à l'eau. VII. Relevées pour passer à table. VIII. Belle italienne du Piémont. Permet de rejoindre à sa sortie les cabinets. Sur le retour. IX. Allumé avec intention. Même la jungle a la sienne. X. Transmet les connaissances.
1. Germaine Richier ou Louise Bourgeois. 2. De plus en plus présent sur nos routes. Arturo au théâtre. Attention, il peut rendre gai ou mauvais. 3. Donnent un côté précieux aux objets. 4. Lieu de rencontres. Forme d'avoir. Grande page d'histoire. 5. Rois de France, d'Angleterre et d'ailleurs. Dirigé. 6. Dans la fosse l'archet à la main. En règle. 7. Lourdement couverte. 8. Vous laissera les bras ballants. 9. Expédia dans l'autre monde. Met tout le monde en accord. 10. N'a pas encore circulé. Article. 11. Piégé. Emmanché d'un long cou. 12. Remet des fonds dans l'affaire.
Abonnements par téléphone au 03 28 25 71 71 (prix d'un appel local) du lundi au vendredi, de 9 heures à 19 heures, et le samedi, de 9 heures à 17 heures. Depuis l'étranger au : 00 33 3 28 25 71 71. Par courrier électronique : abojournalpapier@lemonde.fr. Tarif 1 an : France métropolitaine : 399 €
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Valentino. ALESSANDRO LUCIONI/GORUNWAY
Miu Miu. MIU MIU
Jean Paul Gaultier. JEAN PAUL GAULTIER
弗朗索瓦兹·卢瓦(Françoise LOIRE,原姓 CHOQUET),
于 2026 年 9 月 29 日逝世,享年 98 岁。
宗教仪式于 10 月 6 日周二 10 时 30 分在巴黎 14 区勒克莱尔将军大道 82 号(82, avenue du Général Leclerc, Paris 14 $^{e}$)的圣皮埃尔-德-蒙鲁日教堂(église Saint-Pierre-de-Montrouge)举行。
Entre les tenues de bal de Valentino, le jeu sur les volumes de Jean Paul Gaultier et les assemblages surréalistes de Comme des garçons, la fashion week printemps-été 2027, qui s'est achevée mardi, à Paris, a marié couture et démesure
REPORTAGE
Du total look doré chez Saint Laurent, des fantaisies acidulées chez Loewe, de grands mélanges pastel chez Dries Van Noten : la fashion week de Paris, qui s'est achevée mardi 6 octobre, a multiplié les propositions audacieuses. Lors des dernières journées, l'édition printemps-été 2027 a parfois poussé le curseur encore plus loin, cherchant à séduire une cliente n'ayant pas froid aux yeux ou simplement à marquer les esprits.
Chez Valentino, Alessandro Michele aime interroger le sens de la mode. Cette fois-ci, l'Italien s'intéresse au concept d'antibibliothèque, popularisé par Nassim Nicholas Taleb. Selon l'essayiste, les livres non lus constitueraient la partie la plus précieuse d'une collection, un capital potentiellement illimité de découvertes. Le designer transpose cette idée aux vêtements : « Ceux que nous ne porterons jamais, à l'instar de ces livres toujours fermés sur les rayonnages, continuent de nous parler des vies que nous aurions pu vivre. Non comme un regret, mais comme une promesse», détaillet-il dans sa note d'intention.
Avec un tel postulat, on ne s'étonne pas que le défilé soit présenté à la bibliothèque Sainte-Geneviève ni que le vestiaire fasse preuve de fantaisie. Serpentant entre les rangées de tables en bois, les mannequins semblent parées pour un bal fantastique, avec des robes tout en explosion de couleurs, ornées de nœuds, de plumes, de dentelles et de broderies. A ces silhouettes belles mais un peu hors-sol, on préfère celles qui sont plus légères (un bustier et une jupe plissée rouges) ou qui compensent le glamour constitutif de Valentino par des éléments décontractés (casquettes, chemises à carreaux, chaussettes...). Le résultat n'en est que plus séduisant.
«Toujours chercher quelque chose d'excitant», tel est le mantra de Duran Lantink chez Jean Paul Gaultier. Le Néerlandais, arrivé à la direction artistique en 2025, continue d'expérimenter, quitte à susciter des critiques ou à laisser les fans historiques de Gaultier circonspects. «Les choses n'ont pas
CHEZ RICK OWENS,
DES ROBES
COMME DES VOILES
DE DÉESSE ANTIQUE
SUCCÈDENT
À D'ÉPAISSES
TUNIQUES À TRAÎNE forcément besoin de faire sens, c'est aussi un code de la maison», remarque le designer qui s'est fait connaître avec la marque à son nom. Dans cette collection, on retrouve l'ADN de Duran Lantink: un jeu sur les formes et les volumes, avec des vestes aux épaules déplacées sur les clavicules, des bustiers proetés vers l'avant, des trenches au col rectangulaire proéminent, etc.
La tridimensionnalité des silhouettes est soulignée par la mise en scène, un labyrinthe de miroirs qui permet de les observer sous toutes les coutures. Intégrés à l'univers du Néerlandais, les codes de Jean Paul Gaultier sont presque méconnaissables, comme les fameux soutiens-gorge coniques qui, devenus fins et pointus, sont délestés de leur charge érotique. Duran Lantink joue plus l'humour que la subversion, et c'est bien aussi.
On peut toujours compter sur Miuccia Prada pour pousser loin les expérimentations. Chez Miu Miu, son laboratoire destiné à une clientèle plus jeune que celle de Prada, elle reçoit comme à son habitude au Palais d'Iéna. Dans un décor de lino violet, gradins en bois brut et dossiers de siège en plastique, elle ose cette saison un mix plus éclectique que jamais. On croirait voir sortir des coulisses des étudiantes récemment inscrites à un club d'athlétisme, qui s'habillent aux puces, ne se maquillent pas, potassent Kierkegaard la semaine mais sortent en club sitôt le vendredi soir venu.
Jupe plissée sous le genou et veste en cuir vieilli, crop top synthétique moulant comme un maillot de course et tailleurs vernis à motif python, baskets de course (en collaboration avec l'équipementier New Balance) et jeans informes rapiécés (avec le fabricant américain Wrangler), jupe-tablier
SM en cuir et brassières bordées de cristaux disco... «J'ai voulu élever le sportswear, l'enrober d'une nouvelle élégance», assure l'Italienne. Elle ne craint ni les imprimés criards ni les associations douteuses, mais sait mieux que personne les rendre captivants, voire enviables. Dix jours après un défilé Prada sensationnel à Milan, axé sur d'infinies variations de jupes, Miuccia Prada prouve à Paris qu'elle est en pleine forme créative.
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让-路易·波塞尔(Jean-Louis PEAUCELLE)教授之逝,
于 2026 年 10 月 1 日在留尼昂岛圣丹尼斯逝世,享年 83 岁。
宗教仪式将于 10 月 9 日 10 时在 Primat 殡仪馆举行。
无需鲜花或花圈。可向他生前支持的“东方之作”(l'Œuvre d'Orient)组织捐款。
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Des pantalons à volants
Chitose Abe, elle aussi, use de contrastes. «Sacai est une marque qui explore la dualité : entre masculin et féminin, entre ville et sport. Cette saison, j'ai insisté sur l'opposition entre vrai et faux », souligne la Japonaise après avoir salué, sous les voûtes du Collège des bernardins. Cette intention se traduit par exemple par des imprimés cristaux ou fourrure, visibles sur des parkas, des robes asymétriques ou des jupes plissées, elles-mêmes bordées de véritables cristaux ou de bandes de fourrure synthétique duveteuse.
On retrouve bien sûr l'esthétique propre à la marque tokyoïte et ses jeux de déconstruction, mais avec des coupes plus drastiques que jamais. Les volumes géométriques dominent, avec des pantalons à volants, des robes de cuir lacérées en lamelles, des paillettes brodées affûtées comme des poignards, des cols entonnoirs proéminents, des épaules circonflexes, des manches déployées telles les ailes d'une chauvesouris... Sacai, en activité depuis 1999, maintient intacte son exigence de vêtements décalés, et cela lui réussit.
Alors qu'il utilise les mêmes ingrédients depuis près de vingt ans, Rick Owens arrive
雅克和米歇尔·拉马迪耶(M. et M $^{me}$ Jacques et Michelle Ramadier)夫妇,
其兄长及嫂子,
他们的子女
及孙辈,
弗朗索瓦兹·拉马迪耶(M $^{me}$ Francoise Ramadier)女士,
其姐妹,
她的子女
及孙辈,
帕米娜·科尼格(M $^{me}$ Pamina Koenig)女士,
其儿媳
及其子女加斯帕德和玛丽露,
悲痛地宣布
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Lacoste, Carven et Lanvin puisent dans le passé
POUR RÉUSSIR LEUR MISSION, les directeurs artistiques doivent être à la fois voyants (prévoir un vestiaire qui fera envie dans six mois) et gardiens du temple (maintenir vivant l'héritage d'une maison fondée il y a des décennies). A la fashion week de Paris, qui s'est terminée mardi 6 octobre, les designers dialoguent ainsi avec des fondateurs dont ils cherchent à raviver l'esprit.
Peter Copping, aux commandes du style de Lanvin depuis 2024, a passé du temps dans le bureau de Jeanne Lanvin (1867-1946), conservé tel quel depuis sa mort, rue Boissy-d'Anglas. « J'ai pris la décision très réfléchie de me limiter, à sa manière, à une palette de noir et blanc, à peine ponctuée d'accessoires de couleurs vives», explique le Britannique devant des dizaines de photos de femmes qui l'ont inspiré, de Nina Simone à Pina Bausch, d'Andrée Putman à Charlotte Rampling.
Dans une salle de répétitions brutaliste de l'Opéra Bastille, le vestiaire penche franchement du côté soir: vestes à revers marqué, robes ceinturées à basques, fourreaux ou tuniques en dentelle française... L'esprit Lanvin, avec ses échos aux Années folles, se reconnaît indubitablement, mais, sans contrepoint plus contemporain, entraîne hélas la collection vers un imaginaire un peu désuet.
Chez Lacoste, Pelagia Kolotouros est partie d'un geste frondeur de René Lacoste (1904-1996).
«En 1927, sur un court new-yorkais, il avait tellement chaud qu'il a découpé les manches de son polo, s'amuse la Gréco-Américaine. Cela m'a poussée vers une allure plus rebelle et façonnée par l'effort sportif. »
A Roland-Garros, la collection débute sagement par des ensembles lâches, dans des tons vert-de-gris ou ocre. Puis, crescendo, les couleurs s'électrisent (bleu cobalt, jaune soufre), le crocodile brodé se retrouve à l'envers, les cheveux des mannequins se raidissent, les jupes et tops gagnent un imprimé qui proclame « no limit »... Les derniers looks, blancs, vont jusqu'à suggérer des coulées de sueur à travers une superposition de couches textiles ou imiter en imprimé des traces de terre battue. En insistant sur cette image moins BCBG du tennis, Pelagia Kolotouros renouvelle un peu l'imaginaire de la marque et vise juste.
Avec Drew Henry chez Courrèges, Kai Nesselrath est l'autre designer à faire ses premiers pas à cette fashion week: cet Allemand qui a grandi à Rome, travaillé chez Saint Laurent et Chanel, est à la tête de Carven depuis le 8 juin. « Quand j'ai rejoint la maison, je me suis immergé dans les archives, rassemblant tous les dessins et images de Mme Carven que je pouvais trouver, étudiant ses silhouettes, écoutant ses interviews », détaille-t-il dans sa note d'intention.
Son ambition : « réveiller l'énergie » de la fondatrice Carmen de Tommaso (1909-2015), « une femme d'action qui travaillait avec ses mains ». Sans qu'elle soit particulièrement évocatrice du passé, cette collection de Kai Nesselrath semble plutôt juste. Elle propose un vestiaire oscillant entre le mignon (ensembles en soie aux couleurs pastel, vestes aux épaules arrondies, robes drapées) et le workwear (robes tabliers en coton épais, salopettes, vestes à poches plaquées). Il y a une certaine modestie dans l'approche qui correspond bien à l'idée qu'on se fait de Carven : une marque qui ne fait pas de vagues, mais propose de jolis vêtements.
E. V. B. ET V. PÉ.
Louis Vuitton. FILIPPO FIOR/GORUNWAY
encore à laisser ses invités pantois. Au Palais de Tokyo où il défile pour la énième fois, il livre un des plus beaux spectacles de cette fashion week, tant du point de vue de la collection que de la mise en scène. En plein air, les mannequins descendent une longue rampe placée au-dessus du bassin rectangulaire, tandis que les jets des fontaines, lancés à pleine puissance vers le ciel autour de ce podium métallique, dispensent généreusement leurs gouttelettes sur les mannequins et les convives.
La procession de Rick Owens frappe par son unité chromatique (nuances de beige, une touche de marron) et sa grande cohérence stylistique. Des robes comme des voiles de déesse antique succèdent à d'épaisses tuniques à traîne, puis ces cocons de soie se désagrègent et laissent la place à d'inquiétantes constructions: autour des corps s'organisent des mille-feuilles de tulle aux ondulations hypnotisantes et des structures rigides enrobées de tissus comme des exosquelettes. A 64 ans, le designer américain manie la démesure mieux que jamais.
Et que dire alors de Rei Kawakubo? Les défilés de la fondatrice de Comme des garçons reposent sur des manies inflexibles : un intérieur neutre, sombre et désaffecté (cette fois, en bord de Seine, sur le quai Jacques-Chirac), une musique interrompue d'un coup sec une fois le dernier passage achevé, aucun salut et, en guise d'exégèse du show, une seule phrase offerte par communiqué. Au menu du printemps-été 2027 : « Quand la vie royale et la vie quotidienne ne font plus qu'un. »
Les 23 silhouettes sont toutes surplombées de chapeaux blancs ou dorés, semblables à une couronne d'empereur ou bombés comme un bulbe. Les vêtements, eux, impressionnent par leurs volumes, au point que les mannequins doivent manœuvrer pour se croiser. Une tenue sphérique est éventrée, donnant à apercevoir des plumes de cuir noir à l'intérieur; une robe à fines rayures noires et blanches rythmée d'excroissances laisse deviner les cheveux d'une perruque rouge sang.
Dans leurs sculptures gonflées, composées de ouate, de vichy noir et blanc, de tissus à pois, de laine brossée et surtout de denim brut (la plus triviale des matières), les modèles pourraient passer pour des immenses Reine de cœur d'Alice au pays des merveilles échappées d'une foire d'art contemporain... A travers de tels personnages, Rei Kawakubo continue à mépriser les conventions, à plaider pour une beauté anticonformiste. Et à offrir une leçon de mode : elle a beau avoir soufflé sa 83 $^{e}$ bougie cette année et assurer quatre défilés par an, sa créativité jamais ne s'amollit ni ne se banalise.
Les deux maisons ont défilé aux derniers jours de la semaine de la mode. Matthieu Blazy s'est de nouveau inspiré de la garde-robe personnelle de Gabrielle Chanel, quand Nicolas Ghesquière a surpris avec un vestiaire très épuré
La structure de la fashion week de Paris ne doit rien au hasard. Les premiers et les derniers jours sont les plus convoités par les grandes marques, qui assument ainsi la charge symbolique d'ouvrir ou de clore les festivités. Le 29 septembre, Dior et Saint Laurent ont ainsi capté toute l'attention avec leurs shows pharaoniques, respectivement aux Tuileries et face à la tour Eiffel; les 5 et 6 octobre, ce sont Chanel puis Louis Vuitton qui ont présenté leurs défilés dans des lieux non moins prestigieux, et mis un point final à cette semaine de la mode printemps- été 2027.
Comme à son habitude, Chanel s'est emparé du Grand Palais, dont les volumes constituent un terrain de jeu propice pour construire un décor saisissant. Cette fois-ci, une nuée de bernaches, de grues, de mouettes et autres oiseaux migrateurs en papier-calque, éclairés de l'intérieur, envahit la grande nef. Le sol, en résine miroir, reflète leurs gracieuses silhouettes, certaines pouvant atteindre les 3 mètres d'envergure.
En plus d'être photogéniques, ces volatiles symbolisent l'esprit de la collection, qui raconte l'«envol» pris par Gabrielle Chanel (1883-1971). Depuis son défilé inaugural d'octobre 2025, le directeur artistique, Matthieu Blazy, place à chaque fois la fondatrice au cœur du propos, qu'il s'agisse de son style ou de sa vie. En coulisses, devant le mur d'inspiration rempli de clichés de la couturière, il raconte : «Il y a beaucoup d'aspects d'elle qu'on ne connaît pas, son côté joyeux, le fait qu'elle adorait jouer de la musique, s'habiller en homme ou porter des déguisements. »
Matthieu Blazy recompose le vestiaire de Gabrielle Chanel en s'appuyant sur des éléments réels : ses robes années 1930 coupées en biais, ses tailleurs de l'après-guerre, ses costumes masculins, jusqu'à l'ultime ensemble en tweed noir, porté avec le sac
2.55 lui ayant appartenu et tout droit sorti des archives. Le designer, qui se soucie de la portabilité du vêtement («Le défilé, c'est ce qui est vendu en boutique ; il n'y a pas de collection commerciale en plus »), multiplie les looks séduisants, fidèles au chic moderne de la fondatrice, qui, dès les années 1920, concevait des tenues dans lesquelles les femmes pouvaient se mouvoir aisément.
De temps en temps, il s'autorise des embardées avec des costumes d'Arlequin chamarrés, des robes vaporeuses un peu kitsch avec leur traîne imprimée de nuages ou d'un ciel étoilé, ou encore un manteau vermillon brillant
CHEZ LOUIS VUITTON,
PEU D'IMPRIMÉS,
PEU DE COULEURS,
MAIS UN VRAI TRAVAIL
DE LA MATIÈRE
Chanel. CHANEL
comme une boule à facettes. C'est sa touche à lui, une forme de naïveté assumée qui répond à son idéal d'une mode « poétique, belle et joyeuse, permettant d'échapper à la routine et à la période sombre ». A l'usage, Matthieu Blazy aura sans doute besoin de faire évoluer sa formule, mais, après un an et sept défilés, elle est toujours, dans un secteur du luxe chahuté par une crise durable, d'une redoutable efficacité.
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丹尼尔·雷纽伊(Daniel RÉNUIT,X 60)之逝,
于 2026 年 10 月 3 日逝世,享年 86 岁。
本公告即为讣告及致谢函。
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Un jersey stretch et extrafin
Louis Vuitton, de son côté, a choisi de s'installer au Louvre, où la marque défile très régulièrement depuis 2007. Cette fois-ci, le décor joue la carte du contraste : dans la Cour carrée, chargée d'histoire, a été dressé un genre de parking futuriste, où des voitures en forme de lingots logotés stationnent à différentes hauteurs du sol, certaines perchées dans les airs. « C'est une métropole fantasmée », explique le directeur artistique, Nicolas Ghesquière, qui a imaginé un vestiaire adapté à cet environnement, « pour se frayer un chemin dans le chaos du trafic ».
Si l'inspiration paraît assez fantasque, la collection, elle, est empreinte d'une rationalité à laquelle le designer a peu habitué son public. Dans une quête de « légèreté et d'ergonomie », il propose un vestiaire très souple, presque dépouillé, où les expérimentations textiles qui constituent sa signature restent discrètes : des tailleurs classiques sont coupés dans un jersey stretch et extrafin qui colle à la peau, mais se soulève au moindre coup de vent; des manteaux en cachemire double face complètement réversibles enveloppent nonchalamment les corps; les ornementations des robes consistent en des couches de mousseline de soie décollées, aux bords effilochés. Peu d'imprimés, peu de couleurs, mais un vrai travail de la matière.
Cette collection réussie et inattendue au regard des précédentes, beaucoup plus exubérantes, est peut-être liée, chez Nicolas Ghesquière, à un besoin de se renouveler, après treize ans années à son poste chez Louis Vuitton – il lui reste, en principe, encore au moins deux ans. Cette longévité, tout à fait exceptionnelle par les temps qui courent, a valu au designer un moment particulier au cours de cette fashion week.
Le 2 octobre, quatre jours avant le défilé, il recevait les insignes de chevalier de la Légion d'honneur des mains d'Emmanuel Macron, au palais de l'Elysée. Lors de cette cérémonie, la famille Arnault au complet était présente ainsi que les hauts gradés de LVMH (Pietro Beccari, le PDG de Louis Vuitton et du LVMH Fashion Group; Sidney Toledano, conseiller spécial de Bernard Arnault; Stéphane Bianchi, le directeur général adjoint du groupe; Peter Marino, l'architecte des boutiques Dior et Louis Vuitton...). Ainsi, évidemment, que Brigitte Macron, que Nicolas Ghesquière habille depuis plus de dix ans. La première dame était aussi présente, le soir du défilé, dans la Cour carrée. A Paris, la mode est une affaire de paraître, mais aussi de pouvoir.
M on cher... » Quand Hélène Hazera passait au vouvoiement, son interlocuteur savait à quoi s'en tenir. Pour Gérard Lefort, son ancien complice inconsolable de Libération, la journaliste et figure majeure du militantisme trans, morte à Paris, lundi 5 octobre, à l'âge de 74 ans, était «outrageante, dans le bon sens du terme ». «Elle avait un talent fou pour flinguer les cons, les traiter de “plat de nouilles”, toujours avec une cruelle drôlerie. Elle avait aussi la grâce de prendre sous son aile les sansgrade. » Revendiquée libertaire et plutôt anarchiste, attirée par les situationnistes, elle était «considérable pour ses qualités intellectuelles et sa détermination, au cours des XX $^{e}$ et XXI $^{e}$ siècles, à embrasser son désir», raconte Laure Adler, qui la croisa dans le militantisme du début des années 1970, avant de la recruter, en 1999, à France Culture, dont elle était directrice.
Née en 1952 dans un foyer bourgeois parisien, Hélène Hazera a pourtant gagné « l'esprit de résistance » au contact de sa famille. Son père avait, pendant la guerre, rejoint Londres, et sa mère risqué sa vie comme agent de liaison. « J'ai toujours su que je ne pourrais jamais faire aussi bien », confiait-elle, en 2017, dans l'émission de France Culture « A voix nue ». Dès 14 ans, elle manifeste pour la paix au Vietnam. A 17, elle est diagnostiquée de troubles maniacodépressifs, et est hospitalisée. Lors de son internement, elle demande du papier, et écrit frénétiquement. Elle affirmera aussi que les poèmes d'Omar Khayyam (1048-1131) participèrent à la sau-ver de l'adolescence. C'est au FHAR, le Front homosexuel d'action révolutionnaire, créé en 1971, puis aux Gazolines, groupe formé un an plus tard et dont l'un des slogans est « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous », qu'elle devient un visage de l'activisme transgenre. Entre-temps, elle commence sa transition mais n'obtiendra son changement d'état civil qu'en 2023, à 71 ans.
Elle rêve de cinéma et apparaîtra devant la caméra d'Adolfo Arrieta ou de Jean-Luc Godard (colocataire d'Isabelle Huppert dans Sauve qui peut (la vie), sorti en 1980), mais l'Idhec, la future Fémis, école de cinéma, la recale d'abord, par transphobie. S'ensuivent près de cinq ans de prostitution, avant qu'un ancien du FHAR devenu critique à Libération, Michel Cressole, ne la fasse, en 1978, entrer au journal, rubrique télévision. «J'ai grandi
1952 Naissance à Paris
1978-1999 Journaliste
à « Libération »
2022-2017 Productrice de
« Chanson Boum! »
sur France Culture
1ER AVRIL 2026 Sortie d'« Hélène Trésore Transnationale », documentaire de Judith Abitbol qui lui est consacré
5 OCTOBRE Mort à Paris
dans un monde où la société n'imaginait pas que les personnes trans puissent s'insérer dans le monde du travail», témoignait-elle, en mars, dans Les Inrocks. « J'ai été la première trans journaliste dans un grand quotidien, à travailler à la radio, à faire des documentaires », écrivait-elle, en 2013, dans une tribune dans Libération.
«Elle était militante, mais, au journal, elle n'était pas la seule», se souvient Marie Colmant, autre collègue de Libé, dont le premier contact avec Hélène Hazera fut insolite: celle-ci, en tenue stricte, jupe grise par-dessus le genou et chaussures de grand-mère, « si bien que j'ai cru que c'était une bonne sœur en civil », tabassait le clavier de sa machine à écrire avant d'hurler, gouailleuse: « J'ai fini, j'envoie la purée! » « Elle avait une culture inouïe. M'avait grondée parce que j'avais écrit, sur un défilé Saint Laurent, que des vestes semblaient surgir d'une toile de Picasso, alors que c'était plutôt du Braque. »
Elle se révèle encyclopédiste de la chanson, notamment ancienne. « Elle chantait tout le temps ou récitait des poèmes, insiste Gérard Lefort. C'est avec elle que j'ai découvert des chanteuses comme Marianne Oswald [1901-1985]. » « Quand je lui ai proposé de faire de la radio, elle m'a dit qu'elle rêvait de réhabiliter la chanson comme art populaire, et j'ai dit banco », poursuit Laure Adler. « Chanson boum! », sur France Culture, gagne ses adeptes, de 2002 à 2017. « Elle recevait un courrier massif, et aimait le lien avec les auditeurs », confie l'ex-patronne de la station. « J'ai un besoin de reconnaissance fou, qui me fait faire n'importe quoi, des fois », lâche Hélène Hazera dans le documentaire de Judith Abitbol qui lui est consacré, Hélène Trésore Transnationale, marquant, lors de sa sortie en avril, une de ses dernières interventions.
Elle avait aussi créé, au sein d'Act Up, la commission trans et sida, après la disparition de ses amis séropositifs, dont Michel Cressole, et la révélation de sa propre contamination. « Elle est, pour moi, un exemple », souligne Laure Adler. ■ MICHAËL MOREAU
访谈
亚历山德尔·德泽(Alexandre Dézé)是蒙彼利埃大学的政治学教授,也是政治与社会研究中心的研究员。他与萨菲亚·达哈尼(Safia Dahani)共同主编了《关于极右翼的固有观念》(Idées reçues sur l'extrême droite)一书,该书将于11月由 Le Cavalier bleu 出版社出版。他回顾了 Mediapart 于9月28日(周一)披露的、被认为出自乔丹·巴尔德拉之口的2013年反犹言论给国民联盟(RN)带来的后果。
Une cérémonie religieuse sera célébrée le 23 octobre 2026, à 15 heures, en l'église Saint-Denys du Saint-Sacrement, 68 ter, rue de Turenne, Paris 3 $^{e}$ .
survenu le 29 septembre 2026, à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans.
La cérémonie religieuse a été célébrée le mardi 6 octobre, à 10 h 30, en l'église Saint-Pierre-de-Montrouge, 82, avenue du Général Leclerc, Paris 14 $^{e}$ .
Ils rappellent le souvenir de son époux
René LOIRE (1923 - 2011).
Lyon. Paris. Pune, Maharashtra (Inde). Les Montèzes-Monoblet.
M. Wolfram Mallison, son époux,
Thérèse-Charlotte, Augustin et Sylvie, Nicolas et Rashmi, Elise-Rachel et Luc,
La cérémonie s'est déroulée le 6 octobre, à 14 h 30, en l'église Saint-Étienne d'Anduze, suivie de l'inhumation au cimetière d'Anduze et d'une réception aux Montèzes.
哲学家弗雷德里克·内拉(Frédéric Neyrat)的《创伤机器:人工智能与技术法西主义》(Traumachine. Intelligence artificielle et technofascisme,MF,2025, ),记者纳斯塔西娅·哈贾吉(Nastasia Hadjadji)和奥利维尔·特斯凯(Olivier Tesquet)的《末日书呆子:技术法西主义者如何夺权》(Apocalypse Nerds. Comment les technofascistes ont pris le pouvoir,Divergences,2025),哲学家诺曼·阿贾里(Norman Ajari)的《技术法西主义:白人至上主义的新梦想》(Technofascisme. Le nouveau rêve de la suprématie blanche,Météores,200 页,16 欧元);以及社会学家伊雷内·雷诺(Irénée Régnauld)的《技术传唤:在灾难时代》(La Sommation technologique. Au temps des catastrophes,La Fabrique,208 页,16 欧元)。这四部著作既标志着特朗普新任期给知识分子带来的震惊,也标志着他们渴望用一个新词来将这种前所未有的权力所带来的现状概念化。这种形式即为技术法西主义,纳斯塔西娅·哈贾吉将其定义为“利用技术基础设施进行一场旨在为了私营企业的利益而夺取国家的反革命”。
“AI 正在发生的事情已经超出了设计它的阶级的控制,并产生了一种认知法西主义”
—— 弗雷德里克·内拉(FRÉDÉRIC NEYRAT),哲学家
[...OMITTED...]
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Jean-Louis PEAUCELLE, professeur des Universités,
survenu à Saint-Denis de La Réunion, le 1 $^{er}$ octobre 2026, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.
La cérémonie religieuse sera célébrée le 9 octobre, à 10 heures, au centre funéraire de Primat.
Ni fleurs ni couronnes. Des dons peuvent être faits à l'Œuvre d'Orient qu'il soutenait.
一些专家对这个词的使用持谨慎态度。例如社会学家、 《技术:当硅谷重塑世界》(*La Tech. Quand la Silicon Valley refait le monde*,Seuil,2023)一书的作者奥利维尔·亚历山大(Olivier Alexandre)认为,这一概念在“经验上仍不稳定”,且忽略了硅谷的大部分成员在政治上仍倾向于民主党。伊雷内·雷诺(Irénée Régnauld)则承认这是一个战略性的用法:“技术法西斯主义”已成为一个“谴责之词”。在《技术传唤》(*La Sommation technologique*)中,他是最早质疑是否存在“法式技术法西斯主义”的人之一。结论是:除了少数边缘人物外,并不存在一个可以被贴上此标签的运动,但存在一个有利于将其引入的温床。
因为这个奖项确实是一场政治操弄的结果,而且这场操弄运作得非常成功。相关事实已由档案证明,菲利普·米罗夫斯基(Philip Mirowski)曾对其进行研究,随后经济历史学家艾夫纳·奥弗(Avner Offer)和加布里埃尔·索德伯格(Gabriel Söderberg)在《诺贝尔因子:经济学奖、社会民主主义与市场转向》(The Nobel Factor. The Prize in Economics, Social Democracy, and the Market Turn,2016, 未译)一书中进行了剖析。1968, 瑞典银行行长佩尔·阿斯布林克(Per Asbrink)试图从塔格·埃兰德(Tage Erlander,1901-1985)领导的社会民主党政府手中争取其机构的独立性,但以失败告终。在获得诺贝尔家族最年长成员的认可以及由工业家掌控的诺贝尔基金会的同意后,他决定利用银行资金资助一个经济学奖。
Vous pouvez exprimer votre soutien à la recherche médicale en effectuant un don en ligne à la Fondation Charcot (IBAN BE43 0001 6000 1601 BIC GEBABEBB) avec la mention « Avec le soutien de Paul Ramadier ».
« On ne meurt pas toujours les armes à la main. Il y a l'histoire et il y a autre chose le simple bonheur, la passion des êtres, la beauté naturelle. » Albert Camus, Actuelles, 1948.
Elle a fini brutalement ses jours il y a vingt-quatre ans, à l'âge de vingt-cinq ans, brillante et la vie devant elle. Pourquoi ?
L'avoir connue, c'est la garder vivante en son cœur pour toujours.
L'avoir perdue, c'est un charme de la vie qui s'est envolé, rien n'est plus comme avant sans sa présence lumineuse inoubliable.
Tu aurais bientôt cinquante ans, déjà le double de ce que tu as vécu... Tant d'années de bonheur perdues, sans amour, sans tendresse, alors que tu avais tout pour toi! Pourquoi?
Yasmine Ariane, ma belle ancienne élève, mon amie et mon amante, toi qui avais l'âge d'être ma fille, tu m'accompagneras tout le restant de mes jours. Je te retrouverai dans nos lieux magiques du Cotentin comme dans nos rues parisiennes et je n'oublierai jamais nos mélodies de Vivaldi... Mais je n'aime plus voir ta chaise vide à la fontaine Médicis.
Pardonne-moi pour ce que je n'ai pu faire pour t'aider à vivre et pour ce que j'ai pu faire qui ne t'a pas aidée à vivre. Tu ne sauras jamais combien je te remercie d'avoir croisé mon chemin et d'avoir été cette femme merveilleuse que j'ai tant aimée. Et merci aussi... pour toutes ces heures où je t'ai fait réciter tes verbes latins!
Ainsi parle une folle passion qui ne pourra s'éteindre.
Les mots qui suivent nous ont entourés de romantisme, t'en souvient-il autant qu'il m'en souvient?
« J'entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde. »
Paul Éluard.
« La passion affamée engloutissait mes heures, mes jours (...).
Je ne doutais plus de ma réalité effective ;
je vivais, l'univers entier se condensait en moi, je me disséminais par tout l'univers. Je possédais l'amour et l'amour me possédait ; ma joie était un martyre, ma douleur une extase (...).
Passé, où donc es-tu, où donc es-tu ?
Ô mon cher passé, ô mon amour profond à tout jamais enseveli ! » Czeslaw Milosz.
« Lieb' Liebchen,
leg's Händchen auf Herze mein. »\*
\*« Ma bien-aimée,
pose ta petite main sur mon cœur. »
Heinrich Heine.
« Wie die Erfüllung eines oft geträumten Traums. »\*
« Comme l'accomplissement d'un rêve souvent rêvé. »
Ludwig Tieck.
« I arise from dreams of thee,
In the first sweet sleep of night.
When the winds are breathing low,
And the stars are shining bright:
I arise from dreams of thee... »\*
\*« Je me lève des rêves de toi
Dans le premier doux
sommeil de la nuit.
Quand les vents s'affaiblissent :
Et que les étoiles brillent :
Je me lève des rêves de toi... »
Percy Bysshe Shelley.
« Pillow’d upon my fair love’s ripening breast,
To feel for ever its soft swell and fall,
Awake for ever in a sweet unrest,
Still, still to hear her tender - taken breath,
And so live ever... »\*
\*« Reposant sur le sein de mon bel amour,
Pour sentir à jamais son doux soulèvement et sa chute,
Éveillé pour toujours dans un trouble délicat,
Encore et encore écouter son souffle tendre,
Et ainsi vivre pour toujours... »
John Keats.
Ad vitam æternam...
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Alexandre Dézé « Les propos racistes tenus au sein du RN n'ont pas réussi à altérer son image »
Le politiste rappelle que l'alternance entre radicalité et respectabilité est consubstantielle à la stratégie du Rassemblement national, qui dispose désormais d'un socle de soutiens très solide au sein du paysage politique français
Alexandre Dézé est professeur de science politique à l'université de Montpellier et chercheur au Centre d'études politiques et sociales. Il dirige, avec Safia Dahani, l'ouvrage Idées reçues sur l'extrême droite, à paraître en novembre aux éditions Le Cavalier bleu. Il revient sur les conséquences, pour le Rassemblement national (RN), de la publication par Mediapart, lundi 28 septembre, de propos antisémites datant de 2013 attribués à Jordan Bardella.
Les récentes révélations sapent-elles la stratégie de « normalisation » du parti d'extrême droite?
Ces révélations mettent clairement le RN dans l'embarras. Mais quelles en seront les conséquences, concrètement? La dynamique sondagière et électorale du parti pourrait ne pas en être affectée: même la condamnation, pourtant lourde, de Marine Le Pen n'a pas eu d'effet sur les niveaux d'intentions de vote élevés qui lui sont prêtés dans les enquêtes des instituts [le 7 juillet, Marine Le Pen a été condamné en appel dans l'affaire des assistants parlementaires européens du parti à trois ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, et à 100 000 euros d'amende].
Le socle formé par les soutiens du RN est en effet l'un des plus solides au sein du paysage politique français, et ces soutiens considéreront probablement les révélations de Mediapart comme relevant avant tout d'une nouvelle attaque à l'égard du parti. Par ailleurs, il faut se souvenir que les enquêtes de la Commission nationale consultative des droits de l'homme montrent que le niveau de préjugés antisémites chez les sympathisants du RN est l'un des plus élevés (55 % en 2024, 48 % en 2025).
Enfin, je ne pense pas que ces révélations modifient la perception, désormais assez largement établie dans l'opinion publique, selon laquelle le RN serait désormais un parti «dédiabolisé». Car les propos racistes, xénophobes, antisémites qui sont régulièrement tenus au sein parti, et qui font l'objet de fréquentes «révélations» de la part des médias, n'ont pas réussi à altérer son image.
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世界报校园版 (Le Monde CAMPUS)
《世界报》副刊 第25434号 日期:2026年10月8日,星期四
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Comment la question de l'antisémitisme est-elle devenue un élément central de cette stratégie?
Depuis plus d'une dizaine d'années, l'antisémitisme a été pensé par le parti comme le «verrou idéologique» freinant sa normalisation. Dans un entretien accordé en 2013 à l'historienne Valérie Igounet, Louis Aliot, alors vice-président du RN, avait déclaré: «C'est l'antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous.» Il laissait ainsi penser que les autres positions du parti, sur l'immigration, ou sur l'islam, ne poseraient plus problème – «d'autres sont pires que nous sur ces sujets-là», précisait-il. Et, en effet, les vues du RN sur ces thématiques ont été adoptées par plusieurs acteurs politiques, plus particulièrement de droite, qui ont contribué à les rendre d'autant plus acceptables.
C'est pour faire « sauter » ce dernier obstacle que les dirigeants du parti ont cherché à donner des gages en matière de lutte contre l'antisémitisme. Marine Le Pen s'est ainsi présentée dès 2014, dans un entretien à Valeurs actuelles, comme un « bouclier » pour les juifs en France, et a participé à la marche contre l'antisémitisme de novembre 2023. Ce sont tous ces efforts que viennent aujourd'hui contrarier les révélations de Mediapart.
Pour se défendre, Jordan Bardella a accusé La France insoumise (LFI) d'avoir « glorifié le 7-Octobre comme des actes de résistance » et multiplié « les jeux de mots antisémites » ces derniers mois. Ce retournement de l'accusation en antisémitisme est-il un outil de plus au service de la stratégie de « normalisation » du parti?
C'est en effet devenu l'un des ressorts de cette stratégie. La « diabolisation » de LFI, expression devenue usuelle dans le commentaire politique, semble ainsi avoir servi la « dédiabolisation » du RN. Ce simple transfert de vocabulaire, autrefois réservé au seul parti d'extrême droite, témoigne d'un déplacement du stigmate politique. Mais le RN n'est pas seul responsable : la construction de LFI comme « ennemi » résulte aussi du discours de plusieurs de ses adversaires politiques.
Enfin, en la matière, le RN a pu également compter sur des soutiens inattendus. Serge Klarsfeld – qui a consacré une grande partie de sa vie à poursuivre les anciens responsables nazis et à documenter la persécution des juifs en France – a ainsi pu déclarer en juin 2024 que, dans l'hypothèse d'un duel entre le RN et LFI au second tour des élections législatives, il voterait « sans hésitation » pour le RN, tout en le qualifiant d'« adversaire politique ».
Depuis le début de l'entreprise politique qu'est le RN, les phases de radicalisation et de normalisation alternent au gré du contexte politique et électoral. Faut-il s'attendre, si la stratégie de normalisation actuelle du RN achoppait sur la question de l'antisémitisme, à un retour à une stratégie de radicalisation?
Je ne crois pas que cette stratégie de radicalisation ait jamais été abandonnée. Il y a quelques semaines à peine, Marine Le Pen remettait à l'ordre du jour la question de la pénalisation du voile islamiste dans l'espace public.
La «diabolisation» – c'est-à-dire la stratégie assumée du parti et de ses cadres consistant à mettre en avant les éléments les plus radicaux de son idéologie, ce qui se traduit souvent par des «dérapages » et des provocations – fait partie intégrante du fonctionnement du parti. Elle lui permet d'affirmer et de réaffirmer régulièrement ses fondements identitaires et de conforter le socle de ses soutiens. Il reste que le récit de la «dédiabolisation» – la stratégie inverse, visant à réduire le jugement moral porté sur le parti et à le rendre respectable – s'est désormais imposé comme un récit dominant dès lors qu'il s'agit d'évoquer le RN. De fait, on oublie que la radicalisation continue de relever du répertoire stratégique du parti, et on s'étonne à chaque fois de la redécouvrir.
La perception du RN au sein de l'opinion a beaucoup évolué et ses idées sont beaucoup moins rejetées. Ce qui fait qu'aujourd'hui, activation de la radicalité (diabolisation) et recherche de légitimité (dédiabolisation) n'agissent plus de manière contradictoire, comme par le passé. Le parti peut en même temps présenter une façade respectable et rassurer ses soutiens les plus radicaux, sans avoir forcément à en subir les coûts. L'acceptabilité croissante du parti semble ainsi avoir neutralisé les effets autrefois négatifs des saillies verbales de ses dirigeants.
Perrine Simon-Nahum Jordan Bardella appartient à la « génération Soral », entrée en politique dans les années 2010
A la suite des révélations de « Mediapart » sur les écrits antisémites du président du RN, la philosophe analyse comment cette haine singulière structure des imaginaires radicaux et menace les fondements du débat politique
Le fait qu'une accusation d'antisémitisme marque le début de la campagne présidentielle est symptomatique. Ce que révèle l'affaire Bardella [déclenchée par les révélations de Mediapart sur les écrits antisémites de Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, RN], au-delà de la conduite de l'intéressé lui-même, est la manière dont l'antisémitisme fonctionne comme un piège pour la démocratie. L'antisémitisme n'est pas un racisme ordinaire, même s'il en partage certains traits.
Le juif dont l'antisémite déplore l'existence n'est pas un ennemi comme un autre. Il semble d'autant plus dangereux à ses yeux qu'il ne peut se résumer à une identité. Il apparaît comme insaisissable, à la fois trop semblable et donc impossible à repérer, mais aussi trop différent pour pouvoir être intégré au corps social. De là découle une argumentation construite en miroir. Dans un monde toujours plus complexe, l'antisémitisme déroule un récit mythique ramenant l'ensemble des événements qui nous affectent à une cause unique. Il s'agirait pour les juifs de chercher à dominer le monde. Le mobile importe peu, qu'il s'agisse du pouvoir ou de l'argent.
L'antisémitisme est ensuite une représentation simpliste et manichéenne du monde. A la différence de la théorie du « grand remplacement », qui prétend décrire un danger venant de l'immigration, le projet dont il est question vient d'en haut. Il repose sur le secret et répond à une organisation implacable. Quant à l'éventualité de réfutations possibles, elles sont immédiatement dénoncées comme apportant la preuve même de l'existence du complot.
Enfin, le point par lequel l'antisémitisme 2.0 se différencie de celui des années 1980 et, plus encore, de celui des courants nationalistes du XIXe siècle, tient dans son identification avec une vision apocalyptique de la pratique politique. Tels sont les éléments qui constituent ce qu'on pourrait appeler, en référence au grand historien de l'antisémitisme Léon Poliakov [1910-1997], la « nouvelle causalité diabolique ».
Que le jeune homme de 17 ans et quelques mois, encarté au Front national [l'ancien nom du RN], ait pu adhérer à de telles idées n'a rien de surprenant. L'antisémitisme tient à l'ADN du parti fondé par Jean-Marie Le Pen, et la polémique actuelle ne fait que mettre en lumière la naïveté de ceux qui pouvaient croire en sa normalisation.
面对 AI,年轻人重新掌控主导权
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L'ANTISÉMITISME N'EST PAS UNE HAINE ORDINAIRE. IL RÉDUIT LA POLITIQUE À N'ÊTRE PLUS QU'UN CHAMP DE RUINES
On ne reviendra pas ici sur l'ensemble des éléments témoignant de l'influence d'idées antisémites dans ses rangs, ni sur le fait que la «dédiabolisation» fut une stratégie inventée par les idéologues du parti, au milieu des années 1980, pour contourer les obstacles s'opposant à l'accession aux plus hautes responsabilités. Cela ne signifie pas que ses dirigeants s'en réclament ouvertement ou qu'ils se reconnaissent eux-mêmes comme des antisémites. Il n'en reste pas moins que leur projet politique en participe.
Au vu de l'essentialisation de certains groupes, de la référence à la nation ethnique contre la nation civique ou de la réécriture du roman national qui nourrissent leurs discours, il est peu probable que la société qu'ils appellent de leurs vœux autorise une quelconque pluralité, qu'il s'agisse des origines ou des opinions. Ainsi, pour interdire le voile [en 2012], ont-ils inclus la kippa dans leur proposition avant de faire rapidement machine arrière. En année électorale, et alors que le RN serait le grand favori pour accéder à la présidence de la République, il est bon qu'au détour de la polémique actuelle les citoyens en prennent conscience.
Au-delà du récit mythique et de la représentation du monde, l'antisémitisme s'incarne depuis le début des années 2000 dans une vision singulière de la politique. Jordan Bardella appartient en effet à cette « génération Soral » [du nom du polémiste antisémite Alain Soral], entrée en politique dans les années 2010 et qui a aujourd'hui essaimé aussi bien à l'extrême droite que dans les rangs de la gauche radicale. Parmi elle, on peut par exemple citer le nom de David Guiraud, aujourd'hui maire «insoumis» de Roubaix [lequel a reconnu, lors d'un entretien avec Libération en 2023, avoir regardé des vidéos d'Alain Soral]. Pour ces jeunes nourris à l'antisémitisme paranoïde soralien, il ne s'agit pas seulement de penser le monde mais d'y agir. L'action doit être violente et radicale; elle doit « renverser la table » et apparaître définitive face à une menace elle-même conçue comme absolue.
Ceci explique qu'aujourd'hui, alors que notre pays est menacé par la Russie, affronte une crise inédite des finances publiques et doit faire face comme le reste de la planète au dérèglement climatique, ce référent qu'est l'antisémitisme continue de jouer un tel rôle à l'extrême droite comme à l'extrême gauche.
Peu importe que le RN se reconnaisse un ou plusieurs ennemis ou, qu'avant même les juifs, il désigne l'ensemble des immigrés comme sa cible. Ce qui compte est la structure que son discours imprime à l'action et qui trouve à se nourrir des défaillances des démocraties. L'antisémitisme, on l'a dit, n'est pas une haine ordinaire. L'ennemi qu'il désigne, parce qu'il est inassignable, donne lieu à une traque sans fin.
Il réduit la politique à n'être plus qu'un champ de ruines.
C'est sur ce nihilisme que se construit « l'enfance d'un chef ». Semblables à Lucien Fleurier décrit par Sartre dans sa nouvelle [parue en 1939], Jordan Bardella et la « génération Soral » cherchent dans ce combat à mort la preuve de leur existence. Or, celle-ci peut résulter de deux choses : le caractère inextinguible de la haine que l'on voue à celui que l'on accuse de son malheur ; la destruction de l'ensemble des règles qui permettent aux hommes de vivre en société. Nous y sommes aujourd'hui. Il faudra donc, dans les mois qui viennent, accorder une attention toute particulière à la manière dont ces partis entachés de soupçons d'antisémitisme proposent d'affronter la question de la sécurité au travers de la crise ukrainienne et celle de la souveraineté dans la gestion de la crise de la dette.
Perrine Simon-Nahum
est directrice de recherche au CNRS, professeure attachée au département de philosophie de l'Ecole normale supérieure
“我想慢下来”
就像 33 岁的埃尔敏(Hermine,她不愿透露姓氏)一样,一些年轻的职场人士毫不犹豫地选择了职业转型。这位巴黎人拥有文化中介硕士学位,刚刚开始在“职责同伴会”(Compagnons du devoir)接受铺砖工和马赛克工的培训,并在一家地面翻新公司进行工学交替实践。
“诚然,转向手工行业的趋势在增加,但与其它类型的职业转型相比,这仍然是少数,”巴黎多芬-PSL大学(université Paris-Dauphine-PSL)的社会学讲师安妮·茹尔丹(Anne Jourdain)分析道。根据 8 月底发布的一份来自资格研究中心(Centre d'études et de recherches sur les qualifications)的报告,在职业生涯初期就希望重新定向的年轻职场人士数量达到了前所未有的规模——其中甚至包括那些在职业上感到满足的人。
34 岁的艾娜(Aina,化名)毕业于巴黎的欧洲商业学院(European Business School),在数字职业的黄金时代进入职场。在接下来的十年里,这位定居马赛的女性曾担任电子商务项目经理,并在 2023 年至 2026 年期间领导一家沟通机构的数字部门,其中包括一个 AI 单元。“这变得越来越缺乏人性,我意识到我部署的聊天机器人和其他解决方案在使人非人化:客户只与机器对话,”这位马达加斯加裔年轻女性讲述道,“在 AI 的底层劳工(负责标注随后用于训练 AI 的数据)中有很多马达加斯加人,这让我个人深受触动。久而久之,我甚至在朋友面前对自己从事的职业感到羞愧。”
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La France doit reconnaître un crime autonome d'écocide dans son code pénal
La France doit transposer la directive européenne sur la criminalité environnementale, troisième activité criminelle la plus lucrative au monde, soutient un collectif réunissant notamment le magistrat François Molins, le climatologue Jean Jouzel et la députée européenne Marie Toussaint
Aujourd'hui, la réalité de la crise écologique ne fait plus débat. Les constats scientifiques sont sans appel : sept des neuf limites planétaires ont déjà été franchies et, selon le GIEC [groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat], le seuil de 1,5 °C de réchauffement devrait être atteint au début des années 2030. En France, les vagues de chaleur extrême et la multiplication des incendies de forêt ravageant des écosystèmes entiers témoignent de l'ampleur de cette crise, dont les territoires ultramarins subissent également les conséquences de plein fouet.
Face à cette crise et aux atteintes à l'environnement qui menacent les conditions de vie des générations présentes et futures, les décideurs publics, les institutions internationales et les juridictions du monde entier reconnaissent désormais que la préservation du climat, de la biodiversité et des écosystèmes conditionne la sécurité, la prospérité et la résilience de nos sociétés.
Or, certaines de ces atteintes résultent d'activités criminelles. Comme le souligne Christophe Soulard, premier président de la Cour de cassation : « La criminalité environnementale n'est plus une délinquance de niche. C'est la troisième activité criminelle la plus lucrative au monde. Mais, derrière les millions d'euros, il y a la réalité humaine et écologique de ces crimes. » Face à ces constats, le droit s'affirme comme un outil essentiel de dissuasion des atteintes les plus graves portées au vivant.
A l'échelle internationale, la Cour internationale de justice l'a rappelé le 23 juillet 2025, en précisant que les Etats ont l'obligation juridique de protéger le système climatique et de prévenir les dommages environnementaux graves. Le 20 mai, l'Assemblée générale des Nations unies a confirmé cette orientation en adoptant une résolution historique appelant les Etats à mettre leurs politiques en conformité avec leurs obligations climatiques et environnementales. Le Vanuatu, les Fidji et les Samoa ont proposé d'intégrer l'écocide parmi les crimes relevant de la Cour pénale internationale. En octobre 2025, l'Union internationale pour la conservation de la nature a adopté, avec le vote favorable de la France, une résolution appelant à reconnaître l'écocide en droit national et international.
Plus d'une dizaine d'Etats reconnaissent déjà l'écocide dans leur droit interne, notamment la Belgique et la République de Maurice, tandis que des initiatives sont en cours dans plus de vingt autres pays. En Afrique, la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement en a fait une priorité pour 2025-2027, alors que la Commission climat du bassin du Congo soutient sa reconnaissance et que la question est également discutée au sein de l'Organisation des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Le Conseil de l'Europe a adopté, le 14 mai 2025, une Convention sur la protection de l'environnement par le droit pénal, signée par la France le 18 septembre 2026, visant notamment les comportements les plus graves pouvant être assimilés à un écocide.
L'Union européenne a également franchi une étape décisive avec l'adoption, le 11 avril 2024, de la directive (UE) 2024/1203 relative à la protection de l'environnement par le droit pénal, qui impose aux Etats membres de renforcer la préven-
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“想到要为那些卖豌豆的网红剪辑视频,我就失去了动力” —— 恩诺拉(ENORA),前广告艺术总监
乔纳斯(化名),29岁,曾在巴黎的一家传播机构工作两年。自2024年起,生成式AI被用于他几乎所有的工作任务:记录笔记、撰写摘要、制作演示文稿等。“这加快了工作速度,让我们变得更高效,但代价是职业价值的贫乏:我们本应保留社会认可度更高的任务(如创意部分),而将那些枯燥的任务交给AI,但实际发生的情况恰恰相反,”这位毕业于雷恩政治学院(Sciences Po Rennes)的前项目主管观察到,他最终承担了近两名全职员工的工作量。
LE DROIT S'AFFIRME COMME UN OUTIL ESSENTIEL DE DISSUASION DES ATTEINTES LES PLUS GRAVES PORTÉES AU VIVANT
tion et la répression des atteintes les plus graves à l'environnement. Elle introduit des «infractions pénales qualifiées», que son considérant 21 présente comme pouvant être «comparables à un écocide».
Le législateur européen consacre ainsi une hiérarchisation des atteintes à l'environnement selon leur gravité, en distinguant les atteintes les plus graves des autres infractions environnementales et en prévoyant une réponse pénale renforcée. La directive vise également à renforcer la responsabilité des personnes morales et prévoit, dans certains cas, des poursuites pour des faits produisant des effets au-delà des frontières nationales.
Sa transposition, attendue au plus tard le 21 mai, n'ayant pas été réalisée, la Commission européenne a adressé en juillet une mise en demeure à la France, lui demandant de notifier l'ensemble de ses mesures de transposition. Cette obligation offre l'occasion de repenser notre droit pénal environnemental et d'y traduire la distinction entre les atteintes les plus graves et les autres infractions environnementales.
La France a déjà amorcé une réflexion sur la reconnaissance du crime d'écocide. Le 29 juin 2020, à l'issue des travaux de la convention citoyenne pour le climat, le président Macron s'était publiquement engagé à porter cette reconnaissance en droit international. Six ans plus tard, cet engagement contraste avec la réponse apportée en droit français. La loi Climat et résilience de 2021 s'est limitée à créer un délit d'écocide, dont les conditions d'application restreignent fortement la portée et qui ne suffit pas, à lui seul, à assurer la transposition complète de la directive européenne.
Alors que les initiatives se multiplient à travers le monde et que l'Union européenne impose à la France de renforcer son droit pénal environnemental, notre pays ne saurait défendre la reconnaissance d'un crime d'écocide à l'échelle internationale tout en maintenant, dans son propre droit, une réponse exclusivement délictuelle. Les atteintes environnementales les plus graves ne peuvent être traitées comme de simples infractions parmi d'autres. Leur gravité exceptionnelle, leur caractère parfois irréversible et leurs conséquences pour les populations et les générations futures justifient une qualification criminelle distincte et une réponse pénale adaptée.
C'est pourquoi nous, scientifiques, juristes et citoyens engagés, appelons le président de la République et son gouvernement à transposer sans délai la directive européenne, à saisir cette occasion pour reconnaître un crime autonome d'écocide dans le code pénal français et à engager un dialogue avec la société civile sur les solutions les plus efficaces pour protéger l'environnement.
Dominique Bourg, professeur honoraire de l'université de Lausanne (Suisse); Valérie Cabanes, juriste internationaliste, experte auprès de Stop Ecocide International; Ilana Cicurel, ancienne eurodéputée, corédactrice de la directive européenne; Christel Cournil, professeure des universités, Sciences Po Toulouse; Anne-Sophie Denolle, enseignante-chercheuse en droit de l'environnement, université de Rouen-Normandie; Philippe Descola, anthropologue, professeur émérite du Collège de France; Barbara Glowczewski, directrice de recherche émérite du CNRS; Jean Jouzel, climatologue, ancien vice-président du groupe scientifique du GIEC; François Molins, procureur général honoraire près la Cour de cassation; Corinne Morel Darleux, autrice; Béatrice Parance, professeure agrégée de droit à l'université Paris Dauphine-PSL; Corine Pelluchon, professeure de philosophie à l'université Gustave-Eiffel; Pierre Richard, comédien; Camille de Toledo, écrivain, chercheur associé à l'Institut d'études avancées de Nantes; Marie Toussaint, eurodéputée (Les Ecologistes), corédactrice de la directive européenne sur la criminalité environnementale
Incendies : la réaction court- termiste doit céder la place aux actions de long terme
Un collectif de chercheurs estime nécessaire de penser désormais les mégafeux de forêt en termes de prévention, dans une approche qui inclut également les citoyens et les territoires
“
LE PROBLÈME
N'EST PLUS DE
SAVOIR COMMENT
VAINCRE LE FEU,
MAIS COMMENT
VIVRE AVEC
UN RISQUE DEVENU
STRUCTUREL
D e phénomène méditerranéen, l'incendie de forêt est désormais une réalité nationale, sous l'effet du changement climatique. La saison 2026 marque un point de bascule : l'intensité, la rapidité et la simultanéité des incendies, leur extension géographique dans des régions plus septentrionales comme en Bretagne, dans le Jura, jusqu'à Fontainebleau où des Canadair ont été utilisés, rendent impossible la poursuite d'une doctrine calibrée pour des régimes de feux qui appartiennent désormais au siècle passé.
Quatre sapeurs-pompiers ont perdu la vie, tandis que les fumées, les traumatismes et la perte de biodiversité laisseront des séquelles durables.
Le coût est considérable : plus de 97 000 hectares brûlés et quelque 250 000 personnes déplacées, d'après les préfectures de Gironde et des Landes, et 500 millions d'euros de dommages estimés par France Assureurs.
La doctrine française de lutte contre les incendies repose sur une promesse implicite : si le feu survient, les moyens de lutte permettront de le maîtriser immédiatement. Celle-ci devient inefficace lorsque les effets du changement climatique aggravent les incendies. Cette fragilité résulte de sécheresses plus fréquentes, de moindres précipitations estivales et du dépérissement des forêts, qui favorisent des feux plus rapides et plus difficiles à maîtriser.
正如玛丽·拉里沃亚一样,法国手工业商会网络(CMA France)在5月发布的一本关于该主题的白皮书中提到,27%的手工业企业主在经营中使用人工智能,其中15%的人定期使用。这种兴趣在年轻人中尤为明显:根据建筑业职业观察站(Observatoire des métiers du BTP)1月发布的一项研究,由45岁以下人士领导的企业,“尝试人工智能或机器人化工具的数量是年长领导者企业的两倍”。
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Projets concertés et négociés
Le problème n'est plus de savoir comment vaincre le feu, mais comment vivre avec un risque devenu structurel. Le propre de l'anthropocène est que nous sommes à la fois à l'origine de la majorité des départs de feu et des conditions qui aggravent leur propagation. Nous ne subissons pas seulement ces transformations : nous les produisons.
La tâche nous incombe de passer à la planification du risque : la réaction court-termiste, centrée sur l'aléa, doit céder la place aux actions de long terme centrées sur les vulnérabilités. Ces vulnérabilités ne sont pas naturelles, elles sont produites par des choix d'aménagement et des modèles économiques promus et défens dus publiquement (monocultures productivistes, étalement pavillonnaire et mitage).
La stratégie française de défense des forêts contre les incendies reste marquée par une approche sectorielle et descendante. Face à l'évolution du risque, il convient donc de les réorienter vers une approche plus systémique et inclusive vis-à-vis des populations locales qui se sentent souvent dépossédés de leurs connaissances du terrain.
Gérer les nombreux risques qui se présentent devant nous suppose une planification écologique qui anticipe les catastrophes successives. La prévention ne peut se réduire à l'évitement. Elle doit organiser la végétation en fonction de la vulnérabilité du bâti. Mais elle doit aussi tenir compte des besoins de rafraîchissement, de la nécessité de stabiliser les pentes, de limiter le ruissellement. La réponse réside notamment dans la mixité des peuplements, les mosaïques paysagères et l'entretien de coupures de combustible. Les conventions qui associent les agriculteurs et agricultrices à la prévention méritent un cadre renforcé, car le monde agricole, et en particulier le pastoralisme, est appelé à devenir un acteur-clé.
La déprise agricole, l'urbanisation diffuse et les interfaces habitat-forêt imposent ainsi de penser le risque à l'échelle des territoires. Les plans de prévention permettent d'intégrer le risque d'incendie dans l'urbanisme, tandis que les plans de massifs peuvent devenir des outils démocratiques permettant de réunir propriétaires, agriculteurs, élus, et services de l'Etat autour de projets concertés et négociés. Leur efficacité dépend moins de la précision du zonage que de la capacité de l'Etat à s'engager financièrement, à coordonner les actions et à adapter les choix selon les besoins des habitants.
虽然手工艺行业并未对AI浪潮闭关锁国,但根据手动行业的不同,AI所占据的位置或多或少较为边缘。例如,在建筑业(BTP)领域,根据前述建筑业职业观察站(Observatoire des métiers du BTP)的研究,只有不到10%的企业熟悉AI。尽管极小型企业(TPE)在该行业占据绝大多数,但观察站负责人埃尔韦·达冈(Hervé Dagand)指出,“主要是大型集团在AI方面表现得更为积极”。他分析道:“因为他们拥有规模更大的行政部门,AI的应用场景在这些部门比在现场更为明显,而且他们的数字化基础设施比极小型企业更结构化。”
在最常被提及的 AI 用途中,包括辅助撰写电子邮件或招聘广告、半自动化处理招标书或公共采购项目、辅助会计工作,以及生成和核查安全或法律文件……虽然越来越多的专业软件现在提供 AI 辅助,但像 ChatGPT、Gemini 或 Claude 这类通用工具有时也被个人使用,且有时未经上级批准(即著名的“影子 ”,指员工“偷偷”使用 的现象,这在所有行业中都普遍存在)。赫维·达冈讲述道,这种情况甚至延伸到了现场,“有些工地负责人将 ChatGPT 当作升级版的录音机,用于在现场撰写视察报告”。
Face au risque incendie, la prévention ne peut plus relever du seul citoyen, elle doit s'organiser à l'échelle de territoires solidaires. Les obligations légales de débroussaillement reposent sur un principe de réduction du combustible, mais leur application est pensée comme un problème de géométrie parcellaire et comme une responsabilité individuelle. Elle produit ainsi des inégalités entre ceux qui disposent des ressources physiques, matérielles et financières pour se protéger et les autres. Le débroussaillement mérite d'être mutualisé à l'échelle de zones communes à défendre pour faire de la prévention une responsabilité collective. Cette nouvelle approche appelle une véritable éducation au risque, adaptée aux cultures locales du feu et de la terre.
Les incendies de forêt interrogent notre conception de la sécurité collective. Financer la reconstruction à l'identique, ou transférer davantage le coût des catastrophes aux assurances et aux individus, revient à financer l'urgence plutôt que la transformation des territoires qui produisent le risque. La résilience ne consiste pas à reproduire le monde d'avant, mais à inventer d'autres visions. Cela suppose de changer notre imaginaire du feu. En invoquant sans cesse l'apocalypse, nous occultons les transformations de long terme qu'exige l'adaptation au risque. Il est vain de vouloir éradiquer le feu de nos vies, et prétentieux de penser le maîtriser totalement, mais, si l'on anticipe les désastres à venir, on peut toujours éviter le grand embrasement que promet l'accélération du changement climatique.
Emma Andrieux, géographe, doctorante rattachée au pôle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique (Prodig) et à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne; Clara Aubonnet, géographe, doctorante rattachée laboratoire IFG-Lab à l'université Paris-VIII; Marion Genet, paléoclimatologue, chercheuse à l'université Bretagne Sud-Vannes; Arthur Guérin-Turcq, géographe, enseignant à Sorbonne Université; Sébastien Lahaye, ancien officier pompier et président du bureau d'études et de recherche Warucene; Jordan Szcrupak, paysagiste concepteur, enseignant à l'Ecole nationale supérieure du paysage à Marseille; Pauline Vilain-Carlotti, géographe, directrice d'études risque d'incendie de forêt chez Warucene, autrice de «L'Epreuve du feu. Habiter autrement la Terre » (Flamma-rion, 272 pages, 21 euros)
“即便它能帮我,AI也永远无法代替我品尝我的产品……”
“我们针对 CAP(职业能力证书)和 bac pro(职业高中毕业证书)级别进行职业技能培训。因此,AI在培训课程中并不是优先事项,”一名来自卢瓦尔河地区(Pays de la Loire)的 CFA(学徒培训中心)负责人礼貌地回答我们。而位于塞纳-马恩省南吉(Nangis)的 BTP(建筑、公共工程和运输)CFA 主任尼古拉斯·斯塔林(Nicolas Stalin)则微笑着评论道:“我们的核心业务一直是在培训 AI:即‘工匠智能’(l'intelligence artisanale)。”事实上,与其培训项目合作的企业目前并不要求进行人工智能的文化普及:在他机构接收学生的师傅中,仅有“10% 到 20%”的人使用 AI。但他坚信,在行业大企业的带动效应下,这个数字在未来几年将“不断增长”。届时,CFA 课程所依赖的国民教育官方标准必须随之演进,以纳入 AI 相关技能。
玛丽·拉里沃瓦(MARIE LARIVOIRE)
布热(Bugey)蒸馏厂
联合创始人
与此同时,关于人工智能用途及其局限性的意识培养,则取决于教师的个人主动性。尤其是面对那些在遇到问题或复杂的心算时,现在能轻而易举地掏出手机的学生们。“除了系统性使用 AI 带来的生态成本和数据隐私问题外,我们还试图提醒他们,始终掌握基础知识的必要性,”吉伦特省一家 CFA 的锅炉制造教师马克西姆·贝拉克(Maxime Beylacq)总结道。他最后补充道:“他们必须继续独立思考,因为在施工现场,他们并不总是能随身携带手机和 ChatGPT。”这种技术依赖的风险最终不仅影响办公室职业。
装饰、绘画。正是这种多样性吸引了菲利平·西尔费斯特(Philippine Silfest),她今天早晨负责给蜡层抛光:“我们操作玻璃、铅或酸,既要绘画也要喷砂,直到彩色玻璃的最终安装,届时会有锁匠和石匠协作。这份工作永远不会无聊,没有一天是重复的!”年仅 22 岁的她表示自己“一直想从事手工职业”,目前已是这家兰斯工作室资历最深的彩色玻璃工之一。她在三年前毕业于巴黎玻璃学校(Ecole du verre de Paris)的卢卡斯-德-内侯高中(lycée Lucas-de-Nehou)——该校是玻璃工艺的主要培训机构之一——后加入该工作室。作为工作室的二把手,她说自己致力于保证日常的“良好氛围”:“集体协作在我们的工作中至关重要。彩色玻璃应当传递快乐,为此我们必须培养自己的快乐,”她继续说道,与此同时,背景音中传来了埃里卡·巴杜(Erykah Badu)从扬声器中流出的歌声。
Cette notion a émergé comme une manière de saisir la nature inédite du projet politique qui semble modeler le second mandat de Donald Trump, tout en suscitant un débat conceptuel entre ceux qui l'emploi
Depuis quelques mois, une brochure radicale circule sous le manteau. Et, bien entendu, loin des réseaux sociaux. Signé par le mouvement technocritique Ecran total, ce texte, aujourd'hui publié aux éditions La Lenteur, s'était déjà diffusé à 3000 exemplaires avant d'atteindre les librairies, début 2026. Le titre de ce manifeste: Technofascisme. Une proposition de quitter au plus vite tous les réseaux sociaux (40 p., 5 euros), seul moyen selon ce collectif de faire reculer la forme très particulière d'extrême droite née dans la Silicon Valley. Un mouvement que résume le salut nazi du patron de X, Elon Musk, lors de la cérémonie d'investiture de Donald Trump en janvier 2025, et qui propulsera dans l'actualité ce mot : « technofascisme ».
Celui-ci n'est pas nouveau. André Gorz l'employait dès 1977 dans Ecologie et liberté (éd. Galilée) pour cibler la technocratie d'Etat s'occupant de l'environnement, et son « ingénierie appliquée aux systèmes vivants ». Le penseur écosocialiste est mort en 2007, dans un monde refaçonné par la guerre contre le terrorisme, quatre ans après la naissance d'une société au nom tiré du Seigneur des anneaux, Palantir, cofondée par un entrepreneur obsédé par l'Antéchrist, Peter Thiel. Deux décennies plus tard, le nom de ce milliardaire libertarien et celui de sa société – qui équipe notamment de ses logiciels la controversée police de l'immigration américaine – sont devenus les emblèmes de ce qu'une flopée d'ouvrages récents cerne sous le label de «technofascisme».
Traumachine. Intelligence artificielle et technofascisme (MF, 2025), du philosophe Frédéric Neyrat; Apocalypse Nerds. Comment les technofascistes ont pris le pouvoir (Divergences, 2025), des journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet; Technofascisme. Le nouveau rêve de la suprématie blanche (Météores, 200 pages, 16 euros), du philosophe Norman Ajari; mais aussi La Sommation technologique. Au temps des catastrophes (La Fabrique, 208 pages, 16 euros), du sociologue Irénée Ré-gnauld. Quatre ouvrages qui signalent autant « CE QUI ADVIENT
AVEC L'IA DÉPASSE
LE CONTRÔLE DE
LA CLASSE QUI L'A
CONÇUE, ET PRODUIT
UN FASCISME
COGNITIF »
FRÉDÉRIC NEYRAT
philosophe
la sidération provoquée par le nouveau mandat de Trump chez les intellectuels que le désir de conceptualiser par un mot nouveau ce qui advient avec ce pouvoir inédit. Cette forme serait donc le technofascisme, que Nastasia Hadjadji définit comme « l'utilisation d'une infrastructure technologique pour mener une contre-révolution visant à capturer l'Etat au bénéfice d'entreprises privées ».
Si fascisme il y a, c'est que ces figures portent l'idée d'une « purification du corps social de ses indésirables et la volonté de revenir à des hiérarchies de genre, de race et de classe présentées comme naturelles », poursuit Nastasia Hadjadji. Une position proche de celle du penseur décolonial Norman Ajari, qui met l'accent sur la question raciale. Dans Technofascisme, il donne une place prééminente aux « idéaux suprémacistes » contenus dans cette mouvance, tout en s'attardant sur son étonnante articulation historique : « L'aspiration à une synthèse entre les hiérarchies rigides des sociétés antiques et les élans révolutionnaires du progrès technologique. » Soit une « étrange mise en réseau de la brutalité fantasmée des rites anciens et de la violence du progrès technique ». Il distingue deux mutations majeures depuis le fascisme originel, qui exaltait l'Etat et cherchait à séduire les foules: le technofascisme se présente comme un « discours d'insurrection des élites contre ces masses », et travaille à une privatisation intégrale de la chose publique.
Frédéric Neyrat, lui, inverse la logique. Le technofascisme ne désigne pas chez lui un groupe aux desseins fascisants utilisant les moyens technologiques, mais une dimension intrinsèque contenue dans la technologie, et en particulier l'intelligence artificielle (IA), qui aurait, en se déployant, « transformé la subjectivité » d'entrepreneurs tels qu'Elon Musk. « Le technofascisme est produit par la technologie elle-même, résume le philosophe. Ce qui advient avec l'IA dépasse le contrôle de la classe qui l'a conçue, et produit un fascisme cognitif: elle resculpte la manière dont nous pensons, dont nous vivons ensemble et même dont nous faisons la guerre. »
Certains spécialistes prennent le terme avec prudence. Comme le sociologue Olivier Alexandre, auteur de La Tech. Quand la Silicon Valley refait le monde (Seuil, 2023), pour qui la notion reste «empiriquement fragile», et qui omet notamment que l'essentiel de la Silicon Valley demeure plutôt démocrate. Irénée Régnauld admet de son côté un emploi stratégique: «technofascisme» s'est imposé comme «un mot de dénonciation». Dans La Sommation technologique, il est l'un des premiers à interroger l'existence d'un «technofascisme à la française». Verdict : hormis quelques figures marginales, il n'existe pas de mouvance pouvant être étiquetée comme telle, mais plutôt un terreau propice à son importation.
«Depuis le quinquennat Sarkozy [2007-2012], on observe un déploiement constant de l'utilisation de la technologie à des fins policières, et simultanément une politique de soutien à l'innovation qui, notamment via [la banque publique d'investissement] Bpifrance, a largement investi dans un secteur technosécuritaire», explique Irénée Régnauld. Dans cette trajectoire, ce sociologue décèle plutôt une «fascisation ordinaire de l'Etat par des instruments numériques».
CHRONIQUE | BÉATRICE CHERRIER Le « prix Nobel d’économie », résultat d’un coup politique
Lundi 12 octobre, l'Académie royale des sciences de Suède clôturera la semaine du Nobel par l'annonce du prix d'économie. Comme chaque année, des économistes salueront un prix « plus que mérité », quand d'autres dénonceront une supercherie en rappelant qu'il s'agit d'un faux Nobel. Les deux groupes auront partiellement raison, et comprendre cela est important pour la France en cette année présidentielle où dette, inégalités, travail, innovation et énergie sont au centre du débat.
Car ce prix est bien le résultat d'un coup politique, lequel a parfaitement fonctionné. Les faits sont établis par les archives, qu'ont dépouillées Philip Mirowski, puis, dans The Nobel Factor. The Prize in Economics, Social Democracy, and the Market Turn («le facteur Nobel. Le prix d'économie, la social-démocratie et le tournant du marché», 2016, non traduit), les historiens de l'économie Avner Offer et Gabriel Söderberg. En 1968, Per Asbrink, gouverneur de la Banque de Suède, bataille en vain pour arracher au gouvernement social-démocrate de Tage Erlander (1901-1985) l'indépendance de son institution. Il décide de financer sur les fonds de la banque un prix d'économie, après avoir arraché l'assentiment de la doyenne de la famille Nobel et obtenu l'accord de la Fondation Nobel, tenue par des industriels.
Il annonce rapidement son prix, administré par l'Académie royale, comme ceux de physique et de chimie. Récompenser la « science économique » déplacerait le débat public vers l'orthodoxie monétaire, espérait-il. Ce « projet de vanité », selon la formule d'Offer et Söderberg, visait à transférer à l'économie soixante ans de prestige accumulé par les sciences de la nature. Et il a réussi: le prix est devenu le marqueur public de ce qui compte comme bonne science économique.
Plutôt que de démystifier le prix, il convient donc de comprendre ce qu'il récompense: des méthodes, plutôt que des résultats ou des recommandations de politique économique. Mais ces méthodes reflètent un consensus sur les avancées permettant de comprendre les crises financières, les enchères ou la lutte contre la pauvreté. Une discipline qui distingue ses outils plutôt que ses verdicts se comporte en science, même si un prix limité à trois lauréats reflète mal le travail collectif que suppose chaque avancée: bases de données, laboratoires, enquêtes de terrain, algorithmes.
Les lauréats sont toutefois associés à des conclusions et à des recommandations plus contestées à mesure qu'elles s'éloignent du champ d'expertise récompensé. Le comité a joué les équilibristes. En 1974, il couronne ensemble le so-
PLUTÔT QUE DE
DÉMYSTIFIER LE « PRIX
NOBEL D'ÉCONOMIE », IL
CONVIENT DE COMPRENDRE
CE QU'IL RÉCOMPENSE cial-démocrate Gunnar Myrdal (1898-1987) et le néolibéral Friedrich Hayek (1899-1992) pour leurs travaux sur les théories monétaires. Aucun des deux n'en voulait : Hayek aurait déconseillé de créer ce prix, qui confère, selon lui, « une autorité qu'en économie nul ne devrait détenir » ; Myrdal, deux ans plus tard, en réclame la suppression.
En 2013, il distingue Eugene Fama, qui défend l'efficience des marchés financiers, et Robert Shiller, qui souligne l'irrationalité des bulles. Mais tous deux ont ouvert le même champ d'analyse empirique. En 1997, Myron Scholes et Robert Merton sont récompensés pour leur formule d'évaluation des options; onze mois plus tard, LTCM, le fonds dont ils sont les associés, s'effondre: signe du gouffre qui sépare parfois les méthodes de leurs applications. Offer et Söderberg concluent d'ailleurs que la liste des lauréats ne comporte aucun biais idéologique systématique.
Le 12 octobre, la bonne question ne sera donc pas de savoir si ce Nobel en est un, mais de comprendre ce qu'il récompense, afin de distinguer les approches scientifiques des opinions, puis de discuter les conclusions que ces méthodes ont permis d'établir et la pertinence de leur traduction en politique. L'autorité du « prix Nobel d'économie » est réelle et légitime, mais elle s'arrête là où commence le débat public. Béatrice Cherrier est historienne de l'économie, directrice de recherche au Centre de recherche en économie et statistique (Crest-CNRS) et à l'Ecole polytechnique
Pour Vladimir Poutine, sexualité et pouvoir sont étroitement liés. C'est ce que démontre le chercheur Lukas Aubin dans son dernier livre, Le Sexe de Poutine (Textuel, 160 pages, 18,90 euros), dans lequel il raconte comment le président russe s'est approprié les corps de ses sujets, comment il a érigé l'hétérosexualité et le masculinisme en instruments de contrôle.
Si beaucoup a été dit sur le régime russe, sa nature totalitaire, sa matrice issue du KGB (la police politique et les services secrets extérieurs soviétiques réunis), ses ambitions expansionnistes, en revanche, son projet biopolitique n'a pas vraiment été étudié.
Or, dans la Russie de Poutine, le corps du chef est « une représentation géopolitique à part entière, c'est-à-dire comme une construction visuelle qui articule le pouvoir, le territoire et l'identité nationale », rappelle le directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques.
Il fut d'ailleurs un temps où sa plasticité s'exposait à l'envi dans le pur style mussolinien, torse nul à cheval, nageant la brasse papillon dans une rivière glacée de Sibérie, en pleine prise de judo sur un tatami.
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纽带职业:不可替代但深陷困境
调查:那些将“人”置于实践核心的职业看似是一种战略选择。然而,它们往往依然被低估。
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L'Occident, faible et décadent
Le tout s'accompagne d'un discours sur le genre qui disqualifie la féminité et les minorités sexuelles, associées «à la faiblesse ou à la dégénérescence». Le patriarcat est la norme, au point que «les femmes sont quasi absentes des cercles du pouvoir, cantonnées à des rôles subalternes tandis que les minorités LGBT + sont ouvertement stigmatisées et exclues du récit national», observe l'auteur, pour qui «l'autoritarisme s'accompagne toujours de la fin des libertés de genre».
Conflit en Ukraine oblige, les corps des hommes russes constituent une ressource exploitable, moyennant finance, au même titre que le gaz ou le pétrole. L'Etat carnivore les envoie à la mort, à raison de dizaines de milliers chaque mois, avec la bénédiction du patriarche Kirill, qui a vanté la « guerre sainte » en 2024.
Au niveau mondial, Moscou cultive ses relations avec les milieux ultraconservateurs, les forums anti-genre, tel le Congrès mondial des familles où des dignitaires religieux, des industriels, des acteurs étatiques russes, américains, européens accordent leurs violons pour contrer la féminisation des sociétés et le droit à l'existence des LGBT +.
Les choses vont encore plus loin. Selon une étude du Service européen pour l'action extérieure, citée par l'auteur, « les campagnes russes de manipulation informationnelle mobilisent la sexualité, le genre, la race pour présenter l'Europe comme un espace dystopique miné par la perversion sexuelle, l'effondrement de la famille et la confusion des identités ». En se posant en forteresse morale, à rebours de l'Occident, présenté comme faible et décadent, la Russie joue sur les peurs existantes, sociales, identitaires, démographiques, non sans succès, à en juger par la vigueur dans les urnes de « l'internationale réactionnaire ».
La concordance des temps laisse à désirer sur le continent américain. Les Etats-Unis s'interrogent sur la hauteur de la vague démocrate qui se manifestera lors des élections de mi-mandat, le 3 novembre, alors qu'au sud du pays les gouvernements de gauche sont balayés les uns après les autres. Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle au Brésil, dimanche 4 octobre, et l'avance obtenue par l'un des rejetons de celui qui fut surnommé le « Trump des tropiques », Jair Bolsonaro, ont dû être appréciés à la Maison Blanche. Les occasions de se réjouir n'y sont pas légion.
Le modèle original peut en effet espérer voir se lever un verrou de taille pour l'application de sa doctrine pour l'« hémisphère occidental », le continent américain. L'un après les autres, au fil des mois, le Chili, le Pérou, la Bolivie et la Colombie sont passés à droite, après l'Argentine, en épousant plus ou moins les thèmes et les méthodes du trumpisme. Après la mise au pas du Venezuela, en janvier, avec l'enlèvement de Nicolas Maduro, qui a permis à Washington de prétendre contrôler une partie significative des premières réserves d'hydrocarbures mondiales, le Brésil reste le dernier caillou d'importance dans la botte de Washington. Mais pour combien de temps?
Membre des BRICS (groupe comptant 11 membres représentant le Sud global), chantre d'un multilatéralisme qui se défie des empires, le géant de l'Amérique latine a tenu tête à Donald Trump en jugeant et en condamnant sa copie locale, en dépit des menaces et du marteau des taxes douanières. Jair Bolsonaro avait poussé le mimétisme jusqu'à vouloir remettre en cause par la force, en janvier 2023, le résultat de la dernière élection présidentielle. Un hommage du vice au vice.
Un juge de la Cour suprême brésilienne a également fait plier Elon Musk, qui entendait que la désinformation et le complotisme continuent d'y couler à flots par le truchement de sa plateforme X. Washington a répondu par un crachat, en sanctionnant le magistrat grâce à une disposition introduite par le Congrès contre des individus responsables de violations des droits humains ou d'actes de corruption. Cette loi avait été votée initialement pour punir les premières dérives autoritaires de la Russie. Le vice au carré.
Donald Trump serait évidemment plus dans son élément avec le retour au pouvoir du clan Bolsonaro, désormais plus omniprésent que jamais après les élections du 4 octobre et dont un des membres a fui la justice de son pays aux Etats-Unis. Nul doute que les condamnations prononcées après la tentative de coup d'Etat de 2023 suivraient le même cours que celles qui avaient sanctionné les émeutiers, aux Etats-Unis, du 6 janvier 2021, et que le locataire de la Maison Blanche a effacées dans les pardons présidentiels.
Détaillée en décembre 2025, sa doctrine « Donroe » – jeu de mots associant le prénom Donald et la doctrine Monroe – fait peu de cas du droit pour l'« hémisphère occi-
BRASILIA RESTE
LE DERNIER CAILLOU
D'IMPORTANCE
DANS LA BOTTE
DE WASHINGTON
EN AMÉRIQUE LATINE
DONALD TRUMP
SERAIT ÉVIDEMMENT
PLUS DANS SON
ÉLÉMENT AVEC LE
RETOUR AU POUVOIR
DU CLAN BOLSONARO
dental». Seul compte en effet l'objectif de la restauration d'une domination sans partage sur l'Amérique latine. Derrière le souci commun de lutte contre le narcotrafic placé au cœur du dispositif du « Bouclier des Amériques », club limité aux Etats qui pensent pareil, la doctrine « Donroe », qui est la mise à jour de la volonté de sanctuariser, au XIXe siècle, le continent américain contre d'éventuelles visées extérieures, a pour objectif d'assujettir les pays d'Amérique du Sud aux seuls intérêts et priorités de Washington. L'utilisation exclusive du terme même d'Amérique, réquisitionné pour désigner le golfe du Mexique comme le lac Ontario, au mépris des autres riverains, le dit symboliquement mieux que n'importe quel exposé.
Lorsque la stratégie de sécurité nationale de 2025 évoque la «position prééminente» revendiquée par Washington, c'est bien «pour garantir [sa] sécurité et [sa] prospérité», et elles seules. Les Etats-Unis ne peuvent être plus clairs : «Les termes de nos alliances et les conditions auxquelles nous fournissons toute forme d'aide doivent dépendre de la réduction de l'influence hostile extérieure, qu'il s'agisse du contrôle des installations militaires, des ports et des infrastructures-clés ou de l'achat d'actifs stratégiques au sens large», explique ce document, qui définit donc une souveraineté à sens unique.
L'«influence hostile extérieure» n'a pas besoin d'être précisée, puisque chacun comprend qu'il s'agit de Pékin. La Chine a en effet profité de l'égarement des administrations américaines successives dans les « guerres sans fin » et surtout sans victoires conduites au Moyen-Orient, à partir de 2001, pour prendre pied économiquement en Amérique latine. Un quart de siècle plus tard, le géant asiatique est devenu le premier partenaire commercial des principaux pays de l'Amérique latine, quelle que soit leur couleur politique, et un débouché difficilement remplaçable pour leurs minerais stratégiques.
C'est dire que l'endiguement de Pékin, dans ce que Washington considère de nouveau comme son arrière-cour, est plus facile à promettre sur le papier que dans la réalité. Javier Milei, précurseur de cet alignement sud-américain sur le trumpisme, avait exclu sur les estrades tout dialogue avec un pays «communiste». La rhétorique a eu vite fait de s'effacer derrière la logique des intérêts nationaux. Les affaires continuent et, en août, l'Argentine et la Chine ont renouvelé pour cinq ans un accord bilatéral d'échange de devises.
Aux Etats-Unis, Donald Trump a confondu le rejet du mandat de Joe Biden avec un soutien fervent à son projet de concassage des institutions américaines, et pourrait le payer chèrement. Les votes sanctions contre la gauche survenus au Chili, au Pérou ou en Colombie ne valent certainement pas adhésion aveugle à la doctrine « Donroe », qui fait peu de cas du nationalisme des autres. Surtout si son avenir ne dépasse pas la fin du dernier mandat du locataire de la Maison Blanche, en janvier 2029.
L'AFFIRMATION
D'UN
MOUVEMENT
SOCIAL LYCÉEN
ÉDITORIAL M
Un lycée sur quatre mobilisé et même un sur deux en Ile-de-France, les étudiants en renfort, plusieurs centaines de milliers de manifestants dans toute la France. Le mouvement lycéen s'est massivement déployé, mardi 6 octobre, trois semaines après avoir éclos en banlieue parisienne. Et ce, en dépit du mépris d'un gouvernement qui avait tenté de le réduire à une affaire de « violences urbaines ». De Poitiers à Clermont-Ferrand, de Lille à Montpellier, des jeunesse diverses ont additionné leurs voix, issues de tous milieux socio-géographiques.
Au nom de l'égalité des chances, l'expression des revendications a porté, clairement – des moyens pour le quotidien, des enseignants, un processus d'accès à l'enseignement supérieur plus transparent –, sur fond d'angoisses profondes face à l'avenir. A Rennes ou à Paris, les heurts ont été maîtrisés. La journée s'est achevée de façon « classique », animée de cortèges paisibles devancés par de petits groupes de casseurs – au nombre de 300 dans la capitale, selon la Préfecture de police.
Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a exprimé son « soulagement » d'avoir assisté à des « manifestations démocratiques ». Mais si l'Etat a garanti comme il le doit le droit constitutionnel de manifester, cette issue positive ne saurait être mise au crédit du gouvernement. La réussite relève des adultes qui ont décidé de dialoguer avec les plus jeunes, puis de les accompagner, formant écran à leur violence ou à celle venue d'autres, et évitant aussi un face-à-face mortifère avec la police. Des syndicats d'étudiants, ceux de l'éducation nationale, des organisations de parents d'élèves, ont apporté leur protection. Autant de corps intermédiaires que le président de la République, Emmanuel Macron, et ses gouvernements n'ont cessé de contourner ces dernières années.
Derrière les slogans portés sur les pancartes en carton des cortèges, le bilan demeure terrible. Trois lycéens resteront gravement mutilés, du fait de tirs policiers. Le décompte officiel établit un record d'au moins 215 élèves, 85 personnels de l'éducation et
750 gendarmes ou policiers blessés. N'écoutant qu'une droite prompte à conspuer l'impuissance de l'Etat face au désordre, M. Lecornu a évoqué des « accidents », écartant toute « disproportion volontaire de l'usage de la force ». « Il y a un contexte », justifie le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez. Les agressions de proviseurs ou de fonctionnaires de police, comme les incendies de bâtiments, sont de fait inacceptables.
Mais les dommages humains, depuis le début du mouvement, témoignent obstinément d'un excès de force, et 18 enquêtes de l'inspection sont déjà lancées, sur des violences policières. Depuis que les premiers blocus ont été levés avec brutalité, l'attitude illisible des forces de l'ordre nourrit elle-même la mobilisation. Le choix d'interpeller massivement (plus de 6500 arrestations dont 4500 mineurs), et l'annonce d'un projet de loi « casseurs-payeurs » vont continuer d'alimenter une révolte.
La radicalité de la protestation des « gilets jaunes » a traumatisé le pouvoir macroniste. Sa gestion ultra-sécuritaire, depuis lors reproduite dans le champ social, a abîmé le droit de manifester. Dissuadés par les violences et les interpellations, les citoyens ont vu « monter le coût de la participation à une mobilisation », souligne le chercheur de Sciences Po Xavier Crettiez. Par sa volonté, ce mouvement lycéen est sorti, cette fois, du piège.
« Il est dans le caractère français de s'enthousiasmer, de se colérer, de se passionner pour le météore du moment, pour les bâtons flottants de l'actualité. Les êtres collectifs, les peuples, seraient-ils donc sans mémoire ? »
Eugénie Grandet, Honoré de Balzac
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Le Monde CAMPUS
CAHIER DU « MONDE » N°25434 DATÉ JEUDI 8 OCTOBRE 2026
NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT
Lycéens : un mouvement qui s'ancre et rassemble
\- Plusieurs centaines de milliers de manifestants (266 000, selon le ministère de l'intérieur, 450 000, selon les organisateurs) ont défilé, mardi, dans de nombreuses villes
▶ Pour cet « acte III » de leur mouvement, des lycéens de tous horizons ont été rejoints par des étudiants et de nombreux adultes, élus, militants syndicaux ou simples citoyens
\- Aux revendications initiales des lycéens sur les conditions d'étude s'est agrégée l'indignation née de la réponse policière lors des blocus des établissements
▶ Les organisations lycéennes ont appelé à reconduire le mouvement jeudi
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Dans le centre-ville de Nîmes, le 6 octobre. LEWIS JOLY POUR « LE MONDE »
Lecornu nie
toute répression
policière
Le premier ministre a défendu, mardi, à l'Assemblée nationale, le dispositif policier déployé face aux lycéens mobilisés
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La demi-journée
de cours
banalisée fait
polémique
La mesure annoncée mardi par l'exécutif a pris de court les chefs d'établissement
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M ÉDITORIAL
L'AFFIRMATION D'UN
MOUVEMENT SOCIAL
PAGE 32
Présidentielle Le Pen promet 140 milliards d'économies
LA CANDIDATE à l'élection présidentielle du Rassemblement national a présenté, mardi, à Paris, la trajectoire budgétaire qu'elle souhaite imposer si elle accède à l'Elysée. Espérant répondre aux attentes des marchés, Marine Le Pen propose de réaliser près de
Théâtre
« La Folle Journée »
épique et
virevoltante
d'Alain Françon
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140 milliards d'économies en cinq ans. Une grande majorité d'entre elles seraient concentrées sur la contribution de la France à l'Union européenne, les fraudes présumées, et sur les aides aux étrangers. Ces propositions ont laissé circonspects les économis-
Transports
Déboisement
à marche forcée
pour l'A412
en Haute-Savoie
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tes, et suscité une vive riposte politique, à droite comme à gauche. Présent aux côtés de la candidate, Jordan Bardella a dû, une nouvelle fois, réagir à la polémique sur les écrits antisémites exhumés par Mediapart.
PAGE 12 ET IDÉES P. 29
Medias
Paramount
absorbe Warner
Bros pour créer
un nouvel empire
PAGE 17
Dette française
« L'heure est grave », selon le patron d'un géant de la finance
Dans un entretien au « Monde », Emmanuel Roman, directeur général de Pimco, l'un des plus grands gérants d'actifs de la planète, alerte sur la dérive budgétaire et l'instabilité politique en France
Israël Trois ans après le 7-Octobre, des plaies toujours ouvertes
Dès mardi, en pleine campagne électorale, l'Etat hébreu rendait hommage aux victimes de l'attaque terroriste du Hamas. Trois ans après, le pays poursuit une guerre sans fin, sans s'interroger sur les failles ayant conduit au désastre.
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Benny et Maggy Solomon, les parents de Hila Solomon, tuée lors de l'attaque terroriste du Hamas le 7 octobre 2023, assistent à une cérémonie commémorative marquant le troisième anniversaire de l'attaque sur le site du festival de musique Nova, près du kibboutz Reim, dans le sud d'Israël, mercredi 7 octobre.
OHAD ZWIGENBERG/AP
7-Octobre : en Israël, des plaies toujours à vif
En pleine campagne électorale, l'Etat hébreu rend hommage aux victimes de l'attaque terroriste du Hamas
RE'IM (ISRAËL) - envoyé spécial
S ur ces terres où le sang des victimes du 7 octobre 2023 a coulé, à une poignée de kilomètres de Gaza où s'écoule encore le sang des Palestiniens, Mazal Tazazo, 36 ans, décrit minutieusement les heures d'angoisse qu'elle a vécues lors de l'attaque terroriste perpétrée par le Hamas. Elle était venue danser pour le festival Tribe of Nova et, au petit matin, la fête s'est transformée en massacre. Dans cet espace naturel, 378 personnes sur 3500 participants ont été assassinées, une par une, par les combattants du Hamas.
Quarante-quatre autres ont été prises en otage et emmenées à Gaza, mortes ou vivantes. Le site avait aussi constitué l'épicentre des violences sexuelles commises ce jour-là par le Hamas. Blessée à la tête, Mazal Tazazo s'est cachée sous des feuilles et des branchages d'eucalyptus pendant des heures. Elle a fait la morte au milieu des cadavres de ses amis, puis s'est dissimulée à l'arrière d'une voiture abandonnée, avant d'être évacuée avec d'autres survivants. Un « miracle », dit-elle avec un sourire que ses yeux démentent.
Trois fois par semaine, rémunérée par le ministère des affaires étrangères israélien, elle vient désormais témoigner des circonstances de l'attaque, sur le site devenu mémorial. «Il faut que les gens se réveillent!», assure-t-elle, lundi 5 octobre, devant un groupe d'influenceurs indiens, assis en demi-cercle, entourés de centaines de photos de victimes, dont les visages montrent la jeunesse brisée. «Les Européens ne comprennent pas qu'ils donnent à nos ennemis la légitimité de haïr les Juifs et les Israéliens», insiste-t-elle, un peu plus tard, à l'ombre
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De victime, l'Etat hébreu se voit devenir bourreau aux yeux du monde, nourri d'images de Gaza
des eucalyptus, pour exprimer à la fois la violence absolue de l'attaque terroriste du 7-Octobre et son incompréhension face au soutien perdu d'une grande partie de l'opinion publique.
Trois ans après l'attaque – qui a fait 1200 morts au total, 3 000 blessés et 251 otages –, Israël n'a pas pansé ses traumatismes et observe, avec désarroi et aussi colère, l'effacement progressif du choc du 7-Octobre partout ailleurs. De victime, l'Etat hébreu se voit devenir bourreau aux yeux du monde, nourri d'images de Gaza que les télévisions israéliennes ont choisi de ne pas montrer. « Ce sont des calomnies anti-sémites contre nous », répète inlassablement Benyamin Nétanyahou, afin de récuser des accusations de génocide qui s'appuient sur la mort de 74 000 Palestiniens et l'anéantissement volontaire de leur société.
Dans les mots mêmes des leaders israéliens, pourtant, la vengeance demeure la justification d'une guerre sans fin. Comme au lendemain du 7 octobre 2023, lorsque les dirigeants de l'Etat hébreu avaient emprunté aux discours génocidaires pour annoncer leur volonté de détruire Gaza. « L'endoctrinement à la haine des Juifs et des Israéliens coule dans leurs veines. Ils l'imbibent tout simplement avec le lait maternel », a ainsi affirmé, lundi, le premier ministre, en parlant des ennemis d'Israël, qualifiés de «fils de Satan», et en semblant justifier, presque explicitement, la mort d'enfants.
Un discours qui n'est pas celui d'un candidat aux élections législatives du 27 octobre, mais celui d'un chef de gouvernement, prononcé dans l'un des lieux les plus symboliques de l'Etat hébreu, au mont Herzl, à Jérusalem, où, depuis 1948, sont enterrés ses combattants.
Depuis trois ans, Benyamin Nétanyahou ne propose qu'une seule stratégie : la poursuite de la guerre sur tous les fronts. « Nous traquons sans relâche les bêtes humaines qui nous ont attaqués avec une cruauté saisissante, ainsi que ceux qui ont détenu les otages avec la même cruauté, a encore expliqué le chef du gouvernement, lundi. Nous les éliminons un par un - ils ne sont pas dignes de fouler la surface de la terre. Nous éradiquerons le régime de sang du Hamas. Nous le détruirons. » Le ministre de la défense israélien, Israel Katz, de son côté, a rejeté en une phrase, mardi, les discours officiels sur la distinction entre combattants et civils.
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Une immense colère
«Si nos forces venaient à subir des [nouvelles] pertes, ce sont le Hamas et la population de Gaza qui en paieraient le prix fort, dans des proportions considérables», a-t-il déclaré. Tous les efforts de l'armée pour contrer le retentissement mondial du documentaire Naza, un film sur les méthodes employées à Gaza, ont ainsi été annihilés en une formule.
Trois ans après le 7-Octobre, l'Etat hébreu commémore ses victimes et ses héros, mais n'a pas commencé à examiner, en profondeur, la faillite de son armée, de ses services de renseignement et de son gouvernement. La coalition au pouvoir (droite-extrême droite) depuis la fin de 2022 a tout fait pour éviter la création d'une commission d'enquête indépendante. Pour une raison simple : la responsabilité personnelle dans le désastre du premier ministre, alerté par l'Egypte et les Emirats arabes unis avant l'attaque terroriste. Le chef du gouvernement n'avait rien fait de ces avertissements. « Le sang de mon fils et celui de 1200 autres personnes assassinées en un seul jour est sur ses mains », s'est indigné le père d'une des victimes, en interrom-pant le discours de Benyamin Nétanyahou, au mont Herzl.
La colère d'une partie de la population israélienne est immense, alimentée par les révélations incessantes sur les fragilités de l'Etat régalien. Mais elle n'est pas suffisante, à vingt jours d'élections législatives décisives, pour garantir la victoire de l'opposition dans les urnes. Dans un pays qui aime se présenter comme la « seule démocratie du Moyen-Orient », le leader du Likoud, vieux mouvement de droite devenu un parti extrémiste et raciste, continue de disposer d'une base électorale suffisante avec ses alliés suprémacistes pour, peut-être, parvenir à bloquer une coalition construite par ses opposants.
Le plus vertigineux, c'est que l'opposition ne diffère en réalité qu'à la marge – beaucoup sur la forme, peu sur le fond – sur la stratégie suivie depuis le 7-Octobre. Outre la mise en cause de la responsabilité de Benyamin Nétanyahou et la demande d'une commission d'enquête nationale, les concurrents du premier ministre ont fait du dossier de la conscription des haredim un point-clé de leurs propositions. Ce qui est logique: le privilège dont jouissent les ultraorthodoxes, défendu par l'actuelle coalition, apparaît in-supportable aux yeux d'une grande partie de la population épuisée par la charge de la guerre.
«20 000 soldats» manquent
L'enjeu immédiat est celui d'une plus grande égalité. Mais l'enjeu à moyen terme est bien celui d'une hausse continue des ressources militaires. «La dispense de service militaire constitue une menace stratégique pour la sécurité d'Israël», a alerté l'ex-premier ministre Naftali Bennett, opposant à Nétanyahou, lors d'une conférence sur le terrorisme à l'Université Reichman, le 6 octobre, en évoquant le fait qu'il manquerait «20 000 soldats» pour pouvoir continuer à faire la guerre.
«Les opposants [au premier ministre], qui promettaient un “gouvernement de réparation” après les désastres de l'actuelle coalition, doivent commencer leur réparation en mettant fin à la guerre. Il n'y a pas de mesure plus urgente pour sauver Israël», écrit le directeur de la rédaction du journal Haaretz, Aluf Benn, exprimant une voix forte, mais minoritaire dans la société. Le chercheur Michael Milshtein, un ancien du renseignement, le dit avec des mots presque similaires dans sa chronique hebdomadaire dans Ynet, le journal de la droite libérale, pour s'inquiéter d'une vision dominante où l'emporte la force militaire. « Il convient de se demander si le moment n'est pas venu d'abandonner les illusions – au premier rang desquelles la croyance selon laquelle on peut tout simplement faire disparaître les ennemis », souligne-t-il en alertant sur le risque croissant d'un futur « effondrement stratégique ».
L'Etat hébreu n'a pas, non plus, commencé à s'interroger sur les années qui ont précédé l'attaque du 7-Octobre, la stratégie d'étouffement de Gaza, le soutien constant au Hamas décidé par Benyamin Nétanyahou pour affaiblir l'Autorité palestinienne, ainsi que les raisons profondes de la légitimité acquise par l'organisation islamiste parmi les Palestiniens. De la même façon, l'occupation en Cisjordanie, commencée il y a cinquante-neuf ans, n'est pas remise en question, ni par l'actuel gouvernement, qui promeut une politique d'annexion assumée, ni par l'opposition qui souhaite seulement en corriger les excès les plus visibles.
Le pays n'a pas non plus commencé à s'interroger sur les années qui ont précédé l'attaque
Certes, la violence des colons est largement critiquée, au point que les termes de « terrorisme » et de « pogrom » ne sont plus tabous pour décrire le quotidien des attaques depuis trois ans. Mais le régime de t erreur mis en place en Cisjordanie par l'Etat hébreu et son armée, avec des arrestations incessantes, des détentions arbitraires massives et les outils d'une dictature militaire pour contrôler les Palestiniens, ne provoque aucun débat. Ni sur le plan éthique, ni sur le risque que cette stratégie d'écrasement alimente, à son tour, un désir de vengeance. Un aveuglement qui ressemble à celui d'Israël à propos de Gaza avant le 7 octobre 2023.
LUC BRONNER
L'irrésistible ascension de Flavio Bolsonaro
Les scandales n'ont pas entravé le fils aîné de l'ex-président brésilien, arrivé en tête de la présidentielle
RIO DE JANEIRO - correspondante
amais Flavio Bolsonaro n'avait imaginé se retrouver si près du palais présidentiel du Planalto. Dimanche 4 octobre, après avoir recueilli
47,03 % des voix au premier tour de la présidentielle contre 45,16 % pour le sortant, Luiz Inacio Lula da Silva, le fils aîné de l'ancien président (2019-2023) d'extrême droite, Jair Bolsonaro, semblait lui-même surpris par son score. «Je suis très satisfait parce que beaucoup d'instituts de sondage nous donnaient perdants», a-t-il confié, aux côtés de sa femme, Fernanda, à la presse devant sa luxueuse résidence de Brasilia. Sous la lumière des caméras, la ressemblance avec son père saute aux yeux : mêmes sourcils épais au-dessus des yeux gris, même mâchoire carrée, mêmes cheveux drus coiffés sur le côté.
Quand le sénateur, aujourd'hui âgé de 45 ans, a annoncé sa candidature à la présidentielle, en décembre 2025, les graves soupçons de corruption qui ont jalonné son parcours politique, documentés par une enquête ouverte à son encontre en 2020 par le parquet de Rio de Janeiro, ont pourtant suscité des doutes.
Né le 30 avril 1981 du premier mariage de Jair Bolsonaro, Flavio est très tôt initié par son père à la politique et à ses pratiques illicites. En 2002, âgé de 21 ans, l'étudiant en droit est élu député local de Rio de Janeiro, grâce au soutien du « capitaine » Jair, qui lui apprend la pratique de la rachadinha: le recrutement d'assistants parlementaires fantômes reversant entre 80 % et 90 % de leur salaire à la personne qui les a nommés. «La fortune de la famille [Bolsonaro] s'est constituée grâce à la rachadinha», explique Juliana Dal Piva, autrice d'une enquête sur le patrimoine de la famille, O Negocio do Jair («Les affaires de Jair», Zahar, 2022, non traduit).
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Groupes paramilitaires
« Numéro un », comme son père surnomme son fils aîné, n'a alors qu'une Golf Volkswagen comme patrimoine et vit toujours chez sa mère. Il embauche 20 assistants parlementaires, dont son grand-père, la famille de sa belle-mère de l'époque, ainsi que des employés domestiques de son père. Plus troublant encore, il emploie pendant des années la femme et la mère d'Adriano da Nobrega, un des chefs des milices de Rio de Janeiro, ces groupes paramilitaires fondés le plus souvent par d'anciens policiers qui dominant des quartiers entiers et obligent leurs habitants à voter pour leur poulain.
« Les Bolsonaro ont toujours été proches des familles de policiers et de militaires, car elles formaient leur base électorale », explique Bruno Paes Manso, auteur du livre A republica das milicias (« La République des milices », Todavia, 2020, non traduit). En 2005, Flavio Bolsonaro ira jusqu'à décorer Adriano da Nobrega de la plus haute distinction de l'Etat de Rio de Janeiro, alors que ce dernier se trouve en prison, accusé de meurtre. « En vingt ans, les Bolsonaro,
Flavio Bolsonaro, candidat du PL, et sa femme, Fernanda, le jour du vote, à Rio de Janeiro (Brésil), le 4 octobre. RICARDO MORAES/REUTERS
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Son père finit par le désigner comme dauphin malgré le scepticisme d'une partie de la droite
père et fils, ont remis des médailles à 75 policiers impliqués dans des homicides et des affaires de corruption. En échange, cette relation leur a fait gagner des voix dans les zones contrôlées par la milice », ajoute Juliana Dal Piva.
Longtemps, les irrégularités du cabinet de Flavio permettent à « Numéro un » d'accroître son patrimoine. D'après l'enquête du parquet de Rio de Janeiro, il blanchit une partie des lucratives rachadinhas en acquérant, en 2005, une boutique de chocolats à Rio de Janeiro, dont il gonfle artificiellement les recettes. Il recourt aussi à de multiples transactions immobilières que ni son salaire de député ni celui de son épouse, dentiste, ne lui permettent de s'offrir. Flavio privilégie toujours le paiement en espèces, des frais de scolarité de ses deux filles Luiza et Carolina, nées en 2012 et 2014, jusqu'à des billets d'avion pour des voyages à l'étranger.
Comme son père et ses frères, qui ont également pratiqué la rachadinha, Flavio, élu sénateur en 2018, ne sera pas inquiété. L'enquête du parquet de Rio de Janeiro pour le détournement de 6,5 millions de reais (1,2 million d'euros) et blanchiment d'argent sera invalidée en 2021 pour vice de forme. Il peut donc s'offrir une villa de luxe à Brasilia pour 1 million d'euros, mais son image est écornée. Quand s'ouvre la question de la succession politique de son père pour le scrutin de 2026 – Jair Bolsonaro ayant été déclaré inéligible avant d'être condamné à vingt-sept ans de prison pour sa tentative de coup d'Etat du 8 janvier 2023 –, les regards ne se tournent pas vers lui, mais plutôt vers son frère cadet, Eduardo Bolsonaro (« Numéro trois »), plus charismatique et mieux introduit dans les réseaux d'extrême droite.
Le départ du frère cadet pour les Etats-Unis en mars 2025, pour fuir la justice brésilienne, rebat les cartes. Eduardo est accusé de violer la souveraineté brésilienne en mobilisant des membres de l'administration américaine contre le Tribunal suprême fédéral, qui a condamné son père, et il sera condamné pour cela en juin 2026.
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«Persécution politique »
Flavio, qui a toujours été le plus discret de la fratrie, davantage habitué aux négociations politiques dans l'ombre, est soudain appelé au premier plan. Son père est réticent à nommer un successeur extérieur à sa propre famille, et finit par le désigner comme dauphin malgré le scepticisme d'une partie de la droite. « Carlos [le deuxième fils] n'était pas un bon candidat, parce qu'il est perçu comme fou, et Michelle Bolsonaro [l'épouse de Jair Bolsonaro] ne pouvait pas être une option, car Jair Bolsonaro se méfie de ceux avec qui il n'a pas de lien de sang, explique Helio Cannone, politiste à l'Observatoire de l'extrême droite latino-américaine. Flavio était donc la seule option qui restait », résume-t-il.
Mais à la fin de 2025, une nouvelle affaire menace de faire dérailler sa candidature. Flavio nie connaître Daniel Vorcaro, le sulfureux patron de Banco Master, à l'origine d'une fraude de 12,2 milliards de reais qui éclabousse bien des sphères du pouvoir. Pourtant, le 13 mai, le média The Intercept dévoile les enregistrements de leurs conversations au sujet d'un film sur Jair Bolsonaro nommé Dark Horse («cheval noir», sorti en 2026, réalisé par Cyrus Nowrasteh). Le candidat d'extrême droite a négocié au moins 61 millions de reais avec Daniel Vorcaro pour, officiellement, financer ce film.
La police, qui a ouvert en juillet une enquête contre le sénateur pour blanchiment d'argent et corruption, soupçonne qu'en réalité la somme reçue était destinée à soutenir les activités de lobbying de son frère cadet. Les versements ont transité par un fonds aux Etats-Unis géré par un avocat d'Eduardo Bolsonaro.
Trois jours avant le premier tour du scrutin, le 1 $^{er}$ octobre, des messages extraits par la police du téléphone de Daniel Vorcaro et publiés par la revue Piaui ont montré que Flavio Bolsonaro entretenait une relation étroite avec le banquier. Ils se sont échangé 96 messages et se sont appelés 14 fois entre les mois d'août et novembre 2025. Flavio Bolsonaro aurait voyagé à bord de son jet privé pour se rendre en Floride, aux Etats-Unis. La veille de l'arrestation de Daniel Vorcaro, le 16 novembre, Flavio Bolsonaro lui a même manifesté son soutien: « Frère, je suis et je serai toujours avec toi. »
Mais comme en témoigne le résultat du scrutin du 4 octobre, Flavio Bolsonaro parvient encore à contenir les conséquences politiques de l'affaire. Il nie toute irrégularité, se dit « victime de persécution politique ». « Il n'y a absolument rien de répréhensible à ce qu'un fils cherche des financements privés pour un film sur son propre père », déclarait-il dans un entretien, en août, sur la chaîne de télévision Globo.
Tout au long de la campagne pour la présidentielle, il a associé, Lula, pourtant non cité dans l'enquête, à l'affaire Banco Master. « LULA, C'EST VORCARO », répétait-il sur ses réseaux sociaux. « Flavio parvient à mentir sans que cela se voie sur son visage », prévient Otoni de Paula, député local de Rio de Janeiro, pasteur évangélique et ancien proche du clan Bolsonaro, dont le conservatisme l'avait initialement séduit. Partageant la même foi que Flavio, il pensait trouver en lui un homme de valeur. Flavio se présente comme « plus modéré » que son père, mais, assure le pasteur, « c'est lui la personne la plus dangereuse au sein de la famille Bolsonaro ».
ANNE-DOMINIQUE CORREA
ET ANNE VIGNA
Chez les Bolsonaro, la politique est une affaire de famille
POUR UN CANDIDAT qui se présente en défenseur de la famille, la nouvelle a de quoi réjouir. En tête du premier tour de l'élection présidentielle du dimanche 4 octobre, contre son rival de gauche, Lula, Flavio Bolsonaro a également pu célébrer la victoire de quatre des huit membres de son cercle familial qui étaient en course pour des mandats au Sénat, à la Chambre des députés ou aux Assemblées législatives locales.
Parmi les élus, on compte son frère Carlos et son demi-frère, Jair Renan, respectivement élus au Sénat et à la Chambre des députés. S'ajoutent Renato Bolsonaro, frère de Jair, élu député, ainsi que Michelle Bolsonaro, troisième et actuelle épouse de l'ex-chef d'Etat, qui siégera au Sénat.
Les quatre candidats malheureux, plus éloignés du premier cercle familial et bien moins connus, étaient, pour la plupart, en lice pour des sièges dans des Assemblées locales. Rogeria Bolsonaro, la première épouse de Jair Bolsonaro et mère de ses trois premiers fils (Flavio, Carlos et Eduardo), a, elle, échoué à devenir députée fédérale – elle a été conseillère municipale de Rio de Janeiro de 1993 à 2001.
La campagne a été menée en clan, à l'image de la place centrale de la famille dans les thèmes promus par Flavio Bolsonaro. «Présenter plusieurs membres de la famille aux élections permet aux Bolsonaro d'alimenter leur défense de la famille traditionnelle, tout en s'appuyant sur la force de frappe des réseaux sociaux», observe Ricardo Costa de Oliveira, professeur de sociologie politique à l'Université fédérale du Parana.
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« Nouveaux riches »
Maintenir l'image d'une famille soudée n'aura pourtant pas été une tâche aisée ces derniers mois. Le 24 juin, Michelle Bolsonaro publiait deux vidéos mettant au jour ses fortes dissensions avec Flavio, accusé de l'avoir « maltraitée au téléphone », alors qu'elle avait contesté, en décembre 2025, le soutien du camp de son beau-fils à la candidature de Ciro Gomes, prétendant du Parti de la social-démocratie brésilienne (centre droit) au poste de gouverneur de l'Etat du Ceara et critique à l'égard de Jair Bolsonaro.
Le 29 septembre, à cinq jours du premier tour de l'élection présidentielle, le site PlatôBR révélait des échanges de messages indiquant que le candidat à la fonction suprême aurait participé à des parties fines avec des prostituées. Mais ces polémiques n'ont pas freiné l'impressionnante avancée du clan. «Les Bolsonaro sont désormais la famille la plus puissante du Brésil. Leur nom est devenu une véritable griffe politique», constate Ricardo Costa de Oliveira.
Dans un pays où, selon Ricardo Costa de Olivieira, plus de 70 % des membres du Congrès sont issus de dynasties politiques, le cas des Bolsonaro dénote. « C'est une famille de nouveaux riches, là où les autres clans sont souvent liés aux grands propriétaires terriens de l'époque coloniale », précise le chercheur.
Les Bolsonaro semblent en revanche avoir assimilé les pratiques de ces dynasties, souvent critiquées pour favoriser leurs propres intérêts. En février, le parquet de l'Etat de Rio de Janeiro ouvrait une enquête contre Carlos Bolsonaro, accusé d'avoir attribué des emplois fictifs à des proches alors qu'il siégeait à la chambre municipale de Rio. Parmi les bénéficiaires présumés, Ana Cristina Siqueira Valle, deuxième épouse de Jair Bolsonaro et mère de Jair Renan.
RAPHAËL BERNARD
(CORRESPONDANCE À RIO DE JANEIRO)
NOUVEAU HORS-SÉRIE
Du Venezuela au détroit d'Ormuz, de l'Arctique à l'Afrique, un nouvel ordre mondial se dessine. La souveraineté énergétique, alimentaire et numérique devient la priorité absolue des États. Les analyses de la presse étrangère.
EN VENTE CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX
L'ancien chef des services secrets allemands soupçonné d'espionnage
L'ex-responsable du BND August Hanning aurait continué à recevoir des informations confidentielles après son départ, en 2005
BERLIN - correspondante
Pour les services de renseignement allemands, il s'agit d'une déflagration sans précédent. August Hanning, l'ancien responsable du Bundesnachrichtendienst (BND), l'agence chargée du renseignement extérieur, a été arrêté à son domicile près de Münster (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), mardi 6 octobre. Il est «fortement soupçonné d'espionnage constituant une trahison d'Etat, de recueil de secrets d'Etat, de tentative de trahison d'Etat ainsi que d'activité d'agent de services secrets», a fait savoir le parquet fédéral.
Le dirigeant, en poste jusqu'en 2005, aurait continué à recevoir des informations confidentielles de ses anciens collègues au moins jusqu'en 2022, et les aurait transmises, dans au moins un cas, à une puissance étrangère. Selon la presse allemande, il ne s'agirait toutefois pas de la Russie, mais possible-ment d'un Etat d'Asie centrale, comme l'Azerbaïdjan.
Aujourd'hui âgé de 80 ans, August Hanning aurait régulièrement obtenu, contre rémunération, des informations de son exchef de cabinet, identifié comme Manfred D., resté salarié de l'agence et lui aussi arrêté mardi. August Hanning les revendait ensuite en tant que consultant privé. Près de 2000 documents, dont des données confidentielles, pour certaines destinées au brief hebdomadaire de la chancellerie, lui ont ainsi été transmis.
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Perquisition à son domicile
Selon les médias allemands qui ont révélé l'affaire, ces informations porteraient notamment sur le programme nucléaire iranien ou sur la défense russe, et provenaient, pour certaines, de services étrangers partenaires du BND. C'est dans le cadre d'une perquisition menée au domicile et dans les bureaux d'August Hanning pour une tout autre affaire, sans lien avec le BND, que les enquêteurs ont découvert l'ampleur des fuites impliquant l'ancien dirigeant.
Ces accusations interviennent alors que le gouvernement du chancelier conservateur Friedrich Merz a entrepris une vaste réforme des services de renseignement intérieur et extérieur du pays, afin de les doter de compétences accrues face à la recrudescence des menaces, notamment
Ces accusations interviennent alors que le gouvernement a entrepris une vaste réforme des services de renseignement
hybrides, et qu'une loi élargissant les moyens du BND est actuellement examinée au Bundestag.
Lorsqu'il dirigeait le BND, August Hanning avait lui même jugé que les services de renseignement allemands étaient « les végétariens de la profession », soulignant le décalage entre les pratiques des grandes agences occidentales et celles de leurs homologues allemands, qui étaient privés, pour des raisons historiques, de nombreux outils de surveillance et d'enquête.
L'actuel président de l'agence, Martin Jäger, nommé en 2025, avait justement souligné l'importance de cette réforme lors d'une audition en commission parlementaire lundi. Il a notamment alerté contre la « guerre de l'ombre » menée par la Russie, pointant le risque que l'Allemagne soit « entraînée dans un conflit violent ». « Aucun autre pays ne représente actuellement une menace aussi directe, globale et concrète pour l'Allemagne », a-t-il ajouté.
Face aux informations rendues publiques mardi, Martin Jäger a défendu l'institution. «Le BND a lancé très tôt une enquête interne approfondie, qui a confirmé les soupçons, a-t-il précisé dans une déclaration transmise par courriel. Le procureur général a pris en charge l'enquête. Pour le BND et pour moi-même, il n'y a aucun compromis en matière de sécurité intérieure. Aucun de mes objectifs, aucune de mes priorités n'est remis en cause par cette affaire. »
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Informations rémunérées
«Probablement au printemps 2010», selon le parquet, August Hanning s'est entendu avec son ancien collaborateur pour que celui-ci lui fournisse des informations de façon régulière contre de l'argent – les montants en jeu n'ont pas été révélés. Manfred D., qui a été chef de cabinet pour plusieurs autres dirigeants du BND après le départ d'August Hanning, était à la retraite depuis mars.
Malgré sa carrière dans les services de l'Etat fédéral, dont sept ans au BND entre 1998 et 2005 puis quatre ans comme secrétaire d'Etat au ministère de l'intérieur avant d'être mis en retraite provisoire, August Hanning est une personnalité controversée en Allemagne. Il est soupçonné d'avoir aidé, par une société de sécurité privée, une célèbre héritière allemande accusée d'avoir organisé l'enlèvement de ses enfants auprès de leur père. August Hanning a toujours nié ces accusations. C'est dans le cadre de cette affaire que les enquêteurs ont mis au jour les échanges d'informations avec son ancien collaborateur.
avec
Le BND est, pour sa part, mis en cause dans une autre affaire concernant un de ses anciens chefs de service, arrêté en décembre 2022 et soupçonné d'avoir espionage pour le compte de la Russie. Celui-ci aurait transmis, contre rémunération, des documents relatifs aux cyberopérations menées par le BND contre le groupe de mercenaires russe Wagner.
ELSA CONESA
Les fusiliers commandos dans le cadre de l'exercice « Basex », à Châteauroux (Indre), le 29 septembre. ARMÉE DE L'AIR ET DE L'ESPACE
Les bases aériennes françaises se préparent à la « guerre hybride »
Après l'attaque déjouée de Fairfield, au Royaume-Uni, les bases aériennes ont testé les limites de leur vulnérabilité
BORDEAUX-MÉRIGNAC - envoyée spéciale
Sur la base aérienne de Bordeaux-Mérignac (Gironde), le PC de crise a été activé dans des conditions un peu particulières ces derniers jours. Sur le papier, il ne s'agissait que d'un simple exercice de sécurité comme toutes les bases aériennes françaises sont amenées à le faire deux fois par an, appelé « Basex ». Mais l'entraînement qui a eu lieu du 28 septembre au 2 octobre a pris une dimension inattendue alors que, la veille de son démarrage, une tentative d'intrusion imputée à l'Iran sur la base britannique de Fairford, utilisée par l'armée américaine, a été déjouée in extremis.
«Par le passé, cet exercice était un peu un passage obligé, à l'instar d'un exercice incendie, mais désormais il n'y a plus besoin de convaincre personne de son utilité», reconnaît sans ambages le général de corps aérien Cyrille Duvivier. Avec ses quatre étoiles, il cumule les casquettes d'officier général de la zone de défense et de sécurité pour tout le sud-ouest de la France et de chef du commandement territorial de toutes les bases de l'armée de l'air et de l'espace (CTAAE) en France: soit vingt-six bases en métropole, quatre en outre-mer.
Au regard de la dégradation du contexte international, le scénario de cet entraînement était axé sur les ripostes à d'éventuelles manœuvres « hybrides » : survols et attaques de drones, tentatives d'intrusion, cyberattaques, manifestations antiguerre infiltrées par un Etat étranger, etc. « L'objectif était de stresser les bases dans toutes leurs dimensions, y compris dans les domaines technique et logistique », reprend le général Duvivier: services des munitions, carburant, communication, pompiers de l'air, etc.
L'exercice avait été pensé par une équipe composée de fusiliers commandos, dont c'est le cœur de métier. Une semaine avant, le personnel de la base a ainsi commencé à être mis en condition. De faux bulletins de
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« Les menaces ressemblent de plus en plus à ce qui se passait pendant la guerre froide »
LE GÉNÉRAL CHARRIER
chef adjoint du CTAAE
renseignement ont été envoyés sur les messageries internes. Là, pour alerter sur une tentative d'attaque cyber, ici, pour signaler la découverte de produits chimiques au Havre et à Brest. Puis les choses se sont accélérées avec de véritables « attaques saturantes » détaille un fusilier, jouées par des militaires habilités.
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Nouvel outil logiciel
Cette session de Basex a été l'occasion d'aller jusqu'à tester l'évacuation de deux bases aériennes en simultané: Evreux et Mont-de-Marsan. Si toutes les bases françaises disposent d'abris durcis, des sortes de hangars conçus pour protéger les avions de chasse contre les bombardements, il n'y en a jamais en nombre suffisant pour tous les appareils au sol. Un « desserrement », comme on dit dans le jargon militaire, a donc été organisé vers les bases d'Orange et de Pau, où trois Rafale ont notamment été évacués.
La coordination de cette opération a été permise par un nouvel outil logiciel que les aviateurs du commandement territorial de l'armée de l'air sont fiers de pouvoir montrer, en ce 2 octobre. Une carte projetée sur grand écran leur permet de gérer en temps réel les flux aériens et logistiques à l'échelle de toute la France : des informations qui seraient passées par des moyens beaucoup plus archaïques (e-mail et téléphone) jusqu'à très récemment. Cet outil a été développé en trois semaines en lien avec les équipes du nouveau commissariat au numérique de défense (CND), se flatte-t-on à Mérignac.
Cette semaine d'entraînement a été aussi fortement imprégnée par l'accident survenu sur la base aérienne de Leipzig, en Allemagne, le 4 août, où deux drones kamikazes ont failli faire exploser un avion de transport militaire ukrainien, avec tout son personnel à bord. C'est seulement le 1er septembre, après enquête, que Berlin a officiellement attribué cette attaque à la Russie. « Si l'adversaire est fort, il peut réussir à rester sous le seuil de la conflictualité ouverte, sans que son action puisse lui être attribuée, mais pour autant il faut réagir », explique l'adjudant-chef Xavier, chef de la cellule dite « A2 » ou renseignement, en ce dernier jour d'exercice.
«Les menaces qui pèsent sur les bases ressemblent de plus en plus à ce qui se passait pendant la guerre froide», raconte le général Laurent Charrier, bras droit du général Duvivier à la tête du CTAAE. Les aviateurs se réentraînent de plus en plus à utiliser leurs abris souterrains. Lors de ce Basex, des attaques de drones avec épandage de matières « NRBC » (nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques) ont par exemple été simulées.
Sur la BA 204, une emprise militaire située à quelques encablures de la base de Mérignac, on attend même de pied ferme l'enveloppe budgétaire qui permettra, en 2027 espère-t-on, d'enterrer le PC de crise. Ce site discret est un vaste atelier de 1500 machines-outils qui gère les réparations de tous les matériels aéronautiques de l'armée de l'air. Il a notamment la main sur tout le parc des imprimantes 3D des bases aériennes françaises. Mais son poste de commandement en cas de crise est toujours logé sous les toits d'un petit hôtel particulier du XVIIe siècle...
Les risques qui pèsent aujourd'hui sur une base aérienne sont multiples. Avant ce Basex, les aviateurs de Mérignac considèrent qu'ils ont eu droit à une répétition grandeur nature de ce que pourrait être une réelle mise en danger de leur « plate-forme de combat », avec le mégafeu de Gironde. Tout l'été, le site militaire a été transformé en véritable base arrière logistique : plus de 800 personnes, 100 véhicules et une trentaine d'aéronefs de sécurité civile y ont été retranchés. Des investigations sont toujours en cours pour savoir si certains départs de feu ont pu être encouragés par un Etat tiers.
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Survols suspects
La menace antidrone demeure toutefois celle qui a fait l'objet du plus d'attention durant ce Basex. Alors que les survols suspects se sont multipliés depuis l'automne 2025, au-dessus des emprises militaires, les moyens de défense antidrone tels que les fusils brouilleurs ou d'autres systèmes de neutralisation au canon de 20 mm sont toujours largement insuffisants au sein des forces. Des permanences de guet ont donc été mises en place sur certains sites, en même temps qu'une révision de la façon dont le périmètre des enceintes entourant les bases doit être protégé.
Des réservistes et certains volontaires du service national (SN) ont aussi été mis à contribution sur cette session de Basex. La protection des enceintes militaires est l'une des missions prioritaires à laquelle les armées envisagent de les affecter. En ce 2 octobre, ils sont 25 diplômés (de bac + 3 à bac + 7), au garde-à-vous – dont un tiers de filles – à démarrer un mois de formation comme officiers, avant d'être affectés dans leur unité définitive.
La résilience des emprises militaires est, par ailleurs, au cœur de discussions serrées, actuellement sous la houlette du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. L'enjeu est d'affiner la façon dont les armées doivent se préparer à se coordonner avec les forces de sécurité intérieure en cas de nouvelle hausse des menaces en France. Près de 30 % des vols européens font désormais l'objet de manœuvre de brouillage des signaux GPS par la Russie, tandis que près de 150 incidents de gravité diverse en Europe ont été recensés et attribués à Moscou, depuis 2022.
ÉLISE VINCENT
Face aux houthistes, Riyad se tourne vers ses alliés
Le Pakistan et la Turquie vont déployer des forces en Arabie saoudite dans le cadre du « pacte de La Mecque »
Image extraite d'une vidéo non datée diffusée le 5 octobre par le service de presse des Brigades des géants du Sud, alliées des forces du gouvernement yéménite, montrant des combats contre des houthistes, à Taëz, au Yémen. SERVICE DE PRESSE DES BRIGADES DES GÉANTS DU SUD VIA AFP
ISTANBUL - correspondant,
La monarchie saoudienne a convoqué ses alliés en « urgence » à Riyad, lundi 5 octobre. A l'heure où le royaume annonce une nouvelle campagne militaire pour tenter de faire pièce aux houthistes du Yémen, qui menacent ses tankers en mer Rouge et frappent sa capitale et ses infrastructures – les aéroports de Najran et Jizan ont encore été ciblés lundi près de la frontière –, les plus hauts représentants militaires et diplomatiques du Pakistan, de la Turquie et de l'Arabie saoudite, posaient alignés et unis devant les photographes, proclamant mettre pour la première fois à exécution le « pacte de La Mecque », leur accord de défense mutuelle conclu le 7 août. Cherchant à faire mentir ceux qui voyaient dans cette alliance une coquille vide, Ankara et Islamabad ont annoncé, dans un communiqué rendu public le jour même, le « déploiement rapide » de forces dans le royaume.
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« La fin du déni saoudien »
Jusqu'à présent, Riyad était demeuré en retrait derrière les forces gouvernementales yéménites, qui tâchent de reprendre pied sur la côte de la mer Rouge, après la conquête par les houthistes du petit port de Moka, le 10 septembre. Cette prise avait suscité une onde de choc sur le marché du pétrole, déjà malmené par l'interminable thrombose dans le détroit d'Ormuz.
Les milices houthistes tiennent désormais sous le feu de leurs mortiers un autre détroit, celui de Bab Al-Mandab, et prétendent interdire aux pétroliers saoudiens de transiter par cette « porte des larmes » qui ouvre la mer Rouge sur l'océan Indien.
Les opérations de lundi, plus intenses (une soixantaine de frappes aériennes selon les houthistes), mieux coordonnées et impliquant la marine saoudienne, qui a frappé le port d'Hodeïda en mer Rouge, « marquent la fin du déni saoudien », analyse une source proche du pouvoir à Riyad. « Le royaume prétendait encore avant-hier que cette guerre était yéménite. Mais il ne peut pas activer le "pacte de La Mecque" et demander le soutien effectif des Etats-Unis sans s'y impliquer réellement», poursuit cette source.
Washington a déçu son allié en refusant de frapper les houthistes et en prenant langue avec eux en septembre, mais l'armée américaine fournit à Riyad une aide de renseignement et de ciblage, et ravitaille des avions en vol. La France et le Royaume-Uni ont promis une assistance limitée et purement défensive. Quant aux alliés pakistanais et turc, ils demeurent réticents : leur déclaration commune, signée lundi à Riyad, n'évoque pas explicitement la menace houthiste. Le texte se contente de condamner «les attaques incessantes contre des villes et des infrastructures civiles et économiques du royaume » et rejette «sans équivoque» toute atteinte à la sécurité et à l'intégrité de la monarchie du Golfe.
L'Arabie saoudite parie désormais que « l'escalade attendue des frappes houthistes contre le territoire saoudien impliquera plus avant les partenaires turcs et pakistanais», avance cette source proche du pouvoir. Une frappe de drone attribuée par la monarchie aux houthistes, qui aurait visé La Mecque, le 16 septembre, fournit dès à présent une légitimité aux alliés de Riyad – leur communiqué du 5 octobre dénonce toute attaque contre les lieux saints de Médine et La Mecque.
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Plans d'attaque ambitieux
Déjà «des avions pakistanais ont certainement participé aux frappes de lundi au Yémen», assure la politologue Ayesha Siddiqa à la School of Oriental and African Studies de l'université de Londres, bien introduite dans les cercles militaires d'Islamabad – une allégation confirmée de source yéménite. Le Pakistan, qui avait accueilli fraîchement la première demande d'aide saoudienne à la mis septembre, se trouve sommé de démontrer sa loyauté envers le royaume, dont il dépend financièrement. Au moins 20 000 soldats pakistanais sont par ailleurs déployés à la frontière saoudienne, près du Yémen, selon Ayesha Siddiqa et l'analyste yéménite Farea Al-Muslimi, du centre de réflexion Chatham House à Londres, qui précise que « des conseillers pakistanais sont présents dans la grande ville du Sud, Aden [au Yémen]. Quant à la Turquie, elle est en train de fournir du matériel, des drones à l'Arabie saoudite et peut inciter le président syrien, Ahmed Al-Charaa, à dépêcher des combattants, dont des djihadistes qui l'encombrent et qu'il est prêt à déverser dans n'importe quel égout. » A Riyad, une seconde source saoudienne confirme cette ambition. Le président Al-Charaa se trouvait en visite dans la capitale saoudienne mardi 6 octobre, où il s'est entretenu avec le prince héritier, Mohammed Ben Salman.
Si le Pakistan et la Turquie donnent ainsi des gages à l'Arabie saoudite, ils restent prudents à l'égard de ce conflit dans lequel Riyad lui-même avance, hésitant. Le royaume fomente des plans d'attaque ambitieux : il va jusqu'à donner des signes de préparation d'une tentative d'invasion depuis la frontière nord du Yémen – les replis montagneux réputés im-prenables de Saada, où les dirigeants houthistes résistent à ses bombardements depuis une décennie. Cependant, cette source proche du pouvoir à Riyad reconnaît que la priorité demeure « de rétablir un rapport de force avec les houthistes, qui dictent leurs conditions avec une telle arrogance qu'on croirait qu'ils ont déjà gagné. Il s'agit de leur rappeler le coût de la guerre, afin de les contraindre à négocier ».
A ce titre, l'implication du «pacte de La Mecque» vaut menace, et représente «une victoire pour la diplomatie saoudienne, qui montre l'efficacité de son partenariat militaire avec une puissance de
Une nouvelle campagne militaire doit tenter de faire pièce à la milice yéménite
l'OTAN et une puissance nucléaire, appuie Camille Lons, chercheuse spécialiste du Golfe au sein de l'European Council on Foreign Relations. Même si la Turquie et le Pakistan ne veulent surtout pas apparaître comme menant une guerre contre Téhéran et ses alliés ».
Islamabad et Ankara se présentent depuis septembre avant tout comme des médiateurs avec l'Iran, allié des houthistes. Les autorités pakistanaises ont en mémoire des bombardements subis à leur frontière avec l'Iran en 2024. Ils doivent aussi composer avec une part de leur opinion publique qui verrait d'un mauvais œil la participation à une guerre contre les houthistes, notamment au sein de la jeunesse islamiste, admirative des frappes menées contre Israël depuis 2023, en solidarité avec Gaza. « La population serait divisée si Islamabad s'impliquait plus avant dans la guerre au Yémen. Aucune décision n'a encore été prise en ce sens, surtout concernant l'envoi de troupes au sol », estime Ayesha Siddiga.
La Turquie, elle, s'abrite derrière ses procédures institutionnelles pour freiner tout engagement trop franc dans le conflit. Le «pacte de La Mecque», dont le texte demeure secret, n'a pas encore été ratifié par son Parlement – il ne figure même pas à l'agenda parlementaire. En attendant ce feu vert, les experts turcs pensent qu'Ankara soutiendra Riyad par le partage de renseignements, la planification militaire et l'entraînement conjoint. «La Turquie souhaite démontrer que le pacte fonctionne tout en préservant une voie vers la négociation», estime Andreas Krieg, spécialiste du Moyen-Orient au King's College, à Londres.
FANNY ARLANDIS,
NICOLAS BOURCIER,
CLAIRE GATINOIS
ET LOUIS IMBERT
Au Québec, le retour en force des indépendantistes aux élections
Le Parti québécois, proche de la majorité absolue après le scrutin provincial, va remettre la question de l'indépendance au centre du débat
MONTRÉAL - correspondance
Le Parti québécois (PQ, indépendantiste), retrouve les commandes de la Belle Province, douze ans après avoir quitté le pouvoir, avec la perspective d'un nouveau référendum sur l'indépendance. Lundi 5 octobre à 23 heures (mardi 5 heures à Paris), les dernières prévisions des résultats des élections provinciales lui attribuaient 59 sièges à l'Assemblée nationale du Québec, la majorité absolue se situant à 64, devant le Parti libéral du Québec (PLQ, centre), crédité de 40 sièges, le Parti conservateur du Québec (PCQ, droite), de 19, et Québec solidaire (QS, gauche), de 9. La Coalition Avenir Québec (CAQ, centre droit), au pouvoir depuis 2018, est balayée et ne conserve aucun siège.
Après avoir fait passer son parti de trois députés à l'issue du scrutin de 2022 à près d'une soixantaine, lundi 5 octobre, le prochain premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, a livré un discours très tourné vers l'avenir d'un Québec souverain. « On a redonné le goût de l'avenir et le goût du Québec à des centaines de milliers de Québécois qui avaient cessé d'y croire», s'est-il félicité, sous les cris de ses sympathisants, s'époumonant: «Le Québec, un pays!» Il a également adressé quelques mots à «[nos] amis français»: «Le pays (...) que nous voulons nous donner sera d'expression française, il sera riche, il sera moderne, et surtout, il sera parmi les démocraties les plus exemplaires de la planète. »
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«Vieux face-à-face»
Son programme pour les cent premiers jours prévoit, notamment, de consacrer une enveloppe spécifique à la lutte contre le sans-abrisme, qui a fortement progressé au Québec depuis la pandémie de Covid-19, de créer un secrétariat à l'efficacité gouvernementale chargé d'alléger la bureaucratie de l'Etat, et de «reprendre le contrôle» du système d'immigration en abaissant les seuils d'accueil. Dans une campagne où aucun enjeu n'a vraiment dominé, hormis, peut-être, celui du coût de la vie, les résultats du scrutin font apparaître deux mouvements de fond.
Le verdict des urnes signe d'abord l'effacement de la CAQ, ni franchement fédéraliste ni indépendantiste, mais «autonomiste», qui entendait obtenir davantage de pouvoirs pour le Québec sans remettre en cause son appartenance au Canada. Incarnée au pouvoir pendant près de huit ans par François Legault, puis, depuis avril, par sa successeure Christine Fréchette, la CAQ avait précisément fait campagne sur le refus d'un retour à ce qu'elle qualifiait de «vieux face-à-face» entre indépendantistes et fédéralistes, celui qui a structuré la vie politique québécoise autour des référendums de 1980 et de 1995. C'est pourtant bien celui-ci que le scrutin remet au premier plan.
Autre mouvement notable: la percée du PCQ. Son chef, Eric Duhaime, ancien animateur de radio âgé de 57 ans, peut se réjouir: après plusieurs tentatives, il fait son entrée à l'Assemblée nationale, accompagné de 18 autres élus de sa formation. Celui qui s'était fait connaître, notamment,
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Les derniers sondages situent le soutien à la souveraineté du Québec autour de 30 %
par son opposition aux mesures sanitaires au cours de la pandémie est parvenu à élargir une base électorale longtemps cantonnée au vote protestataire. Ni son aveu d'avoir eu recours à l'intelligence artificielle pour rédiger un livre de campagne, ni la présence dans ses rangs d'un candidat aux positions antiavortement – il s'est désisté en septembre – n'ont enrayé sa dynamique. Eric Duhaime a fait de la réduction des dépenses de l'Etat son thème majeur, promettant 47 milliards de dollars canadiens d'économies (29,4 milliards d'euros) sur cinq ans. Il se définit comme «autonomiste», assumant ainsi une partie de l'espace politique laissé libre par l'effondrement de la CAQ.
A gauche, QS se maintient avec 9 députés. La formation, menée par Ruba Ghazal, 48 ans, avait largement axé sa campagne sur le pouvoir d'achat. Elle promettait, notamment, de plafonner les hausses de loyer et de créer un réseau d'« épiceries publiques », des commerces alimentaires à but non lucratif, afin de faire concurrence aux grandes chaînes et de privilégier les produits locaux.
Pas de référendum avant 2029
La victoire du PQ ramène la question de l'indépendance dans les débats. Paul St-Pierre Plamondon s'est engagé à organiser un référendum au cours de son premier mandat, mais pas tant que Donald Trump occupera la Maison Blanche, soit, en principe, pas avant janvier 2029. Le chef péquiste explique ce choix par l'instabilité provoquée par le président américain, avec la guerre commerciale en cours entre les deux pays. Un débat aussi décisif sur l'avenir du Québec doit, selon lui, se dérouler dans des conditions permettant une discussion « sereine », sans être « confisqué » par les soubresauts de la politique américaine.
Cette prudence ne freine pas les adversaires du projet. Le chef du PLQ, Charles Milliard, a convoqué l'exemple britannique dans les derniers jours de campagne, estimant, samedi 3 octobre, que le Brexit avait laissé place au «Bregret», contraction de Brexit et de «regret», et invitant les Québécois à agir avec «extrêmement de précaution» face à la perspective d'un nouveau référendum sur l'indépendance du Québec. «Face aux grands géants du monde, l'union fait la force», avait-il plaidé.
La victoire du PQ ne signifie pas celle de l'indépendance: les derniers sondages situent le soutien à la souveraineté du Québec autour de 30 %. En félicitant Paul St-Pierre Plamondon sur le réseau social X, le premier ministre canadien, Mark Carney, a d'ailleurs ajouté que « bâtir un Québec plus fort est au cœur de notre mission visant à bâtir un Canada plus fort ». Une formule qui laisse entendre que les deux hommes ne parlent pas tout à fait du même avenir.
ELIOTT DUMOULIN
Déboisement à marche forcée en Haute-Savoie
Le chantier de l'autoroute A412, qui doit relier Thonon-les-Bains à Genève, progresse malgré les contestations
Evacuation de membres du collectif Stop A412! , à Bons-en-Chablais (Haute-Savoie), le 1er octobre. BRUNO AMSELLEM/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
Invisible depuis la route, la trouée dans cette forêt de la Haute-Savoie est pourtant énorme. Sapins, chênes, hêtres gisent au sol, leurs immenses troncs empilés les uns sur les autres. De l'autre côté de la départementale 1, à Bons-en-Chablais, un large drap blanc a été déployé devant un champ où paissent des vaches. «A412, on va tous.tes regretter», peut-on lire. Depuis le 1er septembre, le chantier de cette autoroute de 16,5 kilomètres, qui doit relier, d'ici à 2029, Machilly à Thonon-les-Bains, a débuté. Les travaux de déboisement avancent à un rythme soutenu avant la date du 31 octobre à laquelle ils doivent prendre fin. En cinq semaines, plus de 60 % des coupes ont été effectuées, selon le concessionnaire Amedea, une filiale d'Eiffage.
Face à un projet qu'ils jugent d'un autre temps au regard des enjeux climatiques, associations et riverains multiplient les stratégies pour tenter de ralentir le chantier; comme avaient pu le faire les opposants à l'A69, entre Castres (Tarn) et Toulouse. Jeudi 1 $^{er}$ octobre, une trentaine d'entre eux se sont donné rendez-vous avant l'aube devant le site où les machines sont entreposées la nuit. Un sit-in est organisé devant les quatre voitures disposées à l'entrée pour bloquer les engins. Les ouvriers ne peuvent que rester les bras croisés en attendant l'arrivée des gendarmes qui arrivent en nombre.
Nathalie se mobilise pour la première fois. « Quand je me balade dans les bois et que je vois le saccage, c'est un non-sens pour moi », explique cette animatrice sportive de 53 ans qui a souhaité rester anonyme. Deux heures et des contrôles d'identité plus tard, les véhicules sont embarqués par la fourrière et leurs propriétaires verbalisés. Ouvriers et machines prennent le travail sous les huées.
Le 22 septembre, Thomas Brail, fondateur du Groupe national de surveillance des arbres et figure de la fronde contre l'A69, a été arrêté à Perrignier, alors qu'il participait à une action appelant à se placer devant les abatteuses. Depuis, des militants se sont aussi installés dans les arbres. Une « zone à défendre » à Mésinges, sur la commune d'Allinges, a été partiellement évacuée par les forces de l'ordre lundi 5 octobre.
Ce ruban de bitume est un serpent de mer depuis plus de trente ans. Relancé en plusieurs tronçons après l'abandon d'une première version en 1997 qui visait à désenclaver le territoire, le nouveau projet a été déclaré d'utilité publique en 2019. Le 28 août, alors que la France connaît l'été le plus chaud jamais enregistré, le nouveau préfet de la Haute-Savoie, Jérôme Bonet, signe l'autorisation environnementale qui permet le lancement des travaux dans ce secteur rural, célèbre pour son reblochon.
«Trafic induit»
Situé aux portes de Genève (Suisse), le Chablais est en plein essor, attirant toujours plus de transfrontaliers. Y conduire aux heures de pointe peut virer au cauchemar et, pour les villages traversés, les nuisances sont nombreuses. Ici, la plupart des élus locaux soutiennent l'infrastructure. « N'être desservi que par des routes départementales génère d'importants problèmes de circulation et de sécurité, souligne Nicolas Rubin, vice-président (sans étiquette) du conseil départemental.
On doit séparer les flux entre un grand axe et les dessertes locales. »
Une participation du public par voie électronique, au printemps, a recueilli plus de 3200 contributions et montré une population divisée: 48,2 % favorables, contre 43,8 % défavorables. « Quand on construit une autoroute, ça crée du trafic induit, avance Elisabeth Charmot, de l'Association de concertation et de proposition pour l'aménagement et les transports. Ça va inciter des gens à aller habiter encore plus loin de Genève. »
Sur les 180 hectares d'emprise, des forêts, des prairies, des pâturages ou des zones humides seront détruits ou affectés. En février, le Conseil national de la protection de la nature a rendu un avis défavorable à la demande de dérogation à la protection des espèces déposée par Amedea, contestant l'existence d'une « raison impérative d'intérêt public majeur ». Un mois plus tard, l'Autorité environnementale émettait une série de recommandations concernant l'artificialisation des sols, les impacts sur la biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre générées, non conformes aux objectifs climatiques du pays.
Le chantier est sous haute surveillance. Pas de quoi arrêter Anne Granget, qui ne manque pas une action. « La France a brûlé partout cet été et le seul endroit qui n'a pas brûlé, on le coupe », se désole la sexagénaire, qui possède une quinzaine de chevaux qu'elle fait paître sur 6 hectares autour de sa ferme. Elle est l'une des agricultrices les plus affectées par l'autoroute. « Je vais devoir quasi cesser mes activités », redoute l'éleveuse. Selon elle, « il n'y a aucune raison impérative d'intérêt public majeur, juste des intérêts financiers ». Amedea, qui a obtenu la concession pour cinquante-cinq ans, finance l'infrastructure pour un coût estimé à 340 millions d'euros. Selon Philippe Le Sénéchal, directeur opérationnel du projet, l'ouvrage sera « dans la moyenne des tarifications de péage en France, entre 12 centimes et 15-20 centimes d'euro du kilomètre ». Les opposants ont calculé que l'aller-retour reviendrait à plus de 8 euros.
A la mi-septembre, ces derniers ont déposé, devant la justice administrative, un recours sur le fond afin de faire reconnaître l'il-légalité de l'autorisation environ-nementale et un référé-suspension pour demander l'arrêt im-médiat du chantier. Une audience a été fixée au 14 octobre. «Il ne faudrait pas revivre une A69 bis, avec des travaux qui sont finis quand la justice se prononce», insiste Anne Lassman-Trappier, présidente de France Nature Environnement Haute-Savoie.
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Désolation
La ville de Genève, hostile de longue date à cet ouvrage, alors qu'elle mène une politique de réduction de la place de la voiture, prépare également un recours. «Les autorités françaises ont agi au mépris des éléments de dialogue démocratique en mettant les gens devant le fait accompli, alors qu'il s'agit d'un véritable écocide», critique l'élu écologiste Alfonso Gomez, conseiller administratif.
Comme le reste des contestataires, il plaide pour renforcer la cadence du Léman Express, un réseau express régional francosuisse reliant la Confédération à
Genève, hostile à l'ouvrage alors qu'elle mène une politique de réduction de la voiture, prépare un recours
la Haute-Savoie et à l'Ain. Mis en service en 2019, il est déjà saturé aux heures de pointe, victime de son succès. «Si l'on donne aux gens la possibilité de se déplacer autrement, ils l'utilisent, surtout compte tenu du prix de l'essence aujourd'hui», met en avant Jérôme Dethes, de la Confédération paysanne de Haute-Savoie.
Selon Eiffage, une centaine de parcelles sont toujours en cours d'expropriation sur les 1300 nécessaires. A Allinges, Françoise, Michel, Georges et Claire (ils n'ont pas souhaité donner leur nom) vont perdre les deux tiers de leurs terres. «Des ouvriers sont venus sans nous prévenir, ont coupé le cadenas et sont entrés», raconte Georges. Le quinquagénaire poursuit: «Quand nous sommes arrivés, ils nous ont demandé nos pièces d'identité et le titre de propriété, et nous ont empêchés de pénétrer sur notre terrain pendant deux heures. »
Le lendemain, des feuillus ont commencé à être abattus alors que la juge des expropriations n'était pas encore passée. « Ils sont rentrés alors que c'est clos et ils n'en ont pas le droit, affirme leur avocate, Violette Delattre. Quant à l'abattage des arbres, il ne peut se faire qu'après constat contradictoire de valeur, ce qui n'a pas été fait. On empêche ainsi les propriétaires d'avoir une indemnisation à la juste valeur puisque les arbres sont déjà à terre. » Eiffage répond que « l'état des lieux réalisé par l'expert mandaté par le tribunal administratif de Grenoble dans le cadre des occupations temporaires permettra à la juge d'évaluer le montant de l'indemnité d'acquisition ».
Assis sous l'auvent d'un petit chalet, les quatre amis contemplent la désolation autour d'eux. Les souvenirs heureux dans ce lieu si privilégié affluent alors qu'une salamandre se faufile à leurs pieds. « C'est très brutal : il y a dix jours encore c'était un havre de paix, se désole Françoise, 77 ans. C'est un vrai deuil que l'on doit faire. »
RAPHAËLLE BESSE DESMOULIÈRES
Le Nobel de physique récompense la quête des neutrinos
Francis Halzen, chercheur belge de 82 ans, a reçu le prestigieux prix, mardi, pour ses travaux sur ces particules fantômes
Pour une particule invisible, quasi sans masse, et qui déteste interagir avec les autres composants de la matière, le neutrino n'est pas très discret dès lors qu'il s'agit de récolter des prix Nobel. Pour la cinquième fois, la célèbre récompense a été attribuée à un physicien qui tente d'en percer les secrets. Le Belge Francis Halzen, 82 ans, a été primé, mardi 6 octobre, pour avoir ouvert une nouvelle fenêtre sur le ciel, rien moins qu'une nouvelle astronomie, en captant non pas des grains de lumière, ni des ondes radio ou des rayons gamma, mais les fameux neutrinos.
Ces derniers ne possèdent pas de charge électrique, sont très légers et filent en ligne droite depuis leur source de production, car ils sont peu sensibles à la présence d'autres particules. Ils sont produits par le Soleil, les centrales nucléaires, mais aussi par des explosions d'étoiles. « Plus d'un milliard traversent ma main par seconde, émis par le Soleil », a précisé Mark Pearce, président du comité du prix Nobel de physique. Mais les neutrinos qui intéressent Francis Halzen sont bien moins nombreux et viennent de plus loin. Ils jaillissent d'événements cosmiques violents, comme les noyaux actifs de galaxies, là où des trous noirs géants secouent la matière.
En 1988, l'ancien théoricien, formé à l'Université catholique de Louvain et en poste depuis 1972 à l'université du Wisconsin, propose un instrument original, un télescope à neutrinos, avec son collègue John Learned, de l'université d'Hawai. Et ils le verraient bien, non pas en hauteur comme les autres télescopes, mais en profondeur... sous la glace de l'Antarctique. En effet, comme il y a peu de chances qu'un neutrino frappe un autre atome, il faut, pour le
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Ils sont produits par le Soleil, les centrales nucléaires, mais aussi par des explosions d'étoiles
voir, équiper des régions contenant beaucoup d'atomes, comme de la glace ou de l'eau.
John Learned avait d'ailleurs fait de premiers essais au large d'Hawai, sous la mer, avec le projet Dumand, qui ne sera jamais achevé. « Bien que le pôle Sud soit moins plaisant qu'Hawai (...), il apparaît que ce serait le meilleur endroit pour commencer l'astrophysique des neutrinos de haute énergie », concluaient les deux chercheurs dans leur article de 1988.
Dès le début des années 1990, après quelques forages au Groenland, le prototype Amanda est lancé. Avant même la fin du chantier, en 1999, Francis Halzen fait une demande de financement pour le projet suivant, IceCube, un détecteur d'un kilomètre cube qui sera accepté en 2002. La construction s'achèvera en 2011.
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«Chance et talents»
Entre 1450 mètres et 2450 mètres de profondeur, pour éviter la présence de bulles d'air, sont glissés 86 câbles sur lesquels sont fixés plus de 5000 « yeux ». Ils ne voient pas directement les neutrinos, mais des traces de leur passage. Certains traversent la Terre, percutent une molécule d'eau, se transforment en muon (un gros cousin de l'électron), qui a l'incroyable propriété de filer plus vite que la lumière dans la glace.
Tel le franchissement du mur du son, cela déclenche un flash bleu, enregistré par les détecteurs. D'autres types de neutrinos forment des boules de lumière.
Dès 2013, l'instrument fonctionne et enregistre un flux diffus de neutrinos de haute énergie, preuve d'une provenance cosmique différente de celle du Soleil ou de celle d'une supernova, car un million de fois plus énergétique. «Nous ne pensions pas que ça marcherait lorsque nous avons lancé le projet», a déclaré Francis Halzen lors de la conférence téléphonique organisée à l'annonce du prix.
Les détecteurs n'étaient cependant pas assez précis, au démarrage, pour distinguer des traces bien droites qui leur auraient permis de remonter à la source de ces neutrinos. Ce sera fait quatre ans plus tard, avec un flash attribué à un noyau actif de galaxie. En 2019, IceCube enregistre un record, un flux de neutrinos 40 fois plus énergétique que celui de 2017. Record qui sera battu en 2023 par KM3NeT, le projet européen, installé en Mediterranée, avec une énergie encore 17 fois plus grande.
« C'est formidable qu'il ait eu ce prix que la communauté attendait, rappelle Antoine Kouchner, porteparole de l'expérience Antarès, prédécesseure de KM3NeT, et enseignant-chercheur à l'université Paris Cité, au laboratoire astroparticule et cosmologie. Mais l'astronomie de neutrinos n'en est qu'à ses débuts. » IceCube devrait en effet grandir avec le projet IceCubeGen2. KM3NeT continue aussi son déploiement. Et, dans le lac Baïkal, les Russes ont aussi installé un gros détecteur de près d'un kilomètre cube. « On ne sait pas encore ce que cela va apporter, a déclaré Francis Halzen. Mais l'astronomie des neutrinos existe. »
DAVID LAROUSSERIE
Enfin une bonne raison de jouer avec la nourriture.
Et si le meilleur moyen d'apprendre aux enfants à mieux manger était de les laisser jouer ? Les enfants découvrent le monde en jouant, alors pourquoi leur assiette ferait-elle exception ?
Tous les parents le savent : varier l'alimentation des enfants n'est pas toujours facile. Pourtant, derrière ce défi du quotidien se cache un enjeu majeur : 1 enfant sur 5 est aujourd'hui en situation de surpoids ou d'obésité, et ils pourraient être 1 sur 3 d'ici 2030\*.
Chez Auchan, nous avons voulu rendre les repères alimentaires plus simples, plus concrets et surtout plus faciles à adopter dès l'enfance.
C'est de cette idée qu'est né Le Choix des Couleurs, une méthode ludique qui associe chaque grande famille d'aliments à une couleur pour composer un repas équilibré : le bleu pour le poisson, le rose pour la viande, l'orange pour les féculents, le vert clair pour les légumes, le jaune pour les produits laitiers et le vert foncé pour les fruits. L'enfant n'a plus seulement à penser en termes de nutrition : il joue avec les couleurs de son assiette. Une façon simple de transformer des repères parfois complexes en un jeu que les enfants peuvent comprendre, mémoriser et s'approprier au quotidien.
Rendez-vous le mercredi 14 octobre dans votre hypermarché pour adopter Le Choix des Couleurs en famille et découvrir comment les couleurs peuvent aider les enfants à mieux manger. Un plateau coloré sera offert en magasin\*\*.
MOBILISATION LYCÉENNE
Le mouvement lycéen agrège de nombreux soutiens
Des élèves de tous horizons, rejoints par de nombreux adultes – parents, élus, militants syndicaux ou simples citoyens –, ont défilé, mardi, le plus souvent dans une ambiance bon enfant
es lycéens se sont comptés et ont pu compter leurs soutiens, en cet « acte III » de leur mouvement. Et ils ont été nombreux. Quelque 266 000 manifestants ont été comptabilisés en France par le
ministère de l'intérieur, dont 56 000 à Paris. Les organisateurs lycéens et étudiants dé-nombrent de leur côté 450 000 personnes dans les cortèges dont 100 000 à Paris.
A Lille, Marseille, Lyon, Paris, Clermont-Ferrand ou encore Rennes, des lycéens jusqu'alors rassemblés dans le seul périmètre de leur établissement sont venus en nombre grossir les cortèges. Beaucoup manifestaient pour la première fois, dans une ambiance le plus souvent bon enfant, même si des heurts ont éclaté à la fin de la mobilisation parisienne et que la journée a donné lieu à 488 interpellations, selon le ministère de l'intérieur.
A Nîmes, parmi les 13500 manifestants recensés par la préfecture du Gard, quatre jeunes du lycée Albert-Camus avaient aussi mobilisé leur énergie : « Il n'y a pas d'incidents aujourd'hui dans la ville, et c'est beaucoup plus agréable, car on va peut-être enfin se faire entendre », estimaient Mathilde, Fantine, Antonin et Melvil (nous avons choisi de ne pas donner les noms de famille des mineurs).
Comme depuis le début du mouvement et partout en France, les mêmes revendications reviennent, inlassablement. « On se bat contre le manque de professeurs, la surcharge dans les classes, des emplois du temps inadaptés. Et contre le manque de moyens. En pleine canicule, on ne peut plus travailler dans des classes surchauffées. On est 36 par classe, sous 40 °C», affirment les jeunes Nîmois. «Il faut aussi réformer Par-coursup», ajoutent-ils.
Dans le cortège parisien, des élèves de tous horizons se sont agrégés. Les banderoles des lycées de Seine-Saint-Denis comme Paul-Eluard, à Saint-Denis, et Olympe-de-Gouges, à Noisy-le-Sec, ainsi que ceux d'établissements parisiens favorisés comme Sophie-Germain (4 $^{e}$ arrondissement), se sont côtoyés. Madalina et Elysa, élèves en terminale au lycée Marcelin-Berthelot de Pantin (Seine-Saint-Denis), sont venues manifester avec leurs enseignants. « On dénonce le manque de moyens et des locaux insalubres, avec des murs troués et des fuites d'eau dans les salles de classe », racontent-elles.
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«ÉLÈVES, VOS VOIX NOUS ÉLÈVENT »
Certains l'avouent : ils n'expérimentent pas tous ces environnements et conditions d'enseignement dégradés. Mais ils portent le même projet d'une éducation nationale équitable. Les élèves du lycée privé sous contrat Saint-Michel-de-Picpus, dans le 12 arrondissement de Paris, défilent ainsi pour réclamer « plus de budget et une meilleure éducation ». Ils disent n'avoir « pas à se plaindre », mais ils sont là pour ceux qui expérimentent des conditions de travail plus difficiles.
Dans les différents cortèges comme sur les blocages du matin, les étudiants ont rejoint les lycéens. Environ 40 % des établissements de l'enseignement supérieur publics ont été perturbés, mardi, selon le ministère de l'enseignement supérieur.
A Clermont-Ferrand, une trentaine d'étudiants se sont réunis devant le site Carnot de l'université Clermont-Auvergne. Toutes les
A Paris 12 $^{e}$ , le 6 octobre. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
AUX REVENDICATIONS
SUR LES
CONDITIONS D'ÉTUDE
S'EST AGRÉGÉE UNE
AUTRE INDIGNATION,
CELLE NÉE
DE LA RÉPONSE
POLICIÈRE
entrées ont été bloquées. « C'est la première fois que ça arrive. Il y a déjà eu des manifestations étudiantes ici, mais jamais de blocage comme ça! », s'enthousiasme Celtill, l'un des porte-paroles du rassemblement, précisant qu'il n'y a pas de volonté de récupérer la mobilisation lycéenne. « Mais nous souhaitons les soutenir et nous avons des revendications proches des leurs », poursuit-il.
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« DES MOYENS, PAS DES MOIGNONS »
Le mouvement a plus largement changé de visage à la faveur de cette journée, qui a rassemblé autour des adolescents de nombreux adultes, qu'ils soient parents, élus, militants syndicaux ou simples citoyens venus en soutien. Plusieurs syndicats de fonctionnaires, et notamment d'enseignants, avaient également appelé à rejoindre le mouvement lycéen et à manifester, mardi.
soutien ». Lucienne, 85 ans, a « fait Mai 68 » et elle voulait voir de ses propres yeux si le mouvement lycéen était aussi violent que ce que la télévision en dit. « Je suis rassurée, assure-t-elle. Ces jeunes expriment calmement des revendications légitimes. » Véronique, 68 ans, opine : « Nous avons toutes des petits-enfants concernés par la situation. Les conditions d'enseignement ne sont pas satisfaisantes, et le gouvernement ne fait rien pour eux ! » Ghislaine, 68 ans, poursuit : « Si, il leur envoie la police. Nous venons autant pour soutenir les jeunes que pour les protéger. »
A Tours, des professeurs de plusieurs établissements ont ainsi défilé, à l'instar de Charlotte (prénom d'emprunt). «Notre travail, en tant qu'enseignants, est de faire en sorte de les protéger», explique cette professeure de philosophie au lycée Vaucanson, dans le nord de la ville. Elle se réjouit de l'ambiance « bon enfant » de la manifestation. « Je suis contente de voir tout le monde, pas que des lycéens. Ça donne de la voix à leurs revendications », dit-elle.
Dans les cortèges, aux revendications initiales des lycéens sur leurs conditions d'études s'est en effet agrégée une autre indignation. Celle née de la réponse policière opposée aux élèves lors des blocus depuis la fin septembre, et qui se lit désormais à longueur de pancartes dans les blocages et les défilés.
«Je suis impressionnée par leur mobilisation, les jeunes défendent le service public alors que les adultes baissaient les bras. Ils ne sont pas résignés », se félicite aussi Valérie, dans le cortège de Lyon, venue du Beaujolais pour accompagner ses élèves, et qui n'a pas souhaité donner son nom, comme les autres adultes cités par leur prénom. Plus loin, une pancarte d'une professeure de Villeurbanne (Métropole de Lyon) proclame : «Elèves, vos voix nous élèvent. »
Mardi, certains ont manifesté en brandissant des slogans tels que «Des moyens, pas des moignons», après qu'un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade, lundi, à Lens (Pas-de-Calais); ou encore «Œil pour œil, dent pour dent», en référence à l'adolescent de 16 ans éborgné à Tours, dont les lésions sont «compatibles avec un tir de LBD [lanceur de balles de défense]», selon la procureure de la République de Tours, Catherine Sorita-Minard; ainsi qu'au jeune Eden, 14 ans, touché au visage à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise) par une grenade lacrymogène tirée à bout portant par un policier mis en examen, mardi, pour «violences par personne dépositaire de l'autorité publique suivie de mutilation ou d'infirmité permanente». A Paris, le cortège a souvent défilé sur fond d'«ACAB» acronyme qui signifie «All Cops Are Bastards» («tous les flics sont des bâtards») ou de «Tout le monde déteste la police.»
Le ministre de l'éducation a dû préciser quelques heures plus tard qu'il s'agissait bien d'une « demi-journée banalisée » à organiser d'ici à la fin de la semaine, comme il l'avait annoncé le matin même. « On ne peut pas reprendre le chemin des cours comme s'il ne s'était rien passé », avait-il dit sur Franceinfo, alors que plusieurs centaines de lycées ont été fermés depuis ven-
A Rennes, Emma, Salomé, Iris et Louane, lycéennes en 1 $^{re}$ , brandissent une pancarte : « Assez grandes pour se faire gazer mais pas pour manifester ». Encore choquées, les quatre amies racontent l'intervention des forces de l'ordre devant leur lycée, début octobre. « Le blocus se déroulait calmement. (...) Les CRS sont arrivés en trombe, ils ont couru et gazé tout le monde. Ils nous couraient comme s'ils y prenaient du plaisir », décrit Salomé. Emma reprend : « Maintenant, dès que l'on croise des policiers, on se méfie. Sur- tout les CRS. On ne devrait pas avoir peur de la police à 16 ans! »
Cette colère, qui imprègne tous les discours des adolescents mobilisés, a aussi
L'IMBROGLIO TÉMOIGNE de la fébrilité du gouvernement à l'issue d'une journée de mobilisation d'ampleur des lycéens et des soutiens de ces derniers. «Le ministre de l'éducation nationale [Edouard Geffray] a décidé de libérer du temps dès demain matin, dès jeudi, dès vendredi, avec une "banalisation" complète des emplois du temps pour permettre à chaque équipe de direction (...) d'organiser un temps de démocratie interne au sein du lycée », a annoncé le premier ministre, Sébastien Lecornu, lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, mardi 6 octobre, dans l'après-midi, laissant entendre que les cours seraient banalisés toute la semaine.
Du côté de ID-FO, la secrétaire générale, Agnès Andersen, a dénoncé
Colère autour de la « demi-journée de cours banalisée »
une « manceuvre du gouvernement qui vise à refiler la problématique » aux chefs d'établissement, qu'elle décrit comme « épuisés et écœurés » après deux semaines de crise. « L'appel au secours de cette jeunesse, c'est à ceux qui décident des politiques publiques de l'entendre !, s'est-elle insurgée. Les chefs d'établissement ne pourront pas répondre aux revendications [qui concernent] Parcour-sup ou la réforme du bac! »
dredi, et que plus de 1000 ont fait l'objet d'actions et de perturbations. « Dès le premier jour de reprise des cours, nous instaurerons un temps lycéen dans chaque lycée de France : une demi-journée banalisée, d'abord avec les personnels, puis avec les élèves, pour un débat de fond, ouvert et démocratique, partout », a ainsi proposé Edouard Geffray.
Antoine Clanet, 24 ans, assistant d'éducation au lycée Antonin-Artaud dans le 13 $^{e}$ arrondissement de Marseille, est aussi venu pour soutenir les élèves dont il a la charge dans cet établissement des quartiers populaires : « Ils ont manifesté en reproduisant ce qu'ils voient sur les réseaux sociaux et dans les médias... La course au lycée qui sera le plus violent. On veut leur montrer qu'il y a aussi une manière pacifique d'accompagner leurs revendications légitimes. »
Cette décision a immédiatement provoqué l'ire des proviseurs. « Banaliser des cours pour échanger avec les élèves, sur simple annonce du premier ministre est irréalisable. (...) Nous refusons de mettre en place une annonce totalement improvisée et ambiguë qui met les établissements et tous les collègues en très grande difficulté », s'est opposé Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du syndicat de chefs d'établissement SNPDEN-UNSA, dans un communiqué. « Il ne s'agit pas de refuser la démocratie scolaire, mais de la faire vivre en dehors de l'agenda politique », a-t-il ajouté.
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« Manœuvre du gouvernement »
De très nombreux parents étaient aussi présents, ainsi que des grands-parents. A Rennes, Véronique, Lucienne et Ghislaine, toutes trois retraitées, brandissent des ardoises sur lesquelles elles ont écrit : « Mamie en
SYLVIE LECHERBONNIER
ET ELÉA POMMIERS
Depuis que le mouvement lycéen a pris de l'ampleur, le ministère tente de promouvoir et de renouveler les instances de dialogue. Une plateforme de concertation a été lancée, lundi soir, avec deux questions: « Quelles sont aujourd'hui les principales difficultés que vous rencontrez au lycée ? » et « Qu'est-ce qui devrait, selon vous, changer ou être amélioré pour mieux apprendre et mieux vivre votre scolarité ? » Les contributions, qui peuvent être déposées jusqu'au 23 octobre, doivent faire l'objet d'une synthèse et d'une restitution nationale à la fin du mois.
Des lycéens devant le lycée Albert-Camus, à Nîmes, le 6 octobre. LEWIS JOLY POUR « LE MONDE »
poussé de nombreux adultes à descendre dans la rue, mardi. A Lille, Thomas Lequesne, lui, a même posé un jour de RTT au dernier moment, lundi soir, pour manifester à la place de son fils. « Quand j'ai appris qu'un gamin avait perdu une main à Lens, j'ai eu trop peur pour le mien. La discussion a été houleuse hier soir », reconnaît ce père de famille, qui a fini par transiger : « Si je venais à sa place, là, il était OK. »
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«PROTÉGER MON FILS»
Etre auprès des adolescents pour les soutenir, mais aussi pour les «protéger», et jouer le rôle d'interface, voire de tampon, avec les forces de l'ordre, c'était l'objectif de nombreux adultes partout en France, et ce dès les blocus qui se sont poursuivis mardi matin avant la manifestation. Dans le 20 $^{e}$ arrondissement de Paris, avant 8 heures, des militants de la CGT, de la Ligue des droits de l'homme, des élus ainsi que des parents d'élèves, affublés de brassards blancs, se trouvaient ainsi aux côtés des élèves du lycée Hélène-Boucher.
Lorsque les adolescents ont bloqué le cours de Vincennes et qu'une colonne de gendarmes mobiles s'est positionnée face à eux, les dizaines d'adultes ont formé une chaîne pour s'interposer entre les adolescents et les forces de l'ordre qui s'apprétaient à intervenir. Parmi eux, Nina, mère d'un lycéen. « Il y a des flics, il y a mon fils, je reste devant pour le protéger », assumait-elle, « effarée » des images d'interventions policières ayant circulé depuis dix jours.
Comme à Hélène-Boucher, plusieurs blocus ont encore été organisés mardi matin, en amont de la manifestation et en dépit des fermetures décrétées par les préfectures. Selon le ministère de l'éducation nationale, 891 lycées sur les 3700 ont vu leurs cours «être suspendus, soit totalement, soit partiellement, toutes causes confondues», mardi. En Ile-de-France, où sont scolarisés 20 % des lycéens français, 250 établissements étaient fermés, soit la moitié d'entre eux, et 25 ont été perturbés par des actions parfois violentes, selon la région.
Ces fermetures n'ont toutefois pas étouffé le mouvement, dont l'expression s'est décalée dans plusieurs lycées qui n'étaient jusqu'alors pas mobilisés et qui ont pris le relais, mardi matin. Ce fut le cas dans les établissements du centre de Paris, y compris le très prestigieux lycée privé Massillon, le plus favorisé du pays, peu coutumier des manifestations d'élèves et dont la participation témoigne du vaste soutien que rencontre le mouvement dans la génération lycéenne. « On a conscience qu'on est privilégiés, mais la jeunesse, c'est nous tous », défend Anne-Lise. Derrière elle, le mur de l'établissement est couvert de dizaines de pancartes, dont l'une clame « Privés et publics, tous enfants de la République ».
A l'issue de cette journée, il n'est plus possible de nier la nature sociale de cette mobilisation qui dépasse désormais les seuls bancs des établissements scolaires et universitaires. A Tours, Sann « n'attend que ça, que cette journée devienne un point de bascule. La seule chose qui [leur] manque, c'est que le gouvernement ouvre ses oreilles ».
Lors de la séance des questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a appelé à apporter désormais une « réponse politique » au mouvement lycéen, estimant que le « mécontentement » et l'« angoisse » exprimés par les élèves étaient « réels » et devaient être entendus « avec beaucoup d'humilité », tout en « luttant contre les instrumentalisations politiciennes ». Si le changement de posture est notable, après une semaine sur une ligne très sécuritaire, le chef du gouvernement n'a pas fait plus d'annonces, même s'il a ouvert la porte à des solutions dans le cadre des prochaines discussions budgétaires.
Une réponse qui ne satisfait pas les organisations lycéennes et étudiantes. Elles ont d'ores et déjà appelé à reconduire le mouvement, jeudi. « On va continuer à bloquer tant qu'il n'y a pas 10 milliards d'euros sur la table, prévient Suzanne Nijdam, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), première organisation étudiante. C'est le chiffrage qu'on a retenu pour les dix mesures d'urgence», publiées sur une plateforme commune aux lycéens et aux étudiants le 5 octobre. « Pour l'instant, on n'en a même pas une sur les dix, donc ce serait bien au moins de commencer à faire un pas et de pouvoir échanger dessus parce que la porte est totalement fermée », ajoute l'étudiante en maïeutique.
Une intersyndicale des personnels de l'éducation et les organisations lycéennes devaient se réunir aussi mardi soir pour discuter des « réponses du gouvernement » et des « suites à donner ».
AGATHE BEAUDOUIN, PHILIPPE GAGNEBET,
GÉRALDINE HOUOT, BENJAMIN KELTZ,
OSCAR KORBOSLI, SYLVIE LECHERBONNIER,
ELÉA POMMIERS, RICHARD SCHITTLY,
FLORENCE TRAULLÉ, ÉLIE GUIDI ET GILLES ROF
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Maintien de l'ordre : le gouvernement sur la défensive
Critiqué par les oppositions, Sébastien Lecornu a nié, mardi, toute « répression policière »
Pour son retour devant les députés, mardi 6 octobre, après dix semaines de vacances parlementaires, le gouvernement, acculé par l'ampleur de la mobilisation lycéenne (entre 266 000 manifestants, selon le ministère de l'intérieur, et 450 000, selon les organisateurs, dans toute la France), a défendu le déploiement d'un important dispositif policier et ciblé La France in-soumise (LFI). Alors que les violences aux abords des lycées ont fait, depuis la mi-septembre, 85 blessés parmi le personnel éducatif, 215 blessés chez les élèves et plus de 700 parmi les forces de l'ordre (toujours selon le ministère), Sébastien Lecornu a pris la parole, pour la première fois depuis le début de cette crise sociale, inédite à six mois de l'élection présidentielle.
Dès le matin, au Palais-Bourbon, la gauche est montée au créneau. Devant la presse, les députés «insoumis», socialistes, communistes et écologistes ont, chacun à leur tour, exigé la démission du ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez. «Nous vivons un moment de bascule qui bouleverse la nature de notre régime démocratique. Des armes de guerre sont utilisées contre des enfants!», a fustigé le député écologiste des Yvelines Benjamin Lucas-Lundy. Même tonalité chez le président du groupe communiste, Stéphane Peu, qui a dénoncé une répression policière pouvant être qualifiée de « violence d'Etat ». Tandis que l'élu du Rassemblement national Sébastien Chenu (Nord) comparait le gouvernement, qui n'a « rien anticipé, rien vu venir, rien préparé, rien prévu », à un « lapin pris dans les phares d'une voiture ».
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Des «accidents»
Ulcéré par les critiques de l'opposition de gauche comme d'extrême droite, le chef du gouvernement a réfuté toute « répression policière ». Préférant parler d'« accidents », Sébastien Lecornu a rejeté le terme de « violences policières », qui « suggérerait qu'il y ait des instructions politiques de répression policière ». « C'est faux, c'est un mensonge et c'est jeter l'opprobre sur la police de la République! », a-t-il déclaré. Au lendemain de l'explosion d'une grenade policière à Lens, dans le Pas-de-Calais, qui a arraché la main d'un adolescent de 15 ans, Sébastien Lecornu a revendiqué un « usage de la force strictement proportionné » de la part des forces de l'ordre. Cela n'a pas empêché plusieurs « accidents », qui ont donné lieu à l'ouverture de 18 enquêtes de l'inspection générale de la police. Laurent Nuñez a adressé, mardi, sur France Inter, un « message de soutien à l'ensemble des membres de la sécurité intérieure qui sont blessés », estimant ne pas avoir à présenter des excuses aux lycéens meurtris.
Sans un mot lui non plus pour les jeunes blessés ou mutilés par les forces de l'ordre, Sébastien Lecornu a en revanche appelé le monde politique à « faire corps » avec le personnel de l'éducation nationale touché par ces violences. Quelque 85 fonctionnaires « blessés dans leur chair » (dont 34 proviseurs), « c'est le bilan le plus dur pour l'éducation nationale depuis des décennies », a-t-il souligné, dénonçant une « banalisation de cette violence ». Tout à son souci de rendre LFI responsable des
LES DÉPUTÉS
« INSOUMIS »,
SOCIALISTES,
COMMUNISTES ET
ÉCOLOGISTES ONT
EXIGÉ LA DÉMISSION
DU MINISTRE DE
L'INTÉRIEUR
débordements, le premier ministre a accusé le parti de Jean-Luc Mélenchon de « sous-entendre que la police de la République et les militaires de la gendarmerie seraient racistes », pour « organiser un chaos à des fins électoralistes ». Au même moment, place de la République, le candidat « insoumis », brassard blanc afin d'être reconnu comme « force d'interposition entre la violence policière » et les manifestants, fendait la foule, lançant des « soyez prudents! » aux jeunes qui l'acclamaient sur son passage et scandaient des slogans contre la police.
Le premier ministre n'a apporté, mardi, qu'une réponse sommaire aux revendications des lycéens, comme la mise en place d'une plateforme pour recueillir leurs doléances ou une demi-journée banalisée sans cours pour un temps d'échange au sein de leurs établissements. Sans marge de manœuvre financière en raison d'un cadre budgétaire très contraint et privé de majorité à l'Assemblée nationale, « le gouvernement n'a pas de moyens et a peu de légitimité politique » pour satisfaire les revendications des lycéens, estimait un proche de l'ancien premier ministre Edouard Philippe. « Pour un impact immédiat, il doit choisir un totem », ajoutait-il. Sébastien Lecornu a en effet promis de réévaluer le dispositif d'orientation Parcoursup, très critiqué, afin d'y apporter « davantage de transparence » et de « simplicité ». En début de matinée, toutefois, le ministre de l'économie, Roland Lescure, voyait de la « place pour les urgences » dans le budget 2027, à condition de préserver les « équilibres budgétaires ».
Une réponse gouvernementale, en défensive, qui a contrarié l'Elysée. Deux heures s'étaient à peine écoulées après la première intervention de Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale, lorsque Emmanuel Macron a fait savoir qu'il convoquait à l'Elysée le chef du gouvernement et les ministres en première ligne dans la crise du mouvement lycéen. Ce « point de situation » était présenté comme le prolongement des discussions téléphoniques entre le chef de l'Etat et le premier ministre, au cours du week-end précédant la mobilisation du 6 octobre. Une manière de
LES ORGANISATIONS LYCÉENNES ET ÉTUDIANTES APPELLENT À POURSUIVRE LES BLOCAGES, DÈS JEUDI
rappeler que l'exécutif a tenté, tardivement, d'articuler sa réponse autour de trois principes : la proportionnalité de la réponse policière, le dialogue avec les lycéens et les représentants de ces derniers, ainsi que la dénonciation des élus qui « soufflent sur les braises ». Or, cette réunion gouvernementale chapeautée par le locataire de l'Elysée avait tout d'un revirement, tant son entourage insistait jusqu'ici pour dissocier le président de cette protestation contre le pouvoir. « Le gouvernement est à la manœuvre », répétait encore l'un de ses proches, lundi. Mercredi matin, le ministre de l'intérieur a annoncé, sur RTL, la suspension provisoire de l'usage des grenades assourdissantes dans le cadre du mouvement lycéen, « tant que la lumière n'a pas été faite » sur l'affaire de Lens.
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« Miser sur les vacances »
Mais les scènes d'affrontement entre les forces de l'ordre et les jeunes lycéens ont, semble-t-il, eu raison de la volonté du président de laisser le premier ministre gouverner. «Le chef de l'Etat est dans son rôle, celui de remettre le fleuve dans son lit quand ça déborde», confie l'un de ses proches. Mardi, le coup de grâce est venu du président des Etats-Unis, Donald Trump, qui a commenté la situation française dans un message polémique, publié sur son réseau, Truth Social, imputant les troubles à une «immigration de masse hors de contrôle».
Emmanuel Macron a surtout jugé de son devoir d'intervenir face à un premier ministre renâclant à l'idée de défendre sa politique devant les caméras. «Il nous a demandé évidemment de faire un peu plus de pédagogie et de montrer de l'empathie», a rapporté Laurent Nuñez sur RTL, au lendemain de la réunion à l'Elysée. A Matignon, on assurait, mardi soir, que Sébastien Lecornu était «libre de sa stratégie de communication, ce qui ne l'empêche pas d'être très aligné sur le fond » avec le chef de l'Etat. Mercredi matin, toutefois, le cabinet de Sébastien Lecornu annonçait que le premier ministre s'exprimerait dans la soirée, dans une allocution sur la situation dans les lycées, mais aussi le prix du carburant, la crise agricole et sur la situation financière du pays.
Car, pour le couple exécutif, une nouvelle journée test se profile. Les organisations lycéennes et étudiantes appellent à poursuivre les blocages dès jeudi, dans un « acte IV » de la mobilisation. « Il faut miser sur les vacances de la Toussaint » comme issue à la crise, dit un cadre du bloc central, alors que la cheffe de file des députés LFI, Mathilde Panot, a justement accusé le premier ministre de « jouer le pourrissement ». Excédé, Sébastien Lecornu a, lui, suspecté les « insoumis » de « mettre un brassard blanc pour faire la courte échelle à celles et ceux qui portent une cagoule noire », une allusion aux casseurs à l'origine des débordements. « La violence fait partie de votre projet politique de bordélisation du pays », a-t-il conclu en réponse à Mme Panot, sous les applaudissements des bancs du centre, de la droite et de l'extrême droite, et ceux, discrets, de... François Hollande.
MARIAMA DARAME, OLIVIER PÉROU,
ROBIN RICHARDOT
ET NATHALIE SEGAUNES
MOBILISATION LYCÉENNE
Dans les universités parisiennes, un soutien mais peu de blocages
Les étudiants étaient cependant bien présents, mardi 6 octobre, dans les cortèges
C'était une des interrogations du jour : la mobilisation étudiante allait-elle prendre une ampleur comparable à celle du mouvement lycéen ? Pour pousser dans ce sens, une plateforme commune, signée lundi 5 octobre par l'Union étudiante, l'UNEF, Solidaires étudiants, la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) et l'Union syndicale lycéenne, présentait « dix mesures d'urgence pour la jeunesse ». Mais mardi 6 octobre, les multiples fermetures de sites universitaires et le passage au cours en distanciel semblent avoir limité la mobilisation des étudiants. Dans le nord de Paris, les campus de Clignancourt (Sorbonne Université) et de La Chapelle (Paris-I Panthéon-Sorbonne), bloqués par des étudiants depuis la semaine du 28 septembre, sont cette fois restés portes closes.
Aucun blocage n'a été entrepris non plus à Sciences Po Paris ni à la Sorbonne, où les cours ont été passés en distanciel. Pour Sabrine Kharbach, porte-parole de l'Union étudiante, ces fermetures administratives sont une «entrave» à la mobilisation. Comme un paradoxe, des établissements qui ne se mobilisent pas de coutume ont été bloqués, comme l'université Paris-Dauphine et l'Institut d'études politiques de Fontainebleau (Seine-et-Marne).
Au petit matin, aux abords du lycée d'Alembert à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Pierre, Arthur et Jean, étudiants à Sorbonne Université qui ont préféré rester anonymes comme les autres personnes citées par leur prénom, ont voulu « entretenir le mouvement » plutôt que de rester chez eux. Ils expriment de la « reconnaissance envers les lycéens qui portent un tel mouvement face à une répression qui n'est pas du tout justifiée » et trouvent naturel d'« aider là où il y en a besoin ».
A Paris, dans le Quartier latin, qui concentre nombre d'établissements de l'enseignement supérieur et de lycées, une assemblée générale s'était tenue dans la soirée de lundi. Elle a réuni des élèves des lycées Henri-IV, Louis-Le-Grand, Saint-Louis, Fénelon et des étudiants de la Sorbonne, « en soutien des lycéens qui n'ont pas les mêmes moyens » et pour préparer la journée de mobilisation.
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« Dix mesures d'urgence »
Un cortège rassemblant quelques centaines de lycéens et étudiants a défilé à travers le 5 $^{e}$ arrondissement pour rejoindre la place de la République. Hugo, étudiant en master 2 d'histoire à l'Ecole normale supérieure, reconnaît que les lycéens sont « le fer de lance du mouvement ». Pourtant, il souligne des doléances communes qui devraient décider les étudiants à les rejoindre plus massivement, notamment « face à un futur qu'on nous promet et qu'on n'arrive pas à entrevoir ». A quelques mètres, Alicia, étudiante en droit et philosophie à Paris-I Panthéon-Sorbonne, veut « soutenir les revendications légitimes des lycéens: étudier dans des conditions nobles, c'est un droit, pas un privilège ».
Alors que s'élançait la manifestation parisienne, à 14 heures, le soutien était réel et visible avec, en tête de cortège, des organisations étudiantes bien décidées à se faire entendre. « On va continuer à bloquer tant qu'il n'y a pas 10 milliards d'euros sur la table, a ainsi affirmé Suzanne Nijdam, présidente de la FAGE, première organisation étudiante. C'est le chiffrage qu'on a retenu pour les dix mesures d'urgence. »
Des leviers politiques sont déjà activés, avec une audience prévue au ministère de l'enseignement supérieur mercredi 7 octobre. Suzanne Nijdam prévient qu'en l'absence de réponses concrètes, lycéens et étudiants « attendront d'être reçus aussi à Matignon pour pouvoir échanger directement avec les personnes qui peuvent débloquer ce budget. Et ça tombe bien, on est en plein débat budgétaire ».
RÉMI DUCASSE
ET SOAZIG LE NEVÉ
Manifestation de lycéens devant le rectorat, à Clermont-Ferrand, le 6 octobre.
BRUNO AMSELLEM/
DIVERGENCE POUR
« LE MONDE »
Des maires racontent les difficultés des élèves
Plusieurs élus de villes abritant des quartiers populaires disent comprendre le mouvement
La plupart des maires de villes comprenant des quartiers populaires s'y attendaient. Certains se disent même surpris qu'elle n'ait pas eu lieu plus tôt. « Cela faisait longtemps que les lycéens ne s'étaient pas mobilisés, alors même que les raisons de le faire sont légion et légitimes, d'autant plus dans les quartiers populaires », commente Ali Rabeh, maire (Génération.s) de Trappes (Yvelines). Le mouvement, né en banlieue, est à leurs yeux le résultat d'une dégradation continue depuis plusieurs années des conditions de travail de leurs élèves, dont les difficultés, même si elles sont très largement partagées par l'ensemble des lycéens, sont accentuées dans les territoires fragiles.
Pénuries structurelles de personnel enseignant, non-remplacement chronique des professeurs, turnover élevé, locaux vétustes et inadaptés... Maintes fois documentée – en 2018 déjà, un rapport parlementaire sur la faillite de l'Etat en Seine-Saint-Denis notait une rupture d'égalité républicaine, notamment en matière d'éducation –, cette situation pénalisante n'a cessé de se détériorer. « A force de rajouter des couches et des couches de dégradations sociales, de procéder sans cesse à des coupes budgétaires, on pouvait s'y attendre », commente Gilles Leproust, le président de l'Association des maires ville et banlieue de France et édile (Parti communiste français, PCF) d'Al- lonnes (Sarthe).
«Leurs revendications sont claires et raisonnables», abonde Florian Bercault, maire (divers gauche) de Laval, une ville qui comprend trois quartiers prioritaires de la politique de la ville et qui a connu mi-septembre plusieurs jours de violences urbaines à la suite d'un contrôle routier qui a dégénéré. Ici, le proviseur du lycée Ambroise-Paré est devenu une star des réseaux sociaux après avoir participé à une « battle d'aura » (enchaînement de poses, gestes et pas de danse), jeudi 1 $^{er}$ octobre, avec l'un de ses élèves, pendant le blocage de l'établissement.
Au-delà des difficultés déjà citées, la plupart des élus pointent Parcoursup comme facteur d'angoisse prégnant chez les élèves des quartiers populaires. « Le stress qu'ils ressentent dès la 2 $^{de}$ est stupéfiant, observe Ali Rabeh. Ils savent qu'ils n'ont pas les mêmes armes pour remplir leurs demandes, pas les mêmes réseaux, pas les
LA PLUPART DES ÉLUS DÉSIGNENT PARCOURSUP COMME FACTEUR D'ANGOISSE PRÉGNANT
mêmes moyens s'ils sont envoyés loin de chez eux. Savoir que leur sort dépend d'un algorithme crée une anxiété, chez eux, mais aussi chez leurs parents, qui la leur transmettent à leur tour. Parcoursup est vécu comme une maltraitance institutionnelle.»
Si tous condamnent les débordements et les violences, ils se montrent tout aussi «choqués» par la réponse de l'Etat et le niveau de répression policière, jugée pour beaucoup «démesurée». «Le ministre de l'intérieur intervient et s'exprime avant le ministre de l'éducation, tout est dit, c'est une question de doctrine, et nous sommes tous sous le choc», souligne M. Bercault. D'autant que les rassemblements ont eu lieu jusqu'à présent exclusivement à l'intérieur et aux abords de certains établissements, précisent les uns et les autres, et restent pour l'instant «très contenus» dans le temps et «très localisés».
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« Discours de discorde »
«Les jeunes ne comprennent pas pourquoi il y a une telle répression policière», relaie l'édile de Mayenne, qui déplore les commentaires « caricaturaux » de certains médias et politiques. « Quelques décrocheurs qui veulent en découdre se sont joints aux lycéens pour régler leurs comptes avec les institutions, confie un élu, mais cela ne va pas au-delà, du moins pas pour l'instant. »
Quant aux élèves que certains proviseurs disent ne pas reconnaître devant leur lycée, « il s'agit pour la plupart de lycéens venus d'autres établissements, ils sont parfois plusieurs centaines à passer d'un lycée à l'autre », explique Aly Diouara. Le maire (La France insoumise, LFI) de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) balaie les accusations du gouvernement pointant la responsabilité de « LFI et ses proxys de l'ultragauche » d'être à l'origine du mouvement qui aurait basculé en « violences urbaines ». Même si certains élus, comme Sandrine Berno Dos Santos, maire (divers droite) de Poissy (Yvelines), ont constaté la présence de militants « insoumis » tenant des « discours de discorde » devant certains établissements, affirme-t-elle.
« Cela fait longtemps que les établissements de banlieue ne sont plus ni travaillés ni investis par une quelconque formation syndicale ou politique, souligne Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny (Essonne), dont les lycéens sont scolarisés dans la ville voisine de Savigny-sur-Orge. Ces mouvements sont nés spontanément, sans organisation derrière eux, ils cherchent d'ailleurs à s'organiser et sont très demandeurs de conseils, ce qui explique aussi le soutien apporté par les adultes, qu'ils soient professeurs, proviseurs parfois, parents ou militants politiques ».
LOUISE COUVELAIRE
Le projet de loi « casseurs-payeurs », future « usine à contentieux »
Le texte veut faire payer des réparations à tout membre d'un groupement ayant commis des dégradations, même s'il n'en est pas l'auteur
Participer pacifiquement à une manifestation qui dégénère pourra faire de vous un responsable des dégradations causées par des casseurs. Avec le projet de loi « casseurs-payeurs », le gouvernement met à l'ordre du jour un texte présenté à la mi-septembre en conseil des ministres ; il avait été élaboré dans la foulée des violences causées par les supporteurs du Paris Saint-Germain après le deuxième sacre du club en Ligue des Champions, fin mai.
Lundi 5 octobre, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a annoncé un examen en première lecture au Sénat, dès le 27 octobre. Le projet de loi crée, selon elle, « une forme de responsabilité collective », donnant la possibilité de faire payer les réparations des dégâts à toute personne appartenant à un groupement ayant commis des dégradations, même si elle n'en est pas l'autrice.
Le texte, rebaptisé avec malice « non casseurs-payeurs » par le professeur de droit pénal de l'université Paris-Nanterre Olivier Cahn, a immédiatement provoqué une fracture politique. Alors que le député (Rassemblement national) de la Somme Jean-Philippe Tanguy s'est félicité « d'un principe que demande Marine Le Pen depuis qu'elle est en politique », la députée (La France insoumise) du Val-de-Marne Clémence Guetté a déploré une loi « très grave, car elle instaure une présomption de culpabilité ».
Les services du premier ministre ne disent d'ailleurs pas autre chose: « Une personne qui participe à un attroupement est présumée responsable des dégâts causés. » Les dommages et intérêts dus aux victimes « pourront être prélevés sur les allocations familiales et les aides au logement, dans le respect d'un reste à vivre », précisait Sébastien Lecornu à la mi-septembre.
En 2019, une loi « anti-casseurs » avait déjà permis à la puissance publique de se retourner vers les auteurs de violences. « Mais elle n'a jamais marché, car l'Etat n'était pas informé des condamnations pénales. Ce que corrige ce texte », explique Paul Cassia, professeur de droit public à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il va même plus loin, en créant une responsabilité collective.
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«Habillage juridique»
Comme le rappelle l'ex-magistrat, devenu avocat, Maxime Doliveux, ce principe existe déjà en matière pénale. Une « scène unique de violences » peut permettre, par exemple, aux juges de condamner pénalement tous les membres d'un groupe sans connaître, précisément, le ou les auteurs de l'infraction. En matière de responsabilité civile, en revanche, le texte crée un précédent. Dans son avis, le Conseil d'Etat a rappelé que le Conseil constitutionnel s'est toujours appuyé sur l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen pour édicter que notre responsabilité civile ne peut être engagée « qu'à raison d'une action volontaire dont est résulté le dommage subi par la victime ».
Sauf que le droit ne serait pas le droit s'il n'existait pas des exceptions. Dans une jurisprudence de 2005, le Conseil constitutionnel a fait valoir qu'en certaines matières, et pour un motif d'intérêt général, le législateur aménage les conditions dans lesquelles la responsabilité peut être engagée. Et quel serait ce motif d'ordre d'intérêt général invoqué par la loi « casseurs-payeurs »? « Le maintien de l'ordre public », écrit le Conseil d'Etat.
Une démonstration qui ne convainc pas tous les professeurs de droit. « Est-ce que ce raisonnement repose sur une base juridique irréfutable? La réponse est non, affirme Olivier Cahn. Le Conseil d'Etat a surtout donné un habillage juridique à une décision politique. » Pour que le projet de loi ne soit pas jugé demain inconstitutionnel, l'institution a encadré la portée du texte. « Ce qui fait que son application sera complexe et donc a priori restreinte... », assure Serge Slama, professeur de droit public à l'université de Grenoble.
Dans son avis, le Conseil d'Etat a ajouté de sérieux codicilles. Il ne suffira pas qu'un badaud participe à un attroupement pour être jugé comme potentiellement responsable des dommages causés. «La responsabilité de ce participant» ne pourra être engagée que s'il a «eu connaissance des faits», après un ordre de dispersion donné par les forces de l'ordre. Mais encore faut-il que cet ordre soit un «message simple et clair», et qu'un délai «raisonnable» soit accordé aux manifestants. C'est seulement à partir de ces conditions que le participant pourra être appelé à participer aux réparations, à hauteur de 10 000 euros par personne.
L'Union syndicale des magistrats (USM), majoritaire, doute de son application. « En plus de la question de la solvabilité des mis en cause, le texte risque de poser de sérieux problèmes probatoires pour que le juge puisse démontrer que le manifestant était bien là où les faits se sont déroulés », analyse Aurélien Martini, de l'USM. Ce qui fait dire à Olivier Cahn que « ce texte va créer une usine à contentieux. Il y aura à chaque fois matière à contestation, et comme la justice n'est pas gratuite, on peut faire le pari que ceux qui auront le plus de chance de s'en tirer seront ceux qui auront les moyens de se payer un avocat ». ■
GRÉGOIRE BISEAU
Grand Angle Spécial Hépatologie www.grandanglesante.fr
2026 : UNE NOUVELLE DONNE EN HÉPATOLOGIE
Recommandations, innovations thérapeutiques, dépistage : l'hépatologie connaît cette année de profondes évolutions. Notamment pour la MASH, qui cristallise les enjeux d'une prise en charge plus précoce, plus ciblée et mieux coordonnée.
Il est des années charnières pour les avancées médicales et 2026 en est une pour l'hépatologie en France. Dans de nombreux domaines, les progrès diagnostiques et thérapeutiques modifient progressivement les pratiques. En ce qui concerne les hépatites virales, cette année voit la préparation de nouvelles recommandations françaises pour les hépatites B et Delta, avec une réflexion sur un traitement plus précoce et davantage adapté au risque individuel.
Pour l'hépatite C, désormais guérissable dans la grande majorité des cas, l'enjeu reste de dépister les personnes encore porteuses du virus à leur insu. Sur le front du cancer du foie, l'immunothérapie a profondément fait évoluer les traitements et permet désormais, chez certains patients, de mieux contrôler la maladie, voire de rendre possibles des traitements à visée curative. De nouvelles stratégies associant immunothérapie et traitements ciblés directement sur la tumeur sont très prometteuses, mais leur préconisation reste encore à préciser afin d'identifier les patients qui en bénéficieront le plus tout en limitant les effets indésirables.
Enfin, c'est la prise en charge de la MASH qui illustre peut-être le mieux cette nouvelle dynamique. Cette maladie associe une accumulation de graisse dans le foie à une inflammation persistante. Évoluant souvent à bas bruit, elle peut, lorsqu'elle n'est pas détectée suffisamment tôt,
entraîner une fibrose susceptible de progresser vers une cirrhose, voire un cancer du foie.
2026 marque un moment historique dans la prise en charge de la MASH avec l'arrivée de nouveaux traitements qui vont transformer sa prise en charge. En parallèle, l'amélioration des outils de dépistage et d'évaluation de la fibrose permet de mieux identifier les patients à risque. Ainsi, repérer la maladie plus tôt devient d'autant plus important qu'il existe désormais des possibilités d'intervention.
C'est dans ce paysage que SOS Hépatites organise les premiers États généraux de la MASH au ministère de la Santé le 29 octobre prochain. À travers la MASH, c'est donc une partie des grands enjeux actuels de l'hépatologie qui est mise en lumière : mieux détecter, mieux stratifier et agir avant que la maladie hépatique ne devienne irréversible.
Sandrine Mosetti-Guinot
Agir → FACE À LA MASH, LA MOBILISATION S'ORGANISE
Cette maladie silencieuse, fréquente et potentiellement sévère, reste encore largement sous les radars des politiques de santé. Face à cet enjeu de santé publique, l'heure est à l'action collective.
La stéatose hépatique, c'est-à-dire un excès de graisse dans le foie, concerne aujourd'hui près d'un tiers de la population générale. Chez environ 25 % des patients, cet excès de gras provoque une inflammation du foie : on parle alors de stéato-hépatite métabolique, ou MASH. Les formes avancées de cette maladie concernent près de 220 000 personnes en France, avec un haut risque d'évolution vers les complications de la cirrhose et le cancer du foie. Les projections sont préoccupantes, car la MASH est étroitement liée à nos modes de vie modernes, marqués par la sédentarité et une alimentation transformée. Jusqu'ici, il n'existait pas de traitement efficace contre la MASH, et 2026 marque un véritable tournant : les traitements sont là. Une nouvelle thérapeutique est aujourd'hui disponible en accès précoce pour les patients présentant une fibrose précirrhotique, tandis que les traitements de l'obésité peuvent également être proposés à certains patients atteints de MASH. D'autres classes thérapeutiques sont en développement et l'arsenal devrait encore s'étoffer, car la recherche dans le domaine est très dynamique. Dès lors, le dépistage devient un enjeu central, car la MASH est une maladie silencieuse : quand les symptômes apparaissent, le patient est déjà au stade des complications. Or les outils existent et sont scientifiquement validés : le parcours doit débuter par un test sanguin simple (le FIB-4), puis, si nécessaire, se poursuivre par un FibroScan® - sorte d'échographie qui permet de mesurer la dureté du foie - ou un test sanguin spécialisé avant l'orientation vers le spécialiste. Le paradoxe est qu'en France ces tests spécialisés ne sont toujours pas remboursés dans la MASH, et mettre à disposition des traitements sans donner les moyens d'identifier les patients apparaît très contradictoire. 2026 est donc une année charnière, car toutes les conditions sont enfin réunies pour une prise en charge efficace de la MASH : outils de dépistage, traitements disponibles et médecins prêts à agir. Reste désormais à tous les acteurs concernés et aux pouvoirs publics à se mobiliser pour organiser le parcours du patient dans ce sens.
La MASH, ou stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique, est une forme évolutive de la stéatose hépatique métabolique (surnommée « maladie du foie gras »). Cette maladie du foie est liée à une accumulation de graisse et à une inflammation chronique. Elle peut évoluer vers une fibrose et prendre des formes plus sévères, notamment chez les personnes atteintes d'obésité ou de diabète. En France, si près de 500 000 $^{(1)}$ personnes sont atteintes d'une MASH avec fibrose modérée à avancée, cette maladie reste peu connue et ne bénéficie pas d'un parcours de soins structuré pour les patients à risque. Alors que des outils non invasifs $^{(2)}$ permettent aujourd'hui d'évaluer la fibrose du foie sans recourir à la biopsie du foie, la MASH reste largement sous-diagnostiquée en France : pour les formes à risque associées à une fibrose significative, seuls environ 14 % des patients seraient diagnostiqués. « Les outils non invasifs permettent d'identifier plus tôt les patients à risque de fibrose avancée, de les orienter et de contribuer à leur suivi », indique Romain Baujard, PDG d'Echosens. Outre une altération de la qualité de vie, les complications dues à la MASH peuvent être sévères : une progression vers la cirrhose, l'insuffisance hépatique ou le cancer du foie, pouvant nécessiter une transplantation hépatique avec un impact économique significatif sur le système de santé. C'est dans ce contexte qu'est née l'« Initiative Santé du Foie & MASH », portée par trois membres fondateurs : SOS Hépatites & Maladies du foie, Echosens et Madrigal Pharmaceuticals, portant respectivement la voix des patients, de l'évaluation non invasive de la santé du foie et de l'innovation thérapeutique. Son ambition ? Fédérer l'écosystème pour faire sortir la MASH de cet angle mort. « La MASH ne doit pas rester invisible. Les patients doivent être informés, diagnostiqués et accompagnés plus tôt », souligne Pascal Melin, président de SOS Hépatites & Maladies du foie. Alors que la prévention devient centrale dans les politiques de santé publique, et que des solutions diagnostiques et thérapeutiques sont disponibles, l'Initiative appelle à se saisir de ces leviers pour mieux faire connaître la MASH, repérer et soigner les patients les plus à risque et contribuer à structurer en France un parcours de soins adapté à la MASH. « Nous avons toutes les clés en main pour améliorer la prise en charge des patients », conclut Fabienne Delaplace-Lavoix, directrice générale de Madrigal France. S. M.-G.
(1) Loomba R, Adams L. Hepatology. 2019;70(6):1885-1888.
(2) Notamment le FibroScan®.
TÉMOIGNAGE PATIENT
QUAND LA MASH
AVANCE MASQUÉE
Connaissez-vous la stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique, ou MASH ?
Cette maladie silencieuse et sournoise peut se manifester sans préavis.
Plongée dans le parcours de Christian, patient atteint de MASH.
En apparence, rien ne prédisposait Christian à être atteint d'une MASH : jeune retraité, sportif, très légèrement en surpoids, non-fumeur, consommateur occasionnel d'alcool et sans diabète avéré. Pourtant, un bilan sanguin de routine prescrit par son médecin généraliste révèle un mauvais bilan hépatique.
Son parcours met cependant en lumière l'importance des habitudes alimentaires : pendant près de quarante ans, Christian a régulièrement goûté des confiseries dans le cadre de son activité professionnelle et consommé des boissons sucrées. Cette exposition a pu contribuer à son risque métabolique, sans pouvoir expliquer à elle seule une maladie qui reste multifactorielle.
Une illustration de la complexité de la MASH, insidieuse et mal connue. Christian confie : « Personne ne se doute que le sucre peut engendrer de tels problèmes sur le foie. » Redirigé vers un spécialiste, il passe à l'hôpital des examens complémentaires, dont une biopsie hépatique, qui permettent de poser le diagnostic. S'ensuivent accompagnement diététique, éducation thérapeutique et suivi au long cours.
Christian précise : « Ça fait douze ans que je suis suivi par mon spécialiste, qui m'a expliqué que l'objectif était de stabiliser la maladie et d'éviter son aggravation grâce à une alimentation adaptée et à une activité physique régulière. » Son témoignage illustre l'un des enjeux de la MASH : la rendre plus visible pour mieux la détecter et la prendre en charge. S. M.-G.
Le Pen veut convaincre de son sérieux budgétaire
La candidate RN a présenté un programme incluant près de 140 milliards d'euros d'économies sur cinq ans
Marine Le Pen peut-elle faire entrer les ronds de son pro-gramme présiden-tiel dans le carré de l'orthodoxie budgétaire? De la réussite de l'exercice, ô combien ardu, dé-pend une partie de l'issue du se-cond tour de l'élection présiden-tielle 2027, estime-t-on dans son entourage. Mardi 6 octobre, la candidate d'extrême droite a prés-senté, lors d'une conférence de presse au luxueux nouveau siège du Rassemblement national (RN), la trajectoire budgétaire d'un éventuel quinquennat.
La forme était plus convaincante que le fond : comme de coutume à l'extrême droite, la grande majorité des économies sont concentrées sur trois postes que sont la contribution à l'Union européenne, les fraudes présumées et les étrangers; et le chiffrage repose sur des hypothèses économiques très optimistes. S'y ajoutent, pour la première fois au RN, l'annonce d'importantes coupes dans le système de santé, dans le logement social et le nombre de fonctionnaires. L'ensemble a laissé circonspects les économistes et suscité une vive riposte politique, à droite comme à gauche. Aucun des candidats n'a, jusqu'à présent, tenté une telle opération de transparence sur ses options budgétaires pour le quinquennat. Et pour cause : l'opération expose largement celui qui s'y prête. Un risque assumé pour le RN : «Pour 2027, il ne faut pas rester discret sur les économies, assure Jean-Phi lippe Tanguy, à la manœuvre de cette "trajectoire budgétaire". S'il y a une crise de la dette, on apparaîtra comme les plus crédibles. »
Epaisse liasse de tableaux distribuée à la presse, avalanche de lignes budgétaires, graphiques alarmants sur la « trappe à dette » héritée des quinquennats d'Emmanuel Macron: malgré plusieurs contradictions dans le document, le RN cherche à afficher son sérieux et sa « raison budgétaire », et tente de tourner la page de l'époque pas si lointaine où Marine Le Pen voulait quitter l'Union européenne. L'objectif de réduction des déficits est emprunté à la mission menée par l'Inspection générale des finances en juillet : 136 milliards d'euros en cinq ans, dont la grande majorité les deux premières années, pour empêcher l'effet « boule de neige » et atteindre dès 2028 un « excédent primaire » – soit un budget de l'Etat bénéficiaire, hors remboursement de la dette.
L'idée fait globalement consensus chez les économistes orthodoxes, et l'apparent remède de cheval a tout pour séduire les investisseurs. De même que la « règle d'or » budgétaire, que la candidate souhaiterait inscrire dans la Constitution après un référendum et visant à faire revenir la dette de la France aux 60 % du produit intérieur brut.
Marine Le Pen annonce aussi la création d'un « pilier de capitalisation » dans le système des retraites, dont elle renvoie la présentation à plus tard, assure vouloir respecter les accords de Paris sur le climat, et promet « une politique européenne constructive ». Autant de mots-clés pour obtenir son ticket dans le cercle des gens « raisonnables », obsession des lepénistes. Signe que le parti a les yeux rivés sur l'efficacité de sa parole auprès des marchés financiers, jadis voués aux gémonies : au bout d'une heure, Marine Le Pen montre discrètement son téléphone à Jean-Philippe Tanguy. Lequel jubile : le taux d'emprunt de la France aurait baissé de manière spectaculaire depuis le début de la conférence de presse, preuve que la parole de Marine Le Pen est d'or... Le parti relaiera le graphique toute la journée.
Une illusion: ressentie aux Etats-Unis comme en Europe, la baisse des taux sur les obligations a commencé dès l'ouverture des marchés et doit bien davantage aux déclarations du secrétaire américain au Trésor et à des indicateurs économiques européens. Jean-Philippe Tanguy se console tout de même: « Si nos annonces avaient inquiété, on aurait eu une trajectoire divergente. »
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« Le contenu est très fragile »
« Sous le vernis de la crédibilité budgétaire, il y a une très forte illusion, c'est un tour de passe-passe, dénonce l'économiste Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Si on prend les grands agrégats, il y a plus de 80 milliards d'euros d'économies extrêmement discutables, aux contours flous et difficilement applicables. La présentation affinée est à mettre à leur actif, mais le contenu est très fragile, avec des dépenses bien réelles pour satisfaire son électorat, financées par des mesures magiques qui permettent de gagner beaucoup d'argent. »
Parmi les hausses de recettes envisagées, certaines présentent des incertitudes quant à leur mise en œuvre (taxe sur les rachats d'actions, nationalisation des autoroutes pour zéro euro...) ou un rendement présenté largement surestimé (fraude à la TVA, parc immobilier de l'Etat, suppression des agences et opérateurs de l'Etat). D'autres sont particulièrement floues, notamment des mesures correctrices du système de retraites – le RN renvoie leur présentation à celle de la réforme des retraites de Marine Le Pen – ou celles sur l'hôpital public. Les économies escomptées sur l'Union européenne, qui représenteraient quelque 20 milliards d'euros par an, seraient de nature à provoquer une crise des Vingt-Sept et la réduction, en contrepartie, des aides de la Politique agricole commune, vitale pour les agriculteurs.
Enfin, les économistes soulignent l'absence de prise en compte des conséquences de ces mesures – notamment concernant la lutte contre l'immigration, la main-d'œuvre qu'elle représente étant essentielle à plusieurs secteurs économiques. Le RN adopte une hypothèse de croissance très généreuse dès 2028 (1,8 % du PIB). «Il semble hautement improbable qu'une baisse du déficit et du temps de travail [par le biais de la réforme des retraites] conduise à une accélération de la croissance», souligne Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco. Jean-Philippe Tanguy rétorque, de son côté, que les mesures de réduction du déficit sont « faiblement récessives » et que l'impact positif de la suppression de trois impôts de production a été calculé de manière « conservatrice ».
Le plan du RN est jugé d'autant plus déséquilibré que les suppressions d'impôt de production pour les entreprises et la baisse de TVA pour les ménages – sur l'énergie et les produits de première nécessité – seraient, elles, immédiates. Au rayon des cadeaux, Marine Le Pen maintient d'autres promesses de 2022, comme la part fiscale pleine dès le deuxième enfant, l'exonération d'impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans, des exonérations sur les successions et donations ou encore la revalorisation
L'ensemble
a laissé
circonspects les
économistes et
suscité une vive
riposte, à droite
comme à gauche du congé de proche aidant. Mais, pour la première fois, elle se risque à évoquer et chiffrer le nonremplacement de postes de fonctionnaires induit par ses propositions: 116 000 dans les collectivités, supprimées pour certaines - établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) et métropoles; 85 000 dans les agences de l'Etat, quasiment toutes internalisées... Le RN vise aussi des réductions de dépenses dans le soutien aux associations, la politique de la ville et du logement social, mais surtout dans le secteur de la santé.
Suppression de 10 % des postes administratifs à l'hôpital public, réduction des «coûts hospitaliers» de 36 milliards d'euros en cinq ans, chasse à la fraude supposée des victimes d'affection de longue durée (ALD) ou des bénéficiaires de l'allocation adulte handicapé de deuxième catégorie (AAH-2), baisse de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA)...
En amont de la conférence de presse, le directeur de campagne Julien Sanchez faisait le vœu « que chaque personne s'intéressant à l'économie ait ses réponses ». Un banquier d'affaires parisien, qui rencontrait des investisseurs après la présentation des plans de Marine Le Pen, résumait ainsi leur état d'esprit : « Les ordres de grandeur à atteindre sont bons et raisonnables, ils apprécient la règle d'or, mais il y a beaucoup de questions sur le détail et le chiffrage des mesures. »
CLÉMENT GUILLOU
Cours du soir
GÉOPOLITIQUE
Le Monde en cartes
à partir du 22 octobre
avec Delphine Papin,
rédactrice en chef au Monde
et journaliste-cartographe
Chaque mois, à travers une ou plusieurs cartes publiées dans le journal, Delphine Papin explorera les grands bouleversements géopolitiques : rivalités de puissance, reconfiguration du Moyen-Orient, pivot asiatique, nouvelles tensions en Afrique...
Accompagnée d'un grand reporter ou d'un universitaire, elle proposera une lecture visuelle et accessible de l'actualité internationale, dans un format vivant où les cartes deviennent des clés de compréhension du monde.
Jordan Bardella persiste dans le déni dans l'affaire des écrits antisémites
Le président du RN a dû se justifier lors de la présentation de mardi
I n'y aurait jamais de mauvaise publicité pour le Rassemblement national (RN). « On sort gagnant de chaque buzz car les gens sont d'accord avec nous », fanfaronnait, le 10 septembre, l'eurodéputé Philippe Olivier. Le parti d'extrême droite a pourtant bien du mal à trouver du positif dans la dernière polémique qui le concerne. La déflagration provoquée par Mediapart et l'exhumation d'écrits antisémites attribués à Jordan Bardella a plombé la séquence budgétaire prévue par les lepénistes.
En amont de l'arrivée du budget à l'Assemblée nationale, la députée du Pas-de-Calais comptait mettre en scène sa crédibilité en matière de finances publiques. Tout un programme pour celle qui n'a jamais balayé les doutes des milieux économiques à son égard. Preuve de l'importance du sujet, la communication de Marine Le Pen sur ce sujet devait se dérouler en deux temps. Les étapes ont été polluées par les révélations de Mediapart sur les messages antisémites et complotistes qui auraient été échangés par son dauphin en 2013, l'année de sa majorité. La diffusion, le 1 $^{er}$ octobre, d'une tribune dans L'Opinion précisant la « règle d'or » que le RN promet d'inscrire dans la Constitution pour désendetter la France a été percutée par la publication concomitante par Mediapart des preuves de sa première enquête. Cinq jours plus tard, lors de leur conférence de presse sur les finances publiques, les deux têtes d'affiche de l'extrême droite n'ont pu échapper à des questions sur ce sujet.
Confronté pour la première fois à la presse depuis dix jours, le président du RN s'est enferré dans le déni et les attaques personnelles contre les journalistes. «Je conteste formellement vos accusations, je conteste vos preuves et je conteste vos sources», s'est contenté de répondre l'eurodéputé à un journaliste de Mediapart. A rebours de certains cadres qui, anonymement, regrettent sa stratégie jusqu'au-boutiste, le trentenaire réfute avoir tenu le compte Facebook incriminé.
Trop populaire auprès de la base
Dans une réponse vraisemblablement préparée, il s'en est notamment pris à l'un des auteurs des enquêtes, Antton Rouget, rappelant une vieille condamnation pour « vol en réunion » que le journaliste a lui-même reconnue.
A l'appui de sa contre-attaque dénuée de tout élément matériel, Jordan Bardella donne bien plus de crédit au travail mené par Eric Morillot. Ce proche de l'extrême droite et des milieux complotistes, animateur de la chaîne numérique de «réinformation » TV Libertés, a ouvert son micro à Laurent, l'une des sources de Mediapart, mais non son «témoin-clé», comme présenté par le journaliste. Jordan Bardella a évoqué les «confidences» de cet homme, bien connu par les frontistes de sa génération pour sa passion des écrivains négationnistes, antisémites et fascistes, et auteur d'une hasardeuse tentative de dédouanement. Lors de cet entretien, Laurent assure ne jamais avoir entendu Jordan Bardella tenir des propos antisémites. Marine Le Pen a refusé de s'étendre sur les écrits attribués à son binôme. Mais elle a tenu, dans une offensive conjointe contre la presse, à réhabiliter Jean-François Jalkh, ancien cadre du Front national (FN, devenu RN en 2018), et bref employeur de Jordan Bardella au Parlement européen. «C'est un honneur pour moi de défendre le sien», a asséné avec gravité la candidate à l'élection pré sidentielle, soucieuse de «réparer une profonde injustice». Mediapart a rappelé d'anciens propos aux relents négationnistes tenus par Jean-François Jalkh, en 2000, auprès de la chercheuse en sciences politiques Magali Boumaza dans le cadre d'une thèse. La publication d'extraits dans la revue Le Temps des savoirs en 2005, puis leur découverte par La Croix en 2017, l'avaient contraint à démissionner de la présidence par intérim du FN. Cette affaire avait été racontée dans Le Monde en 2017. Ces publications dans la presse ont été «condamnées deux fois, non seulement par deux cours d'appel, contre Le Monde et contre La Croix, mais également confirmées, ces diffamations, par la Cour de cassation deux fois», a développé la candidate à la présidentielle. Une assertion fausse. La Croix a été définitivement relaxée. Et si Le Monde a été condamné, pour une mauvaise attribution de propos à Jean-François Jalkh, ce dernier avait bel et bien vanté le «sérieux» et la «rigueur» des thèses du négationniste Robert Faurisson auprès de la même chercheuse.
En montant au front contre les prétendues « opérations » de l'extrême gauche et de ses relais médiatiques, Marine Le Pen ne défend pas seulement son cadet, mais surtout le ticket qu'ils forment dans la conquête de l'Elysée. Jordan Bardella est jugé trop populaire auprès de la base, et suffisamment efficace pour convaincre les jeunes et les milieux économiques, pour céder devant les accusations en antisémitisme. « A elle la vision sur un quinquennat, la grande vision; à lui la déclinaison pratique et juridique, le jeu des alliances », résume Philippe Olivier. A eux deux le pari que ces graves soupçons s'enliseront.
CORENTIN LESUEUR
Face à la crise de la dette, l'idée d'un grand emprunt populaire revient dans le débat
Les candidats à la primaire sociale-démocrate Emmanuel Maurel et Olivier Faure veulent faire appel aux épargnants français
E t revoici le grand emprunt d'Etat! Tombée en désuétude depuis les années 1990, l'idée de faire directement appel aux Français pour financer les projets publics revient dans le débat. Alors que le pays vit sous la menace d'une crise de la dette, les députés Emmanuel Maurel et Olivier Faure ont avancé cette piste de secours dans le cadre de la primaire organisée par le Parti socialiste (PS) et Place publique pour désigner un candidat à l'élection présidentielle de 2027. Une solution expérimentée ces dernières années en Italie, mais écartée à ce stade par le gouvernement français.
C'est Emmanuel Maurel qui a relancé l'idée. Selon le député du Val-d'Oise, à la tête du petit parti Gauche républicaine et socialiste, la France fait face à un « mur d'investissement » que la taxation des plus riches et des grandes entreprises ne suffira pas à financer, ni le recours aux prêteurs habituels. Pour décarboner, électrifier et réindustrialiser le pays, il propose donc un « grand emprunt citoyen ».
L'Etat émettrait des obligations remboursables au bout de dix ans, avec un taux légèrement inférieur à celui du marché et un petit coup de pouce fiscal : aucun impôt ne serait exigible sur les intérêts perçus des 100 000 premiers euros prêtés. « On peut raisonnablement collecter ainsi 150 milliards voire 200 milliards d'euros, estime Emmanuel Maurel, qui est également membre de la commission des finances à l'Assemblée nationale. Avec un cofinancement privé, on pourrait dégager 300 milliards d'euros pour investir. »
A ses yeux, un emprunt populaire de ce type présente au moins deux intérêts. Il mobiliserait une partie de l'énorme épargne des retraités, dans une forme de « pacte entre les générations ». Il rendrait aussi le pays moins dépendant à l'égard des investisseurs étrangers, qui, à la fin du premier trimestre 2026, détenaient 57,5 % des obligations françaises à taux fixe. « Or ces investisseurs peuvent s'en débarrasser au premier coup de panique, met en garde Emmanuel Maurel. Avoir davantage de dette entre des mains françaises nous rendrait moins vulnérables. »
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« Transition écologique »
Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, a repris l'idée à son compte lors du deuxième débat de la primaire, jeudi 1 $^{er}$ octobre. « Moi, je plaide aussi pour un grand emprunt citoyen, une sorte d'emprunt solidaire et démocratique pour faire de la France le leader de la transition écologique », a-t-il déclaré, à la surprise d'Emmanuel Maurel.
Les élus de gauche n'osent guère le mettre en avant, mais Giorgia Meloni a récemment montré la voie. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2022, la dirigeante d'extrême droite a lancé
Selon Emmanuel Maurel, l'opération mobiliserait une partie de l'épargne des retraités, dans une forme de « pacte entre les générations »
Les élus de gauche n'osent guère le mettre en avant, mais c'est Giorgia Meloni qui a récemment montré la voie, en Italie
une série d'obligations destinées aux petits épargnants, avec pour but d'augmenter la part de la dette détenue en Italie.
La présidente du conseil a ainsi récolté 189 milliards d'euros, l'équivalent de 11 % de la dette publique totale. « L'opération s'est révélée un succès pour le Trésor italien, car elle permet de capter la demande des particuliers et de diversifier les sources de financement, explique un banquier italien. Elle a toutefois un coût, ces obligations offrant en général un rendement légèrement supérieur à celui du marché. »
En France, les placements directs auprès du grand public ont disparu depuis l'emprunt Balladur de 1993. Celui-ci avait séduit 1,4 million de particuliers et permis de lever en quinze jours plus de 110 milliards de francs (28 milliards d'euros actuels), presque trois fois plus que ce qui était visé. Un succès massif, mais jugé a posteriori assez coûteux pour l'Etat, là aussi, en raison des avantages fiscaux consentis pour attirer les épargnants.
«Solution de dernier recours»
Le coût pour les finances publiques, c'est de nouveau l'argument avancé aujourd'hui par le gouvernement pour repousser à ce stade l'hypothèse d'un emprunt populaire. Selon le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Roland Lescure, une telle initiative nécessiterait en effet de proposer des taux d'intérêt voisins de ceux exigés par les investisseurs internationaux. «Les Français ne sont pas bêtes, dit-il. Pourquoi voudraient-ils nous prêter à 3 % quand ils peuvent acheter des obligations offrant un rendement de 4,5 % ? »
Le Trésor français ne rencontre aujourd'hui aucun problème pour placer ses obligations auprès des investisseurs institutionnels, même si c'est à un prix de plus en plus élevé. « Solliciter les particuliers nécessiterait donc beaucoup de travail pour un résultat accessible plus simplement, estime-t-on à Bercy. C'est un peu une solution de dernier recours. »
Afin d'orienter l'épargne des riches Français vers les besoins les plus cruciaux, Roland Lescure étudie une autre option. Il va demander au Conseil d'Etat d'expertiser une mesure suggérée par le « Prix Nobel d'économie » Philippe Aghion. Les plus fortunés seraient incités, ou contraints, à financer des politiques publiques sous forme de mécénat. Le projet pourrait donner lieu à un amendement gouvernemental au projet de loi de finances pour 2027. Commentaire du ministre, lors d'une rencontre, mardi 6 octobre, avec l'Association des journalistes économiques et financiers : « Investir dans la défense, la transition écologique ou la robotique, franchement, cela fait un peu plus rêver que la charge de la dette... »
DENIS COSNARD
La France s'appuie sur l'UE pour sauver le nickel néo-calédonien
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie s'apprête à signer un partenariat stratégique sur les minerais avec l'Union européenne
NOUMÉA - correspondante
C était, dès 2023, l'une des pistes avancées pour sortir le nickel néo-calédonien de
l'impasse: nouer un partenariat avec l'Union européenne (UE), dont les capacités de production de nickel notamment destiné aux batteries pour les véhicules électriques sont très inférieures à ses besoins. Trois ans plus tard, elle devrait prendre forme avec la signature d'un « partenariat stratégique sur les chaînes de valeur durables des matières premières » entre le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et l'UE, à l'occasion du déplacement dans l'archipel du vice-président exécutif pour la prospérité et la stratégie industrielle de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, prévu du 16 au 20 octobre.
Ce Memorandum of Understanding (MoU), que Le Monde a pu consulter, affiche l'ambition de mieux intégrer le nickel néo-calédonien aux filières européennes, de favoriser les investissements et de développer la transformation locale. Mais le texte reste essentiellement déclaratif. Il ne prévoit aucun projet industriel précis, ne désigne aucun investisseur et ne comporte aucun engagement financier de l'UE. Une feuille de route devra toutefois identifier, dans les six mois suivant la signature, des projets prioritaires et des possibilités d'investissement.
L'initiative, conduite par l'ancien proche collaborateur d'Emmanuel Macron, intervient alors que la question du contrôle du nickel néo-calédonien se pose de façon très concrète. Les trois usines sont à la recherche d'investisseurs depuis plusieurs années, et des offres chinoises, indiennes et émiraties ont été déposées. Début septembre, à l'issue d'un entretien entre le président de la République et la délégation transpartisane d'élus néo-calédoniens venus chercher l'appui financier de Paris, le député loyaliste Nicolas Metzdorf résumait la situation : le chef de l'Etat a « clairement fermé la porte aux investisseurs chinois », tout en se montrant favorable aux investisseurs indiens et émiratis. Nicolas Metzdorf regrettait que la France et l'Europe ne soient pas capables d'exploiter et de commercialiser elles-mêmes un minerai qu'elles considèrent comme stratégique.
Malgré un rebond de la production en 2025, la situation économique de la filière reste fragile. Les volumes produits ont progressé de 35,4 %, après l'effondrement de 2024 lié à la crise insurrectionnelle qu'a connue l'archipel, mais l'extraction et la métallurgie ne représentaient plus que 3,4 % de la valeur ajoutée néo-calédonienne (contre 9 % en 2023, alors que le secteur était déjà en difficulté). La concurrence de l'Indonésie, dont l'essor a été largement financé par des capitaux chinois, continue de peser sur les cours et rend la Nouvelle-Calédonie.
Koniambo Nickel SAS (KNS), projet emblématique du rééquilibrage économique en faveur du nord de l'archipel, est en sommeil depuis 2024 après la décision de Glencore de se retirer. L'entreprise anglo-suisse détient encore 49 % du capital, aux côtés de la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), contrôlée par la province Nord et actionnaire à 51 %. Malgré plus de 4 milliards de dollars, soit 3,55 milliards d'euros apportés par Glencore depuis 2013, l'usine n'est jamais parvenue à être rentable. Plus de 1100 salariés ont été licenciés.
La SMSP cherche désormais un nouveau partenaire industriel. Quatre offres engageantes ont été reçues: deux chinoises, une indienne et une émiratie. L'une d'elles, celle du groupe chinois Lygend Resources, est connue depuis le printemps. Le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou a prévenu que le redémarrage de KNS devait se faire avec le meilleur partenaire, « quelle que soit sa nationalité, tant que les intérêts de la Calédonie sont préservés ».
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Soutien financier de l'Etat
Dans le Sud, Prony Resources, qui produit du nickel et du cobalt destinés notamment aux batteries, se retrouve sans repreneur depuis le retrait, en septembre, du consortium émirati New Battery Metals. Ce dernier invoque deux obstacles: la flambée du prix mondial du soufre, utilisé dans les procédés d'extraction et de traitement du nickel, et l'obligation qui lui est faite par Paris de remplacer son partenaire technique chinois ENFI, choisi pour l'ingénierie du redressement.
Dans un courrier à Emmanuel Macron, la présidente loyaliste de la province Sud, Sonia Backès, demande à l'Etat de revenir sur sa décision et de distinguer le recours à des compétences techniques chinoises d'une prise de contrôle de l'usine. En attendant, Paris a accordé à Prony un nouveau prêt, dont le montant n'a pas été rendu public.
A la Société Le Nickel (SLN), opérateur historique du territoire, l'Etat finance désormais les pertes depuis que son actionnaire majoritaire, Eramet, a cessé de le faire en 2024. Le groupe indien Jindal Stainless se serait positionné pour reprendre la participation d'Eramet dans la société..
Depuis 2021, Prony Resources a reçu au moins 640 millions d'euros de prêts publics, auxquels s'ajoute celui accordé en septembre. Pour la SLN, les nouveaux financements directs de l'Etat atteignent environ 730 millions d'euros depuis 2023. Au total, plus de 1,37 milliard d'euros de financements ont été apportés à ces deux industriels, essentiellement sous forme de prêts, sans compter les dispositifs de défiscalisation ou les interventions plus anciennes.
Le texte ne prévoit aucun projet industriel précis et ne désigne aucun investisseur
Ces montants tranchent avec le discours tenu en 2023 par le ministre de l'économie de l'époque, Bruno Le Maire, venu à Nouméa pour tenter de faire signer aux élus néo-calédoniens un «pacte nickel» censé relancer la filière. Il avait alors prévenu que l'Etat ne «sortira[it] pas le chéquier» pour financer indéfiniment des entreprises déficitaires. Le projet s'était heurté aux divisions politiques locales, avant d'être balayé par les émeutes de mai 2024. L'Etat n'a alors eu d'autre choix que de continuer à injecter des centaines de millions d'euros pour éviter la disparition des deux métallurgistes encore en activité.
Aujourd'hui, dans un contexte budgétaire national très difficile, Emmanuel Macron peut-il réellement écarter les investisseurs chinois en misant sur un partenariat stratégique avec l'UE qui, à ce stade, ne comporte ni engagement financier ni projet industriel concret? En Nouvelle-Calédonie, on sait toutefois que le veto n'est peut-être que provisoire. « C'est la vérité du moment, en tout cas pour les sept prochains mois », expliquait, le 8 septembre, Karl Therby, président-directeur général de la SMSP, sur la chaîne du groupe France Télévisions Nouvelle-Calédonie La 1ère.
CHARLOTTE MANNEVY
ALE+ALE
Naturalisations retardées pour les étrangers à « potentiel élevé »
Les dossiers de ces candidats sont coincés dans les circuits des préfectures et du ministère
Master 2 en ingénierie, CDI d'ingénieure-projet dans le nucléaire, plus de dix années de vie en France. Sara (les personnes citées ont demandé que leur prénom soit modifié, craignant que leur témoignage desserve leur dossier), 31 ans, a quitté le Maroc après y avoir décroché son bac. Elle présente a priori « un potentiel élevé pour notre pays », selon les termes de la circulaire signée en mai 2025 par Bruno Retailleau, alors ministre de l'intérieur. Ce texte a beau durcir drastiquement les critères d'acquisition de la nationalité française, il prévoit en effet de prendre en considération les profils brillants. La jeune femme fait pourtant partie des nombreux candidats à la naturalisation dont les dossiers se trouvent aujourd'hui coincés dans les circuits des préfectures et du ministère.
Sara, qui occupe aujourd'hui un poste sensible lié au vieillissement des matériaux des centrales nucléaires pour une entreprise prestataire d'EDF, décide il y a trois ans de demander la nationalité française et engage une procédure de naturalisation. « J'ai construit ma vie ici, je me sens française, je suis pacsée avec un Français, et j'aimerais avoir les mêmes droits, notamment celui de voter », explique-t-elle. Son dossier suit d'abord lentement son chemin. A la mi-2025, elle reçoit le « récépissé de complétude » de la préfecture certifiant que l'intégralité des pièces nécessaires a bien été produite. Une fois cette étape franchie, la décision doit, selon le code civil, être rendue dans un délai de dix-huit mois – réduit à douze mois pour ceux qui résident en France depuis plus de dix ans.
«La réponse, positive ou négative, aurait donc dû tomber en juin, c'est ce que prévoient les textes. Depuis, tous les jours, je surveille en ligne si mon dossier bouge. J'actualise sans cesse la page. Je rêve de mon dossier la nuit, raconte Sara. En attendant, je me sens bloquée. Aussi parce que la nationalité fran-
Ces blocages s'inscrivent dans une dynamique plus large de chute du nombre de naturalisations accordées
çaise est un prérequis pour la majorité des offres d'emploi qui m'intéressent. » Si la trentenaire tient « beaucoup à être naturalisée "par décret", parce que ça veut dire que je l'ai mérité », elle commence à penser à devenir française « par déclaration », en se mariant.
Sur le groupe Facebook « Naturalisation (Retour d'expérience) » qui compte plus de 255 000 membres, ou sur le forum de discussion sur Internet Easytrangers, les témoignages sur les délais d'attente sont légion. Des candidats à la nationalité française se sont même regroupés pour établir un « rapport de constat » sur « l'engorgement massif dans l'instruction des demandes de naturalisation par décret » et « la rupture de l'ordre chronologique » dans l'examen des dossiers. Ce document dénonce le point de blocage qui survient après l'avis du préfet, lorsque les dossiers passent à la sous-direction de l'accès à la nationalité française, au ministère de l'intérieur. S'inquiétant qu'« un certain nombre » de personnes « ne bénéficient pas de réponses dans les délais légaux », un « problème [qui] touche de nombreux territoires en France », la députée (Renaissance) du Finistère Annaig Le Meur a interpellé le ministère de l'intérieur par le biais d'une question écrite à l'Assemblée nationale, fin 2025.
Une annexe au projet de loi de finances 2026, consacrée à l'accès à la nationalité française, permet d'y voir plus clair. Elle fait le point sur l'objectif d'efficacité du traitement des dossiers de naturalisation: le délai moyen d'instruction, une fois délivré le récépissé de complétude, s'est sensiblement allongé, passant de 300 à 339 jours entre 2023 et 2024 lorsque la naturalisation est accordée (et de 130 à 170 jours pour les décisions négatives). Une explication est fournie : la bascule vers le dépôt et le traitement en ligne des dossiers depuis 2023 « ont entraîné une forte hausse de la demande de naturalisation par les usagers (+ 30 %) » et ont nécessité des « délais d'appropriation de l'outil par les plateformes ».
Ces retards s'inscrivent dans une dynamique plus large de chute du nombre de naturalisations accordées. Selon l'Insee, les acquisitions de la nationalité française par naturalisation approchaient les 89 000 en 2010; elles sont tombées à 54 000 en 2018 et 42 000 en 2025. Soit une division par deux en l'espace de quinze ans. Dans le même temps, les demandes de naturalisation ont fortement progressé, passant de quelque 90 000 en 2022 à 154 000 en 2025. Aussi, alors que le taux de réponse favorable en 2022, par rapport au nombre de dossiers déposés cette année-là, s'établissait à 67 %, il s'est effondré à 27 % en 2025. Ces variations dépendent de la couleur politique des dirigeants. Comme le soulignait Bruno Retailleau dans sa circulaire de 2025, la naturalisation n'est pas un droit, mais « une décision souveraine du gouvernement ». Avant de rappeler que le Conseil d'Etat, dans une décision rendue en 1984, évoque une « faveur accordée à un étranger ».
«A gauche, la naturalisation est considérée comme une étape qui facilite l'intégration, ce que montrent d'ailleurs de nombreuses études. Et plus on se déplace vers la droite de l'échiquier politique, plus la naturalisation doit être rare, couronner un parcours d'intégration remarquable et présenter un intérêt pour la France», souligne Jules Lepoutre, professeur de droit public à l'université Côte d'Azur. A cet égard, «la loi Darmanin de 2024 a beaucoup compliqué l'accès à la naturalisation en rehaussant le niveau de langue exigé. Cela constitue un obstacle très important, poursuit le chercheur. Il y a dix ans, il s'agissait juste de pouvoir mener une discussion. Un niveau B2 est désormais attendu, soit le quatrième niveau sur six, à l'oral comme à l'écrit. Cela désavantage les travailleurs, qui n'ont pas le temps et les ressources pour atteindre ce niveau post-bac, mais aussi les personnes plus âgées».
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« Peur d'aller devant le juge »
«Pleur d'aller devant le juge»
Outre le niveau de langue et la mise en place d'un examen civique, d'autres conditions d'accès à la naturalisation ont été durcies. Depuis le 1er mai, le timbre fiscal pour une demande d'acquisition de la nationalité française est passé de 55 à 255 euros. Surtout, les exigences d'insertion professionnelle ont aussi été nettement renforcées par la circulaire Retailleau.
«Auparavant, les agents des plateformes préfectorales chargées d'examiner les dossiers disposaient de marges de manœuvre selon les profils. Il était possible de "sauver" des candidats un peu plus précaires, comme les étudiants présents en France depuis le collège ou les intérimaires, en esquivant l'analyse d'insertion professionnelle, témoigne une source interne. Aujourd'hui, pour les sa
Les exigences d'insertion professionnelle ont été renforcées par la circulaire Retailleau de 2025
lariés, il faut un CDI de plus d'un an ou une continuité de CDD pendant au moins deux ans, et la référence est devenue le smic [1478 euros net], contre environ 1000 euros par mois auparavant. »
Pavel, 33 ans, né en Russie, gagne pour sa part 50 000 euros brut par an (4170 euros par mois) et dispose d'un titre de séjour « passeport talent » parce qu'il a été recruté en CDI il y a cinq ans par une entreprise innovante, une start-up spécialisée dans la sécurité des cryptomonnaies. Arrivé en France il y a huit ans pour suivre des études, il aurait dû recevoir une réponse positive ou négative à sa demande de naturalisation en juin, selon les délais légaux. « Je souhaite déménager dans le sud de la France et j'ai eu une opportunité pour travailler à distance, donc j'aurais pu m'y installer, mais modifier mon dossier pour indiquer un changement d'adresse, c'est prendre le risque de reculer dans la file d'attente », estime-t-il.
Surtout, une réponse hors délai fait craindre aux candidats que leur dossier a été implicitement refusé. « La situation des étrangers est très particulière : d'une part, ils n'ont pas de droit à obtenir la naturalisation, d'autre part, l'administration sait qu'ils ont peur d'aller devant le juge et de se mettre le préfet à dos », analyse Jules Lepoutre. Pour Emanuel, arrivé du Mexique en France en 2015 avec un visa étudiant, titulaire d'un MBA, trentenaire, salarié en CDI au sein d'un grand énergéticien français, la décision aurait dû intervenir en mars. « J'ai alerté les services du ministère, ils m'ont répondu qu'ils n'avaient plus de visibilité sur mon dossier, m'ont demandé si j'avais déménagé ou changé de situation, ce qui n'est pas le cas, raconte-t-il. Donc là, je suis inquiet, à nouveau. »
Si ce cadre détient aujourd'hui un titre de séjour de dix ans, il a déjà éprouvé l'insécurité attachée à ce statut. « En 2020, j'ai dû le renouveler, et ce qui devait être une démarche simple s'est enrayé : mon dossier n'a pas été envoyé à la bonne administration, il a été refusé, j'ai dû faire appel à un avocat et nous avons été jusqu'au tribunal pour obtenir ma régularisation, se souvient-il. Pendant deux semaines, j'ai été en situation irrégulière, mon CDI a été suspendu, je n'ai pas touché mon salaire. »
L'annexe au projet de loi de finances consacrée à l'accès à la nationalité prévient d'ores et déjà que le renforcement des différentes exigences, comme l'examen civique ou le niveau de langue, va «tendre à l'augmentation du taux de décisions défavorables par rapport aux propositions favorables à compter de 2026, y compris en termes de délais d'instruction».
VÉRONIQUE CHOCRON
Le combat de Michaël Jérémiasz après les Jeux
L'ancien champion de tennis fauteuil exprime, dans un livre, le sentiment d'avoir été trahi
Cinquante pour cent, à peine, des établissements recevant du public accessibles en France, ce n'est pas un bilan, c'est une honte, une indignité même. » Tout de noir vêtu, le visage fermé, Michaël Jérémiasz, 44 ans, interpelle le parterre de 500 personnes, dont plusieurs ministres, réunies vendredi 4 septembre au Prisme de Bobigny, pour la 7 $^{e}$ Conférence nationale du handicap. Les Jeux paralympiques de Paris 2024 « devaient changer le regard, ils ont tenu leur promesse, mais les politiques publiques n'ont pas suivi », déplore l'ex-champion de tennis fauteuil.
Si la France a «chaviré» lors des Jeux, «une émotion ne scolarise pas un enfant, ne permet pas d'accéder à un emploi, ne rend pas une ville accessible». Pour éviter que «des millions de personnes passent à côté de leur vie, parce que handicapées», il les exhorte à «faire [leur] révolution, comme toutes les minorités». Une prise de parole remarquée, rompant avec les trois heures de discours et tables rondes rappelant les difficultés à faire appliquer la loi de 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
Deux ans après les Jeux paralympiques, l'ancien parasportif, conférencier et président d'association a troqué ses discours sur le dépassement de soi ou les bienfaits du parasport pour parler de combat et de discrimination. Un plaidoyer que Michaël Jeremiasz déroule dans un livre, paru le
10 septembre, De la révolution à l'oubli. Après la flamme, la promesse trahie (Alisio, 272 pages, 21,90 euros), accompagné d'une tournée médiatique sur France Inter, C à vous, Sud Radio ou RTL, où il s'exprime avec l'aisance d'un habitué des plateaux.
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« Douche froide »
Son histoire singulière, Michaël l'a déjà racontée dans deux autobiographies, en 2011 puis en 2018. Le choc, lorsque, à 18 ans, il perd l'usage de ses jambes après une chute à ski. La colère, puis le rebond, quand il découvre le tennis fauteuil. «De 2004 à 2024, c'est vingt ans d'une vie à mille à l'heure, extraordinaire. C'est aussi une success story. Tout ce que j'entreprends, globalement, se passe bien, de manière extrêmement intense », résume-t-il aujourd'hui.
Il devient numéro un mondial de tennis handisport en 2005, remporte quatre médailles paralympiques, dont l'or en double à Pékin en 2008, et termine sa carrière olympique à Rio de Janeiro (Brésil) en 2016, comme portedrapeau de la France. Capitalisant sur sa notoriété et son goût de la communication, il donne ensuite des conférences pour de grandes entreprises, crée une agence de conseil aux parasportifs, Handiamo, fonde en 2011 Comme les autres, une association qui accompagne, par le sport, les personnes devenues handicapées motrices après un accident.
Il garde un pied dans le tennis en créant un tournoi, le French Riviera Open, ou en commentant Roland-Garros à la télévision. Il se lance aussi dans la production de documentaires. Et, dès 2017, s'engage pour les Jeux paralympiques de Paris, dont il sera ambassadeur, puis chef de mission de la délégation française, porté par l'espoir de faire bouger les lignes et récompensé par la joie immense d'une véritable fête.
«J'y croyais, j'ai l'exemple de Londres [en 2012], où les Jeux ont été un vrai accélérateur. » Mais très vite, c'est la « douche froide ». Vivant dans la capitale anglaise avec son épouse britannique, il mesure le décalage avec la société française dans l'accessibilité, l'emploi ou l'inclusion. Au lendemain des Jeux, en septembre 2024, on lui propose le ministère des sports. En 2016, il avait déjà été approché pour devenir conseiller du président François Hollande. Une fois encore, il hésite, refuse pour des raisons personnelles et de santé.
Quelques jours plus tard, il s'insurge en découvrant que le gouvernement de Michel Barnier a
Vivant à Londres, il mesure le décalage avec la société française dans l'accessibilité, l'emploi ou l'inclusion
oublié de nommer un ministre au handicap. Autre symbole, un taxi parisien, pourtant adapté – grâce aux aides déployées pour les Jeux – refuse de le prendre avec son fauteuil roulant. « Il y a une file de gens, et personne ne bouge. Imaginez si, demain, il y avait une explosion du nombre de taxis qui refusaient des Noirs parce que Noirs, des juifs parce que juifs, des Arabes parce qu'Arabes, des femmes parce que femmes, il y aurait des manifestations! »
« Le point commun entre une personne autiste, un schizophrène, un sourd et un paraplégique, c'est qu'on est discriminés par ce qu'on est. » Même s'il est très conscient d'être dans une position privilégiée, Michaël Jérémiasz veut élargir son combat, parler pour les 12 millions de personnes en situation de handicap, des milliers de « vies sacrifiées », des « gens qui ne partent pas en vacances, restent enfermés chez eux parce que le syndic n'a pas réparé l'ascenseur », des parents qui « vivent la boule au ventre », inquiets pour l'avenir de leur enfant avec un handicap mental.
Pendant des années, il a interpellé les ministres, les présidents de la République, les patrons d'entreprise, mais en a mesuré les limites, en voyant par exemple les crédits liés au sport fondre après les Jeux de Paris. Désormais, il rêve du « grand soir », de manifestations ou de blocages, inspirés de mouvements de désobéissance civile.
« Il peut mobiliser, par cette envie de militer différemment, embarquer plus de monde, changer de dimension, au-delà du plaidoyer technique et institutionnel, espère Arnaud de Broca, président du Collectif handicaps, qui fédère une cinquantaine d'associations, dont Comme les autres. C'est un excellent porte-parole, qui arrive à toucher le grand public, ce n'est pas anodin. Il a longtemps été dans un registre léger, sur l'humour, mais il a clairement changé de ton et il est plus revendicatif. »
En février 2025, Michaël Jérémiasz s'était impliqué dans un rassemblement de 3000 personnes à Paris pour les 20 ans de la loi de 2005, porté par le Collectif handicaps. Il avait été agacé par la contre-manifestation d'un petit groupe de militants antivvalidistes, opposée aux associations gestionnaires, alors qu'il aurait souhaité «embarquer le plus de gens possible». Mais le chemin est ardu.
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«Un dilemme»
«En tant qu'ancien champion, il dispose d'un capital personnel plus qu'organisationnel: beaucoup d'entregent dans le secteur média-tique, culturel, sportif et politique, et un discours politique offensif, mais pas forcément de structure organisée derrière, analyse Pierre-Yves Baudot, professeur de science politique à Paris-I Panthéon-Sor-bonne, spécialiste des politiques du handicap. Or pour les personnes handicapées, passer de la colère à la rue est complexe, en raison des obstacles à la mobilité et des restrictions d'accès à la ville. »
Michaël Jérémiasz admet d'ailleurs être «physiquement incapable d'aller s'enchaîner sur le périph». S'il prépare des actions, comme une journée spéciale handicap sur Radio France ou l'interpellation de candidats à la présidentielle, ses prochains mois seront aussi occupés par des opérations à la hanche et à l'épaule. Car cet ancien sportif est rattrapé par un corps qui vieillit alors qu'il a encore « une putain d'énergie et de rage de vivre ».
Pour son frère, Jonathan Jérémiasz, cofondateur de Comme les autres et entrepreneur social, « Michaël vit un dilemme difficile à résoudre : il sent qu'il peut prendre la tête d'une mobilisation sociale, populaire, du handicap peut-être inédite dans l'histoire récente et en même temps, il n'est pas rentier, il doit travailler, il veut profiter de ses enfants. Il fait déjà beaucoup, il n'a pas le devoir de se sacrifier pour quelque cause que ce soit ».
En tant que président d'association et entrepreneur, Michaël Jérémiasz estime que sa boussole est de «défendre l'intérêt général » et de « prendre l'argent là où il est et en faire une bonne utilisation pour permettre aux personnes handicapées de vivre une vie plus épanouie », mais dans un contexte électoral « anxiogène », il n'hésitera pas à exprimer ses désaccords. Interrogé sur un engagement politique, il convient qu'être « un élu de la République » ou accepter un ministère le tenterait, plus tard, quand ses enfants de 3 et 10 ans auront grandi. « Mais, aujourd'hui, ce n'est pas compatible. »
ANNE-AËL DURAND
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Mistral annonce un nouveau modèle d'IA
Avec Mistral Large 4, la start-up française assure « réduire l'écart » avec les meilleurs concurrents chinois
Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de Mistral AI, dans les bureaux de l'entreprise, à Paris, le 22 septembre.
ED ALCOCK/MYOP
POUR « LE MONDE »
Le dernier grand modèle d'intelligence artificielle (IA) de Mistral AI datait de décembre 2025, et son dernier modèle, d'avril 2026. Dans un secteur dominé par les groupes américains et chinois, la start-up française se sait attendue au tournant sur la performance de ses produits. Avec Mistral Large 4, le nouveau grand modèle d'IA dévoilé par l'entreprise, mardi 6 octobre, « [elle] réduï[t] l'écart » avec les meilleurs modèles, affirme son cofondateur Guillaume Lample. « Sur les classements agrégés, [ce modèle] se place parmi les meilleurs modèles ouverts du monde », affirme Mistral AI dans son communiqué, en référence aux modèles appelés « open source », accessibles et modifiables gratuitement – un secteur dominé par les acteurs chinois.
Si ces performances resteront à confirmer dans les classements régulièrement mis à jour par des tiers indépendants, à mesure que les modèles sont rendus publics, Mistral AI assure aussi être sur une « trajectoire » qui lui permettra d'améliorer encore les capacités de ses modèles au cours des prochains mois.
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Coûteuse course
L'annonce de Mistral Large 4 représente un fort enjeu pour la start-up française: ses modèles ont reculé au 24 $^{e}$ rang du classement agrégé réalisé par le tiers de référence Artificial Analysis sur «l'intelligence» des modèles. Celui-ci est dominé par les américains comme OpenAI, Anthropic ou Google, suivis des chinois tels Moonshot AI, Alibaba ou Z.AI, qui ont beaucoup progressé. Après avoir annoncé, à l'été 2026, engager d'importants investissements pour bâtir ses propres centres de données en Europe et avoir l'intention d'y proposer certains modèles chinois ouverts, Mistral AI s'est vu soupçonner d'abandonner la coûteuse course aux modèles d'IA de pointe.
« Le pilier numéro un de Mistral AI, c'est de pousser les capacités des modèles d'IA », avait rétorqué son directeur général, Arthur Mensch, dans un entretien au Monde, le 24 septembre. Aujourd'hui, Guillaume Lample assure que Mistral Large 4 est « essentiellement au même niveau que les meilleurs modèles chinois d'il y a un mois ou deux ». Mistral AI produit quelques chiffres «préliminaires» issus de classements thématiques: Large 4 obtiendrait ainsi, par exemple, un score de 63 % sur le classement DeepSWE 1.1, mesurant la capacité des modèles à réaliser des tâches longues de code informatique. Il rivaliserait ainsi avec le remarqué modèle GLM 5.3 du chinois Z.AI. Et se placerait 12 $^{e}$ sur ce classement, les meilleurs atteignant 74 %.
Mistral Large 4 a été entraîné sur 4000 puces dernier cri, soit de « deux à trois fois moins » que les start-up chinoises
Mistral AI assure, par ailleurs, que Large 4 est au niveau des meilleurs modèles ouverts pour certaines tâches liées à des métiers et domaines spécifiques : en finance, par exemple pour manipuler des grands tableurs de données, en cybersécurité, mais aussi dans l'analyse « géospatiale », pour identifier des objets dans des images satellites, par exemple afin d'évaluer des dégâts de catas-
trophes naturelles. L'entreprise se dit aussi désormais compétitive en design et production industriels, une activité dans laquelle elle se veut à l'offensive, avec des clients comme Airbus ou BMW. Ces performances, promet l'entreprise, devraient être précisées le 27 octobre, quand Mistral Large 4 sera rendu disponible en open source. D'ici là, seront achevés les tests de sécurité, assure la start-up, alors que le secteur est secoué par de nombreux incidents liés à des modèles d'IA.
Avant d'être téléchargeable en open source par les entreprises, Large 4 est accessible au moyen d'une interface, que Mistral AI dit surveiller pour éviter des incidents. A terme, il deviendra le modèle « par défaut » de l'assistant de l'entreprise, Vibe, même si les utilisateurs pourront continuer à y choisir aussi des modèles chinois comme GLM, qui restent meilleurs dans certains domaines, a expliqué Guillaume Lample.
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Souveraineté européenne
Jouant la carte de la souveraineté européenne, Mistral AI rappelle aussi que les entreprises clientes peuvent adapter ses modèles open source à leurs besoins et les installer sur leurs propres serveurs. « L'IA open source garantit également qu'on ne pourra jamais couper l'accès du modèle », a ajouté le directeur scientifique, Pierre Stock, faisant allusion aux polémiques sur la restriction de l'accès à certains modèles américains de pointe, dont Mythos ou Fable, d'Anthropic, un temps imposée par la Maison Blanche.
Pour l'avenir, si Mistral AI n'a pas, à ce stade, comblé tout son retard avec les concurrents chinois et, a fortiori, américains, l'entreprise se dit « optimiste » sur sa capacité à améliorer les performances de Mistral Large 5 et 6 sur l'année à venir. La start-up compte pour cela sur les puces dont elle disposera dans ses data centers, progressive-ment sur les six prochains mois, grâce à ses deux dernières levées de fonds – dont 3 milliards d'euros début septembre.
Mistral Large 4 a été entraîné sur 4000 puces dernier cri, soit «de deux à trois fois moins» que ce dont disposent les start-up chinoises, sans parler des «centaines de milliers de puces » utilisées par les leaders américains, a expliqué Guillaume Lample. Alors que 4000 puces représenteraient environ 10 mégawatts de puissance électrique, Mistral AI a pour objectif de disposer, d'ici à 2030, de centres de données d'une capacité de 1 gigawatt. Si la start-up croit sa stratégie prometteuse, celle-ci devra toutefois encore se confronter aux aléas du secteur.
ALEXANDRE PIQUARD
Schneider Electric fait une acquisition majeure aux Etats-Unis
La multinationale a annoncé, lundi, le rachat de l'éditeur de logiciels américain PTC sur la base d'une valorisation de 20,1 milliards d'euros
Le 4 novembre 2024, Olivier Blum prenait les commandes de Schneider Electric. Près de deux ans plus tard, le voilà qui signe le plus gros rachat de l'histoire jamais réalisé par l'entreprise bientôt bicentenaire, bâtie à coups de rachats successifs : c'est dire l'ampleur de la transaction annoncée lundi 5 octobre. Sur la base d'une valorisation de 22,6 milliards de dollars (20,1 milliards d'euros) et d'un paiement « intégralement en numéraire », le champion de l'efficacité énergétique met la main sur l'américain PTC, « un leader de la conception de produits industriels complexes, de l'ingénierie et de la gestion des données », qui a réalisé un chiffre d'affaires de 2,4 milliards d'euros sur son exercice 2025.
Le géant français, conseillé par Morgan Stanley et Goldman Sachs, complète ainsi son portefeuille de technologies et d'expertises dans son métier de l'automatisation industrielle (17 % du chiffre d'affaires en 2025), visant à optimiser la maintenance, ou encore à améliorer les chaînes de montage des constructeurs automobiles et autres laboratoires pharmaceutiques. La gestion de l'énergie, son premier métier, qui a généré 83 % de son chiffre d'affaires en 2025, bénéficiera également de ces apports en matière de données industrielles.
Cette transaction, cependant, n'a pas convaincu la Bourse: le cours de Schneider a chuté de près de 10 % lundi. Il faut dire que les investisseurs n'ont d'yeux que pour l'intelligence artificielle (IA). Ils ont porté Schneider aux nues – jusqu'à la place de troisième capitalisation boursière du CAC 40, perdue depuis au profit de Total-Energies –, car l'équipementier réalise un tiers de ses ventes auprès des data centers, ces usines de calcul en plein développement pour répondre aux besoins de l'IA, à qui il vend ses technologies d'électrification et de refroidissement. Que Schneider se renforce ailleurs que dans ce marché à la mode a refroidi les opérateurs. D'autant qu'ils conservent des doutes sur la capacité des éditeurs de logiciels à résister face au raz de marée de l'IA. Le secteur a connu une baisse boursière marquée ces derniers mois, dont Schneider a profité.
En offrant une prime de 42 % par rapport au dernier cours de Bourse avant l'annonce de la transaction, Schneider propose d'acquérir PTC à un prix de 205 dollars par action, qui correspond exactement à ce que cotait la firme de Boston il y a un an. Soit une valorisation « au plus bas depuis dix ans », selon les analystes de Jefferies. Est-ce le signe d'une bonne ou d'une mauvaise affaire? « Les acteurs du logiciel qui ont réussi à nouer des relations étroites avec leurs clients sortent gagnants du déploiement de l'IA », estime un banquier d'affaires.
Ancien maître des forges né au Creusot en 1836, Schneider est l'une des rares entreprises à faire le pont entre la révolution industrielle du XIXe siècle et l'avènement de l'IA. Sa promesse de «relier les mondes physique et digital» cache une sorte de mouvement perpétuel d'acquisitions menées depuis vingt-cinq ans pour transformer le fabricant d'interrupteurs en géant hybride du matériel et du logiciel.
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Quatre « hubs »
Comme souvent, l'épopée démarre par un échec. Celui du rachat de Legrand, bloqué en 2001 par la Commission européenne. Henri Lachmann, le PDG de Schneider, est obligé de revendre son concurrent. Que faire de l'argent ? Il décide de diversifier l'entreprise vers les services. Jean-Pascal Tricoire, qui prend le relais en 2006, amplifie cette stratégie avec succès. Le virage décisif s'opère en 2013, avec l'acquisition d'une société britannique de logiciels, Invensys, pour 3,8 milliards d'euros. En 2017, M. Tricoire jette son dévolu sur la pépite britannique de l'automatisation Aveva. Plutôt que d'intégrer l'entreprise, il préfère lui apporter sa propre activité de logiciels afin d'éviter le choc culturel, prenant 60 % de son capital, avant de racheter la totalité six ans plus tard.
Sous la houlette de M. Tricoire, l'entreprise est devenue une multinationale décentralisée, gérée à partir de quatre «hubs», en France, aux Etats-Unis, en Chine et en Inde. Celui que M. Lachmann avait repéré lors d'une visite de ses troupes en Chine avait provoqué un choc dans l'establishment parisien en annonçant en 2011 son départ à Hongkong. Il était alors le premier PDG du CAC 40 à diriger officiellement son entreprise en étant installé hors de France. Son déménagement avait mis fin à un tabou et ouvert la voie à de nombreux départs de membres de comités exécutifs de groupes français.
En mai 2023, M. Tricoire avait abandonné la direction générale à l'Allemand Peter Herweck, tout en conservant la présidence de Schneider. Une erreur de casting. En novembre 2024, M. Blum avait été nommé à la direction générale, « avec effet immédiat ».
Cette acquisition va lui permettre de marquer de son empreinte l'entreprise, qui reste pénalisée en France, où elle emploie 15 000 salariés, par la crise du logement. Le 9 septembre, Schneider avait annoncé une réorganisation de ses implantations, avec notamment la fermeture d'ici à mars 2028 du site de Chasseneuil-du-Poitou (Vienne), qui compte 145 collaborateurs.
ISABELLE CHAPERON
« Les marchés envoient un signal sérieux à Paris »
Emmanuel Roman, DG du gérant d'actifs Pimco, tire la sonnette d'alarme sur la dérive budgétaire française
Emmanuel Roman, à Beverly Hills (Californie), le 6 mai 2025. PATRICK T. FALLON/AFP
ENTRETIEN
Emmanuel « Manny » Roman est directeur général de Pimco, l'un des plus grands gestionnaires d'actifs au monde, avec 2300 milliards de dollars (2050 milliards d'euros) d'encours. La société est spécialisée dans les marchés obligataires et investit donc dans les dettes, dont celle de la France.
Les taux d'intérêt français à dix ans ont frôlé les 5 %. La France a-t-elle encore la confiance des marchés financiers?
J'aimerais remettre cela dans un contexte global. Nous avons une remontée des taux à travers le monde qui est due aux pressions inflationnistes sur le secteur pétrolier, et à la pression des « hyperscalers » [les entreprises de l'intelligence artificielle, IA], qui empruntent pour financer des data centers, des puces... Nous voyons cette hausse partout, aux Etats-Unis, au Japon... Cela dit, en Europe, la France est nettement plus touchée que l'Allemagne ou encore l'Italie, pour des raisons budgétaires et politiques. Les marchés lui envoient un signal sérieux. L'heure est grave.
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Au point que la France ait perdu sa crédibilité...
La réponse n'est pas binaire. Mais la prime de risque qu'un investisseur demande pour détenir des obligations françaises est très élevée par rapport à celle des obligations allemandes ou même italiennes. Pourquoi? Parce que le déficit doit être réduit, il faut un budget et il faut que ce budget soit voté. Il faut une politique française qui permette d'être crédible, ce qui n'est pas le cas maintenant.
Qu'est-ce qui pose le plus de problèmes, le déficit budgétaire ou l'instabilité politique?
Les deux. Le déficit est un problème structurel, avec des solutions compliquées et pénibles pour le contrat social et la réduction des dépenses publiques. C'est certainement quelque chose auquel la France va devoir faire face. Sur les dix prochaines années, il y a un sujet de compétitivité et de croissance anémique. Et le pays a besoin de réformes, que l'Italie a dû faire quand elle était dos au mur. Il y a urgence à prendre des mesures sérieuses.
Comment réagissez-vous à la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler les dettes détenues par la Banque centrale européenne, et à celles de Marine Le Pen de réaliser 140 milliards d'euros d'économies tout en ramenant l'âge de la retraite à 62 ans et en réduisant les impôts de 30 milliards d'euros?
Les marchés seraient clairement très négatifs quant à une victoire possible de Jean-Luc Mélenchon et ils ne croient pas un moment au projet du RN et à sa capacité à mettre en place un programme crédible.
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Vous les mettez donc sur le même plan...
Les deux cas sont très différents. La probabilité que Jean-Luc
Mélenchon devienne président de la République est très faible; celle que Marine Le Pen le soit est au-dessus de 50 %. Donc les marchés vont se préoccuper beaucoup plus d'une victoire du RN que de celle du chef de file de La France insoumise. Quant à l'annulation partielle de l'endettement, cela n'a aucun sens et cela ne fait pas un programme. Quand on ne paye pas ses dettes, en général, c'est un problème. La monnaie unique a été faite sur un contrat entre différents pays : si l'un commence à ne pas payer ses dettes, c'est l'explosion de l'euro, la fin de l'Union européenne.
Les marchés, qui se veulent apolitiques, estiment-ils que Marine Le Pen mènera une politique similaire à celle de la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, limitant les risques financiers?
Je ne le crois pas, pour deux raisons. La première, c'est que Giorgia Meloni a eu l'immense avantage de bénéficier du travail fait par [les deux anciens présidents du conseil italiens] Mario Monti et Mario Draghi, qui sont deux technocrates exceptionnels.
La deuxième, ce sont les fluctuations de la pensée économique de Marine Le Pen. Il n'y a pas si longtemps, elle voulait sortir de l'euro. Or, il faut relancer une croissance anémique. Pour cela, il faut un système capitaliste et elle ne donne pas l'impression d'aller dans ce sens. Les marchés ne croient pas au programme économique du RN.
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Mais, en cas de second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, que préférez-vous?
D'abord, nous sommes à six ou sept mois de l'élection; on peut espérer qu'un consensus entre ces deux extrémités se dévoile. Ensuite, très malheureusement, si vous me demandez entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, je pense que les marchés préféreront l'option Le Pen.
Qu'est-ce que cela signifie pour Pimco? Décidez-vous de ne plus acheter de dette française, de vous désengager?
Nous parlons peu de nos positions. Les marchés vont attendre de voir des signaux tangibles sur un budget qui soit voté, pour qu'ils reprennent confiance en la France.
La présidentielle est-elle aussi une opportunité d'investissement? Après tout, les taux français à 5 % offrent un rendement potentiellement intéressant...
Le problème, c'est que les taux peuvent aussi bien monter à 6 % ou redescendre à 4 %. La distribution des probabilités est équilibrée. La difficulté pour l'investisseur est de savoir à quel moment acheter, ce qui est compliqué quand les évolutions du marché peuvent aller symétriquement dans les deux sens.
« Il faut une politique française qui permette d'être crédible, ce qui n'est pas le cas maintenant »
Les taux d'intérêt augmentent dans le monde entier. Cette situation va-t-elle durer?
Non. A un horizon de cinq ans, l'IA et la robotique vont avoir un effet déflationniste énorme. Il y a de nombreuses questions sur le temps qu'il nous faudra pour s'adapter à cette technologie et comment l'industrie lourde va être modifiée, mais, clairement, à moyen terme, ça réduit l'inflation.
Vous ne croyez donc pas à l'idée qu'il y a trop d'émissions de dettes par rapport à l'épar-gne mondiale disponible, et que ce déséquilibre entraîne une montée des taux...
Non. Il y a une énorme épargne aux Etats-Unis, qui va se transmettre de la génération des baby-boomeurs à la suivante. Par ailleurs, l'administration américaine peut facilement avoir des recettes fiscales supplémentaires en augmentant les impôts, qui y sont bas. Cela peut être sur les gains en capitaux, sur l'impôt sur les sociétés, ou encore une taxe sur le pétrole, mais il y a une marge de manœuvre pour Washington.
Craignez-vous un gros choc financier? Il y a quand même eu une correction obligataire violente ces derniers mois, avec la hausse des taux d'intérêt, mais les Bourses, surtout aux Etats-Unis, ont tenu. Combien de temps peut durer cette contradiction?
Je suis très surpris, en effet. Il n'y a que deux possibilités : soit les actions vont baisser, soit les taux vont beaucoup baisser. A moyen terme, je parie plutôt sur la baisse des taux parce que l'innovation en cours est tellement importante.
PROPOS RECUEILLIS
PAR ÉRIC ALBERT
La fusion Paramount-Warner finalisée, des licenciements annoncés
Le patron du groupe prévoit des suppressions de postes, alors que l'endettement du nouvel ensemble va atteindre 82 milliards de dollars
SAN FRANCISCO - correspondant
Maintenant, le vrai travail commence. Allons-y. » C'est en ces termes que David Ellison, 43 ans, conclut sa lettre à ses salariés, mardi 6 octobre, après avoir finalisé la fusion entre les studios hollywoodiens Paramount et Warner Bros, sous une entreprise faîtière baptisée «Skydance». Et cela va commencer par des licenciements pour dégager des synergies.
«L'intégration de deux entreprises entraînera des changements, y compris des décisions difficiles affectant nos effectifs. Nous nous engageons à mener ce processus avec discernement et respect», écrit David Ellison avec son codirecteur général, l'ancien patron de Mattel, Ynon Kreiz, rappelant son objectif de réaliser 6 milliards de dollars (5,33 milliards d'euros) de synergies pour un chiffre d'affaires de 70 milliards de dollars.
La reprise des deux studios hollywoodiens par le fils du fondateur d'Oracle, le milliardaire proche de Donald Trump Larry Ellison, s'est faite à la mode des années 1980: des rachats par endettement, une OPA hostile pour chiper Warner à Netflix qui avait scellé le rachat initialement, et de la politique, beaucoup de politique, pour obtenir le feu vert de l'administration Trump, puis celle des Etats fédérés, dont la Californie, avec une menace de quitter cet Etat faute d'accord.
La chevauchée de David Ellison est spectaculaire. Il était il y a peu à la tête d'une petite maison de production, Skydance ; il dirige désormais un empire qui peut rivaliser avec Netflix et Disney. Financièrement, le progrès est moins impressionnant : Skydance valait en juillet 2024, lors du rachat de Paramount, 4,75 milliards de dollars et n'en vaut « que » 10 milliards aujourd'hui, malgré son changement de taille. Le géant est en effet criblé de dettes.
C'est le premier problème : le rachat estimé à 110 milliards de dollars est financé par endettement. La firme a levé juste avant la conclusion de l'affaire, le 30 septembre, 52 milliards de dollars sur les marchés financiers, la plus grande opération jamais réalisée d'un seul coup par une entreprise privée, note The Wall Street Jour-
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David Ellison a dû s'engager à créer un conseil garantissant l'indépendance éditoriale de CNN
nal. En pleine crise obligataire, le taux exigé est mirobolant, s'établissant à 9,1 %, avec un remboursement s'étalant de 2028 à 2066.
« Payons-nous un peu plus d'intérêts ? Oui. Mais nous préférons de loin conclure l'opération et gérer cet aspect en conséquence», a déclaré au Wall Street Journal le directeur financier de Paramount Skydance, Dennis Cinelli. Selon la société d'analyse CreditSights, citée par The New York Times, la dette du groupe va atteindre un total de 82 milliards de dollars et les intérêts annuels à payer représenter environ 6 milliards de dollars.
Deuxième problème, la politique. David Ellison fait partie de l'entourage proche de Donald Trump. En avril, à Washington, il a donné un dîner en l'honneur du président alors qu'il était en pleine négociation antitrust; récemment, il était aussi présent au dîner d'Etat avec le président chinois, Xi Jinping, lors de la visite de ce dernier aux Etats-Unis du 23 au 25 septembre, et il va récupérer dans son escarcelle... CNN. La chaîne d'information en continu est l'objet d'attaques permanentes de Donald Trump, qui a cherché à la bouter hors de la Maison Blanche. Si CNN gagne de l'argent, son audience est très inférieure à celle de la conservatrice Fox News et elle s'est fait dépasser par la chaîne progressiste MS Now.
Environ 4500 emplois menacés
Pour clore les poursuites de la Californie et d'autres Etats, David Ellison a dû s'engager à créer un conseil garantissant l'indépendance éditoriale de CNN. Il a aussi négocié de maintenir en place le patron de la chaîne, qui ne serait pas soumis à la supervision de Bari Weiss, rédactrice en chef du département de l'information chez CBS (propriété de Paramount) et accusée d'avoir multiplié les interventions, notamment dans le contenu de son émission politique phare, « 60 Minutes ». Troisième sujet, le cinéma. En perte de vitesse, Hollywood broie du noir et critique toujours les rapprochements capitalistiques, néfastes pour l'emploi et la diversité de création. Les professionnels ne voulaient pas du rachat de Warner par Netflix; ils ont eu la famille Ellison.
Selon un rapport publié par le comté de Los Angeles en août, la fusion pourrait entraîner la perte d'environ 4500 emplois dans les secteurs du cinéma et de la télévision sur une période de trois ans, rien qu'à Los Angeles. « Notre plan d'investir 30 milliards de dollars par an dans la production et de sortir au moins 30 films par an est le moyen pour nous de regagner du terrain », avait répondu l'entreprise, qui détient les franchises Mission Impossible, Harry Potter, Le Seigneur des anneaux, etc. Pour mettre fin aux poursuites antitrust, la firme s'est engagée à investir 1,5 milliard de dollars de plus que prévu dans la création de films dans les cinq prochaines années et a pris l'engagement de sortir 30 films en salle chaque année. Selon The New York Times, les deux studios sont en passe de produire 26 films en 2026, et devraient s'acquitter d'une amende de 30 millions de dollars par film manquant.
Toutefois, la bataille reste celle du streaming, alors que le public regarde les divertissements sur Netflix, Disney ou les canaux de la tech, Prime (Amazon), Apple TV (Apple) et YouTube (Google). Les canaux de Skydance sont HBO Max, appuyé sur la chaîne historique HBO, et Paramount+. Casey Bloys, président de HBO, va prendre la direction des programmes pour les services de streaming de l'entreprise.
Le développement de l'intelligence artificielle (IA) semble décisif, la nouvelle direction ayant indiqué qu'elle voulait « devenir l'entreprise de médias la plus performante sur le plan technologique » : « Toutefois, un principe demeurera immuable : la technologie doit servir l'art, et non l'inverse », affirment David Ellison et Ynon Kreiz. Dès mardi matin, David Ellison avait fait apposer le nom de Skydance sur l'emblématique château d'eau de Warner Bros à Los Angeles.
ARNAUD LEPARMENTIER
Véhicules hybrides BYD, à Yantai, en Chine, le 15 septembre. VCG/GETTY IMAGES
En Chine, l'Europe à la recherche de protections pour son industrie
Le commissaire au commerce, Maros Sefcovic, se rend à Pékin jeudi. Anticipant des résultats limités, Berlin et Paris préparent la suite
BRUXELLES - bureau européen
Rien ne va plus, faites des stocks! C'est en substance le message que les Etats membres de l'Union européenne (UE) et la Commission font passer aux entreprises. Les jeudi 8 et vendredi 9 octobre, à Pékin, le commissaire au commerce et à la sécurité économique européen, Maros Sefcovic, va rencontrer son homologue chinois, Wang Wentao, dans le cadre d'un processus de dialogue engagé en juin, un nouveau mécanisme de consultation sur les questions commerciales et d'investissement.
L'objectif: trouver un accord d'ici à la fin octobre pour protéger plusieurs secteurs industriels des importations de produits chinois. Les avancées obtenues – ou pas – par le commissaire seront discutées au Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, à Bruxelles, les 15 et 16 octobre. A eux de décider quel tour donner à la relation commerciale avec la Chine.
Dans une lettre commune envoyée le 5 octobre à la présidente de la Commission, le chancelier allemand, Friedrich Merz, et le président français, Emmanuel Macron, ont pris les devants : sans jamais nommer la Chine, ils demandent une politique commerciale plus ferme. Berlin, qui avait voté contre les droits de douane sur les voitures électriques, se montre maintenant prêt au bras de fer avec Pékin. Quitte à prendre le risque de représailles, notamment de restrictions sur les exportations de composants essentiels pour faire tourner les usines européennes.
L'eurodéputé allemand Bernd Lange (Alliance progressiste des
L'Allemagne, qui avait voté contre les droits de douane sur les voitures électriques, se montre prête au bras de fer socialistes et démocrates, S&D), président de la commission parlementaire du commerce international depuis juillet 2014, résume les attentes européennes avant ce voyage. «Le dialogue avec la Chine est important et nécessaire, mais il est impératif que des résultats concrets en découlent. Les subventions massives de Pékin [4,4 % du produit intérieur brut chinois] et une politique d'exportation agressive faussent la concurrence. Les entreprises européennes continuent de rencontrer d'importantes difficultés d'accès au marché chinois. Par ailleurs, les contrôles et restrictions à l'exportation de matières premières essentielles telles que le tungstène et les aimants ont démontré comment Pékin utilise les dépendances économiques comme moyen de pression», prévient cet élu.
Et de rappeler : « Le déficit commercial de l'UE avec la Chine est passé de 291 milliards d'euros en 2023 à près de 360 milliards en 2025 [+ 24 % en seulement deux ans]. Et cette tendance se poursuit. » Elle s'accélère même. Le déficit a encore augmenté de 10 % sur les premiers mois de l'année. « L'Europe doit donc apprendre à dire non à la Chine », renchérit le Français Pascal Canfin, euro-député Renew, auteur d'un article dénonçant le « tsunami industriel chinois », dans la revue Grand Continent.
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Le ton a changé
Les dirigeants de la France et de l'Allemagne et les eurodéputés ne sont pas les seuls à appeler des mesures. « Tout en maintenant le dialogue avec la Chine, l'UE ne peut pas rester immobile. Elle doit défendre ses intérêts économiques en utilisant tous les outils existants et en réduisant les risques venant des dépendances malsaines en encourageant la diversification », assure Business Europe, l'association patronale dont fait partie le Medef français. Elle insiste sur les efforts à faire pour renforcer la compétitivité si l'on veut mener ce combat. Beaucoup d'entreprises dénoncent le coût de l'énergie en Europe qui les désavantage face à leurs rivales chinoises ainsi qu'un marché des capitaux insuffisamment intégré et puissant.
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«Les dirigeants chinois sous-estiment la capacité de réaction de l'Europe»
JEAN-LUC DEMARTY
ancien directeur général du
commerce à la Commission
Pourtant, personne ne se fait d'illusions sur les concessions que pourrait obtenir Maros Sefcovic. A commencer par la Commission. Dans les couloirs du Berlaymont, son siège bruxellois, on se félicite que la Chine ait accepté de rentrer dans la discussion générale sur sa domination commerciale, ce qu'elle refusait jusqu'à présent arguant que cette situation n'était que le résultat de sa compétitivité.
Cela amènera-t-il une avancée concrète? Peut-être sur un secteur, celui des voitures hybrides rechargeables, dont Pékin pourrait accepter de réguler les exportations. Ce serait un début, une sorte de prototype («proof of concept», dit-on à Bruxelles), un point de départ, donc, pour montrer que la méthode de dialogue que la Commission a entreprise fonctionne et donne de meilleurs résultats que l'approche brutale américaine. Elle pourrait ensuite être étendue à d'autres secteurs.
« C'est un vrai test [qui permettra] de voir si Pékin accepte de limiter volontairement ses exportations de voitures hybrides », confirme Jean-Luc Demarty, ancien directeur général du commerce à la Commission. Sans trop y croire. Pour lui, « les dirigeants chinois sous-estiment la capacité de réaction de l'Europe. Ils pensent que nous sommes divisés et que nous n'arriverons pas à nous opposer à eux ». Or aujourd'hui, pour Berlin comme pour Paris, des avancées dans un seul secteur ne suffiront pas. La lettre commune de l'Allemagne et de la France, innvisageable outre-Rhin avant l'été, est un signe fort que le ton a changé. Le 6 octobre, au cours de la réunion des représentants des Etats membres auprès des institutions européennes, la position franco-allemande a été présentée et a reçu, selon nos informations, un fort soutien. «Aucun pays ne s'y est opposé», confie un diplomate européen.
Les deux capitales demandent à la Commission européenne de réfléchir à la mise au point d'un instrument de défense commerciale plus efficace, qui permette de fermer le marché européen aux exportateurs chinois en quelques jours. En attendant qu'il soit prêt, la lettre suggère d'utiliser tous les autres instruments déjà disponibles.
L'Allemagne et la France ont pris soin de convaincre les gouvernements de pays comme l'Espagne ou la Grèce, qui bénéficient d'investissements chinois, du bien-fondé de leur démarche. Eux aussi ont besoin de l'UE pour éviter de n'avoir que des « usines tournevis », qui se limitent à l'assemblage de pièces fabriquées en Chine, et profiter de transferts de technologie, d'une chaîne d'approvisionnement locale et d'emplois. « C'est existentiel, la survie de notre industrie va se jouer dans les trois à cinq ans qui viennent. C'est ce que les Allemands ont maintenant compris », décrypte Jean-Luc Demarty.
Les Européens tentent donc de «construire un rapport de force sans escalade», selon les termes d'un diplomate, qui reconnaît que le risque de représailles est majeur mais ne peut pas être pire, à terme, que celui de ne rien faire du tout et de subir.
Industriels et consommateurs européens sont devenus tellement dépendants de la Chine que le rapport de force n'est guère en leur faveur, mais l'attrait du marché intérieur des Vingt-Sept pour les exportateurs chinois en surcapacité est aussi un atout et peut leur ménager une voie de passage. A condition de poursuivre les efforts de diversification des approvisionnements et de réduire les dépendances à la Chine. Ce que tente de faire la Commission en multipliant les accords commerciaux – dont le dernier en date, avec les Philippines – et les alliances – comme avec le Canada. A condition, aussi, de montrer une unité à toute épreuve.
SOPHIE FAY
PERTES & PROFITS
PAR ISABELLE CHAPERON
AIR LIQUIDE
du fonds activiste Elliott
« Quand on arrive en ville, tout l'monde change de trottoir », chante Johnny Rockfort, le chef des rebelles dans l'opéra-rock Starmania, de Michel Berger et Luc Plamondon. C'est pareil pour le fonds Elliott. Personne n'a envie de croiser sa route. Le rugeux financier américain a pour habitude de s'inviter au tour de table des Pernod Ricard, BP et autres PepsiCo pour les pousser, qui à verser un dividende exceptionnel, qui à céder des actifs voire la totalité de l'entreprise. Son entrée au capital d'Air liquide, vénérable poids lourd du CAC 40, s'annonçait explosive. Pour le moment, c'est un pétard à moitié mouillé.
Mardi 6 octobre, Elliott, engagé par le numéro deux mondial des gaz industriels, qui avait présenté la veille son plan stratégique à horizon 2030, a salué un « premier pas positif ». Une feuille de route « 100 % made in Air liquide », selon le directeur général, François Jackow. On est tenté de le croire. L'industriel avait-il besoin d'un fonds activiste pour savoir que l'industrie des semiconducteurs représentait une opportunité de croissance ? Si Elliott apprécie l'amélioration promise de la marge opérationnelle de 400 à 600 points de base d'ici à 2030, cet objectif reste dans l'épure des 460 points de base de marge supplémentaires gagnés entre 2022 et 2026. Ironiquement d'ailleurs, Air liquide était, à l'époque de la conception du plan stratégique précédent, la proie d'un autre activiste, resté sous les radars.
Le fonds américain se félicite aussi du « tout premier programme de rachat d'actions à grande échelle » d'Air liquide, qu'il souhaiterait voir mis en œuvre sans attendre. Ce geste en faveur des actionnaires est certes nouveau, mais il reste mesuré par rapport aux standards américains. L'industriel prévoit de consacrer 4 milliards d'euros à acquérir ses propres actions en 2027 et 2028, quand il vise d'allouer 24 milliards d'euros aux investissements sur cinq ans.
Ce soutien affiché ne signifie pas que les semaines précédentes ont été de tout repos pour l'état-major d'Air liquide. Avalanche de courriels, demandes incessantes : Elliott est connu pour mettre une pression « de dingue » sur les entreprises de son portefeuille. Le directeur général et la directrice financière du chimiste néerlandais Akzo Nobel, ciblé en 2017 par le fonds, ont ainsi fini par faire un burn-out. Cet aiguillon peut avoir des vertus quand il s'agit de réveiller une belle endormie. Mais tout ce temps passé par les dirigeants à gérer leur encombrant actionnaire, c'est de la disponibilité en moins pour s'occuper des salariés, des activités, des partenaires. A ne pas oublier quand il sera temps de faire les comptes.
Les demandes d'acompte sur salaire en nette hausse
Les salariés sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le versement anticipé d'une partie de leur rémunération
A vant, j'avais l'habitude de demander 300 ou 500 euros à mes chefs, juste avant Noël. Là, j'ai demandé un virement en août et en septembre, la rentrée n'est pas facile», confie Stéphanie (elle n'a pas souhaité donner son nom), 47 ans, aide à domicile dans une association dans le sud de la France. Comme Stéphanie, un nombre croissant de Français sont contraints de demander un acompte sur salaire, que ce soit pour boucler les fins de mois ou pour faire face à une dépense imprévue.
«Nous enregistrons une progression de 10 % entre septembre 2025 et 2026, et les montants sont en hausse de 15 %», explique Yann Le Floc'h, cofondateur de Stairwage, société lancée en 2020 et utilisée par 400 entreprises représentant 200 000 salariés. Chaque mois, 12 % des salariés disposant de l'application font au moins une demande, pour un montant moyen des acomptes représentant 18 % du salaire. Même constat chez Rosaly, qui vend sa solution à 450 entreprises représentant 200 000 salariés. «La demande a grimpé de 30 % en un an et les salariés ont tendance à multiplier les acomptes», explique Arbia Smiti, la dirigeante de la start-up.
Selon le code du travail, un employeur ne peut refuser la première demande d'acompte du mois, à partir du 15, et jusqu'à 50 % du salaire (cela correspond au travail déjà effectué et c'est ce qui différencie ce dispositif de l'avance sur salaire). « A notre restaurant de Rang-du-Fliers [Pas-de
Calais], où j'emploie une vingtaine de salariés, il y a 56 demandes par mois pour un montant de 4700 euros. J'ai été impressionné par les chiffres. Certains nous disent prendre [l'acompte] pour payer leur loyer, ils n'osaient pas demander avant l'application», raconte Philippe Daye, le directeur d'exploitation qui gère sept restaurants Buffalo Grill en franchise dans le nord de la France.
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Les 18-34 ans surreprésentés
Selon l'éditeur de logiciels de paie Payfit, les 18-34 ans sont surreprésentés (34 % l'ont déjà utilisé, contre 20 % de l'ensemble des salariés), tout comme les secteurs de l'hôtellerie-restauration, du commerce et de la construction le sont aussi.
Si toutes les plateformes assurent mettre des garde-fous, ce modèle peut toutefois encourager des salariés à vivre en décalé. «J'aimerais bien ne pas me mettre dans cette situation, mais c'est toujours mieux qu'être à découvert et que payer des agios», concède Stéphanie.
Parce qu'une nouvelle réglementation, entrant en vigueur en novembre, vise à « réduire l'accès aux découverts autorisés pour les ménages les plus fragiles », une proposition de loi a justement été déposée en mars par la députée socialiste Océane Godard, afin d'augmenter à cinq acomptes par mois l'obligation légale, sans justification pour le salarié, et d'étendre cette possibilité aux agents de la fonction publique.
JULES THOMAS
King's Cross, carrefour européen de l'IA
LONDRES - correspondance
L
A Londres, tout un écosystème s'est constitué, dans ce quartier autrefois sulfureux, autour de DeepMind, filiale de Google
aura Jensen apparaît à l'écran, décrivant le scénario du jour, ce 4 août: un cadre doit interroger une employée sur ses absen-
ces à répétition. «J'ai remarqué que vous arrivez systématiquement en retard et que vos résultats en souffrent», débute le cadre. «Je suis un peu surprise, répond l'employée. Mon équipe a atteint ses objectifs en juin. » Laura Jensen attribue une note de 53 % à l'interaction : le cadre aurait dû se montrer plus précis et proposer un plan d'action assorti d'une date butoir.
Laura Jensen est une assistante virtuelle qui mène des séances de coaching alimentées par l'intelligence artificielle (IA). Le logiciel, Roleplay, a été mis sur le marché en juillet par Synthesia, une start-up fondée en 2017 à Londres par les Danois Victor Riparbelli et Steffen Tjerrild. La société, valorisée 4 milliards de dollars (3,4 milliards d'euros) en janvier, occupe des bureaux branchés, complétés par une cafétéria servant de la street food et un baby-foot, à quelques pas de King's Cross.
Cet ancien site industriel du nord-est de Londres bordé par trois gares, autrefois connu pour ses rave-parties illégales et comme lieu de prostitution, a vécu une mue radicale à partir de 2007, lorsque le promoteur immobilier Argent et le fonds de pension australien AustralianSuper ont entamé des travaux de régénération. Il est aujourd'hui le centre de gravité informel de l'écosystème britannique dévolu à l'IA, avec pour centre de gravité DeepMind, la filiale spécialisée de Google, qui s'y est installée en 2016.
Une rue piétonne bordée d'arbres et de fontaines mène désormais à Coal Drops Yard, un complexe regroupant des boutiques et des cafés hébergés dans d'anciens entrepôts de charbon. Un «gratte-ciel couché» long de 330 mètres et au toit végétalisé zigzague le long de cette artère. Il abrite Platform 37, le nouveau quartier général de Google, inauguré en juillet. On y trouve 1500 des 7000 employés de DeepMind. Fondée en 2010 par Demis Hassabis, un neuroscientifique de l'University College London et Prix Nobel de chimie 2024, DeepMind a été rachetée par le géant américain en 2014. «Mais nous avons choisi de rester à Londres et de miser sur le Royaume-Uni», explique Owen Larter, chargé des affaires publiques au sein de l'entreprise.
One Pancras Square, dans le quartier de King's Cross, en face du siège de Google, à Londres, le 28 septembre. DAVID J.SHAW POUR « LE MONDE »
PLEIN CADRE
LE « QUARTIER DU SAVOIR »
Ce pari gagnant a débouché sur l'émergence d'un ensemble d'activités autour de l'IA. DeepMind « est l'ancrage principal autour duquel sont venus se greffer des start-up, des laboratoires de recherche et des investisseurs », souligne Keegan McBride, chargé de la science et de la technologie au Tony Blair Institute for Global Change. Nombre de ces jeunes pousses ont été fondées par des ex-employés de DeepMind, dont Ineffable Intelligence, Isomorphic Labs (toujours dirigée par Demis Hassabis) et Recursive Superintelligence.
Par ailleurs, Anthropic et OpenAI ont annoncé en avril qu'ils allaient ouvrir des bureaux à King's Cross pour y héberger un total d'environ 1300 employés. La société de véhicules autonomes Wayve, la plateforme de trading algorithmique XTX Markets et le moteur de recherche fondé sur l'IA, Perplexity, y sont déjà. Tout comme l'Institut Alan Turing et l'Advanced Re search and Invention Agency (ARIA), une entité gouvernementale qui fait de la recherche sur l'IA.
Le pôle londonien, surnommé « le quartier du savoir », « rivalise désormais avec la Silicon Valley », juge Daniel Kim, le directeur financier de Synthesia. Sur les six premiers mois de l'année, les start-up britanniques d'IA ont levé 12,6 milliards de dollars, contre 6,9 milliards de dollars pour l'ensemble de 2025, indique un rapport de la plateforme de données financières Dealroom et de HSBC dévoilé en juillet. Le pays recense 205 licornes (dont la valorisation dépasse 1 milliard d'euros), ce qui le place au premier rang européen devant l'Allemagne (88) et la France (53), selon Dealroom.
«Londres est actuellement le meilleur endroit au monde pour créer une société d'IA, estime Tantum Collins, un ancien de DeepMind qui a cofondé le laboratoire Inherent. Contrairement à la Silicon Valley, où l'industrie de la tech se trouve à des milliers de kilomètres des centres de pouvoir de
King's Cross «rivalise désormais avec la Silicon Valley», considère Daniel Kim, directeur financier de la start-up Synthesia
Washington DC, on trouve ici le siège du gouvernement, un centre financier, des hôpitaux de pointe et un vaste secteur dévolu aux arts et au divertissement. Cela favorise les synergies, ce qui est crucial pour cette technologie destinée à pénétrer dans tous les secteurs. »
La concentration de talents y est « exceptionnelle », notamment dans le domaine de la recherche de pointe, grâce à la proximité des universités Oxford, Cambridge et Imperial, estime Pascal Levensohn, fondateur du fonds de capital-risque Levensohn Venture Partners et président du conseil consultatif de l'Innovation Hub de Cambridge. Il rappelle que le Royaume-Uni a un riche héritage en la matière, allant d'Alan Turing à Geoffrey Hinton, considéré comme le parrain de l'IA pour ses travaux sur les réseaux de neurones artificiels.
Directement issue de ce terreau académique, la société Cursive AI occupe un étage d'un ancien bâtiment industriel dans lequel le décor mêle plantes vertes, béton brut et meubles modernistes, à De Beauvoir Town, au nord de King's Cross. Deux des cofondateurs de l'entreprise, Talfan Evans et Olivier Hénaff, sont des anciens de DeepMind; un troisième, Oliver Vikbladh, effectuait de la recherche sur le comportement humain à l'University College, à Londres. « Nous avions envie de créer des modèles d'IA plus agiles, capables de s'adapter aux besoins de chaque usager », explique Olivier Hénaff.
Une quinzaine d'employés
œuvrent désormais à la création de cette IA personnalisée et la société recrute activement. «Nous puisons dans le vivier des universités britanniques, mais aussi dans les grandes écoles françaises», glisse le Franco-Américain, qui rappelle que, de Paris, l'Eurostar arrive à la gare de St Pancras, au cœur du « quartier du savoir ».
Autre atout britannique, le gouvernement a adopté une posture particulièrement favorable à l'IA. Un poste de ministre réservé à cette industrie a été créé en 2023. Il est occupé par Kanishka Narayan, « un visionnaire qui comprend l'importance de cette technologie en tant que moteur de croissance pour l'économie britannique », vante Ravi Solanki, le fondateur de Prima Mente, une start-up qui se sert de l'IA pour rechercher des thérapies pour les maladies cognitives.
CONSERVER LES JEUNES POUSSSES
En avril, le gouvernement a créé le fonds Sovereign AI, doté de 500 millions de livres (584 millions d'euros), pour financer les jeunes pousses, leur fournir un accès à de la puissance de calcul et accélérer l'octroi de visas à leurs employés étrangers. L'administration a en outre adopté cette technologie en nouant un accord de collaboration avec DeepMind, en décembre 2025. «Nos solutions ont permis de réduire de 50 % le temps d'approbation des permis de construire et d'épargner quarante heures par semaine aux enseignants en Irlande du Nord », détaille Owen Larter, de Deep Mind.
Cet élan a également favorisé l'adoption d'un cadre législatif
Cet ancien site industriel, connu à l'époque pour ses rave-parties et sa prostitution, a vécu une mue radicale à partir de 2007
propice à l'innovation, juge Daniel Kim, de Synthesia. «Au lieu d'adopter une loi générique sur l'intelligence artificielle qui revient essentiellement à mettre des bâtons dans les roues de cette technologie, comme dans l'Union européenne, le Royaume-Uni a adopté une approche pragmatique, cherchant à combler les lacunes au moyen de mesures ciblées, comme celles destinées à lutter contre la création de deepfakes pornographiques», détaille-t-il.
Si Londres est donc devenu un pôle d'attraction en la matière, les sociétés d'IA restent nombreuses, une fois atteint un certain stade de croissance, à s'exiler aux Etats-Unis et à être cotées en Bourse au Nasdaq, pour lever des capitaux. «Le Royaume-Uni souffre d'un manque de financements, explique Diane Coyle, professeure de politiques publiques à l'université Cambridge et spécialiste du sujet. Il y a du capital-risque pour financer les levées de fonds initiales, mais pas pour soutenir la croissance des start-up sur le moyen terme. »
Le pays redouble donc d'efforts pour tenter de conserver ces jeunes pousses. Le fonds de capitalrisque Balderton, dont les bureaux occupent une ancienne écurie au look industriel dans le quartier de King's Cross, a lancé, dès 2021, deux fonds destinés aux start-up en phase de croissance, doté de 700 millions de dollars. « Nous comptons 120 sociétés dans notre portefeuille, dont des poids lourds comme Revolut, Wayve ou Cleo », souligne Bernard Liautaud, l'un des associés-gérants. Il assure qu'une entreprise peut accéder aux capitaux américains sans pour autant devoir s'exiler. « DeepMind et Mistral AI ont toutes deux fait le choix de rester en Europe », glisse-t-il.
Le mauvais état des infrastructures énergétiques du pays constitue un autre handicap. « Le pays manque cruellement de centres de données, note Keegan McBride. Même lorsqu'ils sont construits, le prix de l'énergie est l'un des plus élevés au monde, et obtenir un raccordement au réseau électrique entraîne de longs délais. » Cela peut prendre jusqu'à dix ans, selon l'opérateur du système énergétique national. Le pays dispose de 2 gigawatts (GW) de capacité, contre 31 GW pour les Etats-Unis, selon un rapport de mars de la fondation Green Software et une analyse de Goldman Sachs de mai.
L'écosystème britannique peut toutefois prospérer, « même sans puissance de calcul domestique, en l'important d'autres pays », juge Daniel Kim. Cursive AI se procure par exemple la quasi-totalité de sa puissance de calcul en France, explique Olivier Hénaff. La Finlande et la Roumanie sont d'autres sources possibles.
Comme Olivier Hénaff, nombreux sont ceux à souligner que l'écosystème britannique bénéficie en effet au continent dans son ensemble. « L'Europe doit parvenir à une autonomie stratégique en matière d'IA afin qu'aucune autre puissance ne puisse l'exclure des percées en matière de recherche, ni la contraindre à dépendre de grands modèles de langage étrangers », conclut Pascal Levensohn. ■ JULIE ZAUGG
Comment le travail s'adapte aux maladies graves ou de longue durée
Certaines entreprises se montrent peu conciliantes pour faire évoluer les postes
Cela a été « un long combat ». Après quatre ans de demandes répétées, Christelle (elle n'a pas souhaité donner son nom) a obtenu une mutation dans des locaux à proximité de son domicile. Elle a en outre pu bénéficier d'adaptations de son poste de travail – un bureau debout – et d'une plus grande souplesse pour se mettre en télétravail. Des évolutions nécessaires pour cette assistante sociale atteinte de plusieurs maladies inflammatoires chroniques, qui occasionnent de vives douleurs et perturbent son quotidien professionnel. Mais malgré ces « petites victoires », Christelle dit vivre dans « la peur ». « Je crains d'être licenciée pour inaptitude. Je multiplie les efforts pour démontrer mes capacités, mais je vois bien que mon absentéisme pose problème. C'était depuis plusieurs années un frein pour ma carrière, c'est désormais aussi une menace pour mon emploi. »
Comme elle, de nombreux salariés touchés par des maladies graves ou de longue durée déplorent aujourd'hui les difficultés rencontrées pour que leurs conditions de
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LES CHIFFRES
travail soient adaptées. Ils dénoncent, aussi, le «dialogue tendu» qui existe sur ce sujet avec la hiérarchie. «Certaines organisations sont peu conciliantes pour faire évoluer les postes, confirme une médecin du travail bordelaise. On comprend l'impossibilité pour de petites entreprises, comme des salons de coiffure, de proposer de nouvelles missions ou d'effectuer des reclassements. Mais pour d'autres, ce serait totalement envisageable. Or la volonté des services des ressources humaines fait défaut. » Elle met notamment en évidence un déficit de connaissances de certaines maladies.
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Beaucoup reste à faire
Autre frein : la question de la performance des collaborateurs malades, qui se pose en creux chez les manageurs. «Face à la crainte d'une productivité en baisse, certains préféreraient que l'inaptitude du salarié soit reconnue», assure la médecin du travail. Une appréhension renforcée par le fait que, lorsqu'un salarié touché par un cancer réintègre son poste, le collectif de travail «doit apprendre à évoluer dans l'incertitude, explique Nathalie Vallet-Renart, directrice générale de l'association Entreprise et cancer. Un travailleur en rémission reprend souvent avec moins de capacité et d'énergie et il a, de façon imprévisible, des jours avec et des jours sans».
Dans l'entreprise de services du numérique Alten, un poste de « référente en rétablissement en cancérologie » a été créé
organisations. « Nous sommes en particulier sortis du tabou du cancer », se réjouit-elle. D'autres pathologies, comme l'endométriose, ont d'ailleurs aussi gagné en visibilité, favorisant une meilleure prise en compte par les manageurs. Des initiatives nouvelles ont aussi été observées. En Occitanie par exemple, l'agence régionale de santé (ARS) a mis en place une expérimentation pour une meilleure prise en charge des cas de Covid long. « Nous avons notamment formé plusieurs centaines de médecins du travail, explique Jérôme Larché, médecin interniste et conseiller médical Covid long à l'ARS Occitanie. En découlent une meilleure compréhension de la maladie et une plus grande implication pour adapter le travail. » Dans les entreprises, Nathalie Vallet-Renart souligne par ailleurs l'émergence de dispositifs de pair-aidance, qui permettent à un salarié ayant une expérience de la maladie d'accompagner un travailleur touché par la même pathologie.
a suivi préalablement une formation (méthodes d'écoute active, connaissance des pathologies...), et se tient aujourd'hui aux côtés de 35 collaborateurs, à différents stades de leur maladie. « Nous leur proposons de garder un lien continu avec l'entreprise durant leur parcours de soins, même limité: participer à une réunion, venir boire un café. » Lors de leur retour, une réflexion est menée autour de leurs missions. « La maladie transforme souvent le rapport au travail et le sens que les salariés veulent y mettre. Nous organisons donc parfois des changements de poste à leur demande: des cadres ne souhaitent plus manager, d'autres désirent se tourner vers la formation pour transmettre... »
433 136
La question de la reprise est aussi un sujet de réflexion chez l'éditeur de logiciels GAC Software (160 salariés). « Lors du retour d'une salariée en rémission, après un cancer du sein, nous avons mis en place un suivi personnalisé, en l'interrogeant lors de points réguliers sur la façon dont elle vivait sa reprise », indique Robin Thomas, directeur du service client. Son rythme de travail a par ailleurs été réduit pour prendre en compte ses problèmes cognitifs.
C'est le nombre de nouveaux cas de cancer diagnostiqués, en 2023, en France (Institut national du cancer, 2026).
65%
C'est la part des femmes touchées par l'endométriose qui témoignent d'un impact négatif de la maladie sur leur quotidien professionnel (enquête Ipsos, 2020).
Comment cela se matérialise-t-il? Tout d'abord par une libération de la parole dans certaines
Les spécialistes de la santé au travail conviennent ainsi que beaucoup reste à faire dans de nombreuses entreprises. Ils invitent toutefois, dans le même temps, à observer la situation avec nuance. Parce que, comme le souligne la directrice d'Entreprise et cancer, « si des cas problématiques existent indéniablement, il y a aussi du "mieux" depuis dix ans ».
Certaines sociétés, souvent de grande taille, ont pour leur part décidé de structurer l'accompagnement proposé. C'est le cas dans l'entreprise de services du numérique Alten, où un poste de « référente en rétablissement en cancérologie » a été créé. Sa titulaire, Janique Deluppe-Raby,
Une autre salariée, aujourd'hui encore atteinte d'un cancer, a de son côté vu ses fonctions évoluer pour s'adapter à ses capacités et limiter le contact client. La question de l'impact sur la productivité de l'entreprise s'est-elle posée lors de ces adaptations ? « Ces salariées représentent pour nous des ressources précieuses avec une vraie expertise, explique Robin Thomas. Une entreprise pourrait décider de réembaucher de nouveaux salariés et les former. Mais le coût pour atteindre le niveau de compétences souhaité serait assurément important. »
FRANÇOIS DESNOYERS
CARNET DE BUREAU CHRONIQUE PAR JULES THOMAS
L'IA, grande absente du dialogue social
Le dialogue social constitue un levier essentiel pour anticiper les effets de l'IA, accompagner son déploiement dans les entreprises et les branches», écrivait fin septembre le ministère du travail dans la présentation de son plan Impulsion IA. Pourtant, il reste beaucoup de chemin à faire. Sur près de 378 000 accords d'entreprise publiés sur Legifrance depuis 2017, seuls 593 mentionnent l'intelligence artificielle (IA), ont recensé trois chercheurs du Centre d'études de l'emploi et du travail, dans un article publié en septembre. Si les accords portant spécifiquement sur l'IA sont plus nombreux depuis 2023, ils se concentrent sur l'emploi et la formation, et assez peu sur l'évolution du travail au quotidien.
Les préoccupations pour l'emploi représentent une « forme défensive » face à l'IA, « concentrée dans le secteur tertiaire, en particulier celui de la finance et des assurances », écrivent les auteurs. A la Maif, par exemple, l'accord inclut l'idée qu'il n'y aura pas de licenciements à cause de l'IA. « On voit que les premiers accords, notamment dans la banque, ont un ton un peu systématique, l'idée d'une fatalité inéluctable à laquelle il faut s'adapter. Le dialogue social serait là pour éviter que l'IA fasse trop de dégâts », commente Yann Ferguson, sociologue et directeur scientifique
LES ACCORDS
SE CONCENTRENT
ASSEZ PEU SUR
L'ÉVOLUTION
DU TRAVAIL
AU QUOTIDIEN du LaborIA, laboratoire de recherche-action qui s'intéresse à cette technologie au travail.
Nombreux sont aussi les «accords de méthode», qui fixent les conditions d'un dialogue social autour de l'IA. Le 15 septembre, par exemple, Malakoff Humanis a signé avec quatre organisations représentatives un accord «pour anticiper les transformations liées à l'IA, garantir l'employabilité des collaborateurs et renforcer la transparence du dialogue social autour de ces nouveaux usages et modalités de travail», organisant notamment un «comité de gouvernance des systèmes d'IA».
« Tout n'est pas dans les accords... Il y a beaucoup plus d'entreprises que cela qui s'interrogent. Signer un accord peut prendre deux ans, et beaucoup de directions essaient encore d'éviter le sujet », observe Odile Chagny, économiste à l'Institut de recherches économiques et sociales et coordinatrice du projet Dial-IA, qui accompagne les organisations syndicales sur ce dossier. « Les accords actent tous le fait (...) qu'il faut s'organiser, mais on ne sait pas toujours par quel bout prendre la question des impacts sur le travail. » Pour elle, inscrire la discussion sur l'IA dans le temps, notamment à travers une commission et un registre actualisé des systèmes d'IA, est une bonne piste. Rappelons que les employeurs ont l'obligation d'informer les représentants du personnel. Plusieurs d'entre eux, notamment dans l'assurance et la presse, ont d'ailleurs été contraints par la justice de suspendre certains systèmes d'IA, et une jurisprudence solide est en train d'émerger sur le sujet. A la RATP, la CFE-CGC a déposé une alarme sociale, le 30 septembre, pour forcer le lancement du dialogue. « L'IA est utilisée partout dans l'entreprise (...) et les syndicats ne sont pas consultés, illustre Fabien Renaud, son président. Nous demandons que ce soit cadré, sans passer par les tribunaux. »
AVIS D'EXPERT | DROIT SOCIAL
Le statut atypique des pompiers volontaires
Fixé», cet adjectif du jargon des combattants du feu, pourrait aussi s'appliquer au statut des sapeurs-pompiers volontaires, tel qu'interprété par une décision du Conseil d'Etat du 9 juillet 2026. Aux côtés des quelque 44303 sapeurs-pompiers professionnels (SPP) et 13377 militaires, près de 201000 sapeurs-pompiers volontaires (SPV) relèvent d'un statut très particulier. Engagé auprès d'un service départemental d'incendie et de secours (SDIS), un volontaire n'est ni salarié, ni fonctionnaire, ni bénévole au sens strict.
Son statut légal autonome est organisé par le livre VII, titre II du code de la sécurité intérieure, et par le règlement intérieur de chaque SDIS. Ces règles font essentiellement échapper le SPV au droit du travail. Elles ont été jugées, en 2024, dans l'indifférence quasi générale, contraires à la Charte sociale européenne sur plusieurs points : temps de travail, rémunération, emploi de mineurs de 16 à 18 ans.
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L'organisation actuelle sauvée
Des syndicats ont contesté des règlements intérieurs fixant parfois un plancher de mille heures et un plafond allant jusqu'à quatre mille trente-deux heures d'astreinte annuelles (en sus de l'emploi principal!), ainsi que des dispositions sur les vacations. Ils réclamaient de plus des règles garantissant la santé et la sécurité des volontaires. Devant les refus des SDIS, ils ont saisi les juridictions administratives en s'appuyant sur l'arrêt Matzak du 21 février 2018, par lequel la Cour de justice de l'Union européenne (UE) avait reconnu la qualité de travailleur à un volontaire belge. Comme le tribunal administratif de Strasbourg en septembre 2025, le Conseil d'Etat a appliqué en juillet les critères de la directive européenne 2003/88/CE sur le temps de travail. Les SPV exercent les mêmes missions que les professionnels, obéissent à leurs supérieurs sous un régime disciplinaire propre et perçoivent une indemnité horaire, même modeste (de 8,71 à 13,11 euros, selon le grade): la haute juridiction a donc admis, mais elle n'avait guère le choix, qu'ils sont bien des travailleurs.
Le Conseil d'Etat sauve pourtant l'organisation actuelle des SDIS : invoquant la dérogation prévue à l'article 22 du texte européen, il écarte néanmoins le plafond des quarante-huit heures hebdomadaires pour les volontaires. Ce sauvetage se fait aussi au prix d'interprétations courageuses : un « accord implicite » du volontaire pour dépasser cette durée est déduit de sa seule signature de la charte nationale du SPV, et du fait qu'il accepte des astreintes au regard de ses disponibilités déclarées, alors que le droit de l'UE impose pourtant un écrit individuel. La situation des volontaires mineurs est écartée, et l'écart d'indemnisation entre SPV et SPP validé, là où la jurisprudence belge post-arrêt Matzak a jugé qu'à missions identiques, la rémunération ne pouvait différer.
UN VOLONTAIRE
N'EST NI
SALARIÉ, NI
FONCTIONNAIRE,
NI BÉNÉVOLE
AU SENS STRICT
« Fixé » n'est pas « éteint ». Les débats sur les temps de garde des SPV – l'inspection générale de l'administration et celle de la sécurité civile ont proposé une limite à six cents heures par an et par volontaire –, leurs astreintes, leurs repos, « les professionnalisations de fait » dans les centres où le volume d'interventions impose une présence permanente, la revalorisation du volontariat ou la prévention de l'épuisement vont nécessairement se rallumer.
FRANCIS KESSLER
Francis Kessler est maître de conférences émérite à l'université Paris-I- Panthéon-Sorbonne.
LE CANCER DU SEIN ET LE TRAVAIL
Suzanne a travaillé comme infirmière dans un centre de lutte contre le cancer entre 1970 et 1989. Touchée elle-même par deux cancers (du sein et du côlon), elle prend conscience, des années plus tard, qu'une vingtaine de soignantes de l'établissement ont aussi été atteintes d'un cancer et qu'« une dizaine ont été confrontées à des interruptions involontaires de grossesse, des malformations fœtales ou à la perte d'un nouveau-né ». Au fil de ses recherches, elle comprend aussi toute « la dangerosité des substances cytostatiques utilisées au cours des chimiothérapies, de l'exposition aux rayonnements ionisants lors des radiothérapies, ainsi que du travail de nuit ».
A travers Ce que le travail fait aux femmes (Editions de l'Atelier), on plonge au cœur de l'épidémie de cancers du sein, comme le précise le sous-titre de l'ouvrage. Et l'on découvre avec sidération des femmes qui, comme Suzanne (morte depuis), établissent pas à pas un lien entre leur pathologie et leur travail. Les secteurs d'activité sont multiples : des agentes de sécurité, des hôtesses de l'air, des ouvrières, ont été touchées par un cancer du sein, en raison de conditions de travail dont elles ignoraient, la plupart du temps, les risques.
Nous confrontant à leurs histoires douloureuses, souvent vécues dans l'ombre, l'ouvrage mené par des auteurs d'horizons divers (chercheurs, assistantes de service social, militants syndicaux...) fait œuvre utile. Il met en lumière des facteurs professionnels qui « souffrent encore d'une très forte invisibilité et demeurent ainsi largement sous-estimés. Ils sont pourtant bien présents dans le monde du travail », poursuivent les auteurs, citant « le travail de nuit, les rayonnements ionisants et près de 200 produits chimiques ».
Surtout, les auteurs souhaitent, à travers leurs écrits, appeler au combat. Ils partent d'un constat : alors que le nombre de femmes touchées par un cancer du sein augmente en France (environ 61200 nouveaux cas en 2023), «des milliers de vies pourraient être sauvées (...) grâce à une prévention efficace des expositions professionnelles».
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Quelques victoires récentes
Il faut, dès lors, «faire savoir» et «mobiliser». Cela passe en premier lieu par la multiplication des demandes de reconnaissance en maladie professionnelle de cas de cancer du sein. Elles sont peu nombreuses, mais quelques victoires récentes devant les tribunaux pourraient faire boule de neige. Une hôtesse de l'air a obtenu pour la première fois cette reconnaissance, en juillet, un lien ayant été établi entre son cancer, le travail de nuit et l'exposition à des rayonnements ionisants, lors des vols. Au-delà, la multiplication des reconnaissances doit donner du poids à une autre mobilisation:
CE QUE LE TRAVAIL
FAIT AUX FEMMES
collectif, L'Atelier, 256 p., 24 €
celle pour l'intégration du cancer du sein dans les tableaux de maladies professionnelles français. « Ce qui faciliterait grandement le parcours des victimes puisqu'elles bénéficieraient alors du principe de présomption d'imputabilité de la maladie au travail », précise l'avocate Elisabeth Leroux, interviewée dans l'ouvrage.
Enfin, les auteurs appellent à la mise en place de mesures de prévention ciblées pour réduire les risques de cancer du sein : des protections renforcées pour les jeunes apprenties exposées à des substances à risque dans le secteur de la coiffure et des soins esthétiques, une remise à plat de l'organisation du travail de nuit... Des mesures qui devront s'accompagner d'un renforcement de la formation du corps médical à la question des maladies professionnelles, une «urgence absolue», assure l'ouvrage.
FRANÇOIS DESNOYERS
Un camp de réfugiés à Baidoa (Somalie), le 7 juin 2025. ALI EBUBEKIR TOKCAN/ANADOLU/AFP
En Somalie, la menace de la famine
Fuyant la sécheresse, les réfugiés ne cessent d'affluer dans les camps où se trouvent les organisations humanitaires, bannies par les Chabab, une milice djihadiste qui occupe aujourd'hui 30 % du pays
a petite ville de Buur Hakaba, bâtie autour de l'une des rares collines de la vaste plaine du sud-ouest de la Somalie, rappelle que ce pays n'a rien à envier à l'Egypte biblique en matière de plaies. On accède à cette cité, située à 180 kilomètres de la capitale, Mogadiscio, grâce aux avions des Nations unies car la route est barrée par les milices du mouvement islamiste chabab, qui a 30 % du territoire national sous son emprise. Buur Hakaba reste, pour l'heure, un ilot sous l'autorité du gouvernement fédéral mais la menace est proche, les islamistes sont à 15 kilomètres. La cité est aussi entourée de camps, où s'entassent des centaines de familles vivant sous des tentes rondes faites de tissus et de cordes de fortune. Fuyant la sécheresse et la faim, ces réfugiés de l'intérieur sont venus chercher de l'aide auprès des organisations humanitaires.
Assise devant sa cahute, au cœur du camp de Ballow, Sabarin Fidle, 25 ans, mère de cinq enfants, a le regard perdu dans le vide. Arrivée avant l'été, elle a retrouvé sa mère et des parents qui avaient quitté, avant elle, leur village de Biyooley, à 25 kilomètres de là. « On a décidé de venir après avoir perdu notre récolte et notre bétail, dit-elle. Mais, ici, on n'a ni éducation pour les enfants, ni toilettes, ni lumière. Dès qu'on s'éloigne le soir de notre camp, on risque de se faire violer, alors que dans le camp de Golooly, juste à-côté, ils ont quatre W.-C. et une petite école, tout ça parce qu'ils sont d'un clan dominant. » Ces populations naufragées se regroupent par clan, rappelant combien cette structure domine une société somalienne privée d'Etat viable depuis les années 1990.
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«REFUS DE TOUTE AIDE EXTÉRIEURE»
Quoi qu'il arrive, elle ne retournera pas dans son village situé dans une zone contrôlée par les Chabab. « Ici, nous avons un repas par jour, et dès que nous pourrons avoir un bout de terre, il n'y aura plus de problème », assure-t-elle, ajoutant qu'elle aurait pu rester à Biyooley si les ONG et les agences des Nations unies n'y étaient pas interdites de séjour par les milices islamistes. « Ils disent que les sacs de nourriture contiennent des caméras espions ou de quoi donner leurs positions GPS, ils ont peur des infiltrations. »
La guerre entre les islamistes et les forces fédérales, soutenues par la Turquie et les Etats-Unis, aggrave la crise alimentaire qui touche, selon les Nations unies, près de 7 millions de Somaliens déclarés en état de malnutrition sévère. Le patron du Programme alimentaire mondial pour la Somalie, Hameed Nuru, n'en fait pas mystère. « Il y a des zones dans le sud, le sud-ouest et le nord-est qui sont trop dangereuses, les gens ne reçoivent rien; entre les rivières Juba et Shabeelle, beaucoup d'endroits sont en accès limité, on ne peut y aller qu'en avion, l'hélicoptère est trop cher. On reste trente minutes et on redécolle, cela nous coûte de 9 000 à 10 000 dollars la tonne et demie [de 8 000 à 8 900 euros]. »
Les Chabab avaient déjà banni les ONG occidentales de leur territoire lors de la grande famine de 2011, les accusant d'être des « organisations chrétiennes aux agendas cachés ». En 2026, la milice islamiste qualifie toujours les alertes des Nations unies sur la faim de « propagande ». Selon le renseignement américain (le Centre national du contre-terrorisme), le blocage de l'aide par les Chabab, en 2011, avait causé la mort de dizaines de milliers de Somaliens. Pour leur part, les analystes de l'Union européenne soulignent que leurs motivations sont aussi financières. La mise en place de canaux de distribution autonomes de nourriture par le Programme alimentaire mondial et les ONG mettrait en danger les taxes imposées par les islamistes somaliens sur le commerce.
Pour atteindre ces populations privées de toute aide humanitaire, les Nations unies tentent de jouer des divergences au sein du mouvement chabab. Dans quelques zones du sud-ouest, des commandants locaux acceptent ainsi de laisser passer des convois. Nimo Hassan, directrice du Somali NGO Consortium, le principal organe de coordination des ONG en Somalie, explique que cela n'a été possible qu'après « un long travail de terrain pour construire la confiance avec ces commandants, en leur faisant comprendre que la famine nuit aussi à leurs intérêts ». Néanmoins, dit-elle, « ce type de navigation fine exige la pleine coopération des communautés et des ONG locales ». En clair, les structures internationales ont peu de chance de réussir seules.
Dans l'un des bâtiments consacré aux enfants en situation de malnutrition sévère du petit centre de santé de Buur Hakaba, soutenu
LA GUERRE ENTRE
LES ISLAMISTES
ET LES FORCES
FÉDÉRALES
AGGRAVE LA CRISE
ALIMENTAIRE
QUI TOUCHE
PRÈS DE 7 MILLIONS
DE SOMALIENS
par l'Unicef, une dizaine de femmes attendent, allongées aux côtés de leur bébé convalescent. Fadumo Sure a une histoire à part. Elle est la grand-mère de la petite Annap, qu'elle tient sur ses genoux. Chétive, le crâne surdimensionné, elle est âgée de 8 mois mais en paraît six de moins. Ses bras ont l'épaisseur d'un doigt d'adulte. « Elle va mieux, rassure le docteur Mohammed Omar, elle est arrivée il y a six jours et souffrait d'une malnutrition aiguë. On a des décès, mais quand les enfants arrivent jusqu'ici, ils sont normalement sauvés. »
Annap est une miraculée. Son jumeau et sa mère sont morts lors de l'accouchement dans le village familial de Waafdhay, à 20 kilomètres de Buur Hakaba, dans une région aux mains des Chabab. Elle a survécu grâce aux soins de sa grand-mère, qui a fini par faire le chemin jusqu'à centre de santé en voyant l'état de sa petite-fille. « Les Chabab refusent aussi toute aide extérieure pour la santé, explique Fadumo Sure, alors qu'ils ne gèrent rien et se contentent d'imposer leur terreur, mais ils nous laissent aller et venir. Quand Annap ira mieux, on retournera à Waafdhay. »
En ce début d'automne, le flux de déplacés a fini par dépasser les capacités d'accueil de Buur Hakaba. Résultat, l'épicentre de la crise humanitaire s'est déplacé vers la ville de Baidoa, à une heure et demie de route plus à l'ouest, où s'entassent désormais 700 000 réfugiés. Capitale administrative de l'Etat fédéral du Sud-Ouest, sa population initiale était de 420 000 personnes, ce qui en fait désormais la deuxième ville la plus habitée du pays. D'avion, on aperçoit, en bordure, les casernes des forces gouvernementales et les enceintes sécurisées des organisations humanitaires dont l'Unicef ou Médecin sans frontières, qui ont installé là leur poste régional.
Dans l'école primaire Mustaqbal, au cœur d'un quartier de Baidoa où se succèdent les camps de déplacés, les classes sont bondées de filles et de garçons. Beaucoup viennent de villages vivant sous la férule des Chabab. Assis sur le sol d'un préau, une cinquantaine de nouveaux élèves écoutent leur professeur. Parmi eux, Mohamad Abdirizak, 11 ans, dont le regard noir dégage une tension inquiétante. «Je suis en colère, c'est ainsi, je n'y peux rien, c'est dieu qui l'a voulu», lâche-t-il en évoquant sa misère. Nasteha Mokhtar, 13 ans, originaire d'Uffurow, dans la région de Bay, s'est habituée, elle, à la vie à Baidoa. «C'est la première fois que je vais dans une vraie école, chez moi il n'y avait que des écoles coraniques», dit-elle, dans un demi-sourire. Mais, alors qu'ils pensaient trouver un peu de répit à Baidoa, les déplacés sont confrontés à une autre violence qui oppose, depuis mars, des factions gouvernementales rivales. Les forces loyales à Abdiaziz Laftagareen, gouverneur déchu de l'Etat du Sud-Ouest, combattent celles du gouvernement fédéral du président somalien, Hassan Cheikh Mohamoud. Laftagareen a été destitué, en mars, par les armes, pour avoir dénoncé la réforme constitutionnelle ayant permis au chef de l'Etat fédéral de prolonger d'un an son mandat et celui du Parlement.
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«CHOISIR QUELLES VIES SAUVER»
Mohamed Hassan, le chef élu du campement où vit Nasteha Mokhtar, qui regroupe notamment des familles venues d'Uffurow, pensait, lui aussi, avoir trouvé la sécurité à Baidoa. « Ces affrontements entre membres du gouvernement et d'opposition nous affectent directement », dit-il. Les faubourgs de la capitale ne cessent, en effet, d'enfler de camps de déplacés. Celui de Canneyste, le long d'une route en terre, abrite 180 familles. Quelques arbres protègent du soleil qui darde. Au détour d'une allée, une petite fille ranime le feu sous une casserole. Dans un recoin, des mères et leurs filles, collées les unes aux autres, assises sur des paillasses, se reposent, en silence, le visage fermé. Pour que la parole se délie, il faut parvenir à s'isoler. C'est le cas avec Sahro Abdullahi, 34 ans, une mère de six enfants dont le mari a divorcé parce qu'elle ne lui « donnait que des filles ». Abandonnée, Sahro Abdullahi a quitté avec ses enfants son village, dans le sud-ouest, pour rejoindre son père et sa tante déjà installés dans le camp de Canneyste. Elle raconte sa vie d'avant : « En faisant paître nos animaux, on croisait parfois les hommes chabab qui voulaient imposer leurs principes religieux liés aux vêtements ou à l'éducation des enfants. La fois d'après, on changeait d'endroit, de peur qu'ils nous volent le bétail ou les récoltes. » Elle a trouvé la paix à Mogadiscio.
L'insécurité empêche même le pays de se protéger du « super El Niño » qui devrait accentuer la saison des pluies, d'octobre à décembre, avec de forts risques de glissements de terrain et d'inondations. « Il menace en priorité la Somalie, confirme Bethwel Mutai, chef météorologue à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, à Mogadiscio. Le problème, c'est que nous n'avons aucune donnée venant des territoires contrôlés par les Chabab. »
Pour George Conway, le représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies pour la Somalie, «la situation est grave». La brutale réduction de l'aide internationale en 2025, après la décision unilatérale du président américain Donald Trump, a entraîné une diminution de 30 % de la couverture des services de santé et de nutrition dans le pays. «On a dû se séparer de 700 employés des Nations unies et, faute de moyens, nous devons maintenant choisir quelles vies sauver. » Sandra Lattouf, représentante de l'Unicef en Somalie, s'alarme aussi. «Notre budget pour les programmes d'urgence est passé de 122 millions en 2023 à 38 millions de dollars en 2026, détaille-t-elle. On a dû fermer 230 structures consacrées aux enfants sur les 1200 existant dans le pays.» Les liens étroits entre sécurité et aide humanitaire trouvent toute leur expression dans le sort réservé aux 65 centres de réintégration d'enfants soldats issus des rangs des Chabab soutenus par l'Unicef. En 2026, ils ont tous fermé après les coupures de l'aide. Ainsi, Fartuun Adan, directrice du Centre Elman pour la paix et les droits humains, basé à Mogadiscio, ne prend plus de jeunes ayant pu fuir les rangs des Chabab.
En ce début du mois d'octobre, c'est la sécurité des 700 000 déplacés de Baidoa qui fait l'objet des plus vives inquiétudes. Le 28 septembre, de violents combats ont, de nouveau, éclaté entre les forces fidèles à l'ancien président de l'Etat du Sud-Ouest, Abdiasis Laftagareen, et les soldats de l'armée nationale somalienne aux ordres du président somalien. Le gouvernement fédéral a suspendu toutes les liaisons aériennes des Nations unies avec Mogadiscio à cause des affrontements, coupant l'approvisionnement alimentaire.
JACQUES FOLLOROU
Cheikh Hamidou Kane
Ecrivain et homme d'Etat sénégalais
A Dakar, en 2004. DJIBRIL SY/PANAPRESS/MAXPPP
Cheikh Hamidou Kane était de ces figures tutélaires dont l'histoire se confond avec celle d'un pays. Infatigable, l'auteur sénégalais était mû par une soif de culture, et ce jusqu'à un âge canonique. En avril 2018, quelques jours après son 90 $^{e}$ anniversaire, ce fervent musulman continuait à se projeter. Il confiait au Monde son dernier projet en cours : l'écriture d'un film d'animation consacré à Soundjata Keïta (1190-1255), fondateur de l'empire mandingue. Les Sénégalais ont également cru à l'immuabilité de sa présence tant sa voix a compté dans le récit de leur passé. Acteur et témoin de l'histoire contemporaine du Sénégal – de la colonisation à l'Etat moderne –, Cheikh Hamidou Kane incarnait à lui seul une partie de cette mémoire. Il est mort le 3 octobre à Dakar, à l'âge de 98 ans.
Né à Matam (nord du Sénégal) le 2 avril 1928, Cheikh Hamidou Kane fut un écrivain majeur et un homme d'Etat de premier plan du Sénégal indépendant. Sa renommée est surtout associée au roman L'Aventure ambiguë, récit philosophique classé au patrimoine littéraire de l'Afrique. Un ouvrage transgénérationnel étudié depuis les années 1960 dans de nombreux lycées, collèges et universités à travers le continent et traduit dans 40 langues.
Paru en 1961 aux éditions Julliard/Présence africaine, un an après la vague d'indépendances africaines, l'ouvrage saisit magistralement les doutes et la désorientation identitaire des nations naissantes. A travers le personnage de Samba Diallo, son double littéraire, Cheikh Hamidou Kane pose un débat central sur l'altérité.
Issu comme lui d'une famille de notables peuls et musulmans du nord du Sénégal, Samba Diallo incarne le dilemme moral des familles puissantes de l'époque. Faut-il céder aux injonctions des colons français et envoyer ses enfants à l'école des Blancs, ou limiter autant que possible tout contact avec la culture du dominant? A l'issue d'un conseil des anciens, la décision d'envoyer le jeune Samba Diallo étudier chez les nouveaux maîtres s'impose.
Parmi les sages, la Grande Royale, archétype de la femme puissante à l'élégance morale frappante, est convaincue que la scolarisation permettra aux enfants de comprendre comment les Français « ont pu vaincre sans avoir raison ». « Ce qu'ils apprendront vaut ce qu'ils oublieront », finit-elle par trancher. Samba Diallo entame alors un long périple qui le mènera sur les bancs de la Sorbonne. Un voyage existentiel dont il ne sortira pas indemne.
Cheikh Hamidou Kane a su capturer, avec finesse et empathie, la fin du monde qui l'a vu naître et le surgissement d'une nouvelle ère aussi prometteuse qu'incertaine. «Avec L'Aventure ambiguë, il a donné à des générations d'Africains les mots pour penser une question qui nous habite encore, celle de s'ouvrir au savoir du monde sans rien perdre de ce que nous sommes», a ainsi salué, sur X, le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye.
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L'école « des Blancs »
«J'ai relu ce livre à plusieurs stades de ma vie et il m'a profondément marqué à chaque fois», réagit quant à lui, auprès du Monde, l'écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr. L'auteur de La Plus Secrète Mémoire des hommes (Philippe Rey/Jimsaan), prix Goncourt 2021, reconnaît qu'« il y avait quelque chose de L'Aventure ambiguë » dans son roman primé. « Alors que dans les années 1960 la plupart des fictions africaines étaient politiques, Cheikh Hamidou Kane nous a offert un récit sur la recherche du divin comme quête absolue, estime Mohamed Mbougar Sarr. Il aborde la question de la transcendance avec une force intemporelle. »
Comme son héros, Cheikh Hamidou Kane a connu l'école « des Blancs », dite « école des otages » de Saint-Louis. Destiné aux fils de notables, cet établissement permettait au colonisateur de former une élite africaine imprégnée des valeurs françaises. Après un passage à l'université de Dakar, où il anime la vie associative étudiante, il se rend en France pour poursuivre des études en droit et en philosophie, et déjoue l'assignation sociale en refusant le statut de subalterne que lui réservait l'administration coloniale. « Nous étions programmés pour devenir des auxiliaires, pas au-delà ! », s'in-dignait-il encore, en 2018.
En 1952, inscrit en prépa au ly- cée Louis-Le-Grand à Paris grâce
1978-1988 Ministre du développement industriel et de l'artisanat puis ministre du plan et de la coopération
1995 Publie « Les Gardiens du Temple » (Stock)
3 OCTOBRE 2026 Mort à Dakar
à l'aide financière du gouverneur du Sénégal, un Antillais, l'enfant du Fouta bascule au cœur du chaudron du Quartier latin des années 1950 où des étudiants noirs, hommes et femmes, africains et caribéens, pensent la future Afrique libérée. Dans ce bouillonnement d'idées et de lignes politiques multiples, Cheikh Hamidou Kane milite au sein de la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France. Il se rapproche de l'historien sénégalais Cheikh Anta Diop, mais surtout du Voltaïque Joseph Ki-Zerbo, également historien, avec qui il défend les idéaux du socialisme africain.
Cheikh Hamidou Kane observe le mouvement de la négritude, popularisé par le Martiniquais Aimé Césaire et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, avec une certaine distance. « J'adhérais à la révolte qu'ils exprimaient. Cependant, j'étais moins convaincu par la position de Senghor, moins radicale dans la dénonciation du mépris de l'homme blanc pour les Noirs », justifiait-il. Double licencié en droit et en philosophie à la Sorbonne, l'étudiant musulman se délecte des écrits sur l'existentialisme de Jean-Paul Sartre et restera marqué par la pensée chrétienne de Paul Ricœur. De ce long séjour universitaire, il gardera une haute idée de la pensée occidentale, ouverte sur le monde, loin du racisme vécu lorsqu'il étudiait auprès des colons français au Sénégal.
En 1959, tout juste diplômé de l'Ecole nationale de la France d'outre-mer, Cheikh Hamidou Kane rentre au Sénégal, qui se prépare à accéder à l'indépendance. Il délaisse les lettres pour s'investir dans la construction de l'Etat sénégalais. D'abord gouverneur de Thiès, dans l'ouest du pays (1960-1961), il a été plusieurs fois ministre du plan et de la coopération entre les années 1960 et les années 1980, d'abord sous Senghor puis sous son successeur, Abdou Diouf.
Il s'écarte du premier en démissionnant pour protester contre l'arrestation et la condamnation de l'ancien président du Conseil,
Mamadou Dia, accusé de coup d'Etat en 1962. Directeur de l'Unicef pour l'Afrique occidentale et centrale, de 1967 à 1974 à Abidjan (Côte d'Ivoire), il reprend le chemin de la politique à son retour, retrouvant plusieurs fois le poste de ministre du plan, du développement industriel et de l'artisanat de 1978 à 1988.
En 1995, trente-quatre ans après L'Aventure ambiguë, Cheikh Hamidou Kane publie son second et dernier ouvrage, Les Gardiens du temple (Stock). Lui qui a toujours plaidé pour un fédéralisme ouest-africain y aborde les impasses et désillusions des nouvelles nations indépendantes. «Les jeunes doivent se battre pour créer au sud du Sahara un espace géopolitique et économique autonome. Sinon, quel poids peut avoir le continent dans l'économie mondiale s'il est divisé, morcelé?», s'émouvait-il. Une question qui résonne singulièrement à l'heure où la course pour les richesses du continent reste d'une actualité brûlante.
COUMBA KANE
Louis Erlo
Metteur en scène et ancien directeur de l'Opéra de Lyon
Artisan d'un renouveau à portée historique dans ses activités de metteur en scène d'opéras comme dans celles de responsable d'institutions lyriques, Louis Erlo est mort le 2 octobre à Olmeto (Corse-du-Sud), à l'âge de 97 ans. Deux jours avant que l'Opéra de Lyon, maison qui fut la sienne à divers titres pendant près d'un demi-siècle, n'ouvre sa saison avec une nouvelle production de L'Amour des trois oranges, de Sergueï Prokofiev, une œuvre qui, en 1989, avait constitué une balise importante de son parcours rhodanien. Richard Brunel, l'actuel directeur de l'Opéra de Lyon, ne pouvait donc manquer de rendre hommage à son prédécesseur et de saluer notamment, dans un communiqué publié le 4 octobre, « son souci de construire un théâtre complet ».
Louis Camerlo naît à Lyon le 26 avril 1929 dans une famille dont une branche est d'ascendance vénitienne. Bien que mis au piano par sa mère, l'enfant entrevoit surtout le rayonnement de la musique par le biais d'un oncle, Paul Camerlo, qui répète à la maison ses rôles de chanteur d'opérette. Un peu plus tard, le collégien passe deux nuits par semaine à écouter, en cachette dans le salon, les opéras diffusés par la radio italienne. Les œuvres phares de Verdi et de Puccini l'attirent autant que le théâtre, dont il suit, adolescent, l'exploration audacieuse par Roger Planchon sur des tréteaux universitaires.
Deux obligations se présentent bientôt à lui. Obtenir son bac technique d'électricien, au lycée La Martinière, à Lyon, et effectuer son service militaire, au Maroc. Ces deux formalités remplies, le jeune homme est engagé à l'Opéra de Lyon en 1950 par son oncle, qui en a été nommé directeur un an plus tôt. Paul Camerlo lui confie la charge de troisième régisseur, qui consiste à assister le metteur en scène et, bientôt, à le remplacer quand il tombe malade. Et à prendre alors quelques initiatives, pour masquer, par exemple, l'incontournable – quoique ridicule – cygne à roulettes du Lohengrin de Richard Wagner. L'électricien, qui a suivi les Beaux-Arts en dilettante, trouve ainsi sa voie, sinon son style. Notamment se servir des éclairages pour réduire l'impact de décors et d'accessoires jugés envahissants.
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Entre Lyon et Bayreuth
Louis Erlo (nom d'artiste qu'il s'est choisi en raccourcissant son patronyme) ne se reconnaît qu'un seul maître : Otto Ackermann. Un chef d'orchestre, pas un metteur en scène, qui lui apprend à percevoir dans la musique les orientations principales de la dramaturgie. Si une production de Don Giovanni, de Mozart, montée au milieu des années 1950, témoigne de cette collaboration, les préceptes d'Otto Ackermann détermineront tout ce qu'entreprendra Louis Erlo par la suite, en particulier dans les œuvres de Wagner (Parsifal, en 1958, dirigé par André Cluytens), qui vaudront à Lyon d'être qualifié de «Bayreuth français» par Wieland Wagner, le petit-fils du compositeur, dont les mises en scène ont fait date. Cette parenté d'esprit est rappelée par Le Monde en 1965, à l'occasion d'une production d'Iphigénie en Tauride, de Gluck, qui, écrit le journal, «marque l'entrée à l'Opéra du premier metteur en scène lyrique français qui ait réellement assimilé la révolution due à Wieland Wagner».
En 1969, Louis Erlo devient directeur de l'Opéra de Lyon. Il y con-
26 AVRIL 1929 Naissance à Lyon
1950 Entre à l'Opéra de Lyon comme régisseur
1969-1995 Directeur de l'Opéra de Lyon
1973-1979 Directeur de l'Opéra-Studio de Paris
1982-1996 Dirige le Festival d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône)
2 OCTOBRE 2026 Mort à Olmeto (Corse-du-Sud)
duira jusqu'en 1995 une action de fond, sur le répertoire, l'orchestre et même les locaux (inauguration d'un nouveau bâtiment, en 1993, conçu par l'architecte Jean Nouvel), en binôme, à partir de 1980, avec Jean-Pierre Brossmann. Parallèlement au mandat honoré à Lyon, Louis Erlo prend les rênes, en 1982, du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône.
Amorcée avec éclat par l'exhumation de la dernière tragédie lyrique, Les Boréades, de Jean-Philippe Rameau (mise en scène de Jean-Louis Martinoty, direction de John Eliot Gardiner) et animée avec passion jusqu'à 1996 en dépit de difficultés financières, l'«ère Erlo» de la manifestation estivale fut aussi marquée par des créations de musique contemporaine, à l'instar de La Tour de Babel (1986), de Georges Aperghis. Enfin, celui qui pouvait se targuer d'avoir découvert le baryton Jean-Philippe Lafont ou la soprano Natalie Dessay, avait accompagné de jeunes chanteurs, entre 1973 et 1979, dans le cadre de l'Opéra-Studio de Paris.
PIERRE GERVASONI
Alain Françon ou le démon de la parole
Dans « La Folle Journée ou le Mariage de Figaro », le metteur en scène organise une chorégraphie virevoltante
Micha Lescot et Vincent Dedienne, dans « La Folle Journée ou le Mariage de Figaro », à Paris, le 24 septembre. JEAN-LOUIS FERNANDEZ/THÉÂTRE DE LA PORTE-SAINT-MARTIN
THÉÂTRE
La Folle Journée explique donc comment, dans un temps prospère, sous un roi juste et des ministres modérés, l'écrivain peut tonner sur les oppresseurs, sans craindre de blesser personne. C'est pendant le règne d'un bon prince qu'on écrit sans danger l'histoire des méchants rois; et plus le gouvernement est sage, est éclairé, moins la liberté de dire est en presse. » Dans une préface au vitriol, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799) démine les critiques de ses contemporains.
L'auteur de La Folle Journée ou le Mariage de Figaro en a soupé de la censure. Après avoir dû remanier Le Barbier de Séville, il lui a fallu patienter six ans avant de voir son Mariage de Figaro enfin mis en scène en 1784. Les raisons de cette attente? Le veto du roi Louis XVI, contrarié par l'insolence de la pièce, qui tance les puissants d'un cinglant: « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur » (acte V, scène III).
Au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, ce dernier acte se déroule dans la pénombre. Alain Françon, metteur en scène de cette comédie en prose, abandonne la légèreté qui rythmait les quatre premiers actes. Il n'opère qu'une concession à la farce – elle est dans le texte de Beaumarchais : la chanson collective de protagonistes soulagés de voir les choses rentrer dans l'ordre.
Partie de dupes
Figaro le valet (Vincent Dedienne) épousera bien sa Suzanne (Ana Blagojevic) que convoitait le comte Almaviva (Micha Lescot) pourtant marié à Rosine (Alix Poisson), épouse aimante et magnanime. Le happy end conclut une Folle Journée épique et virevoltante ; un chœur en canon des acteurs (une séquence mal ficelée et de trop) achève deux heures et quinze minutes d'une représentation qui a propulsé sur la scène une quinzaine de personnages, des intrigues vaudevillesques, des débats stylistiques, des luttes de classes sociales, des solidarités féminines, des éveils érotiques. Et même un parfum d'inceste – Marceline (Noémie Lvovsky) comprenant in extremis que le bébé qui lui a été volé lorsqu'elle était plus jeune est ce fringant Figaro qu'elle veut aujourd'hui épouser.
Une manigance chasse donc l'autre sur un plateau très vertical où les décors, de hauts panneaux peints, montent et descendent des cintres entre chaque entracte. Chambre de la comtesse, salle de tribunal ou bien encore forêt de marronniers: Jacques Gabel, le scénographe, crée des espaces en trompe-l'œil pour un théâtre de la mystification. Une même obsession anime démocratiquement tous les personnages : comment leurrer son voisin, son maître, son époux, sa maîtresse, son jardinier, son oncle ou son créancier.
Le chef d'orchestre de cette partie de dupes est Figaro, esprit roué et figure rusée à laquelle Vincent Dedienne prête sa malice et sa vivacité. Mais ce rôle, même s'il est le creuset de la virtuosité dialectique de Beaumarchais, ne dit pas, à lui seul, la philosophie d'un spectacle où la parole, comme affolée par elle-même, par son pouvoir de nuisance et de séduction, saute de corps en corps à vitesse accélérée. Le tour de force de la troupe est de rendre limpide la langue de Beaumarchais. Sa faiblesse, au moment où nous avons vu la représentation, d'être encore sous la cloche d'une profération qui freine leur fantaisie.
Alain Françon, à sa manière classique et rigoureuse, tient tête à la rhétorique de Beaumarchais. Il organise le ballet des répliques en ajustant les tournoiements du verbe à l'agitation des présences. Une chorégraphie visuelle et sonore dont surgissent des éclats de tension. C'est ce qui se passe lors-
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Il serait réducteur de qualifier ce spectacle exigeant de plaidoyer politique
que Noémie Lvovski, dans le rôle de Marceline, se fait, en plongeant ses yeux dans ceux du public, la porte-parole d'une condition féminine réclamant plus de considération; lorsque Vincent Dedienne raconte son errance d'autodidacte ambitieux, mais brimé par les riches; lorsque Micha Lescot, fabuleux comte Almaviva, rebondit de l'arrogance à l'humiliation (et inversement), ses prérogatives et sa place de maître étant sans cesse contestées.
Il reste qu'il serait réducteur de qualifier ce spectacle exigeant de plaidoyer politique pour l'émancipation des femmes ou des classes populaires. Si ces perspectives, soutenues par l'auteur lui-même, sont bien restituées par la mise en scène, elles n'en sont pas le carburant. En revanche, ce qui bouillonne de façon prononcée, c'est l'instabilité d'un monde qui repose surtout sur le vent de cette parole prise, perdue, volée, envolée, reconquise, disparue. Une parole volatile, versatile, insaisissable, qui fait pourtant la pluie et le beau temps.
En ce sens, la judicieuse représentation d'Alain Françon est fidèle à l'analyse de Beaumarchais lorsque, dans sa préface, il fait le point sur La Folle Journée ou le Mariage de Figaro : « Son grand défaut est que je ne l'ai point faite en observant le monde ; qu'elle ne peint rien de ce qui existe, et ne rappelle jamais l'image de la société où l'on vit ; que ses mœurs, basses et corrompues, n'ont pas même le mérite d'être vraies. »
JOËLLE GAYOT
La Folle Journée ou le Mariage de Figaro, de Beaumarchais. Mise en scène : Alain Françon. Avec Vincent Dedienne, Micha Lescot, Noémie Lvovsky. Théâtre de la Porte-Saint-Martin, Paris 10 $^{e}$ . Jusqu'au 31 décembre.
A Montfort-l'Amaury, les Journées Ravel s'offrent un « escape game »
Un circuit à la carte, baptisé « Les Prom's », a permis au public de sillonner la ville des Yvelines pour lancer la 30 $^{e}$ édition du festival
FESTIVAL
Organisées dans les Yvelines à Montfort-l'Amaury et ses environs, pendant trois week-ends, les Journées Ravel confient traditionnellement leur lever de rideau à de jeunes interprètes dans le cadre d'un circuit à la carte, baptisé « Les Prom's », qui invite le public à sillonner la ville où l'auteur du Boléro a passé les seize dernières années de sa vie. Trois programmes différents, interprétés par les mêmes musiciens trois fois de suite dans un même salon privé, ont ainsi été donnés, samedi 3 octobre, frappant les trois coups de la 30 édition de ce festival, qui se déroule jusqu'au dimanche 18 octobre.
Comment choisir l'ordre des concerts? En fonction de leur emplacement ou de leur contenu? Nous avons opté pour une montée en nombre de l'effectif instrumental: solo, duo puis sextuor.
Voisine de l'église, la Maison des poulies accueille un récital du pianiste Antonin Bonnet. La première séance, à 15 heures, fait quasi salle comble. Le musicien de 25 ans s'assied au piano sous le regard d'une aristocrate statufiée du XVIIIe siècle. Si la dame porte perruque, le pianiste n'a en rien un jeu «poudré» dans la première pièce du programme, signée François Couperin et intitulée La Couperin. Les ornements sont distillés avec un raffinement baroque, mais les harmonies sont déployées avec un goût du timbre propre au XXe siècle, qu'un certain Ravel a justement arboré dans son Tombeau de Couperin.
Toutefois, Antonin Bonnet ne relie pas immédiatement les deux compositeurs et « fait un détour » par Frédéric Chopin et son insaisissable Ballade n° 4 dont il livre une interprétation d'anthologie. Prélude candide, valse tourmentée, étude mâtinée de mazurka, tout ce qui fait la marque du Polonais est ici transcendé par une vision d'ensemble hautement poétique. La poésie d'Aloysius Bertrand est à l'origine du triptyque de Maurice Ravel – Gaspard de la nuit (1909) – qu'Antonin Bonnet aborde ensuite. Là encore, sa capacité à se situer au-delà de la suggestion immédiate fait merveille, par exemple lors de la lanciance quasi abstraite du Gibet.
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Esprit enclin aux énigmes
Bien remplie, l'heure dévolue au solo de piano laisse peu de temps pour gagner le deuxième rendez-vous des Prom's. Mais l'hôtel Pétau-de-Maulette est à deux pas. Cette fois, le cahier des charges de la carte blanche est parfaitement respecté. Trente-cinq minutes de musique, seulement, pour permettre de rallier sans courir le lieu suivant.
Antonin Bonnet avait commenté son programme. Maria Soler Vidal (mezzo-soprano encore en formation au Conservatoire de Paris) et Narumi Iwase (pianiste japonaise bien lancée dans l'accompagnement de chant) ne le font pas. Leur programme coule de source... populaire. Siete canciones populares espanolas (1915), de Manuel de Falla, trois extraits des Cinco canciones negras (1945-1946), de Xavier Montsalvatge, et quatre Chants populaires (1910), de Maurice Ravel. Très sobre, la jeune Andorrane séduit surtout dans les pages intimistes du premier cycle (Asturiana, Nana).
Chemin faisant vers le troisième et dernier concert de l'après-midi, l'on se dit que ces Prom's ont des allures d'escape game. Soixante minutes maximales dans un lieu, un parcours musical sous l'égide de Ravel mais pas toujours... De quoi titiller notre esprit enclin aux énigmes. Justement, pas de Ravel au programme de L'Entrevue, donné dans la Maison du hêtre, mais du Bach qui n'en est pas forcément (une Sonate en trio dorénavant attribuée à Johann Gottlieb Goldberg), du Couperin et du Rameau quasiment « obligés » (la fondatrice de l'ensemble, Sibylle Roth, est une claveciniste de 22 ans) et une rareté, créée il y a cent ans : le Concerto pour clavecin et cinq instruments, de Manuel de Falla.
Une partition d'une incroyable modernité qui débute par un mouvement truffé de clins d'œil à Igor Stravinski et s'achève par des tours de passe-passe dignes de Darius Milhaud. Le mouvement central? « Un miracle », au dire de Maurice Ravel. Il est miraculeux que cette entreprise de démolition de la tradition ne s'effondre pas. Voilà une énigme levée. Une autre se présente naturellement à la fin du concert. Fondé, à l'automne, pour interpréter cette œuvre à l'effectif inhabituel, l'ensemble L'Entrevue l'a-t-il donnée aujourd'hui plus de fois que depuis son origine? « Oui, trois fois plus », répond Sibylle Roth en souriant.
Le festival, dirigé par le clarinet-tiste Rémi Lerner, n'aurait pas accompli sa mission de passerelle entre les jeunes musiciens et le public si Les Prom's s'arrêtaient là. Tout le monde est donc convié à un échange autour d'un verre à l'Espace Mère Teresa. On se perd dans une rue adjacente, et on se renseigne auprès d'un bon samaritain qui nous indique l'endroit où se tient «l'apéro» en pensant que l'actualité musicale est motivée par Charles Aznavour. Le chanteur, inhumé à Mont-fort-l'Amaury, aimait-il Maurice Ravel? Voilà une énigme à laquelle nous ne saurions répondre.
PIERRE GERVASONI
Les Journées Ravel, 30 $^{e}$ édition à Montfort-l'Amaury (Yvelines) et environs. Jusqu'au 18 octobre
Lakecia Benjamin, le be-bop en mouvement
Polyvalente, la musicienne new-yorkaise, en tournée française jusqu'au 16 octobre, impose son ton
MUSIQUE
C' est dû à mon jeu au saxophone autant qu'à mes talents pour la négocia-
tion», répond sans fausse modestie et avec malice la musicienne new-yorkaise Lakecia Benjamin quand on l'interroge sur les invités prestigieux qui émaillent sa discographie. Qu'on en juge: Phoenix (2023), album nominé par trois fois aux Grammy Awards et celui de sa renaissance après un accident de voiture lui ayant brisé mâchoire et côtes, affichait à son générique la chanteuse Dianne Reeves, le géant soufflant Wayne Shorter (1933-2023) et l'icône du Black Power Angela Davis.
Le successeur, We Dream, paru début juin et joué à partir du 8 octobre dans six communes françaises, a d'emblée belle allure, puisqu'on la retrouve cette fois en compagnie de Terence Blanchard: après First Light, introduction qu'elle déclame en « spoken word », Lakecia Benjamin embouche son alto pour s'inscrire avec le trompettiste louisianais dans le sillage de la révolution coltranienne.
A l'approche de ses 40 ans, l'instrumentiste aura gagné de haute lutte sa place de leader, après être longtemps restée dans l'ombre des stars qu'elle a pu accompagner en tournée – la rappeuse Missy Elliott, la chanteuse de R'n'B Alicia Keys ou Stevie Wonder, rencontré en 2009 lors du bal d'investiture du président des Etats-Unis, Barack Obama. «Mon niveau en sax commençait à baisser, car je ne pouvais jouer que des solos limités à deux minutes, confie-t-elle sans langue de bois. Je ne m'étais pas lancée dans la musique pour ne plus apprendre, et là, je ne repoussais plus mes limites. Alors que j'accompagnais Gregory Porter, je me suis dit qu'il fallait que je cesse d'être sidewoman. Sans être sûre que le public allait être intéressé par ma musique. »
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Merengue et bachata
Cinq albums studio plus tard, Lakecia Benjamin peut être rassurée. Dans les locaux parisiens de son distributeur français, celle qui ne recule pas devant les dorures et les semelles compensées à la scène a opté pour une décontraction classique – tee-shirt, jean, baskets. Elle se montre volubile alors que son style privilégie le phrasé et la retenue à l'abondance du discours.
Respectueuse de la tradition et des grands maîtres, elle n'entend
L'instrumentiste aura gagné de haute lutte sa place de leader, après être longtemps restée dans l'ombre des stars
pas pour autant figer l'héritage de ce be-bop dont elle reprend les fondamentaux (sax, trompette, piano, section rythmique) en l'appariant au funk et au hip-hop. Ou à ces sons latinos qui ont rythmé son enfance, comme le rappellent My Only (avec la trompette de Sean Jones) et le percussif et bien nommé Mi Gente (avec celle de Chief Xian aTunde Adjuah).
Fille d'une aide à domicile (« une nounou pour adultes ») plutôt tournée vers la parole du rap, Lakecia Benjamin a en effet grandi dans le quartier à dominante dominicaine de Washington Heights, une « petite Saint-Domingue » dans le nord de Manhattan. Pour une future musicienne, c'est un avantage: merengue et bachata n'ont aucun secret pour elle, « ce sont même les seules musiques que j'ai jouées pendant les trois premières années de mon parcours musical », précise-t-elle.
Après avoir commencé par la flûte à bec à l'école primaire, la gamine a eu un coup de foudre sans compromis pour un autre instrument fixé au mur de la salle de musique. « J'ai vu ce saxophone que l'on pouvait emmener chez soi pour l'essayer. Il me le fallait à tout prix. Sauf qu'une autre fille l'avait déjà réservé. Elle y a renoncé en échange de quatre cookies. Quand j'ai informé le prof de la transaction, il n'en croyait pas ses yeux. »
Comme on dit à cet âge, la petite est « déter ». Et tant pis si sa mère « ne voulait pas entendre parler » de cet instrument. Le même prof saura la convaincre, « sans lui cacher que ce serait une souffrance pour ses oreilles pendant un bon moment ». A 12 ans, Lakecia Benjamin peut mesurer les progrès accomplis : elle s'illustre dans le quartier, à l'occasion de fêtes de voisinage ou de parades. Deux ans plus tard, elle prend son autonomie en quittant le domicile familial.
Pour la scolarité et l'égalité des chances, Washington Heights est beaucoup moins charmant. Le crack y a fait des ravages, et le lycée George-Washington, auquel l'adolescente est rattachée, pâtit d'une épouvantable réputation avec des faits de violence répétés : «Ma mère y était allée et voulait absolument que j'y échappe. Pour cela, il fallait soit être riche, soit suivre un enseignement dans un établissement spécialisé. C'est ainsi que j'ai appris à jouer du jazz sans même savoir ce que c'était. »
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Soif d'apprendre
Lors de son audition à l'école La-Guardia (établissement artistique qui a servi de modèle pour le scénario du film Fame, d'Alan Parker, sorti en 1980), la candidate tombe sur le tubiste Bob Stewart, pas tout à fait n'importe qui puisqu'il a joué – entre autres – avec le contrebassiste Charles Mingus et le trompettiste Wynton Marsalis. Les notes sont les bonnes, constate-t-il, mais pas la manière, strictement latina. « Sais-tu ce qu'est le jazz? », entend-elle alors, rouge de confusion.
Son enthousiasme et sa soif d'apprendre emportent néanmoins la décision. Elle repart avec une admission et une liste de cinq albums à écouter pour son initiation. Tombe aussitôt sous le charme du Concerto for Cootie (1940), de Duke Ellington, grâce à « son sens de l'harmonie ». « Dans le lot, Mingus m'apparais-
Respectueuse de la tradition, elle n'entend pas pour autant figer l'héritage de ce be-bop dont elle reprend les fondamentaux
sait comme le plus libre, complète-t-elle. J'ai commencé à comprendre qu'il y avait une vie en dehors du big band et qu'on pouvait jouer à quatre ou cinq. J'ai aussi prêté attention à Kenny Garrett [saxophone], dont le style me semblait plus moderne en tirant vers le funk. »
L'enfant du barrio intègre le club en fréquentant les grands. Peu avant sa mort, elle trouve une place dans l'orchestre de Clark Terry (1920-2015), trompettiste qui a joué dans ceux de Count Basie et de Duke Ellington.
Lorsqu'elle se présente peu après à la prestigieuse New School University, elle a droit au contrebassiste Reggie Workman, compagnon de John Coltrane et d'Art Blakey. «J'ai pensé que j'allais échouer; il m'a rassurée et prise sous son aile.»
Elle trouvera un deuxième mentor avec le saxophoniste Gary Bartz, qu'elle aura harcelé jusqu'à ce qu'il vienne enseigner dans son école. « C'était le seul moyen pour moi de l'avoir, pour des raisons financières. Un de mes professeurs m'avait fait écouter des enregistrements de Gary. J'ai aussitôt réagi en affirmant que je trouverais ce type pour recevoir son instruction. » L'intéressé lui ayant raccroché au nez, elle le poursuit à la sortie d'un concert new-yorkais. Le musicien a fini par céder, intrigué par cette « dingue ».
«Je commence toujours mes albums en rappelant d'où je viens et j'essaie toujours de les refermer en indiquant une direction», théorise Lakecia Benjamin. Les racines, ce sont donc les Coltrane, Alice et John, sachant qu'elle a découvert la harpiste et pianiste avant le créateur de A Love Supreme (1965). Au couple, elle a consacré un vibrant hommage, l'album Pursuance: The Coltranes (2020), qui lui avait permis de revenir à l'essence spirituelle de son art: «Ce qui m'avait rendue curieuse pour la musique, et non ce qui m'avait permis de gagner de l'argent. »
Si l'on retrouve du jazz-funk à la Herbie Hancock dans Flame Keeper (avec le saxophoniste Chris Potter et la pianiste japonaise Hiromi), Right Now s'oriente résolument vers la nu soul en accueillant le chant et le flow de son compatriote Bilal. En conclusion, New World apporte sérénité et réconfort mélodique. Après avoir dû se battre pour être entendue, après avoir frôlé la mort, Lakecia Benjamin atteint brillamment ses objectifs dans We Dream : « S'affirmer, au-delà du jazz, du funk ou du hip-hop, comme une musicienne polyvalente qui cherche à étendre les possibilités de la musique, de l'amour et de la joie. »
BRUNO LESPRIT
We Dream, Artwork Records/
PIAS. Le 8 octobre au Nîmes
Métropole Jazz Festival;
le 9 à L'Astrada, Marciac (Gers);
le 11 à Jazz in Noyon (Oise);
le 13 au New Morning (Paris 10 $^{e}$ );
le 15 au Tourcoing Jazz Festival
(Nord) et le 16 à Nancy Jazz
Pulsations.
50 DÉFIS LOGIQUES ET MATHÉMATIQUES
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MICKAËL LAUNAY
Le plus
célébre des
vulgarisateurs
scientifiques
Une mise en perspective éclairante sur les primaires des partis politiques
Sur LCP, François Hollande, Alain Juppé, Valérie Pécresse et Manuel Valls livrent leur analyse sur ce mode de désignation des candidats
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Primaire, une machine à perdre?" A part François Hollande qui l'a gagnée [le 16 octobre 2011, devant Martine Aubry], oui, on peut le dire. » Face à la caméra, Xavier Bertrand, président LR de la région Hauts-de-France, n'a aucun doute. Et l'ancien président de la République socialiste ne va pas vraiment le contredire. Ce qui peut sembler paradoxal, alors que cinq candidats sont en campagne pour la primaire à gauche, dont le premier tour est organisé les 9 et 10 octobre – par vote électronique payant
A moins de sept mois de l'élection présidentielle, le documentaire subtil et savoureux de la réalisatrice Pauline Pallier tombe à pic, en relatant l'histoire de ce « scrutin avant le scrutin », né de la déflagration politique du 21 avril 2002 : la qualification au second tour de la présidentielle de Jacques Chirac (RPR) et de Jean-Marie Le Pen (FN), et l'élimination de Lionel Jospin (PS). Pour éviter une autre déflagration ? Les coauteurs de ce documentaire et vieux briscards Michèle Cotta et Patrice Duhamel ont réuni un plateau de choix, pour réagir aux archives les plus mémorables.
Souvenons-nous. Au soir du 21 avril 2002, les socialistes, de Dominique Strauss-Kahn à François Hollande, dénoncent la « conséquence évidente de la dispersion des voix de gauche ». La première primaire de France, socialiste, est ainsi organisée le 17 octobre 2006. Autre nouveauté, elle est précédée d'un débat télévisé. Entre Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, Segolène Royal rayonne. Largement victorieuse de la primaire, cette dernière échouera pourtant nettement contre Nicolas Sarkozy en 2007.
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«Formidable spectacle!»
A l'échéance suivante (présidentielle 2012), le socialiste Dominique Strauss-Khan part grand favori. Mais « tout bascule le 14 mai 2011, avec le crash à New York [l'affaire du Sofitel] », résume l'ancien premier ministre socialiste Manuel Valls. Une primaire s'impose à nouveau, « ouverte » cette fois. A la télévision, le débat entre les différents candidats – Arnaud Montebourg, Jean-Michel Baylet, François Hollande, Martine Aubry, Manuel Valls, Ségolène Royal – attire 5 millions de téléspectateurs. « C'est un formidable spectacle! fait mine aujourd'hui d'apprécier François Hollande. Les membres d'un même groupe s'écharpent en direct. Les chaînes d'info auraient tort de s'en priver. »
Avant la présidentielle de 2017, c'est la droite qui, à son tour, organise une primaire ouverte. Les archives mettent en lumière la question, lors d'un débat, du journaliste David Pujadas au candidat Nicolas Sarkozy sur un éventuel financement libyen de sa campagne, et sa réponse : « Quelle indignité (...) » Puis la surenchère de François Fillon : « Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ? »
Largement favori de la présidentielle, Alain Juppé ne voit pas le danger à s'engager dans l'entre-deux-tours de la primaire: « Pour moi, l'identité de la France, c'est sa diversité. Nous avons des origines différentes, des religions différentes, des idées politiques. Et c'est une richesse. » Une vision trop à gauche pour un candidat de droite. Fillon remporte finalement la primaire; à gauche l'élu se nomme Benoît Hamon. Mais à l'issue du premier tour de la présidentielle, les deux finalistes sont Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Ce que le dessinateur Plantu résume d'une caricature en une du Monde: « La machine à perdre ».
Le documentaire insiste dès lors sur la radicalisation de la politique. Même si pour Frédéric Dabi, directeur général de l'IFOP, les primaires ne sont en rien dans cette « communauté de destin » des socialistes et de la droite républicaine. « Ce ne sont pas les sondages qui font le résultat, ce sont les débats qui font les sondages », reste persuadé Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos.
CATHERINE PACARY
Primaires, une machine à perdre ?, réalisé par Pauline Pallier (2026, Fr., 52 min).
Sur la chaîne YouTube LCP-AN.
La saison 2 d'« Adults » offre à la génération Z son « Friends »
Le deuxième opus de la série trouve son équilibre, sans temps mort
Malik Elassal, Lucy Freyer, Owen Thiele et Amita Rao, dans la série « Adults ». FX
SÉRIE
Vous pensez être les premiers à être jeunes et adorables à New York? » Près de dix ans
après la fin de Girls (2012-2017), Zosia Mamet (Shoshanna dans la série de Lena Dunham) vient rappeler aux personnages d'Adults qu'ils ne sont pas les premiers sur ce terrain-là. Sa courte apparition, dans le dernier épisode de la saison 2, rappelle aussi que le matériau travaillé par la sitcom de la chaîne FX est, depuis la fin de Girls, donc, voire de Friends (1994-2004), déjà bien usé. A la question de savoir comment renouveler le portrait générationnel pour l'adapter à une tranche d'âge qui, de toute façon, ne regarde plus la télévision, tous les diffuseurs tâtonnent.
En 2025, les premières saisons d'Adults et I Love LA (sur HBO) en ont donné deux versions, l'une côte Est, l'autre côte Ouest. A la première personne pour I Love LA, en tir groupé pour Adults, ces séries longnent toutes les deux le même objectif, attendrir le regard sur une génération souvent considérée comme perdue pour l'humanité – comprendre ultraconnectée à Internet mais déconnectée des réalités. Les deux séries ont été renouvelées mais la deuxième saison d'Adults, mise en ligne le 30 septembre en France sur Disney+, vient de faire largement passer l'avantage à la côte Est.
Question de proximité, déjà. Si l'héroïne d'I Love LA prend son café dans le quartier bourgeois de Silver Lake, les cinq colocataires d'Adults se partagent les trois chambres de la maison d'enfance de l'un d'entre eux, Samir, sise au fin fond du Queens, à New York. Manhattan (Friends) n'est plus qu'un lointain souvenir, et même Brooklyn (Girls) est devenu trop cher. Le choix se révèle pourtant fécond d'un point de vue narratif, puisqu'il force les personnages à évoluer dans un décor qui ne leur ressemble pas (le salon rappelle celui de Madame est servie), dont ils peinent à s'échapper (pas de coffee shop en bas de la maison, de toute façon, le matcha latte est trop cher) et qu'ils maîtrisent à peine.
Incapables de payer leurs factures à temps ou de réparer des toilettes bouchées, les colocs n'en mènent pas large lorsqu'un raton laveur s'introduit dans la maison alors qu'ils viennent de prendre de l'acide (sans surprise, le meilleur épisode de la saison). Créée par Rebecca Shaw et Ben Kronengold, un couple de scénaristes venus de l'humour politique et du late show, à peine plus âgés que leurs personnages, la série Adults se moque, par ailleurs, gentiment de la conscience sociale à géométrie variable des «gen Z», prompts à défendre les minorités mais prêts
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Son meilleur atout est de ne jamais ralentir le rythme ni relâcher la tension
à saboter une élection dans un petit conseil de quartier par peur d'être expulsés de leur logement.
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Situations désopilantes
La vingtaine a certes perdu de sa superbe, mais Adults veut croire que l'on peut toujours en rire à défaut d'en sortir grandis, et son meilleur atout pour conquérir un public accro à la dopamine et aux formats courts est de ne jamais ralentir le rythme ni relâcher la tension, et de puiser dans la boîte à outils de la sitcom enregistrée en plateau. Dès les premières minutes de la saison, la caméra virevolte de pièce en pièce, de personnage en personnage. L'un d'eux commente, malicieux: « C'est la deuxième saison, on fait un oner [un plan-séquence]! » – clin d'œil à The Bear, The Studio, Adolescence... et toutes les excellentes séries qui s'y sont récemment frottées. La suite est une succession de situations aussi attendues que désopilantes, qui superpose sujet sérieux et traitement comique, et dont les ressorts comiques reposent le plus souvent sur la naïveté et la couardise des personnages.
Aucune des situations de cette saison n'est particulièrement nouvelle, certains personnages sont moins réussis que les autres, et on ne va pas s'avancer jusqu'à croire qu'Adults marquera sa génération comme d'autres séries l'ont fait avant elle.
Mais ses créateurs savent d'où ils viennent et ce qu'ils doivent aux sitcoms d'avant. En plus du caméo de Zosia Mamet, la saison se conclut sur un petit retournement que les fans de Friends auront vu venir. Cela fait d'Adults une série «gen Z», mais qui parlera aussi aux millenials, voire à la génération d'avant, surtout s'il y a de jeunes adultes à la maison. Mieux encore, la rapidité avec laquelle filent ces huit épisodes laisse un goût de trop peu, et l'on prendra volontiers une troisième saison.
AUDREY FOURNIER
Adults, saison 2, série créée par Ben Kronengold et Rebecca Shaw (EU, 2026, 8 × 22 min). Avec Owen Thiele, Lucy Freyer, Malik Elassal, Jack Innanen, Amita Rao. Disponible à la demande sur Disney+.
Sur HBO Max, l'itinéraire sanglant d'un enfant de Champagne
Malgré une imposante distribution, « Paolo », de Sébastien Marnier, peine à convaincre
SÉRIE
Les usagers pressés de la RATP qui ont vu affiché ce corps masculin dénudé, au bord d'une piscine, seront pardonnés s'ils ont pris Paolo pour un nouveau parfum pour homme. C'est d'une série qu'il s'agit, dont la mise en ligne a commencé sur HBO Max le 25 septembre. Une série qui se voudrait « à nulle autre pareille » et qui s'approche souvent de la mention « ne ressemble à rien », comme si le désir d'originalité l'emportait sur tout le reste.
L'impeccable musculature de Paolo (Jérôme Niel) procède autant de la nécessité que du narcissisme. Le jeune homme, qui habite toujours la petite ville de Champagne où il a grandi dans une famille d'origine portugaise, déménage des pianos. Le premier épisode dévoile la part de folie qui habite Paolo à travers un acte d'une extrême violence, mis en scène sans ellipse. Paolo ne va pas bien donc, il faudra sept longs épisodes pour arriver à ce que le scénario présente comme la racine du mal qui le ronge.
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Energie toxique
Pour l'instant, on constate que le retour en ville d'un ancien camarade de classe, Téophane Tolbiac (Yoann Gasiorowski) qui a délaissé une carrière littéraire parisienne pour se présenter à la mairie, a profondément déstabilisé notre antihéros. Vu la taille de la ville (elle compte un peu moins de 10 000 électeurs inscrits), il n'y a pourtant pas de quoi déchaîner les passions. Et pourtant...
Paolo est pris d'une espèce de fureur qui lui fait passer toutes les limites, qui le conduit à s'insinuer du mieux qu'il peut dans la vie de Téophane et de son épouse, Géraldine (Magalie Lépine-Blondeau), devenant à la fois le chauffeur du couple et le plus assidu des militants. Il quitte son emploi, s'éloigne de la fiancée qu'il est sur le point d'épouser (Guslagie Malanda), tourne le dos à sa fratrie et à ses parents, et s'enfonce sur la voie de la violence.
A cette énergie toxique répond la mollesse déconcertante du personnage de Téophane. Quels que soient les efforts de son interprète, l'écrivain qui voudrait être édile reste une abstraction faite de préjugés de classe (ceux du personnage, mais aussi ceux du scénario qui prête à la célébrité des vertus émollientes) et de veulerie. Pour compenser ce vide central, Paolo a le temps de faire vivre une petite armée de personnages secondaires, souvent incarnés par des acteurs d'exception, à commencer par Françoise Lebrun.
Ce fourmillement nourrit le versant criminel du scénario, mettant en concurrence un policier et une jeune journaliste (et, comme si ça ne suffisait pas, le premier est l'amant de la mère de la seconde), multipliant les fausses les révélations sur le trouble passé des clans qui se disputent la mairie. Très vite s'ajoute une dimension homérotique qui pourrait porter le récit vers une version queer des romans noirs américains.
Mais les péripéties du thriller se heurtent à la peinture peu convaincante d'une campagne politique. Pour suspendre l'incrédulité en la matière, on a le choix entre s'affranchir du réel en réinventant la vie publique ou faire de la fiction en manipulant la matière journalistique. Paolo se tient en équilibre instable entre les deux. Les allusions à des courants existants («les écolos», «l'extrême droite») ne donnent pas plus de consistance à la démarche politique du joli Téophane. Cet édifice instable s'effondre dans des trombes de sang en un finale qui restera sans doute (avec le premier accès de violence) le meilleur moment de la série.
THOMAS SOTINEL
Paolo, série créée, écrite et réalisée par Sébastien Marnier d'après son roman « Mimi » (Fayard, 2011), avec Jérôme Niel, Yoann Gasiorowski, Magali Lépine-Blondeau, Guslagie Malanda, Françoise Lebrun. (Fr., 2026, 7 × 55 min). Un épisode le vendredi jusqu'au 6 novembre.
MOTS CROISÉS
GRILLE N° 26 - 232
PAR PHILIPPE DUPUIS
Retrouvez l'ensemble de nos grilles sur jeux.lemonde.fr | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | I | II | [IMAGE] | III | [IMAGE] | IV | [IMAGE] | [IMAGE] | V | [IMAGE] | VI | [IMAGE] | [IMAGE] | VII | [IMAGE] | [IMAGE] | VIII | [IMAGE] | [IMAGE] | IX | [IMAGE] | [IMAGE] | X | SOLUTION DE LA GRILLE N° 26 - 231
HORIZONTALEMENT I. Reproduction. II. Acier. Raille. III. Farineuse. Mu. IV. Irène. Bannit. V. St. Sécu. No. VI. Têt. Sa. Melba. VII. Omet. Spa. Ill. VIII. Les. Utilisai. IX. Enterra. Rais. X. Stationnaire.
I. Bien plus léger depuis qu'il a pris de la bouteille. II. Tracée pour être reproduite. Belle à croquer. III. Le premier à voir quand tout va très mal. IV. Sur deux temps dans les bals de Provence. V. Fixerai du bout d'un doigt. VI. Gamin de Paris. Entrent dans le tumulte. Ses feuilles se jettent à l'eau. VII. Relevées pour passer à table. VIII. Belle italienne du Piémont. Permet de rejoindre à sa sortie les cabinets. Sur le retour. IX. Allumé avec intention. Même la jungle a la sienne. X. Transmet les connaissances.
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VERTICALEMENT
1. Germaine Richier ou Louise Bourgeois. 2. De plus en plus présent sur nos routes. Arturo au théâtre. Attention, il peut rendre gai ou mauvais. 3. Donnent un côté précieux aux objets. 4. Lieu de rencontres. Forme d'avoir. Grande page d'histoire. 5. Rois de France, d'Angleterre et d'ailleurs. Dirigé. 6. Dans la fosse l'archet à la main. En règle. 7. Lourdement couverte. 8. Vous laissera les bras ballants. 9. Expédia dans l'autre monde. Met tout le monde en accord. 10. N'a pas encore circulé. Article. 11. Piégé. Emmanché d'un long cou. 12. Remet des fonds dans l'affaire.
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Valentino. ALESSANDRO LUCIONI/GORUNWAY
Miu Miu. MIU MIU
Jean Paul Gaultier. JEAN PAUL GAULTIER
Une ode à l'audace
Entre les tenues de bal de Valentino, le jeu sur les volumes de Jean Paul Gaultier et les assemblages surréalistes de Comme des garçons, la fashion week printemps-été 2027, qui s'est achevée mardi, à Paris, a marié couture et démesure
REPORTAGE
Du total look doré chez Saint Laurent, des fantaisies acidulées chez Loewe, de grands mélanges pastel chez Dries Van Noten : la fashion week de Paris, qui s'est achevée mardi 6 octobre, a multiplié les propositions audacieuses. Lors des dernières journées, l'édition printemps-été 2027 a parfois poussé le curseur encore plus loin, cherchant à séduire une cliente n'ayant pas froid aux yeux ou simplement à marquer les esprits.
Chez Valentino, Alessandro Michele aime interroger le sens de la mode. Cette fois-ci, l'Italien s'intéresse au concept d'antibibliothèque, popularisé par Nassim Nicholas Taleb. Selon l'essayiste, les livres non lus constitueraient la partie la plus précieuse d'une collection, un capital potentiellement illimité de découvertes. Le designer transpose cette idée aux vêtements : « Ceux que nous ne porterons jamais, à l'instar de ces livres toujours fermés sur les rayonnages, continuent de nous parler des vies que nous aurions pu vivre. Non comme un regret, mais comme une promesse», détaillet-il dans sa note d'intention.
Avec un tel postulat, on ne s'étonne pas que le défilé soit présenté à la bibliothèque Sainte-Geneviève ni que le vestiaire fasse preuve de fantaisie. Serpentant entre les rangées de tables en bois, les mannequins semblent parées pour un bal fantastique, avec des robes tout en explosion de couleurs, ornées de nœuds, de plumes, de dentelles et de broderies. A ces silhouettes belles mais un peu hors-sol, on préfère celles qui sont plus légères (un bustier et une jupe plissée rouges) ou qui compensent le glamour constitutif de Valentino par des éléments décontractés (casquettes, chemises à carreaux, chaussettes...). Le résultat n'en est que plus séduisant.
«Toujours chercher quelque chose d'excitant», tel est le mantra de Duran Lantink chez Jean Paul Gaultier. Le Néerlandais, arrivé à la direction artistique en 2025, continue d'expérimenter, quitte à susciter des critiques ou à laisser les fans historiques de Gaultier circonspects. «Les choses n'ont pas
CHEZ RICK OWENS,
DES ROBES
COMME DES VOILES
DE DÉESSE ANTIQUE
SUCCÈDENT
À D'ÉPAISSES
TUNIQUES À TRAÎNE forcément besoin de faire sens, c'est aussi un code de la maison», remarque le designer qui s'est fait connaître avec la marque à son nom. Dans cette collection, on retrouve l'ADN de Duran Lantink: un jeu sur les formes et les volumes, avec des vestes aux épaules déplacées sur les clavicules, des bustiers proetés vers l'avant, des trenches au col rectangulaire proéminent, etc.
La tridimensionnalité des silhouettes est soulignée par la mise en scène, un labyrinthe de miroirs qui permet de les observer sous toutes les coutures. Intégrés à l'univers du Néerlandais, les codes de Jean Paul Gaultier sont presque méconnaissables, comme les fameux soutiens-gorge coniques qui, devenus fins et pointus, sont délestés de leur charge érotique. Duran Lantink joue plus l'humour que la subversion, et c'est bien aussi.
On peut toujours compter sur Miuccia Prada pour pousser loin les expérimentations. Chez Miu Miu, son laboratoire destiné à une clientèle plus jeune que celle de Prada, elle reçoit comme à son habitude au Palais d'Iéna. Dans un décor de lino violet, gradins en bois brut et dossiers de siège en plastique, elle ose cette saison un mix plus éclectique que jamais. On croirait voir sortir des coulisses des étudiantes récemment inscrites à un club d'athlétisme, qui s'habillent aux puces, ne se maquillent pas, potassent Kierkegaard la semaine mais sortent en club sitôt le vendredi soir venu.
Jupe plissée sous le genou et veste en cuir vieilli, crop top synthétique moulant comme un maillot de course et tailleurs vernis à motif python, baskets de course (en collaboration avec l'équipementier New Balance) et jeans informes rapiécés (avec le fabricant américain Wrangler), jupe-tablier
SM en cuir et brassières bordées de cristaux disco... «J'ai voulu élever le sportswear, l'enrober d'une nouvelle élégance», assure l'Italienne. Elle ne craint ni les imprimés criards ni les associations douteuses, mais sait mieux que personne les rendre captivants, voire enviables. Dix jours après un défilé Prada sensationnel à Milan, axé sur d'infinies variations de jupes, Miuccia Prada prouve à Paris qu'elle est en pleine forme créative.
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Des pantalons à volants
Chitose Abe, elle aussi, use de contrastes. «Sacai est une marque qui explore la dualité : entre masculin et féminin, entre ville et sport. Cette saison, j'ai insisté sur l'opposition entre vrai et faux », souligne la Japonaise après avoir salué, sous les voûtes du Collège des bernardins. Cette intention se traduit par exemple par des imprimés cristaux ou fourrure, visibles sur des parkas, des robes asymétriques ou des jupes plissées, elles-mêmes bordées de véritables cristaux ou de bandes de fourrure synthétique duveteuse.
On retrouve bien sûr l'esthétique propre à la marque tokyoïte et ses jeux de déconstruction, mais avec des coupes plus drastiques que jamais. Les volumes géométriques dominent, avec des pantalons à volants, des robes de cuir lacérées en lamelles, des paillettes brodées affûtées comme des poignards, des cols entonnoirs proéminents, des épaules circonflexes, des manches déployées telles les ailes d'une chauvesouris... Sacai, en activité depuis 1999, maintient intacte son exigence de vêtements décalés, et cela lui réussit.
Alors qu'il utilise les mêmes ingrédients depuis près de vingt ans, Rick Owens arrive
Lacoste, Carven et Lanvin puisent dans le passé
POUR RÉUSSIR LEUR MISSION, les directeurs artistiques doivent être à la fois voyants (prévoir un vestiaire qui fera envie dans six mois) et gardiens du temple (maintenir vivant l'héritage d'une maison fondée il y a des décennies). A la fashion week de Paris, qui s'est terminée mardi 6 octobre, les designers dialoguent ainsi avec des fondateurs dont ils cherchent à raviver l'esprit.
Peter Copping, aux commandes du style de Lanvin depuis 2024, a passé du temps dans le bureau de Jeanne Lanvin (1867-1946), conservé tel quel depuis sa mort, rue Boissy-d'Anglas. « J'ai pris la décision très réfléchie de me limiter, à sa manière, à une palette de noir et blanc, à peine ponctuée d'accessoires de couleurs vives», explique le Britannique devant des dizaines de photos de femmes qui l'ont inspiré, de Nina Simone à Pina Bausch, d'Andrée Putman à Charlotte Rampling.
Dans une salle de répétitions brutaliste de l'Opéra Bastille, le vestiaire penche franchement du côté soir: vestes à revers marqué, robes ceinturées à basques, fourreaux ou tuniques en dentelle française... L'esprit Lanvin, avec ses échos aux Années folles, se reconnaît indubitablement, mais, sans contrepoint plus contemporain, entraîne hélas la collection vers un imaginaire un peu désuet.
Chez Lacoste, Pelagia Kolotouros est partie d'un geste frondeur de René Lacoste (1904-1996).
«En 1927, sur un court new-yorkais, il avait tellement chaud qu'il a découpé les manches de son polo, s'amuse la Gréco-Américaine. Cela m'a poussée vers une allure plus rebelle et façonnée par l'effort sportif. »
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Bleu cobalt et jaune soufre
A Roland-Garros, la collection débute sagement par des ensembles lâches, dans des tons vert-de-gris ou ocre. Puis, crescendo, les couleurs s'électrisent (bleu cobalt, jaune soufre), le crocodile brodé se retrouve à l'envers, les cheveux des mannequins se raidissent, les jupes et tops gagnent un imprimé qui proclame « no limit »... Les derniers looks, blancs, vont jusqu'à suggérer des coulées de sueur à travers une superposition de couches textiles ou imiter en imprimé des traces de terre battue. En insistant sur cette image moins BCBG du tennis, Pelagia Kolotouros renouvelle un peu l'imaginaire de la marque et vise juste.
Avec Drew Henry chez Courrèges, Kai Nesselrath est l'autre designer à faire ses premiers pas à cette fashion week: cet Allemand qui a grandi à Rome, travaillé chez Saint Laurent et Chanel, est à la tête de Carven depuis le 8 juin. « Quand j'ai rejoint la maison, je me suis immergé dans les archives, rassemblant tous les dessins et images de Mme Carven que je pouvais trouver, étudiant ses silhouettes, écoutant ses interviews », détaille-t-il dans sa note d'intention.
Son ambition : « réveiller l'énergie » de la fondatrice Carmen de Tommaso (1909-2015), « une femme d'action qui travaillait avec ses mains ». Sans qu'elle soit particulièrement évocatrice du passé, cette collection de Kai Nesselrath semble plutôt juste. Elle propose un vestiaire oscillant entre le mignon (ensembles en soie aux couleurs pastel, vestes aux épaules arrondies, robes drapées) et le workwear (robes tabliers en coton épais, salopettes, vestes à poches plaquées). Il y a une certaine modestie dans l'approche qui correspond bien à l'idée qu'on se fait de Carven : une marque qui ne fait pas de vagues, mais propose de jolis vêtements.
E. V. B. ET V. PÉ.
Louis Vuitton. FILIPPO FIOR/GORUNWAY
encore à laisser ses invités pantois. Au Palais de Tokyo où il défile pour la énième fois, il livre un des plus beaux spectacles de cette fashion week, tant du point de vue de la collection que de la mise en scène. En plein air, les mannequins descendent une longue rampe placée au-dessus du bassin rectangulaire, tandis que les jets des fontaines, lancés à pleine puissance vers le ciel autour de ce podium métallique, dispensent généreusement leurs gouttelettes sur les mannequins et les convives.
La procession de Rick Owens frappe par son unité chromatique (nuances de beige, une touche de marron) et sa grande cohérence stylistique. Des robes comme des voiles de déesse antique succèdent à d'épaisses tuniques à traîne, puis ces cocons de soie se désagrègent et laissent la place à d'inquiétantes constructions: autour des corps s'organisent des mille-feuilles de tulle aux ondulations hypnotisantes et des structures rigides enrobées de tissus comme des exosquelettes. A 64 ans, le designer américain manie la démesure mieux que jamais.
Et que dire alors de Rei Kawakubo? Les défilés de la fondatrice de Comme des garçons reposent sur des manies inflexibles : un intérieur neutre, sombre et désaffecté (cette fois, en bord de Seine, sur le quai Jacques-Chirac), une musique interrompue d'un coup sec une fois le dernier passage achevé, aucun salut et, en guise d'exégèse du show, une seule phrase offerte par communiqué. Au menu du printemps-été 2027 : « Quand la vie royale et la vie quotidienne ne font plus qu'un. »
Les 23 silhouettes sont toutes surplombées de chapeaux blancs ou dorés, semblables à une couronne d'empereur ou bombés comme un bulbe. Les vêtements, eux, impressionnent par leurs volumes, au point que les mannequins doivent manœuvrer pour se croiser. Une tenue sphérique est éventrée, donnant à apercevoir des plumes de cuir noir à l'intérieur; une robe à fines rayures noires et blanches rythmée d'excroissances laisse deviner les cheveux d'une perruque rouge sang.
Dans leurs sculptures gonflées, composées de ouate, de vichy noir et blanc, de tissus à pois, de laine brossée et surtout de denim brut (la plus triviale des matières), les modèles pourraient passer pour des immenses Reine de cœur d'Alice au pays des merveilles échappées d'une foire d'art contemporain... A travers de tels personnages, Rei Kawakubo continue à mépriser les conventions, à plaider pour une beauté anticonformiste. Et à offrir une leçon de mode : elle a beau avoir soufflé sa 83 $^{e}$ bougie cette année et assurer quatre défilés par an, sa créativité jamais ne s'amollit ni ne se banalise.
ELVIRE VON BARDELEBEN
ET VALENTIN PÉREZ
Fin en fanfare avec Chanel et Louis Vuitton
Les deux maisons ont défilé aux derniers jours de la semaine de la mode. Matthieu Blazy s'est de nouveau inspiré de la garde-robe personnelle de Gabrielle Chanel, quand Nicolas Ghesquière a surpris avec un vestiaire très épuré
La structure de la fashion week de Paris ne doit rien au hasard. Les premiers et les derniers jours sont les plus convoités par les grandes marques, qui assument ainsi la charge symbolique d'ouvrir ou de clore les festivités. Le 29 septembre, Dior et Saint Laurent ont ainsi capté toute l'attention avec leurs shows pharaoniques, respectivement aux Tuileries et face à la tour Eiffel; les 5 et 6 octobre, ce sont Chanel puis Louis Vuitton qui ont présenté leurs défilés dans des lieux non moins prestigieux, et mis un point final à cette semaine de la mode printemps- été 2027.
Comme à son habitude, Chanel s'est emparé du Grand Palais, dont les volumes constituent un terrain de jeu propice pour construire un décor saisissant. Cette fois-ci, une nuée de bernaches, de grues, de mouettes et autres oiseaux migrateurs en papier-calque, éclairés de l'intérieur, envahit la grande nef. Le sol, en résine miroir, reflète leurs gracieuses silhouettes, certaines pouvant atteindre les 3 mètres d'envergure.
En plus d'être photogéniques, ces volatiles symbolisent l'esprit de la collection, qui raconte l'«envol» pris par Gabrielle Chanel (1883-1971). Depuis son défilé inaugural d'octobre 2025, le directeur artistique, Matthieu Blazy, place à chaque fois la fondatrice au cœur du propos, qu'il s'agisse de son style ou de sa vie. En coulisses, devant le mur d'inspiration rempli de clichés de la couturière, il raconte : «Il y a beaucoup d'aspects d'elle qu'on ne connaît pas, son côté joyeux, le fait qu'elle adorait jouer de la musique, s'habiller en homme ou porter des déguisements. »
Matthieu Blazy recompose le vestiaire de Gabrielle Chanel en s'appuyant sur des éléments réels : ses robes années 1930 coupées en biais, ses tailleurs de l'après-guerre, ses costumes masculins, jusqu'à l'ultime ensemble en tweed noir, porté avec le sac
2.55 lui ayant appartenu et tout droit sorti des archives. Le designer, qui se soucie de la portabilité du vêtement («Le défilé, c'est ce qui est vendu en boutique ; il n'y a pas de collection commerciale en plus »), multiplie les looks séduisants, fidèles au chic moderne de la fondatrice, qui, dès les années 1920, concevait des tenues dans lesquelles les femmes pouvaient se mouvoir aisément.
De temps en temps, il s'autorise des embardées avec des costumes d'Arlequin chamarrés, des robes vaporeuses un peu kitsch avec leur traîne imprimée de nuages ou d'un ciel étoilé, ou encore un manteau vermillon brillant
CHEZ LOUIS VUITTON,
PEU D'IMPRIMÉS,
PEU DE COULEURS,
MAIS UN VRAI TRAVAIL
DE LA MATIÈRE
Chanel. CHANEL
comme une boule à facettes. C'est sa touche à lui, une forme de naïveté assumée qui répond à son idéal d'une mode « poétique, belle et joyeuse, permettant d'échapper à la routine et à la période sombre ». A l'usage, Matthieu Blazy aura sans doute besoin de faire évoluer sa formule, mais, après un an et sept défilés, elle est toujours, dans un secteur du luxe chahuté par une crise durable, d'une redoutable efficacité.
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Un jersey stretch et extrafin
Louis Vuitton, de son côté, a choisi de s'installer au Louvre, où la marque défile très régulièrement depuis 2007. Cette fois-ci, le décor joue la carte du contraste : dans la Cour carrée, chargée d'histoire, a été dressé un genre de parking futuriste, où des voitures en forme de lingots logotés stationnent à différentes hauteurs du sol, certaines perchées dans les airs. « C'est une métropole fantasmée », explique le directeur artistique, Nicolas Ghesquière, qui a imaginé un vestiaire adapté à cet environnement, « pour se frayer un chemin dans le chaos du trafic ».
Si l'inspiration paraît assez fantasque, la collection, elle, est empreinte d'une rationalité à laquelle le designer a peu habitué son public. Dans une quête de « légèreté et d'ergonomie », il propose un vestiaire très souple, presque dépouillé, où les expérimentations textiles qui constituent sa signature restent discrètes : des tailleurs classiques sont coupés dans un jersey stretch et extrafin qui colle à la peau, mais se soulève au moindre coup de vent; des manteaux en cachemire double face complètement réversibles enveloppent nonchalamment les corps; les ornementations des robes consistent en des couches de mousseline de soie décollées, aux bords effilochés. Peu d'imprimés, peu de couleurs, mais un vrai travail de la matière.
Cette collection réussie et inattendue au regard des précédentes, beaucoup plus exubérantes, est peut-être liée, chez Nicolas Ghesquière, à un besoin de se renouveler, après treize ans années à son poste chez Louis Vuitton – il lui reste, en principe, encore au moins deux ans. Cette longévité, tout à fait exceptionnelle par les temps qui courent, a valu au designer un moment particulier au cours de cette fashion week.
Le 2 octobre, quatre jours avant le défilé, il recevait les insignes de chevalier de la Légion d'honneur des mains d'Emmanuel Macron, au palais de l'Elysée. Lors de cette cérémonie, la famille Arnault au complet était présente ainsi que les hauts gradés de LVMH (Pietro Beccari, le PDG de Louis Vuitton et du LVMH Fashion Group; Sidney Toledano, conseiller spécial de Bernard Arnault; Stéphane Bianchi, le directeur général adjoint du groupe; Peter Marino, l'architecte des boutiques Dior et Louis Vuitton...). Ainsi, évidemment, que Brigitte Macron, que Nicolas Ghesquière habille depuis plus de dix ans. La première dame était aussi présente, le soir du défilé, dans la Cour carrée. A Paris, la mode est une affaire de paraître, mais aussi de pouvoir.
E. V. B.
Hélène Hazera Journaliste
A Paris, le 17 mars. DORIAN PROST/PASCO&CO
M on cher... » Quand Hélène Hazera passait au vouvoiement, son interlocuteur savait à quoi s'en tenir. Pour Gérard Lefort, son ancien complice inconsolable de Libération, la journaliste et figure majeure du militantisme trans, morte à Paris, lundi 5 octobre, à l'âge de 74 ans, était «outrageante, dans le bon sens du terme ». «Elle avait un talent fou pour flinguer les cons, les traiter de “plat de nouilles”, toujours avec une cruelle drôlerie. Elle avait aussi la grâce de prendre sous son aile les sansgrade. » Revendiquée libertaire et plutôt anarchiste, attirée par les situationnistes, elle était «considérable pour ses qualités intellectuelles et sa détermination, au cours des XX $^{e}$ et XXI $^{e}$ siècles, à embrasser son désir», raconte Laure Adler, qui la croisa dans le militantisme du début des années 1970, avant de la recruter, en 1999, à France Culture, dont elle était directrice.
Née en 1952 dans un foyer bourgeois parisien, Hélène Hazera a pourtant gagné « l'esprit de résistance » au contact de sa famille. Son père avait, pendant la guerre, rejoint Londres, et sa mère risqué sa vie comme agent de liaison. « J'ai toujours su que je ne pourrais jamais faire aussi bien », confiait-elle, en 2017, dans l'émission de France Culture « A voix nue ». Dès 14 ans, elle manifeste pour la paix au Vietnam. A 17, elle est diagnostiquée de troubles maniacodépressifs, et est hospitalisée. Lors de son internement, elle demande du papier, et écrit frénétiquement. Elle affirmera aussi que les poèmes d'Omar Khayyam (1048-1131) participèrent à la sau-ver de l'adolescence. C'est au FHAR, le Front homosexuel d'action révolutionnaire, créé en 1971, puis aux Gazolines, groupe formé un an plus tard et dont l'un des slogans est « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous », qu'elle devient un visage de l'activisme transgenre. Entre-temps, elle commence sa transition mais n'obtiendra son changement d'état civil qu'en 2023, à 71 ans.
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« J'ai fini, j'envoie la purée ! »
Elle rêve de cinéma et apparaîtra devant la caméra d'Adolfo Arrieta ou de Jean-Luc Godard (colocataire d'Isabelle Huppert dans Sauve qui peut (la vie), sorti en 1980), mais l'Idhec, la future Fémis, école de cinéma, la recale d'abord, par transphobie. S'ensuivent près de cinq ans de prostitution, avant qu'un ancien du FHAR devenu critique à Libération, Michel Cressole, ne la fasse, en 1978, entrer au journal, rubrique télévision. «J'ai grandi
1952 Naissance à Paris
1978-1999 Journaliste
à « Libération »
2022-2017 Productrice de
« Chanson Boum! »
sur France Culture
1ER AVRIL 2026 Sortie d'« Hélène Trésore Transnationale », documentaire de Judith Abitbol qui lui est consacré
5 OCTOBRE Mort à Paris
dans un monde où la société n'imaginait pas que les personnes trans puissent s'insérer dans le monde du travail», témoignait-elle, en mars, dans Les Inrocks. « J'ai été la première trans journaliste dans un grand quotidien, à travailler à la radio, à faire des documentaires », écrivait-elle, en 2013, dans une tribune dans Libération.
«Elle était militante, mais, au journal, elle n'était pas la seule», se souvient Marie Colmant, autre collègue de Libé, dont le premier contact avec Hélène Hazera fut insolite: celle-ci, en tenue stricte, jupe grise par-dessus le genou et chaussures de grand-mère, « si bien que j'ai cru que c'était une bonne sœur en civil », tabassait le clavier de sa machine à écrire avant d'hurler, gouailleuse: « J'ai fini, j'envoie la purée! » « Elle avait une culture inouïe. M'avait grondée parce que j'avais écrit, sur un défilé Saint Laurent, que des vestes semblaient surgir d'une toile de Picasso, alors que c'était plutôt du Braque. »
Elle se révèle encyclopédiste de la chanson, notamment ancienne. « Elle chantait tout le temps ou récitait des poèmes, insiste Gérard Lefort. C'est avec elle que j'ai découvert des chanteuses comme Marianne Oswald [1901-1985]. » « Quand je lui ai proposé de faire de la radio, elle m'a dit qu'elle rêvait de réhabiliter la chanson comme art populaire, et j'ai dit banco », poursuit Laure Adler. « Chanson boum! », sur France Culture, gagne ses adeptes, de 2002 à 2017. « Elle recevait un courrier massif, et aimait le lien avec les auditeurs », confie l'ex-patronne de la station. « J'ai un besoin de reconnaissance fou, qui me fait faire n'importe quoi, des fois », lâche Hélène Hazera dans le documentaire de Judith Abitbol qui lui est consacré, Hélène Trésore Transnationale, marquant, lors de sa sortie en avril, une de ses dernières interventions.
Elle avait aussi créé, au sein d'Act Up, la commission trans et sida, après la disparition de ses amis séropositifs, dont Michel Cressole, et la révélation de sa propre contamination. « Elle est, pour moi, un exemple », souligne Laure Adler. ■ MICHAËL MOREAU
Le Monde Le Carnet
soit sur le site : https://carnet.lemonde.fr
L'équipe du Carnet reviendra vers vous dans les meilleurs délais pour vous confirmer la parution.
carnet@mpublicite.fr https://carnet.lemonde.fr
AU CARNET DU «MONDE»
Naissance
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Paris.
Julie MERLO
et Alexandre BRAULT,
ses parents,
ont la joie de faire part de la naissance
de
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Camille, Didier, Éric BRAULT,
le 30 septembre 2026, à 6 h 51, à Paris 12 $^{e}$ .
Décès
M $^{me}$ Caroline Ageorges, son épouse,
Donatien, Constantin, Hortense, Cyprien, ses enfants
Les familles Oliveri et Marchand,
ont la douleur de faire part du décès de
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M. Bruno AGEORGES,
survenu le 26 septembre 2026, dans sa soixante-septième année, à Asnières-sur-Seine.
La cérémonie religieuse aura lieu le vendredi 9 octobre, à 10 h 30, en l'église Saint-Maurice-de-Bécon, à Courbevoie.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Anne Bablet-Poète,
Marc Bablet,
ses enfants,
Ses petits-enfants
et tous leurs proches,
ont la tristesse de faire part du décès de
Marie-Louise BABLET,
née HAHN,
dite « Misolette »,
survenu le 22 septembre 2026.
Ses obsèques ont eu lieu le vendredi 2 octobre.
Ceux qui pensent à elle peuvent faire des dons à Amnesty International.
Entre-deux-Guiers (Isère).
Nous avons la tristesse d'annoncer le décès de
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Bernard BALLAZ, ancien professeur des Universités - IAE Grenoble,
survenu le 30 septembre 2026, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.
Nicole Barrillon,
née Niedlispacher,
son épouse,
Vincent Barrillon et Sandra Bès,
son fils et sa belle-fille,
Marie Barrillon,
sa fille,
Noémie, Eloïse et Jean,
ses petits-enfants,
Florence Barrillon,
sa sœur,
ont la douleur de faire part du décès de
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Patrick BARRILLON,
survenu le 3 octobre 2026, à Perpignan.
mariebarrillon@hotmail.com
Paris. Nice.
Sandra et Olivier Lassalle,
Annie et Raymond Lassalle,
ont l'infinie tristesse de faire part de la disparition de
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Nadine CADOT, née CAILIERE.
Une cérémonie religieuse sera célébrée le 23 octobre 2026, à 15 heures, en l'église Saint-Denys du Saint-Sacrement, 68 ter, rue de Turenne, Paris 3 $^{e}$ .
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Olmeto. Écully.
Janine Camerlo,
son épouse,
Rodolphe Camerlo,
son fils,
Guillaume et Grégory,
ses petits-enfants,
Sa famille,
Ses amis
Et ses compagnons de l'art lyrique,
ont la tristesse de faire part du décès de
M. Louis CAMERLO,
dit Louis ERLO,
metteur en scène,
ancien directeur
de l'Opéra de Lyon
et du Festival international
d'art lyrique d'Aix-en-Provence,
survenu le 2 octobre 2026, à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans.
La cérémonie religieuse a été célébrée le mardi 6 octobre, à 16 heures, en l'église Santa Maria d'Olmeto.
La crémation a eu lieu dans la plus stricte intimité.
Marianne Dumas,
sa fille,
Renate Nicolaï Dumas,
son ex-épouse,
Judith Brouste,
Pierre Brullé,
David De Almeida,
ont la profonde tristesse d'annoncer
le décès de
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Maurice DUMAS, dit Antoine DULAURE, journaliste,
survenu le 29 septembre 2026, à Paris, à l'âge de quatre-vingt-sept ans.
La cérémonie d'hommage aura lieu le jeudi 8 octobre, à 16 h 30, au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, Paris 20 $^{e}$ .
Mme Michel de Guillenchmidt, née Jacqueline Barbara de Labelotterie de Boisséson, son épouse,
Laure et Gilles de Saint Blanquat, Ariane et Grégoire Guignot, Maxime de Guillenchmidt et Brune Poirson, ses enfants, gendres et belle-fille,
Ses petits-enfants
Et ses arrière-petits-enfants,
Alec et Catherine de Guillenchmidt, son frère et sa belle-sœur,
ont la tristesse de faire part du décès de
Michel de GUILLENCHMIDT,
conseiller d'État (h),
avocat honoraire,
ancien doyen de la faculté de droit
Paris René-Descartes,
survenu le 5 octobre 2026, à Paris, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
La cérémonie religieuse sera célébrée le vendredi 9 octobre, à 12 heures, en la cathédrale Saint-Alexandre Nevsky, Paris 8 $^{e}$ .
L'inhumation aura lieu dans l'intimité, au cimetière de l'église Saint-Secondin (Loir-et-Cher).
46, rue Fabert,
75007 Paris.
Jacqueline.guillenchmidt@gmail.com
Nicolas et Édith Loire,
Cathy Loire Korios et Pascal Korios,
Stéphane Loire et Judith Kagan,
Marianne Loire et Alain Russ,
ses enfants,
Mathilde, Simon, Agnès, Liana, Guillemette et Astrid, ses petits-enfants,
ont la tristesse de faire part du décès de
---
Françoise LOIRE, née CHOQUET,
survenu le 29 septembre 2026, à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans.
La cérémonie religieuse a été célébrée le mardi 6 octobre, à 10 h 30, en l'église Saint-Pierre-de-Montrouge, 82, avenue du Général Leclerc, Paris 14 $^{e}$ .
Ils rappellent le souvenir de son époux
René LOIRE (1923 - 2011).
Lyon. Paris. Pune, Maharashtra (Inde). Les Montèzes-Monoblet.
M. Wolfram Mallison, son époux,
Thérèse-Charlotte, Augustin et Sylvie, Nicolas et Rashmi, Elise-Rachel et Luc,
ont l'immense tristesse de faire part du décès de
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Mme Françoise MALLISON, née le 14 novembre 1940,
archiviste-paléographe,
membre de l'École française
d'Extrême-Orient,
directrice d'études dans la section
des Sciences historiques
et philologiques de l'École pratique
des hautes études en histoire
et philologie de l'Inde Occidentale
au Moyen Âge,
survenu le 30 septembre 2026,
à Anduze,
à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
La cérémonie s'est déroulée le 6 octobre, à 14 h 30, en l'église Saint-Étienne d'Anduze, suivie de l'inhumation au cimetière d'Anduze et d'une réception aux Montèzes.
Wolfram Mallison,
EHPAD Labahou,
350, chemin du Château,
30140 Anduze.
mallisonwolfram@gmail.com
Olivier, Marie-Pascale, Dimitri et Alexis,
Et ses petits-enfants,
ont la tristesse de faire part du décès de
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Jean-Louis PEAUCELLE, professeur des Universités,
survenu à Saint-Denis de La Réunion, le 1 $^{er}$ octobre 2026, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.
La cérémonie religieuse sera célébrée le 9 octobre, à 10 heures, au centre funéraire de Primat.
Ni fleurs ni couronnes. Des dons peuvent être faits à l'Œuvre d'Orient qu'il soutenait.
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famille.jlp@peaucelle.com
M $^{me}$ France Soubeyran,
son épouse,
M $^{mes}$ Caroline, Amelia, Laurence
Ramadier,
ses filles,
M. et M $^{me}$ Jacques et Michelle
Ramadier,
son frère et sa belle-sœur,
leurs enfants
et leurs petits-enfants,
M $^{me}$ Francoise Ramadier,
sa sœur,
ses enfants
et ses petits-enfants,
M $^{me}$ Pamina Koenig,
sa belle-fille
et ses enfants, Gaspard et Marilou,
ont la tristesse de faire part du décès
de
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Paul RAMADIER,
survenu le 30 septembre 2026.
Une cérémonie aura lieu le 9 octobre, à 14 heures, au crématorium d'Evere (Belgique), 35, avenue Jules-Bordet.
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Ni fleurs ni couronnes.
Vous pouvez exprimer votre soutien à la recherche médicale en effectuant un don en ligne à la Fondation Charcot (IBAN BE43 0001 6000 1601 BIC GEBABEBB) avec la mention « Avec le soutien de Paul Ramadier ».
« On ne meurt pas toujours les armes à la main. Il y a l'histoire et il y a autre chose le simple bonheur, la passion des êtres, la beauté naturelle. » Albert Camus, Actuelles, 1948.
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Strasbourg.
Audrey, Françoise, Christine
ses filles,
leurs conjoints,
Ses petits-enfants,
Ses arrière-petits-enfants,
ont la douleur de faire part du décès de
---
Daniel RÉNUIT, X 60,
survenu le 3 octobre 2026, à l'âge de quatre-vingt-six ans.
Cet avis tient lieu de faire-part et de remerciements.
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Anniversaire de décès
Yasmine LANGLOIS
(2 mai 1977 - 8 octobre 2002),
ancienne élève
des lycées Lakanal et Henri-IV,
reçue en 1998 à l'École normale
supérieure de la rue d'Ulm.
Elle a fini brutalement ses jours il y a vingt-quatre ans, à l'âge de vingt-cinq ans, brillante et la vie devant elle. Pourquoi ?
L'avoir connue, c'est la garder vivante en son cœur pour toujours.
L'avoir perdue, c'est un charme de la vie qui s'est envolé, rien n'est plus comme avant sans sa présence lumineuse inoubliable.
Tu aurais bientôt cinquante ans, déjà le double de ce que tu as vécu... Tant d'années de bonheur perdues, sans amour, sans tendresse, alors que tu avais tout pour toi! Pourquoi?
Yasmine Ariane, ma belle ancienne élève, mon amie et mon amante, toi qui avais l'âge d'être ma fille, tu m'accompagneras tout le restant de mes jours. Je te retrouverai dans nos lieux magiques du Cotentin comme dans nos rues parisiennes et je n'oublierai jamais nos mélodies de Vivaldi... Mais je n'aime plus voir ta chaise vide à la fontaine Médicis.
Pardonne-moi pour ce que je n'ai pu faire pour t'aider à vivre et pour ce que j'ai pu faire qui ne t'a pas aidée à vivre. Tu ne sauras jamais combien je te remercie d'avoir croisé mon chemin et d'avoir été cette femme merveilleuse que j'ai tant aimée. Et merci aussi... pour toutes ces heures où je t'ai fait réciter tes verbes latins!
Ainsi parle une folle passion qui ne pourra s'éteindre.
Les mots qui suivent nous ont entourés de romantisme, t'en souvient-il autant qu'il m'en souvient?
« J'entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde. »
Paul Éluard.
« La passion affamée engloutissait mes heures, mes jours (...).
Je ne doutais plus de ma réalité effective ;
je vivais, l'univers entier se condensait en moi, je me disséminais par tout l'univers. Je possédais l'amour et l'amour me possédait ; ma joie était un martyre, ma douleur une extase (...).
Passé, où donc es-tu, où donc es-tu ?
Ô mon cher passé, ô mon amour profond à tout jamais enseveli ! » Czeslaw Milosz.
« Lieb' Liebchen,
leg's Händchen auf Herze mein. »\*
\*« Ma bien-aimée,
pose ta petite main sur mon cœur. »
Heinrich Heine.
« Wie die Erfüllung eines oft geträumten Traums. »\*
« Comme l'accomplissement d'un rêve souvent rêvé. »
Ludwig Tieck.
« I arise from dreams of thee,
In the first sweet sleep of night.
When the winds are breathing low,
And the stars are shining bright:
I arise from dreams of thee... »\*
\*« Je me lève des rêves de toi
Dans le premier doux
sommeil de la nuit.
Quand les vents s'affaiblissent :
Et que les étoiles brillent :
Je me lève des rêves de toi... »
Percy Bysshe Shelley.
« Pillow’d upon my fair love’s ripening breast,
To feel for ever its soft swell and fall,
Awake for ever in a sweet unrest,
Still, still to hear her tender - taken breath,
And so live ever... »\*
\*« Reposant sur le sein de mon bel amour,
Pour sentir à jamais son doux soulèvement et sa chute,
Éveillé pour toujours dans un trouble délicat,
Encore et encore écouter son souffle tendre,
Et ainsi vivre pour toujours... »
John Keats.
Ad vitam æternam...
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Alexandre Dézé « Les propos racistes tenus au sein du RN n'ont pas réussi à altérer son image »
Le politiste rappelle que l'alternance entre radicalité et respectabilité est consubstantielle à la stratégie du Rassemblement national, qui dispose désormais d'un socle de soutiens très solide au sein du paysage politique français
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L'ANTISÉMITISME
A ÉTÉ PENSÉ PAR
LE PARTI COMME
LE « VERROU
IDÉOLOGIQUE »
FREINANT SA
NORMALISATION
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ENTRETIEN
Alexandre Dézé est professeur de science politique à l'université de Montpellier et chercheur au Centre d'études politiques et sociales. Il dirige, avec Safia Dahani, l'ouvrage Idées reçues sur l'extrême droite, à paraître en novembre aux éditions Le Cavalier bleu. Il revient sur les conséquences, pour le Rassemblement national (RN), de la publication par Mediapart, lundi 28 septembre, de propos antisémites datant de 2013 attribués à Jordan Bardella.
Les récentes révélations sapent-elles la stratégie de « normalisation » du parti d'extrême droite?
Ces révélations mettent clairement le RN dans l'embarras. Mais quelles en seront les conséquences, concrètement? La dynamique sondagière et électorale du parti pourrait ne pas en être affectée: même la condamnation, pourtant lourde, de Marine Le Pen n'a pas eu d'effet sur les niveaux d'intentions de vote élevés qui lui sont prêtés dans les enquêtes des instituts [le 7 juillet, Marine Le Pen a été condamné en appel dans l'affaire des assistants parlementaires européens du parti à trois ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, et à 100 000 euros d'amende].
Le socle formé par les soutiens du RN est en effet l'un des plus solides au sein du paysage politique français, et ces soutiens considéreront probablement les révélations de Mediapart comme relevant avant tout d'une nouvelle attaque à l'égard du parti. Par ailleurs, il faut se souvenir que les enquêtes de la Commission nationale consultative des droits de l'homme montrent que le niveau de préjugés antisémites chez les sympathisants du RN est l'un des plus élevés (55 % en 2024, 48 % en 2025).
Enfin, je ne pense pas que ces révélations modifient la perception, désormais assez largement établie dans l'opinion publique, selon laquelle le RN serait désormais un parti «dédiabolisé». Car les propos racistes, xénophobes, antisémites qui sont régulièrement tenus au sein parti, et qui font l'objet de fréquentes «révélations» de la part des médias, n'ont pas réussi à altérer son image.
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Comment la question de l'antisémitisme est-elle devenue un élément central de cette stratégie?
Depuis plus d'une dizaine d'années, l'antisémitisme a été pensé par le parti comme le «verrou idéologique» freinant sa normalisation. Dans un entretien accordé en 2013 à l'historienne Valérie Igounet, Louis Aliot, alors vice-président du RN, avait déclaré: «C'est l'antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous.» Il laissait ainsi penser que les autres positions du parti, sur l'immigration, ou sur l'islam, ne poseraient plus problème – «d'autres sont pires que nous sur ces sujets-là», précisait-il. Et, en effet, les vues du RN sur ces thématiques ont été adoptées par plusieurs acteurs politiques, plus particulièrement de droite, qui ont contribué à les rendre d'autant plus acceptables.
C'est pour faire « sauter » ce dernier obstacle que les dirigeants du parti ont cherché à donner des gages en matière de lutte contre l'antisémitisme. Marine Le Pen s'est ainsi présentée dès 2014, dans un entretien à Valeurs actuelles, comme un « bouclier » pour les juifs en France, et a participé à la marche contre l'antisémitisme de novembre 2023. Ce sont tous ces efforts que viennent aujourd'hui contrarier les révélations de Mediapart.
Pour se défendre, Jordan Bardella a accusé La France insoumise (LFI) d'avoir « glorifié le 7-Octobre comme des actes de résistance » et multiplié « les jeux de mots antisémites » ces derniers mois. Ce retournement de l'accusation en antisémitisme est-il un outil de plus au service de la stratégie de « normalisation » du parti?
C'est en effet devenu l'un des ressorts de cette stratégie. La « diabolisation » de LFI, expression devenue usuelle dans le commentaire politique, semble ainsi avoir servi la « dédiabolisation » du RN. Ce simple transfert de vocabulaire, autrefois réservé au seul parti d'extrême droite, témoigne d'un déplacement du stigmate politique. Mais le RN n'est pas seul responsable : la construction de LFI comme « ennemi » résulte aussi du discours de plusieurs de ses adversaires politiques.
Enfin, en la matière, le RN a pu également compter sur des soutiens inattendus. Serge Klarsfeld – qui a consacré une grande partie de sa vie à poursuivre les anciens responsables nazis et à documenter la persécution des juifs en France – a ainsi pu déclarer en juin 2024 que, dans l'hypothèse d'un duel entre le RN et LFI au second tour des élections législatives, il voterait « sans hésitation » pour le RN, tout en le qualifiant d'« adversaire politique ».
Depuis le début de l'entreprise politique qu'est le RN, les phases de radicalisation et de normalisation alternent au gré du contexte politique et électoral. Faut-il s'attendre, si la stratégie de normalisation actuelle du RN achoppait sur la question de l'antisémitisme, à un retour à une stratégie de radicalisation?
Je ne crois pas que cette stratégie de radicalisation ait jamais été abandonnée. Il y a quelques semaines à peine, Marine Le Pen remettait à l'ordre du jour la question de la pénalisation du voile islamiste dans l'espace public.
La «diabolisation» – c'est-à-dire la stratégie assumée du parti et de ses cadres consistant à mettre en avant les éléments les plus radicaux de son idéologie, ce qui se traduit souvent par des «dérapages » et des provocations – fait partie intégrante du fonctionnement du parti. Elle lui permet d'affirmer et de réaffirmer régulièrement ses fondements identitaires et de conforter le socle de ses soutiens. Il reste que le récit de la «dédiabolisation» – la stratégie inverse, visant à réduire le jugement moral porté sur le parti et à le rendre respectable – s'est désormais imposé comme un récit dominant dès lors qu'il s'agit d'évoquer le RN. De fait, on oublie que la radicalisation continue de relever du répertoire stratégique du parti, et on s'étonne à chaque fois de la redécouvrir.
La perception du RN au sein de l'opinion a beaucoup évolué et ses idées sont beaucoup moins rejetées. Ce qui fait qu'aujourd'hui, activation de la radicalité (diabolisation) et recherche de légitimité (dédiabolisation) n'agissent plus de manière contradictoire, comme par le passé. Le parti peut en même temps présenter une façade respectable et rassurer ses soutiens les plus radicaux, sans avoir forcément à en subir les coûts. L'acceptabilité croissante du parti semble ainsi avoir neutralisé les effets autrefois négatifs des saillies verbales de ses dirigeants.
■ PROPOS RECUEILLIS PAR MARION DUPONT
Perrine Simon-Nahum Jordan Bardella appartient à la « génération Soral », entrée en politique dans les années 2010
A la suite des révélations de « Mediapart » sur les écrits antisémites du président du RN, la philosophe analyse comment cette haine singulière structure des imaginaires radicaux et menace les fondements du débat politique
Le fait qu'une accusation d'antisémitisme marque le début de la campagne présidentielle est symptomatique. Ce que révèle l'affaire Bardella [déclenchée par les révélations de Mediapart sur les écrits antisémites de Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, RN], au-delà de la conduite de l'intéressé lui-même, est la manière dont l'antisémitisme fonctionne comme un piège pour la démocratie. L'antisémitisme n'est pas un racisme ordinaire, même s'il en partage certains traits.
Le juif dont l'antisémite déplore l'existence n'est pas un ennemi comme un autre. Il semble d'autant plus dangereux à ses yeux qu'il ne peut se résumer à une identité. Il apparaît comme insaisissable, à la fois trop semblable et donc impossible à repérer, mais aussi trop différent pour pouvoir être intégré au corps social. De là découle une argumentation construite en miroir. Dans un monde toujours plus complexe, l'antisémitisme déroule un récit mythique ramenant l'ensemble des événements qui nous affectent à une cause unique. Il s'agirait pour les juifs de chercher à dominer le monde. Le mobile importe peu, qu'il s'agisse du pouvoir ou de l'argent.
L'antisémitisme est ensuite une représentation simpliste et manichéenne du monde. A la différence de la théorie du « grand remplacement », qui prétend décrire un danger venant de l'immigration, le projet dont il est question vient d'en haut. Il repose sur le secret et répond à une organisation implacable. Quant à l'éventualité de réfutations possibles, elles sont immédiatement dénoncées comme apportant la preuve même de l'existence du complot.
Enfin, le point par lequel l'antisémitisme 2.0 se différencie de celui des années 1980 et, plus encore, de celui des courants nationalistes du XIXe siècle, tient dans son identification avec une vision apocalyptique de la pratique politique. Tels sont les éléments qui constituent ce qu'on pourrait appeler, en référence au grand historien de l'antisémitisme Léon Poliakov [1910-1997], la « nouvelle causalité diabolique ».
Que le jeune homme de 17 ans et quelques mois, encarté au Front national [l'ancien nom du RN], ait pu adhérer à de telles idées n'a rien de surprenant. L'antisémitisme tient à l'ADN du parti fondé par Jean-Marie Le Pen, et la polémique actuelle ne fait que mettre en lumière la naïveté de ceux qui pouvaient croire en sa normalisation.
L'ANTISÉMITISME N'EST PAS UNE HAINE ORDINAIRE. IL RÉDUIT LA POLITIQUE À N'ÊTRE PLUS QU'UN CHAMP DE RUINES
On ne reviendra pas ici sur l'ensemble des éléments témoignant de l'influence d'idées antisémites dans ses rangs, ni sur le fait que la «dédiabolisation» fut une stratégie inventée par les idéologues du parti, au milieu des années 1980, pour contourer les obstacles s'opposant à l'accession aux plus hautes responsabilités. Cela ne signifie pas que ses dirigeants s'en réclament ouvertement ou qu'ils se reconnaissent eux-mêmes comme des antisémites. Il n'en reste pas moins que leur projet politique en participe.
Au vu de l'essentialisation de certains groupes, de la référence à la nation ethnique contre la nation civique ou de la réécriture du roman national qui nourrissent leurs discours, il est peu probable que la société qu'ils appellent de leurs vœux autorise une quelconque pluralité, qu'il s'agisse des origines ou des opinions. Ainsi, pour interdire le voile [en 2012], ont-ils inclus la kippa dans leur proposition avant de faire rapidement machine arrière. En année électorale, et alors que le RN serait le grand favori pour accéder à la présidence de la République, il est bon qu'au détour de la polémique actuelle les citoyens en prennent conscience.
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Traque sans fin
Au-delà du récit mythique et de la représentation du monde, l'antisémitisme s'incarne depuis le début des années 2000 dans une vision singulière de la politique. Jordan Bardella appartient en effet à cette « génération Soral » [du nom du polémiste antisémite Alain Soral], entrée en politique dans les années 2010 et qui a aujourd'hui essaimé aussi bien à l'extrême droite que dans les rangs de la gauche radicale. Parmi elle, on peut par exemple citer le nom de David Guiraud, aujourd'hui maire «insoumis» de Roubaix [lequel a reconnu, lors d'un entretien avec Libération en 2023, avoir regardé des vidéos d'Alain Soral]. Pour ces jeunes nourris à l'antisémitisme paranoïde soralien, il ne s'agit pas seulement de penser le monde mais d'y agir. L'action doit être violente et radicale; elle doit « renverser la table » et apparaître définitive face à une menace elle-même conçue comme absolue.
Ceci explique qu'aujourd'hui, alors que notre pays est menacé par la Russie, affronte une crise inédite des finances publiques et doit faire face comme le reste de la planète au dérèglement climatique, ce référent qu'est l'antisémitisme continue de jouer un tel rôle à l'extrême droite comme à l'extrême gauche.
Peu importe que le RN se reconnaisse un ou plusieurs ennemis ou, qu'avant même les juifs, il désigne l'ensemble des immigrés comme sa cible. Ce qui compte est la structure que son discours imprime à l'action et qui trouve à se nourrir des défaillances des démocraties. L'antisémitisme, on l'a dit, n'est pas une haine ordinaire. L'ennemi qu'il désigne, parce qu'il est inassignable, donne lieu à une traque sans fin.
Il réduit la politique à n'être plus qu'un champ de ruines.
C'est sur ce nihilisme que se construit « l'enfance d'un chef ». Semblables à Lucien Fleurier décrit par Sartre dans sa nouvelle [parue en 1939], Jordan Bardella et la « génération Soral » cherchent dans ce combat à mort la preuve de leur existence. Or, celle-ci peut résulter de deux choses : le caractère inextinguible de la haine que l'on voue à celui que l'on accuse de son malheur ; la destruction de l'ensemble des règles qui permettent aux hommes de vivre en société. Nous y sommes aujourd'hui. Il faudra donc, dans les mois qui viennent, accorder une attention toute particulière à la manière dont ces partis entachés de soupçons d'antisémitisme proposent d'affronter la question de la sécurité au travers de la crise ukrainienne et celle de la souveraineté dans la gestion de la crise de la dette.
Perrine Simon-Nahum
est directrice de recherche au CNRS, professeure attachée au département de philosophie de l'Ecole normale supérieure
La France doit reconnaître un crime autonome d'écocide dans son code pénal
La France doit transposer la directive européenne sur la criminalité environnementale, troisième activité criminelle la plus lucrative au monde, soutient un collectif réunissant notamment le magistrat François Molins, le climatologue Jean Jouzel et la députée européenne Marie Toussaint
Aujourd'hui, la réalité de la crise écologique ne fait plus débat. Les constats scientifiques sont sans appel : sept des neuf limites planétaires ont déjà été franchies et, selon le GIEC [groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat], le seuil de 1,5 °C de réchauffement devrait être atteint au début des années 2030. En France, les vagues de chaleur extrême et la multiplication des incendies de forêt ravageant des écosystèmes entiers témoignent de l'ampleur de cette crise, dont les territoires ultramarins subissent également les conséquences de plein fouet.
Face à cette crise et aux atteintes à l'environnement qui menacent les conditions de vie des générations présentes et futures, les décideurs publics, les institutions internationales et les juridictions du monde entier reconnaissent désormais que la préservation du climat, de la biodiversité et des écosystèmes conditionne la sécurité, la prospérité et la résilience de nos sociétés.
Or, certaines de ces atteintes résultent d'activités criminelles. Comme le souligne Christophe Soulard, premier président de la Cour de cassation : « La criminalité environnementale n'est plus une délinquance de niche. C'est la troisième activité criminelle la plus lucrative au monde. Mais, derrière les millions d'euros, il y a la réalité humaine et écologique de ces crimes. » Face à ces constats, le droit s'affirme comme un outil essentiel de dissuasion des atteintes les plus graves portées au vivant.
A l'échelle internationale, la Cour internationale de justice l'a rappelé le 23 juillet 2025, en précisant que les Etats ont l'obligation juridique de protéger le système climatique et de prévenir les dommages environnementaux graves. Le 20 mai, l'Assemblée générale des Nations unies a confirmé cette orientation en adoptant une résolution historique appelant les Etats à mettre leurs politiques en conformité avec leurs obligations climatiques et environnementales. Le Vanuatu, les Fidji et les Samoa ont proposé d'intégrer l'écocide parmi les crimes relevant de la Cour pénale internationale. En octobre 2025, l'Union internationale pour la conservation de la nature a adopté, avec le vote favorable de la France, une résolution appelant à reconnaître l'écocide en droit national et international.
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Hiérarchisation
Plus d'une dizaine d'Etats reconnaissent déjà l'écocide dans leur droit interne, notamment la Belgique et la République de Maurice, tandis que des initiatives sont en cours dans plus de vingt autres pays. En Afrique, la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement en a fait une priorité pour 2025-2027, alors que la Commission climat du bassin du Congo soutient sa reconnaissance et que la question est également discutée au sein de l'Organisation des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Le Conseil de l'Europe a adopté, le 14 mai 2025, une Convention sur la protection de l'environnement par le droit pénal, signée par la France le 18 septembre 2026, visant notamment les comportements les plus graves pouvant être assimilés à un écocide.
L'Union européenne a également franchi une étape décisive avec l'adoption, le 11 avril 2024, de la directive (UE) 2024/1203 relative à la protection de l'environnement par le droit pénal, qui impose aux Etats membres de renforcer la préven-
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LE DROIT S'AFFIRME COMME UN OUTIL ESSENTIEL DE DISSUASION DES ATTEINTES LES PLUS GRAVES PORTÉES AU VIVANT
tion et la répression des atteintes les plus graves à l'environnement. Elle introduit des «infractions pénales qualifiées», que son considérant 21 présente comme pouvant être «comparables à un écocide».
Le législateur européen consacre ainsi une hiérarchisation des atteintes à l'environnement selon leur gravité, en distinguant les atteintes les plus graves des autres infractions environnementales et en prévoyant une réponse pénale renforcée. La directive vise également à renforcer la responsabilité des personnes morales et prévoit, dans certains cas, des poursuites pour des faits produisant des effets au-delà des frontières nationales.
Sa transposition, attendue au plus tard le 21 mai, n'ayant pas été réalisée, la Commission européenne a adressé en juillet une mise en demeure à la France, lui demandant de notifier l'ensemble de ses mesures de transposition. Cette obligation offre l'occasion de repenser notre droit pénal environnemental et d'y traduire la distinction entre les atteintes les plus graves et les autres infractions environnementales.
La France a déjà amorcé une réflexion sur la reconnaissance du crime d'écocide. Le 29 juin 2020, à l'issue des travaux de la convention citoyenne pour le climat, le président Macron s'était publiquement engagé à porter cette reconnaissance en droit international. Six ans plus tard, cet engagement contraste avec la réponse apportée en droit français. La loi Climat et résilience de 2021 s'est limitée à créer un délit d'écocide, dont les conditions d'application restreignent fortement la portée et qui ne suffit pas, à lui seul, à assurer la transposition complète de la directive européenne.
Alors que les initiatives se multiplient à travers le monde et que l'Union européenne impose à la France de renforcer son droit pénal environnemental, notre pays ne saurait défendre la reconnaissance d'un crime d'écocide à l'échelle internationale tout en maintenant, dans son propre droit, une réponse exclusivement délictuelle. Les atteintes environnementales les plus graves ne peuvent être traitées comme de simples infractions parmi d'autres. Leur gravité exceptionnelle, leur caractère parfois irréversible et leurs conséquences pour les populations et les générations futures justifient une qualification criminelle distincte et une réponse pénale adaptée.
C'est pourquoi nous, scientifiques, juristes et citoyens engagés, appelons le président de la République et son gouvernement à transposer sans délai la directive européenne, à saisir cette occasion pour reconnaître un crime autonome d'écocide dans le code pénal français et à engager un dialogue avec la société civile sur les solutions les plus efficaces pour protéger l'environnement.
Dominique Bourg, professeur honoraire de l'université de Lausanne (Suisse); Valérie Cabanes, juriste internationaliste, experte auprès de Stop Ecocide International; Ilana Cicurel, ancienne eurodéputée, corédactrice de la directive européenne; Christel Cournil, professeure des universités, Sciences Po Toulouse; Anne-Sophie Denolle, enseignante-chercheuse en droit de l'environnement, université de Rouen-Normandie; Philippe Descola, anthropologue, professeur émérite du Collège de France; Barbara Glowczewski, directrice de recherche émérite du CNRS; Jean Jouzel, climatologue, ancien vice-président du groupe scientifique du GIEC; François Molins, procureur général honoraire près la Cour de cassation; Corinne Morel Darleux, autrice; Béatrice Parance, professeure agrégée de droit à l'université Paris Dauphine-PSL; Corine Pelluchon, professeure de philosophie à l'université Gustave-Eiffel; Pierre Richard, comédien; Camille de Toledo, écrivain, chercheur associé à l'Institut d'études avancées de Nantes; Marie Toussaint, eurodéputée (Les Ecologistes), corédactrice de la directive européenne sur la criminalité environnementale
Incendies : la réaction court- termiste doit céder la place aux actions de long terme
Un collectif de chercheurs estime nécessaire de penser désormais les mégafeux de forêt en termes de prévention, dans une approche qui inclut également les citoyens et les territoires
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LE PROBLÈME
N'EST PLUS DE
SAVOIR COMMENT
VAINCRE LE FEU,
MAIS COMMENT
VIVRE AVEC
UN RISQUE DEVENU
STRUCTUREL
D e phénomène méditerranéen, l'incendie de forêt est désormais une réalité nationale, sous l'effet du changement climatique. La saison 2026 marque un point de bascule : l'intensité, la rapidité et la simultanéité des incendies, leur extension géographique dans des régions plus septentrionales comme en Bretagne, dans le Jura, jusqu'à Fontainebleau où des Canadair ont été utilisés, rendent impossible la poursuite d'une doctrine calibrée pour des régimes de feux qui appartiennent désormais au siècle passé.
Quatre sapeurs-pompiers ont perdu la vie, tandis que les fumées, les traumatismes et la perte de biodiversité laisseront des séquelles durables.
Le coût est considérable : plus de 97 000 hectares brûlés et quelque 250 000 personnes déplacées, d'après les préfectures de Gironde et des Landes, et 500 millions d'euros de dommages estimés par France Assureurs.
La doctrine française de lutte contre les incendies repose sur une promesse implicite : si le feu survient, les moyens de lutte permettront de le maîtriser immédiatement. Celle-ci devient inefficace lorsque les effets du changement climatique aggravent les incendies. Cette fragilité résulte de sécheresses plus fréquentes, de moindres précipitations estivales et du dépérissement des forêts, qui favorisent des feux plus rapides et plus difficiles à maîtriser.
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Projets concertés et négociés
Le problème n'est plus de savoir comment vaincre le feu, mais comment vivre avec un risque devenu structurel. Le propre de l'anthropocène est que nous sommes à la fois à l'origine de la majorité des départs de feu et des conditions qui aggravent leur propagation. Nous ne subissons pas seulement ces transformations : nous les produisons.
La tâche nous incombe de passer à la planification du risque : la réaction court-termiste, centrée sur l'aléa, doit céder la place aux actions de long terme centrées sur les vulnérabilités. Ces vulnérabilités ne sont pas naturelles, elles sont produites par des choix d'aménagement et des modèles économiques promus et défens dus publiquement (monocultures productivistes, étalement pavillonnaire et mitage).
La stratégie française de défense des forêts contre les incendies reste marquée par une approche sectorielle et descendante. Face à l'évolution du risque, il convient donc de les réorienter vers une approche plus systémique et inclusive vis-à-vis des populations locales qui se sentent souvent dépossédés de leurs connaissances du terrain.
Gérer les nombreux risques qui se présentent devant nous suppose une planification écologique qui anticipe les catastrophes successives. La prévention ne peut se réduire à l'évitement. Elle doit organiser la végétation en fonction de la vulnérabilité du bâti. Mais elle doit aussi tenir compte des besoins de rafraîchissement, de la nécessité de stabiliser les pentes, de limiter le ruissellement. La réponse réside notamment dans la mixité des peuplements, les mosaïques paysagères et l'entretien de coupures de combustible. Les conventions qui associent les agriculteurs et agricultrices à la prévention méritent un cadre renforcé, car le monde agricole, et en particulier le pastoralisme, est appelé à devenir un acteur-clé.
La déprise agricole, l'urbanisation diffuse et les interfaces habitat-forêt imposent ainsi de penser le risque à l'échelle des territoires. Les plans de prévention permettent d'intégrer le risque d'incendie dans l'urbanisme, tandis que les plans de massifs peuvent devenir des outils démocratiques permettant de réunir propriétaires, agriculteurs, élus, et services de l'Etat autour de projets concertés et négociés. Leur efficacité dépend moins de la précision du zonage que de la capacité de l'Etat à s'engager financièrement, à coordonner les actions et à adapter les choix selon les besoins des habitants.
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Education au risque
Face au risque incendie, la prévention ne peut plus relever du seul citoyen, elle doit s'organiser à l'échelle de territoires solidaires. Les obligations légales de débroussaillement reposent sur un principe de réduction du combustible, mais leur application est pensée comme un problème de géométrie parcellaire et comme une responsabilité individuelle. Elle produit ainsi des inégalités entre ceux qui disposent des ressources physiques, matérielles et financières pour se protéger et les autres. Le débroussaillement mérite d'être mutualisé à l'échelle de zones communes à défendre pour faire de la prévention une responsabilité collective. Cette nouvelle approche appelle une véritable éducation au risque, adaptée aux cultures locales du feu et de la terre.
Les incendies de forêt interrogent notre conception de la sécurité collective. Financer la reconstruction à l'identique, ou transférer davantage le coût des catastrophes aux assurances et aux individus, revient à financer l'urgence plutôt que la transformation des territoires qui produisent le risque. La résilience ne consiste pas à reproduire le monde d'avant, mais à inventer d'autres visions. Cela suppose de changer notre imaginaire du feu. En invoquant sans cesse l'apocalypse, nous occultons les transformations de long terme qu'exige l'adaptation au risque. Il est vain de vouloir éradiquer le feu de nos vies, et prétentieux de penser le maîtriser totalement, mais, si l'on anticipe les désastres à venir, on peut toujours éviter le grand embrasement que promet l'accélération du changement climatique.
Emma Andrieux, géographe, doctorante rattachée au pôle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique (Prodig) et à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne; Clara Aubonnet, géographe, doctorante rattachée laboratoire IFG-Lab à l'université Paris-VIII; Marion Genet, paléoclimatologue, chercheuse à l'université Bretagne Sud-Vannes; Arthur Guérin-Turcq, géographe, enseignant à Sorbonne Université; Sébastien Lahaye, ancien officier pompier et président du bureau d'études et de recherche Warucene; Jordan Szcrupak, paysagiste concepteur, enseignant à l'Ecole nationale supérieure du paysage à Marseille; Pauline Vilain-Carlotti, géographe, directrice d'études risque d'incendie de forêt chez Warucene, autrice de «L'Epreuve du feu. Habiter autrement la Terre » (Flamma-rion, 272 pages, 21 euros)
TECHNOFASCISME
Cette notion a émergé comme une manière de saisir la nature inédite du projet politique qui semble modeler le second mandat de Donald Trump, tout en suscitant un débat conceptuel entre ceux qui l'emploi
Depuis quelques mois, une brochure radicale circule sous le manteau. Et, bien entendu, loin des réseaux sociaux. Signé par le mouvement technocritique Ecran total, ce texte, aujourd'hui publié aux éditions La Lenteur, s'était déjà diffusé à 3000 exemplaires avant d'atteindre les librairies, début 2026. Le titre de ce manifeste: Technofascisme. Une proposition de quitter au plus vite tous les réseaux sociaux (40 p., 5 euros), seul moyen selon ce collectif de faire reculer la forme très particulière d'extrême droite née dans la Silicon Valley. Un mouvement que résume le salut nazi du patron de X, Elon Musk, lors de la cérémonie d'investiture de Donald Trump en janvier 2025, et qui propulsera dans l'actualité ce mot : « technofascisme ».
Celui-ci n'est pas nouveau. André Gorz l'employait dès 1977 dans Ecologie et liberté (éd. Galilée) pour cibler la technocratie d'Etat s'occupant de l'environnement, et son « ingénierie appliquée aux systèmes vivants ». Le penseur écosocialiste est mort en 2007, dans un monde refaçonné par la guerre contre le terrorisme, quatre ans après la naissance d'une société au nom tiré du Seigneur des anneaux, Palantir, cofondée par un entrepreneur obsédé par l'Antéchrist, Peter Thiel. Deux décennies plus tard, le nom de ce milliardaire libertarien et celui de sa société – qui équipe notamment de ses logiciels la controversée police de l'immigration américaine – sont devenus les emblèmes de ce qu'une flopée d'ouvrages récents cerne sous le label de «technofascisme».
Traumachine. Intelligence artificielle et technofascisme (MF, 2025), du philosophe Frédéric Neyrat; Apocalypse Nerds. Comment les technofascistes ont pris le pouvoir (Divergences, 2025), des journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet; Technofascisme. Le nouveau rêve de la suprématie blanche (Météores, 200 pages, 16 euros), du philosophe Norman Ajari; mais aussi La Sommation technologique. Au temps des catastrophes (La Fabrique, 208 pages, 16 euros), du sociologue Irénée Ré-gnauld. Quatre ouvrages qui signalent autant « CE QUI ADVIENT
AVEC L'IA DÉPASSE
LE CONTRÔLE DE
LA CLASSE QUI L'A
CONÇUE, ET PRODUIT
UN FASCISME
COGNITIF »
FRÉDÉRIC NEYRAT
philosophe
la sidération provoquée par le nouveau mandat de Trump chez les intellectuels que le désir de conceptualiser par un mot nouveau ce qui advient avec ce pouvoir inédit. Cette forme serait donc le technofascisme, que Nastasia Hadjadji définit comme « l'utilisation d'une infrastructure technologique pour mener une contre-révolution visant à capturer l'Etat au bénéfice d'entreprises privées ».
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«Idéaux suprémacistes»
Si fascisme il y a, c'est que ces figures portent l'idée d'une « purification du corps social de ses indésirables et la volonté de revenir à des hiérarchies de genre, de race et de classe présentées comme naturelles », poursuit Nastasia Hadjadji. Une position proche de celle du penseur décolonial Norman Ajari, qui met l'accent sur la question raciale. Dans Technofascisme, il donne une place prééminente aux « idéaux suprémacistes » contenus dans cette mouvance, tout en s'attardant sur son étonnante articulation historique : « L'aspiration à une synthèse entre les hiérarchies rigides des sociétés antiques et les élans révolutionnaires du progrès technologique. » Soit une « étrange mise en réseau de la brutalité fantasmée des rites anciens et de la violence du progrès technique ». Il distingue deux mutations majeures depuis le fascisme originel, qui exaltait l'Etat et cherchait à séduire les foules: le technofascisme se présente comme un « discours d'insurrection des élites contre ces masses », et travaille à une privatisation intégrale de la chose publique.
Frédéric Neyrat, lui, inverse la logique. Le technofascisme ne désigne pas chez lui un groupe aux desseins fascisants utilisant les moyens technologiques, mais une dimension intrinsèque contenue dans la technologie, et en particulier l'intelligence artificielle (IA), qui aurait, en se déployant, « transformé la subjectivité » d'entrepreneurs tels qu'Elon Musk. « Le technofascisme est produit par la technologie elle-même, résume le philosophe. Ce qui advient avec l'IA dépasse le contrôle de la classe qui l'a conçue, et produit un fascisme cognitif: elle resculpte la manière dont nous pensons, dont nous vivons ensemble et même dont nous faisons la guerre. »
Certains spécialistes prennent le terme avec prudence. Comme le sociologue Olivier Alexandre, auteur de La Tech. Quand la Silicon Valley refait le monde (Seuil, 2023), pour qui la notion reste «empiriquement fragile», et qui omet notamment que l'essentiel de la Silicon Valley demeure plutôt démocrate. Irénée Régnauld admet de son côté un emploi stratégique: «technofascisme» s'est imposé comme «un mot de dénonciation». Dans La Sommation technologique, il est l'un des premiers à interroger l'existence d'un «technofascisme à la française». Verdict : hormis quelques figures marginales, il n'existe pas de mouvance pouvant être étiquetée comme telle, mais plutôt un terreau propice à son importation.
«Depuis le quinquennat Sarkozy [2007-2012], on observe un déploiement constant de l'utilisation de la technologie à des fins policières, et simultanément une politique de soutien à l'innovation qui, notamment via [la banque publique d'investissement] Bpifrance, a largement investi dans un secteur technosécuritaire», explique Irénée Régnauld. Dans cette trajectoire, ce sociologue décèle plutôt une «fascisation ordinaire de l'Etat par des instruments numériques».
YOUNESS BOUSENNA
CHRONIQUE | BÉATRICE CHERRIER Le « prix Nobel d’économie », résultat d’un coup politique
Lundi 12 octobre, l'Académie royale des sciences de Suède clôturera la semaine du Nobel par l'annonce du prix d'économie. Comme chaque année, des économistes salueront un prix « plus que mérité », quand d'autres dénonceront une supercherie en rappelant qu'il s'agit d'un faux Nobel. Les deux groupes auront partiellement raison, et comprendre cela est important pour la France en cette année présidentielle où dette, inégalités, travail, innovation et énergie sont au centre du débat.
Car ce prix est bien le résultat d'un coup politique, lequel a parfaitement fonctionné. Les faits sont établis par les archives, qu'ont dépouillées Philip Mirowski, puis, dans The Nobel Factor. The Prize in Economics, Social Democracy, and the Market Turn («le facteur Nobel. Le prix d'économie, la social-démocratie et le tournant du marché», 2016, non traduit), les historiens de l'économie Avner Offer et Gabriel Söderberg. En 1968, Per Asbrink, gouverneur de la Banque de Suède, bataille en vain pour arracher au gouvernement social-démocrate de Tage Erlander (1901-1985) l'indépendance de son institution. Il décide de financer sur les fonds de la banque un prix d'économie, après avoir arraché l'assentiment de la doyenne de la famille Nobel et obtenu l'accord de la Fondation Nobel, tenue par des industriels.
Il annonce rapidement son prix, administré par l'Académie royale, comme ceux de physique et de chimie. Récompenser la « science économique » déplacerait le débat public vers l'orthodoxie monétaire, espérait-il. Ce « projet de vanité », selon la formule d'Offer et Söderberg, visait à transférer à l'économie soixante ans de prestige accumulé par les sciences de la nature. Et il a réussi: le prix est devenu le marqueur public de ce qui compte comme bonne science économique.
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La bonne question
Plutôt que de démystifier le prix, il convient donc de comprendre ce qu'il récompense: des méthodes, plutôt que des résultats ou des recommandations de politique économique. Mais ces méthodes reflètent un consensus sur les avancées permettant de comprendre les crises financières, les enchères ou la lutte contre la pauvreté. Une discipline qui distingue ses outils plutôt que ses verdicts se comporte en science, même si un prix limité à trois lauréats reflète mal le travail collectif que suppose chaque avancée: bases de données, laboratoires, enquêtes de terrain, algorithmes.
Les lauréats sont toutefois associés à des conclusions et à des recommandations plus contestées à mesure qu'elles s'éloignent du champ d'expertise récompensé. Le comité a joué les équilibristes. En 1974, il couronne ensemble le so-
PLUTÔT QUE DE
DÉMYSTIFIER LE « PRIX
NOBEL D'ÉCONOMIE », IL
CONVIENT DE COMPRENDRE
CE QU'IL RÉCOMPENSE cial-démocrate Gunnar Myrdal (1898-1987) et le néolibéral Friedrich Hayek (1899-1992) pour leurs travaux sur les théories monétaires. Aucun des deux n'en voulait : Hayek aurait déconseillé de créer ce prix, qui confère, selon lui, « une autorité qu'en économie nul ne devrait détenir » ; Myrdal, deux ans plus tard, en réclame la suppression.
En 2013, il distingue Eugene Fama, qui défend l'efficience des marchés financiers, et Robert Shiller, qui souligne l'irrationalité des bulles. Mais tous deux ont ouvert le même champ d'analyse empirique. En 1997, Myron Scholes et Robert Merton sont récompensés pour leur formule d'évaluation des options; onze mois plus tard, LTCM, le fonds dont ils sont les associés, s'effondre: signe du gouffre qui sépare parfois les méthodes de leurs applications. Offer et Söderberg concluent d'ailleurs que la liste des lauréats ne comporte aucun biais idéologique systématique.
Le 12 octobre, la bonne question ne sera donc pas de savoir si ce Nobel en est un, mais de comprendre ce qu'il récompense, afin de distinguer les approches scientifiques des opinions, puis de discuter les conclusions que ces méthodes ont permis d'établir et la pertinence de leur traduction en politique. L'autorité du « prix Nobel d'économie » est réelle et légitime, mais elle s'arrête là où commence le débat public. Béatrice Cherrier est historienne de l'économie, directrice de recherche au Centre de recherche en économie et statistique (Crest-CNRS) et à l'Ecole polytechnique
VLADIMIR POUTINE, MASCULINISTE EN CHEF
LE SEXE DE POUTINE
de Lukas Aubin,
Textuel,
160 pages,
18,90 euros
LIVRE
Pour Vladimir Poutine, sexualité et pouvoir sont étroitement liés. C'est ce que démontre le chercheur Lukas Aubin dans son dernier livre, Le Sexe de Poutine (Textuel, 160 pages, 18,90 euros), dans lequel il raconte comment le président russe s'est approprié les corps de ses sujets, comment il a érigé l'hétérosexualité et le masculinisme en instruments de contrôle.
Si beaucoup a été dit sur le régime russe, sa nature totalitaire, sa matrice issue du KGB (la police politique et les services secrets extérieurs soviétiques réunis), ses ambitions expansionnistes, en revanche, son projet biopolitique n'a pas vraiment été étudié.
Or, dans la Russie de Poutine, le corps du chef est « une représentation géopolitique à part entière, c'est-à-dire comme une construction visuelle qui articule le pouvoir, le territoire et l'identité nationale », rappelle le directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques.
Il fut d'ailleurs un temps où sa plasticité s'exposait à l'envi dans le pur style mussolinien, torse nul à cheval, nageant la brasse papillon dans une rivière glacée de Sibérie, en pleine prise de judo sur un tatami.
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L'Occident, faible et décadent
Le tout s'accompagne d'un discours sur le genre qui disqualifie la féminité et les minorités sexuelles, associées «à la faiblesse ou à la dégénérescence». Le patriarcat est la norme, au point que «les femmes sont quasi absentes des cercles du pouvoir, cantonnées à des rôles subalternes tandis que les minorités LGBT + sont ouvertement stigmatisées et exclues du récit national», observe l'auteur, pour qui «l'autoritarisme s'accompagne toujours de la fin des libertés de genre».
Conflit en Ukraine oblige, les corps des hommes russes constituent une ressource exploitable, moyennant finance, au même titre que le gaz ou le pétrole. L'Etat carnivore les envoie à la mort, à raison de dizaines de milliers chaque mois, avec la bénédiction du patriarche Kirill, qui a vanté la « guerre sainte » en 2024.
Au niveau mondial, Moscou cultive ses relations avec les milieux ultraconservateurs, les forums anti-genre, tel le Congrès mondial des familles où des dignitaires religieux, des industriels, des acteurs étatiques russes, américains, européens accordent leurs violons pour contrer la féminisation des sociétés et le droit à l'existence des LGBT +.
Les choses vont encore plus loin. Selon une étude du Service européen pour l'action extérieure, citée par l'auteur, « les campagnes russes de manipulation informationnelle mobilisent la sexualité, le genre, la race pour présenter l'Europe comme un espace dystopique miné par la perversion sexuelle, l'effondrement de la famille et la confusion des identités ». En se posant en forteresse morale, à rebours de l'Occident, présenté comme faible et décadent, la Russie joue sur les peurs existantes, sociales, identitaires, démographiques, non sans succès, à en juger par la vigueur dans les urnes de « l'internationale réactionnaire ».
MARIE JÉGO
GÉOPOLITIQUE | CHRONIQUE
PAR GILLES PARIS
Le verrou du Brésil en passe de sauter?
La concordance des temps laisse à désirer sur le continent américain. Les Etats-Unis s'interrogent sur la hauteur de la vague démocrate qui se manifestera lors des élections de mi-mandat, le 3 novembre, alors qu'au sud du pays les gouvernements de gauche sont balayés les uns après les autres. Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle au Brésil, dimanche 4 octobre, et l'avance obtenue par l'un des rejetons de celui qui fut surnommé le « Trump des tropiques », Jair Bolsonaro, ont dû être appréciés à la Maison Blanche. Les occasions de se réjouir n'y sont pas légion.
Le modèle original peut en effet espérer voir se lever un verrou de taille pour l'application de sa doctrine pour l'« hémisphère occidental », le continent américain. L'un après les autres, au fil des mois, le Chili, le Pérou, la Bolivie et la Colombie sont passés à droite, après l'Argentine, en épousant plus ou moins les thèmes et les méthodes du trumpisme. Après la mise au pas du Venezuela, en janvier, avec l'enlèvement de Nicolas Maduro, qui a permis à Washington de prétendre contrôler une partie significative des premières réserves d'hydrocarbures mondiales, le Brésil reste le dernier caillou d'importance dans la botte de Washington. Mais pour combien de temps?
Membre des BRICS (groupe comptant 11 membres représentant le Sud global), chantre d'un multilatéralisme qui se défie des empires, le géant de l'Amérique latine a tenu tête à Donald Trump en jugeant et en condamnant sa copie locale, en dépit des menaces et du marteau des taxes douanières. Jair Bolsonaro avait poussé le mimétisme jusqu'à vouloir remettre en cause par la force, en janvier 2023, le résultat de la dernière élection présidentielle. Un hommage du vice au vice.
Un juge de la Cour suprême brésilienne a également fait plier Elon Musk, qui entendait que la désinformation et le complotisme continuent d'y couler à flots par le truchement de sa plateforme X. Washington a répondu par un crachat, en sanctionnant le magistrat grâce à une disposition introduite par le Congrès contre des individus responsables de violations des droits humains ou d'actes de corruption. Cette loi avait été votée initialement pour punir les premières dérives autoritaires de la Russie. Le vice au carré.
Donald Trump serait évidemment plus dans son élément avec le retour au pouvoir du clan Bolsonaro, désormais plus omniprésent que jamais après les élections du 4 octobre et dont un des membres a fui la justice de son pays aux Etats-Unis. Nul doute que les condamnations prononcées après la tentative de coup d'Etat de 2023 suivraient le même cours que celles qui avaient sanctionné les émeutiers, aux Etats-Unis, du 6 janvier 2021, et que le locataire de la Maison Blanche a effacées dans les pardons présidentiels.
Détaillée en décembre 2025, sa doctrine « Donroe » – jeu de mots associant le prénom Donald et la doctrine Monroe – fait peu de cas du droit pour l'« hémisphère occi-
BRASILIA RESTE
LE DERNIER CAILLOU
D'IMPORTANCE
DANS LA BOTTE
DE WASHINGTON
EN AMÉRIQUE LATINE
DONALD TRUMP
SERAIT ÉVIDEMMENT
PLUS DANS SON
ÉLÉMENT AVEC LE
RETOUR AU POUVOIR
DU CLAN BOLSONARO
dental». Seul compte en effet l'objectif de la restauration d'une domination sans partage sur l'Amérique latine. Derrière le souci commun de lutte contre le narcotrafic placé au cœur du dispositif du « Bouclier des Amériques », club limité aux Etats qui pensent pareil, la doctrine « Donroe », qui est la mise à jour de la volonté de sanctuariser, au XIXe siècle, le continent américain contre d'éventuelles visées extérieures, a pour objectif d'assujettir les pays d'Amérique du Sud aux seuls intérêts et priorités de Washington. L'utilisation exclusive du terme même d'Amérique, réquisitionné pour désigner le golfe du Mexique comme le lac Ontario, au mépris des autres riverains, le dit symboliquement mieux que n'importe quel exposé.
Lorsque la stratégie de sécurité nationale de 2025 évoque la «position prééminente» revendiquée par Washington, c'est bien «pour garantir [sa] sécurité et [sa] prospérité», et elles seules. Les Etats-Unis ne peuvent être plus clairs : «Les termes de nos alliances et les conditions auxquelles nous fournissons toute forme d'aide doivent dépendre de la réduction de l'influence hostile extérieure, qu'il s'agisse du contrôle des installations militaires, des ports et des infrastructures-clés ou de l'achat d'actifs stratégiques au sens large», explique ce document, qui définit donc une souveraineté à sens unique.
L'«influence hostile extérieure» n'a pas besoin d'être précisée, puisque chacun comprend qu'il s'agit de Pékin. La Chine a en effet profité de l'égarement des administrations américaines successives dans les « guerres sans fin » et surtout sans victoires conduites au Moyen-Orient, à partir de 2001, pour prendre pied économiquement en Amérique latine. Un quart de siècle plus tard, le géant asiatique est devenu le premier partenaire commercial des principaux pays de l'Amérique latine, quelle que soit leur couleur politique, et un débouché difficilement remplaçable pour leurs minerais stratégiques.
C'est dire que l'endiguement de Pékin, dans ce que Washington considère de nouveau comme son arrière-cour, est plus facile à promettre sur le papier que dans la réalité. Javier Milei, précurseur de cet alignement sud-américain sur le trumpisme, avait exclu sur les estrades tout dialogue avec un pays «communiste». La rhétorique a eu vite fait de s'effacer derrière la logique des intérêts nationaux. Les affaires continuent et, en août, l'Argentine et la Chine ont renouvelé pour cinq ans un accord bilatéral d'échange de devises.
Aux Etats-Unis, Donald Trump a confondu le rejet du mandat de Joe Biden avec un soutien fervent à son projet de concassage des institutions américaines, et pourrait le payer chèrement. Les votes sanctions contre la gauche survenus au Chili, au Pérou ou en Colombie ne valent certainement pas adhésion aveugle à la doctrine « Donroe », qui fait peu de cas du nationalisme des autres. Surtout si son avenir ne dépasse pas la fin du dernier mandat du locataire de la Maison Blanche, en janvier 2029.
L'AFFIRMATION
D'UN
MOUVEMENT
SOCIAL LYCÉEN
ÉDITORIAL M
Un lycée sur quatre mobilisé et même un sur deux en Ile-de-France, les étudiants en renfort, plusieurs centaines de milliers de manifestants dans toute la France. Le mouvement lycéen s'est massivement déployé, mardi 6 octobre, trois semaines après avoir éclos en banlieue parisienne. Et ce, en dépit du mépris d'un gouvernement qui avait tenté de le réduire à une affaire de « violences urbaines ». De Poitiers à Clermont-Ferrand, de Lille à Montpellier, des jeunesse diverses ont additionné leurs voix, issues de tous milieux socio-géographiques.
Au nom de l'égalité des chances, l'expression des revendications a porté, clairement – des moyens pour le quotidien, des enseignants, un processus d'accès à l'enseignement supérieur plus transparent –, sur fond d'angoisses profondes face à l'avenir. A Rennes ou à Paris, les heurts ont été maîtrisés. La journée s'est achevée de façon « classique », animée de cortèges paisibles devancés par de petits groupes de casseurs – au nombre de 300 dans la capitale, selon la Préfecture de police.
Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a exprimé son « soulagement » d'avoir assisté à des « manifestations démocratiques ». Mais si l'Etat a garanti comme il le doit le droit constitutionnel de manifester, cette issue positive ne saurait être mise au crédit du gouvernement. La réussite relève des adultes qui ont décidé de dialoguer avec les plus jeunes, puis de les accompagner, formant écran à leur violence ou à celle venue d'autres, et évitant aussi un face-à-face mortifère avec la police. Des syndicats d'étudiants, ceux de l'éducation nationale, des organisations de parents d'élèves, ont apporté leur protection. Autant de corps intermédiaires que le président de la République, Emmanuel Macron, et ses gouvernements n'ont cessé de contourner ces dernières années.
Derrière les slogans portés sur les pancartes en carton des cortèges, le bilan demeure terrible. Trois lycéens resteront gravement mutilés, du fait de tirs policiers. Le décompte officiel établit un record d'au moins 215 élèves, 85 personnels de l'éducation et
750 gendarmes ou policiers blessés. N'écoutant qu'une droite prompte à conspuer l'impuissance de l'Etat face au désordre, M. Lecornu a évoqué des « accidents », écartant toute « disproportion volontaire de l'usage de la force ». « Il y a un contexte », justifie le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez. Les agressions de proviseurs ou de fonctionnaires de police, comme les incendies de bâtiments, sont de fait inacceptables.
Mais les dommages humains, depuis le début du mouvement, témoignent obstinément d'un excès de force, et 18 enquêtes de l'inspection sont déjà lancées, sur des violences policières. Depuis que les premiers blocus ont été levés avec brutalité, l'attitude illisible des forces de l'ordre nourrit elle-même la mobilisation. Le choix d'interpeller massivement (plus de 6500 arrestations dont 4500 mineurs), et l'annonce d'un projet de loi « casseurs-payeurs » vont continuer d'alimenter une révolte.
La radicalité de la protestation des « gilets jaunes » a traumatisé le pouvoir macroniste. Sa gestion ultra-sécuritaire, depuis lors reproduite dans le champ social, a abîmé le droit de manifester. Dissuadés par les violences et les interpellations, les citoyens ont vu « monter le coût de la participation à une mobilisation », souligne le chercheur de Sciences Po Xavier Crettiez. Par sa volonté, ce mouvement lycéen est sorti, cette fois, du piège.
Une collection Le Monde
« Il est dans le caractère français de s'enthousiasmer, de se colérer, de se passionner pour le météore du moment, pour les bâtons flottants de l'actualité. Les êtres collectifs, les peuples, seraient-ils donc sans mémoire ? »
Eugénie Grandet, Honoré de Balzac
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CAHIER DU « MONDE » N°25434 DATÉ JEUDI 8 OCTOBRE 2026
NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT
IA LA REVANCHE DU GESTE
Dans un monde du travail bouleversé par l'intelligence artificielle générative, les métiers manuels ou centrés sur les qualités purement humaines apparaissent comme des refuges pour les jeunes actifs
A l'Atelier Simon-Marq, à Reims (Marne), le 7 septembre. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
La pâtissière Apolline Jude, 24 ans, le 18 septembre à Puteaux (Hauts-de-Seine). CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
FACE À L'IA, LES JEUNES REPRENNENT LA MAIN
De jeunes actifs dont la profession a été vidée de son sens se reconvertisent dans des secteurs qui échappent à l'automatisation
Dans la chaleur beurrée d'une pâtisserie de Puteaux (Hauts-de-Seine), en cette matinée de septembre, Apolline Jude, 24 ans, soigne son pochage saint-honoré sur les tartelettes citron-basilic. Une affaire de coup de main, de patience, qu'aucune machine à la froideur mécanique ne saurait égaler. Les croissants naissent chaque jour avec des humeurs différentes, des tailles incertaines, et cette imperfection ravit l'ancienne étudiante en droit et en communication. « Quand j'ai fait un stage dans un cabinet d'avocats parisien et que l'on me demandait d'écrire des articles avec ChatGPT, ça me rendait folle. Je me disais : ce n'est pas l'être humain que je veux être, relate Apolline. Bosser sans ordinateur et le fait qu'on ne soit pas menacé par l'intelligence artificielle [IA], c'est une petite bulle de protection... »
La veille, elle a signé un CDI dans cette pâtisserie où elle a fini en juin son CAP en alternance. «Je gagne moins bien ma vie [1689 euros, le smic net mensuel pour trenteneuf heures par semaine] que si j'avais passé le barreau, mais, quand je me lève, je suis contente d'aller au travail et, quand je rentre chez moi, je suis contente de ma journée... »
L'IA générative est entrée en scène fin 2022. A peine quatre ans plus tard, son adoption s'est généralisée dans le monde du travail. Les métiers de bouche résistent généralement à cette vague d'automatisation, tout comme les professions manuelles, suscitant un regain d'intérêt parmi la « gen Z ». Selon une étude LinkedIn-Censuswide publiée en décembre 2025, près de 63% des 18-28 ans disent préférer une carrière « sur le terrain » plutôt qu'un emploi de bureau, contre 52% toutes tranches d'âge confondues; ils sont 65% à estimer que les métiers techniques et manuels offrent davantage de sens, et plus de 67% rejettent l'idée de « rester coincés [derrière un écran] à répondre à des e-mails ».
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«J'AI ENVIE DE RALENTIR»
A l'image d'Hermine (elle n'a pas souhaité donner son patronyme), 33 ans, certains jeunes actifs n'hésitent pas à franchir le pas de la reconversion. La Parisienne, diplômée d'un master de médiation culturelle, vient de commencer une formation de carreuseuse
«JE REVIENS SUR DE L'HUMAIN, DU LOCAL, C'EST CONCRET ET ON N'EST PAS EN TRAIN DE DÉTRUIRE LA PLANÈTE »
AINA
artisane dans la soie
et mosaïste chez les Compagnons du devoir, en alternance dans une entreprise de rénovation de sols. « Alors que tout doit aller toujours plus vite, j'ai envie de ralentir et de délaisser les claviers et les écrans pour travailler de la matière, du réel, du concret », assure l'ancienne chargée de communication et graphiste dans un établissement public. Après six ans à s'user les nerfs jusqu'au burn-out, puis deux ans en free-lance, c'en est fini des flyers et des brochures dans un métier phagocyté par les algorithmes.
« Je n'ai pas la force de lutter contre l'IA générative, plus la force d'expliquer en quoi elle est problématique, que non, ce n'est pas juste un outil et que non, je n'ai pas envie de l'intégrer à mon travail parce que "c'est le sens dans lequel va le monde" », résume-t-elle. Au printemps 2026, elle décide de repartir d'une page blanche. « Je me suis dit : quitte à gagner un smic et à vivre dans une société où je n'arriverai peut-être plus à atteindre mon niveau de vie d'avant, autant exercer un métier qui me fait plaisir. »
Sa seule boussole: le besoin de créer de ses mains. Habile avec les pinceaux et les crayons depuis l'enfance, Hermine s'essaie à la taille de pierre, aux vitraux, à la broderie, à la tapisserie, mais c'est la mosaïque qui a le dernier mot. Pendant cette phase de réflexion, elle croise d'autres actifs de son âge ayant, eux aussi, tout plaqué pour devenir tailleur de pierre ou ébéniste.
« Certes, il y a une augmentation des bifurcations vers les métiers manuels, mais elles restent minoritaires par rapport aux autres types de reconversion », nuance Anne Jourdain, maîtresse de conférences en sociologie à l'université Paris-Dauphine-PSL. Les jeunes actifs n'ont jamais été aussi nombreux à vouloir se réorienter dès leur début de carrière – y compris parmi ceux qui sont épanouis professionnellement –, selon une note du Centre d'études et de recherches sur les qualifications parue fin août.
Dans ce contexte, l'IA renforce des tendances déjà à l'œuvre: « Elle creuse encore plus l'écart entre les aspirations des jeunes pendant leurs études et la réalité du travail qu'ils expérimentent. C'est l'un des moteurs de leur souhait de réorientation professionnelle », analyse Anne Jourdain, qui mène des recherches sur le marché des coaches en reconversion.
Diplômée de l'European Business School, à Paris, Aina (le prénom a été changé), 34 ans, est entrée sur le marché du travail en plein âge d'or des métiers du numérique. Pendant dix ans, la Marseillaise d'adoption a notamment travaillé comme cheffe de projet e-commerce, avant de diriger le service numérique d'une agence de communication, dont une cellule IA, de 2023 à 2026. « C'était de plus en plus désincarné, je me rendais compte que les chatbots et autres solutions que je mettais en place déshumanisent : les clients ne parlent qu'à des machines, raconte la jeune femme d'origine malgache. Il y a beaucoup de Malgaches parmi les petites mains de l'IA [qui annotent les données servant, ensuite, à entraîner l'IA], ça me touchait personnellement. A force, j'ai fini par avoir honte de parler de mon métier avec mes amis. »
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«BULLSHIT JOBS»
En parallèle de ses études et de sa profession, Aina a toujours pratiqué des activités manuelles: couture, tricot, poterie, photographie. Elle profite d'un licenciement économique lors du rachat de son entreprise, pour lancer son atelier artisanal dans la soie (habillement) et dans le bois (articles de décoration), à Madagascar, qui emploie à ce jour cinq femmes. « C'est une reconversion qui colle à mes valeurs. J'ai retrouvé du sens à mon travail, je reviens sur de l'humain, du local, c'est concret, et on n'est pas en train de détruire la planète », synthétise-t-elle, déplorant les impacts environnementaux de l'IA.
En 2018, l'anthropologue américain David Graeber (1961-2020) avait décrit ce qu'il appelait les «bullshit jobs» («boulots à la con »), friands de tâches inutiles comme enchaîner des réunions vides de sens ou pondre des comptes rendus que personne ne lit... Aujourd'hui, l'IA a rendu cette critique encore plus prégnante chez beaucoup d'employés dans l'informatique, la finance, l'assurance, la communication... Lorsqu'une machine peut générer la même synthèse ou des centaines de lignes de code en quelques secondes, mon travail a-t-il encore un intérêt ? «Cette question du sens émerge d'autant plus que l'on éprouve des insatisfactions dans son travail, mais ce discours est socialement situé du côté des classes moyennes et supérieures», insiste la sociologue Anne Jourdain.
Hermine, carreuseuse, le 18 septembre à Puteaux. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
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«J'AVAIS PERDU DE L'ENTRAIN À L'IDÉE DE MONTER DES VIDÉOS D'INFLUENCEURS QUI VENDAIENT DES PETITS POIS» ENORA ex-directrice artistique dans la publicité
Jonas (le prénom a été changé), 29 ans, a travaillé pendant deux ans dans une agence de communication à Paris. Depuis 2024, l'IA générative était utilisée pour la quasi-totalité de ses missions : prise de notes, synthèses, présentations, etc. « Cela accélère le travail et nous rend plus productifs, mais au prix d'un appauvrissement du métier: au lieu de garder les tâches plus valorisées socialement, comme la partie créative, et de déléguer celles qui sont plus ingrates à l'IA, c'est l'inverse qui se produit », observe l'ancien chef de projet, diplômé de Sciences Po Rennes, qui a fini par accomplir le volume de travail de près de deux personnes à temps plein.
Le déclic survient après un burn-out: sa charge de travail culmine alors à 180% – le pourcentage est écrit noir sur blanc dans sa mission. Son métier s'apparente de plus en plus à « celui d'un ouvrier à la chaîne », selon lui. En mai 2025, Jonas négocie une rupture conventionnelle avec son employeur. Depuis janvier, il est professeur contractuel de sciences économiques et sociales dans un lycée de la région bordelaise. Une vocation longtemps remisée dans un coin de sa mémoire, car il ne la jugeait pas suffisamment rémunératrice pour assumer le coût de la vie à Paris.
Aujourd'hui, il gagne 1800 euros net mensuels, contre près de 3000 euros net en agence de communication. «Je me sens relégué socialement, c'est frustrant, admet-il. Pour le logement, j'ai un peu honte de demander à des copains juges ou avocats d'être mes garants.» Pour autant, il ne regrette pas son choix et a décidé de passer les concours d'enseignant en 2027. «Ce métier offre une grande autonomie et me stimule intellectuellement. Ce n'était plus le cas lorsque j'étais cadre à Paris. Même si je suis sûr que je ne serai pas prof jusqu'à la fin de ma vie. »
Plus que leurs aînés, les jeunes actifs sont exposés à la flexibilisation du marché du travail. «C'est une génération qui a grandi en ayant intériorisé le fait de ne pas avoir une seule carrière, un seul employeur, une seule profession. Il y a cette volonté d'une plus grande mobilité à laquelle ils se préparent dès leur entrée dans la vie active», rappelle Lisa Feist, économiste pour la plateforme d'emplois Indeed.
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« RECOMMENCER DE ZÉRO »
Comme Jonas, Enora (le prénom a été changé), 33 ans, directrice artistique motion designer dans une grande boîte de publicité, a choisi de « recommencer de zéro » en 2023, après une rupture conventionnelle. « J'avais perdu de l'entrain à l'idée de monter des vidéos d'influenceurs qui vendaient des petits pois en conserve. Quand l'IA est arrivée, non seulement on me privait du seul aspect gratifiant de mon travail – la production du visuel –, mais, en plus, je contribuais davantage à la dégradation de la planète », témoigne la Montreuilloise (Seine-Saint-Denis). Elle se résout à « faire le deuil de [son] métier. Je m'étais adaptée à chaque évolution : du print au Web, à la vidéo, aux réseaux sociaux, à la 3D, mais j'ai refusé de m'adapter à l'IA ».
Enora souhaite se tourner vers un métier avec une composante humaine, mais sans suivre de formation. «J'avais besoin de trouver rapidement, j'avais acheté un appartement et je devais rembourser mon prêt», explique la diplômée d'une licence en art et design obtenue à Prague et d'un master en motion design. En avril 2024, elle commence un CDI en tant qu'hôtesse d'accueil. Un changement d'entreprise plus tard, elle grimpe les échelons jusqu'à être promue, en juin 2026, assistante responsable événementiel. «On rencontre des gens, j'aime bien être sur le terrain, c'est vraiment gratifiant», confie Enora.
Les mêmes arguments sortent de la bouche d'Apolline Jude, la pâtissière. «Je vois le résultat de mon travail et j'ai un retour des clients, relève-t-elle. Certes, c'est très fatigant, et j'aurai envie à un moment d'un rythme plus stable, mais ça m'a ouvert la porte des métiers manuels. En y réfléchissant, je me dis: pourquoi pas, un jour, faire de la joaillerie? » ●
ÉLISABETH PINEAU
Les artisans ouvrent leurs ateliers aux outils numériques
Enquête L'intelligence artificielle s'impose peu à peu dans les professions manuelles. Mais les formations restent, pour l'instant, en retrait sur le sujet
D es ingrédients issus du terroir local, un alambic traditionnel en cuivre, des bouteilles de gin étiquetées à la main et... une bonne dose d'intelligence artificielle (IA). Marie Larivoire, 35 ans, l'assume sans fard: « Ce n'est pas parce qu'on défend une production très artisanale qu'on ne peut pas utiliser l'IA pour la développer. » En 2023, cette ancienne consultante en stratégie à Londres est revenue s'installer avec son compagnon dans son village d'enfance, dans l'Ain, pour essayer d'y vivre de sa passion pour la distillerie et le gin.
Trois ans plus tard, la Distillerie du Bugey, que l'énergique entrepreneure a cofondée, s'est fait une place dans le tissu économique local. Et ceci notamment grâce à l'IA, qui vient appuyer son travail et celui de ses deux salariés. « Nous l'utilisons dans la plupart de nos opérations », assure Marie Larivoire. C'est le cas en amont de la production, notamment pour « faire des recherches efficaces sur les propriétés des plantes ». Puis la technologie lui sert surtout à « analyser, mieux qu'un tableau Excel, les quantités de matières premières utilisées, le rendement des différentes distillations, etc. ». ChatGPT vient aussi en appui de sa comptabilité et de sa communication, en l'aidant à organiser son planning de publication de contenus sur les réseaux, à rédiger des textes ou à améliorer des illustrations.
Comme Marie Larivoire, 27% des chefs d'entreprise artisanale utilisent l'IA dans leur activité, dont 15% de manière régulière, rappelait, en mai, CMA France, le réseau des chambres de métiers et de l'artisanat, dans son livre blanc sur le sujet. Un intérêt qui concerne en particulier les plus jeunes: les entreprises dirigées par des moins de 45 ans sont « deux fois plus nombreuses à expérimenter des outils d'IA ou de robotisation » que celles pilotées par des dirigeants plus âgés, rappelle une autre étude, de l'Observatoire des métiers du BTP, parue en janvier.
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GAIN DE TEMPS
«Les artisans n'attendent pas que l'IA arrive [dans leur métier]: ils commencent déjà à s'en emparer. Elle ne remplacera ni le geste technique, ni le savoir-faire, ni l'expertise métier. Mais elle leur fait déjà gagner un temps précieux dans leur quotidien», souligne Joël Fourny, président de CMA France. Comptez plus de deux heures de travail économisées par semaine, selon l'estimation de l'organisme. « Ce temps gagné est utile pour se concentrer sur le cœur du métier, la production et la qualité de nos produits. Même si elle m'aide, l'IA ne pourra jamais goûter mes produits à ma place... », illustre Marie Larivoire, qui apprécie également de pouvoir passer plus de temps avec ses deux filles en bas âge.
Dans sa boulangerie bio, installée elle aussi dans l'Ain, Nirvân Sandner est convaincu que « le bon pain au levain naturel cuit au feu de bois n'est pas incompatible avec l'utilisation de l'IA ». Ce passionné touche-à-tout, quadragénaire reconverti dans l'artisanat après une carrière dans l'industrie moto, vient d'ailleurs de mettre la dernière main au développement, en autodidacte, d'un outil IA maison pour la gestion de sa production. Celui-ci est programmé en langage Python (que Nirvân Sandner maîtrise grâce à l'aide des versions payantes de Gemini et Claude) et doit l'aider à mieux prévoir ce qu'il doit produire quotidiennement en croisant une multitude de données: historique des ventes selon le calendrier, produits qui se sont bien vendus, pourcentage de perte, prévisions météorologiques, etc.
« L'idée, c'est de passer d'une production basée sur l'analyse rétrospective de mes ventes à quelque chose de plus prédictif, pour limiter les pertes... », affirme-t-il. De quoi gagner aussi « au moins vingt minutes par jour », selon lui. Avec un autre avantage, qu'il imagine en souriant: « Ça crée toujours un malaise dans l'équipe lorsque le patron se plante dans les quantités à produire. Là, on pourra toujours accuser "la machine"... »
Selon le boulanger, les artisans, surtout les plus jeunes, «ne sont pas réticents» à utiliser l'intelligence artificielle pour améliorer leur quotidien «lorsque cela a un intérêt». Mais «ils ont souvent le nez dans le guidon en raison de leur charge de travail, et pas le temps d'appréhender ces outils seuls et sans formation». Le temps administratif libéré grâce à l'IA permet pourtant bien, selon Nirvân Sandner, «de se recentrer sur le geste professionnel pur». Mais aussi, pour les patrons artisans, de «prendre de la hauteur par rapport à la production, sa viabilité, l'amélioration des conditions de travail et des relations avec les salariés, etc.».
Si l'artisanat n'est pas hermétique à la vague de l'IA, celle-ci s'y fait une place plus ou moins marginale selon les métiers manuels. Dans le secteur du BTP par exemple, moins de 10% des entreprises seraient familiarisées avec l'IA, selon l'étude de l'Observatoire des métiers du BTP déjà mentionnée. Alors même que les très petites entreprises (TPE) sont ultramajoritaires dans le secteur, « ce sont surtout les grands groupes qui sont proactifs en matière d'IA », note Hervé Dagand, le responsable de l'Observatoire. « Ils ont en effet de plus gros services administratifs, où les cas d'usage de l'IA sont plus évidents que sur le terrain, ainsi que des infrastructures numériques plus structurées que dans les TPE », avance-t-il.
Parmi les usages d'IA les plus fréquemment cités figurent l'aide à la rédaction d'e-mails ou d'offres d'emploi, le traitement semi-automatisé d'appels d'offres ou de marchés publics, l'aide à la comptabilité, la production et la vérification de documents de sécurité ou juridiques... Si de plus en plus de logiciels professionnels proposent désormais une assistance IA, les outils généralistes de type ChatGPT, Gemini ou Claude sont aussi parfois utilisés individuellement, parfois sans validation hiérarchique (le fameux shadow AI, cette utilisation « en cachette » de l'IA par les employés, qui touche tous les secteurs). Jusque sur le terrain, « avec des chefs de chantier se servant de ChatGPT comme d'un dictaphone amélioré pour rédiger sur place des comptes rendus de visite », raconte Hervé Dagand.
Artisan indépendant depuis cinq ans en Vendée, spécialisé dans la rénovation (électricité, plomberie, isolation...), Sébastien Roland, 39 ans, sourit quand on lui parle d'« artisan augmenté ». « On est surtout des professionnels de terrain, pas forcément tous à l'aise avec l'administratif. Alors quand on peut utiliser l'IA pour faciliter un peu cette partie-là de notre travail... » Lui utilise ChatGPT « deux à trois fois » par semaine, pour sa comptabilité et la rédaction de devis ou de rapports de dégâts à destination des assurances. Mais aussi, depuis peu, pour modifier des photos afin de proposer à ses clients une simulation du projet final, « à la manière des logiciels spécialisés que les plus grosses entreprises peuvent se payer ».
«INTELLIGENCE ARTISANALE»
Alors qu'il a appris seul, par tâtonnement, à utiliser ces outils, Sébastien Roland juge plus que jamais «nécessaire de développer les formations ou la sensibilisation à l'IA chez les artisans». A l'image de ce que proposent depuis quelque temps le réseau des chambres de métiers et de l'artisanat ou la Fédération française du bâtiment. De quoi compenser la faible place accordée à l'IA en formation initiale. Car si, du côté des écoles d'ingénieurs et des études postbac formant les techniciens supérieurs (BTS notamment), l'intelligence artificielle fait désormais l'objet de modules spécifiques, le sujet est plus lointain dans les centres de formation des apprentis (CFA), d'où sortent la majeure partie des artisans.
« MÊME SI ELLE M'AIDE, L'IA NE POURRA JAMAIS GOÛTER MES PRODUITS À MA PLACE... »
«Nous formons aux gestes métiers à des niveaux CAP et bac pro. L'IA n'est donc pas une priorité dans le parcours de formation», nous répond poliment un responsable de CFA des Pays de la Loire. «Notre cœur de métier a toujours été de former à l'IA: l'intelligence artisanale», commente en souriant, de son côté, Nicolas Stalin, directeur du CFA BTP de Nangis, en Seine-et-Marne. De fait, les entreprises partenaires de ses formations ne sont, pour l'instant, pas demandeuses d'acculturation à l'intelligence artificielle: seuls «10% à 20%» des maîtres d'apprentissage qui prennent les élèves de son établissement seraient utilisateurs d'IA. Mais il est convaincu que ce chiffre va «aller en grandissant dans les années à venir, sous l'effet d'entraînement des grandes entreprises du secteur». Les référentiels officiels de l'éducation nationale, dont dépendent les programmes des CFA, devront alors nécessairement évoluer pour intégrer des compétences en IA.
MARIE LARIVOIRE
cofondatrice de
la Distillerie du Bugey
En attendant, la sensibilisation aux usages et aux limites de l'intelligence artificielle relève de l'initiative individuelle des enseignants. D'autant plus devant des élèves qui dégaintent désormais facilement leur portable devant un problème ou un calcul mental compliqué. « Outre les questions du coût écologique de l'usage systématique de l'IA, et de la confidentialité des données, on essaie de les mettre en garde sur la nécessité de toujours maîtriser les fondamentaux », résume Maxime Beylacq, professeur en chaudronnerie dans un CFA en Gironde. Et de conclure : « Il faut qu'ils continuent à réfléchir par eux-mêmes car, sur les chantiers, ils n'auront pas toujours avec eux leur portable et ChatGPT. » Un risque de dépendance technologique qui ne touche finalement pas que les métiers de bureau.
SÉVERIN GRAVELEAU
Dans l'Atelier Simon-Marq, à Reims (Marne), le 7 septembre : Anne-Catherine Perreau (à gauche), cheffe d'atelier, et Charlotte, peintre-verrière, vérifient la teinte des vitraux. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
orner, peindre. C'est cette polyvalence qui a plu à Philippine Silfest, préposée ce matin au patinage de la cire: « On manie le verre, le plomb ou l'acide, et on fait aussi bien de la peinture que du sablage, jusqu'à la pose finale du vitrail, où l'on est accompagné de serruriers et de tailleurs de pierre. On ne s'ennuie jamais dans ce métier, aucune journée ne ressemble à une autre! » A tout juste 22 ans, celle qui dit « avoir toujours voulu faire un métier manuel » est déjà l'une des plus anciennes vitraillistes en poste dans cet atelier rémois, qu'elle a rejoint il y a plus de trois ans, après un cursus à l'Ecole du verre de Paris, au lycée Lucas-de-Nehou, l'une des principales formations aux métiers de la verrerie. Devenue la seconde d'atelier, elle dit veiller à garantir une « bonne ambiance » au quotidien: « La dimension collective est essentielle dans notre travail. Le vitrail doit inspirer la joie, et on se doit de cultiver la nôtre pour cela », poursuit-elle, tandis qu'en fond sonore, le chant d'Erykah Badu s'échappe d'une enceinte.
L'ambiance n'en est pas moins studieuse, sous la grande armature en béton de l'église du Sacré-Cœur, située derrière la gare de Reims, où l'entreprise s'est installée à partir de 2020. Un environnement de travail qui convient parfaitement à Simon Petiteau, 25 ans, vêtu d'une combinaison et d'un masque FFP3, protections indispensables contre la contamination au plomb : « Cela demande beaucoup d'attention et de patience. A titre personnel, ça m'a aidé à me calmer. » Lui non plus ne se voyait pas « rester dans un bureau ». Il s'est donc orienté vers les métiers de l'artisanat, embarquant dans un CAP dès la fin de sa 3e. Plutôt que la boulangerie, l'ébénisterie ou la mécanique, il opte alors pour le vitrail, séduit par la perspective de « laisser une trace », explique-t-il tout en étalant une épaisse pâte noire – c'est l'étape du masticage, l'une des toutes dernières, visant à étanchéifier la structure : « Le vitrail a une durée de vie d'environ cent ans. Quand on fait de la restauration, on touche parfois des objets qui ont plusieurs siècles! Il y a un vrai sentiment de fierté à redonner vie à un tel patrimoine. »
L'ART DU VITRAIL RETROUVE SON ÉCLAT
S'il n'est, pour sa part, pas croyant, lui qui se dit « anar de cœur », Keat Labansat n'en « vibre » pas moins devant la peinture figurative et les couleurs vives proposées par Claire Tabouret pour illustrer le thème de la Pentecôte. Habitué à travailler l'éclairage dans sa première vie de technicien de plateau, cet ancien intermittent du spectacle s'est reconverti au tournant de la trentaine, avec ce désir de « sculpter la lumière » et de « mettre son geste au service d'une œuvre artistique». Porté par le renouveau de la tendance Art déco et le regain d'intérêt pour l'artisanat d'art, à l'instar de la céramique, le vitrail bénéficierait ainsi d'un certain « effet de mode », selon le Groupe-ment des entreprises de restauration de monuments historiques (GMH), qui constate « une demande importante d'apprentissage » dans ce domaine.
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TRAVAIL SUR LA SINGULARITÉ
Si la filière reste marginale en nombre d'emplois, l'Atelier Simon-Marq témoigne à sa façon de ce retour en grâce. Fondée en 1640, l'une des plus anciennes institutions de maîtres verriers de France a été sauvée de la liquidation judiciaire en 2019 par deux figures rémoises, les patrons Philippe Varin et Pierre-Emmanuel Taittinger. La moyenne d'âge y est de 29 ans parmi les 14 artisans actuellement sous contrat – ce qui en fait l'un des principaux ateliers parmi la dizaine recensée en France par le GMH. « Au-delà de ces structures, les situations sont très diverses, avec un grand nombre d'entreprises individuelles, ce qui rend difficile une estimation précise de l'ensemble de la filière », souligne Diana Anghel, la secrétaire générale du groupement.
Un vitrail réalisé à l'atelier. CAMILLE MILLERAND/
DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
Reportage L'Atelier Simon-Marq, à Reims, réalise six baies destinées à Notre-Dame de Paris. Ce savoir-faire ancestral connaît un regain d'intérêt
REIMS (MARNE) - envoyé spécial
La B5? Au sertissage. La A3? En pleine thermofusion, au four, à plus de 600 °C. Et la D6? A l'atelier peinture. Drôle de bataille navale à laquelle s'adonne Anne-Catherine
Perreau face à son « chemin de plomb », ce calque sur lequel figure, en miniature, le motif final du vitrail. Il lui sert de plan de travail pour le montage des centaines de pièces ainsi numérotées, avant d'être reliées entre elles par de fines baguettes de plomb. Un véritable « jeu de logique », s'amuse la cheffe d'atelier de 33 ans devant ce méticuleux travail d'assemblage, à mi-chemin entre le puzzle et l'orfèvrerie : « Le vitrail doit être pensé comme un ensemble où tout est interdépendant. Cela exige d'anticiper et, en même temps, de savoir s'adapter, car il y a toujours des imprévus, dit-elle en prenant pour exemple l'une de ces pièces, brisée en deux. C'est une école de l'humilité : on ne cesse jamais de refaire, encore et encore. »
Le temps presse néanmoins, en ce premier lundi de septembre. Les jours sont comptés avant qu'il ne faille donner les derniers coups de pinceau au grand projet sur lequel l'Atelier Simon-Marq travaille exclusivement depuis plusieurs mois, dans la plus grande confidentialité. Rien de moins que les futurs vitraux de la cathédrale Notre-Dame de Paris! Commandées par Emmanuel Macron, et dessinées par l'artiste Claire Tabouret, les six grandes baies, d'une surface totale de 121 mètres carrés, que confectionne activement l'équipe de vitraillistes, doivent orner les six chapelles latérales de l'édifice, au niveau du bas-côté sud de la nef, avant la fin de l'année.
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« LAISSER UNE TRACE »
De quoi nourrir la «quête de sens» qui tirailait Sarah Rodrigues lorsqu'elle suivait des études de langue. Peu convaincue par le système universitaire, cette catholique pratiquante de 26 ans a finalement choisi de bifurquer vers une activité plus «concrite», séduite autant par le travail artisanal de cette «matière si particulière qu'est le verre, à la fois fragile et solide» que par la dimension plus mystique de cet «art séculaire», inscrit sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l'Unesco en 2023.
Que d'étapes avant que tous ces fragments de verre ne finissent par composer une œuvre éblouissante de lumière. Il faut calibrer, couper, colorer, cuire, souder, graver,
« C'EST UNE ÉCOLE DE L'HUMILITÉ: ON NE CESSE JAMAIS DE REFAIRE, ENCORE
ET ENCORE»
ANNE-CATHERINE
PERREAU
cheffe d'atelier
Les professions du lien, irremplaçables mais en souffrance
Enquête Les métiers qui mettent l'humain au cœur de leur pratique peuvent apparaître comme un choix stratégique. Pourtant, ils restent souvent dévalués
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« LA DIMENSION COLLECTIVE EST ESSENTIELLE. LE VITRAIL DOIT INSPIRER LA JOIE, ET ON SE DOIT DE CULTIVER LA NÔTRE »
En 1945, le professeur en psychiatrie René Spitz se lance dans une étude qui fera date. Il compare le développement de deux groupes de nourrissons placés en institution. Les uns grandissent avec leur mère, en prison. Les autres dans un orphelinat, où ils sont nourris et lavés de façon irréprochable, mais où les infirmières n'ont pas le temps d'interagir réellement avec eux. Les observations du chercheur sont glaçantes : la quasi-absence de lien humain a provoqué un effondrement physique et psychique des bébés.
A l'autre bout de l'existence, de nombreuses études montreront, par la suite, combien le manque de contact humain détériore la santé des personnes âgées. Ces recherches laissent imaginer à quoi ressemblerait un monde où le soin serait vidé de sa dimension humaine. Dans un contexte d'automatisation grandissante du monde du travail, elles réaffirment le caractère irremplaçable d'individus en chair et en os au sein des métiers du lien. Aide-soignante, auxiliaire de vie, éducateur spécialisé, assistante maternelle, puéricultrice... A l'heure où l'essor de l'intelligence artificielle (IA) menace l'existence de maints emplois, les professions de l'aide à la personne et du médico-social paraissent encore protégées.
« On sait que ce qui fait le cœur de ces métiers ne peut, fondamentalement, être réalisé que par des êtres humains », fait valoir Pascale Molinier, professeure de psychologie sociale, spécialiste du travail du soin (ou du « care », en anglais). Pour elle, cela tient à l'empathie et à la sollicitude, qui se partagent dans la relation créée entre l'aidant et l'aidé. Mais aussi à la dimension corporelle de ces professions, qui matérialise cette attention spécifique portée à l'autre. « Il y a quelque chose dans la présence incarnée, dans le fait d'être deux personnes qui se font face et se reconnaissent, qui ne peut être remplacé par des entités artificielles », soulève la chercheuse.
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SOUS-EFFECTIFS CHRONIQUES
Alors que beaucoup d'étudiants de sa génération redoutent d'avoir choisi un métier qui pourrait devenir obsolète, Julie, élève infirmière de 18 ans, se sent peu concernée par cette inquiétude : « Je sais qu'on aura toujours besoin d'humains dans ce domaine. » Elle en est d'autant plus convaincue depuis qu'elle a suivi ses premiers cours. « On passe beaucoup d'heures à apprendre à tisser une relation avec la personne, à la connaître, pour qu'elle soit à l'aise avec nous. Ce lien social, c'est ce qui m'attire dans ce métier », raconte l'étudiante lyonnaise.
Doyenne de l'atelier, du haut de ses 41 ans, Céline Bachelot, la coordinatrice artistique et technique du projet de Notre-Dame, observe avec joie ce rajeunissement, qui va de pair avec une féminisation du métier. Peintre sur toile à l'origine et passionnée de bande dessinée, elle aussi a succombé à la passion du vitrail, « l'un des plus anciens arts séquencés », attirée « comme un papillon par cette couleur d'une puissance inégalée ». Avec l'œuvre de Claire Tabouret, c'est à un véritable exercice de « traduction », tout en nuances, auquel elle dit s'être livrée, afin de trouver les meilleures expressions qui seront sublimées par la lumière naturelle aux différentes heures du jour.
Dans les années à venir, alors que les machines pourraient prendre en charge de plus en plus de tâches techniques, la plus-value humaine résidera sans doute dans ce type de compétences. Et en particulier dans la capacité à créer un lien de confiance, à rassurer, à s'adapter à des changements de comportement et à des besoins fluctuants. Dans un rapport de 2025, le Forum économique mondial, organisation internationale, classe justement «l'empathie et l'écoute active» parmi les dix compétences-clés pour le monde du travail de demain.
Une écriture en chromatique pour laquelle l'intelligence artificielle n'aura été d'aucun secours : « L'IA fonctionne à partir de généralités, là où nous ne travaillons que sur la singularité. Chaque projet de vitrail est unique, selon son emplacement in situ, son exposition à la lumière, sa réverbération, etc. », explique Céline Bachelot.
Parce que c'est un « métier du faire », la profession serait ainsi prémunie contre l'irruption massive des algorithmes, ajoute son acolyte, Anne-Catherine Perreau. Elle-même ne s'en est jamais servie : « Le vitrail est un métier sensoriel, cela mobilise des savoir-faire qui restent difficiles à traduire en datas. C'est à force de voir, de toucher, d'expérimenter que j'ai appris pourquoi mélanger tel pigment avec tel liant, ou comment obtenir telle texture, plus pâteuse ou plus liquide. Il n'y a que l'expérience du métier qui permet d'en trouver les recettes. » C'est peut-être même ce qui en fait une filière d'avenir. Puisqu'il relève d'une quête d'absolu éminemment subjective, l'art du vitrail n'est pas encore près de se voir prompter, se réjouit Céline Bachelot: « L'essence du vitrail, c'est de chercher la transcendance par le beau. » ●
BARNABÉ BINCTIN
Au point de faire de ces métiers du soin et du lien des secteurs hautement stratégiques? Et notamment pour les jeunes, qui pourraient être assurés de trouver du travail en s'orientant vers ces domaines? « La réalité, c'est qu'on a déjà plus de demandes qu'on ne peut en absorber pour nos formations du médico-social, remarque Sébastien Thaler, coprésident de l'Institut Formation Santé de l'Ouest (IFSO) et directeur d'un Ehpad en Maine-et-Loire. L'attrait est là. Le problème est de réussir à les garder longtemps ensuite. » Il rappelle que ces secteurs connaissent « une forte déperdition trois à cinq ans après l'entrée dans la profession ».
L'assurance d'un gisement infini d'emplois est loin de suffire à en faire une voie royale. Car ces domaines souffrent de conditions de travail pénibles. Dans ces professions, le nombre d'accidents se révèle même parfois plus important que dans le BTP. « On a beau dire à nos jeunes que ce sont des métiers où il y aura toujours du boulot, la question est: est-ce qu'ils resteront?, confirme Fatima Amrani, qui a enseigné en bac pro Accompagnement, soins et services à la personne (ASSP) à Créteil, entre 2011 et 2025. A 16 ans, ils reviennent déjà de stage avec des douleurs au dos et se confrontent à des difficultés d'encadrement liées aux sous-effectifs chroniques et au sous-financement. »
Historiquement, les métiers du « care » souffrent d'une dévaluation sociale et économique, qui ne se dément pas de nos jours. « Ils s'inscrivent dans la continuité d'un travail longtemps réalisé dans les foyers par les femmes, de manière invisible, note la chercheuse en économie Emmanuelle Puissant, qui étudie le secteur de l'aide à domicile. Comme c'est un travail qui a toujours été gratuit et qui demeure quasi exclusivement féminin, le consentement de la société à payer pour ces métiers est très bas. »
«À 16 ANS, LES JEUNES REVIENNENT DÉJÀ DE STAGE AVEC DES DOULEURS AU DOS »
Pendant la crise liée au Covid-19, en 2020, ces professions du médico-social ont bien été qualifiées d'« essentielles » – avant de replonger dans l'invisibilité. « La revalorisation promise n'est jamais venue », constate Pascale Molinier, qui ne pense pas que la révolution en cours dans le monde du travail suffira à faire reconnaître pleinement ces métiers. « Affirmer "Vous n'êtes pas remplaçables par des chatbots, on finira forcément par s'en rendre compte et par valoriser ces filières", ça ne suffit pas pour que ça arrive, estime aussi Emmanuelle Puissant. Cela devra passer par un vrai travail politique en ce sens. »
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ROBOTS HUMANOÏDES
Par ailleurs, les conditions de travail ne permettent déjà plus toujours d'accorder cette attention et cette empathie qui feraient la spécificité de ces métiers. «Les évolutions politiques et tarifaires ont fait passer au second plan la dimension relationnelle de ces professions», souligne Emmanuelle Puissant. Les professionnelles sont chronométrées, avec un temps à consacrer aux soins qui se réduit à mesure que les moyens baissent.
FATIMA AMRANI
enseignante en bac pro dans des hôpitaux parisiens, en gériatrie notamment. Le modèle Mirokaï, développé par une entreprise française, peut transporter de petits objets, répondre aux patients, les orienter et les assister avant et après une opération.
Si le travail du soin n'est plus envisagé que comme une série d'actes techniques, « alors à ce moment-là, oui, une machine pourrait très bien le faire », observe Emmanuelle Puissant. Dans des pays comme le Japon ou la Chine, sociétés vieillissantes, des robots alimentés par l'IA viennent déjà compenser le manque de personnel. En France, des robots humanoïdes sont expérimentés
D'autres outils se proposent même de mimer l'empathie humaine. Des poupées ou peluches connectées commencent à faire leur apparition dans des Ehpad, destinées à apaiser les personnes atteintes d'Alzheimer. En Chine, où l'on considère qu'il manque près de 3 millions de soignants pour s'occuper des seniors, des familles se ruent sur les robots pour personnes âgées à domicile, comme le modèle Xiao Le (« petit bonheur »). Il peut rappeler à son propriétaire de prendre ses médicaments, et déclencher une alerte d'urgence en cas de besoin. Mais surtout, il s'offre de lui tenir compagnie.
Cette empathie artificielle relève du mirage, croient savoir les spécialistes. «Il y a dans le travail du lien une finesse de l'approche et du toucher, une capacité à anticiper les besoins des autres dont l'IA ne peut pas faire preuve avec autant de sensibilité», soulève Pascale Molinier. Devenant une denrée rare, se relier à un humain pourrait devenir un «luxe», déplore la chercheuse en psychosociologie Rebecca Dickason. Le risque étant d'aboutir à une «marchandisation totale de l'affect et du lien», dit-elle. Et de laisser un fossé se creuser entre ceux qui pourront avoir accès à une présence humaine de qualité et ceux qui n'en auront pas les moyens. ●
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